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mardi 31 mars 2026

L’Argentine façon USA [Actu]

La malédiction des armes, dit le gros titre
sur cette photo issue de la caméra de sécurité
qui veille sur l'établissement scolaire
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Hier, dans la province de Santa Fe, au nord de Buenos Aires, un gamin de 15 ans, victime de harcèlement scolaire et pris dans de graves problèmes familiaux, s’est emparé du fusil de son grand-père, qu’il a caché dans un étui de guitare, avant de se rendre au collège pour tirer dans le tas avec du petit plomb de chasse. D’après l’avocat de la famille, l’adolescent aurait été sous traitement médicamenteux.

Un de ses camarades de 13 ans est mort et huit autres ont été blessés, heureusement sans extrême gravité sur le plan physique. Ils ont été soignés à l’hôpital local.

Avec un fusil, un gamin a déclenché l'horreur
dans son école : un mort de 13 ans, dit le gros titre
sur une photo de ces élèves dans leur école
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Le modèle nord-américain si apprécié par Javier Mileí commence donc bel et bien à se répandre en Argentine. Ce président sans honneur n’a pas daigné prendre la parole depuis cette tragédie. Les habitants de la bourgade ont quant à eux organisé aussitôt une marche blanche en l’honneur de l’adolescent décédé.

La Nación a préféré titrer sur le scandale
qui implique les autorités du football,
que Javier Mileí a voulu et provoqué
La tragédie est traitée par la photo centrale
avec ce titre : Le pays choqué : un gamin de 15 ans
apporte un fusil à l'école et tire à volonté
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Le jeune tireur ne sera pas poursuivi. La loi argentine, encore en vigueur pour quelques mois, dispose en effet que les mineurs de moins de 16 ans ne peuvent pas être passibles des tribunaux. Le Congrès a tout récemment baissé ce seuil à 14 ans mais cette nouvelle loi n’entrera en vigueur que dans six mois.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
lire l’article de El Litoral, le principal quotidien local, qui voit dans cet accès de violence mortelle un problème structurel que la société civile doit résoudre

Une attaque sur fond de globalisation, dit le gros titre
de la Une de l'édition locale de Página/12
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Mise à jour du 9 avril 2026 :

L’enquête a conduit récemment à la mise en cause de plusieurs autres mineurs qui, avec le jeune tireur, partageaient sur les réseaux sociaux une fascination pour les crimes de sang. Parmi les adolescents impliqués, se trouve un garçon de 16 ans, actuellement en détention préventive (à son âge, il est passible des tribunaux et d’une lourde condamnation).
L’hypothèse initiale sur les causes de la tuerie, celle d’un adolescent en détresse psychique ou en rupture de traitement qui aurait soudainement décompensé, est désormais écartée. La réalité est sans doute beaucoup plus grave encore puisque l’enquête révèle un réseau international de partage d’une passion pour la violence et d’incitation au passage à l’acte dont l’étendue dépasse l’imagination et qui correspond bel et bien à la violence que Trump, Netanyahu, Poutine, Mileí et consorts ont installée et comme légitimée dans l’espace public, chacun à sa façon, en paroles et en actes.
A ce sujet, lire l’article de Página/12 dans l’édition de Rosario

mercredi 10 décembre 2025

Les importations détruisent le tissu industriel du textile argentin [Actu]

"Plus personne ne coupe le tissu", dit le gros titre
Comprenez "Il n'y a plus de pain sur la planche"
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Le gouvernement de Javier Mileí, sous prétexte de liberté d’entreprendre et au nom du principe « que le meilleur gagne », a ouvert tout grand les frontières de l’Argentine pour laisser entrer toutes sortes de produits industriels, dont beaucoup viennent, directement ou indirectement de Chine.

Le résultat ne se fait pas attendre : l’industrie argentine s’effondre puisqu’elle produit à des coûts plus élevés, dus à la protection, désormais toute relative, des travailleurs. Bref, le schéma que l’Europe a connu et pratiqué, ce dont tous nos pays se mordent les doigts vingt à trente ans plus tard, s’applique maintenant à l’Argentine et tout disparaît au fur et à mesure.

