lundi 9 juillet 2018

Caminos y Sabores ce week-end [Actu]

Les délicieuses et très variées pommes de terre andines
"Passion pour ce que nous mangeons"

Le Salon de la gastronomie argentine, Caminos y Sabores (chemins et goûts), se tient pendant ce long week-end de trois jours.

Liqueur de gingembre (de la marque patagonienne La Scala)

Depuis vendredi, il a attiré beaucoup de monde dans les pavillons d'exposition de La Rural dans le quartier de Palermo, à Buenos Aires.

La traditionnelle picada argentine : charcuteries, olives et fromages
à picorer avec un verre de vin ou une pinte de bière
Le visuel a été conçu alors que l'Argentine était encore dans le Mundial
"Picada du Mundial : Passion pour notre Sélection"

Le mauvais temps a bien aidé : le public est venu trouver un peu de chaleur alors qu'il pleuvait beaucoup sur la capitale argentine.

La récolte de la yerba mate pour la boisson nationale
"Passion pour ce que nous produisons"

Pour aller plus loin :
découvrir la manifestation à travers son site Internet et sa page Facebook

Un 9 Juillet en pleine tempête [Actu]

La Casa Histórica de Tucumán et la cinta nacional

Ce lundi est un jour férié en Argentine.
C'est la fête de l'indépendance, votée par le Congrès de Tucumán, le 9 juillet 1816, quand il a déclaré que les Provinces Unies du Sud seraient désormais indépendantes non seulement de l'Espagne, de son roi et de ses descendants mais aussi de toutes les puissances étrangères. Inutile de vous dire que l'opposition en profite pour dénoncer la subordination du pays au FMI à la suite du récent accord de prêt, qui conditionne la vie nationale pour au moins les trois années qui viennent.

La Patrie ne se rend pas - Apporte ton drapeau
affiche de la manifestation d'opposition de ce jour, 13h (heure du déjeuner)

D'autant que le gouvernement a annoncé une série de mesures pour le moins malheureuses dans ce contexte ces derniers jours tout en reprenant le discours triomphaliste qu'un ministre nouvellement nommé avait semblé vouloir abandonner au profit de propos plus proches de la vérité objective. Parmi ces mesures qui déclenchent la colère, celle, jeudi dernier, de n'augmenter les soldes des militaires que de 8%, alors qu'on prévoit un taux d'inflation d'au moins 30% sur l'année (et encore, on est dans le bas de la fourchette). Devant la levée de bouclier au sein de l'état-major, le gouvernement s'est ravisé et a annoncé une augmentation de 15% (c'est un peu mieux que si c'était pire) et, dans la foulée, de l'annulation du défilé militaire prévu aujourd'hui, sous prétexte de réduire les dépenses publiques. Du jeudi pour le lundi suivant. Improvisation argentine, une fois encore, mais bien au-delà, c'est aussi un aveu d'échec car ce président avait mis un point d'honneur à réhabiliter le rôle des forces armées au sein de la vie nationale, après la mise au ban qui avait suivi la fin de la dictature putschiste de 1976-1983. Les observateurs ne se sont pas laissé tromper. Même La Prensa, très à droite, a expliqué que l'annulation du défilé était due au mécontentement des militaires. Comme l'a affiche La Nación vendredi, le gouvernement a réussi à s'aliéner les syndicats (y compris ceux qui avaient pactisé avec l'actuelle majorité, il y a deux ans et demi), l'église, qui critique l'absence de politique sociale et le projet de loi sur l'avortement, l'armée et enfin le péronisme, une obédience politique qui déborde largement les limites de tel ou tel parti et dont tel ou tel tenant avait rejoint la ligne majoritaire.

