mardi 20 novembre 2018

La musique de Alfredo Gobbi au Teatro San Martín ce soir [à l'affiche]


Le compositeur et contrebassiste Ignacio Varchausky vient de ressortir de l'oubli des partitions oubliées du violoniste Alfredo Gobbi (Paris, 1912 – Buenos Aires, 1965), l'un des grands compositeurs romantiques du tango. Ce nouveau travail d'archéologie musicale donne lieu à l'édition du disque de la Orquesta Escuela de Tango Emilio Balcarce, Gobbi inédito, avec le pianiste Cristián Asato.

Les deux artistes présentent l'album ce soir, mardi 20 novembre 2018, à 20h, au Teatro San Martín, avenida Corrientes 1530.

Entrée libre et gratuite.

Página/12 les a interviewés ce matin.

Un contre-sommet s'est ouvert à Buenos Aires [Actu]

"La division est un luxe que nous ne pouvons pas nous permettre"

Les ténors de la gauche sud-américaine sont réunis ces jours-ci à Buenos Aires pour proposer une voie alternative à la domination ultra-libérale de l'économie financière qui sera une nouvelle fois consacrée par la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement du G20, à la fin du mois, dans une Buenos Aires qui sera alors comme en état de siège. Au point que la ministre de la Sécurité a demandé aux Portègnes de quitter la ville pour ces deux jours qui promettent d'être invivables.

L'information est traitée en haut à gauche, sous les manchettes
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Cristina Kirchner a ouvert la rencontre avec un discours où perçait un ton de campagne électorale (le mandat présidentiel est remis en jeu en octobre prochain). Elle accueille ses homologues brésilien et uruguayen, Dilma Roussef et Pepe Mujica, ainsi que le prix Nobel de la paix argentin, Pérez Esquivel.

Sur la une de La Prensa, l'information se trouve en bas à gauche
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La manifestation a recueilli environ 50.000 inscrits, dont presque la moitié viennent de l'étranger.

Cristina Kirchner a appelé à l'union de la gauche, qui n'a plus d'autre solution pour sauver le continent du fléau (1) qui est en train de s'abattre sur les classes moyennes et populaires, avec la réduction draconienne des systèmes de redistribution des richesses et le creusement abyssal des inégalités déjà énormes en Amérique Latine.

Pour en savoir plus :



(1) Elle a utilisé des rapprochements historiques effrayants, comparant l'actuel rejet des migrants au racisme destructeur d'Hitler.

samedi 17 novembre 2018

Le ARA San Juan enfin retrouvé [Actu]

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Le sous-marin, disparu il y tout juste un an, gît par 800 mètres de fond dans la Mer Argentine, dans l'Atlantique sud.
La voie d'eau et l'incendie à bord qu'évoquait le dernier message reçu du submersible à la Base navale de Mar del Plata est donc sans doute la cause de la perte du bâtiment, d'autant qu'il a été retrouvé dans les parages du point d'où il avait envoyé cet ultime message.
La découverte coïncide avec le début d'un long week-end où les Argentins fêtent une victoire fluviale (contre les Français), la fête de la Souveraineté.
Seul Clarín a pu annoncer l'information sur son édition imprimée de ce matin.
Sur Barrio de Tango, complément d'article lundi.

Ajout du 19 novembre 2018 :

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 de dimanche
lire l'article de Clarín sur le travail que devra fournir la juge d'instruction à partir des 67.000 photos que rapportera la mission exploratrice et qui permettront de créer une simulation numérique sur laquelle travailleront les experts qu'elle, les inculpés éventuels et les parties civiles pourront nommer

"En patrouille pour l'éternité ?", titrait La Prensa dimanche matin
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"Nous voulons que ces ordures aillent en prison", titrait Página/12 hier