Après le secteur laitier, c’est aujourd’hui le sort de l’industrie textile qui attire le regard de la presse.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, dans son supplément de Rosario
lire l’article de Clarín

vendredi 14 novembre 2025

Faillites en cascade dans l'industrie laitière [Actu]

"Lait coupé", dit le gros titre
en paraphrasant l'expression café cortado (café noisette)
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Au début du mois de novembre, ARSA, qui produisait des yaourts et des desserts lactés pour San Cor, une coopérative laitière historique en redressement judiciaire depuis le début de cette année avec une dette de 400 millions de dollars, a fermé boutique. Le juge a ordonné l’arrêt de l’activité dans toutes les installations industrielles qui fournissaient pourtant 70 000 points de vente dans toute l’Argentine.

Cette décision du tribunal du commerce a mis à la rue plus de 400 travailleurs dans les provinces de Buenos Aires, Córdoba et Santa Fe.

Vue d'ensemble sur l'usine de La Suipachense

ARSA avait été la propriété d’un géant du secteur agro-alimentaire argentin, Vicentín, lui aussi fragilisé mais qui reste une proie qui continue de faire saliver les investisseurs. Vicentin produit de l’huile, du lait en poudre, de la farine et autres formes de céréales, etc.). Vicentín, acteur-clé de l’économie de la province de Santa Fe, avait vendu ses parts de ARSA à deux investisseurs venezueliens qui ont laissé l’ensemble couler corps et biens.

L'une des marques phares de San Cor que l'on trouvait partout en Argentine
Ici un yaourt nature, très difficile à trouver.
Si exotique pour les Argentins qu'il est indiqué comme un yaourt pour cuisiner
Les Argentins ne consomment que des laitages parfumées et sucrés

ARSA avait une participation majoritaire dans une vieille laiterie de Suipacha, dans la province de Buenos Aires : La Suipachense. Elle a été mise en liquidation hier par un autre tribunal de commerce, celui de Mercedes, car la disparition de l’actionnaire principal a fait s’écrouler tout l’édifice, fragilisé par les négligences des deux repreneurs venezueliens. 70 ans d’existence, une présence locale de ses produits dans les commerces de la province et 140 ex-salariés vivant tous dans cette petite ville dont le tissu économique ne pourra pas leur redonner du travail à tous. C’est donc un effondrement du marché local, tant de la consommation que de l’offre de services, qui menace l’agglomération d’environ 12 000 habitants.


Cette énième faillite doit beaucoup à la chute du pouvoir d’achat de la majorité des Argentins depuis que Javier Mileí a décidé de passer sa maudite tronçonneuse partout et de déguiser les chiffres de l’économie réelle pour que nos soi-disant experts nous chantent ses louanges dans les médias de droite, ici, aux États-Unis, en Argentine même. Et ce n'est pas le nouvel accord international avec l'Oncle Sam qui va arranger les choses.

Tout va donc pour le mieux… Madame la marquise !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de El Día du 6 novembre (journal local de la Province de Buenos Aires)
lire l’article de Infobae, du même jour (site d’information, de droite)
lire l’article de Baenegocios du lendemain (site spécialisé dans l’économie)

mardi 8 juillet 2025

Le festival ex-national de théâtre de Rafaela continue envers et contre tout [à l’affiche]

"Nous n'arrêtons pas de festivaler", dit l'affiche
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Malgré la disparition, sur une décision discrétionnaire de Javier Mileí, de l’Instituto Nacional del Teatro qui en était devenu le producteur et l’organisateur à travers tout le pays, le festival de théâtre de Rafaela, situé dans la province de Santa Fe, connaîtra bien cette année sa vingtième édition. Elle commence aujourd’hui et se poursuivra jusqu’à dimanche.