A tel point qu'aujourd'hui, Mauricio Macri se rend bien à Tucumán, pour une petite cérémonie à l'intérieur du musée de la Casa Histórica (lieu de la proclamation de l'indépendance), au cours de laquelle il prononcera un discours que la télévision retransmettra pour toute la nation (mais sans public) puis il rentrera à Buenos Aires, sans même assister au Te Deum, ce qui est un peu fort de café !
Pendant ce temps-là, une coordination liant les organisations militantes des droits de l'homme, divers syndicats, des organismes professionnels d'artistes et d'intellectuels, appelle à une marche souverainiste (contre le recours au FMI), à Buenos Aires, sous le mot d'ordre "La Patrie ne se rend pas".

Affiche d'une section de la CGT

Les sondages confirment la chute de popularité du gouvernement et singulièrement du président, qui rassemble maintenant plus de 59% de mécontents contre lui. La chute est brutale, elle s'est produite dans le mois de juin, autour de cet accord avec le FMI, de l'adoption de quelques mesures qui avaient déjà été mises en œuvre [et vertement critiquées par les néolibéraux aujourd'hui au pouvoir] par le gouvernement précédent ainsi que de toutes les déclarations scandaleuses, cyniques ou incohérentes de membres de la majorité, entre autres celles de la très brillante gouverneure de la Province de Buenos Aires (1) qui dénonçait le trop grand nombre d'universités sur son territoire puisque « quand on naît dans la pauvreté, on ne va jamais à l'université », jusqu'à l'imbécile invitation de la députée de la majorité, Elisa Carrió, à donner plus de pourboires, alors qu'il est avéré qu'elle-même fait preuve sur ce plan d'une pingrerie fort peu glorieuse.

Pour aller plus loin :
sur le mécontentement des forces armées :
lire l'article de La Prensa sur la maigre augmentation de la solde
lire l'article de La Prensa sur l'annulation du défilé
lire l'article de La Nación sur le niveau de la solde et le défilé
voir l'article vidéo de La Nación sur le rassemblement des mécontentements (syndicats, église, armée et péronisme)
lire l'article de Clarín sur le défilé militaire
sur la nouvelle politique gouvernementale
lire l'éditorial de dimanche dans La Prensa sur la nouvelle politique du gouvernement ("Le gouvernement a un plan B mais pas le discours pour l'expliquer")
lire l'article de La Nación sur les mesures sociales que le gouvernement envisage
sur les enquêtes de popularité
lire l'article de Página/12 qui voit la chute de l'image du gouvernement s'aggraver
lire l'article de La Nación qui voit l'image du gouvernement se stabiliser



(1) Depuis peu, elle est engluée dans un scandale de financement illégal, à base de faux donneurs particuliers, de campagne électorale pour la campagne de Cambiemos l'année dernière, à l'occasion des élections législatives de mi-mandat.

Trêve estivale sur Barrio de Tango [ici]


Comme tous les ans à la même époque, l'été de l'hémisphère nord, je change mon rythme de travail sur ce blog pour prendre en charge d'autres activités : l'écriture de mon prochain livre, qui exige beaucoup de recherches (plus que ce que je pensais au départ) et me permettra d'apporter des nouveautés sur le sujet, et surtout la préparation de ma prochaine tournée en Argentine, dont je n'ai pas encore l'ombre d'un début de programme, mais des invitations fermes à San Juan et à Villa Mercedes (province de San Luis), en plus de Buenos Aires, et ce n'est pas fini. L'improvisation argentine dans toute sa splendeur, avec, en prime, la crise qui secoue le pays et réduit les moyens partout !

Retour à un rythme de publication normal vers le 1er octobre. Comme tous les ans.

D'ici là, je mettrai en ligne l'information sur mes autres engagements de la rentrée septentrionale, comme la conférence que je dois donner à Albi à la fin du mois d'octobre sur le répertoire du tango et celle que je donnerai en décembre, à Tours, à l'occasion du bicentenaire de la campagne de libération du Chili par le général José de San Martín et son passage des Andes, au salon La Plume et l'Epée – forum de la pensée militaire, présidé par le général Pierre Liot de Nortbecourt.

jeudi 5 juillet 2018

Un seul article pour deux soirées [à l'affiche]


Mes fidèles lecteurs s'en sont peut-être rendu compte : j'ai quelque peu avancé le début des "vacances d'été" septentrional de Barrio de Tango. De fait, le travail de recherche pour mon prochain livre se révèle plus complexe et plus ardu que je ne l'avais imaginé au départ. Je suis accrochée depuis le début du mois de juin à un point où je dois tout refaire de zéro : une espèce de trou noir de l'histoire argentine !


