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jeudi 11 décembre 2025

Gisela Passi et Rodrigo Rufino proposent un stage exceptionnel à Paris [ici]

Gisela Passi et Rodrigo Rufino


En ce jour international du Tango, j’ai choisi de publier cette proposition d’un couple de professeurs exceptionnels qui enseigne un tango très authentique et simple à Paris.

Le dimanche 4 janvier 2026 après-midi, Gisela Passi et Rodrigo Rufino, tous deux argentins et parfaits francophones, animeront un atelier intitulé Écouter, comprendre, sentir, danser la musique de tango argentin.

Quinteto La Bordona

Pour l’occasion, ils seront en excellente compagnie puisque le contrebassiste et compositeur Ignacio Varchausky, grand spécialiste du tango classique, participera à l’atelier. L’occasion pour vous de rencontrer un artiste qui est considéré comme l’un des acteurs-clés du genre en Argentine depuis de nombreuses années. Ignacio Varchausky est en effet le fondateur de plusieurs formations musicales ainsi que de la Orquesta-Escuela de Tango Emiliano Balcarce.

De 14h à 16h environ, cours de danse sur les différents styles musicaux des grands orchestres classiques des années 1940 et 1950,l’âge d’or du tango.

Après une petite pause-café, de 16h à 18h, les participants écouteront jouer le Quinteto La Bordona, dans lequel Ignacio Varchausky tient la partie de la contrebasse (le rythme), La Bordona étant un tango très connu du compositeur Emiliano Balcarce. Les morceaux exécutés seront choisis dans le répertoire classique, ils seront expliqués, décortiqués et commentés par les professeurs de danse et les musiciens. Une expérience très précieuse pour progresser dans l’art d’improviser sur la piste comme on le fait à Buenos Aires.

Document fourni par Gisela et Rodrigo, que l'on voit ici
avec Ignacio Varchausky (en polo rouge)
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Prix par personne : 70 €.

Inscription obligatoire en couple à l’adresse électronique des professeurs : rufinopassi#gmail.com

Les personnes seules sont invitées à se signaler à Gisela et Rodrigo qui s’efforceront de constituer des couples de danseurs dans la mesure du possible.

Lieu : Loft Lechapelais, 6 rue Lechapelais, Paris 17e.

© Denise Annc Clavilier

lundi 26 septembre 2016

Présentation de De D'Arienzo a Ferrer à la Academia Nacional del Tango [Disques & Livres]


Ce soir, lundi 26 septembre 2016, à 19h30, Alejandro Molinari et Roberto Luis Martínez présenteront à la Academia Nacional del Tango, avenida de Mayo 833, le deuxième tome de leur histoire de tango, qu'ils publient dans la maison d'édition qu'ils ont fondée, ECU (Editorial de la Cultura Urbana).

Dans ce nouveau livre, intitulé De D'Arienzo a Ferrer, Tango, Sociedad y Política, préfacé par Gabriel Soria, ils retracent l'évolution du genre depuis Juan D'Arienzo, qui a surgi dans le paysage du tango en 1936, avec sa célèbre version de La Cumparsita (à écouter sur Todo Tango en cliquant sur le lien précédent), jusqu'à Horacio Ferrer, qui nous a quittés il y a deux ans en nous laissant une œuvre diversifiée de poète et d'essayiste.

Après la présentation du livre, le chanteur Hernán Lucero animera l'espace artistique de la soirée, selon une tradition désormais bien établie.

Pour aller plus loin :
lire la présentation du livre sur le site Internet de la maison d'édition
consulter le Facebook des éditeurs.

samedi 31 octobre 2015

Allez danser le tango à Corrientes 381 [à l'affiche]

Dans le quartier de San Nicolás, la Sindicatura General de la Nación, la SIGEN, offre au tango et à sa dimension chorégraphique son Espacio Multiarte situé sur la montée de l'avenue Corrientes.

Cours de danse à 21h, puis concert du groupe La Juan D'Arienzo à 22h30 et enfin une milonga, avec DJ, à 23h30.

Entrée libre et gratuite, comme pour toutes les activités de cette nuit.


