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jeudi 16 avril 2020

La fierté d’être une compagnie aérienne publique [Actu]

Aerolíneas Argentinas a retrouvé le giron de la République argentine il y a quelques années, après avoir frôlé la disparition sous la gestion privée du groupe espagnol Marsans (qui a fait faillite peu après). Par la suite, l’entreprise a été mise en danger par la politique de Mauricio Macri qui ne croit qu’au marché, pas du tout au service public, lui a préféré des compagnies étrangères pour tous ses voyages officiels et privés à l’étranger et a viré la première présidente qu’il avait mise en place alors qu’elle faisait du bon boulot.

L'équipage du vol vers la Chine (image diffusée sur Whatsapp)

Depuis le début de la crise sanitaire, le personnel de la compagnie affiche sa fierté de servir le pays depuis les messages d’accueil des commandants de bord lors des vols de rapatriement de compatriotes bloqués aux quatre coins du monde, largement diffusés sur les réseaux sociaux par des passagers reconnaissants, jusqu’à cette interview accordée à Página/12 par un équipage qui accomplit actuellement une mission de 55 heures à bord d’un Airbus 330 pour aller chercher en Chine 13 tonnes de matériel médical (1).

Ce vol est quatre fois plus long que le plus long trajet opéré en temps normal par la compagnie.

L’interviewé (au milieu) vole actuellement à bord. C’est le secrétaire-général du syndicat argentin des pilotes de ligne. Il est l’un des nombreux volontaires qui effectuent les missions extraordinaires de la compagnie, au service du pays, à un moment où les frontières sont fermées pour tous les trafics de passagers, que ce soit en avion, par la route, par les fleuves ou par voie maritime.

Dans une Union Européenne dominée depuis des décennies par le dogme du marché, c'est une leçon à retenir.

Ajout du 18 avril 2020 :
Cette première mission spéciale covid-19 s'est terminée tôt ce matin (heure de Buenos Aires). Avec un véritable enthousiasme patriotique, elle a été suivie par l'ensemble de la presse durant les trois derniers jours. Elle aura finalement duré 62 heures.
Lire l'article de Página/12


(1) On espère qu’il ne sera pas vendu au plus offrant sur le tarmac de l’aéroport d’expédition.
Le pilote s'abstient d’ailleurs de donner le moindre détail sur la nature des marchandises transportées.

vendredi 13 mars 2020

Allocution présidentielle… en Argentine [Actu]

De part et d'autre du signe de pause, Página/12 présente
les annonces-clés du président
En haut, à droite, la réforme des retraites des métiers privilégiés
dont je parle dans un autre article de ce jour.

Hier soir, le président Alberto Fernández s’est adressé aux Argentins par le biais de la télévision publique. Dans un discours bref et ferme, de moins de six minutes, il a exposé les mesures qu’il venait de décréter et qui entrent en vigueur de manière échelonnée d’ici dimanche.

Les vols en provenance d’Europe et d’autres zones infectées sont suspendus pour 30 jours. A partir de lundi, seule Aerolíneas Argentinas pourra rapatrier les citoyens argentins qui se trouveraient encore à l’étranger.

Comme si souvent, Clarín privilégie le foot sur sa une
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Les personnes rentrant de zones infectées doivent s’isoler chez elles et rester en quarantaine pendant 14 jours. Le chef d’État a insisté sur le caractère obligatoire de cette mesure, sachant que les Argentins ont fait de l’indiscipline un sport national. D'ailleurs, un journaliste de TN (télé d'information en continu du groupe Clarín) a tenté de tourner la mesure en ridicule à l'antenne.

La Nación a choisi la sobriété et la pédagogie
Comme Clarín, le quotidien a d'ailleurs décidé d'ouvrir un accès
illimité à ses articles sur la crise sanitaire
et de ne plus distinguer entre abonnés et Internautes de passage

Le président a rappelé quelques gestes barrières à adopter et annoncé que le prix du gel hydroalcoolique et des masques chirurgicaux allait revenir à son niveau de début février et s’y maintenir afin que tout le monde puisse accéder à ces deux protections.

Pour l’heure, les écoles restent ouvertes mais les pouvoirs publics envisagent de les fermer au premier signal d’alarme un peu sérieux.

Quant à La Prensa, elle continue de terroriser ses lecteurs !
En haut de la colonne de droite, une allusion à la grande épidémie
de fièvre jaune en 1871 (elle avait tué 7,3% de la population de Buenos Aires)
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L’Argentine compte actuellement une vingtaine de personnes infectées. On déplore déjà un mort et l’un des patients diagnostiqués est sous assistance respiratoire et sédation dans un hôpital de Mar del Plata.

Pour aller plus loin :
lire le texte complet du discours sur Página/12
Página/12 et Clarín ont intégré la vidéo du discours à leurs pages Internet.

Ajout du 15 mars 2020 :
Les sondages montrent que 62% des Argentins apprécient la gestion de crise menée par Alberto Fernández mais 33% restent indécrottablement hostiles. Lire à ce sujet cet article de Página/12.

vendredi 6 mars 2020

Aerolíneas Argentinas fête ses 70 ans [Actu]

Photo Aerolíneas Argentinas

Aerolíneas Argentinas, redevenu une compagnie nationale sous le mandat de Cristina Kirchner, est née le 7 décembre 1950 de la fusion, décrétée par Juan Domingo Perón, de quatre entreprises d’aviation, d’où le pluriel du nom de l’entité qui en est sortie.

La compagnie lance donc l’année en changeant son logo : le condor bleu, légèrement redessiné, semble traverser un énorme chiffre.


L’actuelle majorité au pouvoir veut mettre toute son énergie à redynamiser cette entreprise publique qui a beaucoup souffert de l’abandon voulu par la droite néolibérale qui vient de quitter les affaires. On vise à améliorer la balance commerciale et à récupérer autant que faire se pourra les routes aériennes qui ont été perdues pendant les quatre ans qui viennent de s’écouler.

Pour en savoir plus :

dimanche 5 janvier 2020

Aerolíneas Argentinas sur la piste d'envol [Actu]

"Ils ont fait le vide, comme Marsans"

Dans une interview en une de Página/12, le nouveau président de la compagnie aérienne nationale argentine fait le point sur la situation économique de l'entreprise renationalisée en 2009 par Cristina Kirchner au détriment du tour operator espagnol Marsans, qui a fait une faillite suspecte quelques temps après, et redevenue ainsi l'un des joyaux du patrimoine industriel et commercial de la République.

Or le bilan est triste : en quatre ans, le gouvernement de Mauricio Macri a tout fait pour ruiner la compagnie au profit d'opérateurs privés, qui plus est sous d'autres pavillons nationaux. D'ailleurs, le président ne volait jamais à bord des avions de Aerolíneas Argentinas ni même à bord des appareils de la flotte présidentielle, laissée à l'abandon sous prétexte de faire des économies. En voyage officiel comme à titre privé, Macri voyageait sur Air France, Iberia ou n'importe quelle autre compagnie étrangère de bonne réputation selon les destinations visées...

Il faut donc tout remonter comme à l'époque de la nationalisation : assainir la situation comptable creusée par un endettement systèmatique, pervers et malveillant (comme la vente des avions appartenant à la compagnie pour les exploiter ensuite sous contrat de location ou le fait d'oublier de payer toute une kyrielle de fournisseurs, coulant la réputation de la maison) et récupérer autant qu'il sera possible les 24 routes aériennes perdues pendant ce mandat (1), un abandon qui en dit long sur le leurre politique qui se cachait derrière les déclarations de ce gouvernement néolibéral lorsqu'avec de grandes envolées oratoires, ces gens promettaient de développer le tourisme en Argentine...

Le pire de tout, c'est que la première présidente nommée par Macri avait su se faire apprécier du personnel (un vrai exploit) et cherchait bel et bien à développer l'entreprise qui lui avait été confiée et elle aurait pu y parvenir. C'était donc trop beau. Au bout de quelques mois, le gouvernement a commencé lui mettre des bâtons dans les roues et il l'a poussée à la démission.

Etat des lieux en ce début de mandat par le nouveau dirigeant dans l'édition dominicale de Página/12.



