Affichage des articles dont le libellé est Evita. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Evita. Afficher tous les articles

jeudi 15 septembre 2022

Alfredo Arias sort son film sur Evita [à l’affiche]

L'affiche rédigée en français
au festival de Biarritz
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Présenté au Festival de cinéma latino-américain de Biarritz et distingué au BAFICI, le festival de cinéma de Buenos Aires plus tôt dans l’année, le long métrage Fanny camina (les déambulations de Fanny) de Alfredo Arias et Ignacio Masllorens sort cette semaine sur grand écran dans la capitale argentine.

Sept séances exceptionnelles au cœur d’un des plus impressionnants théâtres publics de Buenos Aires, le Teatro San Martín, avenida Corrientes 1530, dans la Sala Leopoldo Lugones. Tous les soirs à 18h, d’aujourd’hui jusqu’au 23 septembre 2022, au prix général de 450 $ ARG (avec une réduction réservée aux étudiants et aux retraités, sur justificatif, soit une entrée à 250 $ ARG).

"Fanny Camina - Ville fantôme", dit le gros titre
à la une du supplément culturel quotidien de Página/12
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Ce film se saisit de la figure d’une étoile du cinéma argentin, l’actrice Fanny Navarro qui connut Evita Perón, dont on célèbre les 70 ans de la mort cette année. Fanny Navarro devint une péroniste engagée. Arias la fait se promener dans Buenos Aires, perdue dans le temps, ni sous Perón ni aujourd’hui ou un peu tout cela à la fois, et à travers cette déambulation, les deux cinéastes évoquent la figure mythique qu’est devenue Evita dans l’imaginaire et la mémoire collective des Argentins.

Il s’agit d’une coproduction franco-argentine.

Alfredo Arias a fait appel à ses acteurs préférés, comme toujours !

Página/12 saisit l’occasion et interviewe les auteurs, tout en consacrant deux pages au film.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12 en une de son supplément culturel quotidien
lire l’article annexe de Página/12
lire la présentation du film par le Festival de Biarritz (en français)
lire la fiche du film dans l’encyclopédie en ligne du cinéma argentin, Filmaffinity (en espagnol)
lire la présentation du film sur le portail du Complejo Teatral de la Ciudad de Buenos Aires, auquel appartient le San Martín.

jeudi 28 juillet 2022

En Piaf, Elena Roger fait un tabac à Buenos Aires [à l’affiche]

"Elena Roger, plus que brillante dans Piaf"
Extrait de Clarín (édition imprimée) ce matin
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Hier, le Liceo de Buenos Aires rouvrait donc ses portes, après travaux, pour fêter son 150e anniversaire. Le tout Buenos Aires s’est pressé au spectacle, une évocation anglophone d’Édith Piaf adaptée pour l’Argentine avec dans le rôle-titre une Elena Roger qui a fait forte impression.

Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Elena Roger en une de Cultura & Espectáculos ce matin
Avec un titre en français, en prime
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution



Ce matin, la presse quotidienne est pleine d’éloges pour l’interprète qui parvient à faire revivre un coin de Paris à deux pas de Plaza de Congreso. Le spectacle doit durer encore douze semaines. Les premières représentations se donnent à guichets fermés.

En haut, la perspective d'une entrée imminent du président
de la Chambre des Députés, Sergio Massa (à droite),
au gouvernement (en face, l'actuelle ministre de l'Economie)
En bas, François dans son pèlerinage canadien
A gauche, Elena Roger
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Plusieurs titres placent l’info à leur une générale ou à celle de leurs pages culturelles. Página/12 fait les deux !

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, une interview de l’artiste
lire l’article de La Prensa, autre interview de la comédienne
lire l’article de Clarín (vraiment très emballé !)
lire l’article de La Nación qui conclut deux pages et demie de son édition papier consacrées à cette première pleine de VIPs qui ont défilé devant l’affiche du spectacle pour poser devant les objectifs avant de gagner leur place dans la salle.

