jeudi 15 septembre 2022

A Buenos Aires, s’ouvre le procès de Mario Sandoval [Actu]

Quarante-sept ans après les faits, l’ancien policier fédéral Mario Sandoval, qui s’était réfugié en France avec un faux CV et s’était fait naturaliser français, va devoir répondre de ses actes : depuis hier matin, il comparaît détenu devant un tribunal criminel de Buenos Aires pour avoir participé à l’enlèvement et à la disparition d’un étudiant et militant péroniste Hernán Abriata en 1976, au début de la dernière dictature militaire.

C’est le sixième procès de l’ex-Esma, du nom de cette prison clandestine où l’on soupçonne que le jeune homme a été détenu, torturé puis assassiné, comme ce fut le cas de milliers de militants péronistes, nationalistes ou démocrates (ou les trois à la fois). Ce lieu, un immense campus militaire pour former des mécaniciens de marine, abrite désormais un vaste complexe culturel consacré aux Droits de l’homme.

Jusqu’à présent, l’accusé a toujours nié les faits.

C’est à la demande du gouvernement argentin qu’Emmanuel Macron a fini par accepter l’extradition de ce ressortissant français puisque sa naturalisation était intervenue après les actes criminels pour lesquels la justice argentine le réclamait.

Seule Página/12 en parle aujourd’hui. Comme d’habitude.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mercredi 14 septembre 2022

Le Río de la Plata salue la mémoire de Jean-Luc Godard [ici]

Une du supplément culturel quotidien de Página/12
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En Argentine et en Uruguay, la presse parle ce matin de la disparition du cinéaste franco-suisse Jean-Luc Godard, qui aura marqué, c’est évident, l’écriture cinématographique dans le monde entier.

Une des pages culturelles de La Nación
"Jean-Luc Godard, le champion d'armes
de la modernité au cinéma", dit le gros titre
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Grande différence entre les deux pays : l’information est à peine mentionnée sur les unes uruguayenne tandis qu’elle est mise en évidence sur les premières pages en Argentine et occupe toute ou presque toute la page lorsqu’on arrive aux informations culturelles.

Même pas besoin de traduire !
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Página/12 et La Nación lui offrent leur une culturelle tandis que Clarín lui consacre sa page Spot (sous les projecteurs), ci-dessus. Dans les trois cas, plusieurs pages de l’édition imprimée. Le cinéaste a eu une grande influence dans le septième art argentin et cela se voit dans le soin donné aux nécrologies.

Le Grupomultimedio a fait le minimum syndical
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En revanche, on est frappé de la discrétion avec laquelle les trois grands titres nationaux uruguayens, El País, El Observador et Diario La R (Grupo Multimedio), traitent cette nouvelle. Le dernier nommé n’en touche même pas un mot en une et publie en tout et pour une demi-page intérieure, le reste de l’espace étant offert à une bonne grosse publicité ! Et c’est là par excellence le journal anti-impérialiste de gauche du paysage médiatique du pays (actuellement gouverné à droite).

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

en Argentine
lire l’article de Página/12, largement illustré par des vidéos intégrées à l’article en ligne
lire l’article de Clarín qui se déploie sur une page et demie dans l’édition imprimée
lire l’article de La Nación, qui se occupe deux pages complètes
en Uruguay

Ajout du 15 septembre 2022 :
lire
cet éditorial paru aujourd’hui dans Rosario/12, l’édition locale de Página/12 dans la province de Santa Fe

vendredi 9 septembre 2022

Elizabeth II / Isabel II, soixante-dix ans de règne [ici]

"Elle était mortelle", dit le gros titre
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En Argentine comme en Uruguay, la presse rend hommage à la reine Elizabeth au lendemain de sa disparition, toujours en l’appelant par son nom espagnol : Isabel II.

