Actualité culturelle argentine, là-bas à Buenos Aires et sur le Río de la Plata, et ici, en Europe francophone.
Actualidad cultural, allá en Buenos Aires y su zona y acá en nuestras ciudades europeas franco-hablantes. Noticias en español si te gusta más así...
Cultural current affairs, there in Buenos Aires area and here, in French-speaking Europe. Depending on your demand...
Image tirée de la page Facebook de soutien au programme
Ce n'est pas vraiment une surprise
depuis la victoire électorale de Mauricio Macri et la nomination de
son ministre de l'Education. C'est déjà Esteban Bullrich qui était
à la tête du ministère de l'Education portègne qui avait fait
écarter le musicien Claudio Espector du programme d'enseignement
qu'il avait fondé il y a une dizaine d'années pour apporter la
musique aux enfants des quartiers défavorisés avec des professeurs
de première qualité dont plusieurs instrumentistes du Teatro Colón.
Claudio Espector avait fait appel aux tribunaux sans pouvoir regagner
son bureau, dont il restait privé malgré le référé de la justice
en sa faveur.
Samedi, Claudio Espector a appris qu'il
était aussi révoqué de son poste de coordinateur national du
programme, dont le démantèlement a été annoncé en début
d'année : le programme sera désormais du ressort des
provinces, l'Etat national se désengageant. Autrement dit, le
programme est mis à mort. Peu de provinces ont les moyens et la
volonté de développer ce type d'enseignement qui permettait
pourtant à des gamins de trouver leur dignité de citoyen, d'éviter
les pièges de la délinquance qui les guettent dans leurs quartiers
mités et de maîtriser peu à peu des langages et des expressions
qui sont l'apanage des classes supérieures.
Ce soir, Claudio Espector donne une
conférence de presse. Il est soutenu par plusieurs syndicats et par
de nombreux parents d'élève.
Répétition de La Bohème avec les enfants du Chœur dit aujourd'hui du Bicentenaire
C'était en août 2013
Je garde le souvenir fabuleux d'avoir
passé une journée avec les enfants, entre une école entre La Boca
et Puerto Madero, un samedi, et les répétitions (ci-dessus) d'un chœur
d'enfants au Teatro Avenida : ils travaillaient sur une
production de La Bohème, de Puccini, un vrai opéra, dans un vrai
théâtre, avec des vrais chanteurs, des vrais musiciens, un vrai
chef et une vraie metteuse en scène. Les gamins étaient
resplendissants, heureux et excellents musiciens et acteurs qui plus
est... Quel désastre que la disparition de cette institution
pédagogique !
Curieusement, Página/12 en parle ce
matin sans mettre son article en valeur. Il faut même fouiller
sérieusement le site Internet pour le trouver et le lire !
Ajout du 3 mai 2016 :
Claudio Espector a annoncé hier, lors d'une réunion publique, qu'il se portait devant la justice conte le Ministère de l'Education nationale pour faire annuler sa révocation. Lire à ce sujet le reportage de Página/12 sur cette manifestation, que la rédaction met correctement en avant dans ses pages culturelles.
Ce
soir, samedi 15 mars 2014, s'ouvre le Festival de Tango Indépendant (FTI) pour la cinquième année consécutive. Quelle belle réussite pour
cette manifestation qui s'étend chaque année un peu plus dans le
pays, non seulement à Buenos Aires mais dans les Provinces.
Beaucoup
d'acteurs de la nouvelle vague du tango, des formations comme La
Vidú, La Siniestra, Violentango, Quinteto Negro La Boca et cette
année, les organisateurs, Fractura Expuesta et la Unión de
Orquestas Típicas, appuient Claudio Espector et ont invité des
orchestres d'enfants du programme d'enseignement musical que Claudio
a fondé et dont il vient d'être écarté à la fin du mois de
décembre. En effet, malgré une décision de justice en référé,
et comme d'habitude, le gouvernement portègne refuse d'obtempérer
et de réintégrer le musicien à son poste, comme la justice en a
disposé (voir mes articles sur Claudio Espector en cliquant sur son
nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus).
Au
programme du festival, comme tous les ans, milongas populaires en
plein air, concerts, tables-rondes, cours de danse, à Buenos Aires
et à La Plata (prov. de Buenos Aires), à Rosario (prov. de Santa
Fe), à Paraná (prov. de Entre-Ríos), à Córdoba et à Mendoza, ainsi qu'en
dehors des frontières, à Montevideo et à Valparaíso.
Le
FIT est une initiative de la movida tanguera auto-gérée qui s'est
constituée pour compenser le peu d'intérêt que la politique
culturelle de Mauricio Macri accordait au tango populaire, qui tourne
le dos à l'exploitation touristique du genre ou qui accepte de
mettre en valeur ce qu'il a de qualité dans des modalités qui ne
permettent pas beaucoup aux Portègnes du commun d'en bénéficier
(un festival dans un coin peu accessible de la ville, avec une
distribution des entrées aux heures de bureau, donc pendant que les
locaux bossent et à des horaires peu compatibles avec les exigences
de la vie professionnelle, le tout en plein hiver, donc en pleine
année).
Il
y a deux jours, la justice portègne a prononcé une décision de
réintégration dans ses fonctions du Maestro Claudio Espector, dont
vous vous souvenez sans doute si vous suivez l'actualité culturelle
argentine dans ces colonnes que, le 19 décembre dernier (voir mon article à ce sujet), le Ministère de l'Education portègne par le
truchement d'une de ses sous-secrétaires l'avait révoqué, d'une
manière arbitraire et discrétionnaire, sans pouvoir avancer la
moindre faute professionnelle à son encontre et ce malgré son
élection comme Personnalité de la Culture, en juin 2013 (voir mon article à ce sujet).
Certes
la décision est prise à titre conservatoire. Il ne s'agit pas d'une
décision de fonds pour laquelle Claudio Espector et les syndicats de
musiciens et d'enseignants ont saisi les tribunaux : cette autre
décision se prononcera sur la validité de la révocation et le
droit du Gouvernement portègne de se défaire d'un fonctionnaire
sans cause réelle et sérieuse, comme s'exprime le code du travail
en France. Il se peut toutefois que le juge du fonds confirme la
première décision puisque le ministère de tutelle n'a jamais
procédé dans les formes, aucune notification écrite de révocation
n'ayant jamais été adressée à l'intéressé. On croit rêver !
Ou plutôt cauchemarder.
Toujours
est-il qu'exit pour le moment le nouveau Coordinateur nommé à la
fin décembre (un obscur clarinettiste sans grand talent mais avec de
grandes ambitions politiques et des copains d'école bien placés).
Claudio Espector reprend sa charge aujourd'hui avec l'appui de
nombreux parents d'élèves, du corps professoral et de plein
d'élèves, dont il faut voir là-bas, à Buenos Aires, l'affection
et la confiance qu'ils lui manifestent.
