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mercredi 17 décembre 2025

Ce soir, concert en mémoire François à la basilique de La Merced [à l’affiche]

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Ce soir, mercredi 17 décembre 2025, Pedro Chemes, le Coro Nacional de Másica Argentina et el Ensamble Interaméricano Contemporáneo offrent un concert gratuit à la mémoire du pape François en prenant pour prétexte l’anniversaire de sa naissance. Ce concert de musique religieuse se tiendra à 20h dans la basilique La Merced, dans le cœur historique de Buenos Aires.

La Merced est une église de la fin du 17e siècle, conçue par un architecte italien de l’ordre des jésuites à qui l’on doit plusieurs bâtiments laïcs et religieux, dont quelques uns, comme cette église, sont encore debout. La Merced a été le centre pastoral que fréquentait la meilleure société portègne dans le dernier siècle de la colonisation. C’est là qu’a été baptisé le général Manuel Belgrano (1770-1820) et que s’est marié le général José de San Martín (1778-1850). Ses registres sont une manne précieuse pour l’historien, on y retrouve tous les grands personnages historiques de l’époque révolutionnaire et indépendantiste.

Le programme de ce soir se compose de trois œuvres, deux du début du 18e siècle, dans la veine de la musique liturgique baroque italienne (comme l’église elle-même) très appréciée dans l’Empire espagnol de cette époque, un chant de Noël de Roque Ceruti, qui finit ses jours à Córdoba, dans un domaine de la Compagnie de Jésus, les psaumes des vêpres, de Doménico Zipoli, ainsi qu’une œuvre contemporaine, de Pedro Chemes, qui est né à Buenos Aires en 1964.

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Pedro Chemes s’est en effet emparé d’un texte mystique écrit au Mexique en 1556 dans la langue náhuati par un érudit autochtone, qui raconte l’apparition de la Vierge de Guadalupe à saint Juan Diego, un Amérindien qui est le premier saint du Nouveau Monde. Pedro Chemes en a fait une cantate d’aujourd’hui dont ce sera ce soir la création et qui sera chantée dans cette langue originelle. La Vierge de Guadalupe est la sainte patronne de l’Amérique hispanique et le pape François lui a tous les ans offert une grand-messe en espagnol dans la basilique Saint-Pierre.

Entre musique baroque et musique contemporaine, la soirée musicale et spirituelle de ce soir n’aura rien d’artificiel : depuis son enfance, Pedro Chemes a formé son oreille avec l’œuvre de Roque Ceruti...

De nombreuses institutions se sont jointes à cet hommage à un pape qui, pour les Portègnes, fut d’abord et avant tout l’un de leurs archevêques et qui fut aussi un grand amateur de musique, même s’il n’assista jamais aux concerts officiels donnés au Vatican à certaines dates traditionnelles, tout comme il cessa, après son élection, de regarder les matchs de foot à la télé, lui qui avait pourtant le ballon rond dans le cœur. C’est donc un bel hommage que ce concert.

D’ailleurs, Pedro Chemes avait informé le pape de son travail et il en avait reçu, sur la fin du pontificat, une lettre de Noël en réponse.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 (tant qu’il reste en ligne)
lire l’article de Barriada, un magazine en ligne sur l’actualité des quartiers de Buenos Aires
lire l’article de Global Buenos Aires, autre magazine en ligne sur l’actualité locale
lire l’article (en espagnol) de Info Vaticana

mardi 7 octobre 2025

Festival de cinéma amérindien à l’Alliance Française de Buenos Aires [à l’affiche]

"Un autre récit", dit le gros titre
sur une sélection d'images des films projetés
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Depuis hier et pour toute la semaine, l’Alliance Française de Buenos Aires, avenue Córdoba, dans le centre de la capitale argentine, propose un festival de cinéma autochtone américain avec des films de courts et moyens métrages couvrant tout le continent, des Inuits du Canada aux Mapuches de la pointe sud de la Patagonie, les peuples originaires comme on les appelle en Argentine.

Ces films témoignent de narratifs originaux, ou du moins peu exploités dans l’industrie cinématographiques, et pour cause.

Página/12 en fait la Une de son supplément culturel, Cultura & Espectáculos, hier.

