jeudi 25 février 2016

Retrouvez-moi au Mondial du Tourisme de Paris [ici]


Cette année, je serai présente les 17 et 18 mars au Salon Mondial du Tourisme de Paris, à la Porte de Versailles, sur le stand de l'agence Human Trip, pour vous parler de l'Argentine et des nombreuses possibilités touristiques qu'elle propose dans tous les domaines : culture, arts, histoire, paysages, gastronomiques, activités de plein air, paléontologie...

Vignette promotionnelle de la RYM en province de Misiones

Il y aura une dégustation gratuite de mate sur le stand, animée par mes soins : le mate a été déclaré infusion nationale en Argentine. J'apporterai de quoi le goûter en deux ou trois versions, nature ou parfumées, avec plusieurs yerbas mate issues de petites coopératives qui travaillent de manière artisanale et participent à la Ruta de la Yerba Mate (RYM), un parcours gastronomique à travers les deux provinces de production, Corrientes et Misiones.


Je serai présente sur le salon le 17 de 10h à 17h et le lendemain de 10h30 à 16h30. Dans les deux cas, un spécialiste du Népal, népalais lui-même, Pramod Khakurel, sera là aussi pour vous évoquer son pays... Les deux chaînes de montagnes les plus puissantes au monde sur un petit stand de tourisme en économie durable : à l'est, l'Himalaya et à l'ouest, les Andes !

Affiche du tourisme de la province de La Rioja

Pour découvrir toutes les propositions de Human Trip, rendez-vous sur son site Internet.
Pour découvrir l'éventail des possibilités offertes par l'Argentine, voyez cet article que j'ai publié sur le blog de l'agence.

Vous pouvez aussi consulter le site des salons mondiaux du Tourisme (Paris, Toulouse, Lyon et Lille).

Exposition sur l'Antarctique argentine à Puerto Madero [à l'affiche]

La Base de Marambio (sans doute en été : il faut jour !)
Photo Ministère argentin de la Défense

Jusqu'au 4 mars 2016, le Ministère de la Défense propose une exposition sur la présence humaine sur l'Antarctique argentine. L'armée nationale, qui dispose du matériel spécifique, dont est démuni le ministère des sciences et des technologies, assure une présence permanente sur le continent blanc depuis 1904 sur l'actuelle base Orcadas sur l'île Laurie dans l'archipel Orcadas.

Les équipes scientifiques et militaires vivent sur la calotte glacière, qui mesure deux kilomètres de profondeur en moyenne sur le cône antarctique dépendant de la souveraineté argentine. Les températures y varient de 0° l'été à -60° C l'hiver. On a pu enregistrer un minimum de -82° C !

L'Argentine compte aujourd'hui une trentaine de bases dans lesquelles vivent et travaillent deux cents scientifiques. Le pays maintient désormais six bases permanentes sur cette partie extrême de son territoire.

L'exposition photographique se tient dans le grand Hall de l'immeuble Libertador, situé entre les rues Alsina et Paseo Colón, tout près du Vieux Port de Buenos Aires. Elle a été inaugurée hier par le ministre en personne. L'entrée est libre et gratuite.

A quelques pas de là, amarrée sur le quai droit de Puerto Madero, on peut aussi visiter la corvette d'exploration polaire Uruguay, qui assura les liaisons exploratoires jusqu'au pôle Sud depuis 1903 jusqu'à 1960, année où elle fut désarmée pour devenir un bateau-musée.

Pour aller plus loin :
lire le communiqué officiel du ministère de la Défense
lire la page consacrée à la corvette ARA Uruguay sur le site de la Marine nationale argentine.

mercredi 24 février 2016

Un sanmartinien à l'UNESCO ! [ici]

C'est approuvé depuis hier : avocat de formation (d'où son titre) (1), journaliste d'opposition sous la Dictature, exilé pour cette raison au Venezuela et figure historique du parti radical de la démocratie retrouvée (centre à centre gauche), le Dr. Rodolfo Terragno a été désigné début février ambassadeur de l'Argentine auprès de l'UNESCO pour remplacer le pianiste et militant des droits de l'homme péroniste Miguel Angel Estrella (à peu près le même âge) qui, avant le second tour de l'élection présidentielle, avait appelé à voter contre Mauricio Macri. Il a donc renoncé à son poste pour retourner vivre entre San Miguel de Tucumán, où il est né, et la France où il vit depuis qu'il s'y était réfugié pendant la dictature militaire.


Le Sénat a approuvé la nomination de R. Terragno lors de sa séance hier, au milieu d'une dizaine de dossiers diplomatiques (2). Terragno avait appelé à voter pour Macri plus par raison, pour en terminer avec l'ère kirchneriste, plus que par adhésion personnelle. Il est radical, comme tous les radicaux, il est foncièrement anti-péroniste.

Après avoir été ministre de Raúl Alfonsín, dans le gouvernement du retour à la démocratie, puis député national à deux reprises et brièvement Premier ministre (3) du Président Fernando De La Rúa (pendant un an, juste quelques mois avant la faillite du pays en 2001), Rodolfo Terragno se voit donc proposer une fin de carrière plus qu'honorable au service de la République argentine, à défaut de partir au Parlasur comme député de l'Argentine (il se présentait sous l'étiquette radicale au titre de la Capitale fédérale). Sans aucun doute, la place Fontenoy, à Paris, est une option plus prestigieuse. Lui qui a participé en 1985 aux assises de la pédagogie juste après le retour à l'ordre constitutionnel, s'est déclaré heureux d'apporter un soutien à la politique de l'éducation dans son pays en s'inspirant des modèles qui, dans le monde, rencontrent le succès, puisque l'UNESCO est le lieu où se croisent tous les spécialistes et les responsables de cette question à l'échelle du monde.

Depuis plusieurs années, Rodolfo Terragno s'est fait connaître par plusieurs livres consacré au général José de San Martín, dont un retentissant essai sur les stratégies britanniques lorsque la perfide Albion cherchait à prendre le contrôle de l'Amérique du Sud (pour la soustraire à l'ennemie héréditaire qu'était l'Espagne et compenser la perte des Etats-Unis) et les influences qu'elles ont pu avoir sur la grande épopée de la libération continentale telle que San Martín l'a conduite de 1812 à 1822, avec ce parcours cohérent qui commence à Buenos Aires, passe par Mendoza et Santiago du Chili pour mieux faire tomber, par la voie maritime, le bastion espagnol qu'était Lima.

