dimanche 22 décembre 2019

Une magistrate pour nettoyer les écuries d’Augias [Actu]

Un gros titre qui se comprend tout seul !

Lors de son discours inaugural, Alberto Fernández avait annoncé son intention de réformer en profondeur les services secrets, sources ces dernières années d’un grand nombre de dysfonctionnement de l’État et notamment de la Justice.

A la tête de ces services, il vient donc de nommer une magistrate, présidente d’une association professionnelle de gauche, Justicia Legítima, Cristina Caamaño.

Cristina Caamaño, souriante, posant dans son bureau
décoré de ses diplômes (une coutume largement répandue) et un portrait de San Martín

De toute évidence, il y a chez lui la volonté de mettre mieux en avant les femmes qu’il impose dans des secteurs où elles étaient jusqu’à présent assez absentes.

Pour aller plus loin :

jeudi 19 décembre 2019

Le nouveau directeur de l’INCAA ébauche son programme [Actu]

Une des pages culturelles de Página/12 ce matin

Luis Puenzo, le nouveau directeur de l’INCAA, l’institut national du cinéma et des arts audiovisuels, vient de donner deux longues interviews à deux journaux de bords politiques opposés, l’une à Página/12 et l’autre à La Nación.

Luis Puenzo, qui fut en 1994 l’un des promoteurs de la première loi sur le cinéma en Argentine, en appelle à une modernisation de l’arsenal juridique du secteur : les lois se sont en effet accumulées les unes sur les autres, il faut maintenant redonner de la cohérence à ce qui devient un fatras. Il voudrait aussi faire du cinéma l’une des trois principales industries de l’Argentine. Et après tout, pourquoi pas ? Si les capitaux ont toujours manqué pour créer un Hollywood au bord du Río de la Plata, les talents eux ont toujours répondu présent.

Homme du métier, Puenzo jouit pour le moment de la confiance de ses pairs, aux côtés desquels il vient de traverser la période néfaste résultant pour la culture de la politique néolibérale et mercantile de Mauricio Macri. Il aura l’oreille du prochain ambassadeur argentin à l’UNESCO, qui n’est autre que l’un de ses confrères, le réalisateur Pino Solanas (1), qui vient de quitter le Sénat et accumule à présent une belle expérience politique au niveau local (à Buenos Aires) comme au niveau fédéral.

Luis Puenzo veut s’inspirer du modèle français, qui a son Centre national du Cinéma et sa loi de protection de la production nationale contre la tendance invasive du cinéma nord-américain. Il faut maintenant qu’il fasse réaliser un audit sur ce qui a été fait et ce qui a été délaissé dans l’organisme, dont les gens du métier se plaignaient continuellement depuis quatre ans, et monter une politique avec les moyens du bord. Dans un premier temps, ils risquent de ne pas voler très haut.

Pour en savoir plus :
lire l’interview accordée à La Nación.

Ajout du 22 décembre 2019 :
lire cet article de La Nación



(1) Il remplacera Rodolfo Terragno.

Le président au déjeuner de fin d’année du patronat [Actu]

La table d'honneur et le président au pupitre (photo présidence argentine)
Le président a choisi la sobriété pour l'apéro :
son verre est rempli de soda au pamplemousse
A gauche sur la photo, le patron du groupe Clarín

Hier, Alberto Fernández a été l’invité du déjeuner de fin d’année du gratin patronal national, rassemblé dans l’Association des Entrepreneurs Argentins (AEA) et il leur a parlé de perspectives économiques.

Selon son appartenance idéologique, chaque quotidien retient de ses propos ce qui lui convient : Página/12 aborde les rapports avec le FMI qui se serait rangé à la façon de voir non libérale du nouveau gouvernement (1). La Prensa, professant l’espérance chrétienne qui marque cette fin de l’Avent, préfère insister sur une formule tournée vers l’avenir : « ce n’est pas une loi d’urgence [en référence aux mesures de redistribution en cours de vote au Congrès] mais un point de départ. ». Clarín se concentre sur les propos concernant l’industrie des mines, un secteur important pour la balance commerciale argentine, en particulier l’extraction d’or et d’argent. La Nación préfère souligner la faiblesse des ressources de l’État.