Hélas, pour l’heure, il ne faut pas attendre des pouvoirs publics locaux l’organisation de ce type de manifestation. Heureusement que les instituts culturels étrangers s’en occupent a minima.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

vendredi 5 avril 2024

Mileí revendique le vieux fond raciste colonial [Actu]

"Avec le visage de Roca", dit le gros titre
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Mardi, 2 avril, Javier Mileí présidait sa première cérémonie d’hommage aux combattants des Malouines qui se tient tous les ans au jour anniversaire du début de la guerre en 1982. Il a profité de l’occasion pour exprimer son admiration sans borne pour « la baronne Margaret Thatcher » (sur l’ordre de qui un navire baptisé General Belgrano a été coulé, faisant près de 400 morts argentins, sans parler de l’amitié de la dame pour Pinochet !). Pire encore sans doute, loin d’être le « meilleur Premier ministre britannique de l’histoire », elle en a sans douté été le pire puisqu’à sa mort, trente ans après son dernier jour au pouvoir, les Britanniques ont été très nombreux à manifester contre elle, y compris le long du cortège funéraire, alors que ce grand nombre d’années, avec le changement de génération, fait d’ordinaire taire les contentieux, au moins pendant le deuil et rassemble les gens autour du catafalque.

Non content de son effet, Mileí a ajouté une provocation de plus à la déjà très longue liste de ses insolences : il a nommé comme l’un de ses modèles historiques le général Julio Argentino Roca, celui qui, à la fin du dix-neuvième siècle, a conduit une expédition militaire d’une cruauté sans nom et reconnue aujourd’hui comme de nature génocidaire (encore que la notion n’existait pas encore), la dite Campaña del Desierto, un nom de propagande pour désigner ce qui était en fait la conquête de la Patagonie, alors habitée par les peuples mapuches comme on peut le constater sur les cartes de l’Argentine à la même époque (où la région est nommée comme « République indienne »). Il n’y a pas beaucoup personnages plus honni à gauche et même au centre que Roca, cette espèce de Custer du sud (à qui l’on prête cette formule odieuse : « un bon Indien est un Indien mort ».)

"Une cause nationale qui divise les politiques",
dit La Prensa, dont la plupart des éditorialistes
tiennent des propos très proches de ceux du président
sur les mêmes sujets
La photo représente le monument aux soldats
morts aux Malouines, en contre-bas de la
Plaza San Martin à Buenos Aires
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Une fois la cérémonie achevée, il a persisté dans ses propos par un acte symbolique : il a de nouveau débaptisé une salle d’honneur de la Casa Rosada, le Salón de los Pueblos Originarios, qui portera désormais le nom de Héroes de las Malvínas, le tout en prétextant que les peuples préhispaniques n’avaient aucune civilisation digne de ce nom. Une compréhension du monde dont San Martín et Belgrano eux-mêmes s’étaient déjà défaits au début du 19e siècle ! (1)

Plus de vingt ans d’efforts existants (à défaut d’être couronnés d’un plein succès) pour intégrer dans la nation et dans l’histoire ces peuples victimes de la colonisation, des maladies apportées par les conquérants européens puis de leur répression politique et culturelle que notre siècle reconnaît enfin comme criminelle, réduits à néant, volontairement, sciemment, cyniquement, par ce personnage débordant de haine et qui a voué sa vie au culte de l’argent et du profit…

L'étreinte hypocrite du président et de la vice-(présidente
devant le monument aux soldats morts aux Malouines
Ils ne se supportent pas et ne peuvent pas le cacher.
"Milei appelle à une réconciliation avec les Forces Armées",
dit le gros titre d'un journal dont la rédaction a autrefois
collaboré de bon coeur avec la Junte militaire
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Une nouvelle fois, l’Argentine, qui montrait la voie à tout son continent en matière de droits de l’homme, livrée à une régression dont elle aura du mal à se remettre.

Même idée pour cette autre une :
"Lors de l'hommage pour la guerre des Malouines,
Milei a appelé à une réconciliation avec les Forces Armées"
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Mileí a aussi appelé à une réconciliation nationales avec les forces armées, en confondant volontairement les bourreaux dûment condamnés avec l’ensemble des militaires du pays, ce qui au bout de quarante ans de démocratie est une confusion que les Argentins ne font plus, et alors que sa vice-présidente, catholique traditionaliste et elle-même fille d’un militaire qui a trempé dans la dictature, veut voir tous les condamnés amnistiés.