Vous
pouvez manifester votre soutien au musicien et à l'enseignant qu'est
Claudio Espector ainsi qu'à l'ensemble du Programme des Orchestres
d'enfants qu'il a fondé à Buenos Aires et qu'il coordonne en vous
connectant à la page Facebook du collectif militant. Vous pouvez aussi vous connecter à la page personnelle qu'il a créée en 2010.
lire
l'article de Página/12 de ce matin sur le retour en poste de Claudio
(avec les difficultés que le Ministère pourrait lui faire bien que
ses conseils se soient montré fort empruntés dans leur défense à
la barre).
Claudio Espector en pleine répétition avec ses élèves
Comme
vous le savez si vous êtes un lecteur assidu de Barrio de Tango, le
voyage culturel que je propose à Buenos Aires avec l'agence de
tourisme équitable Human Trip, a été, dès sa conception au
printemps dernier, associé à une action de solidarité avec le
Programa de Orquestas Infantiles de Buenos Aires et vous savez aussi
que, quelques jours avant Noël, Claudio Espector, le coordinateur
général et fondateur de ce programme d'enseignement de la musique
aux enfants défavorisés de la capitale argentine, a été remercié comme un malpropre par le Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos
Aires, alors que, en juin, la Legislatura l'avait honoré du titre de
Personnalité de la Culture (pour accéder à l'ensemble de mes
articles sur Claudio Espector, cliquez sur son nom, ci-dessus, dans
le bloc Pour chercher, para buscar, to search).
Manifestation récente des Orquestas Infantiles devant le Palais Municipal
(ancien Hôtel de Ville de Buenos Aires),
à l'angle de Avenida de Mayo et de Plaza de Mayo
Notre
journée du samedi 3 mai 2014 prendra donc certainement un visage
nouveau une fois que nous serons sur place. Tout va dépendre des
événements de cet été austral : peut-être Claudio Espector
sera-t-il réintégré, car même un journal de droite comme La
Nación(1) s'est offusqué de cette révocation (voir l'article sous
le lien). Peut-être Claudio Espector trouvera-t-il une autre
mission, au niveau national ou à celui de la Province de Buenos
Aires, un poste à la hauteur de son talent de musicien et de
pédagogue. Peut-être le Programa de Orquestas Infantiles aura-t-il
disparu en tant que tel pour faire place à un conservatoire
quelconque mais payant, afin qu'il soit réservé aux enfants de
l'électorat de Mauricio Macri, les CSP+ de Buenos Aires. C'est là
ce qu'on voit nettement venir dans les manœuvres
de ce Gouvernement qui a déjà avancé ses pions en douce, depuis le
début de l'année 2013, donc bien avant de flanquer Claudio à la
porte.
Notre
programme initial prévoyait de passer la matinée avec les enfants
et leurs enseignants pour voir comment cet ambitieux chantier
collectif permet aux gamins des faubourgs (en France, nous parlons
des cités) de s'intégrer d'un point de vue culturel et social et de
s'ouvrir à des univers esthétiques et intellectuels dont le
Gouvernement de Mauricio Macri vient donc de décider qu'ils ne sont
définitivement pas dignes.
Dans
ce blog, je vous tiendrai au courant des évolutions de cette
situation dont on ne peut que déplorer qu'elle puisse exister dans
la capitale d'une République qui fêtait en décembre dernier les 30
ans du retour à la démocratie... Pour autant qu'ils communiqueront
leur adresse mail à Human Trip, les participants au voyage seront
personnellement informés en temps réel des solutions alternatives
que j'élaborerai en fonction de l'actualité.
L'opulent fatras culturel de la librairie El Rufián Meláncolico, rue Bolívar
L'après-midi
restera libre, c'était déjà ce qui était prévu, pour le shopping
ou pour une autre sortie culturelle optionnelle (ce ne sont pas les
musées qui manquent, à tel point qu'il est impossible de les
intégrer tous dans un séjour de deux semaines).
Dans
la description détaillée du voyage que vous pouvez consulter et
télécharger en version imprimable sur mon site Internet, je vous
fais pour cette demie-journée quelques suggestions :
- une
visite à la librairie El Rufián Meláncolico, que tient dans la rue
Bolívar un duo de libraires dont l'un, un artisan et intellectuel
chilien, a vécu en France pendant que Pinochet martyrisait son pays,
La boutique des AA est installé
sous le pont autoroutier du 25 de Mayo, dans San Telmo
- un
passage, dans la rue Defensa, par la boutique de la Coopérative des
Artisans Argentins, où vous pourrez trouver tous les souvenirs que
vous voulez emporter de votre séjour à Buenos. Un très large choix
proposé à des prix très honnêtes (sans commune mesure avec ceux
des magasins à touristes de la sempiternelle rue Florida) :
mates, en corne, en bois, en verre, en coloquinte avec ou sans décor peint, habillée de cuir naturel ou teint ou insérée dans un pied de bovin avec son sabot tout rutilant (bien gaucho)... et bombillas
ouvragées en métal argenté, articles de coutellerie, de
maroquinerie, équipement pour l'équitation, outils ruraux,
habillement, dont un impressionnant étal de chapeaux et de ponchos
régionaux, les salteños aux motifs rouges et noirs, les tucumanos à
dominante d'un bleu profond et lumineux, les mapuches à lignes
géométriques noires sur fond crème ou beige, des bijoux en
rhodochrosite, la pierre nationale argentine qui va du rose pâle au
magenta explosif, des tas d'accessoires en cuir, sans oublier
quelques spécialités de bouche (mais que vous pourrez trouver tout
aussi bien en épicerie et en supermarché, comme tous les produits
de consommation courante)...
Un vrai bonheur en tout cas pour
l'amateur d'authenticité qui fera vivre au quotidien tous ces
produits manufacturés une fois de retour à la maison (au moment où
j'écris cet article, j'ai sur le dos mon ponchito salteño, et
quelle chaleur agréable.... Il vaut tous les Thermolactyl®
de la Terre, ce vêtement rudimentaire dont la coupe remonte au passé
précolombien du Nord-Ouest argentin.
Les étagères des mates aux Artisans d'Argentine
(photo extraite du site Internet des AA)
Les
deux repas de la journée sont libres.
Le
samedi soir, ce n'est ni les concerts populaires ni les milongas qui
manqueront. Et je ne parle pas du cinéma ou du théâtre !
On
regardera de près ce que nous proposera cette ville aux mille
facettes. Mon rôle consistera à vous conseiller autant que vous le
souhaiterez.
Pour
aller plus loin :
Pour
mieux connaître ce qu'est (ou ce qu'aura été) le Programa de
Orquestas Infantiles de Buenos Aires, reportez-vous au Retour sur Images que j'ai publié ici cette année à son sujet, en rentrant
d'Argentine
Pour
suivre son actualité brûlante en cet été 2014, connectez-vous à
leur page Facebook
Pour
découvrir le réseau coopératif Artesanos de Argentina, visitez
leur site Internet (très complet)
Pour
découvrir El Rufián Melácolico et son voisin, Darío Semino,
patron de la librairie La Libre, deux cents mètres plus au nord dans
la même rue, regardez les deux clips Youtube (El Rufián et La Libre) et jetez un coup d'œil
au petit blog qu'anime l'un des deux associés du Rufián.
