lundi 19 décembre 2022

1, 2 et 3… étoiles sur la Camiseta Nacional [Actu]

Il faut se tordre le cou, désolée !
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A Buenos Aires et dans toute l’Argentine, c’est le délire de la victoire qui frappe l’ensemble de la population. L’allégresse était telle hier qu’il était question de faire de ce lundi un jour férié, ce qui n’a finalement pas été décrété (il y a déjà à peu près autant de jours fériés en décembre en Argentine qu’au mois de mai en France).

Cette absence du décret attendu n’empêche en rien les rassemblements festifs pendant la journée notamment dans la capitale où l’on attend de pied ferme le retour des héros.

Une une de La Prensa qui se passe de traduction
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L’enthousiasme est tel que l’équipe ne devrait faire d’apparition ni à l’Obélisque ni à la Casa Rosada. On a trop peur que les gens, dans leur liesse, provoquent des accidents, dans un espace qui reste fermé sur l’une comme l’autre place par des immeubles qui pourraient gêner les mouvements de la foule, notamment en cas de panique. On verra bien demain comment ce retour triomphal aura été fêté.

D’ici là, les supporters peuvent suivre minute après minute le vol de l’avion du retour, qui a fait escale à Rome.

Là encore, on se passera de traduction
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Impossible de rendre compte des réactions dans la presse. Tous les journaux consacrent une quantité astronomique d’articles à cette finale tant attendue et cela sans aucune pitié pour les Français. C’est même tout le contraire. On peine à trouver dans les quotidiens la traditionnelle expression d’amitié sportive d’après l’affrontement (voir article de Luisa Corradini dans La Nación ci-dessous)... Il semble que l’heure du fair-play n’ait pas encore sonné. Et ceci n’est pas le fait des seuls Argentins. L’ambassadeur de Grande-Bretagne à Buenos Aires lui-même y est allé de son geste anti-français, ce qu’en général un diplomate digne de ce nom évite de faire. Dans ce métier, on est même payé pour s’y laisser aller.

En-dessous, dans le cadre rouge,
un message d'une grande banque :
"26 Argentins ont aidé les 47 millions que
nous sommes à être les plus heureux du monde"
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Quant à Clarín, il a trouvé, dans son édition papier, la place (et le courage politique) de consacrer une demi-page au très sage et néanmoins très ferme message de paix que Volodymyr Zelensky a adressé aux participants à cette Coupe du monde de football et que la Fifa a refusé de diffuser sous le prétexte, fallacieux comme d’habitude, qu’une telle publication aurait violé sa sacro-sainte et très hypocrite neutralité (ben voyons !). Quant au lien entre le sport et la paix, toutes ces belles déclarations dont ces dirigeants sportifs nous saoulent du 1er janvier au 31 décembre depuis la création de leurs institutions, la Fifa nous invite à faire une croix dessus, après (on n’est pas à une contradiction près) un appel, le 15 novembre dernier, de son président désormais résident qatarien (tiens donc !) à un cessez-le-feu qui aurait, pour sa part, joué en faveur de la Russie.

Jeu de mots entre le diminutif de Lionel
et deux termes argentins : 'lio" (le bazar) et Dios (Dieu)
"Dieu est argentin" est un proverbe argentin
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© Denise Anne Clavilier


Double page de l'édition souvenir publiée par Clarín ce matin
Au premier plan ou presque à droite, le Teatro Colón
Au milieu de l'artère, el Obelisco
Tout au fond, le siège de la CGT avec son portrait géant de Evita Perón
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Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12, qui n’a même pas publié aujourd’hui son traditionnel supplémentaire sportif du lundi, Líbero
lire l’article principal de La Prensa
lire l’article de Clarín sur le message de Zelensky censuré par la FIFA
lire le premier article de La Nación lorsque les Argentins ont été consacrés lors des tirs au but
lire l’article compatissant de Luisa Corradini, correspondante permanente de La Nación à Paris
lire l’article principal de Olé, le quotidien sportif du groupe Clarín

samedi 17 décembre 2022

Un dimanche sans grasse matinée [Actu]

Pleine page de pub pour la retransmission en direct
Radio Televisión Argentina (RTA) et Televisión Pública (TVP)
dans la presse écrite ce matin
"Merci de nous choisir à nouveau !
Continue à soutenir la sélection
grâce à la la TV Pública
40 points d'audimat
Demain, la Grande Finale
Argentine - France
à partir de 7h"
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Demain, dimanche 18 décembre 2022, la finale de la coupe du Monde de football va réveiller les Argentins un peu après l’aube. On peut d’ores et déjà imaginer qu’il n’y aura pas grand-monde à la messe...