La plaque de la salle d'honneur dans la Casa Rosada

© Denise Anne Clavilier
www.barrio-de-tango.blogspot.com


Pour aller plus loin :



(1) Mileí n’a aucune considération pour les deux Pères de la Patrie qui pourtant réunissent tout le monde en Argentine. Sans doute parce qu’ils font l’unanimité et qu’il déteste cela dans son pays.

mardi 10 octobre 2023

Festival de courts métrages à Oberá cette semaine [à l’affiche]

L'affiche fait apparaître clairement l'identité guaranie de la région


Ce soir, mardi 10 octobre 2023, le village de Oberá, tout au nord de l’Argentine, dans la province de Misiones, à la frontière avec le Paraguay, commence la 14e édition d’un petit festival de courts-métrages accompagnés de concerts, de soirées festives et de rencontres.

Le festival exploite plusieurs thèmes, dont le cinéma étudiant et le cinéma amérindien.

Il a une dimension internationale et met à son programme des œuvres venant de la plupart des pays voisins.

Une section du festival est consacrée aussi à l’étude et à la projection de longs métrages vers lesquels le court conduit les jeunes cinéastes.


Le village de Oberá est situé tout près des chutes d’Iguazú. Il abrite une coopérative artisanale de yerba mate qui produit une plante bio, longuement vieillie et fumée, au goût très prononcé, long en bouche. Pour moi, l’une des meilleures yerbas mate d’Argentine. L’une des plus chères aussi. Impossible à trouver à l’export.

Ce festival cinématographique de début de printemps, lorsque le climat est encore clément à cette latitude, durera toute la semaine.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article du journal local, El Territorio (nommé ainsi en souvenir du premier statut de cette région, qui n’a pas tout de suite accédé à la dignité de Province autonome)

mercredi 2 août 2023

Les peuples premiers ont marché de Jujuy à Buenos Aires pour défendre leur dignité [Actu]

"A bas la réforme [constitutionnelle",
vive les droits", dit le gros titre
sur cette photo des Amérindiens jujègnes devant le Congrès
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Hier, 1er août, les peuples premiers du nord-ouest de l’Argentine fêtaient la Pachamama, cette déesse tellurique qui apporte fécondité et bonnes récoltes.

Dans le cadre du débat féroce qui les opposent au gouverneur de droite de la province de Jujuy, Gerardo Morales, qui entend les priver à jamais d’une partie de leurs terres pour en concéder l’exploitation des gisements de lithium à des compagnies privées, une délégation des peuples premiers de la province a organisé une marche qui l’a conduite de Jujuy, aux confins de l'Argentine et de la Bolivie, jusqu’au centre institutionnel de la capitale fédérale, où ils sont arrivés hier pour interpeler les autorités nationales sur leur sort et leur volonté de faire respecter leur territoire et leurs libertés.

Ils veulent en effet que les pouvoirs publics locaux reviennent sur leur décision de modifier la constitution provinciale qui permet désormais une telle exploitation privée, laquelle va sans aucun doute entraîner des catastrophes écologiques en pagaille comme c’est toujours le cas en Argentine et enrichir grassement une poignée de multinationales qui n'en ont pas besoin.

Ce matin, il m’a fallu chercher longtemps sur le site de Clarín pour trouver un entrefilet sur le sujet. Mes recherches sur celui de La Nación se sont révélées vaines à cette heure. Les deux rédactions sont clairement à droite. Comme d’habitude, Página/12 (qui est sans équivoque possible à gauche) est seul ou presque à traiter le sujet.

Pourtant, les photos en témoignent, la manifestation amérindienne d’hier était haute en couleurs (et en musique) et n’a pas pu échapper au public alors que l’hiver bat son plein et que tout le monde est au travail, surtout dans ce secteur de la capitale, puisque les élections générales se rapprochent à grands pas.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, qui en fait sa une

jeudi 27 juillet 2023

La statue de la discorde à Bariloche [Actu]

Etrange statue avec un cheval qui ressemble
à Jolly Jumper quand il est épuisé !
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A San Carlos de Bariloche, la plus importante station de ski d’Argentine et d’Amérique du Sud, une statue équestre du général et président Julio Argentino Roca (1843-1914) orne la place de la mairie (centro cívico) depuis 1941 (photo de une ci-dessus).