Vous
connaissez désormais bien les autres pages à consulter au sujet de
ce voyage :
ensuite
celui de notre hôtel, l'Apart Hotel Monserrat (chambre et
petit-déjeuner buffet inclus dans le prix du séjour, de 2.740 €
par personne sur la base d'une chambre double, dans les conditions
habituelles – voir Human Trip)
enfin
les autres articles que j'ai déjà publiés dans ce blog sur le
Roman national argentin, voyage culturel, solidaire et humain, en
cliquant sur le mot-clé Human Trip, dans le bloc Pour chercher, para
buscar, to search, ci-dessus.
*
* *
Grâce
à son correspondant sur place, Human Trip peut vous proposer des
extensions vers d'autres destinations, tant en Argentine que dans les
pays limitrophes, à l'intérieur des dates prévues (vous pouvez
sauter des étapes de notre séjour si vous le souhaitez), soit avant
l'arrivée du groupe, le 25 avril, soit après son départ le 7 mai.
(1)La Nación dont je vous parlais récemment, à propos de notre journée consacrée à la grande immigration et au Museo Mitre,
puisque Bartolomé Mitre, historien et homme politique, fut aussi le
fondateur de ce premier quotidien argentin...
Sur les réseaux sociaux
comme dans la presse de gauche, l'éviction inattendue de Claudio
Espector, fondateur et coordinateur général du Programa de
Orquestas Infantiles, continue à faire du bruit.
Claudio Espector chez lui (photo Ezequiel Torres, pour Veintitrés)
Le jour de Noël, Claudio
Espector a été interviewé sur les ondes de Fractura Expuesta,
l'émission sur le tango et la culture populaire, dont je vous
parlais souvent il y a quelques années (je dois avouer que le temps
me manque parfois pour le faire avec la même régularité
maintenant). Une interview d'une dizaine de minutes, avec quelques
problèmes de communication au départ. Claudio Espector y déclare
qu'il se maintient à la tête du programme et qu'avec le soutien des
syndicats, il se prépare à attaquer en justice la décision du
Gouvernement portègne, qui ne lui a toujours pas été formellement
notifiée.
Tels que je les ai vus en août dernier, il est probable
que le soutien de tous les enseignants lui est acquis et qu'aucun
d'entre eux ne veut avoir affaire au clarinettiste de troisième zone
que la secrétaire adjointe à l'équité musicale a nommé à sa
place. La résistance peut donc durer longtemps, pour autant que la
mobilisation des parents se maintiennent elle aussi.
Dans cet entretien,
Claudio Espector expose les contradictions des explications que le
Gouvernement portègne donne à l'arrêt du budget alimentaire du
Programa. L'exécutif dit vouloir obliger les parents d'élèves à
prendre en charge la nourriture des enfants (1) mais d'un autre côté, rappelle
Claudio, dans le peu d'habitations que la Ville a fait construire
dans ces quartiers populaires, les architectes ont omis d'intégrer
une cuisine et pour ce qui est des meubles, ils n'ont même pas pensé
qu'une famille avait besoin de chaises et d'une table.
On se croirait
revenu en France au temps de l'épopée minière lorsqu'un patronat arrogant et
méprisant justifiait l'absence de salle de bain dans les corons : "une
baignoire, pensez-donc, ils y mettraient le charbon !".
(2)
Cette interview décapante,
vous pouvez l'écouter en ligne et même la télécharger
gratuitement en cliquant sur le lien.
Deux jours plus tard, le
27 décembre, le magazine hebdomadaire Veintitres a consacré au
musicien et enseignant un article élogieux. Le journaliste remarque
que Claudio Espector a échappé au système des dépouilles qui
existe en Argentine comme aux Etats-Unis et qui veut que chaque
nouvel exécutif, au moment où il prend ses fonctions, renouvelle
l'ensemble du personnel dépendant d'une nomination gouvernementale.
Il rappelle le parcours de Claudio et la façon dont a surgi l'idée
du Programme : lorsque le gouvernement de la ville, sous
l'impulsion de Fernando de la Rúa (pourtant de sinistre mémoire), avait créé, sur le modèle
français, des Zones d'Action Prioritaire, dans le but de combattre
l'absentéisme scolaire et le fort taux de redoublement des enfants issus des populations les plus fragiles. C'est dans ce cadre que Claudio
proposa de créer dans ces écoles des ZAP des orchestres pour
redonner aux enfants le goût d'apprendre et des savoir-être
socialisants, comme le fait de s'écouter mutuellement, de se
respecter, de travailler en équipe. Il a fondé le premier orchestre dans le quartier de Villa Lugano, un quartier du sud-ouest de la capitale argentine.
"[A Villa Lugano], aller à l'école avec un violoncelle, une flûte ou
un violon, ça faisait son effet", raconte Claudio Espector,
dans cet article interview que vous pouvez lire en cliquant sur ce
lien.
“Me quieren hacer
creer que me convierten en maestro de los maestros pero claramente me
corren, eufemísticamente y mintiendo. Más allá de lo personal, es
una decisión política. No les parece bien que visualicemos las
carencias que existen. No acuerdan con que vayamos a los barrios y no
le pongamos límites a la educación de los pibes, pensamos que los
chicos pueden hacer todo. Ellos le ponen techo al desarrollo de los
pibes. Cuando viajaron a Berlín les dijeron: ‘Esto es un
privilegio para ustedes’, a lo cual una de las chicas de la
orquesta les contestó: ‘Esto no es un privilegio, esto es un
derecho’. Para el Pro, en un barrio pobre la educación tiene que
ser pobre. Nosotros creemos que tiene que ser la mejor”.
Claudio Espector, dans
Veintitres
Ils veulent me faire
croire qu'ils me reclassent comme formateur de formateurs (3)mais il est bien
clair qu'ils me foutent à la porte avec des euphémismes et des
mensonges. Au-delà de l'aspect personnel, c'est une décision
politique. Ils n'aiment pas que nous ayons identifié les éléments
qui font défaut (4). Ils ne sont pas d'accord qu'on aillent dans les
quartiers et qu'on ne mette pas de limite à l'éducation des gamins,
que nous pensions que les mêmes peuvent tout faire. Eux ils mettent
un plafond au développement des gamins. Quand ils sont allés à
Berlin, ils leur ont dit : C'est un privilège pour vous. Ce à
quoi une des gamines de l'orchestre leur a répondu : Ce n'est
pas un privilège, c'est un droit(5). Pour le PRO (6), dans un
quartier pauvre, l'éducation doit être pauvre. Nous, nous croyons
qu'elle doit être la meilleure.
(Traduction Denise Anne
Clavilier)
Pour en obtenir une
traduction complète, utilisez le service Reverso, dont vous
trouverez le lien dans la rubrique Cambalache en bas de la Colonne de
droite de ce blog.
