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lundi 2 mai 2016

La fin programmée des Orchestres et Chœurs d'enfants du Bicentenaire [Actu]

Image tirée de la page Facebook de soutien au programme

Ce n'est pas vraiment une surprise depuis la victoire électorale de Mauricio Macri et la nomination de son ministre de l'Education. C'est déjà Esteban Bullrich qui était à la tête du ministère de l'Education portègne qui avait fait écarter le musicien Claudio Espector du programme d'enseignement qu'il avait fondé il y a une dizaine d'années pour apporter la musique aux enfants des quartiers défavorisés avec des professeurs de première qualité dont plusieurs instrumentistes du Teatro Colón. Claudio Espector avait fait appel aux tribunaux sans pouvoir regagner son bureau, dont il restait privé malgré le référé de la justice en sa faveur.

Samedi, Claudio Espector a appris qu'il était aussi révoqué de son poste de coordinateur national du programme, dont le démantèlement a été annoncé en début d'année : le programme sera désormais du ressort des provinces, l'Etat national se désengageant. Autrement dit, le programme est mis à mort. Peu de provinces ont les moyens et la volonté de développer ce type d'enseignement qui permettait pourtant à des gamins de trouver leur dignité de citoyen, d'éviter les pièges de la délinquance qui les guettent dans leurs quartiers mités et de maîtriser peu à peu des langages et des expressions qui sont l'apanage des classes supérieures.

Ce soir, Claudio Espector donne une conférence de presse. Il est soutenu par plusieurs syndicats et par de nombreux parents d'élève.

Répétition de La Bohème avec les enfants du Chœur dit aujourd'hui du Bicentenaire
C'était en août 2013

Je garde le souvenir fabuleux d'avoir passé une journée avec les enfants, entre une école entre La Boca et Puerto Madero, un samedi, et les répétitions (ci-dessus) d'un chœur d'enfants au Teatro Avenida : ils travaillaient sur une production de La Bohème, de Puccini, un vrai opéra, dans un vrai théâtre, avec des vrais chanteurs, des vrais musiciens, un vrai chef et une vraie metteuse en scène. Les gamins étaient resplendissants, heureux et excellents musiciens et acteurs qui plus est... Quel désastre que la disparition de cette institution pédagogique !

Curieusement, Página/12 en parle ce matin sans mettre son article en valeur. Il faut même fouiller sérieusement le site Internet pour le trouver et le lire !

Pour aller plus loin :
consulter la page Facebook de soutien au programme dans la Ville de Buenos Aires
consulter la page Facebook des Amis du programme.

Ajout du 3 mai 2016 :
Claudio Espector a annoncé hier, lors d'une réunion publique, qu'il se portait devant la justice conte le Ministère de l'Education nationale pour faire annuler sa révocation. Lire à ce sujet le reportage de Página/12 sur cette manifestation, que la rédaction met correctement en avant dans ses pages culturelles.

samedi 15 mars 2014

Cinquième Festival Indépendant de Tango ce soir [à l'affiche]


Ce soir, samedi 15 mars 2014, s'ouvre le Festival de Tango Indépendant (FTI) pour la cinquième année consécutive. Quelle belle réussite pour cette manifestation qui s'étend chaque année un peu plus dans le pays, non seulement à Buenos Aires mais dans les Provinces.

Beaucoup d'acteurs de la nouvelle vague du tango, des formations comme La Vidú, La Siniestra, Violentango, Quinteto Negro La Boca et cette année, les organisateurs, Fractura Expuesta et la Unión de Orquestas Típicas, appuient Claudio Espector et ont invité des orchestres d'enfants du programme d'enseignement musical que Claudio a fondé et dont il vient d'être écarté à la fin du mois de décembre. En effet, malgré une décision de justice en référé, et comme d'habitude, le gouvernement portègne refuse d'obtempérer et de réintégrer le musicien à son poste, comme la justice en a disposé (voir mes articles sur Claudio Espector en cliquant sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus).