Pas très généreux, comme traitement, non ?
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Sans surprise, la question des Malouines et le soutien apporté pendant la guerre par la souveraine à la reconquête armée de l’archipel, pris d’assaut par les troupes argentines en avril 1982, viennent entacher l’hommage dans les quotidiens publiés à Buenos Aires et dans d’autres villes du pays.

"Une vie consacrée au devoir", dit le gros titre
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Sans surprise non plus, on observe une relative indifférence, parfois à la limite de la discourtoisie, dans les journaux qui défendent une idéologique de gauche, comme Página/12 en Argentine et El Diario R (ex-La República) en Uruguay.


A vrai dire, je m'attendais à une page entière
pour ce titre, qui tend à être le tabloïd argentin
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Les journaux de droite, quant à eux, consacrent à la reine défunte un nombre considérable de pages au milieu desquelles trônent une quantité non moins astronomique de publicités des plus prosaïques, toutes pleines pages et en couleurs criardes, qui ont dû coûter très cher aux annonceurs (1). Il n’y a pas de petits profits surtout dans la crise que traverse actuellement la presse papier, tout particulièrement en Argentine.

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C’est à nouveau à Luisa Corradini, sa correspondante permanente à Paris, que La Nación a confié l’article principal de cette édition historique.

La reine la plus populaire et qui a eu le plus long règne
du Royaume-Uni est morte
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La palme de la une revient sans doute à El Observador qui dit tout clair (et tout vert) ce que tout le monde constate, à savoir que nous avions fini par la croire immortelle, ou à La Nación, avec cette très belle mise en page où domine ce rouge si typique des grandioses décors du palais royal de Londres qui devrait désormais devenir un musée, si le nouveau roi fait ce qu’il avait laissé entendre en qualité de prince de Galles, il y a quelques mois.

Même pas besoin de traduction !
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :



(1) Parmi les produits ainsi vantés, les traditionnelles promotions alimentaires du week-end dans les supermarchés de l'enseigne Coto, avec une débauche de viandes crues qui s’affichent à des prix à peine bradés.

jeudi 8 septembre 2022

Chef d’inculpation : tentative d’assassinat en bande organisée [Actu]

"Il y a eu planification et accord préalable",
dit le gros titre sur les photos des deux inculpés
aux mains de la police fédérale
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Pour l’heure, seules deux personnes sont inculpées : celui qui a tenté de tirer, ce jeune Brésilien de 35 ans qui a passé presque toute sa vie en Argentine, et sa petite amie, une post-adolescente de 23 ans. L’instruction démontre qu’ils se sont concertés avant de passer à l’acte et que l’attentat était prémédité par plusieurs complices qui ont planifié les actions, acheté et livré des armes ainsi que des munitions.

Les enquêteurs continuent donc les actes d’instruction ; auditions, confrontations, perquisitions. Pour le moment, on ne parle plus de magnicidio (attentat contre une personne dépositaire de l’autorité publique). Il s’agirait d’une tentative d’assassinat en bande organisée sans cette deuxième circonstance aggravante qu’est le caractère de magistrat public d’une élue nationale.

On découvre à cette occasion un bouillon de culture idéologique aux remugles d’extrême-droite tous courants confondus : néonazisme, suprémaciste blanc, libertarisme et autres théories antidémocratiques qui ne sont pas sans rappeler les discours destructeurs de Jair Bolsonaro, de l’autre côté de la frontière.

Du côté de la police, l’enquête a dû mettre à jour des trucs pas clairs car toute l’équipe de sécurité de Cristina Kirchner a été renouvelée.