(1) En Argentine,
l'école publique et obligatoire jusqu'à 12 ans prend en charge
gratuitement les repas des enfants qui ne peuvent pas rentrer déjeuner à la maison, tout au long de l'année scolaire (et même
parfois pendant les vacances). Ce service de cantine est suffisamment stigmatisant pour qu'aucun parent de la classe moyenne ne songe à essayer d'en profiter (et en plus, comme les moyens sont maigres, ce n'est vraiment pas fameux). Il s'agit de garantir que, dans
la République argentine, tous les enfants bénéficient de bonnes
conditions pour étudier même si leurs parents sont trop pauvres
pour les nourrir convenablement. La politique de Mauricio Macri tend
à tout individualiser, à dévitaliser la solidarité effective et il cherche donc à criminaliser la pauvreté et en particulier le fait que les
parents n'assurent pas eux-mêmes un régime alimentaire équilibré à leur enfants, par manque de moyens matériels et de connaissance diététique. Lui et ses ministres insinuent ainsi que les pauvres vivraient en assistés aux crochets de la
collectivité (c'est-à-dire de la classe moyenne où se recrute le gros de l'électorat macriste). Il prétend donc qu'il faut les obliger à s'occuper
de leur progéniture. Voir
à ce propos la letra de tango de Raimudo Rosales, Mañana Clara, que
j'ai traduite dans Deux cents ans après, Tarabuste Editions, janvier
2011, sur la vie d'une cuisinière de cantine scolaire qui tous les
matins fait la polenta pour les estomacs des écoliers qui arrivent à
l'école à jeûn.
(2)
N'oublions pas qu'à la même époque, dans nos pays, il existait
aussi un patronat social, qu'on a plus tard taxé de paternaliste,
que sa conscience obligeait à créer dans ses cités ouvrières une
école (avant que l'instruction soit obligatoire), un
dispensaire, une pouponnière dont l'accès était de droit pour
leurs salariés et leurs familles. Une tendance patronale qui n'a jamais existé significativement en Argentine.
(3) La secrétaire
adjointe à l'équité musicale Soledad Acuña, en le recevant le 20
décembre, a proposé à Claudio Espector un poste d'enseignant pour
former des professeurs de musique.
(4)
Claudio fait ici référence aux nombreux chapitres du budget de
fonctionnement qui ne sont pas pourvus par le Gouvernement portègne : achat et entretien des instruments, matériels
auxiliaires tels que sièges et pupitres, partitions et goûter
des enfants.
(5) Qu'une gamine voie si clair dans leur jeu, ça n'a pas dû leur
plaire, en effet. Et pourtant, la petite avait raison. Dans son
interview, Claudio souligne que lorsque les enfant ont reçu des
reconnaissances internationales après certains concerts, il n'y a
jamais eu un seul représentant du Gouvernement portègne pour les
féliciter ni par écrit ni par la moindre visite.
(6)
Parti politique de Mauricio Macri, qui forme la majorité relative à
la Legislatura de Buenos Aires et auquel tout le gouvernement
municipal appartient, directement ou par alliance stratégique.
Claudio Espector répondant à l'agence de presse argentine (Télam)
Hier, sur le Paseo Colón, à San Telmo, devant le ministère de l'Education
du Gouvernement portègne, une foule d'enseignants, de parents,
d'enfants et d'élus s'est rassemblée pour réclamer le retour dans
son poste du Maestro Claudio Espector, révoqué la semaine dernière
pour des motifs qui laissent sans voix en démocratie : 100% à
la tête du client. Des motifs très arbitraires puisque la Secrétaire adjointe à l'équité pédagogique lui reproche pour l'essentiel d'avoir une personnalité qui lui déplaît à elle.
Peu importe que les enfants lui sautent au cou à lui comme je le ai
vu faire de mes propres yeux au mois d'août dernier à Buenos Aires.
Les
manifestants portaient tous un petit autocollant bricolé à la
va-vite : Claudio no se va (Claudio reste).
Claudio
lui-même a été fort sollicité hier par les journalistes et la
page Facebook de soutien au programme relaie les interviews écrites, télévisées et radiophoniques comme cette interview sur Radio Continental :
.
Parmi ses déclarations
les plus importantes, la dénonciation du choix d'une date qui devait
empêcher les gens de se mobiliser (entre la fin de l'année scolaire
le 15 décembre et le début des fêtes de fin d'année), les motifs arbitraires et cyniques avancés par les responsables
ministériels et la persécution idéologique dont il se voit l'objet
depuis deux ans, c'est-à-dire depuis l'arrivée de Soledad Acuña au
poste de secrétaire adjointe à l'équité pédagogique (1), sa
récente élection, en juin, comme Personnalité de la Culture, grâce
au vote de tous les groupes politiques de la Chambre législative de
Buenos Aires (Legislatura). On le sent assez souvent ému. Il y a de
quoi ! Seize ans de travail passionné et cette révocation
brutale, humiliante et injuste...
Photo CTA
La
manifestation a été appuyée par les syndicats, notamment la CTA
(un syndicat radicalisé), Centrale des Travailleurs Argentins, et
l'UTE, Union des Travailleurs de l'Education. Ils vont se mobiliser
pendant l'été et revenir en force en février au moment de la
négociation paritaire obligatoire de pré-rentrée. Les relations
entre les syndicats et le Gouvernement de Mauricio Macri n'ont jamais été
bonnes mais là, ça s'annonce explosif une nouvelle fois.
Reportage au journal de mi-journée de Canal 7 (la Tele Pública), hier (partie 1)
Sur
Página/12, on trouve ce matin un reportage sur la manifestation
d'hier et un billet d'opinion de Diego Fischerman qui compare les
parcours de Claudio Espector et de son remplaçant aussitôt nommé
(de toute évidence pour détruire le caractère social du
programme). C'est saignant. Je vous le traduis ci-dessous, non sans déplorer auparavant que certaines accusations soient portées sans citation des sources ni aucune preuve à l'appui, ce qui fragilise l'argumentation, quand bien même celle-ci refléterait effectivement des comportements fort bien identifiés et fort habituels au sein de l'administration Macri (et ce n'est pas une raison pour s'abstenir de documenter un billet d'opinion).
OPINION
Vidas
paralelas
Por Diego
Fischerman
Uno
de ellos es pianista. El otro tocaba el clarinete. El primero dirigió
el Conservatorio Manuel de Falla y creó y coordinó el programa de
orquestas infantiles y juveniles de Buenos Aires, por donde han
pasado más de 15.000 alumnos a lo largo de 16 años, muchos de ellos
sumamente humildes y una buena cantidad proveniente de villas de
emergencia. El segundo se dedicó a negocios relacionados con la
música, patentó varios dominios de Internet y desde la asunción de
Macri como jefe de Gobierno de la Ciudad ha pasado por varios puestos
de importancia. Claudio Espector, el primero, fue echado de su cargo.