Le FTR, comme on le désigne désormais, n’est donc plus national. Il est redevenu ce qu’il était à sa naissance en 2005, un festival municipal pour lequel la ville de Rafaela, 103 000 habitants, a pu rassembler une vingtaine d’entreprises-sponsors. Quel travail il a fallu déployer pour en arriver là !

Les guichets ont ouvert hier pour des réservations simples puisque la plupart des spectacles sont gratuits et ils ont connu une grande affluence, ce qui indique assez clairement le besoin de tels événements contrairement à ce que prétendent Mileí et sa bande de vandales égoïstes. La population locale tient à ce festival et à tout ce qu’il apporte à la ville comme animation et comme accès à la culture, qui ne doit pas être confondue avec les loisirs des riches. La culture n’est pas un luxe. C’est une nécessité vitale de l’être humain vivant en société.

Il y aura plusieurs spectacles tous les jours, dans tous les genres et pour tous les publics, y compris les enfants jusqu’aux moins de deux ans. Théâtre en plein air et dans divers espaces non conventionnels à travers toute la ville. Compagnies et artistes venus de plusieurs coins du pays, en particulier de Buenos Aires, dont les habitants et les comédiens ne bénéficient donc plus de ce qu’était devenu le festival national du théâtre, détruit par le gouvernement comme tant d’autres choses dans le domaine de la culture.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
visiter les pages Web du festival sur le site de la municipalité.

lundi 30 juin 2025

La gauche reprend des couleurs aux élections locales de Formosa et Santa Fe [Actu]

"Rosario a toujours été près"
(comprenez comme vous voulez près de la victoire
ou près de Cristina)
En photo principale : le discours de victoire
du principal opposant municipal
Au-dessus : dans un rapport confidentiel, la banque JP. Morgan
déconseille à ses clients d'investir en Argentine
Pour aller plus loin sur ce point :
lire l'article de Página/12
lire l'article de Clarín
lire l'article de La Nación
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Avec une participation plus élevée que dans les précédentes élections provinciales où elle était autour de 50 % seulement, des élections de mi-mandat se sont tenues localement, en avance du calendrier national, dans les provinces de Formosa, à l’extrême nord de l’Argentine, et Santa Fe, au nord-ouest de Buenos Aires. Dans les deux cas, la gauche péroniste, sans aucun doute galvanisée par la condamnation définitive et la résidence surveillée imposée à Cristina Kirchner, fait de bons résultats, devançant même et, dans ce cas, assez largement le PRO, la droite libérale de Mauricio Macri (ou ce qu’il en reste après les raids opérés sur elle par Javier Mileí et consorts) et LLA (La Libertad Avanza, la mal-nommée mileíste).

Pratiquement rien sur les élections,
sauf cette photo de la soirée électorale
du gouverneur de Sante Fe qui fait silence sur Rosario
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C’est dans les élections municipales de Rosario, la seconde ville argentine, capitale culturelle et économique de la province de Sante Fe, que le résultat est le plus spectaculaire : il y avait 52 ans que le péronisme attendait d’y gagner un scrutin. C’est fait : la liste kirchnériste remporte 30,60 % des suffrages exprimés dans le cadre du renouvellement partiel du conseil municipal (assemblée élue qui exerce le pouvoir législatif pour la ville, tandis que le maire, dont le mandat n’était pas en jeu, exerce le pouvoir exécutif), devant la majorité provinciale (LLA), qui atteint 28,8 %, et la droite libérale de l’actuel maire (25,6%). Et pourtant, le taux de participation à Rosario a été très faible, de l’ordre de 50 % (les taux varient selon les sources). Ce qui veut sans doute dire que les électeurs de la gauche de gouvernement se sont mobilisés contrairement à ceux qui votent à droite (libéraux et libertariens) et qui n’ont pas sans doute pas vu venir les bons résultats de leurs opposants. Dans le reste de la province, c’est plutôt la droite libérale qui l’a emporté, selon une tradition qui ne se dément donc que très difficilement. Les résultats sont donc moins satisfaisants pour la gauche mais comme ils concernent une population beaucoup plus clairsemée, c’est la victoire à Rosario qui s’impose dans les esprits et dans les analyses partisanes, en vue des élections nationales de mi-mandat où la gauche espère casser l’actuelle majorité dont l’incohérence et la volatilité profitent à la politique libertarienne, anti-sociale et anti-étatique de Mileí.