Le gros titre est consacré au refus
du parquet d'associer le procès de Cristina
pour corruption autour des travaux publics à Santa Cruz
avec la tentative d'attentat de la semaine dernière
Cette info est traitée à droite ("Sabag", du nom du tireur)
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Reste à savoir si ce thème va continuer à nourrir la presse dans les jours qui viennent eu égard à l’inquiétude qui règne du côté de Balmoral. La presse argentine s’est mise sur le pied de guerre depuis ce matin devant l’évolution de la situation. Ajoutez à cela qu’à droite, les différents journaux ne voient pas d’un bon œil cette affaire prospérer médiatiquement. Si l’attentat réel se confirme comment cela en prend le chemin, le scandale risque en effet de profiter à la majorité qui s’effondrait pourtant en piqué ces dernières semaines. On constate donc que ces journaux réduisent de manière spectaculaire la place qu’ils accordent sur leurs unes à ce sujet : plus de photos, des titres secondaires placés sur le côté, plutôt difficiles à repérer pour le client qui passe en vitesse devant le kiosque le matin en se rendant au boulot.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mardi 6 septembre 2022

Début du Festival de Tango de Buenos Aires à la Boca [à l’affiche]

La dame au poncho
Le concert de ses cent ans !
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Ce soir, commence le Festival de Tango de Buenos Aires qui durera quinze jours comme d’habitude, mais cette fois-ci, enfin, tout en présentiel, à quoi se mêlera, comme d’habitude aussi, le Mundial del Tango, sur lequel la politique culturelle (et touristique) de la Ville Autonome de Buenos Aires fonde tous ses espoirs (1). La danse, la danse, la danse !!!!

Pourtant c’est bien au programme musical et culturel qu’il faut s’intéresser comme le font d’ailleurs les pages culturelles de La Nación qui s’ouvre sur l’hommage, sous forme d’un film, qui sera rendu à la chanteuse Nelly Omar, muse et maîtresse du poète Homero Manzi (Malena, c’est elle !), disparue centenaire il y a quelques années.

Malena canta el tango, como ninguna

Autre artiste qui sera saluée : l’immense danseuse María Nieves qui fête aujourd’hui bravement ses 88 printemps.

Le festival s’ouvre à La Boca, à la Usina del Arte, devenue depuis quelques années son quartier général et il occupera, au fil des jours, plusieurs lieux dans la ville, notamment la Plaza de la República, où au pied de l’Obélisque sera dressée une scène sur laquelle se disputeront, à ciel ouvert, les finales de deux catégories du Mundial.

Au programme comme toujours : des concerts, des cours de danse et de musique, des ateliers divers et variés, des projections, des conférences, des stands d’artisanat, des milongas, des présentations de livres et des expositions. Un grand hommage sera rendu au danseur Juan Carlos Copes, qui fut le partenaire mythique et l’époux de María Nieves et que le covid nous a emporté dans l’une de ses vagues qui ont submergé Buenos Aires.

Chose plus inhabituelle : le festival rendra aussi hommage à Luis Alberto Spinetta, un grand du rock argentin, lui aussi disparu il y a quelques années (beaucoup plus jeune et à cause d’un cancer).

Une du supplément culturel de Pagina/12
la semaine dernière, le 1er septembre
pour annoncer les festivals alternatifs
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En ce mois de septembre, plusieurs festivals de tango vont se dérouler à Buenos Aires : à côté du festival officiel, il y aura un trio de manifestations associatives ou autogérées avec une programmation moins tapageuse mais plus audacieuse. Du tango d’aujourd’hui, en dehors des sentiers battus.

© Denise Anne Clavilier
www.barrio-de-tango.blogspot.com


Pour aller plus loin :
sur le Festival de Tango de Buenos Aires
lire l’article de Página/12
lire l’article de Clarín
consulter le site officiel des Festivals de Buenos Aires
sur les festivals alternatifs
lire l’article de Página/12



(1) Ce qui rend d’autant plus surprenante l’incapacité de ce ministère à annoncer longtemps à l’avance les dates de la manifestation, comme si le public visé, pourtant principalement celui de l’hémisphère nord, au grand dam des artistes locaux d’ailleurs, pouvait réserver un vol du jour au lendemain, pour se pointer à Buenos Aires le jour dit… Improvisation toujours, même dans ce domaine du tourisme international où elle fait fuir tout le monde.