Pour en savoir plus :



(1) Il faut espérer qu’il n’y ait pas d’autres intervenants dans cette affaire car le même FMI avait fait bon visage à Yanis Varoufakis lorsque Syriza avait pris le pouvoir et l’a laissé choir ensuite lorsque notamment l’Union Européenne s’en est mêlée (cf. Conversations entre adultes). Heureusement peut-être pour l’Argentine, elle n’appartient pas à l’UE !

La corbeille de Noël 2019 à 199 pesos [Actu]

Ce que propose la chaîne argentine Coto au prix convenu (199 $ ARG)

Suite à un accord entre les chaînes de grande distribution et le ministère de la production au niveau national, depuis hier, les supermarchés proposent à leurs clients, pour la somme très réduite de 199 $ ARG, une sélection de six produits traditionnels de Noël à offrir à ceux qu'on aime  : du turrón (en l’occurrence d’arachide), des pralines (en l’occurrence d’arachide), du cidre (visiblement remplaçable par n’importe quelle boisson pétillante à base de n’importe quel fruit, comme sur cette photo où l’on voit un pétillant d’ananas), du pan dulce (sur la photo illustrant l’article de Página/12, on constate qu’il s’agit d’un tout petit modèle, façon panettone individuel), un gâteau de type quatre-quart ( appelé budín en Argentine) et enfin des bonbons.

Corbeille Coto à 999,99 $ (prix affiché sur le site Internet)
Ils ont ajouté une bouteille de vin rouge et une boîte de pêche au sirop

Inutile de préciser que pour un prix aussi bas, le panier ne contient que des cochonneries issues de l’industrie alimentaire ultra-transformées, à fort taux d’ingrédients chimiques.

Dans le même ordre d’idée, avant-hier, Página/12, toujours lui, a révélé que deux des volontaires qui, pour les besoins d’une expérience médicale à Córdoba, se nourrissaient exclusivement de produits inclus dans la sélection d’aliments de première nécessité établie, sous le précédent gouvernement, par l’INDEC, l’institut national de statistiques, pour servir de mesure de la pauvreté ont dû arrêter l’expérience parce que ce régime les rendaient malades. La liste des troubles qu’elles ont subis est impressionnante : perte de poids, hausse du cholestérol, disparition des règles, troubles du sommeil, soif permanente et même troubles de l’humeur… Les deux cobayes ont quitté l’expérience au bout de 90 jours alors qu’elle doit durer six mois, avec pour condition une alimentation ne dépassant pas les 3.000 pesos par mois pour les femmes et les 4.000 pour les hommes. Il s’avère que ces sommes excluent pratiquement de la diète tout ce qui apporte des fibres et des protéines (un régime à base de pommes de terre, de riz et de pâtes).

La corbeille proposée par la chaîne chilienne Jumbo, à 189 $ (sur Internet)

A travers cette expérience, les scientifiques veulent démontrer la malignité du choix opéré par l’organisme public qui réserve aux pauvres des aliments de mauvaise qualité et faire adopter à sa place un guide de l’alimentation conçu par le ministère de la Santé, qui recommande comme en Europe la consommation de 5 fruits et légumes par jour.

A méditer !

Pour en savoir plus :
lire l’article de Página/12 sur la corbeille de Noël
lire l’article de Página/12 sur le panier de première nécessité.

Ajout du 27 décembre 2019 :
lire cet article de Clarín sur l'expérience scientifique conduite sur la corbeille des produits de première nécessité.

mercredi 18 décembre 2019

Alberto Fernández obtient l’accord de 23 gouverneurs sur 24 [Actu]

Le président et les gouverneurs dans le Salón Blanco de la Casa Rosada
Photo Télam
Alberto Fernández pose, au premier plan,
entouré par le premier ministre et le président de la Chambre basse
De part et d'autres, les gouverneurs, dont seulement deux femmes.
Il fait une chaleur à mourir et ils sont tous habillés en couleurs sombres.
Ils sont fous, ces Argentins, comme dirait quelqu'un

Il y a deux ans, Mauricio Macri avait obtenu l’accord de 19 gouverneurs, dont plusieurs appartenaient à sa majorité, pour une baisse des impôts qui eut pour effet d’appauvrir les provinces en les privant de rentrées qui leur auraient permis d’investir ou d’être simplement maîtresses de leurs politiques locales, contre une redistribution par l’État fédéral de ce qu’elle lui cédait (1).

