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lundi 30 janvier 2023

L’Institut Nacional de Musique rend hommage à un artiste patagonien [Disques & Livres]

Depuis la Patagonie
L'héritage de Marcelo Berbel
, dit le titre
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Depuis quelques semaines, l’INAMU, Instituto Nacional de Música, tient à la disposition de tous, sous format pdf, téléchargeable gratuitement, un livre-hommage à un compositeur et poète de Neuquén, une des provinces de Patagonie plus connue pour ses gisements de fossiles sauriens que pour sa musique. Et pourtant !

La présentation à Buenos Aires

Roberto Berbel était né à Plaza Huincul (l’un des centres les plus riches pour les fouilles paléontologiques), en 1925, d’un père venu d’Europe et travaillant là comme employé de l’entreprise pétrolière nationale YPF, et d’une mère mapuche. Le couple a eu dix enfants. Le musicien était le quatrième. Roberto Berbel a lui-même eu quatre enfants dont trois ont suivi son sillage artistique. Il est mort à Neuquén en 2003.

Sa fille, Marité Berbel, elle-même musicienne, a participé de très près à l’élaboration de ce ouvrage qui rassemble le répertoire créé par son père, textes et partitions.

De nombreuses très belles photos illustrent ce livre somptueux. Les deux langues du Maestro, l’espagnol argentin et le mapuche, y sont représentées. Un descendant de la famille Namuncurá, celle du dernier chef mapuche qui se soit opposé par les armes à la conquête euro-descendante de la Patagonie à la fin du 19e siècle, a veillé à la bonne tenue de cette langue amérindienne.


Le lancement du livre à Buenos Aires à la fin de l’année dernière a été suivi de près par la presse locale de Neuquén. Deux vidéos ont aussi été déposées à cette occasion sur Youtube pour donner à tout le monde une idée de ce trésor méconnu.

A découvrir !

L’Institut s’est donné pour mission de cataloguer et de préserver l’ensemble du répertoire de la musique argentine, tous styles et tous genres confondus. Un travail minutieux et patient véritablement fédéral, réalisé en collaboration avec les ministères de la culture des différentes provinces.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire le communiqué officiel sur le portail du gouvernement argentin
lire le communiqué officiel sur le site de l’INAMU
télécharger le document depuis le site de l’INAMU
lire le communiqué officiel sur le portail de la province de Neuquén
lire l’article de Página/12 (quotidien national)
lire l’article de El Sureño

mardi 6 septembre 2022

Et encore un dino, tout beau tout nouveau, à Neuquén ! [Actu]

Vue d'artiste (très inspirée)


Après cette demi-portion qu’était Tank-sur-pattes, le bien-nommé, avant-dernière découverte du genre en date, voici à nouveau un bon gros géant, carnivore qui plus est (tout pour nous faire peur), au nom vachement facile à retenir pour tout le monde : Elemgasen nubilus… Les paléontologues, faut que ça parle latin, même à Neuquén, ou plus exactement à Plaza Huincul, dans cette province de Patagonie, un champ de fouilles qui semble aussi inépuisable qu’inhospitalier.

La découverte de la nouvelle bêbête venue du fond des âges fait l’objet en date d’hier d’une publication dans la revue scientifique Papers in Paleonthology, in english comme il se doit.

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En fait, on n’a pas retrouvé grand-chose du nouveau dinosaure. Juste quelques fragments d’os des membres inférieurs mais ils suffisent pour que les spécialistes se fassent une idée de l’animal. Il mesurait 4 mètres de long et vivait il y a 90 millions d’années.

On doit la publication à une équipe du CONICET, le conseil de la recherche scientifique et technologique, l’homologue argentin du CNRS français.

© Denise Anne Clavilier
www.barrio-de-tango.blogspot.com


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
lire le communiqué grand public du CONICET
accéder à l’article scientifique (attention : il faut disposer d’un abonnement, bref être un chercheur professionnel).

dimanche 21 août 2022

Le tango de Neuquén arrive au Palacio Carlos Gardel [à l’affiche]

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Demain, lundi 22 août 2022, le second Plenario de la Academia Nacional del Tango accueillera la Orquesta de Tango del Neuquén, une des provinces argentines qui forment la Patagonie.

Le concert est prévu à 19 h, comme toujours au premier étage du siège de l’institution, situé avenida de Mayo au numéro 833, juste à côté et au-dessus du Gran Café Tortoni.

Entrée libre et gratuite, comme toujours.

© Denise Anne Clavilier

mardi 12 juillet 2022

On a découvert un nouveau dinosaure en Argentine… « Vivant ? », comme demandait quelqu’un (1). Non, « carnivore » répond-on [Actu]

Infographie publiée par Clarín
d'après des documents universitaires
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Villa El Chocón, dans la province de Neuquén, possède un gisement extraordinaire de fossiles de dinosaures de toutes les tailles et de toutes les couleurs.

Extrait de Clarín du 8 juillet 2022
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Il y a quelques jours, la semaine dernière, la Fundación Azara (Université Maïmonide) a présenté à la presse sa toute dernière découverte dans la région : un super prédateur de dinosaures que l’équipe internationale de paléontologues a baptisé Meraxes Giga.

C’est le plus complet squelette trouvé à ce jour pour un animal de cette espèce. On dispose en particulier d’une tête presque complète dont il a été réalisé un moulage pour l’exposition muséographique.