Pour en savoir plus :
lire le programme en ligne sur le portail du Ministère de la Culture portègne et se connecter sur la page Facebook de la Noche de los Museos.

samedi 2 février 2013

Tous les dimanches avec Gloria et Eduardo [à l'affiche]



C'est une belle occasion d'apprendre à danser que vous propose La Milonguita à 18h30, tous les dimanche matin de février : des cours d'une heure trente tous les dimanches de février avec Eduardo et Gloria Arquimbau.

La Milonguita est une milonga de Palermo, située rue Jorge Newberry, à la hauteur du 2218.

Le couple légendaire du Tango-salón vous apprendra à aborder l'interprétation de trois musiciens très différents parmi les plus grands : Francisco Canaro, Juan D'Arienzo et Osvaldo Pugliese.

Après une heure et demie de cours, la milonga s'ouvrira de 20h à 2 h du matin.

Belle fête à combiner avec le carnaval.

La photo des deux danseurs ci-dessus a été prise au sein du Museo Mundial del Tango, qu'abrite le 1er étage de la Academia Nacional del Tango. On reconnaît bien les vitrines et la dispositions de cette salle (celle de gauche en entrant).

mercredi 22 juin 2011

Un podcast de tango qui parle avec les mains au lieu de penser comme un pied [ici]


C'est un podcast à but pédagogique, d'une durée d'environ une demi-heure, produit dans la botte italienne, en italien, qui repasse l'histoire du tango en consacrant chacun de ses numéros à un thème particulier. Cela s'appelle Tango Podcast in Italiano. Les éditeurs, qui se présentent comme un trio d'amis, Laura, Michela et Ernesto, proposent des choix musicaux et culturels éclairants, recherchés, d'une grande variété, ce qui en fait une émission très représentative de la richesse du genre, qui vaut largement un bon nombre d'émissions disponibles sur les ondes de La 2 x 4 portègne et qui exige sans nul doute un gros travail de préparation. Bien que la majorité des numéros portent sur l'histoire ancienne du tango, essentiellement les années 20, 30 et 40, comme c'est si souvent le cas partout, la musique actuelle trouve une petite place, comme cette émission consacrée récemment aux milongas contemporaines...

Les premières émissions remontent à juin 2008 et tout est accessible en téléchargement manuel. Il faut juste ne pas avoir peur de la langue de Dante pour l'écouter puisque toutes les explications et tous les commentaires sont enregistrés dans cette langue, or nous autres Francophones nous montrons souvent fort timorés dès qu'il s'agit d'autre chose que du français. C'est dommage car nous passons ainsi à côté de la richesse du monde.

Ainsi donc pour les courageux, les audacieux et les quelques italianophones qui viennent visiter ce blog rédigé en français, voici le lien vers ce podcast hebdomadaire auquel vous pouvez vous abonner automatiquement (mise à jour dominicale).

Depuis 6 numéros, l'émission présente différents chanteurs d'orchestre (cantores de orquesta), tous pour l'instant chanteurs de Juan D'Arienzo (c'est bon pour les danseurs, ça !) et celui de cette semaine est consacré à Mario Bustos, tous les morceaux étant des enregistrements de la Orquesta Típica Juan D'Arienzo. La discographie de chaque émission est disponible sur le blog du podcast.

Una joyita comme disent les Argentins (un petit bijou). Ça se laisse écouter avec plaisir...

vendredi 25 février 2011

Joven Tango annonce la couleur pour mars 2011 [à l'affiche]

Cliquez sur l'image pour obtenir une meilleure résolution et pouvoir lire

L'association uruguayenne Joven Tango prépare sa rentrée et annonce son programme pour le mois de mars, le traditionnel mois de la rentrée dans l'hémisphère sud. Ils annoncent même leur soirée du 10 avril, où Joven Tango organise l'hommage traditionnel au tango La Cumparsita avec, en vedette cette année, la figure de Juan D'Arienzo, qui en fit un célèbre arrangement en 1937 qui sauva le tango de l'abîme où le poussait la vogue immodérée du fox-trot, et celle de Francisco Canaro, le local de l'étape. Bien qu'il ait fait toute sa carrière et qu'il soit arrivé à Buenos Aires en bas-âge, Francisco Canaro n'en reste pas moins un Uruguayen de naissance et cela, les Uruguayens ne l'oublient jamais.