Comme en France pour les grands événements, la prise d’antenne de la télévision publique se fera longtemps avant le début de l’événement à proprement parler (midi heure locale), histoire de tenir le téléspectateur en haleine, immobile devant le petit écran. Prisonnier.

Prévenant, ce matin, dans son édition papier, Clarín offre à ses lecteurs divers conseils de cardiologues et de psychologues pour vivre cette finale sans se faire des émotions nuisibles à la santé ! Il y a déjà une nouvelle grosse vague de covid qui ravage le pays (comme ici), il ne manquerait plus qu’un raz de marée d’arrêts cardiaques embouteillent les services d’urgence dans tout le pays !

Bons matches à tous (ce week-end, il y en a deux) et, selon la formule consacrée, que le(s) meilleur(s) gagne(nt) !

© Denise Anne Clavilier

vendredi 16 décembre 2022

Le Quinteto Negro La Boca demain au Centro Cultural Caras y Caretas [à l’affiche]

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Le Quinteto Negro La Boca, ensemble de tango originaire de La Boca et affichant clairement son idéologie anarchiste, se produira au Centro Cultural Caras y Caretas, qui dépend du groupe médiatique Octubre (actionnaire majoritaire de Página/12), Venezuela 330, demain, samedi 17 décembre 2022, à 20h.

Les musiciens s’inscrivent dans le sillon ouvert par l’historien anarchiste Osvaldo Bayer avec lequel ils avaient plusieurs fois animé des manifestations culturelles.

Le quintette prépare un sixième disque. Ce sera une manière de commencer à en parler au public en cette fin d’année légèrement dominée par le Mundial.

Página/12 interviewe le directeur musical du groupe, Pablo Bernaba, compositeur et bandonéoniste, dans les pages culturelles de son édition du jour. Et Radio Malena (du même groupe) propose en ligne un podcast sur ce groupe si emblématique de son quartier et de sa tradition philosophico-politique.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire la présentation du podcast de Radio Malena.

L’inflation enfin jugulée ? Ne rêvons pas mais l’embellie est là [Actu]

Une fois n'est pas coutume
Cet article sur l'inflation s'ouvre sur la une de La Nación
qui ne traite pourtant l'info qu'en titre secondaire (en haut à droite)
mais qui met en valeur son appel pour la vie d'un footballeur iranien
de 23 ans qui risque l'exécution par pendaison
pour avoir pris parti pour le mouvement Femmes Vie Liberté
Cela méritait d'être salué à la fin d'une coupe du Monde de foot
assez peu reluisante sur le chapitre des droits de l'homme
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En novembre, après la transformation par le gouvernement national du programme Precios Cuidados (prix soignés) en Precios Justos (prix justes), qui offre un choix de produits beaucoup plus vaste, le taux de l’inflation mensuelle redescend sensiblement : la moyenne générale nationale n’est que de 4,9 % en lieu et place des 6 ou 7 qu’on avait régulièrement vus au cours depuis le mois de mars dernier.

"On rétrograde" dit le gros titre, avec l'humour caractéristique
de ce quotidien de gauche
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Synthèse générale de la situation
Infographie INDEC


Le cumul depuis décembre dernier n’en reste pas moins préoccupant puisqu’il monte à 92,4 % ! Le total pour l’année 2022 s’élève quant à lui à 85,3 %, ce qui laisse espérer que l’Argentine frôlera les 100 % d’inflation annuelle tout en les évitant, un exploit dont on ne la croyait pas capable au début du trimestre en cours. On se console comme on peut.

"Ça soulage, dit le gros titre,
mais ce n'est pas ça qu'on va pouvoir faire les courses"
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Synthèse des variations dans l'année et dans le pays
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Indice que le plan Precios Justos est peut-être efficace : le poste qui affiche le taux moyen le plus bas ce mois-ci est l’alimentation générale, hors alcool et tabac. L’habillement a lui aussi considérablement décéléré ses hausses vertigineuses de prix. Cependant, la presse se fait régulièrement l’écho du peu de présence concrète du programme dans les rayons des supermarchés. Ce qui jette un doute sur l’efficacité de l’opération.