L'équipe des découvreurs du fossile sur le chantier de fouilles
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La charmante créature est morte à l’âge d’environ 45 ans. Elle mesurait 11 mètres de long. Ce n’est donc pas le plus gros dinosaure argentin découvert à ce jour mais il fait bien partie des plus imposants. Son poids devait dépasser les 4 tonnes. Un beau bébé, grosses cuisses et petits bras, comme toujours ou presque. C’est Clarín qui nous a offert vendredi dernier le plus beau reportage avec force illustrations, schémas, vue d’artiste et photos du chantier de fouille.

Lui : on a découvert un dinosaure carnivore en Patagonie

Elle : Le pauvre ! Au prix où est la viande, il va mourir de faim !

Traduction © Denise Anne Clavilier


Pour les amateurs !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :



(1) Une animatrice de télévision, plus connue pour son physique dont elle use et abuse même à l’âge respectable qu’elle a atteint aujourd’hui, avait fait cette question stupide en direct sur le plateau à un invité qui lui parlait d’une découverte de fossile en Patagonie. C’est devenu un gag à répétition quand on parle de dinosaure en Argentine (et qu’on a déjà un âge certain).

mardi 2 mars 2021

Un titanosaure qui bat tous les records d’âge [Actu]

Vue d'artiste par José A. González (CTYS)


C’est dans la province de Neuquén que la découverte a été faite en 2014 par un technicien du musée municipal Ernesto Bachman de Villa El Chocón : un titanosaure de 20 m de long baptisé par ses découvreurs Ninjatitan zapatai. Les fossiles datent de 140 millions d’années. C’est le plus vieux dinosaure trouvé à ce jour. C’était un sauropode végétarien dont la famille a vécu pendant plus de 145 millions d’années.

La découverte vient d’être rendue publique par l’Agence de vulgarisation scientifique de l’Université La Matanza (CTYS), dans la banlieue de Buenos Aires. Ce nouveau fossile permet de faire avancer la connaissance de ces créatures gigantesques disparus.

Infographie © Clarín

Neuquén dispose d’un des plus intéressants gisements dans ce domaine.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

mardi 8 septembre 2020

Neuquén se joint à l’Année du Genéral Manuel Belgrano [Bicentenaire]


En cette année qui aurait dû voir fleurir dans toute l’Argentine des hommages au premier de ses deux pères-fondateurs principaux, le général Manuel Belgrano (1770-1820), et où tous les projets ont été paralysés ou annulés par l’irruption de la pandémie, la Junta de Estudios Históricos de Neuquén 1 (cercle des études historiques) propose un concours d'écriture autour de cette haute figure historique.

Autrement dit, on est en plein dans l’élaboration du roman national. Et c’est en effet en Amérique du Sud l’une des fonctions essentielles de ce qu’on appelle l’histoire et qui a souvent fort peu à voir avec une discipline scientifique.

Le concours est ouvert jusqu’au 30 octobre prochain.
Les formulaires d’inscription et le règlement du concours sont à demander auprès du secrétariat de l’association, comme le précise l’affiche jointe.



(1) L’une des provinces de Patagonie. Ce territoire n’a intégré l’Argentine qu’à la fin du dix-neuvième siècle. Elle n’appartenait donc pas aux Provinces Unies du Río de la Plata qui ont fait la révolution indépendantiste en 1810-1816.

jeudi 28 novembre 2019

Fable moderne du dino et du maté [Actu]

Photo Agustín Martínez

Avant-hier, l’université nationale del Comahue, dans la province de Neuquén, a communiqué à la presse la découverte de deux vertèbres fossilisées d’un titanosaure d’il y a 85 ans. La découverte a été réalisée sur le campus de l’université grâce à la fille d’une étudiante qui était en train de prendre le maté sur ce terrain quelque peu dénudé. Soudain quelque chose sur le sol a attiré son attention et cette chose s’est révélée être un fossile.

Les deux os pèsent chacun environ 200 kg.

La découverte va faire l’objet de publication scientifique. Malgré les terribles restrictions budgétaires qui affectent la recherche en Argentine depuis l’arrivée au pouvoir de Mauricio Macri, la science avance en particulier dans ce domaine de la paléontologie grâce au sol richissime du pays.

Pour en savoir plus :
lire l’article de La Mañana de Neuquén du 25 novembre 2019.

jeudi 27 juin 2019

Patagonie intérieure : paradis des dinosaures [Actu]

Reconstitution par un paléontologue en 1896
Un peu faux mais on le reconnaît bien, notre ami !

L’Institut d’études andines, où collaborent l’Université de Buenos Aires (UBA) et le centre national d’études scientifiques et technologiques (CONICET), viennent de publier en anglais un article sur une découverte sédimentologique effectuée dans la Province de Neuquén (Patagonie andine) sur un sol fortement incliné : la plus ancienne empreinte d’un dinosaure qui vivait là il y a plus de 163 millions d’années.

Cette sympathique bestiole était un stégosaure, très apprécié des enfants pour sa silhouette d’authentique dragon de légende… Jusqu’à présent, les preuves de son existence remontaient à 155 millions d’années, dans l’Amérique du Nord et le sud de l’Europe.

Cliquez sur la couverture pour une meilleure résolution

Toujours en première ligne pour souligner les réussites de la recherche argentine si maltraitée par la crise et abandonnée par le gouvernement national, Página/12 est allé interviewer le chef d’équipe qui signe cet article dans Journal of South American Earth Sciences (qui inclut le Mexique et la Méso-Amérique dans son champ d’action – bref là où on ne cause pas anglais).