Eduardo Ihidoype, el segundo, es el reemplazante elegido por el
gobierno porteño.
Opinion
Vies
parallèles
par
Diego Fischerman
L'un
d'eux est pianiste. L'autre jouait de la clarinette. Le premier a
dirigé le Conservatoire Manuel de Falla, créé et coordonné le
programme des orchestres d'enfants et de jeunes de Buenos Aires, par
où sont passés plus de 15 000 élèves en seize ans, beaucoup
d'entre eux étant des gens très humbles et un bon nombre venant de
bidonvilles. Le second s'est consacré à faire des affaires autour
de la musique, a déposé des noms de domaines sur Internet et depuis
l'arrivée de Macri à la fonction de Chef de Gouvernement de la
Ville, il est passé par plusieurs postes importants. Claudio
Espector, le premier, a été viré de son emploi. Eduardo Ihidoype,
le second, a été choisi pour le remplacer par le Gouvernement
portègne.
(Traduction
Denise Anne Clavilier)
Este
funcionario, hasta ahora “gerente” (sic) del programa Música
para la equidad del Ministerio de Educación de la Ciudad, tiene un
impactante currículum reciente: en 2008 fue ascendido por decreto,
dentro de la planta de la Filarmónica de Buenos Aires, donde tocaba
el tercer clarinete. Ese mismo año fue nombrado director ejecutivo
de esa orquesta y entre 2010 y 2012 fue el director del Instituto
Superior de Arte del Teatro Colón, cargo que, según fuentes
fidedignas, debió abandonar tras haber participado en activas
conspiraciones contra el director del teatro, Pedro Pablo García
Caffi. En 2011 fue nombrado integrante de la Comisión Permanente del
Estatuto del Docente para Areas de Enseñanza Específica, sin que
eso significara que dejara de percibir el sueldo como director
ejecutivo de la Filarmónica, que aún sigue cobrando aunque no
desarrolla tal función. Y, por otra parte, sigue figurando en el
padrón del Ente Autárquico Teatro Colón, conservando su cargo de
clarinetista aunque ya no actúa en la Orquesta. Su antecedente más
significativo, no obstante, es muy anterior: fue compañero de
escuela del jefe de Gobierno.
Diego
Fischerman
Ce
dignitaire, jusqu'à présent directeur(2)du programme Musique pour
l'équité du Ministère de l'Education de la Ville, a, ces derniers temps, un CV de poids : en 2008, il a été promu par décret, au sein du
Philharmonique de Buenos Aires, où il était troisième
clarinettiste. La même année(3), il a été nommé directeur
exécutif de cet orchestre et de 2010 à 2012, il a été le
directeur de l'Institut Supérieur des Arts du Teatro Colón, poste
que, selon des sources dignes de foi, il a dû quitter après avoir
participé à d'actives conspirations contre le directeur du théâtre,
Pedro Pablo García Caffi. En 2011, il a été nommé à la
commission permanente du Statut de l'Enseignant pour l'Enseignement
spécialisé, sans que cela emporte qu'il arrête de percevoir son
salaire de directeur exécutif du Philharmonique, qu'il continue même
de toucher alors qu'il n'occupe pas cette fonction. Et d'autre part,
il continue à figurer sur l'organigramme de la Société
indépendante du Teatro Colón, où il conserve son poste de
clarinettiste alors qu'il ne joue plus dans l'orchestre. Son
antécédent le plus significatif date cependant de bien plus
longtemps : c'est un camarade d'école du Chef du Gouvernement.
(Traduction
Denise Anne Clavilier)
Reemplazar
a un funcionario es una de las atribuciones de un gobierno. Podría
ser que las autoridades del caso, expertas en la materia, desde ya,
juzgaran la tarea de Espector insatisfactoria. O que Ihidoype, fruto
del saber adquirido a lo largo de una profusa carrera educativa,
hubiera presentado un nuevo proyecto, tan atractivo como superador.
Las cosas, sin embargo, no fueron así. “Hubo una reunión con la
subsecretaria de Equidad Educativa, Soledad Acuña, en la que también
estuvo presente el jefe de Gabinete del Ministerio de Educación
porteño, Diego Fernández, y ambos me notificaron que quedaba
desvinculado de las orquestas juveniles”, contó Espector. Y los
argumentos esgrimidos por su superior jerárquico fueron, por lo
menos, curiosos: “Acuña dijo que no sabía si me separaban por un
tema personal, ideológico o político”. Respaldado en una carta
firmada conjuntamente por Daniel Filmus, Mariano Narodowski y Mario
Giannoni, tres ex ministros de Educación de la Ciudad de distinto
signo político, Espector fue apoyado ayer en un acto masivo donde
tocaron los chicos de las orquestas. Premiado este año como
personalidad destacada de la cultura por el mismo gobierno que ahora
intenta echarlo, Espector venía denunciando la reducción de las
viandas de los niños, la quita del subsidio de cooperadora con el
que se compraban los instrumentos e insumos, la dilación y
discriminación en el pase a Interinato de sus docentes, la falta de
nombramientos y, últimamente, la misteriosa aparición del gerente
de Música para la Equidad y de unas orquestas paralelas sobre las
que no se le informaba. Acuña no “sabe” si las causas del
despido –y el consiguiente reemplazo por Ihidoype– son
“personales, ideológicas o políticas”. Sabe, eso sí, que no
son profesionales.
Diego
Fischerman
Remplacer
un responsable est une des attributions d'un gouvernement. On
pourrait comprendre que les autorités compétentes, expertes en la
matière, aient jugé la prestation de Espector désormais
insatisfaisante. Ou que Ihidoype, fruit d'un savoir acquis au long
d'une longue et belle carrière pédagogique, ait présenté un
nouveau projet, aussi séduisant que plus abouti. Toutefois, ce n'est
pas ça qui s'est passé. "Il y a eu un rendez-vous avec la
secrétaire adjointe de l'équité pédagogique, Soledad Acuña,
auquel a aussi participé le Secrétaire général du Ministère de
l'Education portègne, Diego Fernández, et tous deux m'ont notifié
mon éloignement des orchestres d'enfants", dit Espector. Et les
arguments que lui a servis sa supérieure hiérarchique ont été
pour le moins curieux : "Acuña m'a dit qu'elle ne savait
pas s'ils me congédiaient pour un motif d'ordre personnel,
idéologique ou politique". Soutenu par une lettre signée
conjointement par Daniel Filmus (4), Mariano Narodowski (5) et Mario
Giannoni, trois ex-ministres de l'Education de la Ville de
différentes couleurs politiques, Espector a reçu hier l'appui d'une
manifestation massive où les gamins des orchestres ont joué. Distingué cette année en qualité de personnalité de la
culture par ce même gouvernement(6) qui maintenant essaye de le
virer, Espector ne cessait de dénoncer la réduction des goûters
des enfants, la disparition des subventions d'achat des instruments
et des consommables, le retard et la discrimination dans la
titularisation des enseignants, les nominations restées en
souffrance et, ces derniers temps, la mystérieuse apparition du
directeur de Musique pour l'Equité et de certains orchestres
parallèles sur lesquels il n'avait pas d'information. Acuña ne sait
pas si les causes de la révocation et le remplacement par Ihidoype
qui l'a suivie sont d'ordre personnel, idéologique ou politique.