(1) Ils ont même fermé l'escale à Paris, où la compagnie avait un bureau commercial idéalement situé rue de Rivoli, à proximité des gros tours opérateurs de la place, à deux pas de la Pyramide et de l'Oratoire du Louvre.

vendredi 30 novembre 2018

Faire jouer la Libertadores au Bernabéu : l’humiliation suprême Actu]

Une du quotidien sportif argentin Olé
"P... de m... Finale à Madrid"
Dans le développement de son gros titre
le quotidien fait en toutes lettres l'interprétation historico-symbolique :
"La Conmebol a décidé que River et Boca joueraient la Coupe
(Conquistadores ?) sur le terrain du Real Madrid,
avec des suporters des deux équipes. Un échec de l'Argentine"

La Conmebol, la fédération sud-américaine du football, a rendu son verdict : le match retour de la finale de la Copa Libertadores se jouera le dimanche 9 décembre, à 19h30 (heure locale), à Madrid, au stade Sebastián Bernabéu, entre les deux équipes argentines, dont la fédération a jugé que leur pays était incapable d’assurer la sécurité de la rencontre… Peut-on infliger plus cinglante humiliation aux Argentins qui continuent à vibrer comme un seul homme aux enjeux de décolonisation économique et culturelle, deux cents ans après avoir déclaré son indépendance de l’Espagne, de son roi et de toutes les autres puissances étrangères ? Comble de l’humiliation, cette décision tombe en plein milieu de la rencontre au sommet du G20, devant une bonne partie de l’Europe et en présence de pays émergents eux aussi décolonisés, comme le Brésil et l’Afrique du Sud !

En bas : "un châtiment mérité", dit le second gros titre
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Même le président Mauricio Macri, pourtant assez peu doué pour défendre l’orgueilleuse susceptibilité indépendantiste de son pays, a piqué une colère noire en plein G20 contre cette décision des instances footeuses, qu’il connaît bien puisque il a été pendant des années le président du Boca Juniors (c’était avant qu’il se lance dans la politique partisane et qu’il pose sa candidature au parlement puis à des charges exécutives).

En haut en manchette : le grand duel sera à Madrid
En espagnol, duelo veut dire "duel" mais aussi "douleur morale", "deuil"
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Et El Diez, D10S, Diego Maradona, s'est fendu d'une bordée d'injures à l'attention des dirigeants de son sport et de son métier.

Par ailleurs, la Conmebol contingente la capacité de représentation des deux clubs concurrents et sanctionne (ce qui est juste, au regard de la jurisprudence ordinaire de la FIFA) le club de River Plate, dont les supporters (ou supposés tels) sont à l’origine des émeutes qui ont empêché que le match se joue au Monumental.

Chaque équipe ne pourra envoyer en Espagne que 70 personnes en tout et pour tout, toutes catégories comprises (présidence du club, techniciens, soigneurs, médecins et joueurs, qui devront supporter la différence thermique entre le début d'été plutôt chaud de Buenos Aires et l'hiver glacial du plateau continental où est plantée la capitale espagnole). La fédération argentine ne pourra envoyer que 20 représentants (pour une finale du la Libertadores, c’est peu).

En manchette, en haut, sur toute la largeur
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River Club est condamné à une amende de 400.000 dollars US et à deux matchs de compétition officielle à huis clos.

Aucun des deux clubs n’est satisfait de cette décision. Boca Juniors ira jouer mais a rendu publique son intention de faire appel.

Et que dire des supporters qui devront débourser des sommes considérables pour prendre l’avion sans délai pour se rendre à Madrid, où ni le logement ni le stade ne sont gratuits !

Pour en savoir plus :
lire l’article de La Prensa (qui estime la sanction méritée)
lire l’article de La Nación sur l’échec du football argentin
lire l’article de La Nación sur la patriotique colère du président Macri pendant la réception officielle du G20.

Ajout du 2 décembre 2018 :
lire cette analyse de Página/12 qui enfonce le clou en parlant de la Coupe des Conquistadors d'Amérique à Madrid. Il faut avouer que le choix est vraiment suffoquant de la part d'une instance qui siège à Asunción !
lire cet article de La Prensa sur le recours judiciaire interposé par River Plate contre le transfert de la rencontre à Madrid. Le club se dit gravement offensé. Et avec juste raison, même si ce sont des personnes portant ses couleurs qui sont à l'origine de cette décision ;
lire cet article de Clarín pour qui, malgré tous les recours de la terre, le transfert est irrévocable et les places du Bernabéu sont déjà en vente
lire cet article de La Nación qui, depuis Madrid, montre que les madrilènes sont assez peu enthousiastes à l'idée de recevoir la rencontre sportive portègne dans leur ville

Ajout du 4 décembre 2018 :
lire cet article de Página/12 sur l'appui apporté désormais par Mauricio Macri au dépaysement du match, à la suite d'une agression qu'a subie Gianni Infantino, le président de la FIFA, au salon de thé du stade Monumental (il s'est fait cracher dessus). Mauricio Macri aurait argumenté que ce crachat était pire que le jet de projectiles (subi par le bus de son ancienne équipe, Boca Juniors).

Ajout du 5 décembre 2018 :
lire cet article de La Prensa sur les deux vols que Aerolineas Argentinas, la compagnie nationale toujours publique, affrète entre Buenos Aires et Madrid pour emmener les supporters.

jeudi 22 décembre 2016

Coup dur pour l'image du gouvernement : démission retentissante à Aerolineas Argentinas [Actu]

La démission de Isela Costantini a droit à la photo en haut à droite
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Une des icônes de l'alternance au libéralisme de Mauricio Macri jette le gant. Isela Costantini, la très jeune PDG de la compagnie Aerolineas Argentinas, reprise sous le contrôle de l'Etat par Cristina Kirchner il y a huit ans, vient de démissionner en avançant des raisons personnelles. Elle aurait franchi une étape de sa carrière et voudrait passer à autre chose. Un motif qui ne semble pas très convaincant chez une femme brillante et jeune, qui a donc un peu de temps devant elle.

Son départ semblerait être plutôt motivé par une tension grandissante avec le gouvernement qui n'accorde qu'un budget chic à la compagnie nationale. Et a levé l'obligation pour les responsables politiques de voyager sur Aerolineas. Même le Président Macri choisit des compagnies étrangères pour faire des destinations desservies par la compagnie nationale (il vole sur Air France, Iberia ou Allitalia). Qui plus est, le ciel argentin s'ouvre actuellement à des compagnies low-cost et le monopole d'Aerolineas a vécu. Cela va faire baisser les prix, rendre l'avion concurrentiel par rapport aux bus, dont les prix ne cessent d'augmenter (mais vous arrivez dans la ville elle-même), et le train qui promet de s'améliorer notablement. Dernier élément qui rendait difficile la gestion d'Aerolineas : la compagnie n'est pas concernée par la réouverture des liaisons entre l'Argentine et les îles Malouines dont l'accord a été signé avant-hier à Londres. Le moins qu'on puisse dire est que ce panorama n'est pas fait pour donner beaucoup d'espoir au personnel d'Aerolineas, qui avait vu d'un assez mauvais œil l'arrivée au pouvoir d'un libéral qui avait toujours douté du bien-fondé du sauvetage d'Aerolineas par la nationalisation (la compagnie avait été ainsi arrachée des mains du groupe espagnol Marsans, aujourd'hui disparu, qui tentait de la couler pour en faire un coquille vide qu'il aurait utilisée à d'autres fins, dans sa stratégie de holding).

La démission est là encore traitée en haut à droite
La photo du centre est pour les personnels du CONICET
le centre national de la recherche scientifique et technologique,
dont les personnels sont très inquiets des coupes budgétaires sévères
qui s'annoncent pour 2017
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Presque tous les journaux, de droite ou de gauche, font écho aux propos du responsable du syndicat majoritaire à l'intérieur de la Compagnie. Après avoir eu des rapports parfois tendus avec la Direction, l'homme rend hommage à la PDG sortante dont il estime qu'elle a été la meilleure chef d'entreprise qu'Aerolineas a eue depuis une vingtaine d'années. Ce qui n'est pas un mince compliment. Tous les observateurs reconnaissent aussi que son court mandat à la tête de la compagnie a été marqué par une vraie volonté de dialogue, ce qui n'était pas ce que les salariés attendaient d'une personne nommée par Mauricio Macri (ils craignaient une tueuse).