Clarín a préféré titrer sur l'enquête et illustrer avec la photo des familles en pleurs
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Dimanche, La Nación a montré une manifestation des familles (bandeau supérieur)
et placé au centre de sa une une photo de l'hélice de l'épave
En gros titre : "Le San Juan a implosé et le Gouvernement
pense qu'il [sera] très difficile de le renflouer"
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Lundi :
Dans la journée de samedi, le président Mauricio Macri a fait une très courte intervention télévisée (1), enregistrée à l'avance (ce qui pourrait indiquer qu'il doutait de sa capacité à prendre la parole en direct). Il s'exprime avec une froideur fort peu en rapport avec la culture argentine et en pleine contradiction avec l'émotion et la peine qu'il attribue à tous les Argentins (sauf lui, semble-t-il). Il a revêtu un très élégant veston bleu marine et porte une cravate à dominante bleu moyen, le tout d'une très belle facture. Il n'a pas eu le tact de s'habiller en noir, ce qu'il pouvait faire facilement, eu égard à l'air conditionné de la résidence campagnarde de Los Olivos, d'où il s'exprime, où il vit avec sa famille (c'était déjà le cas sous les Kirchner) (2). Tout cela est pour le moins surprenant.
Par ailleurs, le président a enfin décrété trois jours de deuil national. Il était temps. Mais on cherche en vain sur le site Internet de la Casa Rosada, le palais présidentiel, une trace du décret et une autre du texte du message télévisé. La dernière information sur le sujet y concerne l'hommage rendu le 15 novembre et les dernières infos, tous sujets confondus, datent du 16 novembre. Comme si personne dans l'équipe présidentielle n'était en service pendant un long week-end. Le monde s'arrêterait-il donc de tourner les jours fériés ? Dans de telles circonstances, que le président dit considérer comme très graves dans son discours télévisé, on pourrait penser qu'il n'y a pas de long week-end qui tienne. A dix jours de la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement du G20 à Buenos Aires, il en va de sa crédibilité internationale. C'est incompréhensible.
Página/12 le signale d'ailleurs avec verve sur sa une de ce lundi férié.

"En week-end, le président de la Nation ne travaille pas ?"

Samedi et dimanche, les familles ont organisé des marches et des manifestations à Buenos Aires et à Mar del Plata et elles se sont répandues en déclarations vengeresses contre ce gouvernement qui semble si peu concerné par le malheur qui les touche. Elles ne sont toutefois pas unanimes. Les plus remontées réclament la prison pour les amiraux de l'état-major de la Marine (3) et pour le ministre de la Défense, voire pour le président lui-même dont certains sont convaincus qu'il savait déjà tout dès le 15 novembre, au moment où il prononçait à Mar del Plata ce discours d''hommage qui a remué le couteau dans la plaies des proches (au lieu de les réconforter) et que, par conséquent, la découverte du bâtiment le lendemain relevait d'une mise en scène gouvernementale. C'est toutefois fort peu probable puisque Mauricio Macri avait tout intérêt à annoncer la nouvelle avant l'hommage, quitte à reculer sine die celui-ci (la présidence argentine est aussi improvisatrice que le reste du pays, elle n'est pas à un report près). On peut aussi espérer que le décret aurait été prêt, ainsi que le site Internet de la Présidence et l'allocution télévisée. Il aurait eu le temps de peser ses propos au trébuchet avec des spin-doctors compétents (il peut se payer leurs services sur sa fortune personnelle) et de répéter, avant de parler en direct.

D'autres familles se sont fait plus discrètes.
Certains proches de disparus, parmi ceux qui s'expriment auprès des médias, exigent qu'on renfloue le sous-marin. Le ministre a annoncé que c'était impossible. Si tant est que l'opération soit matériellement possible, il faudrait des milliards de dollars pour remonter l'épave qui se trouve en fait à plus de 900 mètres de fond (et non pas 800 comme on l'avait annoncé dans la nuit de vendredi à samedi, au moment de la découverte) et qui pourrait se fracasser en mille morceaux au moindre essai de percer sa coque pour y passer des filins afin de la remonter à la surface. Les finances de l'Etat ne le permettent certainement pas, surtout que la recherche du bâtiment a déjà coûté des sommes colossales.

Le gouvernement envisage aujourd'hui d'organiser une cérémonie funéraire en haute mer. Selon la tradition des marins, les corps resteraient prisonniers de la coque, à bord du sous-marin que vivants, ces 44 hommes et femme ont servi.