Son installation à cet endroit a couronné la construction commencée en 1940 de cette place aux allures helvétiques. A cette époque, l’Argentine vivait sous l’un de ces gouvernements putschistes d’extrême-droite qui s’étaient succédé à Buenos Aires depuis le premier coup d’État de la période constitutionnelle, en septembre 1930. L’homme qui était ainsi honoré était le conquérant blanc, d’ascendance européenne, de la Patagonie, au milieu de laquelle se trouve la station montagnarde habitée depuis le début du 19e siècle par une importante colonie suisse et germanophone (Allemagne et Autriche). Ce pourquoi après 1945 Bariloche est connue pour avoir facilement accueilli de trop nombreux criminels nazis qui avaient fui l’Europe et y vivaient officiellement sous une fausse identité, tout en étant parfois connus sous leur véritable nom.


"Triste Argentine de la razzia indienne", dit le gros titre
qui ne cache pas son mépris pour les peuples premiers
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Autrement dit, cette statue sent le soufre puisque la conquête de Roca, passée dans l’histoire sous le nom de « Conquista del Desierto », a été l’occasion d’un véritable génocide du peuple mapuche qui vivait sur ces terres australes (pas si désertes que ça), sur lesquelles le voisin chilien avait des vues depuis le milieu du 19e siècle. Le risque que le Chili s’empare de ce vaste territoire avait précipité l’opération militaire ordonnée depuis Buenos Aires et celle-ci fut sans pitié pour ceux des indigènes, nombreux, qui osèrent lui résister, malgré leur infériorité technologique, face à l’artillerie et aux armes à feu des envahisseurs.

Il y a quelques semaines, il a donc été décidé que la statue, qui choque les peuples premiers toujours présents dans la région, serait retirée de la place de la mairie pour être replacée dans un parc au milieu d’autres statues, à l’écart de la bourgade.

Aussi la mise en œuvre ces jours-ci de cette décision déchaîne les réactions hostiles surtout à droite, où l’on apprécie beaucoup le personnage, qui a longtemps figuré sur les coupures de 100 pesos : outre sa prise de contrôle de la Patagonie, on doit aussi à Roca la loi qui a établi l’école obligatoire et gratuite, le grand rêve caressé par un autre personnage polémique, un géant de la vie politique et culturelle de l’Argentine, Domingo Faustino Sarmiento (1811-1888). Et qu’est-ce que vous voulez que la gauche dise lorsque la droite lui sort cet argument ?

La Nación préfère ne pas mettre l'accent sur l'événement
Il n'a droit qu'à une manchette sans photo (en haut à droite)
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L’historiographie de gauche n’a longtemps retenu du personnage que cette violence inouïe à l’égard des Amérindiens, violence qui avait généralement été acceptée par les contemporains d’origine européenne mais qui nous soulève le cœur cent cinquante ans plus tard. La droite s’efforce aujourd’hui d’amoindrir l’importance de ce fait dans sa propre historiographie et insiste sur d’autres aspects : la concurrence avec le Chili, qu’il fallait bien remettre à sa place (d’autant que plus tard, on a découvert des gisements de pétrole dans le territoire ainsi conquis), et la sacro-sainte école. Curieusement, Clarín publie aujourd’hui dans son édition imprimée deux commentaires de deux historiens officiellement opposés, l’un classé à droite, l’autre (Pacho O’Donnell) furieusement péroniste de gauche. Pourtant les deux éditos se rejoignent peu ou prou, les deux auteurs soutenant qu’il est important de ne pas projeter nos valeurs sur le passé si l’on veut le comprendre. Bref, ces cris d’orfraie n’ont pas lieu d’être, c’est eux qui le disent (quel progrès !) et ce qui compte, c’est de contextualiser cette statue.

Une statue qui va tout de même être remplacée sur la place de la mairie par un monument en l’honneur des Mères et des Grands-mères de la Place de Mai. Des associations militantes classées à gauche toute. Derrière le geste, il y a donc bien une intention partisane et l’envie de faire tourner en bourrique les gens de droite. Et c’est plutôt réussi si l’on en croit les unes des journaux !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur la polémique déclenchée par la décision municipale
lire l’article de Página/12 sur le transfert de la statue
lire l’article de Clarín (version en ligne)
lire l’article de La Nación
Comme si souvent, le site de La Prensa ne propose pas l’article annoncé sur sa une du jour.