Pour aller plus loin :
en anglais (payant), lire l’article sur Science Direct (à paraître dans le n° 94 du JSAES, en octobre prochain).

samedi 16 février 2019

Et maintenant du croco à Neuquén [Actu]

Les fossiles présentés jeudi

Jeudi dernier, les autorités culturelles de la province de Neuquén ont présenté le résultat, spectaculaire, de fouilles paléontologiques effectuées en 2001 à Sierra Barrosa, à une trentaine de kilomètres de la ville de Plaza Huincul, dans le centre de cette province de la Patagonie argentine : un grand crocodile d’environ 2 mètres (il nous manque l’appendice caudal) qui a vécu il y a 70 millions d’années et qui était jusqu’à ce jour resté inconnu.


L’équipe scientifique, argentino-canadienne, l’a baptisé Barrosasuchus Neuquenianus, pour que son nom permette de le situer sur la mappemonde (suchus désignant une sous-famille de crocodiliens).

Le directeur des recherche, l’Argentin Rodolfo Coria, est un scientifique du CONICET (centre de recherche scientifique et technologique argentin). Il est aussi le directeur de la paléontologie de la province de Neuquén. La découverte a fait l’objet d’un article scientifique, publié en anglais, dans la revue Cretaceous Research, n° 95 (mars 2019).


Les fossiles découverts vont rejoindre le Museo Museo Carmen Funes, de Villa Huincul, qui présente une des plus belles collections de fossiles animaux en Argentine.

L’animal dont les restes ont ainsi été identifiés est très semblable aux actuels crocodiles mais il appartient toutefois à une autre famille de reptiles. Il est l’un des squelettes les plus complets au monde pour un animal de son époque.

Reconstitution publiée par Clarín

La découverte a été reprise, faiblement, dans la presse nationale et de manière plus appuyée dans la presse locale.

Cette série de découvertes annoncées cet été montre la qualité de la recherche en archéologie et en paléontologie en Argentine et l'importance d'un outil comme le CONICET et les universités publiques dans le maintien de la qualité en ce domaine.

Pour aller plus loin :
lire l’article de Minuto Neuquén, publié le 11 février, lorsque la conférence de presse a été convoquée pour le 14
lire le communiqué du CONICET (en anglais)
lire l’article scientifique sur le site Internet de Cretaceous Research (en anglais) – article payant.

mercredi 6 février 2019

Du nouveau sur le front des dinosaures argentins [Actu]

Dessin de Jorge A. González, d'après les consignes des chercheurs

Lundi dernier, c’est un nouvel article publié dans la prestigieuse revue scientifique britannique Nature qui a percé le calme de l’été avec une découverte scientifique d’ampleur par des chercheurs argentins du CONICET (centre national de recherche et de technologie) et de l’université privée Maimónides, à Buenos Aires : dans la province de Neuquén, en Patagonie, on a découvert une partie de squelette d’un dinosaure inconnu à ce jour, herbivore, caractérisé par une rangée impressionnante d’épines dressées le long de la colonne vertébrale. On ignore pour le moment à quoi correspondent exactement ces épines : un système de défense contre les prédateurs, l’armature d’une voile dont la vascularisation aurait servi à réguler la température interne du sauropode, un atout sexuel (comme la roue du paon) ? L’article scientifique exploite la première hypothèse.

L'information est traitée en article secondaire
dans la colonne à droite
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Ses inventeurs ont baptisé cette étrange créature Bajadasaurus pronuspinax. Il vient enrichir une collection argentine déjà très impressionnante et la route des dinosaures, un des grands atouts touristiques et culturels de la Patagonie andine (et au-delà de la Patagonie, jusqu’à San Juan)… Les premières fouilles ont été réalisées en 2013. L’article a été envoyé en juillet dernier et accepté en décembre.

Illustration de l'article de Nature
En haut, la reconstitution du cou du sauropode
au centre et à gauche, la localisation de la découverte
en bas et à droite, les différentes parties du squelette identifié
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Une reconstitution du cou de l’animal est exposé actuellement au Centre Culturel de la Science à Buenos Aires pour la durée de l’été.

Copie de la première page de l'article disponible en pdf sur le site de Nature
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Pour en savoir plus :
lire la communication scientifique en anglais sur le site de Nature

jeudi 15 février 2018

Un autre géant en Patagonie [Actu]

Authentique panneau d'accueil à Villa El Chocón
Photo Alex Rebolledo

Un nouveau dinosaure gigantesque a été trouvé en Patagonie, dans la province de Neuquén, et il est partiellement exposé depuis hier au Museo Ernesto Bachmann, de Villa El Chocón, un très beau musée municipal de paléontologie à la lisière entre la Province de Neuquén et celle de La Pampa, au cœur de la "Steppe des Dinosaures" (Estepa de los Dinosaurios), puisqu'un important gisement de fossiles y a été découvert dans les années 1990.


Ce musée est l'une des perles touristiques et culturelles de la Patagonie, à 80 km de la capitale provinciale, dans une ville nouvelle érigée en 1969, pour accueillir le personnel d'un complexe hydro-électrique tout proche et tout ce qui accompagne ce genre d'infrastructure : écoles, commerces, services... La bourgade, à côté de son grand lac de retenue, est si petite qu'elle n'a pas de site Internet et son musée non plus ! Administrativement, elle dépend de la ville de La Confluencia, actuellement en plein festival de musique. Tout près de là, se trouvent les fameux Cerros Colorados, un massif montagneux connu pour les multiples couleurs des roches qui le composent.