Au programme du festival, comme tous les ans, milongas populaires en plein air, concerts, tables-rondes, cours de danse, à Buenos Aires et à La Plata (prov. de Buenos Aires), à Rosario (prov. de Santa Fe), à Paraná (prov. de Entre-Ríos), à Córdoba et à Mendoza, ainsi qu'en dehors des frontières, à Montevideo et à Valparaíso.

Le FIT est une initiative de la movida tanguera auto-gérée qui s'est constituée pour compenser le peu d'intérêt que la politique culturelle de Mauricio Macri accordait au tango populaire, qui tourne le dos à l'exploitation touristique du genre ou qui accepte de mettre en valeur ce qu'il a de qualité dans des modalités qui ne permettent pas beaucoup aux Portègnes du commun d'en bénéficier (un festival dans un coin peu accessible de la ville, avec une distribution des entrées aux heures de bureau, donc pendant que les locaux bossent et à des horaires peu compatibles avec les exigences de la vie professionnelle, le tout en plein hiver, donc en pleine année).

Pour en savoir plus :
connectez-vous à la page Facebook du Festival
visitez le site Internet de Fractura Expuesta (où vous pouvez télécharger le programme en pdf)
lisez l'article de Página/12 sur la manifestation
lisez l'article de Tinta Roja, la revue animée par la même équipe que l'émission Fractura Expuesta.


Sur l'affaire de Claudio Espector, vous pouvez vous reporter à deux articles de Página/12, du 13 mars et du 19 février, qui retracent les dernières péripéties de l'impossibilité pour lui de reprendre son poste, malgré une décision de justice en sa faveur prise le 15 février.

mardi 18 février 2014

Retour en poste de Claudio Espector à titre conservatoire [Actu]

Photo Jorge Larrosa (Página/12)
Il y a deux jours, la justice portègne a prononcé une décision de réintégration dans ses fonctions du Maestro Claudio Espector, dont vous vous souvenez sans doute si vous suivez l'actualité culturelle argentine dans ces colonnes que, le 19 décembre dernier (voir mon article à ce sujet), le Ministère de l'Education portègne par le truchement d'une de ses sous-secrétaires l'avait révoqué, d'une manière arbitraire et discrétionnaire, sans pouvoir avancer la moindre faute professionnelle à son encontre et ce malgré son élection comme Personnalité de la Culture, en juin 2013 (voir mon article à ce sujet).

Certes la décision est prise à titre conservatoire. Il ne s'agit pas d'une décision de fonds pour laquelle Claudio Espector et les syndicats de musiciens et d'enseignants ont saisi les tribunaux : cette autre décision se prononcera sur la validité de la révocation et le droit du Gouvernement portègne de se défaire d'un fonctionnaire sans cause réelle et sérieuse, comme s'exprime le code du travail en France. Il se peut toutefois que le juge du fonds confirme la première décision puisque le ministère de tutelle n'a jamais procédé dans les formes, aucune notification écrite de révocation n'ayant jamais été adressée à l'intéressé. On croit rêver ! Ou plutôt cauchemarder.

Toujours est-il qu'exit pour le moment le nouveau Coordinateur nommé à la fin décembre (un obscur clarinettiste sans grand talent mais avec de grandes ambitions politiques et des copains d'école bien placés). Claudio Espector reprend sa charge aujourd'hui avec l'appui de nombreux parents d'élèves, du corps professoral et de plein d'élèves, dont il faut voir là-bas, à Buenos Aires, l'affection et la confiance qu'ils lui manifestent.

Vous pouvez manifester votre soutien au musicien et à l'enseignant qu'est Claudio Espector ainsi qu'à l'ensemble du Programme des Orchestres d'enfants qu'il a fondé à Buenos Aires et qu'il coordonne en vous connectant à la page Facebook du collectif militant. Vous pouvez aussi vous connecter à la page personnelle qu'il a créée en 2010.