Ajout du 28 juillet 2023 :
lire cet article à la une de Página/12

lire, toujours dans Página/12, la note rédigée par Pacho O’Donnell, davantage dans son élément ici que dans Clarín

"Roca, de nouveau en campagne", dit le gros titre ce matin
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La Prensa, quant à elle, renouvelle
l'expression de son insondable mépris
avec ce titre secondaire : "Le coin des gens sensés :
Roca sera toujours au centre de la Patrie"
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avec photo couleur de la statue

Mise à jour du 3 août 2023 :
lire
cet article de Clarín sur la décision judiciaire en référé qui suspend à titre conservatoire l’exécution de l’arrêté municipal disposant le retrait de la statue. La guerre semble bel et bien déclarée.

Mise à jour du 4 août 2023 :

lire cet éditorial de Página/12 au sujet de cette décision de justice

vendredi 7 juillet 2023

Página/12 se paye en une la tête du gouverneur de Jujuy [Actu]

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et retournez-la pour un meilleur confort de lecture


Le gouverneur de Jujuy, Gerardo Morales, l’un des ténors de la droite dure en Argentine, justifie sa réforme constitutionnelle qui devrait permettre de vendre ou de confier au plus offrant les gisements de lithium au détriment des droits des peuples premiers avec des arguments qui renversent terme à terme les revendications de ceux-ci sur le respect de leurs droits ancestraux, de leur culture et de leur vie sur ces terres héritées de leurs ancêtres. Sans parler des écocides en pagaille qui se préparent avec cette déréglementation à large échelle.

C’en est trop pour Página/12 qui titre ce matin : Le monde à l’envers. Et la rédaction passe des paroles aux actes en mettant la une cul par-dessus tête.

Dans l’article principal, on lira une analyse de ce que la rédaction estime être une provocation insolite du gouvernement de Morales.

De mauvais esprits, comme la signataire de ces lignes, pourraient s’étonner qu’un tel renversement des valeurs soit bel et bien repéré lorsqu’il est l’œuvre de Morales alors qu’il semble passer tout à fait inaperçu lorsqu’il se trouve dans les propos et l’action de Poutine et de sa clique, dont les explications absurdes sont acceptées comme coulant de source par Página/12. Bizarre, bizarre ! Vous avez dit bizarre ?

En exergue de l’article, une splendide citation de María Elena Wash, grande écrivaine et poète argentine. Ce petit quatrain s’applique tout autant à ce qu’on raconte à Jujuy qu’à ce qu’on explique doctement à Moscou :

Me dijeron que en el Reino del Revés
nadie baila con los pies
Que un ladrón es vigilante y otro es juez
Y que dos y dos son tres
María Elena WALSH


On m’a dit que, dans le monde à l’envers,
personne ne danse sur ses pieds,
qu’un voleur est gardien de la paix et un autre juge
et que deux plus deux font trois.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)


© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lundi 30 janvier 2023

L’Institut Nacional de Musique rend hommage à un artiste patagonien [Disques & Livres]

Depuis la Patagonie
L'héritage de Marcelo Berbel
, dit le titre
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Depuis quelques semaines, l’INAMU, Instituto Nacional de Música, tient à la disposition de tous, sous format pdf, téléchargeable gratuitement, un livre-hommage à un compositeur et poète de Neuquén, une des provinces de Patagonie plus connue pour ses gisements de fossiles sauriens que pour sa musique. Et pourtant !

La présentation à Buenos Aires

Roberto Berbel était né à Plaza Huincul (l’un des centres les plus riches pour les fouilles paléontologiques), en 1925, d’un père venu d’Europe et travaillant là comme employé de l’entreprise pétrolière nationale YPF, et d’une mère mapuche. Le couple a eu dix enfants. Le musicien était le quatrième. Roberto Berbel a lui-même eu quatre enfants dont trois ont suivi son sillage artistique. Il est mort à Neuquén en 2003.

Sa fille, Marité Berbel, elle-même musicienne, a participé de très près à l’élaboration de ce ouvrage qui rassemble le répertoire créé par son père, textes et partitions.

De nombreuses très belles photos illustrent ce livre somptueux. Les deux langues du Maestro, l’espagnol argentin et le mapuche, y sont représentées. Un descendant de la famille Namuncurá, celle du dernier chef mapuche qui se soit opposé par les armes à la conquête euro-descendante de la Patagonie à la fin du 19e siècle, a veillé à la bonne tenue de cette langue amérindienne.