Hier, le président Alberto Fernández a rassemblé tous les gouverneurs, sauf celui de Tierra del Fuego, qui ne prête serment qu’aujourd’hui, pour renégocier le contrat fiscal fédéral. Les 22 gouverneurs, rejoints par le chef de gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, qui a même rang avec un titre différent, se sont accordés avec le chef d’État pour en terminer avec cet accord marqué par l’idéologie néolibérale, dont Página/12 prend congé avec une formule pleine d'une fausse componction catho (2).

Les mandataires provinciaux ont négocié avec le gouvernement fédéral la suspension des dispositions de 2017, que même les gouverneurs de droite critiquaient, jusqu’à la fin de l’année prochaine et les provinces qui avaient attenté un procès à l’État fédéral se sont désistées. Cette pause laissera à tout le monde d’y voir plus clair et rendra à chaque province son autonomie fiscale pour relancer son économie à l’échelle locale. Le comble est que plusieurs gouverneurs de droite qui avaient signé en 2017 (parfois par discipline idéologique) ont joint leurs critiques à celles exprimées par leurs homologues de l’actuelle majorité. Cette réunion est un bon début pour Alberto Fernández qui souhaite développer la capacité des institutions à coopérer par-delà les différences politiques. Il a réussi son coup en rassemblant la totalité des mandataires entrés en fonction, y compris Horacio Rodríguez Larreta (de Buenos Aires ville), devenu le ténor de la droite libérale mais qui semble vouloir, pour le moment, collaborer avec le gouvernement national.

Au cours de cette réunion, il a été décidé d’établir une commission d’évaluation des effets de la baisse de la TVA sur les produits de première nécessité, établie par Mauricio Macri en août pour essayer de corriger la tendance électorale qui annonçait sa défaite quasi-inélucable. En effet, le produit de cette TVA était normalement acquis aux provinces, qui se sont trouvées toutes nues du jour au lendemain, pour satisfaire les ambitions électorales à la tête de l’État fédéral ! Cette commission devra faire des propositions pour améliorer la mesure qui visait à aider les plus pauvres à se nourrir.

Ce succès du président a bien sûr été aidé par la large majorité obtenue par la gauche dans de très nombreuses provinces alors que sous la législature précédente, la droite était mieux représentée dans le corps des gouverneurs. Parmi lesquels la représentation féminine a fortement baissé en même temps que la gauche s’y remplumait… Dommage !

Pour en savoir plus :



(1) Un peu comme ce qu’il se passe en France avec la disparition, en trompe-l’œil pour le contribuable, de la taxe foncière contre une prétendue compensation à l’euro près par l’État, ce qui prive le maire de mener la politique qu’il veut sur sa commune et pour laquelle il a été élu et le réduit à n’être qu’un agent de gestion d’une subvention des Finances. Le chef d’État se montre généreux avec l’argent des autres et renforce le centralisme. Et dans un pays fédéral, c’est le genre de choses qui passe très mal assez vite.
(2) El pacto fiscal de Macri pasó a mejor vida (le pacte fiscal de Macri est maintenant dans un monde meilleur). L’expression choisie évoque aussi une amélioration de la vie de tous grâce à cette disparition.

lundi 16 décembre 2019

Gatillo fácil : en finir avec la gâchette facile, un défi politique [Actu]

Une de ce jour
"On ne peut pas aborder l'urgence sociale à travers la sécurité"

Dans sa première interview depuis sa prise de fonction mardi dernier, la nouvelle ministre de la Sécurité, Sabina Frederic, a abordé tous les sujets brûlants de son ministère, antérieurement tenu par une militariste obtuse et droitière, partisane à la limite du fanatisme de la violence institutionnelle dans un pays où la police n’a que trop tendance à avoir la gâchette facile (gatillo fácil) et un lourd passif en matière de mauvais usage de la force.