Et encore un dino, tout beau tout nouveau, à Neuquén ! [Actu]

Vue d'artiste (très inspirée)


Après cette demi-portion qu’était Tank-sur-pattes, le bien-nommé, avant-dernière découverte du genre en date, voici à nouveau un bon gros géant, carnivore qui plus est (tout pour nous faire peur), au nom vachement facile à retenir pour tout le monde : Elemgasen nubilus… Les paléontologues, faut que ça parle latin, même à Neuquén, ou plus exactement à Plaza Huincul, dans cette province de Patagonie, un champ de fouilles qui semble aussi inépuisable qu’inhospitalier.

La découverte de la nouvelle bêbête venue du fond des âges fait l’objet en date d’hier d’une publication dans la revue scientifique Papers in Paleonthology, in english comme il se doit.

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En fait, on n’a pas retrouvé grand-chose du nouveau dinosaure. Juste quelques fragments d’os des membres inférieurs mais ils suffisent pour que les spécialistes se fassent une idée de l’animal. Il mesurait 4 mètres de long et vivait il y a 90 millions d’années.

On doit la publication à une équipe du CONICET, le conseil de la recherche scientifique et technologique, l’homologue argentin du CNRS français.

© Denise Anne Clavilier
www.barrio-de-tango.blogspot.com


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
lire le communiqué grand public du CONICET
accéder à l’article scientifique (attention : il faut disposer d’un abonnement, bref être un chercheur professionnel).

dimanche 4 septembre 2022

Vendredi, la première mobilisation en faveur de Cristina a connu un grand succès [Actu]


Au centre historique de Buenos Aires,
une Plaza de Mayo débordante de monde
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Avant-hier, les soutiens de Cristina Kirchner ont rempli les places et les avenues de toutes les villes d’Argentine et bloqué les déplacements dans le centre de la capitale fédérale. Des appels à manifester ont été lancés aussi pour demain lundi mais il est possible que l’élan se perde un peu.

A Rosario, la deuxième ville du pays
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Ce qui était manifeste vendredi, c’est que seuls se sont mobilisés les partisans et les électeurs de Cristina. Le reste de l’opinion publique et du personnel politique s’est tenu à distance et demeure passablement critique devant toute cette agitation. A part quelques voix isolées, celle de trublions de la démocratie, après un round de négociations pour la galerie, l’opposition, en tout cas celle de gouvernement, à la Chambre des Députés a fini, par accepter de voter avec la majorité une résolution solennelle condamnant cette tentative de meurtre, tout cela à main levée et avec une absence notable : celle de Máximo Kirchner, ancien chef du groupe péroniste à la Chambre basse, dont était issu l’appel à cette session extraordinaire un samedi midi. Le propre fils de la victime ne s’est donc pas déplacé pour venir voter cette motion !

Ce quotidien d'opposition a préféré
une photo de Cristina lorsqu'elle est sortie de chez elle
hier soir, emmitouflée dans un grand pull rose
"Condamnation massive de l'attaque avortée
contre Cristina. Ses gardes du corps de plus en plus critiqués"
En bas dans la colonne de droite, une photo du suspect
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Aujourd’hui, les bizarreries de l’affaire s’accumulent dans ce début d’instruction, ce qui laisse planer un doute de mauvais aloi sur la vraie nature des faits, un doute qui est apparu dès vendredi à l’aube : le suspect garde le silence devant le juge d’instruction ; les experts judiciaires ont trouvé son téléphone portable remis en configuration usine (par qui ? nul ne le sait) ; toutes les données semblent donc perdues ; l’emploi du temps des gardes du corps de la vice-présidente n’est pas conforme au protocole de protection d’une telle personnalité et leurs réactions au moment des faits semblent peu professionnelles, à tout le moins assez peu efficaces.