"A Formosa, [le gouverneur] Insfrán faisait
passer en force sa réélection ;
A Rosario, la victoire du péronisme est une surprise"
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A Formosa, province très pauvre et assez peu connue des Argentins eux-mêmes, c’est la gauche kirchneriste qui l’emporte sans que cela constitue une surprise. Formosa est un bastion du péronisme depuis le retour à la démocratie. Il le reste. La majorité vient de remporter 68 % des suffrages exprimés pour le renouvellement complet de la Legislatura provinciale, le tout avec une participation plutôt haute par les temps qui courent de 64,34 %. En comparaison, LLA obtient 11 % des voix et arrive troisième du scrutin.

"Large victoire de Insfrán pour défier la Cour [suprême]
et aller chercher une nouvelle réélection", dit le gros titre
au-dessus d'une image de Messi,
dont l'équipe a été défaite par le PSG... aux Etats-Unis !
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Dans cette province, les têtes changent très peu souvent. L’actuel gouverneur en est à son septième mandat (après avoir été le vice-gouverneur de son prédécesseur) et la Cour suprême de la Nation commence à froncer les sourcils, estimant que l’article de la constitution provinciale qui autorise cette candidature perpétuelle doit être révisé. Les observateurs pensent que, fort de cette nouvelle majorité incontestable, le gouverneur va lancer une réforme constitutionnelle dans le sens inverse : pour rendre plus difficile à attaquer l’article récemment visé par la Cour. Et sans doute lancer une huitième candidature pour un huitième mandat (tant qu’on a la santé…). Tout cela entraîne bien entendu l’expression rageuse de la part de l’opposition de ses soupçons quant à la sincérité de ce scrutin et des précédents, cette opposition qui sans doute se comporterait de la même manière si elle en avait les moyens.

"Le futur est déjà là", proclame la Une de
l'édition rosarine de Página/12
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Les élections nationales et les autres scrutins provinciaux que les gouverneurs ont laissées calés sur une date unique se tiendront en octobre et définiront la suite du mandat de Mileí, qui a déjà annoncé qu’il comptait se représenter dans deux ans.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12 sur Rosario (Santa Fe)
lire l’article de Página/12 sur Formosa
lire l’article de La Prensa sur Santa Fe
lire l’article de La Prensa sur Formosa
lire l’article de Clarín sur Formosa (l’article sur Rosario est réservé aux abonnés. Tiens, tiens ! Et pourquoi donc ?)
lire l’article de La Nación sur Santa Fe
lire l’article de La Nación sur Formosa

vendredi 21 juillet 2023

Litto Nebbia, à 75 ans, en enfant du pays, chante à Rosario ce soir [à l’affiche]


Litto Nebbia fête aujourd’hui ses soixante-quinze ans. Le musicien a créé le premier rock à texte de langue espagnole en Argentine, dans les années 1960. Auteur-compositeur et interprète dont le répertoire englobe tout ce que l’Argentine produit de musiques populaires, depuis le tango jusqu’au folklore, en passant par le rock et le jazz, Litto Nebbia va fêter ce soir l’événement lors d’un grand récital qu’il donnera dans sa ville natale, Rosario, dans le sud de la province de Santa Fe.

Un grand théâtre public, provincial, la Sala Lavardén, ouvrira ses portes ce soir pour cette soirée exceptionnelle à entrée libre et gratuite !

"Vivre toujours plus", titre le magazine
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C’est le début d’une tournée dans toute l’Argentine avec, à la clé, la sortie de nouveaux disques. C’est toujours comme ça avec lui.

En effet, Litto Nebbia est sans doute l’un des musiciens argentins qui comptent le plus d’albums à son compteur. Il est vrai aussi que depuis une trentaine d’années, il est lui-même producteur. Il voulait en effet se donner tous les moyens de travailler en toute liberté, hors des contraintes commerciales que les grands labels lui avaient imposés dans ses premières années de carrière.