C'est un chef d'entreprise au profil plus classique, de soixante-deux ans, qui lui succède. Il était jusqu'à présent PDG d'une entreprise de fret aérien. Les syndicalistes ne sont pas enchantés.

Pour aller plus loin :
lire l'article de La Nación sur l'absence d'Aerolineas pour desservir les Malouines
lire l'article de La Prensa sur la réaction syndicale
lire l'article de Clarín, qui rapporte lui aussi les regrets du personnel syndiqué

mardi 21 septembre 2010

Des nouvelles d’Aerolineas Argentinas [Actu]

Aerolineas Argentinas est la compagnie d’aviation récemment revenue dans le giron de la République argentine après une quinzaine d’années de privatisation catastrophique tant sur le plan commercial que sur le plan social. Actuellement, l’entreprise, qui a récupéré une bonne partie de son ancienne qualité de service, je peux en témoigner pour voyager à bord de ses avions, traîne toujours avec elle le déficit abyssal qu’elle a hérité de son ancien propriétaire, le groupe de tourisme espagnol Marsans.

La Présidente Cristina Fernández de Kirchner a assisté hier à la livraison de deux des nouveaux aéronefs commandés à l’avionneur brésilien Embraer, dont je remarque qu'on voit de plus en plus les appareils sur les aéroports européens. L’un des points capitaux du rétablissement de la compagnie est en effet de renouveler sa flotte, très ancienne et dont Marsans avait laissé s’abîmer l’intérieur des cabines, laissant ainsi les voyageurs faire de longs vols dans des conditions de confort largement perfectibles (écrans hors service, appui-bras sans garniture, telle lampe désespérément éteinte ou un des WC hors d’usage).

La Présidente a profité de cette occasion festive pour faire, une fois encore, un peu de pédagogie auprès des instances syndicales de la compagnie : sous Marsans, les grèves à répétition des personnels au sol et des navigants étaient l'une des plaies d’Aerolineas au sein d’un cercle vicieux où la mauvaise gestion de Marsans entraînait du mécontentement social, ce qui provoquait des grèves qui elles-mêmes faisaient fuir les clients, dont la fuite creusait encore davantage le déficit des comptes, etc. Aujourd’hui, pour que la compagnie récupère le prestige et l’excellente réputation qui fut la sienne jusqu’au début des années 1990, au moment de sa vente à Iberia, il faut que l’ensemble du personnel fasse front solidairement avec la Direction et le Gouvernement pour récupérer un niveau optimum de service aux clients et grâce à lui, retrouver la clientèle perdue et sortir du rouge pour renouer avec la prospérité d’antan.

Je profite de cette actualité pour redire tout le bien que je pense de cette compagnie et de son personnel. Le personnel commercial au sol tout d’abord, tant au bureau de vente de Paris (pour parler de ce que je connais) qu’à l’aéroport de Madrid et de Buenos Aires. Depuis l’Europe, vous pouvez aussi partir soit de Madrid soit de Barcelone et où que vous soyez, Aerolineas est en mesure de vous proposer un pré-acheminement depuis un autre aéroport européen jusqu’à l’un ou l’autre aéroport espagnol, d’où vous embarquerez pour Buenos Aires. Et on vous établit vos deux cartes d’embarquement dès l’enregistrement de vos bagages. Ce qui transforme l’escale espagnole en une pause fort agréable, d’autant que l’aéroport de Madrid s’est spectaculairement amélioré depuis deux ans. Tout y est (enfin) admirablement bien indiqué. Certes, il y a des kilomètres de couloir à parcourir pour vous rendre de la zone Schengen où vous débarquez en provenance de France ou de Belgique, jusque dans la zone internationale, où se trouve la salle d’embarquement d’Aerolineas. Cela vous fait faire un peu d’exercice entre deux vols. Sur le parcours, toute une série de cafés, de restaurants, de snacks vous proposent des trucs vraiment bons, surtout pour de la nourriture d’aéroport, à des prix qui ne sont aussi excessifs que l'on pourrait le craindre, et dans un environnement étonnament calme, très silencieux, avec vue directe sur les très beaux et très apaisants paysages du plateau castillan sur lequel est établi l’aéroport…

Beaucoup de bien à dire aussi du personnel de cabine : aimable, souriant, amical même. J’ai moi-même pu tester leur sollicitude puisque j’ai eu un problème de santé, plus spectaculaire que grave, qui leur a donné l’occasion de déployer des trésors de savoir-faire et de service. J’ai vraiment été surprise de cet écart qui demeure entre l’image tristouille que les gens se font encore de cette compagnie et la réalité de ce qu’on vit à bord et qui fait largement passer les petites bricoles du décor qui manquent ici et là.
Sans oublier des avantages non négligeables pour les voyageurs au long cours que nous sommes : la plus importante franchise de bagages pour une ligne régulière sur cette destination, les prix parmi les moins chers, une seule escale et dans les bonnes conditions que j’ai dites (il existe des vols directs depuis les capitales européennes mais ils sont beaucoup, beaucoup plus chers, et c'est la compagnie nationale du pays qui les assurent, avec des franchises de bagage beaucoup moins généreuses) et des commerciaux qui peuvent se creuser les méninges pour vous trouver des solutions adaptées, si votre point de départ est un aéroport régional.

Actuellement sur Paris, vous pouvez trouver un stand d’Aerolineas Argentinas sur le Salon du Tourisme qui se tient toute cette semaine à la Porte de Versailles (15ème arrondissement). Vous pouvez donc vous informer directement sur place, les deux commerciales de l’agence parisienne sont là-bas pour vous rencontrer.

Ainsi donc cette année, comme presque chaque année à mon retour en France, c’était le coup de chapeau à Aerolineas Argentinas à quoi j’ajoute un salut spécial à Guillermo, le steward qui a plus particulièrement veillé sur moi au moment de l’arrivée à Buenos Aires et que le hasard a voulu que je retrouve sur le vol de retour… Un hasard qui nous a, l’un et l’autre, laissés pantois et qui m’a offert, à moi, une nouvelle opportunité de le remercier pour la qualité de son travail sur le vol aller. Nous ne nous recroiserons plus à bord d’un des avions tout neufs puisqu’il part à la retraite en mars prochain mais en attendant, ce fut une belle et riche expérience humaine !

lundi 13 juillet 2009

Canal Académie dans la rubrique Cambalache (casi ordenado)

En cette veille de 14 juillet, un petit cadeau francophone à mes amis argentins amoureux de notre langue et de notre culture...

Capture d'écran du site Canal Academie

Canal Académie est la première radio académique francophone.
Elle ne fonctionne que sur Internet d’où vous pouvez écouter en ligne ou télécharger sous format MP3, gratuitement, des émissions très variées, à contenu culturel d’un niveau très élevé, le tout en français et la plupart du temps par des académiciens distingués. Canal Académie est en effet la voix de l’Institut de France qui regroupe les différentes Académies de la République Française. En illustration de cet article, une capture de l'écran du site aujourd'hui (ça change tout le temps en fonction des programmes).

Dans la sous-rubrique des Festivals, dont j'aimerais bien trouver le temps de faire une rubrique en soi, j'ai également ajouté deux liens : le festival Musiques et Jardins à Paris et la page consacrée aux festivals de musique qui ont lieu à Paris sur le portail de la capitale française.