"L'agresseur refus de parler
et on enquête sur les manquements des gardes du corps"
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L’attention des citoyens n’aura finalement que très peu dévié des questions brûlantes de l’actualité. Un bon nombre de tarifs ont subi jeudi leur traditionnelle hausse de début de mois, ce qui pourrit la vie de tout le monde. Quant au procès de Cristina pour les malversations et les faits de corruption en bande organisée dans les travaux publics de la province de Santa Cruz, il reprend son cours demain comme si de rien n’était. Ce sont les avocats de la défense qui s’expriment actuellement et les plaidoiries vont encore occuper plusieurs journées.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Ajout du 5 septembre 2022 :
L’instruction progresse. Hier en fin de journée, la juge a placé son travail sous le sceau du secret ce qui, en Argentine, n’est pas de droit pour toute instruction comme c’est le cas dans la plupart des procédures en Europe. Ce sceau du secret est ici généralement employé pour préparer des arrestations et/ou des perquisitions à l’insu des intéressés. La magistrate suit actuellement la piste d’un attentat commis en bande. Dans son viseur, elle a un groupe d’extrême-droite anti-kirchneriste, très marqué par une idéologie simili-nazi dont les tatouages du suspect et l’arsenal trouvé chez lui constituent les premiers indices. Les enregistrements des caméras de surveillance de la ville, au coin des deux rues où les faits se sont produits, et ceux des militants qui filmaient la scène au pied de l’immeuble ont démontré la présence de complices dans la foule, juste avant l’attaque.

Le spectre de l’attentat simulé s’éloigne donc ce matin au profit d’un crime organisé par une bande de pieds-nickelés ou - et ce serait plus grave - par de terroristes poursuivant un but politique. C’est ainsi que cette nuit, la police fédérale argentine (PFA) arrêté la compagne du principal inculpé. Dès le début, le comportement de cette jeune femme de seulement 23 ans avait intrigué tout le monde.
Elle a été appréhendée à la gare de Palermo, dans le nord de Buenos Aires, non loin de la scène de crime, alors qu’elle semblait prendre la fuite et qu’elle avait modifié son apparence en se teignant les cheveux en blond.

Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
lire l’entrefilet de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación

"Le loup et la meute", dit le gros titre
en référence à la théorie du loup solitaire
qui circulait depuis vendredi pour expliquer le crime
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vendredi 2 septembre 2022

Cristina échappe à un attentat [Actu]

"Un pistolet sur la tête de la démocratie", clame le gros titre
sur cette une sans calembour et complètement redessinée
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Tout le monde ou presque la surnomme CFK (pour Cristina Fernández de Kirchner) et hier, alors qu’en rentrant chez elle, elle saluait la foule de ses partisans qui se tiennent en permanence au pied de son immeuble depuis qu’un procureur a requis contre elle une lourde de peine de prison ferme, un inconnu, de nationalité brésilienne, les mains ornées de tatouages nazis, lui a presque posé sur le visage une arme à feu qui se serait enrayée au moment où il a appuyé sur la gâchette à deux reprises.


"Profonde émotion et horreur"
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Vous imaginez dès lors l’émotion qui s’est emparé du pays et en particulier de son personnel politique et médiatique ainsi qu’au-delà des frontières de tout le sous-continent.

L’homme a été arrêté sur le champ, l’enquête commence. Un procureur s’est aussitôt saisi des faits et il a tout de suite désigné une juge d’instruction. Quant à Cristina, elle a déjà été entendue, chez elle, par la magistrate, pendant environ trois quarts d’heure. Ce matin (heure locale), le service antiterroriste de la police fédérale commençait à auditionner les gardes du corps, les témoins et les habitants de ce coin de Recoleta où l’attentat a eu lieu. Le chef d’accusation devrait être « tentative d’homicide aggravé », ce qui correspondrait en droit français à la qualification de tentative d’assassinat.