Cet hommage aura lieu dans la Salle Zitarrossa, l'une des plus prestigieuses de Montevideo, à 20h30, avec deux formations, dont une, le Quinteto Pirincho, viendra de Buenos Aires pour l'occasion. L'autre, qui joue à la manière de D'Arienzo, est un ensemble local, la Orquesta Nelson Alberdi.

Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Bonne lecture.

Pour en savoir plus sur Joven Tango, cliquez sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, pour sélectionner l'ensemble des articles que je leur ai consacrés. Vous pouvez aussi aller directement consulter leur site, que vous trouverez dans la rubrique Eh bien, dansez maintenant !, dans la partie basse de la Colonne de droite, parmi les liens vers les sites extérieurs.

mardi 2 février 2010

C’est parti sur le site de Gisela Passi et Rodrigo Rufino [ici]

Photo extraite d'une annonce publicitaire de Rodrigo et Gisela

C’était une opération que je vous annonçais dès la fin de l’année (dans cet article du 24 décembre). On aura donc attendu un peu pour que l’opération s’enclenche ça valait la peine d’attendre : Rodrigo et Gisela ont fait les choses en grand, avec passion, avec amour, comme toujours...

Mes anciens lecteurs le savent, les nouveaux peut-être pas, sauf ceux qui arrivent sur ce blog depuis le site Rufinopassi ou depuis leur mail de cette nuit : Gisela Passi et Rodrigo Rufino sont professeurs de tango. Tous les deux sont argentins et parfaitement bilingues. Ils exercent leur talent à Paris dans la semaine et un peu partout ailleurs le week-end. Un lien vers leur site est accessible de manière permanente dans la rubrique Eh bien dansez maintenant ! de la Colonne de droite (partie inférieure, comme pour tous les liens vers les sites externes).
En décembre dernier, nous avons entamé, eux et moi, un partenariat pédagogique pour mettre à la disposition de leurs élèves quelques tangos, valses et milongas, en version bilingue, dans des traductions originales que je réserve à leur site. Hier, ils ont mis en ligne Pregonera et Percal et les ont accompagnés de nombreuses versions enregistrées que vous pouvez donc écouter :
Il y a 6 versions audios de Pregonera, dont celle de Osvaldo Pugliese (avec le chanteur Jorge Maciel), celle de Juan D’Arienzo (avec le chanteur Armando Laborde), les deux rivaux musicaux qui ont partagé la Buenos Aires des années 40 et 50 (1), et aussi celle de Alfredo De Angelis, chantée par Julio Martel. C’est cette version que j’entends souvent dans leurs cours, cette version que je vous avais présentée, il y a bientôt un an, le 22 février 2009, lorsqu’on avait appris la mort du chanteur (lire mon article sur Julio Martel).

Il y a 5 versions audios pour Percal, un grand classique, dont celle chantée par Roberto Goyeneche, qui est jugé comme le plus grand chanteur de tango après Carlos Gardel (et certains iconoclastes le placent même devant Gardel, ce qui est un blasphème impardonnable) et celle de l’orchestre de Aníbal Troilo, un chef qui a su attirer à lui tous les grands chanteurs de son époque, dont Roberto Goyeneche. Dans cet enregistrement-là, c’est Francisco Fiorentino, surnommé Fiore, qui chante. Goyeneche et Fiore sont deux légendes du tango, les deux grands aux côtés desquels mes amis Cucuza et Moscato font semblant de se tenir sur l’affiche-montage qu’ils ont confectionnée pour leur retour au Bar El Faro (lire mon article du 22 janvier 2010 sur cette série de concerts du vendredi soir, dans le quartier de Villa Urquiza).

En plus des deux textes (letras) de Pregonera et Percal, Rodrigo et Gisela démarrent cette semaine la publication des 8 fiches d’une présentation analytique que j’ai préparée pour balayer de manière synthétique toutes les thématiques du répertoire.

