mardi 12 juillet 2016

Retour au Faro pour Cucuza [à l'affiche]

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Demain soir, mercredi 13 juillet 2016, à 20h (c'est très très tôt), le chanteur Cucuza Castiello vous invite à le rejoindre dans son repaire, le Bar El Faro, dont il a obtenu il y a plusieurs années maintenant qu'il soit inscrit dans la liste des Bares Notables de Buenos Aires pour son caractère traditionnel et sa forte implication dans la vie culturelle et artistique de la capitale argentine. Vous connaissez déjà son adresse si vous êtes un habitué de Barrio de Tango : esquina Constituyentes y La Pampa à la limite entre trois quartiers de l'ouest de Buenos Aires, Villa Urquiza, Villa Pueyrredón et Parque Chas.

Ce sera l'occasion de mêler deux passions : le tango et le football. Et il y a beaucoup de chansons de tango sur le football dans le répertoire ancien comme dans les créations actuelles.

Il a donc invité des joueurs et des commentateurs très appréciés du public. Grâce à une super-brochette de sponsors, dont Eurosport !

Mieux vaut réserver votre place dès maintenant si vous avez la chance d'être à Buenos Aires en ce moment (si vous y habitez à l'année, vous le savez déjà !)

lundi 11 juillet 2016

Le Bicentenaire à travers les unes nationales du lendemain [Bicentenaire]

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Hier, se tenait le troisième jour des festivités du Bicentenaire, concentrées sur la capitale fédérale. Les unes des journaux portaient toutes sur le succès populaire qu'ont connu les célébrations à San Miguel de Tucumán et dans toutes les autres villes d'importance car pas une n'avait boudé l'événement, même dans les trois provinces dont les gouverneurs n'ont pas voulu se rendre à San Miguel se joindre au président de la Nation.

Página/12 reprend la formule de Cambiemos sur le récit K (le récit kirchneriste)
et tente de le retourner contre Mauricio Macri (le récit macriste)
El relato K désigne la façon de raconter
l'histoire du pays et l'action du gouvernement qu'a développée Cristina Kirchner

Toutes les unes sauf celle de Página/12 qui se tient sur une réserve dédaigneuse et ne consacre au discours de Mauricio Macri qu'une petite manchette où il déforme les propos du chef de l'Etat : "Cher Roi, ces hommes [les députés qui ont voté l'indépendance] ont dû avoir quelque angoisse de se séparer de l'Espagne", alors que, je peux le dire pour l'avoir écouté in extenso, Macri parlait des hésitations (bel et bien historiques) (1) des constituants à l'heure de rendre le pays indépendant comme on peut avoir des craintes à s'assumer et à prendre la responsabilité de construire un pays sans plus pouvoir reporter la faute des éventuels échecs aux autres (claire allusion aux slogans kirchneristes, qui attribuent aux puissances impérialistes les difficultés de l'Argentine). La phrase de Macri ne s'adressait pas à l'Espagne et n'était nullement une remise en question de la décision prise il y a deux cents ans (mais alors vraiment pas !) mais une critique, certes très sévère et même cruelle, du complotisme permanent qui sous-tend le discours péroniste (notamment celui de Página/12) (2). Le reste de la une parle d'autre chose et profite de l'occasion pour faire un bilan ravageur de la politique économique du nouveau gouvernement, accusé de toutes les perversions politiques, mensonge, maquillage des données (avant, c'était l'opposition qui accusait l'INDEC de fournir des chiffres faussés), appropriation des décisions efficaces du gouvernement précédent. Bref, Página/12 fait aujourd'hui ce qu'il reprochait il y a sept mois à La Nación et à Clarín. C'est triste...

Hier, La Prensa n'a pas publié en ligne sa une du jour.

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Ce matin, deux éditoriaux montrent ce renversement dans le paysage médiatique argentin.
Dans La Prensa, c'est un gouverneur radical (alliance Cambiemos majoritaire dans le pays) qui décrit le changement intervenu dans le pays, l'arrivée d'un pluralisme authentique et ce en quoi il voit une neutralité idéologique dans les cérémonies officielles (3).
Dans Página/12, c'est Horacio González qui part en croisade contre un gouvernement à qui il reproche de ne plus tenir le même discours historique que le précédent, alors que le discours du précédent était lui aussi un récit tout aussi simpliste que celui qu'on critique aujourd'hui. Je l'analyse dans un autre article de ce jour.

Pour aller plus loin :



(1) C'est bien parce qu'ils éprouvaient une certaine angoisse devant la gravité de leur décision, sachant quelles représailles s'étaient abattues sur les peuples qui avaient déjà déclaré leur indépendance en 1811 dans le nord du continent, qu'ils ont mis aussi longtemps à faire cette déclaration. Depuis Mendoza, San Martín a travaillé au corps les trois députés de Cuyo avant d'arriver à les convaincre de prendre cette décision. Donc, oui, Macri avait raison : ils ont été pris de vertige à l'idée de se séparer de la puissance coloniale.
(2) Et comme d'habitude, il est des plus probable que la vérité politique se trouve au milieu. Il y a dans les échecs de l'Argentine une responsabilité des pays industriels qui font tout ce qu'ils peuvent pour tenir dans un degré inférieur de développement les pays issus de la colonisation et une responsabilité des gouvernants nationaux et des citoyens qui les élisent, puisqu'ils font souvent des choix politiques contraires aux intérêts du pays et se laissent souvent aller à une corruption rampante et omniprésente, qui ruine les potentialités du pays tout entier.
(3) Neutralité est sans doute un bien grand mot mais il est clair que les lignes choisies sont pacifiées et relèvent beaucoup moins qu'avant d'un sectarisme partisan.