Ajout du 30 juillet 2022 :
lire cet article de El Planeta Urbano, le mensuel culturel de Página/12, qui interviewe Natalia Oreiro sur plusieurs colonnes et lui consacre sa une.

Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

mardi 26 juillet 2022

Il était 20h25, le 26 juillet 1952 [Actu]

"Aventures de l'immortalité", dit le gros titre
sur cette image poignante du cercueil fermé de Evita
au cours de la veillée funèbre
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Le 26 juillet 1952, en fin de journée, Eva Duarte de Perón rendait son dernier souffle, vaincue par un cancer du col de l’utérus, une maladie incurable il y a 70 ans. Cet anniversaire est salué par une multitude de manifestations publiques de toutes sortes : spectacles, conférences, documentaire à la télévision, feuilleton inédit sur une plateforme de VOD, minutes de silence, fleurissement de monuments et de plaques commémoratives, expositions ad hoc et même une marche aux flambeaux ce soir.

Dans Clarín ce matin
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

La presse écrite, même la plus traditionnellement anti-péroniste, ainsi que les médias audiovisuels sont remplis à ras-bord de cette commémoration, malgré le voyage du pape François au Canada qui vole souvent la vedette à Evita sur les unes puisqu’il y porte la somptueuse coiffe de plumes que les peuples premiers lui ont offerte hier en remerciement de sa démarche pénitentielle au sujet des crimes commis à leur égard par l’État canadien. Sans oublier une médaille d’or argentine en saut à la perche au championnat mondial d’athlétisme aux États-Unis.

Première page du supplément culturel quotidien
de Página/12 de ce matin
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Eva Duarte, qui s’était fait connaître comme actrice, notamment de théâtre radiophonique, se révéla, aux côtés de son mari épousé à la cathédrale de La Plata en 1946, le président Juan Domingo Perón, démocratiquement élu quelques semaines plus tard, une ardente et efficace militante féministe et sociale qui implanta des changements profonds dans la société argentine (droit de vote des femmes, partage de la responsabilité parentale entre les deux parents, embryon d’État-providence, etc.), toutes conquêtes que le coup d’État de 1955 contre Perón tenta d’abolir et d’enterrer à jamais mais qui refirent néanmoins surface plus tard et qui fleurissent aujourd’hui dans les mouvements comme Ni una menos (contre le féminicide) ou la militance pour la légalité de l’IVG.

En haut, titre principal sur la visite au FMI
de la nouvelle ministre de l'Economie
En dessous, François
A gauche, une buste de Evita
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Lorsqu’elle mourut, la jeune femme à la chevelure blonde et rayonnante n’avait que 33 ans.

Dans La Nación, édition papier, de ce matin
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Ses obsèques donnèrent lieu à la manifestation de deuil populaire la plus spectaculaire de l’histoire argentine, au point que dès le lendemain, son corps fut confié à un embaumeur espagnol puis exposé, quelque temps plus tard, dans un cercueil de verre au siège de CGT jusqu’à sa disparition après le coup d’État de septembre 1955.

Le gros titre commente la visite de la ministre de l'Economie
au FMI : "Avec des amis comme ça...", se plaint le journal de gauche
En haut, à droite, une manchette sur Evita
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Evita repose aujourd’hui au cimetière de Recoleta dans une tombe qui est toujours fleurie et devant laquelle pèlerins et curieux se succèdent sans fin.