Mais je ne pouvais pas manquer d'annoncer les deux spectacles qui se donnent ce soir à Buenos Aires, en hommage à Troilo d'une part et en hommage à Villoldo d'autre part... En revanche, ce sera un peu difficile de faire les deux pour les personnes qui se trouvent dans la capitale argentine. Il va falloir choisir !

mercredi 4 juillet 2018

Luttons contre la pauvreté : donnez de gros pourboires ! [Actu]

"Le Plan Pourboire", du verbe je pourbois, tu pourbois, il pourboit !
Le jeu de mots fonctionne aussi en français (un peu tiré par les cheveux)

La députée de la majorité, Elisa Carrió, qui dirige l'une des composantes mineures de la coalition gouvernementale Cambiemos, a proposé avant-hier, en direct, sur la chaîne toute info TN (groupe Clarín), une étrange solution pour lutter contre la pauvreté. Elle a invité la classe moyenne et la classe supérieure à se montrer plus généreuses dans la distribution des pourboires. Comme vous pouvez l'imaginer, cette idée surréaliste et incohérente a suscité beaucoup de moqueries dans tout le spectre politique, avec un large avantage dans l'opposition qui serait morte de rire si la situation sociale n'était si pathétique.

Un garçon de restaurant de La Plata a aussitôt raconté sa propre expérience dans le domaine avec l'élue : pour une addition de 300 pesos, elle lui avait fort peu généreusement laissé 5 pesos et quelques centimes. Or en Argentine comme ailleurs, un pourboire digne de ce nom se calcule à environ 10% de l'addition. On était donc loin des 30 pesos. C'est d'autant plus choquant qu'il est de notoriété publique que les élus reçoivent de très grasses rémunérations (on ne parle même pas d'indemnités comme on le fait, pudiquement, en France).

Página/12 s'en donne donc à cœur-joie ce matin, avec des titres comme "Sans pluie d'investissements, allons-y pour les pourboires" ou "Face à la crise, donne un avis PRO" (nom du parti qui pèse le plus dans Cambiemos) avec un jeu de mot entre opinar (donner son avis) et propinar, un néologisme construit sur propina (pourboire)...

La Nación n'en dit pas un mot et préfère présenter, sous la forme religieuse des 10 commandements, les 10 solutions envisagées par le président pour couper dans les dépenses publiques. En revanche, Clarín ne peut pas ne pas rendre compte des propos de la députée et de l'avalanche de critiques qui se sont abattues sur elle après cette énième sortie provocatrice dans les studios de télévision du groupe. C'est une spécialiste. Et pourtant, quand elle a du temps de parole, elle est loin de tenir un discours idiot (j'ai même été étonnée un jour que je l'écoutais sur une chaîne privée). D'aucuns la tiennent pour folle, d'autres pensent qu'elle est surtout une serial-gaffeuse.

Daniel Paz et Rudy n'auraient pas pu rater l'occasion. Voici leur vignette du jour dont le décor suggère que la scène pourrait se passer à Télam (voir mon article du 27 juin 2018)


Lui : Pour combattre la récession, Carrió propose de laisser un pourboire
Elle : Tu me crois si je te dis que je regrette l'époque où ils promettaient des investissements ?
Traduction © Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :
lire l'article principal de Página/12, que la rédaction a illustré d'une photo publiée sur Twitter, en 2010, où l'on voit le président, alors chef du gouvernement de la Ville de Buenos Aires, donner un pourboire de 2 pesos (c'était déjà une misère, surtout au regard de la richesse qui est la sienne et celle de sa famille)
lire l'entrefilet où Página/12 se paye la tête de la députée
lire l'article de La Nación sur les mesures envisagées
lire l'article de La Nación sur le malaise dans les forces armées auxquelles après avoir beaucoup promis depuis deux ans et demi, le gouvernement vient d'accorder des augmentations riquiqui, alors que les soldes avaient été quasi-gelées pendant les mandats des époux Kirchner, obsessionnellement anti-militaristes
lire l'article de Clarín