Outre le rappel rapide du contexte socio-politique dans lequel est apparu le tango-canción, la première fiche, mise en ligne hier soir, détaille le thème le plus célèbre, le plus emblématique du genre : l’amour et surtout l’amour malheureux. Et même s’il est très réducteur de ne retenir du tango que le thème de l’amour malheureux, il est vrai qu’il y est traité de bien des manières, qu’il y est vu sous bien des angles différents, en fonction des époques et des personnalités des auteurs.

Pour en savoir plus :
Connectez-vous à la page Ecouter de la version française du site de Rodrigo Rufino et Gisela Passi et profitez de votre visite pour les découvrir eux.
Et si vous le souhaitez, avant de vous rendre sur leur site, vous pouvez accéder au préalable à tous les articles que je leur ai consacrés sur ce blog, Barrio de Tango : il vous suffit pour cela de cliquer sur leur nom, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, situé sous le titre de ce billet.
Dans la Colonne de droite du blog, dans la partie supérieure, vous disposez d’un certain nombre de raccourcis pour vous aider à élargir votre connaissance du tango d’hier et d’aujourd’hui : musiciens, écrivains, chanteurs, peintres, disques nouveaux, quartiers, grands événements.... Dans la rubrique Vecinos del Barrio, les raccourcis vous permettent de faire connaissance avec la bonne centaine d’artistes actuels sur lesquels j’ai déjà publié au moins 3 articles (et j’en ai écrits près de 1140 en tout pour l’heure). Il y a quelques jours, dans cette rubrique Vecinos del Barrio, j’ai même créé une section Les Danseurs. Vous y trouverez mes articles sur l’une des profs de Gisela, la Maestra Aurora Lubiz. C’est la danseuse qui figure, avec son partenaire Luciano Bastos, sur la couverture de Barrio de Tango, Recueil bilingue de tangos argentins (ed. du Jasmin), une couverture signée Jorge Muscia, un fileteador de grande renommée à Buenos Aires (section Les peintres).

(1) La moitié de la ville ne jurait alors que par Pugliese tandis que l’autre ne voulait entendre que D’Arienzo. Il y avait même des groupes de supporters (hinchas), comme pour les différentes équipes de foot de la ville, qui se distinguaient par un style vestimentaire particulier, un pour les garçon, un pour les filles. Ainsi, quand les deux musiciens se rendaient dans la milonga ou le club de barrio où ils devaient jouer ce soir-là, ils pouvaient reconnaître, dans la rue, à leur manière d’être habillés, les danseurs pour lesquels ils allaient jouer. Dans une interview, Osvaldo Pugliese a raconté quelques unes de ces rencontres fortuites dans la rue avec les admirateurs de sa musique. Il aimait bien le style vestimentaire qu’avaient choisi ses hinchas à lui... Dans Tiempos de tramvías, un tango récent que je présente dans mon livre Barrio de Tango (ed. du Jasmin, à paraître au printemps), Héctor Negro parle des barras a Pugliese, des bandes de fans de Pugliese, qu’il croisait lui aussi à tous les coins de rues lorsqu’il avait 20 ans. C’est à cela qu’il se réfère : les tenues grâces auxquelles ils s’identifiaient dans la rue...

mercredi 14 janvier 2009

Homenaje al Rey del Compás

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire du décès de Juan D'Arienzo, surnommé en son temps le roi de la mesure (el compás, c'est la mesure au sens musical du terme, l'unité rythmique d'un morceau). Ce surnom est souvent traduit en Roi du Rythme. Juan D'Arienzo, né le 14 décembre 1900, est décédé le 14 janvier 1976 à Buenos Aires.

Il fut longtemps, de 1936 à 1958, le musicien vedette du célèbre cabaret Chantecler, situé à l'angle de Corrientes et Paraná. En 1958, le Chantecler ferma et fut démoli. Sa destruction inspira à Enrique Cadícamo un très joli tango bien nostalgique. C'est l'aboyeur du Chantecler, Príncipe Cubano, qui composa El Rey del Compás, pour rendre hommage à la grande vedette auquel le cabaret devait sa prospérité et son succès public. Tango que D'Arienzo se fit un plaisir d'enregistrer comme vous pouvez l'entendre ici...

