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jeudi 31 janvier 2019

Le Mont des Sept Couleurs sauvé de l’appropriation privée [Actu]

En haut, une dispute entre la province de Jujuy et le gouvernement bolivien frontalier
à cause de la manière dont la Bolivie traite les touristes argentins en demande de soins médicaux
En bas, l'affaire du Cerro de los Siete Colores
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Le très ambigu gouverneur Cambiemos de Jujuy, Gerardo Morales, a fini par donner raison aux riverains du Cerro de los Siete Colores contre le chanteur Memo Vilte, qui tentait de s’approprier le site, inscrit au patrimoine naturel de l’UNESCO, en avançant des motifs assez fumeux : il prétendait vouloir y faire un amphithéâtre qui aurait été mis à la disposition de la collectivité locale mais il avait entouré le mont d’une clôture en grillage, avec une pancarte interdisant l’entrée à toute personne et indiquant qu’il s’agissait d’une propriété privée, comme je vous l’avais raconté dans ce blog. Le gouverneur vient de décider d’exproprier la famille Vilte et de classer monument naturel historique les 150 hectares qui inclut le mont et ses environs, à Purmamarca.

La décision a été prise sous forme d'un décret et non pas d'une loi, qui aurait permis un débat public à la chambre provinciale.

Le Mont des Sept Couleurs est l’un des atouts touristiques les plus connus de la région (1).

Il semble que la lenteur de la réaction politique pourrait être due au fait que Memo Vilte a exercé des fonctions politiques autrefois sous l’étiquette de l’UCR, qui fait partie de la coalition de gouvernement, tant au niveau de la province qu’au niveau fédéral, à Buenos Aires. Or les radicaux (membres du parti UCR) sont fort tentés ces derniers temps de rompre avec Cambiemos car ils ont depuis trois ans de très nombreux sujets de désaccord avec le PRO, parti majoritaire dans la coalition. De plus, Memo Vilte est très introduit dans un certain nombre de cercles et il sait très bien s’y vendre.

Pour aller plus loin :
lire l’entrefilet de Página/12, qui avait donné l’alerte au niveau national au début de l’année
lire l’article de Lea (entendez "lis"), un autre quotidien de Jujuy.



(1) Il fait partie de notre programme en novembre prochain, avec l’agence de voyage Odeia (voir mon article du 19 janvier 2019).

mercredi 16 janvier 2019

La justice de Jujuy protège le Mont des Sept Couleurs [Actu]


Après le scandale provoqué en décembre par l’interdiction d’accéder au Cerro de los Siete Colores de la part d’un particulier, en l’occurrence le chanteur Memo Vilte, voilà que la justice provinciale de Jujuy intervient et questionne l’existence d’une vente de ce site inaliénable, puisqu’il est inscrit au Patrimoine de l’Unesco.

Le juge a interdit à l’artiste qui se dit propriétaire de l’endroit d’y faire quelque construction que ce soit. Memo Vilte avait annoncé qu’il souhaitait bâtir un amphithéâtre à ciel ouvert.

Ce sont les riverains de ce lieu emblématique de la région de Purmamarca qui ont porté l’affaire devant les tribunaux.

Les riverains continuent la lutte. Ils ne se tiennent pas pour satisfaits, ce qu'ils veulent, c'est que le juge interdise définitivement toute espèce d'artificialisation de ce magnifique site naturel, qui figure dans tous les catalogues des voyagistes du monde entier.

Pour en savoir plus :
lire l’article de Página/12, dans son édition de dimanche dernier.

jeudi 27 décembre 2018

Une merveille des Andes prise en otage à Jujuy [Actu]

Une de El Tribuno de Jujuy le 14 décembre
En manchette, le scandale Juan Darthés (voir mon article du 21 décembre)
en bas, une manifestation d'habitants de Purmamarca
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Au début du mois de décembre, le chanteur Memo Vilte a clôturé un chemin d’accès au Mont des Sept Couleurs (Cerro de los Siete Colores), une des merveilles du patrimoine naturel argentin inscrit au Patrimoine de l’Humanité depuis 2003. A ce titre, le site et son environnement sont inaliénables : ils ne peuvent être ni vendus ni achetés, que ce soit par un particulier ou par une personne morale. C’est un lieu public dont l’entretien dépend des pouvoirs publics légitimes locaux : municipalité de Purmamarca, province de Jujuy ou Etat fédéral argentin, ce qu’on appelle là-bas gobierno de la Nación.

El Tribuno de Jujuy, le 7 décembre
En haut à gauche : une photo avec les écriteaux privatifs posés par la famille Vilte
En manchette, les mariés quechua : le gouverneur et sa "femme"
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Or Memo Vilte et son père prétendent être les propriétaires du lieu. Ils auraient acheté ces terrains, sans avoir pu, semble-t-il, produire un titre légal de propriété. Le chanteur, qui se répandu en vidéo sur les réseaux sociaux, dit avoir clôturé le lieu parce qu’il est chez lui. Dans un second temps, il a argumenter qu'il voulait nettoyer le site en vue de le transformer en amphithéâtre naturel, à ciel ouvert, au profit de la collectivité. La démarche est pour le moins contestable, surtout pour quelqu’un qui se revendique descendant des peuples originaires, lesquels ont l’habitude et une solide tradition de tout traiter sous forme de solutions collectives et holistiques et ce n’est pas le cas de cette privatisation sauvage, qui a empêché des touristes de faire le tour du mont, un must des circuits nationaux et internationaux (1).