En reprenant une partie du slogan des victimes de la Dictature
"Verité et Justice" [il manque Mémoire]
La Prensa montre le drapeau national en berne,
derrière la statue de Manuel Belgrano, sur Plaza de Mayo
et explique que le gouvernement envisage une cérémonie en mer.
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Il n'en reste pas moins vrai que la communication de crise du gouvernement et de la Marine a été désastreuse et que ce manque de transparence, ce manque de soutien aux familles, le refus de les recevoir lorsque certains de leurs représentants avaient dressé une tente sur Plaza de Mayo où ils passaient leurs jours et leurs nuits sont en partie à l'origine de ces réclamations des proches et du grand bruit que fait la gauche autour de la disparition du ARA San Juan, pour lui donner un sens politique qui dépasse peut-être les véritables responsabilités en jeu (une maintenance défectueuse semble désormais prouvée, reste à établir sans doute pourquoi elle a été défectueuse, entre responsabilité budgétaire, et donc politique, responsabilité gestionnaire, donc militaire, et faillite éventuelle du commandement, qu'il soit militaire ou politique). Le ministre de la Défense n'écarte pas des erreurs gouvernementales dans l'année qui vient de s'écouler mais nie toute espèce de mensonge de la part des autorités en place.

Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12 sur les accusations de mise en scène
lire l'article de La Prensa sur l'impossibilité de renflouer l'épave, selon le ministre
lire l'article de La Nación sur les différentes réactions publiques des familles.

Ajout du 20 novembre 2018 :
lire cet entrefilet de Página/12 sur les activités du président Macri pendant les jours de deuil national. Il s'est rendu à une petite fête organisée par le patron de Disney. Comme le ministre de l'Intérieure italien, Salvini, le 14 août, après la catastrophe de Gênes. Un comportement en contradiction avec les paroles graves, mais insincères, du discours télévisé. De quoi nourrir encore un peu plus la légitime rancœur des familles.
lire le billet publié dans La Prensa par un ancien combattant des Malouines, un officier de marine en retraite, qui dresse le bilan de la catastrophe en terme de conscience politique pour ses compatriotes
lire l'article de La Nación sur les déclarations de la juge d'instruction qui écarte, pour l'heure, toute responsabilité politique du président dans la survenue de l'accident fatal. On va aller chercher celle des lampistes, comme d'habitude.
lire l'article de Clarín sur le même sujet

Ajout du 29 novembre 2018 :
lire cet article de La Nación sur les avancées de l'instruction. La juge doit recevoir les 67.000 photos prises du submersible coulé mardi prochain. Elle a déjà annoncé qu'elle ne permettrait pas au ministère de la Défense d'en prendre connaissance.

Ajout du 12 décembre 2018 :
lire cet article de Clarín sur les déclarations de l'ancien chef d'Etat-major de la Marine, l'amiral Srur, devant la commission d'enquête bicamérale du Congrès argentin : le San Juan n'était pas en état de naviguer seul mais il n'en avait pas la connaissance exacte parce que ses subordonnés l'informaient mal...



(1) Elle a été mise en ligne hier sur le canal Youtube de la Casa Rosada (avec un lien sur le site). Sur fond officiel bleu ciel, on entend pendant de longues secondes un très désagréable bip bip d'attente avant l'apparition du président, qui, au moment de la prise d'antenne, a déjà prononcé une ou deux syllabes. Les techniciens n'ont même pas été capables de retransmettre ou d'enregistrer depuis le début ! Quel manque de respect pour les disparus et leurs proches ! Et il faut aller chercher dans le canal pour retrouver cette vidéo qui n'apparaît pas sur l'écran d'accueil.
(2) Il aurait pu se donner la peine de regagner la Casa Rosada pour y enregistrer son message, dans le décorum officiel de la capitale.
(3) L'ancien porte-parole du Centre naval de Mar del Plata, le commandant Balbi, que le gouvernement et l'état-major, avait laissé seul devant la presse dans les premières semaines de la crise, vient de recevoir une nouvelle mission : il part à Washington comme attaché naval.

vendredi 16 novembre 2018

Centenaire de l'Armistice : l'édition du 16 novembre 1918 de Caras y Caretas [Histoire]

Caricature de Guillaume II, Caras y Caretas, 16.11.1918
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La page suivante est consacrée à cette délicieuse publicité
pour le thé Lipton, "le seul dont le type n'a pas varié
et dont la qualité ne s'est pas dégradée
Aujourd'hui plus que jamais : le meilleur que la terre produit"

Le 16 novembre 1918, l'illustré portègne Caras y Caretas (1) rendait compte à ses lecteurs de la fin du conflit en Europe en se mettant résolument du côté des vainqueurs malgré la composition de la population, qui s'enrichissait depuis 1880 de toutes les nationalités du Vieux Monde.