Première des 3 pages consacrées au feuilleton
par la revue Ñ
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire dans Página/12 l’interview de l’acteur qui interprète le rôle de médecin embaumeur espagnol
lire dans Página/12 l’interview de celui qui joue l’officier qui retira le corps de la chapelle ardente installée depuis trois ans au cœur du siège de la GCT
lire l’article de Página/12 sur le destin de ce personnage historique au cinéma
lire l’article d’hier dans Clarín sur Santa Evita, le feuilleton disponible dès ce soir sur une plateforme du groupe Disney
lire l’article de samedi dans le magazine culturel hebdomadaire du groupe Clarín, Revista Ñ, sur le feuilleton et le sort du corps de la défunte
lire l’article d’aujourd’hui dans Clarín sur le documentaire que s’apprête à diffuser ce soir la télévision publique argentine : un reportage du grand cinéaste argentin, Luis César Amadori, que l’on a récemment retrouvé (le film était réputé perdu depuis le coup d’État de 1955)
lire l’article de La Nación sur les manifestations qui marquent tout au long de la journée le souvenir de la dame
lire l’article de El País, grand quotidien de Montevideo, qui s’intéresse au feuilleton puisque le rôle-titre est tenu par l’actrice uruguayenne Natalia Oreiro.

Ajout du 27 juillet 2022 :
La presse se fait l’écho ce matin des nombreuses manifestations de toutes sortes qui ont eu lieu tout au long de la journée d’hier, dont la présentation publique très bling-bling de
Santa Evita au Teatro Colón (rien que ça ! Avec, s’il vous plaît, plus de 1800 personnalités argentines et étrangères, dont toutes les vedettes du show-biz portègne).

Pour aller plus loin :
écouter l’interview que l’actrice Natalia Oreiro a donnée à AM 750, la radio généraliste du groupe Octubre (via l’article de Página/12) – l’interview est téléchargeable gratuitement
lire le reportage abondamment illustré de La Nación sur la soirée chic au Teatro Colón
lire l’analyse de La Nación sur l’adaptation cinématographique du roman Santa Evita et les libertés que le scénariste y a prises avec l’histoire
lire l’analyse de Página/12 sur le même thème

jeudi 21 juillet 2022

En attendant Santa Evita [à l’affiche]

"70 fois Eva", dit le gros titre
du supplément de Página/12 sur la vie universitaire


Le 26 juillet prochain, l’Argentine commémorera les 70 ans de la disparition de Eva Duarte de Perón, plus connue sous son surnom affectueux, Evita. A cette occasion, une plateforme de télévision payante sortira un feuilleton en sept épisodes intitulé Santa Evita et où le rôle-titre est tenu par une comédienne uruguayenne, Natalia Oreiro.

"Où est le vrai corps de Evita ?", dit
cette première affiche parue en juin
dans la presse écrite

D’ici là, le producteur fait du teasing dans la presse et tous les médias avec une campagne notamment d’affiches qui valent leur pesant d’or (ci-dessus et ci-dessous) et de nombreuses publications explorent le mythe de l’illustre disparue, une militante politique que ses partisans disent révolutionnaire et que la nature avait gâtée avec un visage d’une indéniable beauté.

La deuxième affiche était publiée deux pages plus loin

Quant à ce titre, il se rapporte à la canonisation civique, culturelle et nationaliste à laquelle a eu droit Eva après sa mort tragique et spectaculaire (les Argentins l’ont vue maigrir à vue d’œil, entrer à l’hôpital et en sortir, presque jusqu’au dernier jour et lui ont fait, en plein hiver, des obsèques qui rappellent chez nous mais à une autre époque celles de Victor Hugo) mais il rappelle aussi qu’un certain nombre de catholiques verraient d’un bon œil une canonisation spirituelle. Cela a d’ailleurs été proposé au Vatican hors de la procédure officielle peu de temps après l’élection de François et le Saint Siège a fait savoir, très poliment, qu’il n’en était pas question puisqu’on rechercherait en vain dans cette vie très agitée la trace d’une quête spirituelle de nature à édifier les fidèles. Ce titre reprend celui d’un roman, paru en 1995, quarante ans après le vol du corps embaumé de Evita qui reposait, jusqu’en 1955, dans une salle du siège de la CGT, exposé dans un reliquaire de verre. Le corps, une fois retrouvé, a été inhumé au cimetière de Recoleta, où la tombe est sans cesse visitée et fleurie autant par les Argentins, venus de tout le pays, que par les touristes étrangers. Tout ce que le régime, né du renversement de Perón par un coup d’État soutenu par la CIA, avait voulu éviter en 1955 en faisant disparaître le corps.