El Día Nacional del Bandoneón, c'est aujourd'hui ! [à l'affiche]

Aníbal Troilo vu par Hermenegildo Sábat
au fronton de la Esquina Homero Manzi, esquina San Juan y Boedo (Boedo)

Au lendemain de ces trois jours très festifs partout en Argentine mais notamment à Buenos Aires où les célébrations officielles se tenaient hier, après celles de Tucumán samedi, voici que se célèbre aujourd'hui comme tous les 11 juillet depuis un bon nombre d'années, le Día Nacional del Bandoneón, anniversaire de la naissance du Bandoneón Mayor de Buenos Aires, le compositeur, interprète et chef d'orchestre, Aníbal Troilo...

La Academia Nacional del Tango consacrera donc son Plenario du jour, ce lundi 11 juillet 2016, à 19h30, à ces festivités tangueras, dans la salle du Museo Mundial del Tango Horacio Ferrer, au premier étage du Palacio Carlos Gardel, avenida de Mayo 833.

Entrée libre et gratuite.


On nous annonce de nombreux artistes pour venir fêter la journée. Si nombreux et si divers que l'invitation n'en fait pas la liste.

Au programme musical, le tango rituel est toutefois cité : Quejas de Bandoneón (on ne pouvait pas faire moins) dans un enregistrement historique qu'en fit Pichuco Troilo le 16 décembre 1958, enregistrement dont on peut avoir une idée, à distance, grâce à l'encyclopédie du tango en ligne qu'est le site argentin Todo Tango.

Le Bicentenaire à voir en vidéo [Bicentenaire]

La Casa Rosada, l'agence Télam, la Televisión Pública et les sites Internet de plusieurs quotidiens ont mis en ligne sur leur canal Youtube des retransmissions intégrales ou sous forme d'extraits des différentes manifestations officielles de ce long week-end très festif, tant à Tucumán samedi, le jour même, qu'à Buenos Aires, dimanche.

La musique du Regimiento de Patricios
lors d'une précédente démonstration dans un stade moins rempli qu'hier
Sont-y pas beaux avec toutes ces couleurs bien espagnoles, soit dit en passant
Photo Casa Rosada
Cliquez sur l'image pour obtenir une très haute définition

Hier, j'ai profité du temps (interminable) des journaux télévisés français qui ne parlaient que de foot pour me faire un rapide aller-retour virtuel à Buenos Aires, pour voir une heure et demie de ce très long meeting international de musique militaire où la formation d'un régiment de parachutistes stationné à Toulouse participait à la rencontre, en uniforme garance et bleu marine du plus bel effet sur la pelouse verte du terrain de polo du quartier de Palermo.
Dans le désordre et pour autant que ma mémoire ne me fasse pas défaut, j'ai entendu Auprès de ma blonde, La Marche du Régiment de Sambre et Meuse, La Galette, La Marche consulaire et un Mi Buenos Aires querido chanté assez peu tanguero (mais quel hommage de Toulouse à son fils argentin, Carlos Gardel !). Ils auraient eu encore plus de succès en balançant la Marcha de San Lorenzo (après tout, San Martín est mort en France et il est le principal héros de ce chant patriotique argentin !). Le chanteur aurait entendu tout le monde l'accompagner avec une ferveur dont il ne serait pas revenu à l'heure qu'il est !
La version militaro-franchouillarde d'un des classiques du répertoire populaire national dont cette formation nous a gratifiés a bien fait rigoler la très sévère ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, au visage plutôt revêche à son ordinaire. Elle s'est bien marré aussi en écoutant la fanfare des US Marines dans une interprétation (sans risque) (1) de Don't Cry To Me, Argentina  mais ce qui a dû la faire sourire, c'est que la réalité historique sur quoi surfe Evita, ce n'est pas vraiment la tasse de thé de l'actuelle majorité au pouvoir.

Quant à la délégation chilienne, elle a consacré une partie de sa prestation à deux morceaux de Astor Piazzolla, Adiós Nonino et Libertango. Je n'ai pas vu que ça ait provoqué de sourires amusés sur les visages des ministres et du Président, qui n'était plus là lorsque les Français se sont présentés sur la pelouse. On a plutôt vu des sourires attendris par le salut symbolique et amical du peuple frère et même l'aboyeur officiel a relevé ce choix lorsque la fanfare chilienne se retirait (pas un mot au départ des Français et des Marines).

Un défilé sur Avenida del Libertador, dans Palermo, a duré plus de cinq heures : un mélange de défilé militaire traditionnel et de corso fleuri en plein hiver, avec chars et autres éléments fantaisistes, avec toutes les tenues traditionnelles et les activités sportives et culturelles du pays. C'était la première fois que des régiments défilaient à nouveau dans les rues de la capitale fédérale pour une célébration nationale. Les journaux disent que ce défilé d'une armée enfin démocratique et d'un peuple représenté dans sa diversité a connu un vrai succès populaire et les images semblent le confirmer.

Casa Histórica de San Miguel de Tucumán, toute parée pour le bicentenaire
Photo Casa Rosada

Tôt dans la matinée, épuisé par sa récente tournée en Europe suivie des déplacements à Salta puis à Tucumán, le Président Macri avait fait savoir qu'il déclarait forfait et n'assisterait pas aux festivités d'hier. Son tweet a causé une tel scandale dans la presse et l'opinion publique qu'il s'est résolu à prendre sa place dans les deux tribunes d'honneur, avec sa fille qui vient d'entrer à l'école primaire, à l'image des scènes similaires à Washington avec les présidents Clinton et Obama, tous deux père de fillettes au moment de leur élection.
Encore heureux, tout de même, qu'il ait surmonté sa fatigue : c'est lui qui l'a voulu, ce mandat de chef d'Etat !