La une est occupée par les manifestations
contre la répression très violente en province de Jujuy
depuis plus d'un mois
Litto Nebbia a droit à une manchette en haut à droite
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Bon anniversaire, donc !

Et bon concert.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire la longue interview de Litto Nebbia dans Página/12 dans son édition nationale, dans le supplément culturel quotidien Cultura y Espectáculos (le rockeur est en une principale et en une de C&E)
lire l’autre interview de l’artiste dans le même quotidien, mais cette fois-ci dans son édition locale de Rosario
lire l’article de La Capital, l’un des quotidiens locaux de Rosario, à la date du 18 juillet dernier.

vendredi 10 mars 2023

Un peu de douceur dans un monde de brutes : des tangueras ces jours-ci à Rosario [à l’affiche]

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On dit que la musique adoucit les mœurs. Or le tango, c'est de la musique. Donc ça tombe à pic !

Dans une Rosario qui depuis deux semaines fait la une de tous les journaux pour la terrifiante violence de narcotrafiquants qui semblent à nouveau régner en maîtres dans plusieurs de ses quartiers (la pègre de Rosario dominait déjà la ville au milieu du 20e siècle), ce soir, vendredi 10 mars 2023, à 21 h, à l’Espacio Lavarden, le grand centre culturel public de la province de Santa Fe, trois tangueras santafésines, la chanteuse Andrea Eletti, la pianiste Ailén Heredia et l’écrivaine Rosa García conjugueront leurs talents pour une soirée musicale et poétique sobrement intitulée Ellas dicen Tango (elles disent Tango).

Si les sites officiels de la Province et singulièrement celui de son ministère de la Culture écrivent que le spectacle est gratuit, la salle, quant à elle, annonce des places à partir de 1 000 $ ARG par unité ! C’est légèrement différent…

Des invitées sont annoncées ce soir : la percussionniste Fatima Latino , la chanteuse Verónica Marchetti et l’autrice-compositrice interprète Dani Lesté.

Au programme : des tangos contemporains composés et écrits exclusivement de femmes en cette semaine dominée par la Journée Internationale des Droits des Femmes.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

jeudi 10 mars 2022

Le président de la Cour suprême obtient la peau du juge d’instruction qui enquêtait sur sa fortune [Actu]

Une de Rosario/12 avant-hier
Sur la photo du président Rosatti, ce titre humouristique :
"Direction : le classement"
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Le président de la Cour suprême argentine, Horacio Rosatti (ci-dessus), était jusqu’à il y a peu sous le coup d’une enquête judiciaire conduite dans la province de Santa Fe pour enrichissement illégal. Pour la plus haute autorité judiciaire du pays, ça fait tache.

Qu’à cela ne tienne. Le magistrat a fait comme Mauricio Macri, qui d’ailleurs l’avait nommé à la Cour suprême en entrant à la Casa Rosada : il a intenté un procès en illégitimité contre le juge d’instruction fédéral devant l’une des chambres pénales de la cour de Cassation.

Et comme Macri dans l’affaire des écoutes illégales concernant les parties civiles de la disparition du sous-marin ARA San Juan, Horacio Rosatti vient d’obtenir gain de cause. Eu égard à la place qu’il occupe dans la hiérarchie judiciaire, il ne fait plus guère de doute désormais que l’affaire sera très prochainement classée.

C’est la première fois dans l’histoire qu’un président de la Cour suprême se permet de récuser un juge, qui plus est dans une affaire qui l’implique personnellement.

Comme par hasard, ce dénouement n’a que fort peu intéressé la presse majoritairement détenue par un grand patronat de droite. Étrange, non ?