Ajouts du 5 juillet 2018 :
lire cet article de Página/12 sur les explications malheureuses que Lilita (Elisa Carrió) a voulu donner lors de son temps de parole dans l'hémicycle. Cette grande pourfendeuse de la corruption a fait un énorme lapsus en disant qu'elle estimait qu'il fallait maintenir les pourboires (propinas) et les dessous-de-table (coimas). Fou rire à la rédaction !
lire cet entrefilet de La Prensa
lire cet article de La Nación, qui irait de son éclat de rire si on la poussait un peu

Ajout du 6 juillet 2018 :
lire cet éditorial de Julio Maier dans Página/12 sur cette proposition de Carrió. Julio Maier est un professeur honoraire de droit pénal, qui a travaillé à l'Université de Buenos Aires (UBA)

Ajout du 7 juillet 2018 :
Les anecdotes sur la relation de Lilita avec l'argent se multiplient. Hier, c'est un chauffeur de taxi qui a raconté sur les ondes d'une radio kirchneriste que la députée avait un jour tenté de descendre sans payer la course. Lire à ce propos l'article de Página/12.

Démission confirmée de Alberto Manguel à la tête de la Biblioteca Nacional [Actu]

"La meilleure équipe a perdu un autre joueur", dit le titre
en moquant la présomption du président qui prétend toujours
que tout ce qu'il fait et tout ce qui l'entoure est de première qualité
Un clin d'œil aussi au vocabulaire footballistique,
avec les éloges idolâtriques pour le meilleur joueur du monde, Messi,
qui n'a pas su éviter l'élimination à la sélection nationale

Hier, je l'évoquais comme une rumeur insistante qui courait dans les milieux informés de Buenos Aires mais la chose est avérée aujourd'hui : le directeur de la Biblioteca Nacional Mariano Moreno (du nom du révolutionnaire qui l'a fondée) vient de donner sa démission, pour raison de santé comme il était annoncé hier. Il a été aussitôt remplacé par son adjointe, ce qui prouve que comme on le murmurait, cette démission était bien sur le bureau, malgré les démentis du ministre.

Alberto Manguel a soixante-dix ans et la charge commence à peser beaucoup. Son fils se serait fâché devant le danger que ce travail représenterait pour son père. Il était arrivé en juillet 2016 alors que l'institution traversait une crise managériale gravissime et il a eu sans doute beaucoup de mal à s'imposer, ce qu'il semble avoir réussi à faire. Depuis l'annonce de l'emprunt auprès du FMI, les couloirs bruissent de la peur des salariés de voir de nouvelles vagues de licenciements s'abattre sur eux, et cela doit être pire depuis que le personnel de Télam a vu disparaître, avec des arguments d'une violence inouïe, le tiers de son effectif.


L'information est traitée discrètement
dans un titre secondaire, à mi-hauteur de la colonne droite
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Alberto Manguel s'en va à la fin du mois. Et il a déjà annoncé haut et fort que le ministre de la Culture lui avait promis qu'il n'y aurait pas de licenciements et qu'il voulait le croire (il l'appelle même pas son prénom et non par son nom ni par son titre). Par cette déclaration, il espère sans doute empêcher toute opération contre le personnel mais on sait maintenant d'expérience que ce gouvernement ne respecte pas sa parole, surtout dans le domaine social.


L'information a droit à une manchette, en haut, à droite
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En tout cas, ce départ est un signal très fort contre le gouvernement qui était allé débaucher Manguel de son poste de professeur d'université aux Etats-Unis. Qu'un tel intellectuel, avec une reconnaissance internationale, lâche le travail, même avec son âge en toile de fond, c'est au moins que de bonnes conditions de travail ne sont pas réunies, or établir ces bonnes conditions, c'était précisément la promesse de ce gouvernement.