Le lancement du livre à Buenos Aires à la fin de l’année dernière a été suivi de près par la presse locale de Neuquén. Deux vidéos ont aussi été déposées à cette occasion sur Youtube pour donner à tout le monde une idée de ce trésor méconnu.

A découvrir !

L’Institut s’est donné pour mission de cataloguer et de préserver l’ensemble du répertoire de la musique argentine, tous styles et tous genres confondus. Un travail minutieux et patient véritablement fédéral, réalisé en collaboration avec les ministères de la culture des différentes provinces.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire le communiqué officiel sur le portail du gouvernement argentin
lire le communiqué officiel sur le site de l’INAMU
télécharger le document depuis le site de l’INAMU
lire le communiqué officiel sur le portail de la province de Neuquén
lire l’article de Página/12 (quotidien national)
lire l’article de El Sureño

vendredi 20 mai 2022

A Resistencia, un tribunal reconnaît un crime contre l’humanité, près d’un siècle plus tard [Actu]

L'audience publique de rendu du jugement


Le 19 juillet 1924, a eu lieu dans la province de Chaco, au nord-ouest de l’Argentine, un massacre contre les peuples originaires Qom et Moqoit. Environ 400 personnes de tous âges et des deux sexes ont été tuées. L’événement historique est connu comme le « Massacre de Napalpí » (la Matanza de Napalpí).

A cette époque, Chaco n’était pas encore une province autonome. C’était encore un Territoire, dont une bonne partie avait été arrachée au Paraguay un demi-siècle plus tôt, au terme d’une guerre terrible. A ce titre, le Chaco relevait encore directement de la juridiction nationale et donc du Gouvernement fédéral siégeant à Buenos Aires. Les crimes contre l’humanité étant de jure imprescriptibles, des magistrats nationaux en poste à Resistencia, la capitale du Chaco, ont lancé un procès pour lequel ils ont fait comparaître comme témoins des historiens spécialisés sur la question.

Le verdict a été rendu hier dans une salle de conférence de la capitale chaquègne. La présidente du tribunal a reconnu un « ethnocide » et elle a reconnu que l’État national argentin était coupable d’un crime contre l’humanité. Elle l’a condamné à des réparations, au grand soulagement des descendants des victimes qui réclamaient justice depuis un siècle. Après les faits, en effet, le massacre de ces travailleurs, l’exploitation illégale et les rackets dont ils étaient victimes de la part des maîtres des plantations cotonnières locales avaient été soigneusement dissimulées aux autorités judiciaires locales, dont le travail a été entravé, bien que les corps de certaines victimes aient été exposées comme des trophées par quelques uns des notables de la Sociedad Rural (1) qui régnaient sur ce territoire éloigné.

Le secrétariat d’État des droits de l’Homme de la Province et l’Institut de l’Indigène chaquègne s’étaient portés parties civiles. Le ministère public était exercé par un magistrat du cabinet d’instruction fédéral spécialisé dans les Droits de l’Homme.

L’État fédéral est entre autres condamné à mettre en place une éducation publique bilingue espagnol-qom (qui n’existe toujours pas y compris dans le secteur public), à établir un site mémoriel dans un bâtiment historique emblématique, à inscrire l’étude de ces événements dans les programmes scolaires et à mettre en ligne, sur un site public d’accès libre et gratuit, tous les témoignages présentés pendant le procès.

La justice nationale argentine entend ainsi instaurer un précédent international, qui a vocation à s’imposer sur l’ensemble du continent américain alors que dans un pays voisin, le Brésil, le président actuel (en fin de mandat) n’a jamais hésité à piétiner tous les droits des peuples originaires et à encourager la violence à leur égard.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :



(1) La Sociedad Rural est encore à ce jour la principale organisation patronale du secteur agricole argentin. C’est toujours un bastion de la droite. Dans les années 1920, c’était une institution très réactionnaire, surtout sur le plan social (alors que le gouvernement était à gauche depuis 1916), et ce qu’on appelle aujourd’hui le suprémacisme blanc y était généralisé.

vendredi 13 août 2021

Página/12 interviewe Elisa Loncón, la présidente de la Constituante chilienne [Actu]

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Elisa Loncón a été élue il y a quelques semaines à la présidence de l’assemblée constituante qui doit écrire une nouvelle constitution pour le Chili afin de remplacer la constitution concoctée par la dictature de Pinochet.