Ces ouvrages lui ont valu d'entrer à l'Institut National Sanmartinien en qualité d'historien (4).

Espérons qu'il saura dynamiser la représentation argentine à l'UNESCO et en faire un authentique outil au service du prestige culturel de l'Argentine, comme San Martín lui-même y travaillait, discrètement, dans son exil à Paris. Il va lui falloir justifier la signification symbolique de la date de sa nomination, rendue publique le 3 février, c'est-à-dire le jour anniversaire de San Lorenzo, la mythique victoire de San Martín sur le sol national (où il n'a combattu qu'une seule fois, ce jour-là, et en qualité de colonel – pas encore de général).

Pour aller plus loin :
lire l'article de La Nación sur l'approbation du Sénat
lire l'article de Clarín sur la nomination elle-même
visiter son site Internet. Vous y trouverez pas mal d'informations sur ses livres.



(1) En Argentine, il faut être docteur en droit pour exercer le métier d'avocat comme celui de juge, les deux étant d'ailleurs interchangeables.
(2) Le nouvel Ambassadeur au Vatican avait bénéficié d'une procédure exprès puisqu'il a déjà pu présenter ses lettres de créances au Saint-Père, malgré les grandes vacances parlementaires d'été.
(3) En Argentine, la fonction de Jefe de Gabinete se situe entre celle de Premier ministre façon Vème République française et de Secrétaire général de la Présidence de la République.
(4) Il n'est pas un historien au sens que ce terme revêt dans notre monde universitaire européen. Mais il est vrai qu'il y a fort peu d'historiens dans cette acception-là du mot en Argentine. Surtout sur ces questions encore trop chargées de passions politiques que sont les hommes et les événements de l'Indépendance et du début du XIXème siècle. Il est d'ailleurs très courant en Argentine que les historiens soient en fait des journalistes plus ou moins convertis à l'histoire alors que chez nous, les deux métiers sont très différents et très rarement exercés par les mêmes personnes.

L'audience tant attendue a eu lieu, Hollande peut atterrir [Actu]

Dans son gros titre,
Página/12 raille le recours aux décrets par le Président
ces fameux décrets "pour nécessité et urgence"

Comme prévu, le Président Mauricio Macri a reçu une importante délégation d'organismes militants pour les droits de l'Homme, non pas à la Casa Rosada, comme cela avait été annoncé initialement, mais dans la résidence de campagne de Olivos, un peu plus au frais (Buenos Aires subit actuellement une canicule qui oblige les réseaux d'électricité à effectuer des délestages parce que les systèmes de réfrigération et de climatisation consomment trop d'énergie).

Ont répondu à l'invitation Abuelas de Plaza de Mayo, Madres de Plaza de Mayo Linea Fundadora, H.I.J.O.S., le CELS (qui n'était pas représenté par Horacio Verbitsky, le très kirchneriste journaliste qui en assure la présidence) et Familiares de Desaparecidos y Detenidos por Razones Políticas (familles des disparus et détenus pour raisons politiques).

Cliquez sur l'image pour lire les textes

Côté gouvernemental, le Président était assisté du ministre de la Justice et du secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme.

Tout le monde a souligné que la réunion s'était bien passée, que tout le monde a fait l'effort de surmonter ses préjugés et ses sentiments personnels pour laisser la place au dialogue sur des points concrets.

Somme de prendre position sur les déclarations négationnistes de Darío Lopérfido, ministre du gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, ce qui fait que ça ne le regarde pas constitutionnellement, le Président a simplement répondu que le nombre des disparus n'avait pas à être discuté et que le plus important était que cela n'arrive plus jamais en Argentine. Cette déclaration, qui n'est pas la première, devrait solder la querelle qui lui ait faite à ce sujet : il est clair qu'il s'inscrit dans une Argentine démocratique (même s'il a eu des termes insupportables pendant la pré-campagne électorale, à un moment où il devait croire comme tout le monde la victoire du candidat kirchneriste déjà acquis et où il cherchait sans doute à ratisser large dans l'opposition de droite).

Cliquez sur l'image pour lire les textes
Vous aurez remarqué que les deux journaux de la majorité
ont choisi la même photo et Página/12 une autre

Lors de la conférence de presse qui a suivi, sur place, Estela de Carlotto, qui a été la vedette médiatique de la rencontre, a annoncé qu'elle avait constaté que le chef d'Etat avait une certaine expression sur le visage au début de la rencontre et qu'il en avait une autre à la fin et visiblement, elle était heureuse d'avoir contribué à ce changement. Ce que Claudio Avruj, le secrétaire d'Etat, a soutenu, en se montrant particulièrement chaleureux envers Estela de Carlotto. Dans son attitude, on sent une certaine tendresse pour cette vieille dame dynamique, souriante et rayonnante... Je ne sais pas si c'est stratégie de sa part ou si c'est sincère. Il se peut que ce soit sincère parce que cette femme dégage un charisme auquel il est vraiment difficile de résister et comme elle tient un discours très raisonnable, très pacifique et conciliateur...

François Hollande est attendu dans la soirée à Buenos Aires. Il est prévu qu'il rencontre les organisations des droits de l'Homme à Palermo, au campus de l'ex-ESMA, et qu'il jette une couronne de fleurs sur le Río de la Plata pour honorer la mémoire des Français disparus sous la dictature militaire comme toutes les autres victimes de la répression du terrorisme d'Etat.

Pour aller plus loin :
lire le communiqué publié par la Casa Rosada.

Demain, hommage à San Martín à Mendoza [à l'affiche]

Plaza San Martín, Mendoza Ciudad
(photo prise en août 2014 - en hiver, si, si !)

Si vous vous trouvez à Mendoza, qui s'apprête à fêter les vendanges, ne manquez surtout pas demain, à 19h, la cérémonie d'hommage à San Martín, pour l'anniversaire de sa naissance, le 25 février 1778, à Yapeyú, de l'autre côté du pays (province de Corrientes).

C'est la Asociación Cultural Sanmartiniana qui officie. Dans les années 1950, cette association a repris les activités et le fonds documentaire de la succursale locale de l'Institut Sanmartinien, qui avait été nationalise et centralisé par Perón en 1950 (pour les cent ans de la mort du grand homme). C'est aussi l'association qui anime le musée du Passé Cuyain, dans la capitale provinciale.

La cérémonie se tiendra sur Plaza San Martín, au pied de la statue, qui est la copie de la statue de Buenos Aires, qui a été remise à toutes les capitales provinciales lors de ce centenaire de 1950.