Interview de Natalia Oreiro parue ce matin
dans Clarín

Le plus intéressant en ce moment est de constater que tous les journaux, quelle que soit leur couleur idéologique, participent au culte. Universidad, le supplément hebdomadaire de Página/12 consacré au monde de la recherche et de l’enseignement supérieur, fait même sa une sur les 70 ans de ce mythe national.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación du 22 juin
lire l’article de La Prensa du 13 juillet
lire l’article de Clarín du 14 juillet
lire l’éditorial de La Nación du 18 juillet
lire l’article de Página/12 d’aujourd’hui (Universidad)
lire l’article de Clarín d’aujourd’hui, une interview de l'actrice principale (ci-dessus)

mardi 24 mai 2022

Les nouveaux billets de banque arrivent [Actu]

En haut : "Un taliban sort, un technocrate entre"
Allusion au fait que le ministre de l'Economie
a réussi à se défaire d'un secrétaire d'Etat trop proche de Cristina
(Au moins, maintenant il peut déployer sa politique sans craindre
des coups tordus à l'intérieur de son ministère)
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


C’était une promesse de campagne puis de prise de fonction de l’actuel président : remettre des figures historiques sur les billets de banque, ces personnages que Mauricio Macri, au pouvoir de 2015 à 2019 sur un programme ultra-libéral avait effacé au profit d’animaux sauvages. Sous prétexte que le rappel des figures historiques créait de la dissension idéologique dans la population. Quel crétin !

Avec un soin pervers, il avait donc effacé l’histoire sous prétexte de dépolitiser la monnaie plutôt que d’inviter les historiens et les vulgarisateurs afin d’approfondir peu à peu les démarches scientifiques et les développer à côté du récit idéologisé qu’est l’élaboration actuelle (nécessaire) du roman national en gestation et donc encore très peu consensuel. Il avait même fait retirer les billets à l’effigie de San Martín et de Belgrano, les deux pères-fondateurs de l’Argentine !

Les billets actuels
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Hier, au Musée du Bicentenaire, dans l’enceinte de la Casa Rosada, là où se trouvent encore des vestiges de deux bâtiments historiques disparus, l’ancienne forteresse coloniale qui servait de résidence au vice-roi espagnol puis au gouvernement révolutionnaire à partir du 22 mai 1810, et les douanes de la fin du XIXe siècle, le président Alberto Fernández a présenté les nouveaux billets qui vont être mis prochainement en circulation. Ils sont au nombre de quatre dont la valeur d’étale de 100 (les billets de valeur inférieure ont été retirés les uns après les autres depuis trois ans) à 1 000 pesos. Une gamme de billets dont la valeur faciale a juste été multiplié par 10 depuis la dernière série des billets à figures historiques (5, 10, 20, 50 et 100 pesos).

Les anciens billets, avec les effigies historiques (San Martín a été oublié)

Les grands hommes détestés par la gauche ont disparu : Sarmiento (50 pesos) et Roca (100 pesos).

Le nouveau Evita

Reviennent dans les portefeuilles José de San Martín (1778-1850) et Manuel Belgrano (1770-1820), les deux seuls personnages historiques unanimement aimés et vénérés par tous les Argentins (même si sur le plan idéologique, ils sont tirés à hue et à dia par les différents auteurs qui se piquent d’écrire leur biographie, en se passant royalement des sources historiques). Au verso des billets, figurent ce qui est considéré comme leurs plus hauts faits d’armes et comme emblèmes de leur lutte pour la liberté et l’indépendance, la Traversée des Andes à l’été 1817 pour San Martín et la création du drapeau national, à la fin de l’été 1812 à Rosario, pour Belgrano.