Elisa Loncón est une haute figure intellectuelle et féministe. Elle appartient aussi à un peuple originaire. Trois raisons pour que Página/12 la mette en avant dans son supplément féministe hebdomadaire, Las 12.

Elle accordé une longue interview au quotidien transandin qui le représente en une du supplément dans cette tenue traditionnelle qu’elle n’hésite pas à porter dans l’enceinte parlementaire pour visibiliser les peuples originaires qui avaient été invisibilisés par les politiques successives du Chili et en particulier sous la dictature.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

samedi 26 juin 2021

Catamarca mise sur son patrimoine archéologique incaïque [Actu]

Un détail de la muraille en pierres sèches


La province de Catamarca, dans le nord-ouest de l’Argentine, va mettre en valeur le chemin royal de l’Inca (le Qapaq Ñan) qui la traverse et qui a été inscrit en juin 2014 au patrimoine culturel de l’Humanité par l’Unesco ainsi que les ruines d’une forteresse incaïque aux murs de pierres sèches, le Pucará de Aconquija.

La province vient en effet de recevoir une donation de 365 hectares sur lesquels se trouve un joyau archéologique. Elle va donc pouvoir créer un parc provincial et en faire un atout touristique pour développer l’activité sur son territoire, l’un des plus pauvres de l’Argentine.

Une vue plus générale

Au milieu de cette semaine, La Unión de Catamarca, un quotidien qui paraît du lundi au vendredi, a consacré une demi-page intérieure à ce nouveau projet du gouvernement local.

Comme les photos le montrent, le lieu s’annonce déjà magnifique, avec ces vestiges de murailles d’une antique forteresse amérindienne (dénommée pucará en quechua) et ce qu’il reste de la route qui traversait le sud du sous-continent et reliait, avant la conquête espagnole, à l’époque des Incas qui régnaient au Pérou, le sud de l’actuelle province de Mendoza (San Rafael) à Lima en passant par la Bolivie, le nord du Chili et la Colombie.

Extrait de La Unión de Catamarca
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En 2014, six pays de la région s’étaient unis pour défendre le dossier au comité Patrimoine de l’Unesco. Avec succès.

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :
lire l’article de Página/12 aujourd’hui
lire l’article de La Unión mis en ligne le 22 juin dernier.

mardi 18 mai 2021

Página/12 nous parle du cinéma guarani [à l’affiche]


Ce matin, dans ses pages culturelles, Página/12 nous présente une organisation binationale argentine et brésilienne qui réunit des cinéastes du peuple guaraní en province de Misiones (Argentine) : el Colectivo de Cine Mbya Guaraní Ara Pyau, fondé en 2017.

Ce groupe, fort de 24 membres, entend défendre la "souveraineté cinématographique" de ce peuple originaire qui est parfois le sujet de documentaire filmés par des descendants d’Européens qui ne prennent même pas la peine de revenir leur présenter le résultat du tournage une fois monté et encore moins de les consulter sur l’usage qui sera fait de leur image.

Sous les présidences de Lula et de Dilma Roussef, au Brésil, ces jeunes artistes ont reçu des appuis financiers à l’est de la frontière jusqu’au coup d’État parlementaire qui a destitué Dilma en 2016. Tout s’est alors arrêté du côté brésilien. Ils ont donc monté cette structure avec l’aide de l’Institut des Arts audiovisuels de la province de Misiones. Avec des moyens de fortune, ils produisent des courts-métrages dans leur langue, sous-titrés en espagnol.

Aujourd’hui, ils revendiquent le droit à une expression cinématographique qui leur soit propre et qui ne leur ait pas facilement reconnu par le secteur de la distribution, qui sème de difficultés leurs chemins. A partir de demain, mercredi 19 mai 2021 et jusqu’à la fête nationale, le 25 mai, dans des conditions rendues encore plus difficiles que d’ordinaire par l’épidémie, le Colectivo de Cine Ara Pyau participe à la Semaine Internationale des Peuples originaires et y présentera plusieurs documentaires sur les Guaranís,, leurs croyances, leurs valeurs et leurs traditions.


Página/12 a donc décidé de leur donner un coup de main afin qu’ils aient un peu de visibilité sur la scène nationale. C’est une question de justice pour la diversité culturelle du pays. Un choix qui interroge la conscience nationale en ce jour qui marque le début de la semaine anniversaire de la Révolution.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12