Voilà qui n’est pas de nature à favoriser la confiance de la majorité des Argentins envers la justice de leur pays.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Rosario/12 (Curieusement, l’édition nationale, Página/12 n’en a pas fait mention non plus)
lire l’article de El Litoral (édition de Santa Fe), le principal quotidien de la province

jeudi 2 septembre 2021

La baisse du niveau des eaux révèle un port oublié [Actu]

Photo par drone réalisée par Fernando Nicola, pour El Litoral


A la fin de l’été 2020, en avril, la baisse du niveau des eaux dans le Paraná avait fait apparaître, en transparence, les vestiges d’une bateau à roue qui assurait la desserte fluviale entre Santa Fe et Buenos Aires au cours du 19e siècle (voir mon article du 29 avril 2020).

Cette année, alors qu’on est encore en hiver, la baisse encore plus spectaculaire a mis à sec les restes d’un port dont on avait oublié jusqu’à l’existence. Il avait été creusé et construit en 1885 sur le bras du Paraná, dit Río Colastiné, sur les rives duquel s’était bâti un quartier de Santa Fe, capitale de la province homonyme. C’était surtout un port de marchandises, essentiellement des céréales, puisque la province produisait la plus grande quantité de blé du pays, et il était relié à un réseau ferroviaire, comme le prouvent les photos d’archive ressorties par le quotidien local, El Litoral, qui montrent des activités pendant une trentaine d’années.

Photo d'archive

Ces installations furent abandonnées lorsqu’une crue exceptionnelle les submergèrent en 1911.

Aujourd’hui, le retrait des eaux laissent à l’air libre les quais où se mêlent la maçonnerie de pierres et de briques et les éléments en bois, du quebracho, une essence locale imputrescible très utilisée depuis l’époque coloniale dans tout le pays.


La sécheresse qui affecte le cours du Paraná n’en est pas moins une catastrophe sur tous les plans : écologique, économique, biologique, social… Elle annonce des mauvais temps à venir pour cette région aujourd’hui consacrée à la monoculture du soja transgénique et à l’élevage bovin, deux activités très consommatrices en eau.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 (le seul quotidien national à aborder le sujet)
lire l’article de El Litoral, richement illustré (on trouvera des reportages vidéo sur le sujet ailleurs sur le site du journal)

lundi 9 août 2021

Manifestation nautique pour une loi sur les zones humides [Actu]

"La loi (se) fait eau", dit le gros titre
avec un jeu de mot pour une fois transférable en français
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Un collectif écologiste, La Multisectorial para los Humedales, vient de lancer une initiative originale, surtout en plein hiver, pour exiger du Congrès national le vote d’une loi de protection des zones humides : ils ont invité tous les activistes sachant kayaker (et autres modes de transport fluvial) à participer à un défilé sur le Paraná, de Rosario, dans la province de Santa Fe, jusqu’à Tigre, dans le delta du Paraná, là où la rivière se jette dans le Río de la Plata, pour rejoindre ensuite le Congrès, qui se trouve au centre de Buenos Aires, assez loin de tout cours d’eau…

Le Paraná souffre depuis plusieurs semaines d’une spectaculaire baisse de son débit, au point qu’un peu plus au nord de Buenos Aires, les voûtes du tunnel sub-fluvial qui relie depuis cinquante ans les capitales provinciales de Santa Fe et Paraná (Entre Ríos) sont devenues visibles ! De plus, cette gigantesque rivière est l’un des axes historiques de la région : depuis l’époque coloniale, il est tout ensemble une voie de navigation et de commerce, une ressource en eaux douces, un milieu de biodiversité exceptionnelle et actuellement il fournit aussi des spots touristiques de toute valeur… Son triste état actuel, en lien avec le réchauffement climatique, est un signal d’alerte qui n’a échappé à personne. En revanche, la démarche des écologistes, toute spectaculaire qu’elle soit, ne semble guère intéresser la presse.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 (édition de Rosario)

Qui connaît un peu le fleuve voit que le niveau
est très bas.
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Ajout du 12 août 2021 :
Le parcours à la rame pour réclamer une loi protégeant les zones humides vient de partir de Rosario. L’édition locale de Página/12 en fait à nouveau sa une.
Pour en savoir plus :
lire l’article de Rosario/12