El Tribuno de Jujuy, le 10 décembre 2018
On y voit le mont dans toute sa splendeur (photo de manchette)
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Memo Vilte, je vous en ai déjà parlé : c’est un excellent chanteur, une voix puissante et un talent incontestable. Mais c’est aussi un homme qui n’inspire qu'une confiance limitée à l'expérience. Certains festivaliers de Toulouse ont encore en travers de la gorge l’achat pour 20 €, soi-disant au profit de la communauté amérindienne de Purmamarca, d’un CD de ses chansons dont la plupart des acquéreurs n’ont jamais pu tirer un son. Le mien n’a jamais été remplacé par un disque lisible sur un lecteur de CD et je crois savoir ne pas avoir été la seule dans ce cas (2).

A partir du 7 décembre dernier, les habitants de Purmamarca ont beaucoup manifesté : ils étaient nombreux à estimer inadmissible la démarche du chanteur, qui avait osé apposer des panneaux explicites sur ses grillages : "Propriété privée – Entrée interdite".

Hier, l’affaire, qui a été plus d’une fois à la une de El Tribuno de Jujuy, est arrivée jusque dans des quotidiens nationaux, Página/12 (qui l’a mis en manchette de sa une) et La Nación hier, puis Clarín, ce matin (3).

El Tribuno de Jujuy ce matin
En manchette, à droite : l'affaire du Mont des Sept Couleurs
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Poussé par le scandale qui grandissait, le gouvernement provincial (4) aurait trouvé une solution négociée (sic) avec le soi-disant propriétaire, ce qui revient à accepter l’état de fait imposé par Vilte. On aurait attendu des pouvoirs publics qu’ils fassent intervenir la justice pour faire annuler le titre de propriété (si le chanteur est bien en possession d'un tel titre et de poursuivre le vendeur du bien et le notaire qui l'a établi) ou faire reconnaître la nullité de celui dont il se prévaut, puisqu’un site inscrit au patrimoine de l’UNESCO est inaliénable.

Il est probable qu’il est très difficile pour les artistes locaux de se faire connaître et de disposer de lieux pour se produire. Mais la violence est d’autant moins une solution que le monde culturel argentin ne manque pas de ressource pour confronter un Etat provincial et national qui se détourne de la culture, surtout avec des atouts aussi immobiles qu’une montagne et aussi célèbres que celle-là.

Pour en savoir plus :
lire l’article de El Tribuno de Jujuy du 6 décembre 2018
lire l'article de Página/12 d'aujourd'hui
lire l’article de Clarín d'aujourd'hui
lire l’entrefilet de El Tribuno de Jujuy d’aujourd’hui.



(1) Le Cerro de los Sietes Colores sera au programme du voyage culturel que Odeia vous propose en novembre prochain, au printemps austral, et que j’accompagnerai. J’en parlerai sans doute lors de l’après-midi Odeia du 17 janvier prochain, à Paris (voir mon article sur cette proposition).
(2) Personnellement, j’étais conférencière invitée à cette même édition du festival de Toulouse. J’avais pris contact avec lui en vue de l’intégrer à mon carnet d’adresses qui me permet de concevoir, hors des sentiers battus, des activités exclusives et authentiques en Argentine pour les voyages culturels que je développe avec mes partenaires voyagistes. Son indifférence pour ce que je lui exposais m’avait laissée sans voix (à ce jour, c’est le seul acteur culturel argentin qui ne m’ait pas témoigné un enthousiasme actif suivi d’une efficacité certaine, comme l’ont toujours fait depuis près de huit ans tous ses autres confrères et consœurs qui vivent en Argentine). Quant à son ignorance profonde de l’histoire de son pays, elle était ridicule. Il prétendait pourtant "enseigner l’histoire" (sic) aux enfants des écoles à travers son répertoire de chansons qu’il envisageait (très vaguement) de faire tourner dans toute l’Argentine. Il m’avait en particulier affirmé, avec un aplomb stupéfiant, que San Martín était enterré à Boulogne-sur-Mer, dans le sud de la France (sic). Quand on considère que San Martín est en Argentine le Père de la Patrie, cela fait beaucoup d’erreurs en une seule phrase, puisque le grand homme repose depuis mai 1880 dans la cathédrale de Buenos Aires et que… Boulogne-sur-Mer ne se situe pas précisément sur la Côte d'Azur ni en Aquitaine ! Bref, j'étais restée suffoquée devant autant d’incompétence et de désinvolture (chez un musicien qui a par ailleurs un vrai talent) et j’étais sortie de cette entrevue convaincue qu’il n'y avait rien à attendre d’un bonhomme qui plastronnait ainsi tout en laissant échapper des remarques tâchées d’un racisme anti-blanc sous-jacent, tout aussi odieux que celui dont les Amérindiens ont souffert et continuent à souffrir de la part de trop nombreux descendants de colonisateurs espagnols.
(3) Autant Página/12 et La Nación s’insurgent devant le caractère illégal de la privatisation d’un lieu public et patrimonial, autant Clarín prend l’affaire à la légère : il titre "Insolite : un artiste clôture le mont des Sept Couleurs". Comme s’il s’agissait d’une petite anecdote distrayante pour occuper le temps entre Noël et le Nouvel An !!!
(4) Il faut dire que la province de Jujuy est aux mains d’un gouverneur qui a une très curieuse conception de la légalité. Alors qu’il est très indifférent, pour ne pas dire hostile, aux réalités amérindiennes de la population provinciale (qui compte de nombreuses ethnies précolombiennes), il vient de se marier, avec un tapage ahurissant (et quelque peu ridicule, tant la cérémonie était insincère), en rite quechua, parce qu’il ne pouvait pas épouser légalement sa fiancée, dont le divorce n’était pas encore prononcé. Depuis, ce divorce est intervenu et les tourtereaux ont convolé en justes noces devant un officier d’état-civil, comme le veut la loi (issue du Code Napoléon). L’Argentine ne reconnaît pas la validité du mariage religieux, qui est une démarche privée. Et - cerise sur le gâteau !, le couple présidentiel était invité à la noce, le gouverneur appartenant à la majorité nationale dont il est un élu-godillot dans toutes les dimensions du terme.