Même politique qu'à Clarín, l'Iran en moins
En bas, la photo montre les supporters
qui exigent de pouvoir acheter des places
pour la finale à Doha
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Les écarts entre régions se sont eux aussi en novembre beaucoup réduits par rapport aux mois précédents : un demi-point seulement sépare cette fois-ci la région la plus affectée de la plus épargnée. On évolue en effet de 4,5 % dans le Nord-Est (Entre Ríos, Corrientes, Misiones) à 5 % dans le Gran Buenos Aires, qui retrouve son traditionnel rang de région la plus chère de toute l’Argentine.

Répartition de l'inflation et des postes les plus et les moins
inflationnistes du panier constitué par l'INDEC
en fonction des régions
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Toute la presse nationale titre ce matin sur cette info avec une hiérarchie qui varie de une en une selon les options politiques de la rédaction.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación
lire le rapport complet de l’INDEC, l’institut national argentin de statistiques.

Ajout du 17 décembre 2022 :
La Nación conteste les chiffres présentés par l’INDEC.

Pour en savoir plus :
lire l’article de ce jour

mardi 13 décembre 2022

Caras y Caretas célèbre les 150 ans du Martín Fierro [Disques & Livres]

"La descendance de Martín Fierro", dit le titre
(comprenez le peuple argentin)
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Le magazine consacrée à la culture nationale argentine Caras y Caretas (grupo Octubre, comme Página/12) dédie son numéro de décembre 2022 à la célèbre épopée en deux tomes, El Gaucho Martín Fierro et La Vuelta de Martín Fierro, du poète José Hernández.

Le premier volume est en effet paru à Buenos Aires en 1872.

L’œuvre raconte l’histoire d’un gaucho nomade comme ils étaient en train de disparaître depuis une dizaine d’années sous l’effort de l’élite conservatrice au pouvoir entre 1860 et 1880, bien déterminée à les fixer dans un statut d’ouvrier agricole dépendant d’un seul patron qui est toujours le leur aujourd’hui.

Tout au long de l’année, cet anniversaire des 150 ans a été marqué par toutes sortes de manifestations. Ce numéro du magazine est donc le dernier hommage à cette œuvre magistrale du cent-cinquantenaire.

Toute la rédaction s’est donc partagée la tâche comme d’habitude. Les articles sont partiellement disponibles en ligne.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire les articles sur le site Internet de Caras y Caretas.

dimanche 11 décembre 2022

Adieu à José Angel Trelles, le dernier chanteur de Piazzolla [Actu]

En 2013, dans les somptueuses boiseries de la Legislatura
(photo Luciano Thieberger)


José Angel Trelles était né le 28 août 1943 à Buenos Aires même. Un vrai Portègne. Il est mort hier matin et la nouvelle s’est répandue peu à peu à travers les réseaux sociaux.

Chanteur et compositeur, il avait travaillé avec les vraiment très grands, à commencer par Astor Piazzolla, qu’il avait rejoint dans les années 1970 et avec lequel il enregistra d’immenses succès du tandem Piazzolla-Ferrer, dont une mémorable version de María de Buenos Aires.

Avec de tout premier opéra-tango, il était parti en tournée dans le monde.

Après la mort de Piazzolla en 1992, ce parcours lui avait valu de porter le sceau de l’authenticité.

Sur scène au sommet de sa notoriété artistique

Il avait pourtant évité de se restreindre à ce répertoire. Il était devenu un représentant de la chanson populaire argentine dans son ensemble, qu’elle soit de tango ou d’autres genres. Lui-même compositeur, il a contribué à enrichir ce large patrimoine.

En 2013, il avait été fait Ciudadano Ilustre de Buenos Aires à la Legislatura (parlement municipal) et ces photos illustrent aujourd’hui différents articles de presse.

Sa mort hier, à la veille du Día Nacional del Tango aujourd’hui, et au milieu de la fièvre footballistique, qui plus est en plein week-end à rallonge (deux jours fériés, le 8 et le 10, permettent de faire le pont), passe relativement inaperçue. Les unes n’intègrent pas la nouvelle et c’est injuste.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

vendredi 9 décembre 2022

Une expo pour clore l’année consacrée aux Malvines [à l’affiche]

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Sí, yo estuve ahí (pour sûr, moi, j’étais là-bas), tel est le titre de l’exposition photographique qui se tient actuellement à la galerie Arte x Arte, Lavalleja 1062, dans le quartier de Villa Crespo.