Plus d'info :
lire l'entrefilet de Página/12 du 16 février 2014
lire l'article de Página/12 de ce matin sur le retour en poste de Claudio (avec les difficultés que le Ministère pourrait lui faire bien que ses conseils se soient montré fort empruntés dans leur défense à la barre).
Voir également mon article sur ma propre visite au programme le 31 août2013
et mon article concernant la matinée consacrée à ce programme d'enseignement dans Le Roman national argentin, voyage culturel,solidaire et humain, opéré par Human Trip.
Pour lire tous les articles sur Claudio Espector, cliquez sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

jeudi 9 janvier 2014

Un samedi avec les enfants : le Roman national argentin continue [Human Trip]

Claudio Espector en pleine répétition avec ses élèves

Comme vous le savez si vous êtes un lecteur assidu de Barrio de Tango, le voyage culturel que je propose à Buenos Aires avec l'agence de tourisme équitable Human Trip, a été, dès sa conception au printemps dernier, associé à une action de solidarité avec le Programa de Orquestas Infantiles de Buenos Aires et vous savez aussi que, quelques jours avant Noël, Claudio Espector, le coordinateur général et fondateur de ce programme d'enseignement de la musique aux enfants défavorisés de la capitale argentine, a été remercié comme un malpropre par le Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, alors que, en juin, la Legislatura l'avait honoré du titre de Personnalité de la Culture (pour accéder à l'ensemble de mes articles sur Claudio Espector, cliquez sur son nom, ci-dessus, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search).

Manifestation récente des Orquestas Infantiles devant le Palais Municipal
(ancien Hôtel de Ville de Buenos Aires),
à l'angle de Avenida de Mayo et de Plaza de Mayo

Notre journée du samedi 3 mai 2014 prendra donc certainement un visage nouveau une fois que nous serons sur place. Tout va dépendre des événements de cet été austral : peut-être Claudio Espector sera-t-il réintégré, car même un journal de droite comme La Nación (1) s'est offusqué de cette révocation (voir l'article sous le lien). Peut-être Claudio Espector trouvera-t-il une autre mission, au niveau national ou à celui de la Province de Buenos Aires, un poste à la hauteur de son talent de musicien et de pédagogue. Peut-être le Programa de Orquestas Infantiles aura-t-il disparu en tant que tel pour faire place à un conservatoire quelconque mais payant, afin qu'il soit réservé aux enfants de l'électorat de Mauricio Macri, les CSP+ de Buenos Aires. C'est là ce qu'on voit nettement venir dans les manœuvres de ce Gouvernement qui a déjà avancé ses pions en douce, depuis le début de l'année 2013, donc bien avant de flanquer Claudio à la porte.

Notre programme initial prévoyait de passer la matinée avec les enfants et leurs enseignants pour voir comment cet ambitieux chantier collectif permet aux gamins des faubourgs (en France, nous parlons des cités) de s'intégrer d'un point de vue culturel et social et de s'ouvrir à des univers esthétiques et intellectuels dont le Gouvernement de Mauricio Macri vient donc de décider qu'ils ne sont définitivement pas dignes.
Dans ce blog, je vous tiendrai au courant des évolutions de cette situation dont on ne peut que déplorer qu'elle puisse exister dans la capitale d'une République qui fêtait en décembre dernier les 30 ans du retour à la démocratie... Pour autant qu'ils communiqueront leur adresse mail à Human Trip, les participants au voyage seront personnellement informés en temps réel des solutions alternatives que j'élaborerai en fonction de l'actualité.

L'opulent fatras culturel de la librairie El Rufián Meláncolico, rue Bolívar

L'après-midi restera libre, c'était déjà ce qui était prévu, pour le shopping ou pour une autre sortie culturelle optionnelle (ce ne sont pas les musées qui manquent, à tel point qu'il est impossible de les intégrer tous dans un séjour de deux semaines).