A Mendoza, San Martín est rarement représenté ainsi en uniforme. Il revêt généralement le poncho local, selon la tradition orale restée très vivante dans cette ville où il a vécu un peu plus de deux ans et qu'il a profondément marquée de son empreinte, pendant les deux ans où il a été le gouverneur de la province (qui couvrait alors Mendoza, San Juan et San Luis).

Un peu partout dans la province auront lieu de semblables hommages. Ci-dessous, l'invitation de l'association de San Martín, là où le général avait sa propriété agricole et sa maison de campagne, où il a longtemps cru qu'il pourrait vivre jusqu'à sa mort et qu'il dut quitter en novembre 1823 pour ne plus jamais y revenir. La maison, détruite par le tremblement de terre de 1861, a été rebâtie (pas tout à fait à l'identique, mais sur le même lieu) et est devenue un musée. Un musée aujourd'hui provincial et très bien aménagé...

Cette association culturelle utilise volontiers ce portrait, réalisé à Bruxelles en 1826
et raté, selon ce qu'en disait San Martín lui-même
(cela se voit : les yeux sont très peu ressemblants)

mardi 23 février 2016

Le Museo Casa Carlos Gardel prépare sa rentrée pédagogique [à l'affiche]


En avril, les différents cours et ateliers réguliers du Museo Casa Carlos Gardel redémarreront dans quatre domaines : poésie, composition, histoire de la Orquesta Típica et fileteado, cet art décoratif si typique de Buenos Aires qui a récemment été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO.


Le Museo Casa Carlos Gardel est installé dans la maison qui fut celle du grand artiste de 1929 à son départ en tournée, au début 1933, une tournée qui s'est interrompue en Colombie dans une catastrophe aérienne qui a coûté la vie à Gardel et à son partenaire de création, le poète et parolier Alfredo Le Pera, entre autres victimes...


Le musée dépend du ministère de la Culture de la Ville Autonome de Buenos Aires.

Le trio Pereiro-Enrich-Reinaudo revient à La Trama [à l'affiche]


Comme la semaine dernière, le trio tanguero se produira demain, mercredi 24 février 2016, à La Trama, à 21h30.

La Trama est située dans le quartier de Monserrat. C'est un café culturel qui offre aux artistes un espace pour se produire et rencontrer le public comme il y en a dans de très nombreux quartiers de la capitale argentine.

Ofidio Dellasopa chez Jacqueline Sigaut [à l'affiche]


Le trio de guitaristes, Las cuerdas flojas (1), de Ofidio Dellasopa se produira ce samedi 27 février 2016, à 21h30, chez la chanteuse Jacqueline Sigaut, dans le quartier de Palermo.

Pour participer à cette soirée très bohème et bien porteña, il faut vous inscrire à l'avance auprès de l'artiste.

Décidément, ça sent la rentrée de partout !



(1) Jeu de mots intraduisible. Une cuerda floja, c'est une corde de funambule pas bien solide, donc dangereuse. Ici, les cordes en question sont celles des guitares. Un peu comme si on ne savait pas très bien à quoi s'attendre avec eux...

Andrés Linetsky samedi à Rosario [à l'affiche]

Le pianiste et compositeur Andrés Linetsky sera ce samedi 27 février 2016, à 21h30 à la Casa del Tango de Rosario (Prov. de Santa Fe).


Il se produit en formation de quintette mais le nom, c'est Cuarteto... Ne cherchez pas à comprendre, écoutez-les... Ce sont des représentants d'une ligne de tango classique et élégant, à l'opposé du tango engagé et bagarreur représenté par des artistes comme Alan Haksten, la Fernández Fierro, Tango Negro La Boca et toute cette veine...

La Casa del Tango est un complexe culturel installé dans une ancienne infrastructure ferroviaire, installé près de la rive du Paraná, que la municipalité a voulu consacrée au tango il y a un peu plus d'un an, puisque la capitale économique et culturelle de la province de Santa Fe connaît depuis de nombreuses années une véritable movida du tango... La Casa del Tango propose des concerts, des ateliers, des milongas et des pratiques de danse. Il y a un bar où on peut prendre un café et manger sur le pouce...

La rentrée approche, à Rosario comme ailleurs dans toute l'Argentine.

Pour aller plus loin :
vous connecter à la page Facebook de la Casa del Tango
consulter sa présentation sur le site Internet de la Direction municipale de la Culture.

dimanche 21 février 2016

Pas de clerc à la Biblioteca Nacional Mariano Moreno [Actu]

Il y a quelques jours, Alberto Manguel, le directeur de la Bibliothèque nationale argentine, nommé mais encore en attente d'entrer en fonction, a rendu une visite de quelques jours à l'institution, en profitant d'un court séjour au pays. Sans doute dans l'intention louable de faire connaissance en toute bonne foi et entre adultes avec le personnel. Mais des bruits insistants courent à la BN Mariano Moreno au sujet d'une prochaine vague de licenciements comme il y en a déjà eu dans de nombreuses institutions dépendant du ministère de la Culture. Or pour le moment, la BN a été épargnée et plus elle est épargnée, plus les rumeurs circulent que cela cache quelque chose de très grave.


Dans ces rencontres informelles et dont la tenue n'a même pas transpiré dans la presse, il semblerait que devant l'encadrement et les représentants syndicaux, Alberto Manguel n'ait pas voulu se prononcer sur ce point qui est la préoccupation majeure des salariés, se contentant de renvoyer à des décisions du gouvernement sur lesquelles il aurait déclaré qu'il n'avait aucun poids et n'entendait pas en avoir. Ce que les syndicalistes ont interprété non seulement comme une fin de non recevoir mais aussi comme une indifférence à leur sort humain.

Il résulte de cette visite, sans aucun doute bien intentionnée, une montée en puissance du stress au travail qui s'étend en tache d'huile dans le personnel qui se sent abandonné et méprisé. Ce qui est désastreux dans n'importe quelle organisation de travail... Comme aucune nomination par intérim n'est intervenue depuis le départ de l'ancien directeur (1), la BN n'est plus dirigée depuis le 1er janvier. Il n'y a donc personne qui ait l'autorité institutionnelle pour rassurer les salariés, leur donner un cap, casser le cours des rumeurs. Et comme la nature et les communautés de travail ont horreur du vide, l'imagination est lâchée, Radio Moquette (qu'on appelle radio pasillo en Argenitne) fonctionne à plein et l'affolement est général. Il semble bien que la visite et le peu d'information qu'elle a permis de distribuer ait donc empiré une situation déjà tendue au lieu de faire retomber ces tensions.