Pour vous en mettre plein la vue :
la célébration du bicentenaire de la Déclaration d'indépendance à la Casa Histórica de San Miguel de Tucumán pendant 3h03 (en haute définition), avec une visite spéciale du musée sur les pas du couple présidentiel (on ne fait pas mieux) – soit dit en passant, la première dame était d'une élégance extraordinaire !
la rencontre internationale des musiques militaires (3h17 en haute définition)
le défilé militaire et civil sur Avenida del Libertador (5h17 en basse définition), avec les régiments historiques de l'époque révolutionnaire, le Regimiento de Patricios (la milice de notables qui était commandée par Cornelio de Saavedra, en mai 1810, reconnaissable à son écharpe rouge sur vareuse azur son chapeau haut-de-forme et son plumet retenu par une cocarde rouge, une tenue très proche de la tenue des civils portègnes en 1800) et le Regimiento de Granaderos a Caballo General San Martín (le corps d'élite fondé par San Martín le 12 mars 1812 et qui a été reconstitué en 1903 comme escorte présidentielle et symbole d'unité nationale). Autre présence très populaire dans ce défilé, auquel a assisté une partie militariste et droitière de la population, c'est certain : les associations de vétérans de la guerre des Malouines de 1982, une guerre qui marque profondément la conscience argentine eu égard au caractère très particulier de cet archipel dans l'histoire du pays (il a été pris par une action de guerre par la Grande-Bretagne, en 1833, sans déclaration de guerre, un acte particulièrement illégal même dans le monde tel qu'il existait en 1833, où l'Argentine était un pays indépendant reconnu par le Royaume-Uni en 1824)
la synthèse des trois jours de fête en un tout petit moins de deux heures par Televisión Pública



(1) Evita est une comédie musicale typiquement anglo-saxonne, qui n'a donc que fort peu à voir avec ce que représente Evita Perón en Argentine... Les Français se sont beaucoup plus exposés que leurs confrères de la marine des Etats-Unis : chanson en castellano pur portègne garanti que le chanteur a interprétée dans le texte. Une gageure sur le sol argentin !

Página/12 se fait son bicentenaire de son côté [Actu]


Página/12 continue de bouder les célébrations officielles, faisant passer son différend politique avec le nouveau gouvernement devant un symbole d'unité nationale et de pluralisme pacifique.

Il a choisi hier de confier l'article principal de son supplément économique Cash à un économiste émérite et hétérodoxe de l'Université de Buenos Aires (UBA) : sous le titre Pour un autre bicentenaire, Mario Rapoport analyse le problème de la dette, que Mauricio Macri a choisi de régler en totalité et immédiatement, au détriment de la consommation intérieure, y compris à des créanciers procéduriers qui s'enrichissent en spéculant sur les dettes souveraines des pays les plus fragiles, tout ce que déteste la gauche péroniste. L'universitaire revient sur les heures économiques sombres de l'histoire récente : la phase ultra-libérale sous la présidence de Carlos Menem, élu pourtant sous la bannière péroniste mais aligné sur la politique thatchero-reaganienne des année 90, puis l'effondrement de l'économie nationale qui s'en est suivi en décembre 2001 et reste dans la mémoire des Argentins comme l'un de leurs pires cauchemars.

Et ce matin, l'un des éditoriaux est signé par Horacio González, le très kirchneriste sociologue qui fut le directeur de la Biblioteca Nacional Mariano Moreno pendant les douze ans des trois mandats Kirchner. Dans cet article, l'opposant critique vertement l'actuel gouvernement pour son sens de l'histoire qui serait un contresens voulu, destiné à tromper l'opinion publique sur la réalité du passé argentin. Il parle d'un récit national fait de mythes superficiels qui écrasent les analyses authentiques. En fait d'analyses authentiques, il se réfère à une lecture très partisane de l'histoire, la lecture du revisionismo, qui tort lui aussi le récit dans un sens scientifiquement contestable. Et par ailleurs, le sociologue voudrait que les manifestations officielles rendent toute la palette de la complexité universitaire en matière historique, ce qui n'est bien entendu jamais possible. Les cérémonies officielles ne font jamais que se fonder sur une représentation simplifiée de l'événement commémoré. Et comment pourrait-il en être autrement ? Une commémoration patriotique n'est pas un colloque scientifique.


Marche arrière toute, c'est partie ! Patrie ? Non marche arrière (1). 2016 , 2001, 1992, 1982, 1976, 1955... Super chouette ! Le film à l'envers... Et on revient au vice-royaume ! (2)
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Et dans sa mini-BD du jour (ci-dessus), Miguel Rep reprend un nouveau personnage, qui remplace peu à peu son Culpo des années Kirchner : il s'agit d'un crabe. Le crustacé se déplace toujours latéralement mais le caricaturiste de presse le fait marcher à reculons pour mieux servir ses démonstrations. On le voit aujourd'hui remonter le fil du temps, symbolisant la nostalgie du temps colonial prêtée à Mauricio Macri (3), avec les dates qui symbolisent toutes des catastrophes (4) pour finir par se piquer sur une imaginaire couronne royale, emblème de l'Ancien Régime. Le dessin est génial. L'idée peu nuancée qu'il véhicule est plus agaçante comme le reste des prises de position du journal... D'autant que si les quotidiens de droite mentaient en parlant du succès populaires des fêtes du Bicentenaire pendant ces trois jours, il ne fait guère de doute que Página/12 en ferait des gorges chaudes. Mais sa politique a été pendant ces fêtes de ne pas en parler du tout, ce qui est une façon de ne pas rendre compte de la réalité.