Aujourd'hui, à la place qu'occupait autrefois le Chantecler, se dresse un immeuble dont l'âme brille par son absence et sur lequel une plaque, placée très haut, presque à la hauteur du premier étage et donc difficilement lisible, rend néanmoins un hommage au compositeur, chef et arrangeur auquel on doit le renouveau du tango après la mort de Gardel (24 juin 1935).

En 1936-1937, en pleine Decadá Infame, une période particulièrement noire dans l'histoire de l'Argentine, où se succédèrent des gouvernements inconstitutionnels asservis aux intérêts économiques du Royaume-Uni puis des Etats-Unis, à Buenos Aires, on dansait le fox-trot. Et puis voilà que le pianiste Rodolfo Biagi (le compositeur de Campo Afuera entre autres) intégra l'orchestre de Juan D'Arienzo et y introduisit un rythme allegro vivace qui plut de suite au public. D'Arienzo, en bête de scène qu'il était, s'empara aussitôt de l'idée et en 1937, créa, dans cette nouvelle optique, une nouvelle version de La Cumparsita, qui connut un tel succès que ce morceau s'imposa peu à peu comme le tango final rituel de toute bonne milonga.
La voici ici dans la version enregistrée par Juan D'Arienzo en 1963.

Juan D'Arienzo, fort critiqué et peu apprécié en général par les musiciens qui le trouve pauvre et répétitif, l'un des rares musiciens apolitiques (1) figurant parmi les grands noms historiques du genre, est aussi l'un des chefs préférés des danseurs en milonga et des professeurs de tango un peu partout dans le monde, car il s'était fait une spécialité d'un rythme vif et joyeux (même quand le texte expose les pires mélodrames), très entraînant et fort agréable à danser. Si vous voulez voir du D'Arienzo interprété en toute authenticité, allez à la Feria de San Telmo un dimanche, chercher du regard le café Plaza Dorrego, l'un des nombreux Bares Notables du quartier, et admirer les prouesses chorégraphiques de mes amis Osvaldo et Pochi Boó, un couple adorable qui danse, sur un minuscule bout de planche en guise de piste (2) un bon vieux style canyengue (faubourien) des familles avec une intériorité et une concentration exceptionnelles...
Cette photo d'eux, avec le disque de D'Arienzo et les lunettes d'Osvaldo au premier plan, je l'ai prise en août 2007 (en plein hiver) et je l'aime beaucoup, parce qu'on voit bien que lui m'avait repérée en train de les photographier et il s'en souvenait encore, cette année, quand je suis venue leur parler d'un projet de livre dont j'aimerais qu'ils soient.
Je vais tenter de profiter de cette période de vacances estivales australes pour rédiger enfin l'article que je souhaite leur consacrer depuis mon dernier séjour dans la capitale argentine...

(1) en fait pas de gauche. La plupart des artistes de tango sont d'une sensibilité que nous classerions plutôt à gauche, même si ces notions ne recouvrent pas en Argentine les mêmes choses qu'en Europe.
(2) Il faut pouvoir danser sur une seule dalle, c'est la règle, rappelle Pochi.

lundi 21 juillet 2008

León Benarós interviewé dans le supplément dominical de Página/12 [Troesma]


Hier, dimanche 20 juillet, dans son supplément culturel Radar Libros (la Une ci-contre), le quotidien Página/12 a publié une interview d’un grand monsieur de la culture argentine, auquel le tango doit beaucoup mais qui reste peu connu du grand public (y compris là-bas) et pourtant !
Le journaliste Juan Pablo Bertazza le souligne en ouvrant son article : "Le fait que son oeuvre surprenante et hétérogène ne soit pas plus connue que ça semble confirmer que ce qui fait la grandeur de la littérature argentine, ce n’est pas tant les grandes et hautes figures que toute une série de personnalités qui ont une tête de plus que les autres mais qui restent à moitié cachées dans les seconds rangs".

León Benarós (né le 6 février 1915, dans la province de San Luis, au centre du pays) est un poète, un écrivain, un critique d’art, un historien et même un artiste peintre (un artista plástico, comme on dit à Buenos Aires).

Bref, un Troesma entre les troesmas...