Défilé de joie dans les rues de Buenos Aires le 11 novembre 1918
Au centre on reconnaît nettement le drapeau français
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Les caricatures de Guillaume II sont féroces, les photos des vainqueurs avantageuses. Mêmes les publicités sont astucieusement placées pour vanter les produits britanniques !

Quelques grandes figures politiques ou intellectuelles qui ont appuyé les alliés
en haut, à gauche, le leader socialiste Alfredo Palacios
en haut à droite, Ricardo Rojas, futur recteur de l'Université de Buenos Aires
et futur auteur de El Santo de la Espada,
une vie [très] romancée de San Martín que beaucoup d'Argentins prennent
pour une biographie fiable
Au centre, le plus bas des deux : l'écrivain Leopoldo Lugones
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"Le retour à la maison" pour Trieste et Trente
représentées par les deux petites filles se jetant dans la bras de Mère Italie
Deux villes dont le sort semble intéresser l'illustré davantage que Strasbourg
C'est normal : il y a plus d'Italiens parmi ses lecteurs que de Français
En arrière plan, les chefs militaires italiens
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Un numéro plus développé devait paraître la semaine suivante pour mieux rendre compte des événements. De toute évidence, la rédaction avait été surprise par la signature du 11 novembre.

Merci à la Bibliothèque Nationale Espagnole d'avoir mis à disposition des Internautes l'intégralité de la collection historique de Caras y Caretas.



(1) Le groupe médiatique Octubre, auquel appartient Página/12, s'est réapproprié récemment le titre pour faire vivre une revue qui n'a plus rien à voir avec l'originale mais affecte de croire le contraire.

Deux reprises de Enrique à San Telmo [à l'affiche]


Le musicien et écrivain Luis Longhi rend en ce moment hommage à Enrique Santos Discépolo (1901-1951), à travers une nouvelle pièce de théâtre évocatrice : elle s'intitule sobrement Enrique et présente le maître du tango et du théâtre des années 40 dans l'éventail de ses talents. Enrique Santos Discépolo était poète, compositeur, comédien de théâtre et réalisateur de cinéma.

Le spectacle se tient demain soir, samedi 17 novembre 2018, à 20h30, au centre Caras y Caretas, Venezuela 330, à Montserrat (1). Autre représentation : le 24 novembre à la même heure et au même endroit.

Entrée : 200 $ (tarif raisonnable).

Luis Longhi et Nicolás Cucaro sont seuls en scène pour faire revivre un personnage haut en couleurs,  écorché vif, anarchiste désespéré converti en péroniste passionné et mort en 1951, à la veille de Noël, un an et demi après son ami, le poète Homero Manzi, qui lui avait rendu hommage quelques mois plus tôt avec un tango immortel : Discepolín (2).


En avril, Página/12 avait rendu compte de la pièce, qui se présentait alors dans sa version originale avec plus de monde en scène.

Luis Longhi va bientôt reprendre une autre de ses pièces tangueras, Marío Cardenás, autour de la figure d'une vieille gloire fictive du tango qui ferait son retour médiatique après une carrière triomphale dans les années 60 et 70.

Pour en savoir plus :



(1) Il s'agit de l'autre salle de spectacle du groupe Octubre.
(2) Discepolín et une dizaine de tangos de Discépolo font partie du corpus de textes que j'ai traduits dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, paru aux Editons du Jasmin.

Dino Saluzzi ce soir au Centre culturel du groupe Octubre [à l'affiche]


Le bandonéoniste et compositeur saltègne Dino Saluzzi revient à Buenos Aires avec un répertoire correspondant à El Valle de la Infancia, son dernier disque sorti en Europe en 2014 (la vallée de l'enfance). Dino Saluzzi se présente ce soir, vendredi 16 novembre 2018, à 21h30, à Caras y Caretas 2037, Sarmiento 2037, le centre culturel du groupe Octubre dans le quartier de Balvanera.

Le musicien de 84 ans se produira avec son quintette familial composé de lui-même au bandonéon, de José María Saluzzi (guitare), Felix Saluzzi (saxo ténor et clarinette), Matías Saluzzi (basse électrique) et U.T. Gandhi (batterie et percussions).

