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lundi 21 septembre 2020

Bientôt une journée des charanguistes en Argentine ? [Actu]

Charango traditionnel (site Internet de la Province de Salta)

Le groupe des députés Frente de Todos (actuelle majorité nationale) vient de déposer sur le bureau de la chambre basse une proposition de loi pour faire de chaque 21 septembre la journée nationale des joueurs de charango, un tout petit luth andin qui joue un rôle important dans la musique rurale traditionnelle au nord du pays.

La date correspond à celle de la naissance de Jaime Torres (1938-2018), l’un des plus grands charanguistes du pays, qui s’est particulièrement illustré en créant en 1964 la Misa Criolla de Ariel Ramírez, la première messe en espagnol mise composée avant même la promulgation des décrets pontificaux fixant les textes en langue vernaculaire de l’ordinaire de la messe après la conclusion du concile Vatican II.


Jaime Torres

La proposition de loi est soutenue par un nombre considérable de musiciens populaires, parmi lesquels on trouve le nom de Teresa Parodi, l’équipe municipale de la petite ville de Hurlingham et deux formations professionnelles de charanguistes, Charangos al Oeste et Charango Argentino. Frente de Todos disposant d’une majorité solidement constituée au Congrès, la proposition devrait être acceptée dans les deux chambres.

Ce soir, dans le respect des mesures sanitaires, plusieurs hommages à Jaime Torres se tiendront travers les réseaux sociaux et sur l’antenne de TV Pública.

Pour en savoir plus :

Ajout du 22 septembre 2020 :

samedi 29 décembre 2018

Hommage à Jaime Torres au lendemain de Noël [Actu]

Une des pages culturelles de Página/12 le 26 décembre

Mercredi, différents journaux ont rendu hommage à Jaime Torres mais la mort de Osvaldo Bayer lui a manifestement fait de l’ombre. Ce sont surtout les quotidiens locaux des provinces qui ont salué sa mémoire. L’événement fait apparaître clairement la différence culturelle entre la capitale fédérale, où Bayer était très connu et très apprécié, et le reste du pays, où Torres était crédité d’une plus grande influence, à juste titre d’ailleurs.

Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12, qui a consacré au musicien la une de ses pages cultuelles
lire l’article de Página/12 du 27 décembre : un hommage de l’historien militant de gauche Pacho O’Donnell.

mardi 25 décembre 2018

Noël en deuil : Jaime Torres joue pour toujours Navidad Nuestra – article n° 5800 [Actu]


Jaime Torres venait de fêter ses 80 ans mais depuis plusieurs mois, sa santé vacillait. Le grand charangiste a rendu l'âme dans une clinique de Palermo, pendant que Buenos Aires et le reste du pays était plongé dans les préparatifs de Noche Buena (le réveillon hispanique).

Il avait été l'un des créateurs de Misa Criolla, de Ariel Ramírez, et de cette sorte de cantate folkloriste qu'est Navidad Nuestra, du même compositeur (paroles de Héctor Luna). Il avait eu l'occasion de transporter son charango jusqu'au Vatican où il avait interprété à nouveau Misa Criolla en décembre 2013, pour la fête de Notre Dame de Guadalupe, pendant la messe que le Pape François avait présidée en l'honneur de la sainte patronne de l'Amérique.

Jaime Torres était une icône du folklore argentin et de ce petit instrument à cordes pincées, qui en est l'une des plus belles expressions.

Sa disparition va laisser un vide immense.

Comme le jour est férié, les hommages dans la presse ne sont pas encore à la hauteur et tout ce qui existe a été publié en ligne.

Pour aller plus loin :

vendredi 4 novembre 2016

Abalos et Torres au Tasso ce soir et demain [à l'affiche]


Ce sont deux géants du folklore argentin qui vont présenter leur art ce soir et demain, les 4 et 5 novembre 2016, à 21h (pour le dîner), au Centro Cultural Torquato Tasso, Defensa 1575, à San Telmo : Vitillio Abalos, 94 ans, joue du bombo, le traditionnel tambour que l'Argentine doit aux déportés africains au temps des colonies et Jaime Torres, 78 ans, joue du charango, petit instrument à cordes que l'on doit probablement au métissage culturel entre l'Europe des jésuites et les m'byás dans les Missions du XVIIème siècle.