Alberto Fernández a choisi pour ce poste l’exact opposé de la revêche Patricia Bullrich. La nouvelle ministre est une anthropologue distinguée, qui a fait son doctorat aux Pays-Bas, elle est enseignante à l’Université nationale de Quilmes (dans la banlieue sud et populaire de Buenos Aires) (1) et chercheuse au CONICET (le centre national de recherche et de technologie) et dans d’autres gouvernements, sous Néstor Kirchner puis sous Cristina Kirchner, elle a travaillé au sein du ministère de la Défense sur diverses questions techniques. La dame est souriante et naturelle comme on le voit sur la photo portée à la une de Página/12 ce matin. De belles manières dont Bullrich nous a trop longtemps privés.

A son programme, plus long que le bras : renforcer et moderniser la formation des effectifs de police pour implanter des mœurs un peu plus civilisées et dignes d’un État de droit, supprimer la "doctrine Chocobar"(2), instituée par le gouvernement précédent et qui consistait à donner aux policiers le droit de faire feu n’importe quand et n’importe comment, y compris dans le dos des personnes visées, en les exemptant en prime de toute poursuite judiciaire, améliorer les statistiques et les instruments de suivi et de gestion de l’action des forces de police et de gendarmerie (3), lancer la réflexion sur les modalités pour légaliser et réguler le marché des drogues douces (4) et modifier les règles d’usage des pistolets Taser que l’ancien gouvernement avait commandés pour le maintien de l’ordre sur la voie publique (et dont les effectifs ne sont toujours pas équipés parce que les armes n’ont pas encore été livrées par le fabricant).

Autre caractéristique qui différencie la nouvelle ministre de l’ancienne : tout au long de l’article, alors que le journaliste, Nicolás Romero, cherche à lui faire émettre des condamnations bien senties de l’action de la majorité antérieure, Sabina Frederic reste mesurée et nuancée dans toutes ses réponses, veillant soigneusement à éviter la polémique et la bagarre idéologique.

Pour aller plus loin :



(1) De ces universités installées en zone populaire dont la précédente gouverneure de la province de Buenos Aires avait dit qu’elles étaient inutiles « puisque les pauvres n’arrivent jamais à l’université ».
(2) Chocobar est un policier de la Province de Buenos Aires qui a tué dans le dos un délinquant très violent dans une rue de la Ville Autonome de Buenos Aires. Reçu avec tous les honneurs au lendemain de son crime par le président Macri et les ministres national et provincial de la Sécurité, il n'en a pas moins été inculpé par la Justice et on attend que se tienne enfin son procès.
(3) Le ministère de la Sécurité chapeaute quatre corps : la police fédérale qui a compétence sur tout le territoire, la gendarmerie qui ne travaille que sur le territoire limitrophe aux frontières, la préfectorale, qui est compétente sur les fleuves et les rivages et en particulier sur le Río de la Plata, et la police aéroportuaire.
(4) L’Uruguay a déjà légalisé la vente du cannabis et il semblerait que ce ne soit pas la catastrophe socio-sanitaire que les opposants à cette loi pouvaient craindre.

Les « Saints » aussi changent de président [Actu]

Les bureaux de vote samedi dans l'ancien Carrefour vidé de ses gondoles

Matías Lammens propulsé ministre de Tourisme et des Sports, il a bien fallu que le Club Atlético de San Lorenzo de Almagro, le club du pape, repérable à son maillot à rayures bleu et grenat comme celui du Barça, a dû, samedi, élire de toute urgence son nouveau président. Et c’est l’ancien secrétaire général du club, le très médiatique producteur d’émissions télé de variétés (1), qui l’a emporté avec un score de république bananière : plus de 80 % des suffrages exprimés.

La légitimité de BoJo, c'est de la rigolade à côté de ça !