Dans la rubrique Commerçants del Barrio de Tango (commerçants du quartier), j'ai ajouté un lien avec Aerolineas Argentinas, dont je reconnais que ce n'est pas vraiment un commerçant de quartier mais enfin, c'est tout de même la compagnie aérienne la plus intéressante pour aller en Argentine (et en Uruguay) étant donné que, compagnie nationale argentine, elle est au premier chef intéressée au développement du tourisme international vers le Río de la Plata et les autres régions du pays...
Je profite de ces ajouts dans la partie inférieure de la Colonne de droite pour enrichir une nouvelle fois, dans la partie supérieure, la rubrique Vecinos del Barrio, en y intégrant des raccourcis vers les articles sur Luis Filipelli, Tony Gallo, Caracol, Cardenal Domínguez, Horacio Avilano, Hugo Rivas et Julio Pane.
Dans la rubrique Les grands rendez-vous enfin, j'ajoute le Día Nacional del Bandoneón (même si cette année, la fête a été réduite à la portion congrüe) et le Festival de La Falda, qui est a lieu en ce moment même.

mercredi 8 juillet 2009

Chambardement gouvernemental [Actu]

Ce matin, les Argentins se sont réveillés avec un remaniement ministériel de derrière les fagots (de mi flor). Au lendemain des élections du 28 juin, la Présidente avait pourtant juré ses grands dieux qu’elle n’avait aucune raison de changer quoi que ce soit, mais deux démissions et 10 jours plus tard, la cascade ministérielle de ce matin vous a des airs de Chutes d’Iguazu...
Essayons de nous y retrouver.
Le premier ministre, Sergio Massa, qui porte là-bas le titre de Jefe de Gabinete, nommé il y a à peine un an, après le non de Julio Cobos (voir cet article, qui a inauguré les colonnes de Barrio de Tango le 19 juillet 2008), disparaît. Il est remplacé par Aníbal Fernández, qui, jusqu’alors Ministre de la Sécurité et de la Justice, louchait très fort du côté du poste de chef de Gouvernement.
L’efficacité et la rigueur de Sergio Massa seront sans doute regrettées par de nombreux Argentins mais les habitants de Tigre (petite ville de banlieue résidentielle au nord de Buenos Aires) se réjouiront peut-être de récupérer leur maire, qui s’était mis en vacances de son mandat municipal pour se consacrer à la direction du Gouvernement.
A la surprise générale, Julio Alak, ancien maire péroniste de La Plata, un fidèle kichneriste qui était jusqu’à hier soir PDG de Aerolineas Argentinas, la compagnie d’aviation récemment renationalisée (lire mes articles à ce sujet), devient Ministre de la Sécurité et de la Justice. Et Aerolineas, qui a tant besoin d’un peu de stabilité après la tempête, voit arriver à sa tête Mariano Recalde, 37 ans, ex-candidat malheureux aux dernières élections (pour Frente para la Victoria). C’est un proche de l’actuel leader du syndicat péroniste CGT, Hugo Moyano, l’appui politique et social indispensable des deux mandatures kichneristes successives. (Avant de devenir le Secrétaire général de cette centrale syndicale surpuissante, Moyano était un dirigeant de la section des camionneurs, et il en a et le vocabulaire et la carrure et le comportement fonceur. C’est dans un dîner à ses côtés que Néstor Kirchner avait fait sa première apparition publique quelques jours après la prestation du serment présidentiel de sa femme, le 10 décembre 2007).
Le Ministre de l’Economie valse lui aussi : Carlos Fernández est remplacé par Amado Boudou, qui occupait jusqu’à présent les fonctions de directeur général de la ANSeS, institution publique de sécurité sociale qui gère depuis le début de l’année la totalité du régime de retraite par répartition devenu enfin universel et obligatoire (lire mes articles sur la suppression des régimes de retraite de base par capitalisation, les AFJP).
A la tête de la ANSeS, Cristina Fernández de Krichner (1), la Présidente, a nommé Diego Bossio, qui était jusqu’à présent le patron du Banco Hipotecario. Ce jeune économiste de 29 ans est, disent les méchantes langues, l’un des rares experts en la matière que la Présidente daigne écouter.
D’où la question qui brûle toutes les lèvres : qui va remplacer Diego Bossio à la direction de cette banque qui finance les nouveaux prêts immobiliers, lancés, avec succès, il y a quelques mois ?
Vous suivez toujours ? Bravo. Attention, car ce n’est pas fini. Là, ça va nous intéresser au premier chef, nous qui nous passionnons pour la culture argentine...
José Nun fait aussi sa valise et laisse le Secrétariat à la Culture à un député qui est aussi un cinéaste. Eh non, ce n’est pas Pino Solanas (2)... Le nouveau ministre s’appelle Jorge Coscia. Il a été directeur de l’INCAA (l’institut national du cinéma et des arts audiovisuels). Jorge Coscia a sur son prédécesseur l’avantage d’être du métier et d’avoir laissé de son passage à l’Institut du Cinéma un très bon souvenir à presque tout le monde, journalistes et artistes. Politiquement, Coscia se définit comme un péroniste de gauche et il était jusqu’à présent député du Frente para la Victoria, l’alliance politique à laquelle appartient la Présidente et son ex-président de mari (le mandat de Coscia arrivait à échéance en décembre, il démissionne donc avec 6 mois d’avance). Son prédécesseur part, quant à lui, sur un constat d’échec qu’il a l’honnêteté de ne pas chercher à dissimuler.
Et pour ne pas perdre de temps, toutes les passations de pouvoir auront lieu dès ce soir à 19h. A noter que tout ce remaniement s’est opéré alors que la Présidente était en déplacement à l’étranger, notamment à cause de la crise institutionnelle au Honduras (elle soutient le président destitué, Zelaya, comme tous ses homologues de la région). Le journal La Nación voit donc dans ce remaniement la patte de Néstor Kirchner lui-même et fait de ce nouveau gouvernement le résultat d’oiseuses discussions d’alcôve.
Et les rumeurs vont bon train quant au devenir politique du Secrétaire d’Etat à l’Agriculture et du Secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, un de ceux dont Pino Solanas a demandé la tête la semaine dernière. Tous deux semblent devoir rester en place dans leur ministère respectif mais pour combien de temps encore ?
Bref (total, comme disent les Argentins), ici et là-bas, la politique est un monde de brutes qui ne s’épargnent aucun coup de coude dans les côtes... Mais quand il n’y pas plus grand-chose à l’affiche, ça permet de causer !
Pour aller plus loin :
Consulter l’édition de ce jour de Clarín
Consulter l’édition de ce jour de Página/12
Consulter l’édition de ce jour de La Nación
Lire l’article de ce jour dans La Prensa
(1) Pour ne pas vous perdre au milieu de tous ces Fernández, suivez les prénoms.
(2) Pino Solanas, il est un petit peu en froid avec la Présidente depuis quelques jours... Ce qui ne veut pas dire qu’il n’ait pas été approché et si c’est le cas, il a dû refuser vertement... Quant à moi, ça me fait rudement plaisir de voir que vous suivez tout ça avec autant de soin et que vous commencez à repérer qui est qui... Lire à propos de Pino Solanas
mon article sur les bons résultats qu’il a faits aux dernières élections.

jeudi 2 juillet 2009

Les Ministres sautent les uns derrières les autres [Actu]

Lundi, c’était la ministre de la Santé, Graciela Ocaña, qui remettait sa démission, pour donner quelques signes à l’opinion publique que le message des urnes de dimanche dernier, peu favorable au Gouvernement actuel, avait été entendu.
Aujourd’hui, c’est le Ministre des Transports, très critiqué, surtout à cause de la politique ferroviaire (1), qui a renoncé à sa charge. Ricardo Jaime avait pourtant mené une affaire très symbolique : la renationalisation de la compagnie d’aviation argentine Aerolineas Argentinas, dont le dossier se perd depuis plus de six mois dans les sables mouvants de la relation bilatérale avec l’Espagne et dont les compromis managériaux-diplomatiques de la part du Gouvernement ont alimenté la campagne électorale de l’opposition de tout bord. Encore un rude coup à encaisser pour les personnels de cette société qui, depuis plus d’un an maintenant, attendent de retrouver une situation nette et claire, sereine enfin, alors que la conjoncture s’est brutalement dégradée en octobre dernier pour tout le secteur du transport et du tourisme et ce dans le monde entier...
Ricardo Jaime est un cacique du PJ, en France on dirait peut-être qu’il est un éléphant. En tout cas, c’est un vrai symbole politique qui quitte le devant de la scène. Au grand soulagement peut-être de Pino Solanas, qui avait demandé sa tête hier, mercredi, tout gonflé par les bons résultats électoraux de Proyecto Sur et bien décidé à vendre chèrement à la Présidente son ralliement ponctuel ou à lui marquer son indépendance indéfectible...
Le nouveau ministre des Transports est un transfuge du macrisme : ancien directeur de campagne de Mauricio Macri en 2003,l’actuel Chef de Gouvernement de la Ville de Buenos Aires, Juan Pablo Schiavi a été récupéré, après la défaite électorale de son patron, par le mouvement kichneriste, aujourd’hui majoritaire dans le Partido Justicialista.. Il a alors travaillé aux côtés de l’ancien Chef de Gouvernement de la Ville de Buenos Aires, Jorge Telerman, aux commandes de la capitale de 2003 à 2007, c’est-à-dire dans l’équipe politique de l’adversaire de celui-là même dont il venait de diriger la campagne (comme quoi, Sarkozy n’a rien inventé, Néstor était passé avant) (2).
(1) L’état des trains et des gares en Argentine et en particulier dans le Gran Buenos Aires fait peine à voir. Le trafic est très régulier et peu fiable surtout aux heures de pointe, les retards sont monnaie courante, l’inconfort à la limite du supportable sur de trop nombreuses lignes. Les usagers, notamment banlieusards, manifestent régulièrement contre la piètre qualité du service. En juillet 2007, des personnes avaient même saccagé la gare de Constitución à Buenos Aires. Pour les grandes distances, les Argentins choisissent volontiers le voyage en bus, jugé plus confortable et plus sûr (ce qui n’est pas nécessairement le cas) ou leur voiture, même sur des distances considérables -et Dieu sait si le pays est grand. Les plus aisés peuvent prendre l’avion. Il y a un an environ, le Gouvernement argentin a décidé de créer une ligne de train à grande vitesse (tren bala, comme on dit là-bas) entre Buenos Aires et Córdoba. Mais il est probable que, dans les premières années d’exploitation au moins, ce service sera hors de prix pour la majeure partie de la population, comme l’était en France le TGV Paris-Lyon au début des années 80.
(1) Néstor Kirchner, le Président de la République de 2003 à 2007, leader du courant majoritaire au PJ et président démissionnaire du Parti, pour cause de mauvais résultats électoraux dimanche dernier.