En haut, au centre :
"Maintenant, il faut ramer au milieu des sièges parlementaires"
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Ajout du 19 août 2021 :

Les kayakistes du Paraná sont arrivés à Buenos Aires et vont s’adresser aux parlementaires.
Pour en savoir plus :
lire l’article de Rosario/12

samedi 10 juillet 2021

Le « Campo » sort les tracteurs et les chevaux [Actu]

"Durant une journée de manifestations contre les restrictions,
le patronat agraire a demandé un changement de politique", dit le gros titre
sur l'une des photos les plus impressionnantes de la foulé à San Nicolás
Remarquez en haut à droite, sous le titre du journal,
un titre secondaire sur l'affaire bolivienne
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Le patronat agraire (el campo) ne décolère pas depuis qu’il y a un peu plus d’un mois, en constatant le prix exorbitant de la viande sur le marché au détail, le gouvernement argentin a mis des limites à l’exportation de ce produit qui rapporte de grosses devises moins au pays qu’à quelques propriétaires terriens qui ont souvent une caisse-enregistreuse à la place du cœur et même, pour certains, du cerveau.

Comme à chaque date patriotique depuis le retour au pouvoir de la gauche, en décembre 2019, cette partie de la droite qui se proclame démocratique mais qui ne supporte pas le résultat des élections quand il ne va pas dans son sens a donc choisi de faire de la fête de l’Indépendance, le 9 juillet, un énième rendez-vous pour manifestation antigouvernementale.

C’est ainsi qu’à San Nicolás de los Arroyos, à la frontière entre les provinces agricoles de Buenos Aires et de Santa Fe, sur la route n° 9, qui relie Buenos Aires à la Bolivie, les opposants se sont donné rendez-vous, malgré les consignes de prudence sanitaire, pour contester et vilipender tout ce que fait ce gouvernement qu’ils exècrent : la politique agricole, la politique vaccinale, la politique sanitaire, la politique judiciaire et j’en oublie. Bref, rien ne trouve grâce à leurs yeux en cette période où leurs griefs sont approfondis par les enjeux électoraux de mi-mandat. Et le lieu n’a pas été choisi au hasard : il est au carrefour de plusieurs routes qui conduisent aux quatre points cardinaux du pays, sans parler de son port fluvial, sur le très fréquenté Río Paraná qui dessert une proportion écrasante du commerce argentin avec les pays limitrophes. Toute l’Argentine de la colère pouvait donc se retrouver là en cette journée fériée, qui plus est à la veille d’un week-end.

Patricia Bullrich à cheval hier, à San Nicolás
Photo Carolina Camps-Leandro Teysseire

Clarín nous dit que les organisateurs ont évalué à 65 000 personnes le nombre de manifestants et avoue tout de go que c’est clairement exagéré. Effectivement, quand on regarde les photos d’ensemble, on a du mal à croire ce chiffre. D’autant que s’il existait des photos laissant apercevoir plus de monde, il n’y a guère de doute qu’elles auraient été mises en avant. Le secteur qui se veut le moteur de l’opposition montre donc ici sa propension à mentir, propension bien connue par ailleurs et depuis un certain temps, et c’est un quotidien de droite populaire qui le dit !

65 000  personnes ?
Photo Mario Rafael Quinteros (pour Clarín)

Clarín nous a aussi gratifiés d’autres clichés. On y voit Patricia Bullrich, la présidente du parti ultra-libéral PRO, défiler à cheval, déguisée en gaucho d’opérette, avec le même visage crispé que d’habitude. En tout cas, pas du tout celui d’une bonne cavalière heureuse de monter en pleine campagne comme elle semble vouloir le dire en adoptant cette tenue « campagnarde ». Or Patricia Bullrich vient de se discréditer en échouant lamentablement à se qualifier comme candidate aux élections de mi-mandat et la presse de droite ne s’est pas privée de commenter cet échec en long en large et en travers pendant une bonne partie de la semaine. Le ton du journal (qui lui est plutôt favorable d’ordinaire, puisque c’est la présidente du Pro) reste ambigu : est-ce vraiment de l’admiration pour ce « sain » attachement à un cliché du folklore de la pampa (ici dans son expression la plus rétrograde) ou une franche rigolade de la rédaction devant un spectacle grotesque ?