Pour aller plus loin :
lire l'éditorial de Mario Rapoport
lire l'éditorial de Horacio González



(1) Jeu de mots comme Página/12 les aime : pa' trás est la forme contractée, très argentine, de para atrás (littéralement pour arrière, donc marche arrière).
(2) Il semblerait que Miguel Rep ait abandonné depuis plusieurs mois une caricature de Mauricio Macri en une espèce de shadok doté d'un nez en forme de bec de cigogne. Il l'avait baptisé Birrey (deux fois roi, ce qui se prononce presque de la même manière de virrey, c'est-à-dire vice-roi). Si effectivement il a abandonné Birrey et l'a remplacé par Jo el Cangre (Jo le Crabe, avec un prénom typique de western ou de série nord-américaine), c'est sans doute que l'assimilation de Macri au vice-roi est politiquement difficile à soutenir.
(3) C'est notamment ainsi qu'est interprétée, dans la mouvance kirchneriste, l'invitation faite à la Couronne espagnole de se joindre aux festivités. Comme si deux cents ans ne s'étaient pas écoulés depuis. Comme si l'Espagne était toujours le même pays que sous la restauration bourbonienne post-napolénonienne. Comme si Juan Carlos était Fernando VII. Ce sectarisme est vraiment très déplaisant !
(4) 2016, l'arrivée au pouvoir de Macri et de l'alliance de gouvernement Cambiemos ; 2001, l'effondrement économique du pays ; 1992, la politique ultra-libérale de Menem ; 1982, la guerre des Malouines, une initiative militaire de la Dictature ; 1976, le coup d'Etat de Videla qui a donné naissance à la dictature militaire la plus répressive de toute l'histoire du pays (qui en a pourtant connu d'autres) ; 1955, le coup d'Etat qui a renversé Perón. Et Rep s'arrête là, ce qui montre bien l'axe péroniste de son opposition au gouvernement actuel (autant que les contraintes d'un dessin de presse).

Saint-Ex à l'honneur [Actu]

L'Ambassadeur de France devant une vitrine qui protège une maquette de l'avion de Saint-Ex
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

La rédaction de La Nación a consacré un article ce week-end à la restauration de l'appartement que Saint-Exupéry occupait lorsqu'il vivait à Buenos Aires, comme responsable de l'Aéropostale, la ligne aérienne qui reliait l'Argentine à la France, à partir de l'aérodrome de Toulouse, aujourd'hui désaffecté. En 1929 et 1931, l'écrivain français a vécu au sixième étage de la Galerie Güemes, un des très beaux ensembles immobiliers alveariens (1) de Buenos Aires, dans la rue Florida (dans le quartier de San Nicolás). L'Ambassadeur de France a participé à l'inauguration de ce qui devient un petit musée consacré à l'auteur du Petit Prince et de Vol de Nuit.

L'une des pièces de l'appartement (le photographe tourne le dos à la fenêtre)
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Il revient ce matin sur notre homme de lettres, avec un article consacré à son travail de journaliste en Espagne pendant la guerre civile.

Le rez-de-chaussée de la galerie, avec ses échoppes aux parois de bois
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Pour aller plus loin :
lire l'article de La Nación sur l'appartement portègne de Saint-Exupéry
lire l'article de La Nación sur la carte de presse de l'écrivain en Espagne



(1) Ces galeries datent du mandat de maire de Torcuato de Alvear, qui fut à Buenos Aires ce que le baron Haussmann a été pour Paris sous le second Empire, avec vingt ans d'écart. On trouve ce type de galerie dans d'autres ville du pays. Sur un modèle très similaire mais avec les premières règles d'ingénierie antisismique, on peut admirer la Galeria San Martín au cœur de Mendoza. Une vraie merveille, avec des vitraux rococo de toute beauté.

Le Bicentenaire à travers les unes provinciales du lendemain [Bicentenaire]

"La Patrie bien vivante", proclame La Gaceta de Tucumán
en consacrant toute sa une à la fête dont sa capitale a été le centre national

A l'autre bout du pays, en Tierra del Fuego
l'accent est mis sur les cérémonies à Río Grande

Dans les provinces dont les quotidiens étaient accessibles en ligne hier (certains d'entre eux présentaient des difficultés, sans doute étaient-ils beaucoup plus consultés qu'à l'ordinaire), le ton des unes était à la fête et au succès populaire qu'ont rencontré la plupart des manifestations dans tous les points du pays.

A Salta, l'une des provinces du Nord-Ouest, voisine de Tucumán

A l'opposé géographique et politique de Tucumán, Corrientes

samedi 9 juillet 2016

Il y a deux cents ans aujourd'hui, l'Argentine prenait son envol [Bicentenaire]

Placard de l'acte d'indépendance
en espagnol à gauche et en quechua à droite

Il y a deux cents ans, le 9 juillet 1816, vingt-huit députés représentant une poignée de provinces unies issues de l'ancien Vice-royaume du Río de La Plata osaient déclarer l'indépendance du pays naissant de toutes les suzerainetés passées et à venir.