Ce matin, Página/12 en fait la une de ses pages culturelles avec un article, que je trouve personnellement très irresponsable, parce que le journaliste se contente de rapporter, sans aucune distance critique, les propos affolés et presque complotistes de deux délégués syndicaux remontés comme des pendules, qui s'expriment de façon péremptoire et dressent un portrait exécrable du futur directeur (2), et de deux salariés anonymes qui décrivent, sincèrement sans aucun doute, le malaise profond, presque déjà traumatique, dont souffre une majorité de salariés, abandonnés à eux-mêmes et en proie à toutes les angoisses, au milieu d'une vague de licenciements que personne n'avait vu venir, dans un secteur public concentré sur la capitale fédérale, qui se transforme ainsi en véritable bouillon de culture. Página/12 ne fait donc que jeter de l'huile sur le feu en ne triant pas dans les propos qui lui sont tenus, en ne faisant aucune analyse des symptômes psychiques qu'ils révèlent, provenant d'une collectivité professionnelle soumise à un stress intense. Or la psychologie est suffisamment développée et en pointe en Argentine pour qu'on puisse trouver des spécialistes de la question qui auraient pu faire une lecture clinique de tous ces propos au lieu qu'ils soient pris ici au pied de la lettre. Dans ces conditions-là, l'article devient un outil auto-prédictif puisqu'il renforce les angoisses des salariés qui vont le lire. On peut imaginer comment le journal va circuler demain dans les bureaux de la BN parmi les salariés qui ne sont pas en vacances !

Devant la menace d'un tel cercle vicieux, Pablo Avelluto, le ministre de la Culture, aurait intérêt à réagir dès lundi matin en nommant de toute urgence un directeur intérimaire, peut-être même quelqu'un qui vienne de l'extérieur (3) et qui puisse casser le processus pathogène qui est lancé. En tout cas, lorsque je lis cet article, je doute fort qu'il soit facile et rapide pour Alberto Manguel de ramener le calme lorsqu'il prendra effectivement ses fonctions de directeur en juillet prochain et de rassembler le personnel autour de lui dans une confiance dynamique. Si aucune mesure n'est prise, la situation va pourrir. Dans une semaine, à la rentrée du 1er mars, ce sera déjà très explosif et, à l'ouverture de la Feria del Libro, que Manguel doit inaugurer en avril, le gaz s'enflamme et ça saute !

Déjà, les syndicalistes lui attribuent une politique qu'ils rejettent fermement (celle de faire de la BN une institution élitiste, fermée, réservée à une poignée de chercheurs universitaires patentés) (4) et qu'ils combattent déjà. Et ils envisagent d'aller troubler la cérémonie d'inauguration de la Feria del Libro et quand les syndicats argentins se mêlent de semer le trouble quelque part, ils ne le font pas à moitié.

Chose curieuse, Página/12 n'a pas mis de gros titre sur cette une des pages culturelles. Ce choix est rare, il correspond souvent à un hommage à un mort illustre. Comme si le journal annonçait déjà un prochain retrait de ce directeur dont la nomination officielle avait tant fait rêver le monde. Et il n'est pas impossible que le spécialiste incontesté du livre que tout le monde admire dans la personne de Alberto Manguel ne soit pas doté du sens du management et du leadership dont il aura besoin pour naviguer par gros temps. On peut être, dans un contexte beaucoup plus délicat, devant un autre "syndrome Benjamin Millepied" et donc d'une erreur de casting... D'autant que Manguel a contre lui, aux yeux des syndicalistes et des kirchneristes et c'est bien regrettable mais c'est là, d'avoir fait toute sa carrière en dehors du pays. Dans l'article, il lui est même reproché d'avoir la nationalité canadienne, voire d'avoir perdu la nationalité argentine (alors qu'il l'a gardée). En sous-entendu, il est accusé (je pèse mes mots) ne pas être argentin, donc de ne rien comprendre au pays. Ce sont des propos d'une xénophobie honteuse, qui a du mal à s'assumer, mais qui transparaît tout de même (et ça ne sent pas très bon).

En manchette, pour en remettre une couche, le journal ne dispose que d'une seule manchette, consacrée à une pétition contre le ministre de la Culture de la Ville de Buenos Aires, Darío Lopérfido, qui a mis en doute il y a déjà plusieurs semaines la réalité du chiffre de 30 000 disparus sous la dictature. Les signataires exigent son limogeage alors que s'approche le 40ème anniversaire du coup d'Etat de 1976.

Cette fois-ci, on est peut-être en présence d'une opération de presse efficace et donc potentiellement dangereuse pour combattre ce gouvernement, car un échec de ce directeur-là à la BN aurait un retentissement fort dans l'opinion publique argentine, dans une partie de l'électorat de Macri (l'électorat modéré, de centre-droit) et dans toute l'opposition (qui s'en réjouirait), et à l'extérieur, en Espagne (Manguel est éditorialiste dans El País), aux Etats-Unis, au Canada, en Grande-Bretagne aussi sans doute. Or ce sont là des pays importants pour la diplomatie de Mauricio Macri.
Cet article paraît très peu de temps avant l'arrivée de François Hollande, dont la visite va raviver quelques blessures encore mal cicatrisées (les victimes de la Dictature), puis un mois plus tard, celle de Barack Obama, beaucoup plus médiatique à l'échelle mondiale, quelques jours avant l'audience auprès du Pape (5), qui n'aura de retentissement médiatique qu'en Argentine, à un moment où les syndicats menacent d'une grève des enseignants à la rentrée des classes dans dix jours (à cause d'un recul incompréhensible du ministre dans la négociation salariale en cours) et alors qu'apparaissent des indices concrets et certaines preuves des affaires de corruption du gouvernement précédent.

Pour aller plus loin :
lire aussi l'article de La Nación sur le succès actuel des théories complotistes, expliqué par plusieurs experts internationaux, qui attribuent ces croyances aberrantes à la perte de confiance dans les pouvoirs publics.

