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Une belle photo ! et si typiquement uruguayenne ! Tan oriental... |
Aujourd’hui, l’Uruguay dit
adieu à son premier président de gauche. La mort de Tabaré
Vázquez, à 3h cette nuit (heure uruguayenne), n’est pas du tout
une surprise : la famille avait annoncé il y a une dizaine de
jours que sa santé s’était brutalement dégradée et que le
cancer dont il souffrait avait méchamment métastasé. Le 15
novembre, il avait enregistré sa dernière interview, diffusée
seulement il y a quelques jours, à travers laquelle tout le monde
avait pu comprendre la gravité de la situation dont il était
parfaitement conscient.
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La très belle photo choisie par son fils, Alvaro Vázquez Delgado, pour annoncer la mort de son père très tôt ce matin sur Twitter |
Les quotidiens avaient déjà
bouclé leurs éditions papier lorsque la nouvelle a été connue.
Les unes ne reflètent donc pas cette actualité mais ni le dimanche
ni la proximité de la solennité mariale de mardi n’empêchent les
rédactions d’être actives sur la toile : tous les journaux
uruguayens se sont remplis au fil des heures d’articles
nécrologiques et de messages des personnalités et des chefs d’État
qui affluent vers Montevideo. Les journaux argentins sont moins
réactifs, y compris Página/12 pour laquelle Vázquez était
une des grandes figures politiques du continent (tout le monde est en
long week-end en Argentine).
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Tabará Vázquez sur les gradins d'un stade. Il venait d'une famille ouvrière et n'avait pas oublié ses racines populaires |
Comme l’épidémie de covid-19
frappe fortement le pays, qui s’était tiré à moindre frais de la
première vague, la famille a décidé de ne pas faire la moindre
veillée. Un cortège réduit devait se former à 13h, sur le parvis de la mairie de Montevideo (dont Vázquez fut le maire), pour emporter le
corps jusqu’à sa dernière demeure et les Uruguayens étaient invités
à y assister au mieux sur le trottoir sans créer d'attroupement ou, faute d'habiter le long du parcours, de leur salon, à travers le direct que les chaînes de télévision ont retransmis. Le cortège s'est rendu au cimetière de La Teja où l’inhumation
s'est tenu dans la plus stricte intimité, comme il convient dans les
circonstances sanitaires présentes.
Demain, les journaux feront leur
une sur le disparu, qui aura brisé le plafond de verre qui avait
empêché depuis l’indépendance à une formation de gauche de
prendre les rênes du pays. Tabaré Vázquez aura été président à
deux reprises, de 2005 à 2010 puis en 2015 jusqu’à la fin février
de cette année lorsqu’il a transmis le pouvoir au champion de la
droite, Luis Lacalle Pou, qui a tenu à aller s’incliner devant le
cercueil à midi.
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Un message d'une famille d'origine grecque "Bon voyage, président. Pour toujours, Tabaré" |
Même élu à la tête du pays,
il n’avait pas renoncé à exercer son métier de médecin, qu’il
considérait comme une seule et même vocation avec l’engagement
politique : s’occuper des gens. C’était un éminent
oncologue qui s’était notamment formé à Gustave Roussy, à
Paris. Souriant, affable, fraternel, calme et d’une honnêteté qui
dénote dans le paysage politique sud-américain où la relation à
l’argent est généralement assez malsaine, c’était aussi un
fervent catholique qui avait tenu à confesser sa foi et à
manifester ses convictions après le premier vote de dépénalisation
de l’avortement par le parlement en Uruguay, ce qui obligea son
successeur, Pepe Mujica, à relancer le débat quelques années plus
tard, alors que l’idée avait fait son chemin.
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Le cortège funéraire avec beaucoup de drapeaux du Frente Amplio aux couleurs choisies par le héros révolutionnaire et indépendantiste Artigas Sur cette photo, on ne voit pas de drapeau national |
Tabaré Vázquez aurait eu
quatre-vingts ans le 17 janvier prochain.
Avec beaucoup de dignité, le
président en fonction a décrété un deuil national jusqu’à
mardi prochain. Les deux communiqués successifs de ses services
insistent sur le fait qu’il s’agit pour « tout le pays »
d’honorer la mémoire d’un « président de tous les
Uruguayens ». En Uruguay, à droite, il reste encore en effet
une tentation de rejeter le défunt pour des raisons bêtement et
bassement partisanes et idéologiques comme l’ont montré certains
commentaires en ligne, assez hideux, à sa si digne dernière
interview télévisée.
© Denise Anne Clavilier
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