Apparaissent des figures chères à la gauche décentralisatrice.

Le premier est le général saltègne Martín Miguel Güemes (1785-1821), le seul héros de la guerre d’indépendance qui soit mort de mort violente, tué par un contre-révolutionnaire (tous les autres sont décédés dans leur lit ou, au moins, alors qu’ils étaient retirés du combat), le seul aussi qui relie une province historique très éloignée de Buenos Aires, Salta, à la lutte de la capitale coloniale puis nationale pour une indépendance alors encore très lointaine (il était cadet à Buenos Aires quand la ville a été attaquée par les Britanniques à deux reprises, en 1806 et 1807).

Même choix pour le gros titre
(avec une formule différente mais ça ne change pas grand-chose)
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Les deux autres figures sont deux femmes et ce sont celles que le président avait annoncées il y a très longtemps déjà, alors que la pandémie paralysait le pays. Pour la première fois depuis l’introduction très contestée par Cristina Kirchner, à la fin de son second mandat, de Evita Perón sur le billet de 100 pesos (1) destiné à remplacer à terme celui à l’effigie du général Julio A. Roca, premier président d’une période de malheureuse mémoire (la Generación del Ochenta, entre 1880 et 1916) et massacreur de Mapuches lorsqu’il commandait la campagne dite du Désert, dont le but était de faire occuper par des propriétaires blancs la Patagonie argentine à une époque où le Chili lorgnait sur ces terres de l’autre côté des Andes (les années 1870). L’une de ces femmes est María Remedios del Valle (circa 1768-1847), une des très rares combattantes de la guerre d’indépendance, qui plus est la seule femme qui accéda (et encore sur la fin de sa vie) à un grade d’officier supérieur. Et elle était noire ! Elle a combattu sous les ordres de Manuel Belgrano, le premier à l’avoir distinguée et fait progresser dans la hiérarchie militaire. Elle venait du fin fond de la société coloniale esclavagiste.

L’autre femme, Juana Azurduy de Padilla, était tout le contraire. C’était une femme issue de la meilleure société coloniale. Elle était riche et possédait une culture européenne de qualité. Ceci dit, elle n’a rien à faire sur des billets argentins puisqu’elle était bolivienne. Certes, elle a combattu du même côté que Manuel Belgrano et Martín Güemes parce que dans les années 1810, les deux pays n’en faisaient encore qu’un mais elle ne l’a jamais fait dans ce qui allait devenir l’Argentine ni même pour l’indépendance de ce pays au sud du sien. Elle guerroyait pour chasser les Espagnols de ce qu’elle appelait le Haut-Pérou et qui a pris son indépendance sous le nom de Bolivie, en hommage à Bolívar, en guise de compensation d’ailleurs (Bolívar ne voulait pas entendre parler d’indépendances séparées pour tous ces pays qu’il voulait centraliser sous son autorité politique et qui ont échappé à son étau). Sa renommée a atteint l’Europe, difficilement mais enfin, on trouve des allusions à ses actions dans la presse européenne du début du XIXe siècle.

S’approprier cette figure féminine épique, c’est le péché mignon de la gauche argentine, surtout péroniste. C’est l’un de ses côtés franchement pénibles.

Página/12 titre lui aussi sur les changements
au ministère de l'Economie
L'info est traitée tout en haut, au centre
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Il semble qu’il ait été difficile de concilier le nombre de billets à mettre en circulation (seulement quatre) et le nombre de próceres à célébrer en ligne avec la politique de développement de la parité de genre menée par le président Fernández. Le gouvernement a donc choisi de les présenter par paire homme-femme et le choix qui a été fait est, pour une fois, historiquement justifiable. On peut toutefois regretter que Manuel Belgrano, l’intellectuel qui a conçu avant tout le monde l’indépendance argentine dès 1806 avant de se battre pour elle y d’y risquer sa vie, méritait de retrouver un billet pour lui tout seul comme son ami et compagnon d’armes, José de San Martín.