Ajout du 26 février 2016 :
Finalement, cet article de Página/12 aura eu le mérite de sensibiliser un certain nombre de gens qui comptent dans l'univers de la BN et des archives nationales.
Devant l'absence de réaction des tutelles lundi dernier, ils ont fait parvenir des courriers très pressants au ministre de la Culture et à celui de la Modernisation de l'Etat (6) pour soutenir le travail accompli par les salariés de l'institution et attester avec des exemples très précis du sérieux avec lequel il est conduit.
Le quotidien en rend compte à ses lecteurs aujourd'hui, dans ses pages culturelles.
Il ne fait plus aucun doute que Alberto Manguel va prendre ses fonctions dans une communauté de travail déstructurée et fortement traumatisée par de qu'elle est en train de vivre. Il ne pourra gagner la confiance de ses collaborateurs qu'en déployant sur la durée des prodiges de proximité et d'écoute, or, au cours de son bref passage à la mi-février, ce sont précisément ces qualités qu'il n'aurait pas su montrer aux salariés qui l'ont rencontré (sans qu'on puisse affirmer encore qu'elles lui manquent). La bulle d'admiration qui s'était formée autour de son nom en décembre semble avoir crevé.
Selon des témoins sur place, la souffrance au travail est un fait généralisé dans tout le secteur public national à Buenos Aires, avec des syndromes du survivant chez ceux dont l'emploi n'a pas encore été menacé. Certains de ceux qui ont voté pour Macri se sentent désorientés et trompés.

Ajout du 7 mars 2016 :
lire l'article de La Nación sur la nomination par intérim d'une directrice qui cessera ses fonctions le 30 juin (il s'agit de l'actuelle sous-directrice, Elsa Barber, qui a assisté Horacio González).

Ajout du 8 mars 2016 :
lire l'article de Página/12 sur la nomination de Elsa Barber et la suppression simultanée des ateliers d'écriture gratuits que proposait jusqu'à décembre dernier la BN Mariano Moreno dans le cadre de sa politique de développement culturel.

Ajout du 9 mars 2016 :
lire l'article de La Nación sur la suppression temporaire des ateliers et des autres cours gratuits dispensés par la BN : la directrice par intérim a assuré que ces programmes étaient en pleine révision, qu'ils n'étaient pas menacés et qu'ils reprendraient après juillet avec une offre sans doute élargie.



(1) L'ancien directeur, le sociologue kirchneriste Horacio González, s'est effectivement retiré au 31 décembre, après sa démission dès la prestation de serment de Mauricio Macri. Il avait, semble-t-il, la confiance des syndicats, qui parlent eux-mêmes de confiance de l'ensemble du personnel. Mais je ne suis pas persuadée que les syndicats en question soient réellement représentatifs de tout ce personnel. Les prises de position des syndicats en Argentine sont très critiquées par les travailleurs qui sont loin de tous se reconnaître dans ces organisations. Un peu comme ce qu'il se passe en France, avec là-bas aussi, une disjonction institutionnelle entre syndicats et administration des allocations et indemnités sociales.
(2) Un portrait qui est peut-être exact mais pour l'instant il est difficile de le savoir car ces propos sont ceux d'une personne qui s'inscrit a priori dans une relation contentieuse avec Alberto Manguel et qui soit voit ce qu'elle a envie de voir soit parle ainsi pour justifier, délibérément ou inconsciemment, les sentiments de défiance et d'hostilité qui sont déjà profondément installés.
(3) Dans l'article de Página/12, il est suggéré que cette nomination pourrait tomber sur la sous-directrice, qui est restée en poste mais qui est actuellement en vacances. Mais dans ces cas-là, il est rare que la nomination soit la bonne décision. Tout d'abord, parce que l'intéressé lui-même sait qu'il n'est là que pour très peu de temps à l'issue duquel il sera rétrogradé à sa position antérieure. Cela ne donne à la personne ni le confort psychique ni l'autorité dont on a besoin pour rassurer ses collègues et les remettre paisiblement au travail. Tandis que quelqu'un qui vient de l'extérieur et qui y retournera...
(4) Horacio González, et c'est tout à son honneur, en avait fait une institution ouverte sur le grand public, avec de grandes plages d'ouverture, y compris en nocturne et le week-end, et tout un programme d'animations gratuites, avec concerts, conférences, présentations de livres. Cette politique-là serait condamnée et on reviendrait à une bibliothèque ouverte seulement en journée du lundi au vendredi, avec peut-être même une fermeture à l'heure du déjeuner, comme c'est le cas d'une bibliothèque universitaire lambda (or Manguel vit à New-York). Ce qui bien évidemment devrait entraîner une baisse des effectifs, puisqu'il n'y aurait plus de travail ni le soir ni le week-end. Et les syndicats sont donc vent debout à cette perspective, plus encore peut-être que devant la perte du contact avec le public large et la restriction de l'accès au savoir que cela représenterait sur le plan social.
(5) L'ambassadeur argentin près le Saint-Siège a dû faire une déclaration publique sur la bonne qualité des relations entre le nouveau Président et le Pape François, parce que la volonté de Macri de donner aux relations bilatérales une tournure nettement plus protocolaire, avec quoi la culture argentine se marie assez mal, fait naître des rumeurs de dissensions personnelles entre les deux hommes. Au lendemain de l'élection de Macri, ce thème du Pape François faisait partie des points d'interrogation dont je dressais la liste... Je constate que je ne m'étais pas vraiment trompée.
(6) Et comme ce dernier, qui est le seul décideur en matière d'embauche publique, vient de placer son épouse dans l'organigramme de la direction de RTA (Radio Télévision Argentine), alors que Mauricio Macri avait promis de tirer un trait définitif sur ce mode de comportement gouvernemental qu'il reprochait, avec raison, aux Kirchner, on imagine sans peine la rage qui s'empare des salariés qu'on licencie à tout bout de champs en prétendant qu'ils sont tous des ñoquis (gens payés à rien faire, emplois de complaisance, emplois fictifs) alors qu'une partie d'entre eux au moins bosse normalement.

Corruption : les faits concrets apparaissent [Actu]

Après le cas de Milagro Sala, dans la Province de Jujuy, la dirigeante du mouvement Tupac Amaru dont certaines malversations ont été percées à jour par la Cour des Comptes argentine, c'est sur l'administration de Cristina Kirchner qu'apparaissent des faits concrets qui constituent les premières preuves de l'existence de détournements des deniers publics.

Comme j'ai eu à plusieurs reprises l'occasion de le dire ici, pendant toute la durée du gouvernement des Kirchner, mari et femme, les accusations de corruption fusaient de toutes parts dans le discours des citoyens lambda (dans l'opposition bien entendu). Idem dans la presse. Mais les preuves, les faits concrets n'apparaissaient jamais. Je conservais donc dans un coin de ma mémoire le souvenir de tout ce qu'on me disait mais sans jamais m'en faire l'écho dans ce blog.