Dans la description détaillée du voyage que vous pouvez consulter et télécharger en version imprimable sur mon site Internet, je vous fais pour cette demie-journée quelques suggestions :

- une visite à la librairie El Rufián Meláncolico, que tient dans la rue Bolívar un duo de libraires dont l'un, un artisan et intellectuel chilien, a vécu en France pendant que Pinochet martyrisait son pays,

La boutique des AA est installé
sous le pont autoroutier du 25 de Mayo, dans San Telmo

- un passage, dans la rue Defensa, par la boutique de la Coopérative des Artisans Argentins, où vous pourrez trouver tous les souvenirs que vous voulez emporter de votre séjour à Buenos. Un très large choix proposé à des prix très honnêtes (sans commune mesure avec ceux des magasins à touristes de la sempiternelle rue Florida) : mates, en corne, en bois, en verre, en coloquinte avec ou sans décor peint, habillée de cuir naturel ou teint ou insérée dans un pied de bovin avec son sabot tout rutilant (bien gaucho)... et bombillas ouvragées en métal argenté, articles de coutellerie, de maroquinerie, équipement pour l'équitation, outils ruraux, habillement, dont un impressionnant étal de chapeaux et de ponchos régionaux, les salteños aux motifs rouges et noirs, les tucumanos à dominante d'un bleu profond et lumineux, les mapuches à lignes géométriques noires sur fond crème ou beige, des bijoux en rhodochrosite, la pierre nationale argentine qui va du rose pâle au magenta explosif, des tas d'accessoires en cuir, sans oublier quelques spécialités de bouche (mais que vous pourrez trouver tout aussi bien en épicerie et en supermarché, comme tous les produits de consommation courante)... 
Un vrai bonheur en tout cas pour l'amateur d'authenticité qui fera vivre au quotidien tous ces produits manufacturés une fois de retour à la maison (au moment où j'écris cet article, j'ai sur le dos mon ponchito salteño, et quelle chaleur agréable.... Il vaut tous les Thermolactyl® de la Terre, ce vêtement rudimentaire dont la coupe remonte au passé précolombien du Nord-Ouest argentin.

Les étagères des mates aux Artisans d'Argentine
(photo extraite du site Internet des AA)

Les deux repas de la journée sont libres.
Le samedi soir, ce n'est ni les concerts populaires ni les milongas qui manqueront. Et je ne parle pas du cinéma ou du théâtre !
On regardera de près ce que nous proposera cette ville aux mille facettes. Mon rôle consistera à vous conseiller autant que vous le souhaiterez.

Pour aller plus loin :
Pour mieux connaître ce qu'est (ou ce qu'aura été) le Programa de Orquestas Infantiles de Buenos Aires, reportez-vous au Retour sur Images que j'ai publié ici cette année à son sujet, en rentrant d'Argentine
Pour suivre son actualité brûlante en cet été 2014, connectez-vous à leur page Facebook
Pour découvrir le réseau coopératif Artesanos de Argentina, visitez leur site Internet (très complet)
Pour découvrir El Rufián Melácolico et son voisin, Darío Semino, patron de la librairie La Libre, deux cents mètres plus au nord dans la même rue, regardez les deux clips Youtube (El Rufián et La Libre) et jetez un coup d'œil au petit blog qu'anime l'un des deux associés du Rufián.

Vous connaissez désormais bien les autres pages à consulter au sujet de ce voyage :
d'abord celui de l'agence de voyage Human Trip, avec description complète en ligne
ensuite le mien (on n'est jamais si bien servi que par soi-même), avec cette même description en version téléchargeable et imprimable (pdf)
ensuite celui de notre hôtel, l'Apart Hotel Monserrat (chambre et petit-déjeuner buffet inclus dans le prix du séjour, de 2.740 € par personne sur la base d'une chambre double, dans les conditions habituelles – voir Human Trip)
enfin les autres articles que j'ai déjà publiés dans ce blog sur le Roman national argentin, voyage culturel, solidaire et humain, en cliquant sur le mot-clé Human Trip, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

* * *

Grâce à son correspondant sur place, Human Trip peut vous proposer des extensions vers d'autres destinations, tant en Argentine que dans les pays limitrophes, à l'intérieur des dates prévues (vous pouvez sauter des étapes de notre séjour si vous le souhaitez), soit avant l'arrivée du groupe, le 25 avril, soit après son départ le 7 mai.
L'agence est à votre service
pour vous construire un programme sur mesure.
Contactez-la par mail (info@humantrip.fr)
ou par téléphone (04 86 11 01 71).