Les deux hommes proposent un concert intitulé Bombo y Charango con historias.

Entrée : 330 $ ARG, au guichet d'entrée, ce soir, s'il reste des places.

Hier, Página/12 a interviewé les deux monstres sacrés et leur a consacré la une de ses pages culturelles (ci-dessus).

Pour aller plus loin :
lire la présentation sur le site du Torquato Tasso

vendredi 1 juillet 2016

Un Stabat Mater très politique, bien criollo, aux parfums d'alpage suisse et de grand-place... [à l'affiche]

Quel manque de goût dans la communication du CCK !

Le tout nouveau Stabat Mater qui sera créé demain, samedi 2 juillet 2016, à 20h, au CCK, dans la grande salle dont le nom évolue (1), a été commandé à un compositeur suisse, Simon Ho. Il est établi à Bruxelles et a déjà vécu à Buenos Aires, en 2006, à l'invitation de la mezzo-soprano qui interprétera l'oratorio demain, Susana Moncayo. C'est elle qui a souhaité que le pianiste Simon Ho compose cette œuvre qui sera présenté demain avec la Misa Criolla, composée en 1964 par Ariel Ramírez, la première messe chantée sur l'ordinaire hispanophone (temporaire) issu de Vatican II (dont les travaux n'étaient pas encore terminés).

Le compositeur helvète est reconnu pour son excellente connaissance de la musique argentine dans toute sa diversité et ses nuances culturelles et esthétiques. Comme quoi, même en Europe, on peut découvrir l'Argentine musicale autrement qu'à travers une danse de couple...

Entrée libre et gratuite, mais limitée par un système de retrait des places aussi peu commode que possible.

Une culturelle de Página/12 avec les trois artistes
de gauche à droite : Susana Moncayo, Jaime Torres et Simon Ho

Cette méditation en musique sur la douleur de la Vierge debout au pied de la Croix où son Fils agonise est dédiée à toutes les mères qui luttent pour leurs enfants, ce qui en Argentine renvoie immédiatement au tragique et courageux combat des Mères de la Place de Mai, avec leurs deux associations divergentes, Madres de Plaza de Mayo, la plus connue au niveau international, et Madres de Plaza de Mayo Linea Fundadora, beaucoup moins sectaire du point de vue idéologique.

L'oratorio est écrit, selon la tradition européenne, pour trois voix, une soprano, une mezzo-soprano et un baryton, un quatuor de cordes, un orgue et la touche criolla est apportée par le charango, qui sera joué par Jaime Torres, le créateur de la Misa Criolla. Tout un symbole !
L'Ambassade suisse apporte son soutien à cette création mondiale.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 (interview de Simon Ho, Susana Moncayo et Jaime Torres)
lire l'article de Clarín (interview de Simon Ho).

Ajout du 2 juillet 2016 :
lire l'article de La Nación



(1) Depuis l'ouverture de ce vaste et prestigieuse centre culturel il y a un an, cette salle s'appelle Ballena Azul (en hommage aux cétacés dont la Patagonie, si chère au cœur de la famille Kirchner, est l'un des sanctuaires). Sur le site Internet relooké de l'institution, il n'est question que de la Sala Sinfónica. Mais sur le visuel digital, on voit apparaître le nom plus poétique de Ballena Azul. Et pour le reste, la communication officiel du centre est d'une tristesse et d'une austérité tout à fait affligeante, bien propre à faire peur au public, comme la modalité de retrait des places qui est, comme d'habitude dans la Buenos Aires macriste, une usine à gaz impraticable pour les gens qui sont astreints à des horaires de bureau, comme la grande majorité des Portègnes puisque la ville vit à 75 % des activités tertiaires.

vendredi 30 octobre 2015

Le nord de l'Argentine d'est en ouest en musique et à San Telmo [à l'affiche]

