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vendredi 25 décembre 2015

Alberto Manguel (en français) à La Grande Table de France Culture [ici]

Photo EFE

Découvrez le prochain directeur de la Biblioteca Nacional Mariano Moreno (Argentine), Alberto Manguel, dans cet épisode de l'émission de France Culture, La Grande Table, mardi 22 décembre 2015 à midi : en compagnie d'un autre éminent spécialiste, professeur de littérature espagnole à l'université française, il s'exprime, dans la langue de Molière, au sujet de la parution d'une nouvelle traduction de Don Quichotte dans la prestigieuse collection de la Pléiade (chez Gallimard), pour le tricentenaire de ce roman, tout à la fois épopée et pastiche, qui a fondé la littérature hispanophone...

A écouter en ligne et même à télécharger en podcast si vous le souhaitez.

Alberto Manguel a été nommé la semaine dernière pour remplacer le sociologue Horacio González à partir de juillet prochain. Lire à ce sujet mon article du 19 décembre 2015.

mardi 3 novembre 2015

Conférence donquichottesque et sanmartinienne à Azul [à l'affiche]


Depuis le 27 octobre 2015, au cœur de la Province de Buenos Aires, la ville de Azul déploie pour la neuvième fois consécutive son festival cervantin autour du mythe littéraire de Don Quichotte avec une centaine de manifestations les plus diverses. Ce soir, ce sont deux monstres médiatiques qui uniront leurs talents sur la scène du Teatro Español autour du thème San Martín lecteur de Don Quichotte : l'historien vulgarisateur Felipe Pigna et le dessinateur Miguel Rep, l'un va disserter autour de l'un de ses sujets favoris (1), l'autre va dessiner en direct. Cela va être du spectacle, les deux en connaissent un bout !


Ce festival rassemble des activités de toutes sortes, depuis la conférence de littérature ou d'histoire jusqu'à celle sur l'économie ou la politique, en passant par le concert, le cinéma, le théâtre, les arts plastiques, la danse, des cours et des ateliers et la liste n'est pas close. Certaines activités sont gratuites, d'autres payantes mais elles restent très bon marché (30 $ ARG). L'événement se déploie pendant trois semaines jusqu'au 15 novembre prochain dans cette agglomération perdue dans la pampa d'environ 60 000 habitants. La municipalité est acquise au kirchnerismo (sans quoi il n'y aurait pas cette programmation au cachet FpV bien reconnaissable).

La couverture du programme affiche un détail du monument à Don Quichotte
qui orne la place principale de la cité 

La manifestation s'enracine dans l'histoire de cette ville, qui a grandi autour d'un fort fondé là par Juan Manuel de Rosas (1793-1877) en 1832 et son grand érudit, Bartolomé José Ronco (1881-1952), brillant juriste doublé d'un bibliophile distingué, qui illustra par son savoir encyclopédique la prospère cité du début du XXème siècle, avant de léguer aux 30 000 habitants répartis en ville et dans sa campagne environnante ses impressionnants fonds bibliographiques, dont une collection de 300 éditions historiques (2) du Don Quichote de Cervantes (3) et une non moins gigantesque collection consacrée au Martín Fierro de José Hernández (4), l'épopée paysanne (gauchesca) qui est en Argentine la pierre de fondation du patrimoine littéraire national, rôle que joue en Espagne le roman de chevalerie de Cervantes. Les fonds constitués par ce collectionneur hors pair forment plusieurs bibliothèques réparties dans la petite ville de campagne.

Pour aller plus loin :
accéder à la fiche du spectacle sur le site Internet du festival
consulter le site Web du festival



(1) Comment San Martín, au cours de ses campagnes, lisait des extraits de Don Quichote à la troupe, qui ne savait ni lire ni écrire, afin d'aider ses soldats, sans distinction de couleur de peau, à bénéficier de la culture classique qui était celle des officiers. Cette idée tourne un peu à l'image d'Epinal à force d'être répétée à longueur d'antenne, à la radio et à la télévision, mais elle fait partie du mythe de San Martín vu par les revisionistas (ces historiens qui ruent dans les brancards de l'histoire officielle nationale).
(2) L'une d'entre porte encore l'ex-libris d'une reine d'Espagne ! Une autre édition, en huit tomes, vient d'Anvers où elle a été imprimée en 1697... C'est le plus ancien ouvrage de cette bibliothèque exceptionnelle.
(3) C'est la plus importante collection en dehors de l'Espagne. Elle vaut à Azul le titre enviable de Ciudad Cervantina, délivré sous l'autorité de l'UNESCO.
(4) Epopée en vers octosyllabes dont le premier tome a été publié en 1872. La seconde partie a été publiée en 1879.

jeudi 23 avril 2015

Les livres font la foire : salut de Rep à la Feria del Libro [à l'affiche]

La Feria del Libro, le salon du livre de Buenos Aires, ouvre aujourd'hui ses portes du côté de Plaza Italia, au nord de la ville, avec pour pays hôte le Mexique.