"Un Brésilien arrêté pour avoir tiré sur Cristina en visant la tête"
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Sitôt connu l’événement, le président a exprimé sa solidarité avec sa vice-présidente et pris la parole à la télévision et à la radio pour annoncer que ce vendredi serait chômé dans tout le pays (1). Ce qui va sans doute faciliter l’enquête, permettre aux gens de ne pas rencontrer de difficultés graves dans les transports pour aller à leur travail et en revenir et aux soutiens de Cristina comme aux démocrates de toute obédience de manifester publiquement et pacifiquement, avec des risques réduits de dérapage, dans le quartier politique : Congreso, Avenida 9 de Julio, Avenida de Mayo et Plaza de Mayo, sans oublier le siège de la CGT, le syndicat traditionnellement associé au parti péroniste. La plupart des services publics, des banques, des écoles et des universités ont donc fermé leurs portes. Dans la ville de San Martín, dans le Gran Buenos Aires, on a déjà trouvé au domicile du suspect des indices liés à l’attentat, en particulier deux boîtes contenant en tout une centaine de munitions létales.

"Un homme a tenté de tirer sur Cristina Kirchner
en visant la tête"
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Le suspect de 35 ans, déjà connu des services de police, vit en Argentine depuis sa petite enfance. Il travaillait comme chauffeur de voiture particulière non pas à son compte comme beaucoup mais en tant que salarié d’une société de remis (2). Il s’est déjà vu attribuer un avocat d’office qui l’assistera lors de la première audience devant la juge d’instruction cette après-midi, moins de 24 heures après son acte. Il aurait refusé le défenseur que sa famille avait approché. Sur les réseaux sociaux, ces derniers temps, il avait exprimé des opinions qui l’apparentent à la droite la plus antisociale qui soit. D’aucuns parlent déjà de « loup solitaire », ce que les médias d’État contestent avec des arguments solides (on sait bien qu’en matière politique, ce fameux loup solidaire relève presque toujours d’une vue de l’esprit ou d’un simple confort intellectuel pour ceux qui en font état). Un supposé ami du suspect a d’ailleurs déjà témoigné auprès des médias qu’il envisageait de tuer la vice-présidente depuis un bon moment, ajoutant qu’il regrettait qu’il ait autant attendu. Tout l’inverse de ce qu’il se passe d’ordinaire dans un acte terroriste où tous les proches s’étonnent que quelqu’un de si gentil, etc.

Tous les quotidiens argentins font leur une du jour sur cet événement et il est probable que cela restera le cas encore durant quelques jours. Le seul journal argentin à ne pas consacrer ses premières pages intérieures à l’affaire est La Nación qui a préféré les remplir avec l’amélioration inespérée de l’économie brésilienne, quelques semaines avant le premier tour de l’élection présidentielle ! Les articles sur l’attentat n’arrivent qu’en page 10. Stupéfiant !

Les matchs de foot qui devaient être disputés aujourd’hui ont tous été reportés à demain, samedi. La majorité des sportifs et des clubs ont rendu publiques des condamnations de l’attentat et des déclarations en faveur des pratiques démocratiques dans tout le pays. Le pape François a personnellement appelé la vice-présidente et de nombreux chefs d’État (dont Poutine, dont elle reste très proche malgré la guerre en Ukraine) ont envoyé aux autorités argentines des messages de soutien.

"Profonde émotion en Argentine :
on a voulu tuer Cristina", dit le premier quotidien uruguayen
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Un conseil des ministres restreint a été convoqué avec tous les responsables concernés, par compétence ou par poids politique, et le siège du gouvernement a été mis en sécurité renforcée. On attend au cours de l’après-midi une conférence de presse du président Alberto Fernández ou un geste public de sa part. Des manifestations sont attendues jusqu’à lundi un peu partout dans le pays et au premier chef dans la capitale fédérale.