Marcelo Tinelli, tel est le nom de la vedette télévisée, bientôt 60 ans, a été consacré dans les bâtiments de l’ancien Carrefour qui a fermé ses portes il y a quelques mois pour rendre le terrain au San Lorenzo qui en avait été exproprié sous la dictature militaire au profit d’une juteuse opération immobilière. Le Club envisage de réinstaller à cet endroit, dans le quartier de Boedo, ses installations sportives, en souvenir du Viejo Gazómetro (traduisez l’usine à gaz), le bon vieux stade historique à jamais regretté par les sociétaires, que Clarín nomme Tierra Santa, pour rendre compte de l’attachement des supporters à cet endroit et adopter la culture très confessionnelle de ce club à part (2).

Le nouveau président va changer un peu l’équipe technique qui encadre les 27 footballeurs de ce club professionnel, comme Buenos Aires en compte plusieurs, dont les plus célèbres avant l’élection du pape François étaient le populaire Boca Juniors (qui vient aussi de changer de président) et l’élitiste River Plate.

Pour aller plus loin :



(1) des émissions populaires au plus mauvais sens du mot : creuses, à la limite du vulgaire, spotlights et paillettes.
(2) Il a été fondé au début du 20e siècle par le père Lorenzo, vicaire de la basilique San Carlos de Almagro, et il est resté fidèle à ses valeurs, liées à la pastorale catholique et à la doctrine sociale de l’Église. De là, leurs deux principaux surnoms : los Santos et los Cuervos (les corbeaux, à cause des soutanes).

Mario Sandoval sera bien jugé en Argentine [Actu]


L’ex-policier Mario Sandoval a pris hier l’avion pour Buenos Aires, extradé de France pour l’Argentine, son pays natal, où il est accusé de crimes contre l’humanité pendant la dernière dictature militaire.

Sandoval s’était fait attribuer le statut de réfugié politique en France il y a plus de trente ans, il avait réussi à se faire naturaliser et avait réussi à obtenir un poste à l’université, ce qui lui a permis de mener pendant des années la vie d’un intellectuel mondain du Tout Paris intello. Depuis huit ans, la justice argentine bataille et négocie avec la France pour le récupérer et le juger, grâce à l’aide d'une avocate parisienne qui représente ses intérêts dans toutes ses affaires liées aux crimes du régime dictatorial.

Les tribunaux français ont fini par accepter son extradition, malgré la doctrine constante qui veut que la France n’extrade pas ses nationaux, mais un argument a vaincu la résistance : il n’était pas français à l’époque où les crimes desquels il est accusé ont été commis. Il a fallu près d’un an entre le moment où Emmanuel Macron a donné son accord politique à la remise de l’accusé à son pays natal et le vol de cette nuit.

On attend maintenant l’ouverture du procès en première instance.

Pour en savoir plus :
lire l’article de Clarín.

Ajouts du 17 décembre 2019 :
lire cet article de Página/12 sur l'arrivée du détenu à l'aéroport d'Ezeiza (il a été écroué à la prison du même secteur)
lire cet article de La Nación

Les premières mesures économiques [Actu]

Une de Página/12 de samedi (14 décembre 2019)

A la fin de la semaine dernière, le nouveau gouvernement argentin a fait connaître les premières mesures de son plan d’urgence de lutte contre la pauvreté pendant les 180 premiers jours du mandat.

Il rétablit l’indemnisation à 200% pour les licenciements sans cause réelle et sérieuse que Mauricio Macri avait supprimée (toujours sous le même prétexte : fluidifier le marché du travail en levant les hypothèques pesant soi-disant sur les décisions des patrons).
Il crée une carte de crédit donnant un accès privilégié aux achats alimentaires pour les personnes en situation de précarité..
Il augmente les minimums sociaux : retraites basses, allocations familiales (attribuées sous condition de revenus), petits salaires.
Il relève les impôts sur le patrimoine, notamment sur celui des Argentins établis à l’étranger, et les impôts des plus riches. Il va appliquer une taxe au taux de change du dollars pour les Argentins qui partent en voyage touristique à l’étranger et aux achats qu’ils font en dehors des frontières de façon à relancer le marché intérieur (il est traditionnel que les Argentins aillent acheter au Chili ou aux Etats-Unis des produits technologiques à haute valeur ajoutée comme des ordinateurs, des smartphones, des télévisions, voire de l’équipement ménager).
Les exportateurs de soja et de céréales seront mis à contribution par une taxe à l’exportation, ce qui risque de mettre à nouveau le feu dans le patronat agricole toujours organisé en bureau commun à toutes les organisations du secteur.
Les aides sociales seront jointes à la mise en place d’entreprises de production, notamment sous forme de coopérative, pour aider au retour sur le marché du travail. Là encore, une mesure qui fait grincher des dents à droite où l’on croit volontiers que les gens exclus du marché du travail sont des fainéants qui reçoivent des sous sans rien faire, sous le déguisement d’une coopérative qui vit de l’argent public. Ces coopératives avaient été détruites par le précédent gouvernement.