Les photos de la guerre et de ces îles ont été prises en avril-mai 1982 par vingt-cinq conscrits qui avaient alors une vingtaine d’années. Le parcours prend environ une heure. Pour la plupart de ces appelés, ils foulaient un sol mythique. Tous les Argentins grandissent en effet face à cette carte de géographie, à côté du tableau, laquelle comprend toujours et obligatoirement les îles ultra-découpées de l’archipel fiché au large de la côte patagonienne.

Entrée libre et gratuite jusqu'au 22 décembre prochain.

L’exposition est ouverte du mardi au vendredi de 14h à 20h et le samedi de 14h à 19h.
Fermée les dimanches et jours fériés (c’est le cas ces jours-ci où l’Argentine fait le pont après l’Immaculée Conception !)

La silhouette si reconnaissable de l'archipel
photographiée par un soldat depuis un avion de transport des troupes

Ce conflit, qui ne s’est jamais réglé, s’est produit il y a quarante ans. A cette occasion, le président a placé cette année sous le sceau de l’archipel. Occupées par la Grande-Bretagne qui a le droit international pour elle malgré la faiblesse de ses arguments juridiques, les Malouines sont considérées comme faisant partie intégrante du territoire national argentin depuis 1810. L’Argentine les a héritées de l’empire colonial espagnol puisque l’archipel avait été donné par le roi de France à son cousin d’Espagne en 1767 et confié par celui-ci à la garde du gouverneur de Buenos Aires puis du vice-roi du Río de la Plata. En 1833, la Royal Navy s’en est emparée sans déclaration de guerre au détriment d’un pays dont le Parlement de Westminster avait reconnu l’indépendance en 1824. En 1863, la souveraineté de droit de l’Argentine sur ces îles a été inscrite dans la constitution du pays.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 qui l’annonce ce matin en une de son supplément culturel quotidien Cultura & Espectáculos
lire la présentation de la galerie d’exposition.

mercredi 7 décembre 2022

Six ans de prison, inégibilité à vie et coup de théâtre [Actu]

"Ma condamnation vient de l'Etat parallèle et
de la mafia judiciaire", dit le gros titre
citant Cristina Kirchner hier soir
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Comme on s’y attendait, l’intéressée la première, Cristina Kirchner a été condamnée hier en première instance à six ans d’incarcération criminelle et à l’inéligibilité à vie pour abus de fonds publics (dans une affaire de travaux publics en province de Santa Cruz). La cour était composée de trois juges dont l’impartialité est très discutée (à juste titre, vu les amitiés qu’ils cultivent dans le milieu politique de droite) et qui ont dû abandonner en route l’un des chefs d’inculpation, celui d’association illicite (avec ses co-inculpés), une accusation à laquelle la droite semblait tenir beaucoup.

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Cette décision, dont l’arrêt écrit ne sera connu que dans trois mois, est susceptible d’appel devant la cour de Cassation à partir du moment où les juges rendront public la rédaction effective de leur décision. Il fait très peu de doute que Cristina, avocate de formation, fera jouer tous les mécanismes de la procédure pénale argentine et qu’elle ira donc en cassation. D’ici là, elle reste libre de ses mouvements et conserve son mandat électif (elle est actuellement vice-présidente) et beaucoup d’eau va couler sous les ponts avant qu’elle ne risque physiquement d’être jetée en prison.

"Verdict historique : Cristina condamnée à
6 ans pour corruption. Elle annonce qu'elle
ne sera candidate à rien en 2023", dit le gros titre
au-dessus de cette photo qui exprime la rage
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Comme elle l’avait aussi annoncé, la vice-présidente a aussi pris la parole depuis le Sénat, qu’elle préside ès qualité. Comme on s’y attendait, elle a démoli les raisonnements des juges, invoqué un complot judiciaire contre elle (comme il en a existé au Brésil contre Lula et il n’est pas sûr qu’elle n’ait pas raison) et insulté les magistrats en évoquant une mafia judiciaire qui couvrirait ceux qui ont tenté de l’assassiner il y a quatre mois. En cela, elle est d’ailleurs secondée par de nombreuses personnalités en vue, comme Estela de Carlotto, présidente de Abuelas de Plaza de Mayo, qui dit la même chose. Mais, ô surprise, elle a aussi annoncé qu’elle ne serait candidate à rien l’année prochaine, alors qu’il y aura des élections législatives nationales et provinciales et des élections pour les exécutifs : on votera pour les gouverneurs des provinces ainsi que pour choisir le président de la Nation.