Verbatim :

"J’ai constaté que la plupart des pays développés avaient eu un répertoire de chansons populaires très riche tandis qu’ici, il y avait des choses de notre histoire qui n’avaient encore jamais été chantées et je voulais remplir ce vide avec des personnages populaires. Avoir habité dans plusieurs régions du pays m’a aidé : je suis né à Villa Mercedes (San Luis), mais tout petit, je suis allé à Lomas de Zamorra, ensuite j’ai vécu dans la Province de La Pampa et à Mendoza où j’avais une maison avec plus de 10 pièces et où on faisait de grandes soirées guitare très courues. Le four tournait à plein régime, parce que les jeudis, il y avait des gens qui venaient chercher un sac de pain. On avait nos pauvres, nous aussi. C’est pour ça que le four marchait tout le temps..."

Pour lui, le poète, c’est "el gran rescatador" (le grand sauveteur) "parce qu’il recueille les choses qui pour la majorité des gens passent inaperçues, il est la voix de celui qui ne parle pas et de celui qui n’a jamais pu parler, de celui qui a perdu sa voix ou qui n’en a jamais eu".

"Avec Piana, en plus d’avoir enregistré en 1980 le disque Cara de negro (1), nous avons travaillé ensemble sur le film Derecho Viejo, dont il a fait la bande son, au tout début des années 50. Moi, j’avais écrit une milonga sans musique, en hommage à Eduardo Arolas (2), un type qui avait tellement d’intuition qu’il inspirait de l’admiration même à Astor Piazzolla, qui n’admirait pas grand-monde [...]. Il y avait là quelqu’un de très ami avec Manzi (3) [...], je la lui fais écouter et il me dit : "ça, c’est pour Piana" et c’est comme ça qu’il en a fait la musique et qu’on l’entend au début du film Derecho Viejo". (4)

"Un jour, Ben Molar m’appelle pour que je participe à ce qui allait être son disque 14 con el tango. (5) Entre D’Arienzo et Marianito (6), moi, j’ai choisi Marianito pour me faire la musique. Donc on se retrouve avec Mores et je lui dis : "Pouce, si tu veux bien... Parce que s’il faut que je mette des paroles sur un de tes arrangements ampoulés, je ne garantis pas le résultat...". Alors on a décidé de faire quelque chose dans le genre campagne, un peu comme Adiós Pampa mía et c’est comme ça qu’est né Oro y gris."

"J’ai beaucoup de reconnaissance pour différents milieux culturels [qui m’ont accordé des distinctions]... mais la vérité, c’est que je n’ai jamais bougé le petit doigt pour ma propre publicité. Il y a des gens qui veulent être partout, qui recherchent les premiers rangs. Moi, ça ne m’intéresse pas. Et même, ça m’embête."

Et quand il se lève à la fin de l’entretien et prend sa canne, il lance au journaliste : "Ce n’est pas que j’en ai besoin, c’est pour ressembler à Borges".


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León Benarós est co-directeur de collection chez Corregidor (Historia del Tango) et l’un des rédacteurs du site encyclopédique http://www.todotango.com/ (dirigé par Ricardo García Blaya).
La plus récente des distinctions qu’il a reçues est sa nomination par le Gouvernement argentin comme Personnalité Emérite de la Culture.
Benarós est sociétaire de nombreuses institutions artistiques, dont la Sadaic (Sociedad Argentina De Autores y Compositores) et l’Association Internationale des critiques d’art (à Paris).

Il est co-fondateur de l’Academia Porteña del Lunfardo (institution dépendant de la Ville de Buenos Aires et qui s’est donné pour objectif la défense et la promotion du lunfardo, l’argot du Río de La Plata).

Bibliographie et discographie succinctes :

Antiguas ciudades de América, 1943, éd. Emecé
Romancero Criollo, 1978, éd. Corregidor
Leyendas argentinas, 1981, éd. Atlántida
Antología poética, 1997, éd. Fondo Nacional de las Artes