Mais il y a une chose qu'elle sait, c'est qu'elles ne sont pas
d'ordre professionnel.
(1)
La bureaucratie argentine n'a rien à envier à son homologue
française. C'est une véritable armée mexicaine, avec des chefs et
des sous-chefs de tout et de n'importe quoi à tous les étages et ce
sont souvent autant de petits chefs hargneux et vindicatifs comme
c'est le cas de cette femme.
(2)
gerente est un substantif en usage dans le secteur marchand, dans les
entreprises privées, il n'est pas en usage dans le service public et
le secteur non marchand. Cela sonne comme directeur commercial. D'où
le sic dont Fischerman l'affecte parce que c'est un terme tout à
fait déplacé.
(3)
2008 est le début du premier mandat de Mauricio Macri.
(4)
Daniel Filmus est aujourd'hui une des fortes pointures du Frente para
la Victoria (le partie de la présidente Cristina Kirchner).
(5)
Mariano Narodowski a été le premier ministre de l'Education de
Macri. Il a été remplacé aujourd'hui par Bullrich, dont le
journaliste de Radio Continental dit à Claudio au cours de son
interview qu'il l'a lui-même entendu louer le travail qu'il
réalisait à la tête de son programme pédagogique. Le fait que ces
deux hommes aient signé ensemble une pétition commune est en soi un
événement politique de première importance. Cela n'existe jamais
dans la vie politique argentine où la conflictualité est presque
érigée en règle de vie et de comportement.
(6)
Erreur d'analyse : c'est la Legislatura qui lui a accordé ce
titre honorifique et pas le Gouvernement. En revanche, les députés
macristes ont voté cette distinction.
Le
Maestro Claudio Espector, fondateur du Programme des Orchestres
d'enfants de la ville de Buenos Aires, vient de se voir remercier par
le Ministère de l'Education de cette même ville, qui prépare
depuis de nombreux mois un autre projet d'orchestres d'enfants, mais
celui-là sans aucune dimension sociale, sans projet d'intégration
culturelle pour les populations qui vivent dans les bidonvilles, les
villas miserias de la capitale argentine.
Le
collectif des enseignants et des sympathisants du Programme appelle
donc à une grande manifestation lundi 23 décembre à midi devant le
ministère incriminé.
Ce
qu'on reproche à Claudio Espector : avoir lutté depuis des
mois et des mois pour retrouver des budgets dignes de ce nom pour
faire vivre ce programme d'enseignement public et gratuit. Bref, un
délit de sale gueule et d'opinion. Le Gouvernement de la Ville de
Buenos Aires lui reproche surtout de ne pas voter pour lui. Il y a
deux ans, Mauricio Macri avait aussi et pour les mêmes raisons mis
fin aux fonctions de la Directrice du Patrimoine de la Ville.
Claudio
Espector était vendredi au micro de Radio Nacional, dans l'émission
du matin, et s'est étendu sur la nature de ce conflit inconcevable
en démocratie qui l'oppose à ce gouvernement affairiste et
ultra-libéral. Je vous invite à aller l'écouter (c'est en
espagnol, bien entendu).
Rappelons
que Claudio Espector a été déclaré il y a six mois Personnalité
de la Culture par la Legislatura de cette même ville de Buenos
Aires (j'y avais fait écho dans Barrio de Tango). Ce que fait son Parlement, Mauricio Macri le défait, comme
d'habitude.
A
la date d'aujourd'hui, la Sous-Secrétaire en charge de l'équité
pédagogique, Madame Soledad Acuña, a fait connaître la révocation
du Coordinateur Général des Orchestres d'enfants et de jeunes de la
Ville de Buenos Aires, le Maestro Claudio Espector.
Le
Maestro Claudio Espector a été celui qui a le plus impulsé le
Programme depuis 16 ans et son travail pédagogique et artistique a
été amplement reconnu, tant au niveau national qu'au niveau
international. Récemment il s'est vu distingué par tous les groupes
politiques de la Legislatura par le titre de Personnalité de la
Culture. Avec la révocation du Maestro Espector, la haute qualité
pédagogique et le caractère d'intégration qui caractérisent les
Orchestres depuis le départ sont menacés.
Cette
mesure met le comble à une série d'atteintes aux Orchestres
d'enfants qui ont commencé il y a deux ans à partir de la prise de
fonction de l'actuelle Sous-Secrétaire, Madame Soledad Acuña.
Réduction des collations des enfants, retrait de la subvention avec
laquelle on achetait les instruments et les consommables, retard et
discrimination dans le transfert des enseignants au statut
d'intérimaires, nominations en souffrance. C'est une attaque
concertée contre les Orchestres d'enfants, les droits des
travailleurs et des travailleuses et des 2000 enfants par an qui
participent aux Orchestres en provenances des quartiers sud de la
Ville.
Tous,
professeurs, familles et amis des Orchestres d'enfants, nous
dénonçons cette révocation, nous nous solidarisons et nous
appuyons notre Coordinateur, Claudio Espector, et nous appelons
l'ensemble de la collectivité pédagogique à se mobiliser contre ce
nouvel affront, qui s'ajoute à la politique générale de réduction
budgétaire que le Ministère de l'Education portègne et le PRO sont
en train de faire dans l'enseignement public.
(Traduction Denise Anne Clavilier)
* * *
La
visite du Programa de Orquestas Infantiles faisait partie du voyage
culturel que je vous propose à Buenos Aires du 24 avril au 8 mai
2014 (avec Human Trip). Cet aspect est maintenu pour le moment. Nous
verrons comment les choses évoluent et si Mauricio Macri met place
une politique de destruction du projet, ce qui est plus que probable,
nous nous organiserons pour rencontrer les professeurs ou
ex-professeurs et quelques uns des enfants : ils nous
raconteront leur aventure, les bénéfices qu'ils ont tirés de ce
programme (et ils sont grands) et nous aurons une belle
rencontre, malgré ces tristes circonstances. D'autant que je vais tâcher de me mettre en contact avec
les autres soutiens internationaux du programme, puisque j'ai
rencontré, sur place, à Buenos Aires, plusieurs personnes venant notamment des Pays-Bas, lors
de la visite que j'avais rendue le 31 août dernier aux enfants et à leurs enseignants.
Si
vous voulez vous solidariser avec les enfants, leurs parents et leurs
professeurs, vous pouvez rejoindre la communauté à travers sa page Facebook.