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Or tout le monde avait cru comprendre ces derniers jours qu’elle se préparait à annoncer sa candidature à la présidence, ce qui aurait constitué une parfaite trahison envers le président actuel, Alberto Fernández. Véritable coup de théâtre donc qui stupéfie les péronistes, dont les plus enflammés comptaient déjà sur elle pour relever le gant de la Casa Rosada, bouleverse les plans du président en exercice et déboussole complètement la droite (dans l’opposition). Plutôt bien joué sur le plan tactique. Le plus étonnant reste toutefois qu’elle renonce ainsi à toute immunité parlementaire.

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L’information remplit bien naturellement les unes et les pages intérieures de tous les journaux argentins avec deux interprétations opposées selon que le quotidien est de gauche (Página/12) ou de droite (les trois autres).

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C’est en tout cas la première fois dans l’histoire du pays qu’un ancien chef d’État est jugé et condamné. Est-ce pour autant un progrès de la démocratie ? Ce n’est pas sûr. L’opposition a fêté le verdict avec joie, comme cela aurait été le cas des péronistes dans la situation inverse. Ce n’en est pas moins une manifestation obscène, d’autant que des suspicions qui sentent encore plus mauvais pèsent sur Mauricio Macri, l’ancien président de droite qui parvient quant à lui à mettre la magistrature dans sa poche. Bizarre, non ?

"Cristina Kirchner n'ira pas en prison", dit le second titre
Une du journal de gauche uruguayen, ce matin
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

en Argentine
en Uruguay

mardi 6 décembre 2022

Un nouveau scandale éclabousse la justice argentine [Actu]

"Un jeu pervers de corruption", dit le gros titre
En haut, une interview de Cristina Kirchner
qui se dit victime d'une violation de toutes les
garanties constitutionnelles accordées à la défense
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Il y a quelques mois, la défense de Cristina Kirchner avait tenté de faire révoquer les magistrats qui la jugeaient pour des activités de corruption en bande, en faisant valoir des relations d’amitié entre les magistrats et Mauricio Macri, ancien chef d’État (de droite), partant premier concurrent politique de Cristina et donc premier bénéficiaire supposé, pour ne pas dire tout simplement « commanditaire », de ce procès pénal où les preuves apportées par le ministère public contre les prévenus sont très contestées dans la gauche de gouvernement (péroniste). L’avocat accusait tout ce joli monde de partialité puisqu’ils avaient tous, juges et politiciens, l’habitude de disputer des parties de football amateur privées dans les jardins d’une des nombreuses propriétés personnelles de l’ancien président argentin.

La justice avait alors rejeté cette récusation présentée par la défense. Elle avait repoussé ses arguments en qualifiant ces activités de relations de travail normales. Ce qui en Europe nous laisse sans voix mais n’a pas paru plus surréaliste que cela en Argentine, tant ce type de pratique y est fréquent.

"Dans un climat tendu, on connaîtra
le verdict du procès des travaux publics", dit le gros titre
Tout en bas, à gauche, la situation en Ukraine
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Alors qu’on attend le verdict du procès contre Cristina qui doit tomber aujourd’hui (1) et qui surprendrait beaucoup si elle n’était pas lourdement condamnée (6 à 8 ans de prison), voilà que sortent d’autres documents qui montrent à nouveau la collusion entre des juges, des responsables politiques de droite et quelques grands patrons (pas de gauche) : un voyage qu’ils ont fait tous ensemble à Lago Escondido, un endroit discret et somptueux au cœur de la Patagonie.

Devant cette nouvelle preuve de grave manquement à l’impartialité dans le corps judiciaire, le président Alberto Fernández, pourtant en froid polaire avec Cristina Kirchner, a fait hier une allocution très solennelle où il s’est dit scandalisé de la situation (il est professeur de droit pénal de profession, il en connaît un morceau sur le thème). Il a aussi annoncé que l’État allait porter l’affaire devant les tribunaux avec une plainte déposée en bonne et due forme contre toutes les personnes impliquées dans ce luxueux voyage d’agrément.


"Quelques heures avant le verdict contre Cristina pour corruption,
Fernández porte plainte contre des juges", dit le gros titre
En bas, à droite, la situation en Ukraine
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A droite, on n’hésite pas à voir dans toute cette histoire et surtout dans la décision présidentielle une manipulation de la majorité. Un coup monté pour créer une diversion médiatique et installer un rideau de fumée pour dissimuler l’imminente condamnation de la vice-présidente en première instance.