Le peintre et dessinateur de presse qui fait parler les livres, Miguel Rep, nous offre ce matin dans l'édition de Página/12 une vignette rigolote, que je vous traduis.
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Le livre, qui lit un livre à gauche : Vous savez pas ? Eh bien un jour comme aujourd'hui, « le 23 avril 1616, Shakespeare et Cervantes sont partis pour l'autre monde ».
Le livre à droite : Et l'Inca Garcilaso aussi !
L'encadré à droite : Sarabande de livres. Bonne fête !
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Et effectivement, ces trois grands auteurs, dont chacun symbolise une nation, sont décédés le même jour, le 23 avril 1616.

William Shakespeare était né le 23 avril 1564 à Stratford upon Avon, selon l'hypothèse la plus répandue, puisque l'identité du grand dramaturge anglais conserve une grande part de mystère. Il est mort dans cette même ville, qui s'enorgueillit de sa tombe, dans son église, malgré la polémique récurrente sur l'identification du mort avec le plus grand auteur du théâtre élizabéthain.

Miguel de Cervantes Saavedra était né le 8 ou 9 octobre 1547 à Alcalá de Henares. Il est mort à Madrid. On vient d'identifier ses restes dans l'église d'un ordre mineur.

Portrait officiel de l'Inca Garcilaso

El Inca Garcilaso de la Vega, de son nom légal Gómez Suárez de Figueroa, était né le 12 avril 1539 à Cuzco, la capitale de l'empire inca (actuel Pérou) : c'était un chroniqueur métis, de naissance légitime ou illégitime selon les biographes (il est possible qu'il ait été légitimement conçu et qu'il ait été par la suite considéré comme bâtard, lorsque son père, sur l'ordre du roi, a abandonné sa mère pour se marier dans la noblesse espagnole). Sa mère était une princesse Inca et son père un conquistador espagnol, Sebastián Garcilaso de la Vega Vargas. Bilingue quechua-castillan, il a écrit en espagnol. Il est né à la fin du demi-siècle pendant lequel l'Espagne a cherché l'alliance des princes aborigènes et où elle traitait les familles royales américaines avec le respect qu'elle manifestait aussi aux dynasties européennes, avant de basculer dans une politique coloniale raciste, despotique et cupide. El Inca Garcilaso est mort à Cordoue, en Espagne, où il était allé réclamer l'héritage de son père et le droit de porter son nom. Malgré le refus qui lui opposèrent les tribunaux espagnols, c'est bien sous le nom de son père qu'il est passé à la postérité et c'est celui avec lequel il signe.

Sa signature dans l'orthographe de l'époque (Y et double s)

En Amérique latine, El Inca Garcilaso est considéré comme le premier écrivain péruvien, c'est aussi le premier auteur latino-américain qui a décrit la conquête du Nouveau Monde du point de vue du colonisé, avec la douleur et le conflit intérieur qu'implique sa condition de métis, d'ascendance royale relégué à la déréliction et à la bâtardise.
Son œuvre majeure, une histoire de l'empire Inca, a fait l'objet d'une traduction en français en 1633 (1). Dans l'ensemble de son œuvre, il s'est efforcé de défendre son peuple maternel, dans l'honneur et la recherche de la vérité, réfutant avec force les accusations de sodomie, de sacrifices humains et d'anthropophagie qui fleurirent très rapidement en Europe pour justifier le tournant brutal que prenait les politiques espagnole et portugaise aux Indes Occidentales. Au début du 17ème siècle, encore tout imprégné de l'humanisme de la Renaissance, cette œuvre a connu des traductions en français, en anglais, en allemand et d'autres langues puis tout a été jeté dans l'oubli pour le reste de l'époque de domination espagnole en Amérique. El Inca Garcilaso fait partie de ces grandes figures autochtones au nom desquelles des gens comme José de San Martín et Manuel Belgrano ont voulu l'indépendance sud-américaine et tout le courant indépendantiste progressiste continental continue de lutter (j'ai eu l'occasion d'en parler au sujet de la disparition de Eduardo Galeano).