jeudi 18 juin 2009

Dernière polémique en date entre Mauricio et Cristina [Actu]

Une de Página/12 d'aujourd'hui

Jusqu’à présent, je ne vous ai pas beaucoup parlé du contenu de la double campagne électorale actuelle, parce que 25 ans après le retour de la démocratie en Argentine, cette campagne électorale est comme toutes les campagnes électorales : pas beaucoup d’idées de fond très originales, des coups bas qui pleuvent de tous côtés, des provocations en tout sens, des querelles sur les personnes, bref, c’est assez peu tanguero et plutôt lassant. Mais là, Mauricio Macri vient de faire très fort et ça, il faut que je vous le raconte...

A 10 jours du scrutin, le Chef du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, l’un des principaux opposants au niveau national au Gouvernement fédéral tenu par la Présidente Cristina Fernández de Kirchner, vient donc d’ouvrir une grosse polémique en annonçant que sa politique à lui serait de reprivatiser le régime de retraite dit des AFJP (Administradoras de los Fondos de Jubilaciones y Pensiones) ainsi que la compagnie d’aviation Aerolineas Argentinas.

Résumé des épisodes précédents :

Le Gouvernement a décidé l’année dernière de renationaliser la compagnie Aerolineas Argentinas qui venait de subir 18 années de gestion privée plus catastrophiques les unes que les autres sur tous les plans : commercial, économique et social. La compagnie avait été vendue en 1990 par le Gouvernement pseudo-péronniste de Carlos Menem pour une bouchée de pain à Iberia qui l’avait elle-même revendue à Marsans avec des jeux d’écriture et des prêts de l’Etat espagnol qui ne parvient plus à retrouver ses sous. Et Marsans avait progressivement dépouillé la compagnie argentine au profit d'Air Comet, sa propre compagnie de courts et moyens courriers, et d’autres projets dont il semble bien que la renationalisation les ait fait avorter. Depuis que Aerolineas Argentinas a été reprise en main par l’Etat, sa gestion s’est assainie, les pertes d’exploitation (artificiellement créées par Marsans) ont diminué et la qualité du service commercial s’est améliorée (plus de ponctualité, moins de grève et surtout, c’est très visible sur les visages en cabine, un personnel qui a retrouvé une indéniable fierté d’appartenance). Il reste l’énorme dette provoquée par la gestion aberrante de Marsans qui n’a jamais payé ses taxes d’aéroport, ni à Ezeiza ni même souvent à l’étranger, et qui a oublié plusieurs factures de fournisseurs (des grosses factures). Ce qui fait que l’Etat argentin, en prononçant l’expropriation de Marsans, a surtout, hélas, racheté des dettes mais il a aussi assuré l’avenir des liaisons internes et externes du pays, sans parler du symbole de fierté nationale qu’est cette compagnie depuis sa fondation à la fin des années 40 par le premier gouvernement de Juan Perón.

Quant aux AFPJ, il s’agit là aussi d’une des mesures phares du Gouvernement de Cristina Fernández de Kirchner. Là aussi, il s’agit de défaire ce qui avait été mis en place par Carlos Menem lors de la grande vague néo-libérale de la décennie 90. C’est Carlos Menem qui avait en effet institué un système de retraite par capitalisation, en alternative à un système de retraite par répartition qui n’était pas obligatoire. Le krach boursier d’octobre dernier a mis en valeur la catastrophe économique qu’était le système des AFPJ pour les affiliés dont les retraites ne franchissaient parfois pas la barre des 300 $ par mois (regardez dans la partie centrale de la Colonne de droite ce que vaut le peso argentin par rapport à l’euro, vous serez édifié) alors que les revenus des dirigeants des fonds étaient plus que confortables (prélevés sur une commission de 40% des cotisations déposées) et les salaires des employés une vraie misère. Le système a donc été supprimé comme système de retraite de base. Il continue d’exister comme système complémentaire. Et le système de retraite par répartition est obligatoire depuis le début de l’année, ce qui garantit sa pérennité pour quelques années, si toutefois le Gouvernement parvient, au fil des années à venir, à faire baisser le niveau du travail au noir (estimé à environ 40% de l’activité salariée en Argentine acturellement).

A 10 jours des élections législatives de mi-mandat au niveau fédéral et des élections législatives à Buenos Aires, c’est l’idée que vient de lancer Mauricio Macri, l’actuel champion du libéralisme en Argentine, à la tête du groupe PRO au niveau national et local, et dont l’ancienne suppléante au Gouvernement de la Ville de Buenos Aires, Gabriela Michetti, se présente à un siège de députée nationale. La politique que Mauricio Macri appelle de ses voeux est donc celle qui fut conduite dans les années 90 par Carlos Menem, aujourd’hui sénateur, inculpé dans différentes affaires peu reluisantes de corruption, d’abus de pouvoir et de fraude dans la vente de biens immobiliers nationaux et enfin, comme si tout cela ne suffisait pas, de complicité avec des terroristes (les poseurs de bombe de l’attentat de l’AMIA). Qui plus est, cette politique a abouti, au bout de 10 ans, à l’effondrement monétaire et économique de l’Argentine en décembre 2001. Mais il est vrai que Carlos Menem est aussi au sein du Parti Justicialiste (fondé par Perón) le porte-drapeau de l’opposition interne à Néstor et Cristina Kirchner. Alors à la guerre comme à la guerre : on est en campagne électorale.

Aussitôt rentrée de Genève où elle vient de défendre le rôle de régulateur économique de l’Etat pour lutter contre la crise et prévenir son renouvellement futur, devant l’Assemblée Générale de l’Organisation Internationale du Travail, la Présidente est immédiatement partie à l’attaque contre Mauricio Macri et a défendu avec fermeté sa politique, qui est, selon toute apparence, une politique au long cours, plutôt cohérente d’ailleurs et très fidèle aux principes du péronisme : assurer l’indépendance politique et économique de l’Argentine en développant les activités financées par des fonds argentins eux-mêmes, ce à quoi elle ajoute le respect des droits de l’homme (1).

Au même moment, la campagne électorale voyait les quatre grands candidats qui se présentent à Buenos Aires au niveau national s’affronter dans un débat démocratique dont Clarín, Página/12 et La Nación se font aujourd’hui l’écho. En illustration de cet article, j’ai mis l’image de la Une de Página/12 pour l’emblématique photo où vous voyez deux champions de cette campagne :

En fauteuil roulant, c’est Gabriela Michetti, l’ancienne seconde de Macri qui reste fidèle au leader malgré le fait qu’il a exigé sa démission comme Vice-Jefa de Gobierno (Gabriela Michetti est connue pour ses positions libérale et comme fervente catholique).
A droite de l’image, ce grand monsieur aux cheveux blancs, c’est un Sénateur, porteur du projet du Parti Socialiste Autonome, Proyecto Sur, un péroniste pur et dur, attaché à une gauche sans concession pour le capitalisme international. Ce monsieur, c’est le cinéaste (le très grand cinéaste) Fernando Solanas, dit Pino Solanas. C’est lui qui a écrit les très belles paroles de Vuelvo al Sur, sur une musique d’Astor Piazzolla, un tango qui fait partie de l’un de ses films d’il y a une vingtaine d’années.