Le 31 août 2013, alors que Canal 9, l'une des chaînes publiques argentines, faisait un reportage sur le Proyecto de Orquestas Infantiles dont le Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires ne cesse de réduire le budget (comme pour tout ce qui appartient au secteur non marchand qui ne l'a jamais intéressé), j'ai répondu au question de la journaliste du TL9 (le journal télévisé) pour ce apporter mon modeste soutien à ce chantier pédagogique original et efficace, dont nous pourrions nous inspirer, ici, en Europe, pour intégrer nous aussi, socialement et culturellement, les enfants de nos zones défavorisées...
Claudio Espector, directeur et fondateur de ce vaste programme socio-culturel, vient de m'informer de la mise en ligne du reportage sur YouTube. Le reportage dure un peu plus de 7 minutes et j'interviens vers la cinquième minutes, après Claudio Espector lui-même, dans le hall du Teatro Avenida. Voici l'intégralité du document tel qu'il est passé à l'antenne en octobre...
Le Proyecto de Orquestas Infantiles de Buenos Aires fait partie du voyage culturel, solidaire et humain que je vous propose dans la capitale argentine, du 24 avril au 8 mai prochain, avec l'agence française de tourisme équitable Human Trip. Pour connaître l'intégralité de la proposition, rendez-vous sur mon site Internet ou sur celui de l'agence.
Sur cette visite que j'ai rendue à Buenos Aires à ces orchestres d'enfants, dans une école entre La Boca et Puerto Madero et au Teatro Avenida, où les enfants répétaient La Bohème, voir mon Retour sur Images du 4 octobre 2013 (l'article n° 3300 de Barrio de Tango).
Répétition de La Bohème, avec le Coro Infantil de Buenos Aires (31 août 2013)
Hier, devant le palais du Gouvernement
portègne, à l'appel du syndicat UTE, une manifestation
s'est rassemblée pour soutenir une nouvelle fois,
publiquement, le Proyecto de Orquestas Infantiles de Buenos Aires,
mis en péril par les sévères coupes budgétaires
qui touchent tout le secteur non marchand de la capitale argentine :
la santé, la culture et l'enseignement. Deux vedettes de la
chanson ont apporté leur appui, le rockeur León Gieco
et le folkloriste Peteco Carabajal, pour remettre une pétition
qui a recueilli 35 000 signatures.
Le Proyecto de Orquestas Infantiles est
un grand programme d'enseignement collectif de la musique, monté
il y a des années par le Maestro Claudio Espector, dont j'ai
déjà eu l'occasion de vous parler, notamment lors de sa
nomitation comme Personalidad Destacada de la Cultura (voir mon article de juin 2013). Son but est l'intégration
culturelle et sociale des enfants des bidonvilles de Buenos Aires et
ça marche. Les cours et répétitions d'orchestre
ont déjà sauvé des jeunes de la délinquance,
de la violence, de la drogue, les ont réconciliés avec
les études et leur ont rendu de la fierté grâce à
l'expérience de la réussite individuelle et en
groupe...
Répétition de l'orchestre des petits dans la salle polyvalente d'une école primaire
En
août dernier, j'ai eu l'occasion de visiter l'un des centres
d'enseignement, dans une école située à la
limite entre Puerto Madero (le quartier le plus chic de Buenos Aires)
et le port de La Boca (une des zones les plus défavorisées).
Les cours, toujours collectifs, sont donnés par famille
d'instruments dans les petites salles de classe et les répétitions
des deux orchestres de cette zone, un orchestre d'enfants du primaire
jusqu'à 14 ans et un autre d'adolescents, se tiennent dans le
hall de l'école qui accueillent les récréations
quand il pleut et les activités sportives (photo ci-dessus).
Ces locaux sont les plus confortables de tous ceux à la
disposition du programme. Dans les autres, en général,
on ne peut rien faire par mauvais temps : il pleut à
l'intérieur. Et pourtant les bonnes volontés abondent :
les professeurs sont des musiciens du Teatro Colón, de la
Orquesta Típica Fernández Fierro, des meilleurs écoles
et conservatoires de la région. Des mères de famille
sont présentes et aident de leur mieux. Mais tout le reste
manque : des locaux adaptés, des moyens de transport
efficaces pour conduire les enfants de chez eux au lieu de
répétition, de l'argent pour acheter des instruments et
les entretenir et même pour fournir une pause-goûter
convenable à ces gamins en pleine croissance (et dont vous
constatez,en observant leur silhouette, qu'ils souffrent de forts
déséquilibres alimentaires).
Après
cette première partie de la matinée passée à
l'école, avec d'autres visiteuses, étrangères
elles aussi et fort engagées dans le soutien à ce
projet, Claudio Espector m'a emmenée avec lui au Teatro
Avenida, en plein centre-ville, à quelques pas de Avenida de
Mayo y 9 de Julio : il devait y assister aux répétitions
de La Bohème auxquelles participait le Coro Infantil de Buenos
Aires, la partie chant du Proyecto, et donner une interview à
Canal 9 pour le journal télévisé auquel il m'a
demandé de prêter un bref concours, ce que j'ai fait de
bon cœur.
Regarder
depuis les fauteuils d'orchestre, dans une belle salle à
l'italienne, vide et obscure, ces bouts de chou et ces adolescents
sur cette scène, l'une des plus prestigieuses de la capitale,
c'était tout à fait réjouissant. Ils s'amusaient
mais avec beaucoup de sérieux et une infinie patience,
reprenant sans cesse une courte scène, au milieu des artistes
lyriques professionnels, le tout sous la direction conjointe du chef
d'orchestre, avec ses musiciens dans la fosse, et de la metteur en
scène qui allait et venait sur les planches pour placer tout
son petit monde, essayant et réessayant différentes
formules...
Répétition sur la scène du Teatro Avenida
Ce
matin, Página/12 rend compte de la manifestation de rue et
publie les déclarations des uns et des autres. Je vous livre
ici celles que je juge les plus significatives :
Adriana
Weschler, déléguée syndicale et porte-parole des
professeurs :
“Lo
que tenemos claro es que el gobierno porteño está
generando un vaciamiento del programa, porque además la
subsecretaria de Equidad Educativa porteña, Soledad Acuña,
está clonando el proyecto y realizando algo similar pero no
igual, porque no son orquestas de inclusión social”.
Ce
qui nous apparaît en toute clarté, c'est que le
gouvernement portègne est en train de vider le programme de sa
substance parce qu'en plus, la sous-secrétaire portègne
à l'Equité Pédagogique, Soledad Acuña,
est en train de cloner le projet et de mettre en œuvre quelque
chose qui y ressemble tout en étant différent car ces
orchestres ne font pas d'intégration sociale.
(Traduction
Denise Anne Clavilier)
Claudio
Espector :
“El
gobierno de Macri nos acusa de hacer política y nosotros le
respondemos que sí, hacemos política cultural para que
el arte y la música sean un derecho de todos y todas y no un
privilegio para pocos”.
Le
Gouvernement de Macri nous accuse de faire de la politique et nous,
nous lui répondons : Oui, nous faisons de la politique
culturelle pour que l'art et la musique soient un droit pour tous et
pour toutes et non pas un privilège pour quelques uns.