Ce matin, Clarín publie des documents très peu ambigus à ce sujet : un système de surfacturation appliqué aux voyages officiels à l'étranger, effectués par la Présidente et ses différentes suites, où l'on voit très clairement que les factures émises par les hôtels ont été transmises à la comptabilité de la Casa Rosada sous forme de copies trafiquées. Présentées comme justificatif de frais à rembourser, elles font apparaître des montants beaucoup plus élevés que ceux réellement acquittés à l'hôtel.

Cela n'implique pas que l'argent versé en trop par le trésor public soit allé dans la poche de la Présidente. Rien ne dit non plus qu'elle soit à l'initiative de cette fraude, mais celle-ci est réalisée à partir des justificatifs concernant ses propres déplacements (1). Sa responsabilité est engagée au niveau du contrôle, a priori ou a posteriori, qu'elle aurait dû exercer au moins une fois l'an, puisque l'existence de la corruption en Argentine ne sont un secret pour personne. Si elle avait voulu un Etat aussi propre qu'elle l'a toujours prétendu, exercer son contrôle était la moindre des précautions à prendre, et même un peu plus que celles que la Justice française reproche à Sarkozy ne pas avoir prises lors de sa campagne électorale, eu égard au fait que les procédures de financement des partis politiques sont plus encadrées en France qu'en Argentine et que l'existence de malversations dans ce domaine est un tout petit peu moins en vue.

L'extrémité de la pelote aurait été tendue aux membres du nouveau gouvernement par des salariés de la Casa Rosada qui ont travaillé sous la présidence de Cristina Kirchner, qui ont été les témoins scandalisés de ces procédés irréguliers et se sont empressés de les dénoncer aux nouveaux venus dès leur entrée dans les lieux. Et les auditeurs n'ont eu qu'à aller chercher à l'endroit qu'on leur indiquait pour commencer. Le reste devrait suivre peu à peu.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Clarín, qui produit quelques unes des factures et justificatifs incriminés et identifié par les auditeurs missionnés par l'actuel Gouvernement, qui ne semble donc pas faire les choses à moitié (ce zèle est interprété comme une soif de vengeance de la part de la nouvelle majorité par Página/12 et les fidèles de Cristina).



(1) Qui plus est, ces factures font apparaître des frais de téléphonie. La suite présidentielle passait donc ses coups de fil, dans le cadre de sa mission puisqu'ils font l'objet d'un remboursement, depuis les téléphones d'un hôtel, au lieu d'utiliser des équipements chiffrés et protégés, y compris Skype, qui est gratuit, ou les téléphones de l'Ambassade, qui devraient être protégés !

samedi 20 février 2016

La Noche de los Teatros à Mar del Plata demain [à l'affiche]


Demain, pour ce dernier dimanche de semaine pleine de vacances, la ville de Mar del Plata invite tout le monde au théâtre. Les places sont gratuites pour les résidents (qui payent donc des impôts locaux avec lesquels la manifestation est financée) et à mi-tarif pour les estivants, c'est-à-dire en majorité pour des Argentins (qui ne payent pas les impôts locaux).

Hier, à partir de 10h, on a vu des files d'attente impressionnantes sur la Plaza del Agua où les entrées étaient distribuées, à raison de deux seulement par personne.

Détail de la une de La Nación ce matin
Le journal reste stupéfait par le succès rencontré par la distribution des entrées hier

On attend plus de 10 000 spectateurs, sur 55 spectacles différents répartis dans toute cette grande ville balnéaire, située sur la côte atlantique.

C'est la cinquième édition de cette manifestation, qui pour la première fois se prolongera aussi pendant cette dernière semaine de février. Une bonne manière de retenir le vacancier jusqu'au dernier moment.

Pour aller plus loin :

Après Mick Jagger, le Niceto Club [à l'affiche]


Le groupe Amores Tangos vient de faire beaucoup parler de lui et à coups de trompette encore ! Ce sont ces musiciens que la vedette des Rolling Stones avait choisi de rencontrer et d'inviter au restaurant à Buenos Aires pour s'initier aux tendances du tango contemporain. Leur photo aux côtés de la star mondiale a donc fait le tour du monde.

Un beau coup de pub pour le concert qu'ils donneront ce soir, samedi 20 février 2016, à 21h, pour la première fois au Niceto Club, une petite salle de Palermo, rue Cnel Niceto Vega 5510, pendant cet avant-dernier week-end carnavaleux.

Prix des places : 150 $ ARG sur place (120 si vous les achetez par avance, mais il est sans doute déjà trop tard au moment où je public ces lignes).

Página/12 leur consacre donc un article et une interview dans ses pages culturelles.

Pour ces débuts au Niceto, Amores Tangos a invité trois chanteurs : El Negro Falótico, Osvaldo Peredo et Cucuza Castiello.

Pour aller plus loin :

Avant Hollande puis Obama, l'accent est mis sur les Droits de l'Homme [Actu]

Mercredi prochain, arrive à Buenos Aires le président de la République française en provenance de Lima. Pendant deux jours, François Hollande sera reçu à la Casa Rosada, signera une vingtaine d'accords bilatéraux, commerciaux et industriels pour la plupart, et se rendra sur le campus de l'ex-ESMA pour un hommage aux Français assassinés pendant la Dictature, dont plusieurs le furent dans cet ancien centre de détention et de torture clandestin devenu Centre culturel des Droits de l'Homme. Il y rencontrera les associations des droits de l'homme qui avaient l'appui de la France de François Mitterrand pendant ces années sombres et les premiers temps du retour à la démocratie. Un mois plus tard, arrive, en provenance de La Havane cette fois-ci, Barack Obama, dont l'ambassadeur en Argentine vient de déclarer qu'il souhaitait souligner, à travers ce déplacement, l'engagement commun des Etats-Unis et de l'Argentine dans la démocratie et les principes des droits de l'Homme. (1)

En préparation de ces deux visites très symboliques, le Président Mauricio Macri vient d'annoncer qu'il allait personnellement recevoir mardi Estela de Carlotto et le bureau de Abuelas de Plaza de Mayo à la Casa Rosada.