Places : 500 et 450 $ ARG. Ce n'est déjà plus à la portée de tout le monde !

Mais Saluzzi est un des grands artistes très représentatifs de l'actualité artistique de Salta et du nord-ouest dont il est natif.

Pour l'occasion, Página/12 publie une longue interview de l'artiste qui en profite pour faire quelques déclarations de principe politique en phase avec la ligne idéologique du quotidien du groupe Octubre, façon vieux sage.

Pour aller plus loin :

Un domaine militaire historique devient un espace vert [Actu]

C'est joli tout plein, au printemps !
Mauricio Macri, ce matin, à Campo de Mayo, flanqué de ses ministres :
à sa droite, Oscar Aguad (Défense), à sa gauche, Sergio Bergman (Ecologie)
Photo Casa Rosada
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Le président Mauricio Macri vient d'annoncer que, conformément au programme politique qu'il avait lancé à la rentrée de mars dernier, le Campo de Mayo, un domaine militaire, au nord-ouest de Buenos Aires, où ont fonctionné quatre centres de détention clandestine sous la dernière dictature militaire, sera transformé en un parc public urbain, dans une zone déjà fort bien lotie en matière de grands espaces verts, grâce au delta du Paraná qui s'apprête à se jeter dans le Río de la Plata. L'installation des forces armées sur ce domaine de 8.000 hectares remonte à 1901, l'époque où cette région de la banlieue chic de Buenos Aires a connu son plein développement résidentiel pour familles patriciennes des plus huppées.

L'idée de convertir en parc naturel ce lieu où l'on a torturé, assassiné, volé des bébés à leur naissance, avait rassemblé contre elle toutes les associations de victimes de la dictature : Abuelas, Madres, H.I.J.O.S, Familiares, etc.

Elle se fera sans passer par le Congrès, en évitant donc un débat très conflictuel. Le parc restera sous la responsabilité du ministère de la Défense. Il sera censé bénéficier à 10 millions d'habitants du Gran Buenos Aires, mais c'est une fiction : les pauvres, qui habitent le sud, n'auront pas les moyens de faire tout ce chemin pour aller se balader dans un parc situé à plus de 40 km de chez eux.

Página/12, très attaché à la mémoire des victimes de la dictature, s'en étrangle.
La Prensa, beaucoup moins sensibles à ce passé sanglant, raconte la cérémonie au cours de laquelle le président, en compagnie de quelques ministres, a fait son petit effet devant les autorités militaires rassemblées en affirmant que les Argentins étaient tous d'accord sur le thème de l'écologie. Ce qui est faux : il n'y a qu'à voir les querelles que déclenchent l'usage des pesticides ! Et l'habillage écologique ne marchera jamais devant les partisans des droits de l'homme.

Et pour l'occasion, on a vu réapparaître le très discret, quasi-transparent, inodore et incolore (gouvernementalement parlant) Secrétaire d'Etat à l'Ecologie, le rabbin Sergio Bergman avec son habituelle kippa multicolore.

Pour aller plus loin :
lire le communiqué officiel de la Casa Rosada.

Ajout du 23 novembre 2018 :
lire le communiqué de presse de Abuelas de Plaza de Mayo, qui exprime l'opposition du collectif à la conversion du domaine en espace vert de loisir.

jeudi 15 novembre 2018

Jacqueline Sigaut et Virginia Janza chantent pour un roman noir [à l'affiche]


Les chanteuses Jacqueline Sigaut et Virginia Janza, accompagnées à la guitare par Juan Martínez, seront demain, vendredi 16 novembre 2018, à 21h30, au resto-bar culturel Cusca Risun, San Lorenzo 365, à San Telmo. Elles participeront à une nouvelle présentation d'un roman policier dont la presse a encore fort peu parlé : Breve manual de instrucciones para asaltar un banco (Petit manuel sur la meilleure façon d'attaquer une banque), de Fernando Musante, paru en juin au Grupo Editorial Sur.

La comédienne Stella Matute sera également aux cotés de l'auteur.


Une rencontre à savourer avec les oreilles, le cerveau et le palais, l'établissement proposant une cuisine familiale argentine traditionnelle : ragoûts, empanadas, tamales (spécialité du Nord-Ouest), frites et steak, charcuteries et snacking et même, en dessert, un gâteau au Fernet Branca, l'apéritif que les Argentins adorent déguster en cocktail avec du Coca Cola (1).