Ce n'est pas la grosse foule, devant la porte de la résidence présidentielle
Photo Marcelo Carroll

Dans plusieurs villes, la droite a aussi profité de cette date symbolique pour manifester une nouvelle fois sa sempiternelle colère et se répandre en slogans haineux. Sans grand succès si on en croit les photos de presse publiées tant à droite qu’à gauche. Manifestations clairsemées devant la résidence présidentielle de Olivos, au nord-ouest de Buenos Aires, et au pied de l’Obélisque, dans la capitale fédérale. Dans un cas comme dans l’autre, les gestes barrière n’ont pas vraiment été respectés (ce public a tendance à nier le danger épidémique). Il y avait pourtant toute la place nécessaire pour assurer la « distance sociale » entre les participants. En revanche, à Tucumán, où avaient lieu comme tous les ans les cérémonies officielles, les mouvements de foule ont empêché le président de faire les quelques visites inscrites à son agenda par le gouverneur provincial. Le 17 juin, à Salta, Alberto Fernández avait déjà eu affaire à des excités qu’il avait laissé passer pour éviter toute accusation de censure. Résultat : cela avait tout de même provoqué un pataquès politique dans le gouvernement provincial. Il a dû juger qu’il valait mieux ne pas prendre de risque cette fois-ci. Plutôt que de risquer de jeter de l’huile sur le feu, il a donc laissé tomber les visites. Il a eu raison mais la presse de droite n’en fait pas moins des gorges chaudes.

La vue qu'avait un drone sur la manifestation
au pied de l'Obélisque à Buenos Aires
On y a vu des manifestations plus denses, y compris l'hiver
Parmi les voitures, il y en a qui circulent. En tout cas elles essayent.

Il est possible que ces journaux en fassent d’autant plus qu’ils semblent avoir bien du mal à dégonfler l’affaire du matériel de guerre (ou de maintien de l’ordre) envoyé en Bolivie pour soutenir le coup d’État parlementaire de Jeanine Añez contre Evo Morales dans les toutes dernières semaines du mandat présidentiel de Mauricio Macri, lequel savait déjà qu’il allait devoir rendre les clés le 10 décembre.

Les unes de la presse d’opposition restent d’une discrétion inhabituelle pour un tel sujet.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :
sur la manifestation principale à San Nicolás

sur Patricia Bullrich déguisée en gaucho
lire l’article de Página/12 (on sent qu’ils ont bien rigolé pendant la conférence de rédaction !)
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
sur quelques unes des autres manifestations
Curieusement, La Prensa, plutôt favorable d’habitude aux grands propriétaires terriens supposés veiller sur les bonnes vieilles traditions et les conserver pieusement, ne parle pratiquement pas de ces manifestations sur son site.

Ajout du 11 juillet 2021 :
lire cet article de
Página/12 sur le secteur des exploitations familiales qui a tenu à se désolidariser de la manifestation de vendredi à San Nicolás et revendique l’existence d’une politique propre pour leur secteur.

Ajout du 14 juillet 2021 :

Le « Campo » se déchire entre droite dure et droite ouverte à la négociation avec le gouvernement en exercice, sans oublier la composante des petites exploitations qui ont une vision politique tout à fait différentes des grands propriétaires qui pratiquent une agriculture à l’échelle industrielle.
Pour aller plus loin :
lire cet article de une de Página/12

Ajout du 15 juillet 2021 :
La Mesa de Enlace (bureau de coordination des organismes patronaux agraires) a rendez-vous avec le gouverneur de San Luis. La Nación reprend sans réserve le chiffre invraisemblable de 65 000 manifestants avancé par le collectif et que Clarín avait mis en doute.