ACTA DE LA INDEPENDENCIA DE LAS PROVINCIAS UNIDAS EN SUD-AMERICA
En la benemérita y muy digna Ciudad de San Miguel del Tucumán a nueve días del mes de julio de mil ochocientos dieciséis: terminada la sesión ordinaria, el Congreso de las Provincias Unidas continuó sus anteriores discusiones sobre el grande, augusto y sagrado, objeto de la independencia de los Pueblos que lo forman. Era universal, constante y decidido el clamor del territorio entero por su emancipación solemne del poder despótico de los reyes de España; los Representantes sin embargo consagraron a tan arduo asunto toda la profundidad de sus talentos, la rectitud de sus intenciones e interés que demanda la sanción de la suerte suya, Pueblos representados y posteridad; a su término fueron preguntados:
¿Si querían que las Provincias de la Unión fuesen una Nación libre e independiente de los reyes de España y su metrópoli? Aclamaron primero llenos del santo ardor de la justicia, y uno a uno reiteraron sucesivamente su un nime y espontáneo decidido voto por la independencia del País, fijando en su virtud la determinación siguiente:
Nos los Representantes de las Provincias Unidas en Sud América reunidos en Congreso General, invocando al Eterno que preside al universo, en el nombre y por la autoridad de los Pueblos que representamos, protestando al Cielo, a las naciones y hombres todos del globo la justicia que regla nuestros votos: declaramos solemnemente a la faz de la tierra, que es voluntad unámime e indubitable de estas Provincias romper los violentos vínculos que las ligaban a los Reyes de España, recuperar los derechos de que fueron despojadas, e investirse del alto carácter de una nación libre e independiente del rey Fernando VII, sus sucesores y metrópoli. Quedan en consecuencia de hecho y derecho con amplio y pleno poder para darse las formas que exija la justicia, e impere el cúmulo de sus actuales circunstancias. Todas y cada una de ellas así lo publican, declaran y ratifican, comprometiéndose por nuestro medio al cumplimiento y sostén de esta su voluntad, bajo del seguro y garantía de sus vidas, haberes y fama.
Comuníquese a quienes corresponda para su publicación y en obsequio del respeto que se debe a las naciones, detállense en un Manifiesto los gravísimos fundamentos impulsivos de esta solemne declaración.
Dada en la Sala de Sesiones, firmada de nuestra mano, sellada con el sello del Congreso y refrendada por nuestros Diputados Secretarios.
(Texte historique de la déclaration du 9 juillet 1816)

L'une des nombreuses copies manscrites du document
réalisées pour être envoyées un peu partout dans le pays
conservée à l'Archivo General de la Nación Argentina
et publiée sur la page Facebook de l'institution
Cliquez pour lire le texte


Acte de l'Indépendance des Provinces unies en Amérique du Sud
Dans la méritante et très digne ville de San Miguel de Tucumán, le neuvième jour du mois de juillet mille huit-cent dix, après la conclusion de la séance ordinaire, le Congrès des Provinces Unies a continué ses discussions antérieures sur le grand, auguste et saint objet de l'indépendance des Peules qui le forment. Le territoire tout entier proteste en faveur de son émancipation solennelle du pouvoir despotique des Rois d'Espagne, d'une clameur universelle, incontestable et résolue. Les Représentants consacrèrent toutefois à un sujet si ardu toute la profondeur de leurs talents, la rectitude de leurs intentions et l'intérêt que demande de décider de son propre sort. Peuples représentés et postérité ; au terme de ces débats, se posèrent ces questions :
Voulez-vous que les Provinces de l'Union soient une Nation libre et indépendante des rois d'Espagne et de leur métropole ? Aussitôt pleins d'une sainte ardeur pour la justice ils poussèrent un cri et l'un après l'autre, ils répétèrent successivement leur vote résolu, unanime et spontané en faveur de l'indépendance du Pays, fixant en leur vertu la détermination suivante :
Nous, Représentants des Provinces Unies en Amérique du Sud, réunis en Congrès Général pour invoquer l'Eternel qui préside à l'univers, au nom et par l'autorité des Peuples que nous représentons, prenant à témoin le Ciel, les nations et tous les hommes sur le globe de la justice qui règle nos votes, déclarons solennellement à la face de la terre que c'est la volonté unanime et indubitable de nos Provinces de rompre les liens violents qui les lient aux Rois d'Espagne, de retrouver les droits dont elles furent dépouillées et de revêtir le haut caractère d'une nation libre et indépendante du roi Fernando VII, de ses successeurs et de la métropole. En conséquence, elles demeurent en fait et en droit, avec large et plein pouvoir pour se donner les formes qu'exige la justice et qu'impose le cumul des circonstances actuelles. Toutes et chacune d'entre elles le publient, le déclarent et le ratifient, en s'engageant à travers nous à accomplir et soutenir cette volonté, en l'assurant et la garantissant au prix de leur vie, de leurs biens et de leur réputation.
Que cette déclaration soit communiquée comme il convient pour sa publication et dans le respect qui est dû aux nations, que soient détaillées dans un Manifeste les très graves raisons qui ont donné lieu à cette déclaration solennelle.
Fait dans la Salle des Délibérations, signé de notre main, scellé du sceau du Congrès et visé par nos Députés Secrétaires.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)


Couverture du magazine illustré Caras y Caretas
numéro du 9 juillet 1916
pour le Centenaire célébré sans autres témoins étrangers que le corps diplomatique
pour cause de conflagration mondiale
Document de la BNE

A Tucumán, ce texte fut placardé en version bilingue espagnol et quechua par égard pour les populations amérindiennes présentes historiquement dans la région. Un original de cette affiche est conservé au musée de la Casa Histórica de San Miguel de Tucumán qui abrita les délibérations et la signature de cet acte fondateur de l'Argentine contemporaine.