Edith Simón (photo communication de la découverte)

Le nouveau mastodonte, baptisé Choconsaurus Baileywillisi, a pu être découvert grâce à une habitante de Villa El Chocón qui, un jour de 1995, l'année même de l'inauguration du musée, a retrouvé un morceau d'os fossilisé dans le sol mais ce n'est qu'en 2001 qu'un chantier de fouille a été ouvert, sous la direction de la paléontologue Edith Simón et par la volonté des autorités municipales. Il aura fallu trois campagnes de fouille pour dégager 54 os, soit 25% du squelette de l'animal vivant, qui mesurait entre 18 et 20 mètres de long, balançait sa petite tête d'herbivore à 20 mètres d'altitude et pesait 25 tonnes tout mouillé. Le spécimen découvert est vieux de 91 à 93 millions d'années. Son nom combine le nom de la localité et celui de Bailey Willis (1857-1949), un géologue nord-américain qui, au début du XXe siècle, avait conseillé au gouvernement argentin l'exploitation hydroélectrique du Río Limay.

Pour aller plus loin :

samedi 23 septembre 2017

Rebondissement dans l'affaire Maldonado [Actu]

Página/12 ne fait pas les choses à moitié : il consacre toute sa une à l'affaire
Le policier à côté du juge récusé appartient à la police fédérale (et non à la gendarmerie)

L'affaire Maldonado est l'un de ces dossiers empoisonnés qui donnent lieu à toutes les interprétations politiques possibles et imaginables. Il s'agit de la disparition, le 1er août dernier, d'un jeune artisan, militant kirchneriste, Santiago Maldonado, qui manifestait aux côtés de Mapuches (plus ou moins authentiques) (1) qui revendiquaient le respect par la Gendarmerie de l'inviolabilité de leur territoire sacré. Il s'avère que d'autres Mapuches avaient, quant à eux, donné à la Gendarmerie le droit de fouler ces terres, qui sont bel et bien sacrées mais qui ne sont pas interdites pour autant.

Depuis le 1er août, Santiago Maldonado n'a plus réapparu et ses camarades de militance affirment que la dernière fois qu'il a été vu, il était avec des gendarmes. La ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, connu pour son visage peu souriant et sa manière de s'exprimer quelque peu rude (façon Nadine Morano, en France), a soutenu avec force la Gendarmerie, déniant toute implication d'un de ses membres dans cette disparition. Par la suite, d'autres membres du Gouvernement se sont montrés moins affirmatifs et il est possible, mais non encore prouvé, que des éléments des forces de l'ordre aient commis des actes répréhensibles ou qu'ils aient suivis des ordres très discutables, qu'ils soient venus du cabinet de la ministre ou de leur chef de section. La gauche kirchneriste s'est emparé de ce douloureux incident pour accuser le Gouvernement d'en être le commanditaire.

Sur la une de La Nación, le titre n'occupe qu'un quart de la une
(voir mon article du 21 septembre sur cette question)
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Partout où je suis passée en Argentine lors de ma tournée de conférences cette année, en août et septembre, j'ai pu constater que les plus tempérants des non-kirchneristes sont persuadés que ces accusations très graves relèvent d'une tentative de manipulation de l'opinion publique de la part d'une partie très activiste de l'opposition et participent de la stratégie traditionnelle des péronistes lorsqu'ils se retrouvent en minorité. J'ai vu ces personnes excédées par l'instrumentalisation de cette affaire (2). Aux élections, les péronistes de gauche font d'excellents gagnants et, trop souvent, de détestables perdants. A la suite d'une défaite, ils ne reculent devant aucun mensonge pour tirer la situation à leur avantage. Et il faut avouer que pour assimiler le présent gouvernement à la dernière dictature militaire (3), il faut une bonne dose de mauvaise foi : la Justice marque en effet de plus en plus son indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif, se prononçant tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, en fonction des éléments du dossier davantage, semble-t-il, que d'instructions gouvernementales, qui n'existeraient plus (4).
C'est ainsi qu'il y a un mois le tribunal électoral a déterminé que dans la Province de Buenos Aires, l'ancienne présidente, Cristina Kirchner, était arrivée en tête des PASO (les primaires argentines), devant le candidat de la majorité à un siège de sénateur, Esteban Bullrich, ancien ministre de l'Education nationale, pour une poignée de voix (courte différence qui avait précisément obligé la justice à intervenir).
Dans plusieurs procès contre des criminels de la dictature, les juges ont récemment prononcé des peines de prison ferme assez lourdes, contre des vieillards, qui dorment derrière les barreaux. Après la manifestation du 1er septembre, qui s'est conclue par des destructions en tout genre sur Plaza de Mayo (5), le juge a siégé exceptionnellement le dimanche pour entendre les 31 personnes arrêtées pour vandalisme et il a finalement décidé la mise en liberté de trente d'entre elles, alors que les prte-parole de la manifestation, sans un mot d'empathie pour les 15 gendarmes blessés par les émeutiers et hospitalisés, criaient à la répression politique de la part des forces de l'ordre (et la levée d'écrou du dimanche les a réduits au silence).
Et hier, la justice fédérale a donné raison à l'une des parties civiles, le CELS, association des droits de l'homme présidée par Horacio Verbitsky, l'un des principaux rédacteurs de Página/12, et a révoqué le juge Guido Otranto, chargé de l'instruction sur cette affaire de disparition. La chambre fédérale a en effet reconnu la validité du soupçon de partialité et elle a nommé un autre juge, qui devra se consacrer exclusivement à cette enquête. En revanche, les demandes de l'autre partie civile, constituée par la famille du disparu, ont été rejetées par le tribunal.