La droite se montre très critique mais ne peut pas décemment critiquer les choix qui ont été faits, surtout avec le retour de Belgrano et San Martín. Elle tire donc sur le côté : il paraît qu’il y a plus urgent pour venir en aide aux Argentins. Pour tous (à droite), le gouvernement ferait mieux de lutter contre l’inflation (comme si l’inflation réagissait à un commandement de l’exécutif, dans ce cas, ça se saurait). Pour certains, il aurait mieux valu créer un autre peso, un peso nouveau, comme De Gaulle avait créé le nouveau franc, et lui donner une valeur cent fois supérieure. Bref, passons !

Pour la photo principale, Clarín a préféré Biden au Japon
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Comme ils avaient commencé à inonder la presse de leurs récriminations dès ce week-end, le président leur a répondu dans son discours de présentation en rappelant que la monnaie nationale est un instrument de souveraineté et qu’il est essentiel d’en bien traiter les dimensions symboliques.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :



(1) Ce billet de 100 pesos va un peu bouger mais pas tant que cela. Celui représentant Julio Argentino Roca (1843-1914) a probablement fini par disparaître à l’heure qu’il est.

jeudi 14 octobre 2021

La télévision argentine fête ses 70 ans [à l’affiche]

"Et un jour arriva la télévision", dit le titre
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Le 17 octobre est une date symbolique forte en Argentine, dans la mouvance péroniste : c’est la fête de la Loyauté (Día de la Lealtad), en souvenir de ce jour de 1945 où une foule immense s’est rassemblée sur Plaza de Mayo pour exiger du gouvernement le retour de Juan Domingo Perón, qui venait d’être renvoyé de son poste au sein de l’Exécutif et expédié au bagne dans une île au large de Buenos Aires où l’on espérait qu’il serait vite oublié. Grosse erreur ! La foule était si dense que le général fut ramené dare-dare dans la capitale, rétabli dans ses fonctions politiques et vers minuit, dans cette chaude nuit de printemps,, il put apparaître au balcon de la Casa Rosada pour saluer ses partisans massés au pied du palais présidentiel et les rassurer sur son sort.

Or ce 17 octobre 2021 marquera aussi les 70 ans de la première émission de télévision en Argentine : il s’agissait, en ce jour déjà anniversaire et ultra-militant, d’un discours au ton tragique et révolutionnaire délivrée par Eva Perón alors que, très affaiblie par le cancer qui allait l’emporter quelques mois plus tard, elle renonçait à être candidate au poste de vice-présidente aux côtés de son mari qui allait briguer un deuxième mandat. Pour l’occasion, le régime avait laissé à cette figure déjà iconique l’honneur d’inaugurer la première chaîne nationale et ce discours enflammé est resté si célèbre que son évocation dimanche prochain est de nature à remobiliser les militants et les sympathisants.

Une occasion à ne pas manquer, par conséquent, pour l’actuelle majorité à quelques jours du premier tour des élections législatives de mi-mandat qui s’annoncent difficiles.

Les chaînes montées par certaines universités nationales, qui dans leur majorité penchent à gauche, organisées en réseau, le RENAU (réseau national audiovisuel universitaire), ont produit 38 courts-métrages documentaires qui seront donc diffusés dimanche par Canal Encuentro, la chaîne culturelle et éducative du service public national.

Cet ensemble de productions diverses et variées, qui tourne autour des conditions de création de la télévision nationale, s’intitule Tenemos tele (nous avons la télé), parodie de la célèbre formule vaticane. Il fait la une aujourd’hui du supplément Universidad de Página/12.

Allez savoir pourquoi, La Nación (journal de la droite libérale) préfère aujourd’hui rappeler l’histoire du foot en direct au cours de ces soixante-dix années. Il est vrai que le sujet a de quoi occuper !