L'information est traitée en haut avec une photo de la remplaçante
Beaucoup plus discret !
Triste ironie de l'actualité :
en gros titre, les prix des billets d'avion qui deviennent exorbitants pour l'étranger
en photo : le coach Jorge Sampaoli rentre tout seul de Moscou
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Le même jour, Juan José Aranguren, ex-PDG de la filiale argentine de Shell avant d'être nommé par Mauricio Macri ministre de l'Energie et des Mines, vient de reconnaître devant la presse qu'il s'était fait lourder du gouvernement. C'était juste avant la signature de l'accord avec le FMI, au moment où le dollar montait à un rythme fou au détriment du peso, et qu'il fallait envoyer des signaux aux marchés. Etonnant, non, que l'un de ces messages ait été de flanquer à la porte un ministre de ce profil !

Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12, qui fait de ce départ le sujet de la couverture de ses pages culturelles
lire l'article de Página/12 sur les déclarations de Aranguren (l'une des bêtes noires de la rédaction)
lire l'article de La Nación sur les déclarations de l'ex-ministre.

Ajout du 10 juillet 2018 :
lire l'éditorial de l'historiographe et psychanalyste Pacho O'Donnell dans Página/12, très hostile à Alberto Manguel auquel ce péroniste passablement fanatique reproche surtout d'avoir accepté ce poste de la main du président de droite.

Ajout du 13 juillet 2018 :
le personnel de la Bibliothèque commence à se fâcher. On craint une vague de licenciements puisque le gouvernement a de nouveau annoncé des réductions de personnel dans la fonction publique.
Lire l'article de Página/12

mardi 3 juillet 2018

Economie « bajo cero » [Actu]

"Economie congelée" (en anglais, comme au FMI)

Página/12 consacre aujourd'hui sa une à la détérioration de l'activité économique de l'Argentine, dont même les secteurs chouchous du gouvernement, comme l'industrie automobile (entièrement aux mains des capitalistes étrangers), sont en train de sombrer.

Página/12 parle de grands froids, de températures négatives (bajo cero, "en dessous de zéro" en météo, ou "au trente-sixième dessous" en psychologie de comptoir), alors que l'hiver a fait une arrivée remarquée dans la météo, notamment à Buenos Aires.

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La Nación qui regarde la réalité avec d'autres yeux parle quant à elle d'un gel (congelar) des nouvelles dépenses dans les ministères, que le gouvernement entend décider pour envoyer un signal aux marchés, afin de ramener la confiance.

Clarín a eu le bon goût de mettre en valeur les enfants thaïlandais
Dans la colonne de droite, un titre secondaire sur la relance des aides sociales
que le gouvernement avait beaucoup réduites
et les doutes sur la suite des opérations à la Biblioteca Nacional Mariano Moreno
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Clarín fait écho à des rumeurs aussi insistantes que démenties officiellement selon lesquelles le directeur de la Bibliothèque Nationale, Alberto Manguel, une prise prestigieuse du gouvernement national à son arrivée aux affaires, songerait à démissionner pour ne pas avoir à mettre en place un nouveau plan de licenciement et un nouveau serrage de vis dans les budgets de l'institution.

La Prensa titre sur l'autosatisfaction ou l'entêtement du Président
qui a déclaré être sur le bon chemin, dans une cérémonie d'hommage
aux policiers tombés dans l'exercice du devoir.
Tiens donc ! Il a boycotté l'hommage au drapeau et à Belgrano, le 20 juin,
mais il était là... Tout un message politique !
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Mais le plus stupéfiant, c'est La Prensa qui annonce que le gouvernement songerait à remettre en œuvre des mesures que la droite néolibérale avait dénoncées comme folles et absurdes sous le mandat antérieur : la hausse de la taxe d'avion au départ de l'Argentine, afin de faire reculer le tourisme vers l'étranger, et la taxation des achats par carte bancaire à l'étranger, pour forcer les Argentins à faire leurs emplettes sur le sol national, alors qu'ils adorent aller s'équiper ailleurs en appareils high-tech (informatique, télévision, hi-fi) et en produits de luxe (chocolat, café, parfums, joaillerie, vins et spiritueux, etc.)