Clarín préfère rester sur l'affaire Nisman, qui met à mal l'opposition
L'affaire Maldonado n'a droit qu'à un titre subalterne, dans la colonne de droite
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Le journal La Nación relève que cette décision de la chambre fédérale a été saluée de manière constitutionnelle par le gouvernement qui aurait pourtant préféré le maintien du juge Otranto. En effet, cinquante jours après l'ouverture de l'instruction, on pouvait espérer une première décision à la mi-octobre, c'est-à-dire juste avant le premier tour des élections de mi-mandat, alors que le changement de magistrat va faire durer la première phase de la procédure jusqu'au mois de décembre. L'affaire va donc continuer d'empoisonner la campagne électorale à cause de sa politisation forcenée par une opposition, qui n'a pas vraiment tiré son épingle du jeu des PASO et risque de rester en minorité jusqu'à la fin du mandat présidentiel.

Pour en savoir plus :
lire l'analyse de La Nación sur les réactions à la Casa Rosada



(1) Il n'est pas rare en effet que la qualité de membre d'un peuple originaire soit usurpée (si tant ait que cette qualification ait un sens) par certains militants de gauche auxquels cette supercherie apporte quelques facilités pour se faire entendre, pour obtenir des subsides, pour mener à bien des chantiers, puisqu'il existe des politiques, provinciales ou nationales, censées soutenir la survie culturelle de ces peuples et appliquer une tolérance pour des modes d'administration qui sortent du droit romain qui s'applique dans le reste du pays.
(2) Il faut avouer que la multiplicité des affiches réclamant qu'on retrouve Santiago Maldonado vivant fait réfléchir : d'où sort l'argent utilisé pour imprimer autant d'affiches, d'aussi grande taille et d'aussi bonne qualité, que l'on voit absolument partout dans tout le pays, alors que l'événement s'est produit dans la province de Neuquén, en pleine Patagonie ? Comment se fait-il que cet argent, en pleine année électorale, n'a pas été budgété sur d'autres actions que les partis de l'opposition de gauche disent urgentes pour soulager la misère que la politique actuelle développe à grande vitesse ? Le moins que l'on puisse dire est que tout cela n'est pas très clair.
(3) On peut ne pas honnêtement confondre dictature militaire et modèle néo-libéral (tel qu'il est appliqué actuellement en Argentine). Cette confusion, entretenue dans le discours électoral kirchneriste, relève du manque de nuance dans l'Argentine militante, où tout est toujours tout blanc ou tout noir.
(4) Rappelons que François Hollande avait lui aussi déclaré que sous son autorité, le gouvernement français ne donnerait plus de directives sur des affaires en cours, que personne n'y avait cru dans le pays, que la droite a tout fait pour accréditer le contraire (notamment pendant l'affaire Fillon) et qu'il s'avère que ce fut pourtant la pratique pendant tout le quinquennat. Donc ce n'est pas parce que l'opposition argentine ne veut accorder aucune foi aux déclarations de la majorité en place que celle-ci ment comme un arracheur de dents...
(5) J'y ai fait écho en son temps sur ma page Facebook.

mercredi 18 mai 2016

Le pain à nouveau hors de prix [Actu]

Alicia Jozami et son truck food solidaire (photo Clarín)

Du fait des hausses démentielles, que personne n'avait imaginées à cette échelle, concernant l'énergie et l'eau courante depuis la prise de fonction de Mauricio Macri le 10 décembre dernier, à quoi s'ajoute le prix de la farine, qui est lui aussi en train de monter en flèche, le pain a atteint ou est en train d'atteindre le prix très élevé de 40 $ ARG au kilo en moyenne en Argentine, ce qui représente selon les régions une augmentation de 20 à 25% en moins de six mois.

Le Gouvernement négocie actuellement avec le secteur la possibilité de proposer un pain de base, probablement d'assez mauvaise qualité, à 26 $/kg mais rien n'est acquis dans ce domaine et ce prix ne pourrait concerner que 3 à 4% de la production, pour ne pas mettre en danger les entreprises.

Depuis cinq mois, l'électricité a augmenté d'environ 500% (plus ou moins selon les compagnies et les provinces), l'eau de 300, le gaz de 370. La semaine dernière, la farine a augmenté de 35%. En cas de non répercussion de toutes ces hausses sur le prix final au consommateur, ce sont 25 à 35 000 emplois qui seraient menacés dans les PME du secteur, constitué de boulangeries de proximité et de quelques usines, or le chômage frappe très fort depuis que la baisse de la consommation entraîne aussi une baisse de la production, aggravée encore par le recours à l'importation dans de nombreux domaines, alors que le Gouvernement antérieur protégeait les secteurs productifs avec une politique plutôt protectionniste qui a permis aux producteurs de se rétablir après l'effondrement du pays à Noël 2001.

Actuellement, la douzaine de facturas, ces viennoiseries qui composent la traditionnelle merienda dont les petits et les grands se régalent vers 18h, avant le dîner qui intervient tard dans la soirée, cette douzaine de croissants, palmiers, churros et autres cornets fourrés à la crème pâtissière ou au dulce de leche, vaut à Buenos Aires même entre 50 et 75 $, alors qu'elle était entre 40 et 55$ en août dernier, et encore dans des établissements d'un certain niveau de qualité.