Estela de Carlotto a bien l'intention de remettre sur le tapis ce dont elle a déjà discuté avec le Premier ministre, le ministre de la Justice et le secrétaire d'Etat aux droits de l'homme il y a moins d'un mois et de réclamer encore et toujours la libération de Milagro Sala (laquelle dépend de la justice provinciale de Jujuy et non pas du pouvoir exécutif national) (2), alors même que la Cour des Comptes vient de publier un rapport sur des malversations attestées dans la gestion de l'argent public par l'organisation péroniste Tupac Amaru et sa dirigeante, Milagro Sala.

Página/12 voit dans cette initiative présidentielle une démarche sournoise et hypocrite, correspondant à une communication machiavélique planifiée longtemps à l'avance pour donner le change, et suggère que Mauricio Macri se fait dicter son agenda par les chefs d'Etat invités (enfin, surtout par Obama !) auxquels il fait sa cour contre un plat de lentilles.
Il se pourrait toutefois que la réalité soit beaucoup moins sordide et minable et que le président argentin ait tout simplement organisé rationnellement son agenda, en fonction des priorités de sa politique et de sa charge de travail pendant l'été (3), comme n'importe quel autre chef d'Etat constitutionnel partout sur le globe...

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur la prochaine audience donnée à Estela de Carlotto (et seulement elle)
lire l'article de Clarín, qui embraye sur la même interprétation complotiste de soumission aux puissances étrangères (cette mode du complot que le très regretté Humberto Eco attribuait chez les journalistes à une paresse intellectuelle et une grande indigence de culture historique et même générale - à écouter sur France Culture)
lire l'article de La Prensa, nettement moins paranoïaque
lire le communiqué très sobre de la Casa Rosada (deux phrases)
Vous noterez que l'article de Página/12 donne une liste d'associations reçues mardi prochain tandis que la Casa Rosada ne mentionne que Abuelas de Plaza de Mayo, avec une forte personnalisation sur le nom de sa présidente.

Lire par ailleurs l'article de Clarín sur les explications de l'Ambassadeur des Etats-Unis, qui a justifié le choix de la date du voyage d'Obama par l'optimisation de l'agenda du président nord-américain (pas bien sorcier, tout ça ! et pas idiot pour gagner du temps tout en épargnant le kérosène et donc l'atmosphère de notre pauvre planète...) (4)
lire le billet d'opinion de Martín Granovsky, de Página/12, qui, visiblement, ne décolère pas d'avoir vu lundi dernier Mauricio Macri visiter la ex-Esma alors qu'il ne l'avait jamais fait en sa qualité de chef du gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires (5).
Tout se passe comme si cette visite était une insulte, comme s'il y avait une obsession délirante dans le regard porté sur cette visite. La complaisance de la rédaction de Página/12 dans une hostilité figé dans un temps à jamais immobile, l'interprétation systématique en mauvaise part et l'invective au bord de la plume est un phénomène assez troublant pour des démocrates formés aux mœurs politiques européennes, beaucoup plus pacifiques et conciliantes. Mauricio Macri, quant à lui, semble bien s'inscrire dans une dynamique d'évolution des relations politiques à l'intérieur et à l'extérieur.



(1) Si Macri était l'odieux partisan des putschistes qu'un certain nombre de kirchneristes veulent voir en lui, il aurait pu attendre un peu pour inviter un président des Etats-Unis alors que celui-ci se trouve dans la toute dernière année de son dernier mandat. Une brute épaisse comme Donald Trump (Dieu protège le monde de son élection) serait plus proche d'un tel idéal qu'un Barack Obama, avec son histoire personnelle de fils d'Africain et son Obamacare, abomination de la désolation pour un néolibéral à la sauce guerre froide côté Reagan.
(2) Et c'est un problème de démocratie, cette absence de respect de la séparation des pouvoirs, entre pouvoirs national et pouvoir provincial et entre pouvoir exécutif et pouvoir judiciaire, de la part d'organisations qui disent vouloir défendre les droits de l'Homme !
(3) Au bout d'un peu plus de deux mois de pouvoir, il semble assez clair que sa priorité était de dresser un état de la situation institutionnelle et budgétaire aussi fiable que possible, d'éliminer le risque -visiblement bien réel- de sabotage de son action par les militants de son opposition infiltrés assez profondément dans l'appareil de l'Etat, de mettre en place de nouvelles pratiques institutionnelles (ce qui n'était pas une mince affaire) et de faire savoir tout cela au monde pour repartir sur ce qu'il estime être des bases saines et renouer le dialogue avec des partenaires et des créanciers convaincus de la nocivité de la diplomatie argentine, sans pour autant casser ce qui marchait déjà : système social, infrastructures culturelles (y compris celles de l'ex-ESMA), politique scientifique et développement technologique...
(4) Les Argentins fonctionnent en permanence dans l'improvisation. Ils semblent avoir beaucoup de mal à imaginer qu'il n'en va pas ainsi en Europe, au Canada, aux Etats-Unis ou au Japon. On s'en aperçoit quand on travaille concrètement avec des Argentins : il est à peu près impossible de leur faire prendre une décision sur une date avec plus de 15 jours d'avance... Et il faut vraiment le vivre pour le croire !
(5) C'est oublier un peu vite à quel point Cristina Kirchner avait identifié le lieu et l'ensemble du projet à sa personne et qu'il lui fallait se démarquer d'elle pour incarner une autre voie politique crédible dans un contexte d'hostilité idéologique exacerbée, qui continue de se manifester aujourd'hui dans le ton de Página/12 et l'attitude d'un certain nombre de responsables kirchneristes, mais uniquement parmi les plus fanatiques (il y en a déjà qui, au Congrès, ont quitté le bloc FpV, et il en va de même des gouverneurs et des maires dont certains mettent pas mal d'eau dans leur vin).

vendredi 19 février 2016

La politique sociale de Macri passera par la fiscalité [Actu]

Cliquez sur l'image pour lire les textes
L'info a droit au plus gros titre
et à la photo couleur grand angle fournie par la Casa Rosada

L'annonce a été soignée. Le communiqué officiel de la Casa Rosada est illustré de petits schémas récapitulatifs très clairs, sobres, très soignés du point de vue esthétique. En lieu et place des très longs discours de Cristina (un brin triomphalistes), des énoncés dynamiques, didactiques et des illustrations. La génération Powerpoint est au pouvoir. C'est normal : beaucoup des personnes qui travaillent maintenant au gouvernement viennent de l'entreprise privée où ce logiciel est le roi de la réunion de service, en Argentine comme partout ailleurs dans le monde.