Pa
Ce sont deux grands de la musique de l'Intérieur, pour l'un, né à Tucumán, celle des hauts plateaux andins, pour l'autre, né dans les Misiones, celle de la forêt tropicale et des plantations de yerba mate, coincées entre le Paraguay à l'ouest et le Brésil à l'est.
L'un joue du charango (1), c'est Jaime Torres, et l'autre chante, c'est Ramón Ayala. Ils sont tous les deux de la même génération, ils sont nés dans les années 30.
Parmi ses titres de gloire, le premier s'honore d'avoir compté parmi les créateurs de la Misa Criolla de Ariel Ramírez, en 1964, et il a encore tenu le charango il y a un an dans la basilique Saint-Pierre pour une messe présidée par le Pape pour toutes les Amériques (voir mon article du 13 décembre 2014).

Ce soir, les deux musiciens se retrouvent ensemble en scène pour mélanger le chamamé de l'est à la chacarera de l'ouest au Centro Cultural Torquato Tasso, ce vendredi 30 octobre 2015, à 20h30, Defensa 1575.

Entrée : 250 $ (plus les consommations).

Musique tellurique, à forte influence amérindienne, en perspective sous ce titre : De los ecos de la puna a los cantos de la selva (des échos des hauts-plateaux aux chants de la forêt). Et ce sont leurs débuts tous les deux ensemble.

Couverture du supplément culturel de Página/12
Ayala au premier plan avec ses moustaches
Torres est au second plan

Pour l'occasion, Página/12 les a interviewés tous les deux cette semaine (interview parue hier, en une des pages culturelles). Ce fut aussi le cas du journal télévisé de la chaîne publique, Visión 7.

Le premier concert est pour ce soir. Il sera renouvelé plusieurs fois tout au long du mois de novembre. L'événement fait partie des célébrations des vingt ans de cette salle de concert de quartier.

Pour en savoir plus :
visiter le site Internet du TorquatoTasso, qui dispose aussi d'une page Facebook
Ramón Ayala a une page qui lui est consacrée sur le site de la Fundación Memoria del Chamamé avec trois morceaux à écouter parmi ses plus connus.
Jaime Torres quant à lui dispose d'un site Web complet.


(1) Le charango est un petit instrument à cordes pincées qui croise l'ancienne viole médiévale, la guitare espagnole et des instruments amérindiens, notamment la caisse de résonance, traditionnellement fournie par une carapace de tatou. Il donne l'un des sons les plus typiques de la musique folklorique du nord de l'Argentine.

samedi 13 décembre 2014

Fierté argentine après un demi-siècle de Misa Criolla [ici]

La une de Clarín aujourd'hui : un tiers de la page consacré à la Misa Criolla d'hier
Cliquez sur l'image pour obtenir une meilleure résolution

Hier soir à l'heure de Rome, hier après-midi à l'heure de Buenos Aires (cet horaire avait été choisi pour permettre aux Américains de pouvoir s'associer à la fête), la Misa Criolla de Ariel Ramírez a retenti dans les murs de la Basilique Saint Pierre, en présence du Pape François et avec l'un des premiers interprètes qui avaient créé l'œuvre en 1964, le musicien Jaime Torres, pas peu fier d'être là.

Cette messe en l'honneur de Notre Dame de Guadalupe était retransmise en direct par la télévision publique argentine, qui relayait les images émises par CTV (et toujours disponibles en vidéo à la demande, gracieusement sur le site Internet de l'Etat-Cité). TN, la télévision d'information continue fondée par le groupe Clarín et qui devrait y rester après la restructuration de cet empire, le faisait également.

Une capture d'écran de la télévision publique par le quotidien  La Mañana de Córdoba

Somptueuse interprétation et célébration pleine de ferveur, avec une homélie du Pape qui a souligné le rôle de la Vierge dans l'évangélisation du continent et l'originalité de la piété populaire dans le Nouveau Monde, pour laquelle il a rappelé le rôle joué par les peuples originaires (d'ailleurs, l'apparition dont il est fait mémoire le 12 décembre s'est adressé à un Indien, au début de la Conquête hispano-portugaise). Il a invité l'Amérique latine à inventer le monde du XXIe siècle en continuant à faire preuve d'imagination dans ses modèles de développement. Le texte devrait faire l'objet d'une publication intégrale dans L'Osservatore Romano qui paraîtra ce soir, si ce n'est déjà fait dans l'onglet Homélies du site du Vatican.