Vuelvo al sur
Como se vuelve al amor
Vuelvo al sur
Con mi deseo, con mi temor
Je reviens au Sud (2)
Comme on revient à l’amour
Je reviens au Sud,
Avec mon désir, avec ma peur
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Vous pouvez écouter cette merveille, qui fut créée dans le film par Roberto Goyeneche, sur Todo Tango, par la chanteuse actuelle Lina Avellaneda (elle porte le nom d'une commune de la ceinture sud de Buenos Aires) : cliquez ici.

Pour aller plus loin :
Lire mes articles sur Aerolineas et sa renationalisation mouvementée
Derrière le présent article qui ouvre désormais cette série, vous allez tomber sur une découverte archéologique à cause d’un dessin de Daniel Paz qui caricature Marsans prétendant avoir des droits sur ce vieux galion espagnol. A l’époque de la découverte, Marsans réclamait des sommes exorbitantes à l’Argentine pour des actifs aéronautiques fantômes, que le voyagiste espagnol avait de fait déjà liquidés depuis belle lurette.
Lire mes articles sur les AFJP, leur disparition et les nombreux scandales financiers liés à leur gestion économique aberrante.
Lire mes articles sur Carlos Menem et ses actuels démêlés judiciaires.

Pour lire mes articles concernant la politique menée par Cristina Kirchner, cliquez sur le mot-clé gob argentin dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.
Pour accéder aux entrées concernant la politique menée par Mauricio Macri, cliquez sur le mot-clé GCAB dans ce même bloc entre le titre et le corps de l’article.

Pour en savoir plus :
Lire l’article de Página/12 sur le débat-querelle de Macri contre les Kirchner
Lire l’article de Clarín sur le même sujet
Le quotidien de droite La Nación n’en parle même pas sur sa Une web. Rappelons d’ailleurs que si la disparition des AFJP a divisé la représentation nationale argentine, l’expropriation de Marsans du capital d’Aerolineas Argentinas a été votée par une très large majorité constituée d’élus de tous bords, et ce dans les deux chambres.
Lire l’article de Página/12 sur le débat entre les quatre grands candidats nationaux se présentant à Buenos Aires
Lire l’article de Clarín sur le débat à quatre d’hier.
Lire l'article de La Nación sur le débat d'hier.



(1) Les droits de l’homme n’étaient pas la priorité de Perón. En pleine guerre froide et avec l’impérialisme des Etats-Unis à sa porte, Perón, indépendamment même de sa personnalité, n’aurait pas eu les moyens de se maintenir au pouvoir dans un cadre authentiquement démocratique. La démocratie implique que l’Etat soit fort. Elle n’est pas viable lorsqu’il est menacé d’être mis en tutelle par un autre pays. Perón a donc mené sa politique dans le cadre d’un Etat autoritaire et policier, où régnait une censure certaine, tout en respectant la Constitution. Ainsi il a toujours eu une opposition au Parlement. Perón a été renversé par un coup d’Etat soutenu par la CIA en septembre 1955. Il avait été élu en 1946 avec 56% des suffrages exprimés dans une élection libre et sincère, la première élection démocratique depuis 16 ans en Argentine. Voir à ce sujet mon article sur l’histoire de l’Argentine et de l’Uruguay dans la partie centrale de la Colonne de droite, rubrique Petites chronologies.
(2) Le sud dont il est question ici, ce n’est pas la Patagonie. C’est le sud de la ville de Buenos Aires. Ses faubourgs ouvriers, rebelles, remuants, bref de gauche...

mercredi 31 décembre 2008

De Buenos Aires pretanguera [Actu]

La photo de deux fûts de canon parue dans Clarín aujourd'hui


De Buenos Aires Morena (De Buenos Aires la Noire) est une des milongas les plus célèbres de la duplá (le duo) Héctor Negro (pour les paroles) et Carmen Guzman (pour la musique).

Ici, il s’agit de la Buenos Aires du 18ème siècle, donc bien antérieure à l’apparition du tango (qui se situe entre 1870 et 1880)...
Une découverte archéologique intervenue hier, à six mètres sous terre, dans l’avenue Vera Peñalosa, à la hauteur du n° 400, dans le quartier de Puerto Madero (l’ancien Vieux Port de la Capitale argentine). Un galion espagnol qui a coulé là, sans doute à la suite d’une tempête sur le Río de la Plata, vers 1750, alors qu’il était amarré à ce qui était à cette époque-là un quai du port (à la hauteur du Dique 1 d’aujourd’hui, le bassin n° 1). Le navire, dont il reste la quille sur 20 mètres de long et 3 à 4 mètres de large, 5 fûts de canon et divers éléments de la cargaison, dont des jarres d’huile, a été trouvé sur un terrain en cours de construction, gagné il y a plusieurs décennies sur le fleuve.

C’est la première fois que des archéologues font une telle découverte à Buenos Aires. Ce sont donc les premiers vestiges d’un navire colonial découverts dans cette région (qui doit pourtant en contenir beaucoup, d’après ce que pensent les archéologues).

Une telle découverte méritait bien sûr qu’on "mette les petits plats dans les grands" pour l’annoncer au public ("la noticia fue dada con bombos y platillos", dit Clarín de ce jour). C’est donc Mauricio Macri lui-même, Chef de Gouvernement de la Ville de Buenos Aires, qui a pris sur son agenda pour venir présider la conférence de presse. Entouré par les responsables des fouilles, il était apparemment très fier et il y a de quoi (mais bien sûr, Daniel Paz ne pouvait pas le louper sur l’édition du jour !).

La conférence de presse a permis d’expliquer que la découverte a été rendue possible grâce à la négociation d’un arrêt des travaux de l’opération immobilière en cours. Un archéologue des services de Buenos Aires pensait en effet qu’il pouvait y avoir des choses très intéressantes à cet endroit. Le sous-secrétaire de ce qui est à Buenos Aires l’équivalent du POS en législation française (1), est parti négocier avec l’entrepreneur qui allait couvrir avec un énorme complexe marchand cette partie encore vierge de Puerto Madero (2). Cela redore le blason culturel du Gouvernement portègne, passablement écorné ces derniers temps.


A la Une de Página/12 (en haut à gauche sur la version papier, en haut à droite sur la page d’accueil Web), l’un des deux caricaturistes maison, Daniel Paz, a glissé un commentaire acerbe et très parlant...

En français, ça donne :

Le chef de cabinet : Des bonnes nouvelles et des mauvaises... On a trouvé un galion espagnol du 18ème siècle.
Macri : Génial ! Et la mauvaise nouvelle ?
L chef de cabinet : Marsans dit qu’il lui appartient et il nous envoie la facture.... (3)
(Traduction Denise Anne Clavilier)






(1) POS : plan d’occupation des sols (planeamiento urbano).
(2) comme on construit à Buenos Aires : d’une manière anarchique et sans guère de respect pour le patrimoine, du moment qu’il y a de l’argent, beaucoup d’argent à tirer d’une opération immobilière. Et dans le quartier ultra-chic de Puerto Madero, Dieu sait si ce business-là est juteux (muy rentable, en argot parisino).
(3) Pour ceux qui n’ont pas suivi les épisodes précédents : la société espagnole Marsans était jusqu’à il y a environ une semaine l’actionnaire majoritaire et presque unique de la compagnie d’aviation argentine Aerolineas Argentinas. A l’issue d’une longue et infructueuse tentative de négociation, le Parlement argentin vient d’exproprier Marsans sans compensation financière. Pour comprendre toute la portée des allusions acides de Daniel Paz, lire les articles de Barrio de Tango sur Aerolineas.

jeudi 18 décembre 2008

Aerolineas d’utilité publique par 42 contre 22 [actu]

La Une de Página/12 de ce jour


Fin du cauchemar et de 18 années d’une gestion privée humainement (et économiquement) calamiteuse pour Aerolineas Argentinas, la compagnie aérienne de bandera argentine (battant pavillon argentin).