Dans la province de Neuquén, une propriétaire d'un food-truck a mis en place un pancho solidario (hot-dog solidaire), selon le modèle du café suspendu lancé à Naples et répandu à présent un peu partout dans le monde occidental : les clients peuvent payer un sandwich ou une formule qui bénéficiera ensuite à un enfant sans abri, alors que l'hiver s'approche à grands pas dans cette zone de la Patagonie. Le pancho petit modèle seul est à 30 $, en formule avec un soda petit à 40, avec un grand soda à 50, le pancho grand modèle seul est à 40 $ et les deux formules respectivement à 50 et 60 $ ARG.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur la hausse du pain
lire l'article de Clarín sur le même sujet
lire l'article de Clarín sur le pancho solidario de Alicia Jozami à Neuquén, dans la capitale homonyme (elle est installée face à un supermarché)
lire l'entrefilet de La Prensa
lire la dépêche de Télam sur le supposé accord avec le secteur boulanger.

jeudi 21 mai 2015

Contes animaliers d'Argentine : l'apport des peuples originaires [Disques & Livres]

Depuis le début mai et jusqu'au 10 juin 2015, mon prochain livre, Contes animaliers d'Argentine, est en souscription chez son éditeur, les Editions du Jasmin, au prix de 12 € frais de port compris.

Il s'agit d'un recueil de dix-huit contes traditionnels, oraux à l'origine, de 126 pages, illustré par Jimena Tello, elle-même Argentine vivant à Buenos Aires où elle enseigne ce métier qu'est l'illustration.

Détail de la couverture (par Jimena Tello)
Le mate et le poncho sont deux des apports amérindiens à la culture et à l'identité argentine
Le mate vient des guaranis (nord-est argentin et Paraguay)
Le poncho vient des populations andines
Tous les deux sont répandus sur tout le territoire national

Dans cette sélection, le lecteur attentif discernera en filigrane de nombreux emprunts, plus ou moins marqués, à la culture précolombienne. En effet et en dépit de ce qu'aurait souhaité la République Conservatrice (1860-1880) qui a fixé l'image fallacieuse d'une Argentine blanche et européenne pour installer son autorité dans les relations internationales, les campagnes argentines se sont bel et bien métissées au fil du temps depuis l'arrivée des premiers Espagnols au début du XVIème siècle dans l'actuel Nord-Ouest du pays. Aujourd'hui, avec la stabilisation de la démocratie, revenue en 1983, ces peuples originaires revendiquent leur place dans la Nation. Ces contes sont là pour témoigner qu'elle n'est pas usurpée, y compris et surtout sur le plan culturel.

Carte des peuples originaires en Argentine
extraite du site Ecyt.ar
Attention : la diversité de ces dénominations est de tradition européenne.
Les ethnies sont en fait au nombre d'une petite trentaine
mais les Blancs se sont trompés dans leurs catégorisations.
Mais la carte est belle et respectueuse...
Cliquez sur l'image pour la lire confortablement

Cet apport amérindien est évident dans deux contes, où il a été explicitement identifié comme tel par la philologue Berta Elena Vidal de Battini. La somme des traditions orales qu'elle a recueillies au cours des années 40 à 70 dans toute l'Argentine est devenue aujourd'hui la référence de toutes les études du conte dans le pays (voir à ce propos ma présentation initiale du 29 avril 2015).
Le premier des deux vient de Formosa, une province à la frontière du Paraguay. Je l'ai intitulé Les noces de Corzuela (1). Il montre une nette influence de l'ethnie coya (ou colla, les deux orthographes coexistent).
L'autre est un conte tehuelche de Chubut, intitulé Le renard et les fourmis (je n'ai pas eu besoin de changer la moindre lettre à ce titre puisqu'il est construit comme celui d'une fable de La Fontaine. Le public peut donc l'appréhender à tout âge sans difficulté).

Dans Les noces de Corzuela, le daguet gris, qui veut marier sa fille, se comporte à la manière d'un cacique, le chef d'une communauté colla. Il soumet à des épreuves les prétendants à la main de sa fille, réduits ici à deux. Par ailleurs, Les noces de Corzuela semble fusionner deux récits différents, à moins qu'il ne dédouble des épreuves qui auparavant n'en formaient peut-être qu'une tant il est peu vraisemblable que le tatou puisse être gêné par des raquettes de cactus qu'on lui impose de porter à son insu... Toujours est-il qu'au-delà de cette double épreuve typiquement amérindienne (2), la marque précolombienne se retrouve encore à deux autres endroits :
  • d'abord dans l'exigence du daguet qui réclame à son futur gendre la peau entière d'un poulain. Vous avouerez qu'en Europe, la peau entière d'un équidé, ce n'est pas vraiment dans nos traditions ! Or il s'agit bien là d'une offrande qui était jusqu'au XIXème siècle au moins très appréciée chez ces peuples du nord de l'Argentine et de la cordillère des Andes : en effet, de ce cuir, de nombreux peuples précolombiens avaient appris à faire un récipient de forte contenance où ils conservaient et d'où ils distribuaient les boissons et singulièrement l'eau-de-vie dont ils faisaient libation et dont ils s'enivraient au cours de fêtes extatiques qui duraient plusieurs jours (3) ;
  • ensuite dans cette flûte que l'un des deux prétendants se taille dans le tibia de l'autre, qui a trouvé la mort au cours de la seconde épreuve (bien fait, c'était un tricheur !). Il est clair que si les Européens avaient conçu cette conclusion, ils auraient imaginé le vainqueur taillant l'instrument dans une canne ou un roseau. Certainement pas dans un os et encore moins s'il provient d'un animal découvert mort sur le chemin.

A travers ces différents éléments, on voit que ce conte s'est construit sur un matériau mêlé d'une grande richesse d'influences croisées.