Pour en savoir plus :
lire l’article de Página/12 de vendredi
lire l’article de Página/12 aujourd’hui
lire l’article de La Nación

"Pour décorer le sapin" titre Página/12 le 17 décembre
en donnant les premiers chiffres officiels (retraites, allocations, gel des prix de l'énergie...)

Ajouts du 17 décembre 2019 :
lire cet article de Página/12
lire cet article de Clarín
lire cet article de La Nación

samedi 14 décembre 2019

Un symbole populaire de retour dans la cour du ministère de l’Agriculture [Actu]

La cour du ministère de l'Agriculture vers 12h jeudi dernier

Le nouveau ministre de l’Agriculture, un secteur que s’est traditionnellement approprié la classe sociale supérieure, vient de remettre au goût du jour une bonne vieille tradition de la campagne : les saucisses grillées au barbecue et dévorées en hot-dog dans un morceau de pain pour le déjeuner des employés du ministère, le tout dans la cour, au soleil de cette fin de printemps ! C’est le choripán, de chorizo (sorte de saucisse de Toulouse, à ne pas confondre avec la charcuterie espagnole) et de pán (le pain).

Et c’est La Nación, le journal de cette classe sociale dominante et dominatrice, qui s’est fait l’écho avec des photos des plus sympathiques : l’asado sous ses deux formes, avec la grille horizontale au ras du sol par dessus les braises ou la grille verticale, légèrement penchée au dessus de la flamme qui ne touche jamais les mets… A table !

Vers la normalisation de l’avortement - Article n° 6000 [Actu]

"Le premier pas", dit le gros titre d'hier
avec le symbole du ruban vert
(les pro-légalisation arborent un foulard vert)
A gauche : l'arrivée de Evo Morales en Argentine
où il a obtenu le statut de réfugié politique avec consigne de se faire discret
En haut : la remise en lumière du grand portrait d'Evita Perón
sur le bâtiment de la CGT

Jeudi dernier, le ministre argentin de la santé, Ginés González García, a promulgué un nouveau protocole, d'application immédiate, sur l’interruption légale de grossesse (ILE), qui reprend la mesure-clé du protocole publié puis annulé dans la journée par Mauricio Macri et son ministre de la santé il y a deux semaines : la possibilité pour les femmes d’accéder à un avortement légal en déclarant simplement sur l’honneur avoir été violée, puisque c’est un motif valide depuis près d’un siècle (1).

Gros titre intraduisible :
la verdolaga, c'est le pourpier en français
clair allusion en Argentine au foulard vert.
Traduit en français, ça nous oriente vers le rouge !
On pourrait dire "Salade verte"
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Le document se présente comme purement médical et même ultra-technique. Il permet aux femmes de recourir à l’IVG sans passer devant un juge jusqu’à ce que la loi change, ce qui se fera sans doute prochainement, au cours de la présente législature, et le débat sera sans doute alors moins violent qu’il ne l’a été ces dernières années.