Première traduction en français
Il est probable que le traducteur a confondu le nom de l'imprimeur du livre de Madrid
avec celui d'un traducteur quechua-espagnol

Lors de son voyage officiel au Pérou en novembre 1978, le roi Juan Carlos a rendu les restes de l'écrivain à la cathédrale de Cuzco dans laquelle repose désormais ce pieux chrétien, demeuré célibataire sans enfant et mort dans l'habit religieux après avoir servi dans l'armée espagnole comme officier subalterne.
A Lima, une université privée porte son nom.

Actuellement, certains historiens contestent l'identité de date des trois dates, un peu trop remarquable peut-être pour être vraie, pour trois grands hommes dont les noms ont été chargés d'un tel poids de symboles culturels, linguistiques et nationaux.


(1) En 2000, les Editions La Découverte ont publié une traduction en français de ses Commentaires royaux sur le Pérou des Incas. En 1982, le défunt François Maspero en avait fait déjà une édition française, probablement épuisée aujourd'hui.

mercredi 18 mars 2015

Miguel de Cervantes retrouvé ! Emotion mondiale pour les hispanophones et les hispanisants [Actu]

Portrait traditionnel du "Manchot de Lépante", comme on l'avait surnommé
après une blessure de guerre reçue lors de cette fameuse bataille contre les Turcs
(par Juan de Jauregui)

Depuis plusieurs mois, on savait que la découverte d'une sépulture collective dans le bâti d'une église de trinitaires déchaussées de Madrid pouvait être celle où avait été enseveli en 1616 le corps de Miguel de Cervantes y Saavedra, le plus grand écrivain de langue espagnole de tous les temps, le père de la littérature hispanophone.

Hier, l'équipe pluridisciplinaire qui effectuait les fouilles, ont confirmé avec solennité l'identification des restes du grand artiste. Si ce n'est une surprise pour personne, c'est une émotion profonde pour tous les hispanisants, dont je fais partie.

Ce qu'il reste de son cercueil : la plaque avec ses deux initiales principales

La presse argentine et uruguayenne n'en fait toutefois pas ses gros titres. On voit que les sud-américains se séparent peu à peu de leur identité espagnole, même si les journaux ont à faire à une grosse actualité, notamment en Argentine où chaque jour apporte de la nouveauté sur le front de la campagne électorale comme celui de l'enquête sur le suicide de Alberto Nisman (1).

Pourtant le personnage de Don Quichotte reste très important dans l'imaginaire de tous les hispanophones et inspire tant les Argentins que les Uruguayens. Dans Deux cents ans après, j'ai traduit la fantaisie qu'il avait inspiré à Horacio Ferrer (El Quijote del Arrabal).

Pour aller plus loin :
lire l'article de Clarín (à quoi s'ajoute un article sur Sancho Panza et l'homme qui aurait inspiré le personnage à Cervantes, dont on ne sait ce qu'il est devenu)



(1) Je dis « suicide » parce que, malgré l'opposition féroce des représentants de la famille à cette explication, l'enquête s'achemine lentement et de manière continue vers cette conclusion alors que l'on découvre par ailleurs que le procureur pourrait avoir eu des mœurs curieuses pour un juge fédéral : une relation de plus en plus louche, peut-être illégale, avec l'un de ses salariés, l'informaticien dont il a emprunté l'arme qu'on a retrouvée dans sa main après sa mort, des comptes bancaires à l'étranger sur des banques nord-américaines engagées dans les démêlés de la dette argentine dont cet informaticien serait co-titulaire avec lui, le contrat de travail de cet homme qui aurait pu servir à un détournement d'argent régulier depuis au moins plusieurs mois sinon plusieurs années et la peur de son ex-épouse que la fouille des ordinateurs, téléphones et autres tablettes électroniques du défunt magistrat dévoile sa vie privée (et comment peut-on mener une enquête criminelle sur une mort violente sans fouiller au plus intime la vie privée de la victime ?)... La vraie qualification du fait déclencheur de l'enquête présente est "mort suspecte".

dimanche 5 mai 2013

Miguel Rep aime faire parler les livres [à l'affiche]


Petit salut amical aujourd'hui à la Feria del Libro (Salon du Livre) qui se poursuit à Palermo jusqu'à la fin de la semaine prochaine et c'est Miguel Rep qui le lui envoie depuis l'édition de ce matin de Página/12.
Tous les ans, quand s'en vient la saison de la Feria, dans la vignette de ce caricaturiste de grand talent, les livres se mettent à parler. Et ce matin, voilà ce que cela donne (1).