Cela ne suffit pas à convaincre tout le monde : l'opposition kirchneriste, qui s'exprime à travers Página/12, critique avec sarcasme ce train de mesures qui paraissent largement insuffisantes et Sergio Massa, un opposant plus conciliant, estime qu'il faut faire encore un effort pour qu'elles soient vraiment justes. Il demande en particulier que les tranches d'imposition soient revues. Un travail de refonte qui ne sera entrepris que l'année prochaine, a aussitôt fait savoir la présidence.

Cliquez sur l'image pour lire les textes

De quoi s'agit-il ? D'élever le seuil d'imposition sur le revenu (notamment le revenu dit du travail, autrement dit celui des salariés) et d'augmenter en même temps un certain nombre d'allocations familiales pour les non imposables. De cette manière, le revenu net de ces contribuables va augmenter dans des proportions non négligeables si les évaluations gouvernementales sont justes (1). C'est aussi une manière de contrebalancer l'inflation, dont Mauricio Macri a redit qu'il mettrait tout en œuvre pour la réduire le plus tôt possible.

Les mesures fiscales sont prises à effet rétroactif au 1er janvier de cette année.

Ce paquet de mesures répond, partiellement, à une vieille revendication syndicale qui veut voir supprimer les impôts sur les revenus du salariat, car seul les impôts sur le revenu, en toute exactitude sémantique, ne devraient toucher que les revenus du capital et non le salaire du travail. Ce n'est pas faux, mais cela fait très longtemps que le système fiscal à peu près partout dans le monde (hors pays communistes) fait peser le système des contributions sur tous les citoyens, qu'ils soient salariés ou rentiers (avec des différences souvent très injustes entre le taux d'imposition sur les salaires et celui appliqués aux produits financiers et aux bénéfices du capital investi en actions et obligations).

En outre, le bénéfice des allocations familiales (2) va être élargi à des catégories de personnes qui n'y avaient pas droit puisqu'ils étaient au-dessus du plafond de revenus. Comme ce plafond va être doublé, on devrait passer de 2,9 millions d'enfants donnant lieu à versement à 4,1 millions. Sur une population totale de 40 millions d'habitants, ce n'est pas tout à fait rien. Par ailleurs, la prime de rentrée, versée aux familles les plus démunies, sera en mars de 808 pesos par enfant scolarisé.


L'opposition estime que ces mesures vont en fait bénéficier à un tout petit nombre de personnes réelles et que le discours du président était ficelé pour embellir la situation. Toujours est-il que tous les quotidiens font leur une sur ce train de mesures qui doit donc signifier quelque chose.

Pour aller plus loin :
lire le communiqué du Gouvernement avec ses petits schémas façon Powerpoint
lire l'article de Página/12, très critique (je perçois une petite nuance de dépit dans le ton)
lire l'article de La Nación, plutôt favorable (même si tout au long de la journée, le quotidien a relayé les critiques plus ou moins acerbes qui accueillent la nouvelle)

En même temps que l'annonce fisco-sociale est faite, une autre annonce conforte les soupçons de la gauche anti-macriste : Barack Obama viendra en visite officielle à Buenos Aires les 23 et 24 mars prochain, alors que le 23 mars marquera le 40ème anniversaire du coup d'Etat de Videla, dont la dictature a été ouvertement appuyée par les Etats-Unis de Ronald Reagan. Página/12 y voit une menace pour les droits de l'homme et la démocratie, un retour en arrière dont il diagnostique les symptômes dans la tentative, hier jeudi, de la police d'interdire l'accès de Plaza de Mayo à la ronde traditionnelle des Madres de Plaza de Mayo (lesquelles ont finalement marché derrière une banderole contre les licenciements dans le secteur public, c'est-à-dire une cause qui n'a rien à voir avec leur objet social qui les réunit tous les jeudis à cet endroit, et ceci de la part d'une organisation qui traite le président démocratiquement élu d'ennemi et de dictateur). Página/12 croit à une manipulation volontaire de l'opinion publique, à un enfumage de la part d'un Macri, suppôt du Satan impérialiste figé un rôle de bourreau suceur de sang. Sans tomber dans l'angélisme ni le "bisounoursisme" béat, on peut faire la lecture inverse de cette succession d'événements : Obama vient le 23 pour symboliser le changement radical et définitif de la relation des Etats-Unis avec l'Amérique latine en général (il arrivera de Cuba où il aura rencontré Castro, après 60 ans d'hostilité entre les deux pays). Macri a visité l'ex-Esma au début de la semaine et s'y est laissé photographier dans des lieux qui n'accordent aucune place au doute quant à la réalité historique et politique des crimes qui s'y sont commis parce qu'il voulait signifier le changement de cap de cette droite à laquelle il appartient (et Obama aussi) et l'adoption définitive des valeurs démocratiques. Et il annonce aujourd'hui ces mesures socio-fiscales parce qu'il veut une rentrée sous le signe de la lutte contre la pauvreté dans une économie libéralisée (plutôt que, comme au cours des douze années passées, dans une économie à fort interventionnisme d'Etat). Chacune de ces lectures a sa cohérence et il me paraît tout de même un peu tôt pour en décider. Laissons Obama arriver, on verra bien, ce n'est pas le diable, cet homme-là ! En revanche, il me paraît clair que l'opinion kirchneriste n'est pas mûre aujourd'hui pour accepter la seconde interprétation, ni à Página/12 ni dans les associations de droits de l'homme (même si on met Madres de Plaza de Mayo à part) et le tort de Macri est peut-être de vouloir forcer la marche en avant (encore que ce soit aussi le courage de l'homme politique que de ne pas aller dans le sens du poil).

Ajout du 23 février 2016 :
lire cet article de Página/12 que relaie les observations du médiateur du troisième âge, qui a constaté qu'environ 110 000 retraités jusqu'à présent non imposables devront acquitter des impôts cette année, à cause des nouvelles règles.



(1) Mais il est bien difficile d'imaginer le degré d'exactitude de ces projections puisqu'on vient d'en avoir la confirmation, l'INDEC, l'institut national de statistiques, est dans un piètre état et sort des chiffres à la va comme je te pousse, or les mêmes causes provoquant les mêmes effets, si l'Indec fonctionne si mal, il serait bien étonnant que l'AFIP (l'administration du Trésor Public) travaille mieux. Donc le gouvernement n'a pas que s'appuyer sur des données encore douteuses.
(2) En Argentine, les allocations familiales sont versées sous condition de plafond de revenu.