4ème de couverture à lire
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Le livre n'a pas encore reçu de critique mais on peut au moins lire la 4ème de couverture sur le site Internet de l'éditeur, où il est achetable en ligne, au prix de 580 $ ARG en Argentine ou 18,31 € (sans les frais de port). Le roman noir est un genre qui commence à exister dans le paysage littéraire argentin. Il a mis beaucoup de temps à se faire une place au soleil chez les éditeurs.



(1) Dans des proportions variables. Il y a ceux qui préfèrent un peu de Fernet avec beaucoup de Coca et d'autres qui confectionnent leur verre en inversant les proportions !

ARA San Juan : un an sans nouvelle [Actu]

La famille d'un des sous-mariniers du San Juan, sur la plage de Mar del Plata
au fond, les bâtiments du front de mer
Photo Mara Sosti (pour La Nación)
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Il y a un an que le sous-marin ARA San Juan ne répond plus. Selon deux rapports d'experts étrangers, le bâtiment a souffert d'une implosion en grande profondeur mais officiellement, le gouvernement argentin continue à ne rien savoir de sûr. Les familles refusent que les membres d'équipage soient déclarés morts, car ils pensent qu'alors l'Etat argentin cessera les recherches, qui d'ailleurs ne donnent rien, quelque soient les moyens mis en œuvre. Ils préfèrent donc qu'ils soient portés disparus jusqu'à ce qu'on retrouve l'épave, qu'on ne retrouvera sans doute jamais.

L'instruction judiciaire continue, sous la conduite d'une juge qui dit travailler sans trêve mais sans aussi sans hâte pour réaliser un travail rigoureux et inattaquable.

Les familles manifestant dans le port de pêche de Mar del Plata
Photo
Página/12
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Aujourd'hui, le président Mauricio Macri doit rendre hommage aux 44 sous-mariniers disparus et il est fort possible qu'il soit chahuté par les familles.

Dimanche dernier, tous les journaux nationaux consacraient des pages à ce drame. Et aujourd'hui, ils remettent le sujet à l'honneur mais seul Página/12 consacre un espace de sa une à cette triste affaire.

Pour aller plus loin :
dimanche :
lire l'article de La Prensa sur la position de l'état-major de la Marine
lire l'article de La Prensa sur la juge d'instruction
lire l'article de La Nación sur les recherches qui ont encore échouées, malgré la présence du père d'un des disparus, lui-même ancien officier de marine, parmi les experts
lire l'article de La Nación sur la juge d'instruction et son travail
aujourd'hui :
consulter le dossier mis en ligne par La Nación sur l'année écoulée
lire l'article de La Nación

Ajout du 16 novembre 2018 :
Comme on pouvait s'y attendre, les familles ont assez mal vécu le discours convenu du Président Macri, hier, à la Base navale de Mar del Plata. Platitudes habituelles : je suis de tout cœur avec vous depuis le début (alors qu'il ne les a jamais reçues pendant qu'elles squattaient Plaza de Mayo, au pied du Palais du Gouvernement), je n'aurais de cesse qu'on les retrouve (alors que la recherche a été maintes fois abandonnée), etc.

Quand Jean-Pierre Léaud et Pierre Richard sont à la une à Buenos Aires [à l'affiche]

"Je suis une légende", c'est Jean-Pierre Léaud qui le dit en toute modestie !

Petit cocorico pas bien méchant !
Jean-Pierre Léaud est l'un des invités d'honneur du Festival International de Cinéma de Mar del Plata : il y présente le film où il incarne Louis XIV sur son lit de mort.
A cette occasion, il a accordé une interview à Página/12, le quotidien de l'actuelle opposition (de gauche).

Samedi prochain, l'acteur français, qui aime être une légende (c'est lui qui le dit), sera à Buenos Aires, pour présenter, au MALBA, le musée d'art moderne latino-américain situé à Palermo, une version des 400 coups de Truffaut, à 20h. La soirée cinématographique se prolongera à 22h avec la projection d'un court-métrage.