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :

jeudi 15 octobre 2020

Les 75 ans du 17 octobre se préparent [Coutumes]

Dans l'arc de cercle bleu et blanc : "C'est l'anniversaire de Perón"
En bas, sous la photo historique de Plaza de Mayo :
"Un jour péroniste"

Après-demain samedi, il y aura soixante-quinze ans que les Portègnes ont envahi Plaza de Mayo pour exiger le retour au gouvernement de Juan Domingo Perón, qui s’était rendu très populaire comme secrétaire d’État au Travail et venait d’être écarté du pouvoir (1) par une petite camarilla d’officiers de droite au sein d’un groupe de militaires qui s’étaient installés par la force à la tête de l’Argentine en 1943 pour éviter à celle-ci d’entrer dans la seconde guerre mondiale et résister à la pression des États-Unis. C’était le printemps et il faisait déjà sérieusement chaud. Certains manifestants décidèrent de faire trempette dans le bassin qui embellissait la place et cette image des gens assis sur le bord de la fontaine et les pieds nus dans l’eau (patas en la fuente) est restée comme un symbole de ce mouvement de loyauté envers Perón (d’où le nom de ce 17 octobre : Día de la Lealtad). Une grande fête pour tous ceux qui se réclament de Perón, ce qui est le cas des actuels gouvernants. Ce 17 octobre 1945 est considéré comme le jour où le péronisme est né. Ce jour-là, Perón comprit qu’il pourrait se présenter à l’élection présidentielle et pour se préparer, il épousa quelques jours plus tard celle qui n’était jusque là que sa maîtresse, Evita Duarte (2).

Épidémie oblige, cette année, les célébrations se tiendront en ligne. Un site Internet a donc été créé pour l’occasion et il a déjà reçu un nombre record de visites anticipées. De nombreux sympathisants et militants dotés du sens de l’humour ont organisé ou vont le faire la scène des pieds dans l’eau chez eux devant leur webcam…

Humour péroniste "façon maison"


En réaction aux manifestations très agressives de la droite qui ont eu lieu un peu partout dans le pays le 12 octobre, un leader syndical appelle aussi à une manifestation en voiture pour ne pas abandonner la voie publique aux seuls militants de droite des banderazos (les grands rassemblements où l’on agite le drapeau, bandera, national). Ils ne semblent pas nombreux à vouloir le suivre. On verra donc ce qu’il en est samedi.

Toujours est-il que de façon un peu surprenante, tous les journaux, y compris les trois titres phares de toutes les droites argentines, parlent déjà aujourd’hui de cette fête très particulière de la Loyauté, particulière à cause de la contagion et à cause du récent retour des péronistes au pouvoir.

Página/12 en fait la une de son supplément hebdomadaire sur le monde universitaire.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12 au sujet du site Internet de la fête



(1) Perón avait été arrêté la veille et envoyé manu militari au bagne militaire de l’île Martín García, située à la hauteur de Buenos Aires, confetti argentin au milieu des eaux territoriales uruguayennes. Devant la foule qui s’agglutinait devant Plaza de Mayo le 17, la junte du Mouvement des Officiers Unis l'envoya chercher et peu après minuit, libéré, il apparut au balcon de la Casa Rosada, autre photo symbolique d’un tournant historique pour le pays. N’importe qui qui, aujourd’hui, se montre à ce balcon s’inscrit dans cette histoire. La foule ne se dispersa qu’après avoir longuement acclamé son champion.
(2) A cette époque-là, la Constitution argentine, qui n’allait pas tarder à être rétablie, exigeait que le président soit catholique. Il était donc dans l’obligation de régulariser sa situation, sans quoi l’épiscopat aurait pu peser de tout leur poids (et il était considérable) contre sa candidature. Il se maria donc dans la cathédrale de La Plata, la capitale de la province de Buenos Aires.