Sur place à Tucumán et un peu partout dans les Provinces [Bicentenaire]

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

A Tucumán, là même où les 28 députés constituants ont voté et signé la déclaration solennelle d'indépendance de l'Argentine, la fête bat son plein depuis hier soir et elle connaît un grand succès populaire, sans incident.

A Mendoza
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

La une de ce matin de La Gaceta de Tucumán, le journal local, en fait foi (ci-dessus). Et La Gaceta n'est pas en mal de brillantes idées pédagogiques et marketing : demain, le quotidien proposera une interview (imaginaire, cela va sans dire) du général Belgrano, quelques jours après son audition à huis clos par le Congrès constituant, à son retour d'une mission diplomatique à Londres, en supplément pour ses fidèles lecteurs !

Corrientes
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Toutes les unes de tous les journaux provinciaux portent sur les festivités du Bicentenaire et sur l'histoire commune ainsi célébrée dans ce qui semble être une authentique allégresse populaire.

La Plata
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Presque tous les titres locaux y vont de leur supplément spécial en couleurs...

Salta
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Pour aller plus loin :
lire l'article de La Gaceta sur le Diario del Congreso, en supplément
lire l'article de La Gaceta sur la messe de l'église argentine à Rome, qui n'avait intéressé personne il y a six ans, mais cette fois-ci, allez savoir pourquoi !
Lire l'article de El Día de La Plata sur les vingt-huit députés signataires de la déclaration.

Gabriel di Meglio sur trois journaux à la fois [Bicentenaire]

Le dernier livre de Gabriel di Meglio

Gabriel di Meglio est un historien formé à l'Université de Buenos Aires qui travaille aujourd'hui à la fois au CONICET (le Conseil national de recherche et de technologie, l'équivalent du CNRS français), à Canal Encuentro, la télévision culturelle du service public où il est responsable d'un certain nombre d'émissions d'histoire de très bonne qualité et au musée du Cabildo de Buenos Aires, consacré à la Révolution de Mai 1810, dont il est le nouveau directeur. Gabriel di Meglio est aussi l'un des scénaristes à qui l'on doit le charmant petit personnage de Zamba, des dessins animés diffusés par Paka Paka pour les tout petits initialement conçus pour attirer le très jeune public vers l'histoire avant de concerner tous les domaines du savoir scolaire (voir mon article du 7 juillet 2016 sur ces émissions).

Gabriel Di Meglio dans la salle centrale du Cabildo,
là où se tenait le Cabildo Abierto du 22 mai 1810
Photo Museo Histórico Nacional del Cabildo

C'est l'une des toutes premières fois que je vois les trois journaux concurrents et opposés d'un point de vue politique choisir le même historien pour marquer un jour symbolique fort dans l'histoire du pays. En effet, ce matin, on peut lire dans Página/12 un éditorial qu'il a signé sur les deux concepts qui marquent la naissance de l'Argentine, celui de révolution et celui d'indépendance, les deux moments-clés du bicentenaire, la révolution en 1810 et l'indépendance cette année.

Vive le petit peuple, dit le titre
Un sujet qui ferait les régals des revisionistas mais que Di Meglio traite autrement

Dans Clarín, on le trouve débattant avec l'un de ses aînés dans la recherche historique, José C. Chiaramonte, avec lequel il parle des antinomies historiques qui n'ont toujours pas trouvé leur solution dans l'Argentine actuelle. L'interview est à lire et à regarder en vidéo intégrée sur le site du quotidien.

Dans La Nación, c'est une courte mais passionnante interview qu'on nous propose en vidéo dans Conversaciones con La Nación (13 minutes, à la place des 20 habituelles). L'historien y défend le projet pédagogique et télévisuel de Zamba tout en regrettant la dérive des dernières années avec cet invasion de tous les domaines par l'idéologie et l'esprit partisan, il y expose les tenants et les aboutissants de la déclaration d'indépendance et il s'explique sur la diversité de ses activités en soulignant avec justice et finesse les faiblesses de la vulgarisation en histoire et la coupure qui existe dans le pays entre la production universitaire et la culture générale du public ordinaire.


Il me semble voir dans ce choix commun des trois titres un signe de progrès du dialogue et du pluralisme dans le pays, et ce malgré la très méchante humeur avec laquelle s'est réveillée ce matin la rédaction de Página/12, bien déterminée qu'elle est à dénigrer ce Bicentenaire de la majorité de centre-droit. La liberté de ton de l'historien sur la situation actuelle et sur l'inéluctabilité de la survenue prochaine d'une lecture partisane de l'histoire par la tendance macriste est très surprenante dans un pays qui, il y a encore six mois, était vraiment très crispé sur ces questions et incapable d'en parler sur un ton apaisé...

Bon anniversaire, Argentina !

La fête populaire vue par la presse nationale [Bicentenaire]

Buenos Aires, hier après-midi
Photo Emiliano Lasalvia (La Nación)
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

La fête semble réussie, ce qui est plutôt une bonne surprise.  Un peu partout dans le pays, les clichés de presse montrent des manifestations populaires nourries et bon enfant, sans revendication partisane (ça repose) et sans barrière de sécurité (ça nous change des célébrations du 25 mai à Buenos Aires et du 25 juin à Rosario) et dans une débauche de bicolore heureux, malgré le froid qui règne sur une partie du pays (à Buenos Aires en particulier).

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Comme il y a six ans, l'enthousiasme se manifeste d'un coup, les gens sortent dans la rue en foule et on oublie enfin les querelles acrimonieuses de ces derniers jours sur le bien fondé des choix des dirigeants sur cet anniversaire.