Pierre Richard, tout à fait reconnaissable !
En revanche, l'arrière-fonds ne nous est guère familier
Il l'est bien davantage aux Argentins
C'est le célèbre front de mer de Mar del Plata
Photo de Fabián Gastariena pour Clarín
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Pierre Richard, présenté comme un « fou sympa lâché dans Mar del Plata », a quant à lui les honneurs de Clarín avec une interview dans les pages intérieures et une manchette sur la une !


Grand, blond et objet d'un hommage, dit la manchette à côté de la photo de P. Richard
La photo principale montre un couple suspecté d'avoir posé une bombe
au cimetière de la Recoleta (Buenos Aires) sur la tombe
d'un homme politique assassiné par des anarchistes en 1909
Les deux ont été arrêtés, elle a été blessée dans sa propre opération
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Pour aller plus loin :
lire l'article de Clarín

Ajout du 29 novembre 2018 :
Pierre Richard est toujours en Argentine. Il sera ce soir au Malba, malgré les restrictions du G20, pour une rétrospective de cinéma français.
Lire cette nouvelle interview que le comédien français a donné à Página/12.

Viviana Scarlassa et Karina Beorlegui à Flores [à l'affiche]

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Demain soir, vendredi 16 novembre 2018, à 21h30, dans le cadre d'une série de concerts consacrés à l'écrivain portègne Roberto Arlt, les chanteuses Viviana Scarlassa et Karina Beorlegui se partageront la scène de La Turba, Varela 503, accompagnées de Fernando Díaz, Hernán Ielapi et Pablo Kovacevic.

A La Turba, on peut aussi voir une exposition consacrée à l'histoire du tango dans ce quartier populaire historique de la capitale argentine et déguster une gastronomie familiale maison, en l'arrosant d'une bière artisanale (que les Argentins réalisent de mieux en mieux).

Entrée libre et gratuite.

Plus d'informations sur les artistes en cliquant sur leurs noms dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ce qui fait remonter en première page tous les articles les concernant dans Barrio de Tango.

Mieux vaut en rire ! [Actu]


Página/12 ne perd jamais son humour, un humour dans la grande tradition caustique du carnaval : le gouvernement a obtenu assez facilement le vote de son budget 2019, le premier après le nouvel endettement auprès du FMI. Alors bien sûr, les députés et sénateurs de l'opposition ont fait tous leurs efforts pour argumenter contre ce projet de loi, Cristina Kirchner en tête (dont j'ai écouté ce matin la longue prise de parole - elle n'a rien perdu de son éloquence, même si elle semble physiquement quelque peu marquée par les incessantes difficultés judiciaires qu'elle traverse depuis trois ans) mais plusieurs membres de cette même opposition ont donné leur voix à la majorité.
Bien sûr, il y a eu des manifestations sur la Plaza de Congreso dans la journée d'hier, sans dégât matériel cette fois-ci, semble-t-il, mais sans ébranler les parlementaires.

La vignette de ce jour de Daniel Paz et Rudy fait allusion à une vidéo
publiée il y a quelques jours par Macri sur les réseaux sociaux
Il s'y montre s'appliquant une lotion contre la calvitie
L'homme debout : Macri a essayé un produit contre la chute des cheveux
L'homme assis : Ce serait bien qu'il en essaye un contre la chute de l'emploi
Traduction © Denise Anne Clavilier

Página/12 n'a donc pas d'autre solution que de tâcher d'en rire avec cette une où une paire de ciseaux jaune (1) coupe dans tout, la santé, l'éducation, la culture, les travaux publics, le logement et même dans le titre du quotidien, et occupe toute la une. Avec pour gros titre un nouveau jeu de mot : "Pour toucher le fond" [monétaire international]. En dessous du titre, la rédaction a ajouté cette étrange phrase du ministre de l'Economie, Nicolás Dujovne : « Jamais on n'a fait une politique de rigueur d'une telle amplitude sans que le gouvernement ne tombe ». Et en manchette, les titreurs ont choisi une interview d'une dirigeante d'Attac, alors que le gouvernement laisse entendre que les altermondialistes prépareraient des manifestations violentes (façon black blocks) contre les chefs d'Etat du G20 qui doivent se réunir à Buenos Aires le 30 novembre, et un article sur le sort du sous-marin ARA San Juan, dont on ne sait toujours pas ce qu'il est devenu, un an après sa disparition des radars quelque part dans l'Atlantique sud.

Pour aller plus loin :


(1) Le jaune est la couleur du parti du président Macri, le PRO.