Cara de negro, 1980, musique de Sebastián Piana
La Independencia, musique de Adolfo Abalos, Waldo Belloso et Carlos Di Fulvio. Album composé de :
La Patria no se hizo sola (la Patrie ne s’est pas faite toute seule)
Adiós, General Belgrano (Adieu Général Belgrano - un héros de la guerre d’indépendance)
Quemandose de su fuego (Se brûler au feu)
Cuatro barquitos (Quatre petits bateaux)
Soldado desconocido (Soldat inconnu)
La Martin Güemes (La Martin Güemes - du nom d’un héros de l’indépendance du nord argentin, surnommée la Guerra Gaucha)
Cielito de granaderos (Ciel de grenadiers)
Le hablo de un 9 de Julio (Je vous parle d’un 9 juillet - le jour de l’Indépendance)
Niña de Tucumán (Fillette de Tucumán - une ville du tiers nord argentin qui joua un rôle-clé pendant la guerre d’indépendance, notamment auprès de Belgrano)

A surveiller :
la biographie de León Benarós que prépare le poète et historien Horacio Salas (né en 1938), directeur de la Biblioteca Nacional de 2003 à 2004, ancien Secrétaire d’Etat à la Culture du Gouvernement de la Ville de Buenos Aires, membre de l’Academia de Historia Argentina, de l’Academia Nacional del Tango et de l’Academia Porteña del Lunfardo.
Son livre sur le tango (El Tango, ed. Emecé, Buenos Aires, 2004) est disponible en français sous le titre Le tango, ed. Babel, Paris, 2004

Liens : http://www.pagina12.com.ar/diario/suplementos/libros/index.html (supplément Radar Libros du 20.07.08)

(1) un disque de candombes, rythme afro-rioplatense qui appartient à la grande famille du tango
(2) c’est l’époque où le gouvernement Perón s’employait à faire rapatrier les cendres du musicien mort et enterré à Paris en 1924
(3) Homero Manzi, 1907-1951
(4) Il s’agit de la milonga Recordando a Arolas
(5) disque d’anthologie, où l’éditeur de musique Ben Molar, autre grand nonagénaire du tango actuel, avait réuni autour du tango la crème des poètes (dont Sabato et Borges) et la crème des compositeurs de tango du moment (dont Julio De Caro, Juan D'Arienzo, Aníbal Troilo, Sebastián Piana, Astor Piazzolla...). Ce disque historique est sorti le 17 novembre 1966
(6) Mariano Mores, pianiste et compositeur, né en 1922


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Oro y gris
Letra de León Benarós, música de Mariano Mores

(Le poète travaille ici une thématique classique du tango : les pépites d’or mélangée à la boue, la grandeur de l’homme et l’humilité, la déréliction de la condition du peuple. C’est si bien ainsi qu’il l’entend que dans son article, Juan Pablo Bertazza traduit spontanément ce titre comme Oro y barro, or et boue).

Caía en oro y gris el día azul
del hondo abril
en que llegaste.
Tal vez lo eterno fue de nuestro amor
el llanto aquél
que derramaste.
¡Divina criatura musical...!
¡Asombro fiel
de tu mirada angelical!
Y tu melena, como un cálido trigal,
iba encendiendo sin querer
a mi sereno atardecer,
que iluminaste.

¡Qué breve fue la flor
de tu ansiedad y tu temor,
en nuestro amor!
¡Pequeña mía,
sentimental,
ardiente rosa
de mi rosal:
estoy poblado de tu ausencia,
y este dolor me hace feliz.
La calle es niebla y cerrazón,
y, mientras digo mi canción,
lloviendo está en mi corazón,
en oro y gris...

Tombait en or et en gris le jour splendide
De ce profond avril
Où tu es arrivée.
Peut-être ce que notre amour eut d’éternel
Fut-il ce long sanglot
Que tu as répandu.
Divine enfant musicale !
Emerveillement fidèle
De ton regard d’ange !
Et ta chevelure, comme un champ de blé tout chaud,
Allait mettant le feu sans le vouloir
A mon crépuscule serein
Que tu as illuminé.

Combien rapide fut la fleur
De ton angoisse et de ta peur
Dans notre amour !
Petite qui fus mienne,
Sentimentale,
Rose brûlante
De mon rosier :
Je suis peuplé de ton absence
Et cette douleur me rend heureux.
La rue est brume et ciel menaçant,
Et, tandis que je dis ma chanson,
Voilà qu’il pleut dans mon coeur,
En or et en gris...
(traduction Denise Anne Clavilier)