Ce vote du Sénat argentin, qui confirme et valide le 1er vote, celui de l’Assemblée des Députés il y a quelques semaines, exproprie, dès publication de la loi au journal officiel de la République argentine, la société Marsans, détentrice jusqu’alors de 94,41% du capital d’Aerolineas et de 98% d’Austral, sa filiale à 100%, la première desservant les lignes internationales et intercontinentales du Cono Sur (1), la seconde les lignes intérieures d’un pays immense.

Bien entendu, Marsans a immédiatement émis une protestation officielle contre ce qu’il estime être une confiscation de ses actions et répète qu’il va porter l’affaire devant un tribunal, probablement international. Qui, espérons-le, reconnaîtra que l’actionnaire avait d’abord à respecter la loi du pays où était immatriculée sa société, en l’occurrence l’Argentine, dont Marsans a allègrement foulé les règles fiscales et le code des sociétés.

C’est fin septembre que le Congrès a décidé de prendre en charge le règlement du litige, excédé par les finasseries de Marsans, destinées, selon toute apparence, à éviter coûte que coûte un accord financier avec le Ministère des Transports argentin sur le transfert de l’entreprise à l’Etat, comme Marsans en avait accepté le principe à la mi-juillet (2) et soucieux de soulager le Gouvernement qui menaçait de s’enferrer dans la vilaine tournure diplomatique que prenaient les choses entre l’Espagne, le seul soutien de Marsans, et l’Argentine. Ainsi le Gouvernement peut dire : c’est pas moi, ce sont les représentants du peuple, et rétablir avec l’Espagne, dont le Gouvernement, lui aussi à gauche, pourra jouer la même comédie, des relations diplomatiques apaisées.

Au Sénat, le débat a duré 5 heures. A noter que le seul désaccord que l’opposition a revendiqué avec la loi d’expropriation telle que rédigée était de forme et non de fond (l’UCR en particulier estime qu’il aurait fallu exproprié les actifs et non le capital, solution que le parti radical estimait moins onéreuse pour les finances de l’Etat et que la majorité estimait irréaliste puisque le passif d’Aerolineas dépasse aujourd’hui ses actifs et entame sérieusement son capital).

Tout le Sénat était donc, de fait, favorable à la renationalisation de la compagnie. La loi a été votée telle quelle, sans aucun changement, par une majorité éclatante (42 pour, 22 contre) et à l’issue du scrutin, les représentants syndicaux des personnels d’Aerolineas, présents dans les tribunes, ont éclaté en applaudissements.

La procédure d’application de la loi va durer un petit mois. Ce sera alors le Gouvernement qui prendra en charge la négociation auprès des différents créanciers de la dette colossale accumulée par Aerolineas, singulièrement depuis la prise de contrôle par Marsans en 2001. Il est vrai aussi que la nouvelle équipe dirigeante a su, depuis 6 mois, réduire considérablement les pertes d’exploitation (en coupant dans le vif des coûts de location... pour des matériels immobilisés et non exploités) et améliorer la qualité du service aux voyageurs en limitant les retards endémiques sur l’aéroport d’Ezeiza...

(1) El Cono Sur : surnom de l’Argentine (le Cône Sud). Comme en Europe on dit la Botte, l’Hexagone ou le Plat Pays.
(2) Vu le piètre état dans lequel Marsans a mis la compagnie aérienne en terme d'exploitation et de capital, il est probable qu’un tel accord ne lui aurait pas permis de se payer sur la bête et d’empocher une plus-value considérable, à laquelle il a prétendu jusqu’à l’extrême limite des pourparlers avec le Gouvernement, tout comme il est probable que les pouvoirs publics argentins viennent de faire de facto capoter une manoeuvre de longue haleine pour transformer la compagnie aérienne en une simple coquille vide dont le groupe espagnol se serait servi plus tard, pour développer autrement ses activités touristiques.

mardi 9 décembre 2008

Aerolineas : l’expropriation en discussion au Sénat [actu]

Début du commencement de la fin du cauchemar pour les personnels de la compagnie d’aviation argentine Aerolineas Argentinas, suspendus depuis six mois aux opérations de renationalisation entamées à la mi-juillet 2008.
La semaine dernière, la Chambre des Députés a voté la déclaration d’utilité publique des 5 compagnies d’aviation commerciale du groupe Aerolineas ainsi qu’en conséquence l’expropriation des actions formant le capital du groupe et de ses filiales à 100%, en particulier Austral, qui assure les dessertes aériennes intérieures en Argentine. De l’expropriation sont exclues les actions détenues par l’Etat argentin (qui avait toujours conservé 5% du capital de la société depuis sa privatisation en 1990 par Carlos Menem) et par les salariés (1% du capital seulement).

Le Sénat vient de mettre à l’ordre du jour de ses Commissions des Affaires constitutionnelles d’une part et des Transports d’autre part la pré-discussion de cette loi. Le vote devrait intervenir au cours de la semaine prochaine au plus tard. Il est probable qu’il sera très largement positif, l’ensemble de l’échiquier politique argentin s’entendant sur cette question précise. Dès lors l’expropriation prendra effet dès publication de la loi au Bulletin officiel de la République Argentine et Aerolineas aura aussitôt le statut d’entreprise nationale d’utilité publique, ce qui lui accordera des protections mais lui conférera aussi des devoirs, notamment celui de desservir plusieurs lignes intérieures indispensables mai peu rentables. L’Assemblée Nationale a prévu un plan d’accession au capital pour le personnel d’Aerolineas et ses filiales à hauteur de 10% du capital. Les élus comptent aussi exiger de l’Etat qu’il achète les avions dont la compagnie a été dépouillée par son actuel propriétaire, le groupe de tourisme de masse espagnol Marsans, ce que le Gouvernement s’emploie d’ailleurs à organiser depuis la fin juillet.

Marsans, de son côté, continue à proférer des menaces de poursuites judiciaires internationales contre la République Argentine envers laquelle il a pourtant un passif considérable (non paiement de la taxe professionnelle et des taxes aéroportuaires, non présentation des comptes en temps et en heure, endettement excédant le pourcentage de capital permettant à l’entreprise de continuer son activité, etc...). En ces temps de crise économique où le monde entier s’interroge sur l’éthique des affaires et de la gestion financière, il y a des leçons qui se perdent. Et des coups de pied quelque part aussi, mais ça, plus pour très longtemps...

mercredi 26 novembre 2008

Expropriation : c’est parti [actu]

C’était dans l’air depuis plusieurs semaines, depuis en fait que la première évaluation financière de la Compagnie aérienne Aerolineas Argentinas avait été publiée, depuis qu’il apparaissait de plus en plus clairement que le groupe de tourisme espagnol Marsans, propriétaire de jure du capital de la Compagnie était décidé à ne pas respecter la République Argentine et à lui vendre à un prix démesuré une société qu’il avait depuis 2001 matériellement dépouillée et financièrement ruinée par une politique d’argent jeté par les hublots.

Cette fois-ci, c’est en route. Les députés de la majorité à la Chambre Basse se sont emparés du dossier et ont rédigé un projet de loi (1) qui va exproprier les actions des sociétés Aerolineas, Austral (les deux compagnies d’aviation qui desservent l’Argentine en vols domestiques et en vols internationaux) et des entreprises annexes non connues du public mais dont l’activité est indispensable aux deux premières, Optar, Jet Paq et Aerohanging. Marsans se verra offrir en compensation un peso symbolique (ou n’importe quelle autre somme tout aussi dérisoire) puisqu’il est établi que la compagnie Aerolineas a un passif d’exploitation excédant les proportions lui permettant de continuer son activité selon le droit des affaires argentin et un patrimoine négatif et que depuis juillet, c’est l’Etat argentin qui pourvoit aux besoins de trésorerie pour assurer la continuité du service aérien.

Le Gouvernement argentin avait bien offert à Marsans la possibilité de capitaliser tout cet argent public déjà versé et de le faire entrer dans un prix de rachat raisonnable mais Marsans a choisi une stratégie d’esquive, de mauvaise foi et a maintenu depuis septembre un prix de rachat exorbitant, après s’être assuré du soutien diplomatique de l’Espagne. Excédé par ces atermoiements, la majorité parlementaire est donc en train de décider d’en finir.