Pour en savoir plus :
lire l'éditorial de La Prensa, qui conseille à Mauricio Macri de changer de cap s'il veut être réélu

Humour grinçant post-élimination [Actu]

Dimanche, Daniel Paz et Rudy se payaient la tête du président et de son ministre de l'Intérieur, Rogelio Frigerio (ou de son ancien ministre de l'Energie, l'ancien PDG de Shell Argentina, Aranguren, celui qui a toutes ses économies dans les paradis fiscaux, ou encore du Premier ministre, Marcos Peña).


Mauricio Macri : T'as vu ? En un rien de temps, ils nous ont mis trois buts !
Le ministre : Ouais, les Français, on aurait dit des dollars ! (1)
Traduction © Denise Anne Clavilier

Hier, ils nous emmenaient à la direction de l'agence de presse Télam, qui vient de procéder à 354 (ou 357) licenciements (surtout des journalistes), sur un total de 878 salariés, soit plus du tiers de l'effectif (voir mon article du 27 juin 2018).


Le type debout : On a perdu. Le Mundial, c'est fini pour nous.
Le type assis : Quel dommage ! J'avais préparé un tas de lettres (2) de licenciement pour fêter la victoire (3).
Traduction © Denise Anne Clavilier

Ce matin, les deux compères ont abandonné le thème du football mais ils ont gardé celui de Télam. Admirable transition, avec cette vignette vacharde.
La vice-présidente, en sa qualité de présidente du Sénat, Madame Michetti, a dit récemment qu'elle était contre la légalisation de l'avortement et qu'elle voterait contre le 8 août prochain. Elle a ajouté qu'elle était contre l'avortement même en cas de viol, alors que, dans ce cas-là, le code pénal accorde le droit d'avorter depuis 1921, il y a bientôt cent ans (4). Elle estime que si une femme est violée et tombe enceinte des suites de cette relation sexuelle contrainte, elle doit mener à terme sa grossesse et donner ensuite l'enfant en adoption ou l'élever, en se faisant aider par un psychologue entre temps (5).


Les deux observateurs, au second plan : Lombardi [le ministre dont dépend Télam], c'est Michetti qui le conseille.
Lombardi (à la journaliste) : Les employés de Télam, on les a pas fichus dehors, on les a donnés en adoption.
Traduction © Denise Anne Clavilier



(1) La rapidité de déplacement des attaquants français rappelle la hausse du dollar. En Argentine, on parle ordinairement de la corrida del dolar (la course du dollar).
(2) En Argentine, on utilise le télégramme pour signifier un licenciement et il n'y a pas de préavis. La date du télégramme est celle de la fin du contrat.
(3) En effet, la vague de licenciement s'est produite juste après la victoire de l'Argentine contre le Nigéria. Cette coïncidence n'a bien évidemment pas échappé à l'analyse affûtée du quotidien de gauche.
(4) A condition toutefois que la victime passe devant un juge et que celui-ci reconnaisse que la grossesse est le fruit d'un viol. Pas gagné d'avance ! Et quelle accumulation de traumatismes, d'abord l'agression, puis le diagnostic de grossesse, ensuite la comparution, très peu de temps après, tout le déballage, pas toujours à huis-clos...
(5) Bien entendu, tout le monde a, de surcroît, de quoi faire face financièrement à une psychothérapie, dans l'état actuel des aides sociales et du système de santé public. Elle se moque du monde et beaucoup de gens le lui ont fait savoir, pas tous dans l'opposition. Même La Prensa y a mis son grain de sel avec un éditorial ce matin !