A ce stade de l’enquête, c’est une explication un peu facile, puisqu’il y a déjà un précédent et que, toute honte bue, la justice fédérale l’a couvert.


"Verdict historique : pour la première fois,
Cristina encourt la possibilité d'une condamnation",
dit le gros titre

A noter sur les unes de ce matin : l’intérêt pour l'Ukraine renaît dans deux journaux de droite après la dernière action d’éclat du pays agressé (telle qu'annoncée par Volodymyr Zelensky dans une récente allocution) qui a frappé des cibles exclusivement militaires loin de sa frontière, dans les profondeurs du sud de la Russie. Pas un mot de cet exploit à la une de Página/12, qui ne parvient toujours pas à se détacher vraiment du camp poutinien.

Cela faisait un moment que cette guerre n'était plus à la première page.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :



(1) L’annonce de la décision du tribunal est annoncée en fin d’après-midi à 17 h 30 (pas loin de minuit en Europe atlantique). Il est prévu que Cristina Kirchner fasse une déclaration publique immédiatement après.

dimanche 4 décembre 2022

Humour spécial quart de finale [Actu]

paru dans Clarín ce matin


Comme tout le monde le sait, hier soir, l’Argentine a gagné son match de 8e de finale contre l’Australie lors d’un match où l’équipe albiceleste a clairement dominé le terrain.

Mème posté hier, avant le match
à gauche, le carpincho qui symbolise l'Argentine
à droite, le kangourou qu'on a un peu de mal à reconnaître !
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La même idée encore plus claire, posté dès le 30 novembre
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Après un tout premier match catastrophique, cette nouvelle rencontre a confirmé le soulagement ressenti par les Argentins après le second match.

"Encore trois et maintenant, fini de rigoler", dit le gros titre
Je ne suis pas sûre que ce soit de l'humour, ceci dit...
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Les mèmes et les dessins de presse rendent compte de cette euphorie et de cet optimisme qui se sont à nouveau installés dans l’opinion publique du Cono Azul.

Paru dans Clarín ce matin
La coccinelle ou bête à Bon Dieu en français est un porte-bonheur
De gauche à droite :
"Whaouh ! L'adrénaline du Mundial me fait voler"
"Mais tout n'est pas aussi simple qu'on le dit"
"Non, Monsieur !"
"'Je ne trouve pas le duty-free par exemple'
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Traduction © Denise Anne Clavilier

C’est souvent très drôle. Parfois, hélas, mais nettement moins souvent, c’est aussi de mauvais goût comme ce mème, repris par un ministre qui s’est pris une volée de bois vert, et qui symbolise le match d’hier sous la forme d’un gaucho à cheval cherchant à capturer au lasso argentin un kangourou… Bof, bof !

Paru dans Página/12 ce matin
Le riche patron buvant son thé :
"Si nous n'avions pas rejeté les invasions anglaises (1),
aujourd'hui nous serions comme l'Australie ou le Canada"
Le garçon :
"Et nous serions éliminés du Mundial"
Traduction © Denise Anne Clavilier
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Dans l’ensemble, c’est l’autodérision qui domine, comme c’est de tradition en Argentine.

Paru dans Página/12 ce matin :
Messi en don Quichotte pour la seconde fois
Notez que le match contre les Pays-Bas est déjà sur le dessin
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(bien utile pour lire les numéros sur les moulins)

© Denise Anne Clavilier



(1) On appelle Invasiones Inglesas la double tentative de la Grande-Bretagne de s'emparer de Buenos Aires puis de Montevideo et de Buenos Aires en 1806 et 1807, afin de profiter de la maîtrise complète des océans acquise après la victoire de Trafalgar contre les flottes française et espagnole (les flottes portugaise et néerlandaise étant déjà sous le contrôle de Londres par des alliances politiques qui avaient vassalisé ces deux pays). La résistance alors opposée à deux reprises par tous les habitants de Buenos Aires, unis malgré les différences de classe, annonçait le processus d'indépendance qui commença quatre ans plus tard en 2010. Il est souvent de bon ton dans la haute bourgeoisie de Buenos Aires, au Jockey Club, au sein de la Sociedad Rural, dans les rangs des partis politiques de droite, d'exprimer un regret certain que l'Argentine ne se soit pas alliée plus clairement à la Grande-Bretagne au début de l'indépendance, le mot de vie anglosaxon ayant meilleure réputation auprès de cette élite que la culture plus méditerranéenne qui prédomine en Amérique du Sud en général et en Argentine en particulier.