Demain à 14 h, le Congrès national argentin, dont CFK préside la Chambre Haute, doit tenir une séance exceptionnelle pour manifester le rejet officiel de toute violence dans la vie politique. Actuellement en mauvaise posture, à cause de ces douze ans de prison ferme récemment requis contre elle, Cristina n’avait pas été au bout de la séance d’hier au Sénat. Elle avait abandonné la présidence de l’hémicycle juste avant la prise de parole du premier orateur d’opposition afin d’éviter de probables insultes à son encontre. Aujourd’hui, son avocat la dit très affectée par ce qu’elle a vécu hier soir. Si cet attentat est réel, n’importe qui le serait à moins !


"Tentative d'assassinat politique", dit le gros titre

En effet, l’actuelle violence verbale paroxystique dans le débat politique argentin, qui rappelle sans peine les pratiques odieuses qui régnaient en France dans les années 1930, est désignée à gauche comme source d’inspiration du criminel. La violence des propos de Bolsonaro pourrait en être une autre. Comme de troubles psychiques du jeune homme. Depuis plusieurs semaines, Cristina Kirchner faisait état de menaces de mort qui lui étaient adressées, à la suite des propos très sévères du parquet à son encontre, réquisitoires qui ont été développés pendant plusieurs jours de suite et transmis en direct par les chaînes d’info en continu.

Toujours est-il que l’une des plus importantes voix de l’opposition en Argentine, la très droitière Patricia Bullrich, présidente du parti libéral PRO, s’est déjà exprimée par Twitter et elle n’a pas encore eu un seul mot pour condamner l’attentat. Javier Millei, un député libertaire façon Trump qui monte à droite, ne s’est même pas manifesté publiquement. Il est vrai que certains détails sèment le doute chez beaucoup de gens, entre autres la déclaration radiophonique d’hier de Máximo Kirchner, le fils de Cristina, dirigeant d’un groupe politique kirchneriste radicalisé, La Cámpora, connu pour ses positions extrémistes : il avançait que dans les cercles péronistes on craignait qu’un leader de ce courant d’opinion soit prochainement victime d’un meurtre. Comme on sait que Máximo a parfois des mœurs politiques contestables, la coïncidence des deux faits donne à penser à beaucoup de citoyens. Hier, la presse de droite (Clarín et La Nación, pour ne pas les citer) dénonçait un enrichissement illégal, dans d’énormes proportions, de plusieurs hautes personnalités péronistes dont le président lui-même, qui a aussitôt démenti fermement ces informations. Il n’en reste pas moins peu probable que l’attentat, s’il a bien été prémédité depuis un bon moment comme il semble, trouve son motif dans des scoops journalistiques aussi récents. Espérons que l’instruction pourra faire émerger en toute transparence une vérité judiciaire qui ne laissera plus de place au doute, que ce soit dans un sens ou dans l’autre.

"On a tenté d'assassiner Cristina Kirchner à la porte de chez elle"
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"

Dans le quartier sud de San Telmo où je loge lorsque je suis à Buenos Aires, tout était calme ce matin. Très peu de monde dans la rue, bien moins qu’à 10 h un vendredi normal. La rue Bolívar reste en travaux et les ouvriers sont à l’œuvre ; les marteaux-piqueurs fonctionnaient comme d’habitude ce matin mais se sont tus cet après-midi. Il se pourrait bien que les Portègnes aient profité de ce long week-end inattendu pour s’en aller vers le nord passer trois jours au soleil et jouir de l’actuel calorcito (la douceur du temps presque printanier qui règne déjà sur cette partie de l’Argentine). Depuis environ 13 h, ce calme est toutefois troublé par le vacarme habituel des manifestants qui montent du sud de la ville pour se rassembler sur l’axe Congreso-Casa Rosada.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

en Uruguay



(1) Seules les provinces de Jujuy et de Mendoza, gouvernées à droite toute, ont refusé d’appliquer le décret-ordonnance signé hier par le président.

(2) Cela fait un peu peur de savoir qu’un conducteur de remis peut être un repris de justice !