Une séance de répétition
Les Argentins, ne doutant de rien, affichaient leur drapeau national
Le drapeau a été prié d'aller se faire voir ailleurs pendant la messe.
C'est bon, on le sait, que le Vatican, c'est chez eux !

En attendant, vous pouvez aller faire un tour dans la presse argentine, cela vaut le clic de souris. Tout le monde est à l'unisson, malgré les divergences idéologiques...

Lire l'article de Página/12, qui regrette presque qu'on n'ait pas eu le droit d'applaudir (ils ne comprennent vraiment rien à la religion, dans cette rédaction, même le correspondant en Europe)
lire l'article de Clarín, qui traite de l'événement dans sa rubrique Spectacles - extra shows (eux non plus, ils n'y comprennent pas grand-chose)
lire l'article sur la Misa Criolla dans La Nación
lire l'article de La Nación sur l'homélie du Pape
lire la dépêche de Télam sur la réaction de la ministre Teresa Parodi après la célébration
lire la dépêche de Télam sur la messe avec en vidéo un petit extrait du Kyrie (sublime ! mais trop tôt interrompu par le montage).
L'ensemble de la célébration a été mis en ligne par la Casa Rosada sur son canal Youtube ! (1h 46, tout de même)
Et les quotidiens provinciaux consacrent aussi beaucoup d'espace à l'événement dans leurs colonnes.
On peut aussi lire le communiqué du Vatican en espagnol où l'accent est mis sur la dimension spirituelle et mariale de la célébration et non sur le cocorico ciel et blanc, ou celui en français qui comporte une analyse succincte de l'homélie prononcée en espagnol.

mercredi 8 octobre 2014

Carlos Saura prépare un film sur le folclore argentin [à l'affiche]


Après ses longs métrages sur le tango, le flamenco et le fado, le cinéaste espagnol Carlos Saura, 82 ans, a entamé le tournage à Buenos Aires d'une co-production hispano-argentine sur le folclore argentin. Ce documentaire, dépouillé de toute intrigue dramatique, devrait s'intituler Zonda, Folclore Argentino, et rassembler quelques unes des plus grandes célébrités du genre, dont quelques redoutables représentants du folclore for export comme El Chaqueño Palavecino (super-grosse vedette équipée d'un super-tourneur de super-star qui lui monte partout sur le continent des shows super-clinquants à la Johnny Hallyday) ou Los Nocheros (un groupe vocal qui joue à fond la carte du pittoresque et se présente sur scène dans des tenues aussi chamarrées et bucoliques qu'un packaging de yerba mate).

Ces monstres du show-bizz côtoieront des artistes beaucoup plus personnels comme Liliana Herrero et Jaime Torres, Pedro Aznar et Luis Salinas (lequel est bien plus un jazzman qu'un folkloriste tant et si bien que je me demande ce qu'il vient faire dans cette affaire).

Le pianiste Lito Vitale est de l'aventure puisqu'il assure la direction musicale du tout. Dans le mélange, devenu habituel chez Saura, Vitale sera peut-être un gage de cohérence musicale.

Certains cinéphiles adorent ce style un peu fourre-tour du Saura de l'après-franquisme (et qui, à mon humble avis, manque un peu de discernement artistique, voire politique, comme si la transition espagnole avait vidé le cinéaste de l'esprit critique acéré qu'il manifestait sous la dictature, du temps où il était le gendre de Charlie Chaplin) mais il en faut pour tous les goûts et ma foi, si ce nouveau film permet de découvrir un pan de la musique argentine dont nous ne connaissons presque plus rien (1) en dehors de l'Espagne, tant mieux...

Página/12 consacre au cinéaste et à son nouveau film le premier article de ses pages culturelles, avec interview à la clé. Et photo en couverture.


(1) Nous en connaissions quelque chose dans les années 70 lorsque Mercedes Sosa et Atahualpa Yupanqui vivaient en exil, notamment en France, et jouaient dans nos salles et sur nos plateaux de télévision.