J'ai 320 pages et depuis 5 ans déjà, [j'ai] le marque-page à p 133.
Page 15 et sans espoir de reprise
Moi, jusqu'au chapitre 2
Première tentative : jusqu'à la p 78. Seconde tentative, jusqu'à la p. 93
80 pages et bien le bonjour chez vous
Je suis resté dans l'état où je suis arrivé en sortant du Salon d'il y a 8 ans.
Le rabat de la couverture et bien le bonjour chez vous.
Je crains que le proprio ne connaisse jamais la fin.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Du coup, j'ai repris un de mes vieux Vázquez Montalbán, un recueil d'articles sur le foot, cette "religion en quête d'un dieu" (2), que j'avais laissé en plan l'année où j'ai découvert toute la richesse argentine...


(1) C'est le troisième ou quatrième dessin sur ce thème cette année... De tous ceux déjà parus en 2013, celui-là est celui que je préfère.
(2) C'est un bon militant communiste espagnol et barcelonais, qui sur la fin se contentait de fredonner L'Internationale, qui avait intitulé ainsi un chapitre de cet ouvrage, édité de fait deux ans après sa mort en 2005 par les soins de son fils (Editions Delbolsillo, Barcelona). Voilà donc bientôt dix ans que ce grand écrivain, à qui je dois une partie de mon amour pour la langue de Cervantes, nous a quittés...

lundi 14 novembre 2011

Don Quichotte en quechua [Disques & Livres]

Ce soir, lundi 14 novembre 2011, à 18h, se tiendra à la Casa del Bicentenario, Riobamba 985, dans le quartier de la Recoleta, la présentation d'un livre constitué de larges extraits du roman de Cervantes en langue quicha, la variante locale d'une langue indienne largement répandue, telle qu'elle est parlée dans la Province de Santiago del Estero (1). Dans cette Province, la langue quichua compte environ 60 000 locuteurs et elle est aussi utilisée par un nombre indéterminé de personnes qui ont immigré vers ou à Buenos Aires, comme c'est le cas de beaucoup d'habitants de l'intérieur parris vers la capitale à la recherche d'un travail.

Le livre a été tiré à 300 exemplaires pour cette première édition, par un amoureux du livre qui ne manque pas d'audace, Javier Merás, ancien agent de voyage qui a préféré se consacrer à sa passion de la littérature en créant, en particulier, une singulière librairie en ligne (à travers Amazon et Ebay), spécialisée dans les ouvrages de niche et autres curiosités bibliographiques à tirage confidentiel, Los injunables. Le même éditeur avait déjà publié en micro-format un Petit Prince de Saint-Exupéry dans cette même langue indienne du centre du sous-continent.

Deux hommes se sont mis à la tâche pour relever ce défi, doublement difficile : le traducteur Gabriel Torem et le correcteur Vitu Barraza. En effet, le Quijote présente des particularités littéraires carabinées, Cervantes ayant délibérément utilisé une langue et des tournures très archaïsantes pour ses propres contemporains et décrivant une société, qui elle-même n'existait déjà plus dans l'Espagne du 16ème siècle et dont l'équivalent indien n'est pas simple à identifier.

Certes, il existait déjà bien une traduction en quechua des aventures du chevalier à la triste figure, Alonso Quijano, et de son fidèle écuyer, Sancho Panza, mais elle date de 2005 et elle est sortie au Pérou, dans une variante linguistique qui est parlée dans la région de Cuzco, sous ce nom qui nous est un peu plus familier de "quechua", davantage une marque commerciale pour nous qu'une culture contemporaine.

Quelques uns des 300 livres imprimés sont encore en vente à Clásica y Moderna, la librairie du bar notable où, en ce mois de novembre, les Portègnes peuvent applaudir Amelita Baltar et Horacio Molina tous les samedis soir (Callao 892). Mais il n'en reste déjà plus que très peu sur le marché, les volumes s'étant arrachés très rapidement entre les quelques passionnés que ce pari pouvait intéresser d'emblée. Aussi l'éditeur prépare-t-il une réimpression d'ici quelques jours car il compte bien ne pas s'arrêter en si bon chemin. Après tout, les livres sont faits pour être lus !



Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12 qui a interviewé l'éditeur de ce jour

(1) A titre d'information, c'est dans cette province du nord-ouest de l'Argentine que le poète Homero Manzi, l'auteur du texte de Barrio de Tango (musique de Aníbal Troilo), est né le 1er novembre 1907.