Dans Le renard et les fourmis, le premier cherche à s'introduire chez une fourmi pour la voler mais l'insecte appelle ses congénères pour se défendre contre cet ennemi géant et va opposer à la ruse légendaire du renard la puissance de la solidarité de la fourmilière. C'est en effet toute la communauté qui échafaude puis met en œuvre sa stratégie contre le renard. Ce conte est d'origine mapuche. Dès lors que l'on connaît ce détail, il n'est nul besoin d'être devin pour relire ici l'histoire tragique de ce peuple refoulé tout au long du XIXème siècle, de 1829 jusqu'à 1885, dans les terres de plus en plus hostiles du sud de la Patagonie. Aujourd'hui encore, les Mapuches sont en lutte contre certaines grandes entreprises internationales (4) auxquelles dans les années 1990, le gouvernement de Carlos Menem a concédé, sans aucune contrepartie pour leurs légitimes occupants, d'incroyables étendues d'un territoire dont jusqu'alors on leur avait laissé un usufruit tout théorique et qu'ils considèrent comme des terres sacrées.
Dans le conte, ce sont les fourmis qui gagnent et je vous laisse découvrir avec quelle arme du pauvre elles y parviennent. Là encore, la morale est sauve. Et l'histoire est renversée car dans la réalité, le peuple mapuche a été si bien combattu par les Blancs qu'il a bien failli disparaître de la surface de la Terre.

Extrait de Contes animaliers d'Argentine (p 101)
avec crédit en sur-impression
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Dans les deux cas, les adultes pourront lire ces contes en voyant en arrière-plan ces réalités ethnologiques sans grande aide extérieure. En revanche, si vous souhaitez que votre enfant puisse décrypter les sous-entendus, il vous faudra l'accompagner tout au long de sa lecture pour le premier. Pour le second, le jeune lecteur pourra être laissé seul, pour autant que vous lui aurez donné cette clé d'interprétation. Dans les deux cas, les contes peuvent aussi être lus au premier degré, sans arrière-plan, comme deux histoires plutôt rigolotes et un peu exotiques où le méchant perd à la fin.

Dans d'autres contes, on trouve encore des traces de métissage. C'est le cas du conte Le Meilleur ami du chien (Misiones) qui contient une vision guaranie (m'bya dans leur langue), passablement nostalgique du passé heureux de cette région lorsqu'elle était placée sous la conduite des jésuites (dont la présence protégeait les populations autochtones de l'exploitation asservissante espagnole, qui n'a pas tardé à se manifester dans ces régions du nord de l'Argentine et de l'actuel Paraguay dès l'expulsion des jésuites en 1767). Je vous laisse découvrir qui est ce mystérieux meilleur ami du chien tout en vous expliquant que le terme de perro (chien) désigne depuis longtemps en Argentine les Indiens puis tous les sans-grade de la société d'origine européenne (c'est encore le cas pour les saisonniers agricoles dans certains domaines dont les patrons s'assoient sur le droit du travail et en ville, à l'égard de certains bidonvilles). Et comme toujours en Argentine, le peuple a repris ce vocabulaire à son compte pour le revendiquer par bravade et avec l'insolence que mes lecteurs connaissent déjà bien à travers le tango : bien de abajo (bien d'en dessous) ou nobleza de arrabal (noblesse du faubourg), etc. (voir mes anthologies de tangos argentins, publiées aux Editions du Jasmin et chez Tarabuste Editions).

C'est encore le cas de La Guerre des griffes et des piques (Jujuy), dont je vous ai dit dans mon article initial qu'il figurait sans doute la Guerra Gaucha, qui s'est faite indifféremment avec des Blancs et des Indiens. Mais il se pourrait tout aussi bien que ce conte renvoie à la révolte de Túpac Amaru (dit aussi Túpac Amaru II) dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, alors qu'au nord, grondait la révolution des Etats-Unis et que le roi d'Espagne faisait expulser les jésuites de ses royaumes.
Après une carrière d'officier dans l'armée espagnole, le colonel José Gabriel Condorcanqui Noguera, marquis de Oropesa (1741-1781), métis royal descendant du dernier Inca, Túpac Amaru (1545-1572), se mit à la tête de la dernière grande révolte amérindienne et combattit jusqu'à la mort le pouvoir colonial, sous le nom de son illustre ancêtre. L'un des parents maternels de San Martín, le gouverneur Jeronimo Matorras, fut envoyé dans le Gran Chaco noyer dans le sang toute velléité d'imiter de près ou de loin cette terrible rébellion.

Dernier conte qui présente un net apport amérindien : Les filleuls du renard (Neuquén). Un conte qui évoque, du côté mapuche, la tentative des Blancs de répandre l'école dans tout le territoire et d'y soumettre les peuples originaires à une époque où les instituteurs avaient mission de leur inculquer la culture européenne et de les rendre oublieux de leur propre culture, que la République Conservatrice et pire encore la Generación del Ochenta (1880-1916) croyaient n'être qu'une simple barbarie (5), à la manière des Grecs anciens qui méprisaient toute culture non-hellénique (y compris la culture romaine et ce, jusque très tard dans l'Empire).

A ces cinq contes, on pourrait sans doute ajouter encore celui que j'ai choisi pour représenter la province patagonienne de Río Negro, Don Leoncito, le petit puma qui était déjà presque grand, où la rencontre entre ce petit gredin de Leoncito avec un certain "animal-debout" ressemble bigrement au choc des Amérindiens avec les Blancs et leurs redoutables armes à feu pendant la Conquête du Désert sous la conduite du général Julio Argentino Roca (l'équivalent argentin du général Sheridan aux Etats-Unis. Vous savez ? Celui qui donnait cette définition ignoble du bon Indien...) (6)

Pour en savoir plus sur cet univers des peuples originaires en Argentine, je ne saurais trop vous conseiller deux sources documentaires en ligne :
la série réalisée sur le sujet par Canal Encuentro, la chaîne culturelle et éducative du service public télévisuel argentin, et disponible en ligne sous forme de très nombreux extraits vidéo portant sur la vie quotidienne, la musique, les croyances, l'organisation sociale, l'artisanat, les témoignages des grands vieillards témoins ou survivants de la persécution raciste, etc.
et le site (argentin, hispanophone) de l'Encyclopédie des Sciences et des Techniques en Argentine (Ecyt) de Carlos Eduardo Solivérez, qui l'anime depuis 2005, d'où est tirée la très belle carte que j'ai intégrée à cet article.