A gauche, Michelle Bolsonaro, à droite, Fabiola Yáñez
à Rome, hier

Le gouvernement y va avec prudence et sagacité. Comme la mesure peut l’éloigner de l’Église, dont il est proche du fait de son attention aux plus vulnérables, l’Argentine a envoyé la première dame, au surlendemain de la prestation de serment de son compagnon, à Rome, assister à l’inauguration du nouveau siège de la fondation Scholas Occurentes, une initiative du pape François, quand il était encore archevêque de Buenos Aires, inauguration qui marquait par ailleurs le jubilé d’or de son ordination. Fabiola Yáñez a rejoint le groupe des conjoints de chef d’État latino-américains qui participait à la fête. Elle a ainsi rencontré le Saint-Père qui l’a visiblement accueillie avec chaleur et à qui elle a offert le calice qui a été utilisé dimanche dernier à la messe de l’Immaculée Conception à Luján à laquelle ont assisté côte à côte Alberto Fernández et Mauricio Macri en signe de paix civile, au-delà des différences politiques. Le lien est donc noué d’emblée avec Rome et la une de La Prensa s’en fait l’écho avec son gros titre et la choix de la photo. Fabiola Yáñez en a même profité faire la connaissance de Michelle Bolsonaro, l’épouse du président brésilien, qui vient tout juste de mettre de l’eau dans son vin et a cessé d’insulter et de menacer l’Argentine et son président de gauche, qu’il vomissait jusqu’à il y a quelques semaines.

Le gros titre ressemble à une des formules liturgiques du gloria de Noël :
Paz en la tierra a los hombres que ama el Señor
(paix sur la terre aux hommes qu'il aime)
"Paix au Vatican, guerre à Buenos Aires"
sur une photo qui montre Fabiola Yáñez recevant l'accolade du pape
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Hélas, en Argentine, le prélat à la tête de la pastorale de la Santé a réagi avec des propos très tranchés et peu pacificateurs, prétendant que la majorité des Argentins sont contre le dépénalisation de l’avortement, ce que soi-disant on aurait vu en 2018 lors du débat parlementaire. Gros mensonge car le débat parlementaire rend témoignage de l’opinion des élus et non pas de l’ensemble de tous les citoyens. Pour ces derniers, on ne sait pas où se trouve la majorité : il n’y a pas eu de référendum sur le sujet.

Clarín traite le sujet en bandeau supérieur et en manchette inférieure
"Collision entre l'Eglise et le gouvernement :
elle l'a accusé d'installer l'avortement libre"
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Lorsque le gouvernement de Pepe Mujica, en Uruguay, avait légalisé l’avortement, le primat du pays avait réagi avec beaucoup plus de prudence : il avait déclaré qu’après l’adoption de cette loi, l’Église allait « s’occuper des blessés », c’est-à-dire prendre en charge les dégâts psychiques, éthiques et spirituels que ce type de législation entraîne dans une société judéo-chrétienne. Cela lui avait permis de redire l’opposition de l’Église à cette solution mais sans déterrer la hache de guerre. Dommage que cet évêque argentin n’ait pas pris modèle sur son homologue de Montevideo… Cette violence verbale a été remarquée et soulignée par tous, y compris par les journalistes de Clarín et de La Nación, d’habitude très prompts à soutenir les militant(e)s du foulard bleu (anti-foulard vert).


Le schéma de la procédure à suivre, extrait du dossier de présentation du protocole
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Pour aller plus loin :
dans la presse d’hier
lire l’article de La Prensa (hostile mais pas autant que ce qu’on aurait pu imaginer mais il est vrai qu’il y a encore eu une morte à la suite d’un avortement clandestin la veille des prestations de serment, donc au lendemain de l’Immaculée Conception)
dans la presse de ce matin
lire l’article de La Prensa sur la réaction du président de la commission pastorale de la Santé
lire l’article de Clarín sur la réaction de l'évêque
lire l’article de Clarín sur Fabiola Yáñez à Rome
lire l’article de La Nación

Ajouts du 19 décembre 2019 :
Le président a reçu une délégation de l'épiscopat à la Casa Rosada. Les prélats ont montré leur désaccord devant la politique du ministère de la Santé sur l'avortement mais ils ont indiqué leur accord devant la politique de redistribution et de soutien aux plus vulnérables que le gouvernement vient de lancer.
Lire l'article de Página/12
Lire l'article de La Prensa
Lire l'article de Clarín
Lire l'article de La Nación



(1) L’autre motif rendu valable par la jurisprudence est la santé et la survie de la mère.