En haut, à droite, une manchette sur la nouvelle sortie de Hebe de Bonafini
Avec Diego Maradona, elle a organisé une table-ronde contre le gouvernement une nouvelle fois
La présence de Juan Carlos au Bicentenaire dérange Página/12
et le ton est vraiment très déplaisant (à la limite de la xénophobie)

Seul parmi les titres nationaux, Página/12 montre sa mauvaise humeur depuis la une jusqu'au dessin de Miguel Rep en passant par la quasi-totalité des articles, surtout ceux consacrés à l'événement (il y en a plusieurs).

La vignette de Miguel Rep sur Página/12 ce matin
La Casa Histórica de Tucumán porte des scellés qui disent : "Fermé pour dépendance" (1)


Pour aller plus loin :
lire l'article de La Nación sur la petite nuit des musées organisée à Buenos Aires
lire l'enquête de Clarín sur les convictions et les références actuelles des Argentins que le quotidien a mis à sa une ce matin, le seul à avoir choisi une étude de fonds plutôt qu'un reportage sur les festivités.



(1) En Argentine, dependencia a deux sens : celui de notre "dépendance", antonyme de "indépendance" et celui de "subordination", "soumission", "salariat".

François fête aussi le Bicentenaire [Bicentenaire]

Après avoir annulé il y a plusieurs années tout projet de visite en Argentine au cours de cette année symbolique, après avoir tout récemment annulé le Match pour la Paix qui devait se tenir demain, 10 juillet 2016, dans le cadre des réjouissances de ce dernier rendez-vous du Bicentenaire national (voir mon article du 30 mai 2016), le Pape François a tenu à marquer sa proximité avec ses compatriotes (c'est lui qui les appelle ainsi) en envoyant au président de la Conférence épiscopale d'Argentine (CEA) une lettre que toute la presse commente ce matin.



C'est donc après l'interview accordé début juillet à La Nación le second geste fort du Saint Père en direction de son pays natal pour compenser les déceptions accumulées (voir mon article du 3 juillet 2016)

Ciudad del Vaticano, 8 de julio de 2016. 
S.E.R.
Mons. José María Arancedo
Presidente de la Conferencia Episcopal Argentina
Buenos Aires

Querido hermano: 

En vísperas de la celebración del bicentenario de la lndependencia quiero hacer llegar un cordial saludo, a vos, a los hermanos Obispos, a las Autoridades nacionales y a todo el Pueblo argentino. Deseo que esta celebración nos haga más fuertes en el camino emprendido por nuestros mayores hace ya doscientos años. Con tales augurios expreso a todos los argentinos mi cercanía y la seguridad de mi oración.
Pape François

Cité du Vatican, 8 juillet 2016
Son Eminence Monseigneur José María Arancedo
Président de la Conférence épiscopale argentine
à Buenos Aires

Cher frère,

A la veille de la célébration du bicentenaire de l'Indépendance, je veux faire te faire parvenir mes salutations cordiales, à toi (1), à mes frères Evêques, aux Responsables politiques nationaux et à tout le Peuple argentin. Je souhaite que cette célébration nous rende plus forts sur le chemin qu'ont pris nos ancêtres il y a deux cents ans. Avec ces bons vœux, j'exprime à tous les Argentins ma proximité et l'assurance de ma prière.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

De manera especial quiero estar cerca de los que más sufren: los enfermos, los que viven en la indigencia, los presos, los que se sienten solos, los que no tienen trabajo y pasan todo tipo de necesidad, los que son o fueron víctimas de la trata, del comercio humano y explotación de personas, los menores víctimas de abuso y tantos jóvenes que sufren el flagelo de la droga. Todos ellos llevan el duro peso de situaciones, muchas veces límite. Son los hijos más llagados de la Patria.
Sí, hijos de la Patria. En la escuela nos enseñaban a hablar de la Madre Patria, a amar a la Madre Patria. Aquí precisamente se enraiza el sentido patriótico de pertenencia: en el amor a la Madre Patria. Los argentinos usamos una expresión, atrevida y pintoresca a la vez, cuando nos referimos a personas inescrupulosas: "éste es capaz hasta de vender a la madre"; pero sabemos y sentimos hondamente en el corazón que a la Madre no se la vende, no se la puede vender... y tampoco a la Madre Patria.
Pape François

D'une manière spéciale, je veux être près que ceux qui souffrent le plus : les malades, ceux qui vivent dans l'indigence, les prisonniers, ceux qui se sentent seuls, ceux qui n'ont pas de travail et souffrent toute sorte de besoins, ceux qui sont ou ont été victime de la traite, du commerce d'êtres humaines et de l'exploitation des personnes, les mineurs victimes d'abus et de tant de jeunes qui subissent le fléau de la drogue. Ils portent tous le dur poids de situations, la plupart du temps limite. Ils sont les enfants de la Patrie les plus affligés.