Le projet de loi déclare Aerolineas et Austral d’utilité publique pour le maintien du service de transport de voyageurs, de courrier et de fret pour le pays, à l’intérieur et à l’extérieur (ce qui reflète l’exacte réalité géo-économique de ce pays immense). Le texte légal passe actuellement les étapes procédurales préalable à son adoption et son entrée en vigueur : passage en commission puis mise à l’ordre du jour de l’Assemblée suivi, après vote positif, de la mise à l’ordre du jour du Sénat. Lorsque le texte sera publié au Bulletin officiel de la République Argentine, Marsans sera effectivement exproprié et l’Etat aura toute latitude de gestion sur l’avenir et la gestion de la Compagnie et de ses filiales.

L’opposition, Coalición Cívica (à droite) et Unión Cívica Radical (à gauche), qui sont par ailleurs en train de constituer un accord électoral ou même de gouvernement pour les prochaines échéances, ont émis des avis contraires pour la forme, critiquant les aspects technico-légaux de l’expropriation mais ont fait savoir par ailleurs qu’ils étaient d’accord sur le principe même de l’expropriation. Même les plus ardents défenseurs de la liberté d’entreprendre, qui trouvaient encore il y a quelques mois des motifs pour défendre Marsans contre le vilain gouvernement de Cristina (2), ont à présent changé d’avis.

Il semble que le vote sera acquis avec un quasi-consensus sur l’ensemble des bancs du Congrès, qu’en tout état de cause le oui débordera largement la stricte majorité K, el oficialismo K (2) comme on dit à Buenos Aires, pour la première fois depuis bien longtemps.

Côté économico-social, le projet de loi prévoit que 10 % du capital d’Aerolineas et d’Austral sera réservé aux salariés de ces entreprises comme le prévoit le programme de propriété participative (aujourd’hui seul 1% du capital est aux mains des salariés). L’Etat devra aussi couvrir les besoins financiers des entreprises, puisqu’elles remplissent une mission de service public (l’Etat le fait déjà depuis le 17 juillet), et réaliser toutes opérations de crédit nécessaires à l’acquisition de biens d’équipement destinés à l’exploitation commerciale aérienne (en d’autres termes, la République Argentine va acheter des avions pour reconstituer la flotte d’Aerolineas, composée en quasi-totalité aujourd’hui d’aéronefs en leasing). Depuis août, en effet, le Gouvernement argentin négocie en coulisses avec les grands avionneurs mondiaux (Boeing et Airbus au premier rang) dans ce but.

Le ton des journaux, le vocabulaire qu’ils manipulent en racontant les péripéties de toute cette histoire, cette manière de parler systématiquement de "los Españoles" pour désigner Marsans et ses mandataires sociaux sont riches d’enseignement sur l’enjeu symbolique qui double l’enjeu socio-économique évident de toute cette complexe opération politico-économique... De toute évidence, peut-être sans en être toutefois pleinement conscients et même si la défaite de leur champion devant le champion espagnol dimanche, lors la finale de la Coupe Davis à Mar del Plata, vient bien un peu gâcher le tableau général, les Argentins sont en train de se repasser, en 3D et son 4 points, le film de leur Revolución de 1810 (la guerre d’Indépendance) et ils prennent le temps de savourer la satisfaction de bouter une nouvelle fois l’Espagnol hors d’Argentine. Il faut dire aussi que Marsans est vraiment très bon dans le rôle ingrat de l’Espagnol ! Tout y est : les prétentions outrées, le souverain mépris affiché pour tout ce qui est Argentin, personnels au sol et volant et obligations fiscales inclus, la façon de parler du Chef d’Etat comme on parlerait d’un fétus de paille qu’on peut faire plier d’un simple souffle, le petit tour cauteleux à la Zarzuela à Madrid pour quêter l’appui du Roi... Du grand art !

Alors il en coûtera ce qu’il en coûtera, peu importe : du vent, du balai ! et débarrassez le plancher, on vous a assez vus. Bien le bonjour chez vous... Pourtant Marsans peut faire le beau et menacer d’aller devant les tribunaux, il n’aura peut-être pas intérêt à trop chercher la petite bête (3) : à Madrid, un juge enquête en ce moment sur l’usage qui a été fait de 300 millions de dollars d’argent public espagnol (une broutille !) destinés à absorber les dettes d’Aerolineas (dont celle qu’Interinvest avait envers l’Etat argentin pour l’achat de la Compagnie) au moment où Marsans en a pris le contrôle en octobre 2001, derrière Iberia-Interinvest qui l’avait acquise, pour une bouchée de pain, auprès de l’Argentine en 1990 des mains du président Carlos Menem aussi contestable que souriant. Pas plus que Marsans n’a été en mesure de produire sur Aerolineas des comptes d’exploitation à jour aux autorités judiciaires argentines, pas plus elle n’est capable de justifier devant les pouvoirs publics espagnols l’emploi qu’elle a fait de sa part de ce très gros paquet d’argent public. Le Parquet de Madrid envisage un procès pénal contre les dirigeants de l’époque de la SEPI (la société qui a disposé de cet argent public et devait en garantir le bon emploi) et contre éventuellement ceux de Marsans si l’enquête prouve qu’ils ont effectivement détourné ces sommes à d’autres fins que celles auxquelles elles étaient destinées.

"Aerolineas otra vez Argentinas", annonçait triomphalement Página/12 le 21 juillet, lorsque la Présidente avait annoncé sa décision de renationaliser (reestatizar) la compagnie de bandera (portant pavillon argentin). Ce sera fait sans doute d’ici 10 jours. Il est possible que Marsans porte plainte devant un tribunal, argentin ou international, pour avoir été injustement dépouillé de son bien dont il réclamait beaucoup de sous parce que, paraît-il, il allait (enfin) être (très, très) rentable... dans un proche avenir. Vous m’en direz tant ! (4)

Et -c’est en tout cas tout le mal qu’on peut leur souhaiter - les salariés deces compagnies d’aviation vont enfin pouvoir respirer, regarder devant eux un avenir aussi sécurisé que la récession qui s’annonce le permet, monter à bord d’avions "à eux" (les personnels de cabine et de cock-pit ont horreur de voler à bord d’avions loués), s’entraîner sur des simulateurs "à eux", bref retrouver une légitime fierté d’appartenance à une compagnie dont il seront les propriétaires à 10%, ce qui n’est pas mal quand on sait de quel statut de véritables pions (peones) peut les sortir l’application effective de cette décision après ces 18 années de régime privé catastrophique sur tous les plans, social, commercial et économique.

(1) en Argentine, on dit projet de loi (proyecto de ley) pour toute loi en cours d’approbation au Congrès, que l’initiative soit gouvernementale ou parlementaire. En droit constitutionnel français, on parle de projet de loi lorsque le texte émane du gouvernement et de proposition de loi lorsqu’il s’agit d’une initiative parlementaire. En France, jusqu’à une très récente réforme constitutionnelle (cet automne), le dépôt sur le bureau de l’Assemblée d’une proposition de loi restait une possibilité presque théorique, la marge d’initiative du Parlement étant des plus réduites et ce dans tous les domaines. En Belgique, en Suisse, qui ont des régimes parlemantaires, les institutions démocratiques fonctionnent différemment.
(2) Cristina Fernández de Kirchner, dite aussi plus synthétiquement de son nom d’épouse Cristina Kirchner, et appelée très couramment par son seul prénom par... ses partisans ou ses sympathisants, comme le fut son ancien Président de mari avant elle, comme l’est actuellement son homologue uruguayen tout au bout du bout de l’autre côté du delta du Río de la Plata. Idem à Cuba : Fidel...
El oficialismo K, c’est la majorité (oficialismo en Amérique du Sud, mayoría en Espagne).
K, c’est pour Kirchner, le kirchnerisme est une tendance du parti justicialiste (le parti fondé par et pour Perón) qui soutient la politique de la Présidente et emboîte le pas du président (du parti), son mari, l’ancien Président de la République Néstor Kirchner (2003-2007).
(3) chercher la petite bête : hacer quejas ridículas, protestas mesquinas, molestar con detalles o cualquier cosa de importancia menor.
(4) Tu m’en diras tant ! Vous m’en direz tant ! : giro idiomático para poner irónicamente en duda lo que dice el interlocutor. En Buenos Aires se diría "ni que ocho cuartos".