Rodrigo de la Serna et el Yotivenco au Gran Rex ce soir [à l’affiche]


Ce soir, samedi 14 décembre 2019, à 20h30, au Teatro Gran Rex, avenida Corrientes 857, l’acteur-chanteur Rodrigo de la Serna se produira avec son groupe El Yotivenco dans un répertoire de tango classique, en hommage comme à son habitude aux grands chanteurs de l’époque d’or, Goyeneche, Rivero et l’auteur-compositeur interprète uruguayen qu’était Alfredo Zitarrosa, très engagé à gauche et qui a inspiré tant d’artistes dans tout le bassin du Río de la Plata.

Place de 500 à 2.500 pesos selon l’emplacement.

Rodrigo de La Serna a accordé une interview ce matin à Página/12 et ne cache pas ses espoirs dans le changement de politique actuel. Ses sympathies à gauche sont largement connues : il a entre autres incarné José de San Martín dans un film idéologiquement très orienté, issu d’une commande publique pour le bicentenaire en 2010… Sur scène, il a aussi récemment incarner Juan Manuel de Rosas, une des figures historiques chérie par la gauche péroniste.

Pour en savoir plus :

Retour au bercail pour le CCK et Tecnópolis [Actu]

Le CCK (centre culturel Kirchner), que Macri n’a pas réussi à faire débaptiser malgré tous ses efforts, et le parc thématique technico-scientifique Tecnópolis reviennent dans l’escarcelle du ministre de la Culture dont ils n’auraient jamais dû s’échapper, surtout pour aller grossir les compétences hétéroclites de l’ancien ministre des médias, Hernán Lombardi, dont les employés du CCK ont salué le départ mardi par une grande fête sur le parvis du bâtiment…
Au cas où on aurait pu croire qu'il avait su s'y faire apprécier !

De la même manière, un bon nombre de salariés de la Casa Rosada ont fait une grande ovation mardi midi à Alberto Fernández lorsqu’il a pris possession du palais présidentiel !

Pour en savoir plus :

jeudi 12 décembre 2019

Cucuza à la Trastienda demain soir [à l’affiche]


Vendredi 13 décembre 2019, à 23h30, à La Trastienda, Balcarce 460, à San Telmo, le chanteur Cucuza Castiello présentera son nouveau disque, issu de son tour de chant qui mêle tango et rock nacional, Menesunda Tangolencia Rockera, qu’il a enregistré avec plusieurs autres artistes, à l’image du tour de chant.

Il sera accompagné par de nombreux musiciens, dont ses partenaires habituels, Noelia Sinkunas au piano et son fils Mateo Castiello à la guitare, ainsi que des chanteurs comme Chino Laborde et Ariel Ardit et un compositeur-guitariste comme Acho Estol.

Le Congrès siégera cet été pour lancer les premières mesures sociales [Actu]

En haut : "Gel du prix de l'énergie" (en province de Buenos Aires)
sur photo de la passation de pouvoir entre l'ex-gouverneur et son successeur
En bas : "Des sessions extraordinaires" (au niveau national et bonaerense)
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Prenant le contre-pied de Mauricio Macri à son arrivée aux affaires il y a quatre ans, c’est par le débat parlementaire et la loi et non sous la forme du décret de nécessité et d’urgence (DNU) que le gouvernement Fernández va remettre du social dans la régulation d’État que son prédécesseur avait détruite dans le domaine de la redistribution des richesses et le soutien économique aux plus démunis. Pour ce faire, le Congrès devra siéger une partie de l’été au lieu de partir en vacances.

Clarín annonce en gros titre l'augmentation des retraites et
des allocations familiales
En dessous : la panne d'électricité qui a affecté Buenos Aires
dans un bazar de quartier prêt pour Noël
(à cause des systèmes d'air conditionné
qui pèsent trop sur les infrastructures de production)
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Dans son discours inaugural mardi, Alberto Fernández avait dit qu’on luttait en faveur de la démocratie par plus de démocratie. Dont acte.

Le nouveau ministre de l'Economie a annoncé une grande victoire :
"Le FMI a reconnu l'échec de son programme antérieur"
Le gouvernement argentin négocie à nouveau avec ses créanciers
En haut : "Macri est déjà parti, Vidal aussi"
une allusion à la passation de pouvoir à La Plata (prov. de Buenos Aires)

Pour en savoir plus :