Une défaite à Kazan qui reflète l'état de l'Argentine [Actu]

"Hors du Mundial, hors du Monde", dit le gros titre
en liant très clairement la situation sportive et la situation éco-politique
tout en reprenant contre Macri le slogan de celui-ci en début de mandat :
"L'Argentine fait son retour dans le monde"
(pour dénoncer la politique autarcique précédente)

L'élimination de l'équipe argentine, devant un adversaire qui aurait dû compter pour du beurre pour une grande partie du public, d'autant plus que notre presse avait donné l'impression que la France tremblait, a été interprétée comme une allégorie de la situation nationale, dont le gouvernement bombait le torse en arrivant aux affaires et qui vient d'envoyer le pays dans le mur, dans l'enfer du surendettement public et des politiques de rigueur.

On n'a pas été de taille, dit le gros titre
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La fin de la génération Messi, dit le gros titre, qui n'est plus si gros
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Página/12 était le plus sévère dimanche matin. Mais les autres quotidiens ont eu la dent très dure eux aussi, même s'ils ont beaucoup moins fait le parallèle avec l'actualité politique, qu'ils ont traitée à part. La Prensa a dénoncé l'impasse de "la duperie de Cambiemos". Le mot est rude, pour un journal qui est indubitablement à droite (et actuellement en pointe sur la lutte contre le projet de dépénalisation de l'avortement, qui va pourtant sans doute passer au Sénat comme il l'a fait à la Chambre). La Nación a préféré publier une interview de Jorge Faurie, le ministre des Affaires étrangères, qui explique l'actuelle crise par le passif accumulé sous les douze années de gouvernement kirchneriste (il parle de "bombe à retardement"). C'est un argument dont le gouvernement se repaît depuis deux ans et demi.

"La sélection éliminée et à la fin d'un cycle"
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Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12 sur les prestations décevantes de Lionel Messi
lire l'article principal de La Prensa, dont Kilian Mbappé a plus que retenu l'attention admirative
lire l'article principal de La Nación, pour laquelle la sélection n'est pas aussi bonne que ce que nous aimons croire (quelle gifle !)
lire l'éditorial de La Prensa sur la duperie de Cambiemos
lire dans La Nación l'interview du ministre Faurie.

samedi 30 juin 2018

La descente aux enfers continue [Actu]

Dans le fonds, on reconnaît le bâtiment foudroyé :
c'est la Casa Rosada, le palais présidentiel
S'enfuyant en accourant vers nous,
le président Macri en tête et son ministre Dujovne,
celui qui a négocié avec le FMI
Et un petit écho à la Marseillaise en manchette, en haut

Le gouvernement et la banque centrale argentine ont beau s'agiter dans tous les sens et et changer les responsables dans les ministères et les organismes financiers pour donner des signaux positifs aux marchés, ceux-ci continuent à marquer le peu de confiance qu'ils accordent à un pays qui est maintenant sous perfusion du FMI et qui déverse les réserves en dollars reconstituées grâce au Fonds Monétaire International pour calmer la hausse du billet vert.

Une photo pour le football
et la crise financière à droite, en petit titre
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Hier, le dollar a encore grimpé. Il a maintenant atteint le niveau de presque 29,66 pesos à la fermeture hier (heure argentine). L'indice de la Bourse de Buenos Aires a encore perdu plus de 2 points et les titres de dette souveraine argentine ont plongé à Wall Street.


Le peso est en train de se désintégrer
Et on voit que le dollar est encore plus haut qu'à la clôture officielle
dans une officine de change qui profite de la situation
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Página/12 souligne dans l'un des nombreux articles qu'il consacre au phénomène ce matin que la conjoncture internationale n'y est pour rien, contrairement à l'explication que le gouvernement a tendance à donner (c'est la faute à pas de chance, la tendance était à la baisse partout, etc.).