vendredi 19 décembre 2014

Après la Ville Eternelle, la Ville Rose : Memo Vilte chante à Toulouse demain [ici]

L'auteur-compositeur de Jujuy Memo Vilte, qui était mercredi encore à Rome, devant le Pape François, donnera demain 20 décembre 2014 un concert au bénéfice de la fondation Gestos de Amor, qui intègre des handicapés argentins, à la Basilique de la Daurade, à Toulouse, à 18h, sous l'égide du festival toulousain Tangopostale.

Entrée : de 12 à 5 € (réduction pour les chômeurs, moins de 25 € et moins de 15€), le tout reversé à la fondation.

Allez-y !

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jeudi 18 décembre 2014

Folklore de Jujuy au Vatican [Actu]

Photo extraite de l'album de El Tribuno de Jujuy (photo Rataliendo)

Le folkloriste Memo Vilte, originaire de Jujuy, a présenté ce mardi 16 décembre au Pape François son initiative musicale et pédagogique Gestos de Amor, un programme de chanson du nord-ouest argentin inscrit dans l'espérance et la charité, dans une dimension clairement confessionnelle.

La délégation, composée de musiciens et de danseurs handicapés mentaux et valides, de tous âges, d'enseignants, d'éducateurs et de soignants, provenant de différentes institutions de la Province de Jujuy, hôpitaux, centres d'accueil de jour, écoles, était conduite par l'évêque de Jujuy.

Memo Vilte, c'est le géant à la droite du Pape, avec son poncho beige sur l'épaule
cliquez sur la photo pour l'obtenir en meilleure résolution
(photo Rataliendo)

Cet été, Memo Vilte avait déjà été reçu par le Saint Père avant d'entamer une tournée dans toute l'Argentine en prélude à cette présentation dans la Ville Eternelle.

Ce fut donc comme un premier cadeau d'anniversaire pour le Pape (un de ceux avec lesquels on est sûr de lui faire plaisir), bien plus significatif que la milonga de la Via della Conciliazione, qui  n'a fait plaisir qu'à ses participants. Les membres de la délégation étaient sur la place Saint Pierre le lendemain pour l'audience générale, celle des 78 ans du Pape. L'évêque de Jujuy avait pris place sur le côté, en contre-bas de l'estrade d'où le Pape s'adresse à la foule. Il fut parmi les premiers à pouvoir le saluer après le Notre Père qui clôt l'audience.

Memo Vilte et le Pape en juillet dernier

En Argentine, hier, si peu de temps après que la Misa Criolla a pris place dans une liturgie pontificale, cette place accordée au Vatican au folklore jujègne, amplifié par son caractère de facteur intégrateur sur le plan culturel et social, a eu les honneurs d'un bon nombre de titres de la presse, à commencer par les très nombreux journaux locaux, que je ne peux pas tous citer.

Memo Vilte, auteur-compositeur-interprète (quelle voix !) et animateur du carnaval à cheval de Purmamarca, dans sa province, était cet été l'un des artistes invités de Tangospostale, le festival argentin de Toulouse.

Gestos de Amor, en juillet 2013, à Buenos Aires

Pour aller plus loin :
lire la dépêche de AICA (l'agence de presse catholique argentine, dépendant de la Conférence épiscopale)
El Tribuno de Jujuy quant à lui propose une galerie photos

Memo Vilte dispose également d'un espace Facebook où vous devriez trouver bientôt de nombreuses photos de cette mémorable rencontre.