Oui, les enfants de la Patrie. A l'école, on nous enseignait à parler de la Mère Patrie, à aimer la Mère Patrie. C'est précisément là que s'enracine le sens patriotique de l'appartenance : dans l'amour pour la Mère Patrie. Nous autres Argentins, nous employons une expression tout à la fois osée et pittoresque quand nous voulons parler de personnes sans scrupules : celui-ci vendrait sa propre mère. Mais nous savons et nous ressentons profondément dans notre cœur que on ne vend pas sa Mère, on ne peut pas la vendre... et pas non plus la Mère Patrie. (2)
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Celebramos doscientos años de camino de una Patria que, en sus deseos y ansias de hermandad, se proyecta más allá de los límites del país: hacia la Patria Grande, la que soñaron San Martin y Bolívar. Esta realidad nos une en una familia de horizontes amplios y lealtad de hermanos. Por esa Patria Grande también rezamos hoy en nuestra celebración: que el Señor la cuide, la haga fuerte, más hermana y la defienda de todo tipo de colonizaciones.
Pape François

Nous célébrons deux cents ans de cheminement d'une Patrie qui, dans ses souhaits et ses désirs de fraternité, se projette au-delà des limites du pays : vers la Grande Patrie (3), celle dont ont rêvée San Martín et Bolívar (4). La réalité présente nous unie en une famille aux larges horizons et une loyauté fraternelle. C'est aussi pour cette Grande Patrie-là que nous prions aujourd'hui au cours de cette célébration : que le Seigneur veille sur elle, qu'il la rende forte, plus fraternelle et la défende contre tout type de colonisation.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Con estos doscientos años de respaldo se nos pide seguir caminando, mirar hacia adelante. Para lograrlo pienso -de manera especial- en los ancianos y en los jóvenes, y siento la necesidad de pedirles ayuda para continuar andando nuestro destino. A los ancianos, los "memoriosos" de la historia, les pido que, sobreponiéndose a esta "cultura del descarte" que mundialmente se nos impone, se animen a soñar. Necesitamos de sus sueños, fuente de inspiración. A los jóvenes les pido que no jubilen su existencia en el quietismo burocrático en el que los arrinconan tantas propuestas carentes de ilusión y heroísmo. Estoy convencido de que nuestra Patria necesita hacer viva la profecía de Joel (cf. Jl 4, 1). Sólo si nuestros abuelos se animan a soñar y nuestros jóvenes a profetizar cosas grandes, la Patria podrá ser libre. Necesitamos de abuelos soñadores que empujen y de jóvenes que -inspirados en esos mismos sueños- corran hacia adelante con la creatividad de la profecía.
Pape François

Avec ces deux cents ans qui nous soutiennent, il nous est demandé de continuer à avancer, de regarder devant nous. Pour y arriver, je pense de manière particulière aux anciens et aux jeunes, et je ressens le besoin de leur demander leur aide pour continuer à parcourir notre destin. Aux anciens, aux "mémorieux" (5) de l'histoire, je demande que, en dominant cette culture du rebut qui nous est imposé mondialement, ils aient le courage de rêver. Nous avons besoin de leurs rêves comme source d'inspiration. Aux jeunes, je demande qu'ils ne renoncent pas leur existence dans l'immobilisme bureaucratique dans lequel les cantonnent tant de propositions dépourvues d'idéal et d'héroïsme. Je suis convaincu que notre Patrie a besoin de faire vivre la prophétie de Joël (cf. Jl 4, 1). Si seulement nos grands-parents osent rêver et nos jeunes prophétiser à grande échelle, la Patrie pourra être libre. Nous avons besoin de grands-parents rêveurs qui poussent et de jeunes, qui -inspirés par ces mêmes grands rêves- aillent de l'avant avec la créativité de la prophétie.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Querido hermano pido a Dios, nuestro Padre y Señor, que bendiga nuestra Patria, nos bendiga a todos nosotros; y a la Virgen de Lujan que, como madre, nos cuide en nuestro camino. Y, por favor, no te olvides de rezar por mí.
Fraternalmente.
Francisco

Cher frère, je prie Dieu, notre Père et Seigneur, de bénir notre Patrie, de nous bénis nous tous et je prie la Vierge de Luján que, comme mère, elle veille sur notre chemin. Et, s'il te plaît, n'oublie pas de prier pour moi.
Fraternellement
François
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :
lire l'article de La Gaceta de Tucumán, journal local de la province homonyme
lire la dépêche de l'agence AICA sur le programme des Te Deum, dans toutes les cathédrales du pays
lire la dépêche de l'agence AICA sur l'appel à l'examen de conscience à l'occasion du Bicentenaire et de l'Année de la Miséricorde à la suite des révélations fracassantes de lourds scandales de corruption dans certains secteurs de l'Eglise catholique argentine dont le caractère spectaculaire et très grave a assommé les évêques (voir mon article du 17 juin 2016)



(1) Le Pape emploie ce tutoiement très particulier qu'est le voseo, un tutoiement typiquement argentin qui utilise un pronom personnel devenu très archaïque et très solennel en Espagne (vos) et employé de la manière la plus familière et la plus quotidienne en Argentine.
(2) C'est l'une des phrases qui a le plus faire réagir les commentateurs. Il faut dire que le terme de vende-patria est une insulte forte dans le lexique argentin (et sud-américain). Il s'emploie pour désigner des scélérats, des traîtres, les salauds (selon la terminologie de la Résistance par rapport aux collaborateurs et aux agents de la Milice).
(3) La Patria Grande : l'union utopique de toute l'Amérique du Sud que la gauche plus que la droite porte dans son cœur et dans ses rêves. La droite libérale oligarchique a eu tendance dès la seconde moitié du XIXème siècle à enserrer le pays dans ses frontières juridiques et à confondre patrie et territoire. En revanche, le terme de Patria Grande a été remise à l'honneur par le péronisme. C'est un mot que les Kirchner ont en permanence à la bouche.
(4) Remarquez l'ordre de préséance typiquement argentin. Jamais un Vénézuélien ne s'exprimerait ainsi. Bolívar viendrait en premier et pas pour des raisons d'ordre alphabétique !
(5) Il a toujours aimé les néologismes, notre Pape François. C'est peut-être pour cela qu'il goûte tant la poésie de Horacio Ferrer : ses vers sont pleins de néologismes et de jeux de mots.