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Contes animaliers d'Argentine
est en souscription jusqu'au 10 juin 2015
avant sa sortie en librairie à la fin du printemps.
Prix : 12 € frais de port compris,
en offre de lancement.


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Nous pourrons en parler de vive voix aux deux salons du livre où je serai présente d'ici la sortie du recueil, en Ile-de-France (au château de Fontainebleau les 29, 30 et 31 mai puis place St-Sulpice au Marché de la Poésie de Paris à la mi-juin).
Vous en entendrez parler aussi sur l'antenne de TSF98, le 30 mai à 12h30, dans l'émission animée par Serge Davy, C'est pas à moi que tu vas faire écouter ça.

Pour aller plus loin :
découvrez la collection Contes d'Orient et d'Occident sur le site des Editions du Jasmin
lisez les pages consacrées à ce sixième ouvrage sur mon site Internet
lisez les autres articles de Barrio de Tango, rassemblés sous le mot-clé Contes A Arg.
Les articles concernant les peuples originaires dans ce blog ont pour mot-clé PO dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

Et demain, nous entrons dans le long week-end de la fête nationale, fixée en Argentine au 25 mai, date anniversaire de l'abolition de la vice-royauté en 1810.


(1) Dans Contes animaliers d'Argentine, les titres sont de mon invention, car les contes traditionnels n'ont pas de titre. Chaque conteur les désigne selon sa fantaisie, dans les rares occasions où il a besoin de le faire. Dans un recueil écrit, destiné qui plus est à un public européen, il est important d'attribuer à ces contes des titres qui reflètent le contenu du récit, surtout si des enfants comptent dans le public ciblé par l'ouvrage. J'ai donc remplacé les titres austères retenus par Berta Elena Vidal de Battini pour organiser et classer la matière de son étude au profit de titres dynamiques, émotionnels, imagés, rendant compte d'une histoire avec un début, un milieu et une fin. Dans la somme de Vidal de Battini dont je vous ai parlé dans mon premier article et que je cite dans le préambule, ce conte s'appelle La hija (la fille) de la corzuela, la corzuela étant un cervidé appelé en français daguet gris, sans doute parce que les premiers Européens à l'avoir vu l'ont pris pour un jeune cerf mâle.
(2) J'ai tâché de conserver, à l'attention des adultes, le caractère peu logique de cette double épreuve tout en liant le récit pour fournir une lecture fluide aux enfants qui s'amuseront beaucoup à voir les deux rivaux disputer une nouvelle épreuve, la première s'étant terminée en mauvaise blague de l'un contre l'autre.
(3) Dans San Martín par lui-même et par ses contemporains, j'ai présenté en anglais et traduit en français un passage des Mémoires du général William Miller, Anglais d'origine. Avec un talent presque cinématographique et déjà quasi hollywoodien, il y raconte la grande négociation de San Martín avec les caciques Pehuenches en septembre 1816, juste avant le départ de l'Armée des Andes pour la libération du Chili. Il décrit très précisément les échanges de cadeaux entre les deux délégations et l'usage que les Indiens font des chevaux, dont ils sont à la fois d'admirables dresseurs et de grands consommateurs (San Martín par lui-même et par ses contemporains, Editions du Jasmin, pp. 64-73). Les Pehuenches, connus sous ce nom aux temps coloniaux et post-coloniaux, sont en fait des Mapuches.
(4) Il s'agit surtout de Benetton qui a intégré dans son empire jusqu'à la production de la laine avec laquelle il fabrique ses pulls. Ce sont des terres particulièrement aptes à l'élevage ovin, comme les îles Malouines, soit dit en passant ! Las Malvinas son argentinas, comme le clame le slogan désormais officiel qui s'affiche dans tous les transports publics argentins, par terre, mer et ciel.
(5) Il ne rentre pas dans les limites de cet article d'aborder en profondeur ce thème essentiel de l'élaboration culturelle argentine dans la seconde moitié du XIXème siècle mais l'opposition entre barbarie et civilisation, formulée par Sarmiento, a été une pierre de fondation de l'organisation politique du pays et des programmes scolaires, qui s'en remettent à peine aujourd'hui. Ils sont encore fortement bâti sur l'étude de la culture européenne et retrouve à peine la capacité de valoriser ce qui est né et s'est forgé en Amérique, avant et après la conquête espagnole. Pourtant cette capacité s'était manifestée clairement dans les projets d'école lancés par les révolutionnaires et les indépendantistes des années 1810-1820, qu'il s'agisse de Mariano Moreno et Manuel Belgrano, tous les deux à Buenos Aires, ou de José de San Martín lorsqu'il était gouverneur de Cuyo, à Mendoza.
(6) Pour ceux de mes lecteurs qui ne seraient pas très familiers avec les légendes du Far-West, la célèbre phrase Un bon Indien est un Indien mort n'a jamais été dite par le major general Custer mais c'est la reformulation d'une déclaration de son supérieur, le général Sheridan, qui a mené les guerres indiennes à l'issue de la Guerre Civile, comme Roca a conduit la Conquête du Désert après la guerre du Paraguay (où l'Argentine a agrandi son territoire au détriment de son voisin du nord en 1870).