Clarín se la joue tabloïd en choisissant cette photo des obsèques
de la mère d'un détenu kirchneriste pour une affaire de corruption
Mais le gros titre est bien sur la crise financière
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La Nación, qui est plutôt favorable à cette majorité, ajoute un article sur le niveau de consommation qui continue de baisser sans renversement de la courbe...

Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12 sur la conjoncture internationale
lire l'entrefilet de La Prensa sur le dollar
lire l'article de La Prensa sur l'impact de la crise sur la politique développée par le gouvernement
lire l'article de La Nación sur le marché financier
lire l'article de La Nación sur les promesse de Mauricio Macri de réduire définitivement les déficits publics
lire l'entrefilet de La Nación sur l'indice de la consommation toujours en berne
lire l'article de Clarín sur la crise financière

jeudi 28 juin 2018

Les marchés restent hostiles [Actu]

"De pays émergent à pays aux urgences", dit le gros titre

Le gouvernement argentin a beau multiplié les discours optimistes et mettre en avant le classement du pays comme marché émergent et la confiance que lui ferait le FMI en lui accordant un prêt, les marchés ne suivent pas.

Le dollar a de nouveau atteint les 28 pesos hier, alors qu'il avait légèrement reculé à 27. Et l'indice boursier de Buenos Aires a perdu 8,9 points.

La Nación consacre sa photo de une à l'élimination de l'Allemagne
et traite en gros titre la crise financière
et en titre très secondaire (à droite du gros titre) la nouvelle politique en faveur des PME
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Du coup, le gouvernement change de cap et s'intéresse à nouveau aux PME qu'il avait abandonnées à leur triste sort, il y a deux ans et demi, lors de son arrivée au pouvoir, au profit des grosses entreprises qui ont sa préférence (mines, aérien, BTP, immobilier, carburants, banques). Le président avait méthodiquement saccagé toutes les dispositions prises par le gouvernement précédent pour soutenir la production industrielle locale, les petites entreprises familiales, les coopératives et l'agriculture biologique et raisonnée. Le patronat des PME avait tenté de tirer le signal d'alarme sans obtenir la moins réaction des pouvoirs publics. Ces derniers temps, beaucoup de petites maisons ont mis la clé sous la porte, incapables de surmonter les brutales et répétées hausses des tarifs du gaz et de l'électricité, qui ont fait exploser les coûts de revient. Et voilà que la présidence annonce un plan d'aide aux PME... Mieux vaut tard que jamais.
Certains ministres laissent peu à peu tomber le discours triomphaliste, aveuglé et comme insensibles aux souffrances provoquées par leur politique ultra-libérale (mais pas Hernán Lombardi, dont on a vu hier qu'il chantait les vertus d'un licenciement massif à Télam), et quelques uns, dans les marocains économiques, osent à présent tenir un discours un peu plus proche de la réalité vécue par l'Argentin moyen en annonçant une récession à venir et des mois difficiles qui attendent le pays (et en parlant de mois, ils restent bien optimistes).

Clarín reste vraiment très discret sur la crise financière et la politique pro-PME
(dans la colonne de droite)
Comme chez son concurrent,
la défaite allemande au Mundial a les honneurs de la photo
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Dans ce changement de comportement et de discours, Clarín croit voir l'influence de deux agences de communication et d'analyse de conjoncture auxquelles le président Mauricio Macri (1) accorderait désormais une confiance exclusive... Quant à Página/12, avec son humour habituel, grinçant le plus souvent, il a fait une image de une qui vaut tous les articles : l'Argentine se noie sous une inondation de dollars.

Pour en savoir plus :
sur la conjoncture économique générale du pays
sur les aides aux PME
lire l'article de Clarín

Ajouts du 29 juin 2018 :
lire l'article de Página/12 sur le cours du dollar qui continue sa folle escalade (il atteint presque les 29 pesos à la vente)
lire l'article de La Nación



(1) La ressemblance entre le style de leadership et de discours de Macri et de Macron est de plus en plus troublante. On dirait que les deux hommes sont taillés dans le même modèle et déroulent les mêmes scénarios, fondés sur les mêmes idées préconçues et à la mode.