(Traduction
Denise Anne Clavilier)
Difficile
de lui donner tort !
♫ ♪ ♪ ♫
Au
séjour culturel que monte actuellement Human Trip et que
j'accompagnerai à Buenos Aires du 24 avril au 8 mai 2014,
comme guide conférencière, une action solidaire sera
associée comme c'est la spécificité de l'agence
aixoise Human Trip. Cette action sera orientée vers le
Proyecto de las Orquestas Infantiles de Buenos Aires. Il est même
prévu que nous passions une matinée avec les enfants et
leurs professeurs pour apprendre auprès d'eux comment sortir
d'une situation sociale désespérante grâce à
la musique partagée et pour que notre présence -des
Européens, si vous saviez ce que ça représente
de fierté pour ces enfants-là !- les encourager
dans cette voie prometteuse. Car malgré toutes ces
difficultés, l'orchestre et le chœur sonnent bien ! Le
programme de ce voyage sera très bientôt en ligne sur le
site Internet de Human Trip, avec toutes les informations
commerciales, les tarifs, l'hôtel, les modalités
d'inscription ainsi que celles de la participation à cette
action solidaire.
lire
mes articles sur le voyage Ajout du 25 novembre 2013 : Ecouter aussi le bobino de soutien dans l'émission Fractura Expuesta, diffusée par la radio de Madres de Plaza de Mayo (La Voz de las Madres)
Cours du peso (ARS) : 1 € = 41 $ au 01.11.18 (1 $ = 100 centavos) Décalage horaire (Paris) : - 5 h Population BsAs : 3 millions Superficie BsAs : 202,4 km2 Pop. Gran BsAs : 12,5 millions Superficie Gran BsAs : 3833 km2
Population totale : 47 327 407 hab (mai 2022) Superficie Argentine : 2.780.400 km2
MONTEVIDEO : infos pratiques
Cours du peso (UYU) : 1 € = 37 $ au 01.11.18 (1 $ = 100 centesimos) Décalage horaire (Paris) : -5 h Pop. Montevideo : 1,3 million Superficie Montevideo : 193 km2 Pop. région Capitale : 2 millions Sup. région Capitale : 525,54 km2 Pop. Uruguay : 3,4 millions Superficie Uruguay : 176 220 km2
Asado : barbecue (du genre monstre, même en petit comité)
Baires : apocope de Buenos Aires
Boliche : tout établissement qui permet de se rencontrer autour d'une consommation solide ou liquide
Bombilla : pipette métalique ou végétale dont on se sert pour boire le mate (voir ce mot) en évitant d'avaler la poussière de yerba mate (voir ce mot). Lorsque le mate est partagé entre plusieurs convives, tous boivent à la même bombilla.
BsAs (ou BA) : initiales de Buenos Aires
Cambalache : Sens premier : dépôt-vente, brocante, voire mont-de-piété. D’où bazar, souk, bric-à-brac.
Candombe : musique d'origine afro-sud-américaine conçue pour les défilés festifs sans doute au 19e siècle au moment de la fin de l’esclavage. Cette musique est restée très populaire en Uruguay où elle est présente tout le temps.
Canyengue : caractéristique des faubourgs
Charla : conférence, causerie
Confitería : café-salon de thé et/ou pâtisserie-traiteur
Cuadra : portion de voie publique entre deux esquinas. Une cuadra faisant la plupart du temps 100 m, elle sert de mesure des distances dans la ville. Tel lieu se trouve à tant de cuadras de tel autre.
Empanada : chausson fourré à déguster chaud
Esquina : croisement de deux voies publiques (rues, avenues...) qui constitue un point de repère fixe dans la ville. On donne une adresse en indiquant sa cuadra (entre telle et telle rue) et sa distance par rapport à la esquina
GCBA : anagramme de Gobierno de la Ciudad de Buenos Aires (Gouvernement de la Ville de Buenos Aires)
Gorra (a la) : littéralement "à la casquette". En français, "au chapeau". Il s'agit d'un mode de rémunération artistique traditionnel dans toute la région du Rio de la Plata
Guampa : récipient pour préparer, boire et partager le tereré (voir ce mot) quand on n'utilise pas un mate classique (voir ce mot). Le guampa est creusé dans une corne de vache.
Guita : l'argent en lunfardo. Désigne aussi la devise nationale (la guita nacional)
Legislatura : nom de l’assemblée législative unicamérale de la Ville Autonome de Buenos Aires
Mate : 1. boisson nationale argentine, uruguayenne, chilienne et paraguayenne, très appréciée aussi dans le sud du Brésil. La boisson est produite par l'infusion de la yerba maté. En Bolivie et dans certaines zones du Pérou, on boit un mate de coca. 2. récipient de toute forme, de toute matière et de différentes contenances dans lequel le mate se prépare, se boit et se partage. (Voir ce mot)
Milonga : 1- musique qui a précédé le tango, toujours très vivante (caractérisée de nos jours par un rythme vif et allègre quand bien même les paroles raconteraient un drame) ; 2- bal de tango argentin
Milonguero : l´homme qui vit la nuit dans le monde dominé par le tango. Contrairement à ce que pensent les Français, le mot ne sert que rarement à désigner le danseur de tango en tant que tel. Attention quand vous employez le mot au féminin : il a longtemps désigné une réalité sociale disparue à la fin des années 50, la cocotte qui dansait dans les cabarets et se faisait entretenir. Danseur se dit la plupart du temps bailarin (bailarina au féminin)
Murga : musique festive de défilé de carnaval et autres grandes fêtes collectives.
Orquesta típica : ensemble musical comprenant au minimum 1 piano, 1 violon, 1 bandonéon et 1 contrebasse.
Peso : devise nationale (non convertible). Sigle : $
Picada : assortiment de fromages et/ou de charcuterie
Plenario : réunions académiques que les Academias organisent dans le cadre de leurs activités culturelles publiques
Porteño : gentilé de Buenos Aires. Se dit de toute personne née à BsAs. Nul n’est jamais vraiment porteño s’il est né hors de la Ville. Sauf à s’appeller Carlos Gardel, et ce quel que soit le lieu de sa naissance.
Show : tout concert, récital, tour de chant, spectacle. Le mot n’est pas réservé aux spectacles de revue ni aux grand événements ultra-marketés drainant des milliers de spectateurs.
Tango baile : le tango dans sa dimension dansée, une dimension parmi d’autres.
Tango salón : tango qui se danse en société (par opposition au tango professionnel, pour la scène)
Tereré : mate préparé avec de l'eau froide ou à température ambiante ou du jus d'orange ou de citron, parfois de pamplemousse, très apprécié par grandes chaleurs.
Troesma : verlan de Maestro (maître)
Yerba mate : feuilles d'un arbuste de la famille du houx, originaire du Paraguay et du nord de l'Argentine et de l'Uruguay. Séchées à l'air chaud ou au four, fermentées puis hachées, elles forment l'ingrédient essentiel du mate et du tereré.
CENTENARIO TROILO (2014)
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