(1) La Nación dont je vous parlais récemment, à propos de notre journée consacrée à la grande immigration et au Museo Mitre, puisque Bartolomé Mitre, historien et homme politique, fut aussi le fondateur de ce premier quotidien argentin...

dimanche 29 décembre 2013

La révocation de Claudio Espector continue à faire des vagues [Actu]

Sur les réseaux sociaux comme dans la presse de gauche, l'éviction inattendue de Claudio Espector, fondateur et coordinateur général du Programa de Orquestas Infantiles, continue à faire du bruit.

Claudio Espector chez lui (photo Ezequiel Torres, pour Veintitrés)

Le jour de Noël, Claudio Espector a été interviewé sur les ondes de Fractura Expuesta, l'émission sur le tango et la culture populaire, dont je vous parlais souvent il y a quelques années (je dois avouer que le temps me manque parfois pour le faire avec la même régularité maintenant). Une interview d'une dizaine de minutes, avec quelques problèmes de communication au départ. Claudio Espector y déclare qu'il se maintient à la tête du programme et qu'avec le soutien des syndicats, il se prépare à attaquer en justice la décision du Gouvernement portègne, qui ne lui a toujours pas été formellement notifiée.

Tels que je les ai vus en août dernier, il est probable que le soutien de tous les enseignants lui est acquis et qu'aucun d'entre eux ne veut avoir affaire au clarinettiste de troisième zone que la secrétaire adjointe à l'équité musicale a nommé à sa place. La résistance peut donc durer longtemps, pour autant que la mobilisation des parents se maintiennent elle aussi.

Dans cet entretien, Claudio Espector expose les contradictions des explications que le Gouvernement portègne donne à l'arrêt du budget alimentaire du Programa. L'exécutif dit vouloir obliger les parents d'élèves à prendre en charge la nourriture des enfants (1) mais d'un autre côté, rappelle Claudio, dans le peu d'habitations que la Ville a fait construire dans ces quartiers populaires, les architectes ont omis d'intégrer une cuisine et pour ce qui est des meubles, ils n'ont même pas pensé qu'une famille avait besoin de chaises et d'une table.
On se croirait revenu en France au temps de l'épopée minière lorsqu'un patronat arrogant et méprisant justifiait l'absence de salle de bain dans les corons : "une baignoire, pensez-donc, ils y mettraient le charbon !". (2)

Cette interview décapante, vous pouvez l'écouter en ligne et même la télécharger gratuitement en cliquant sur le lien.

Deux jours plus tard, le 27 décembre, le magazine hebdomadaire Veintitres a consacré au musicien et enseignant un article élogieux. Le journaliste remarque que Claudio Espector a échappé au système des dépouilles qui existe en Argentine comme aux Etats-Unis et qui veut que chaque nouvel exécutif, au moment où il prend ses fonctions, renouvelle l'ensemble du personnel dépendant d'une nomination gouvernementale. Il rappelle le parcours de Claudio et la façon dont a surgi l'idée du Programme : lorsque le gouvernement de la ville, sous l'impulsion de Fernando de la Rúa (pourtant de sinistre mémoire), avait créé, sur le modèle français, des Zones d'Action Prioritaire, dans le but de combattre l'absentéisme scolaire et le fort taux de redoublement des enfants issus des populations les plus fragiles. C'est dans ce cadre que Claudio proposa de créer dans ces écoles des ZAP des orchestres pour redonner aux enfants le goût d'apprendre et des savoir-être socialisants, comme le fait de s'écouter mutuellement, de se respecter, de travailler en équipe. Il a fondé le premier orchestre dans le quartier de Villa Lugano, un quartier du sud-ouest de la capitale argentine. "[A Villa Lugano], aller à l'école avec un violoncelle, une flûte ou un violon, ça faisait son effet", raconte Claudio Espector, dans cet article interview que vous pouvez lire en cliquant sur ce lien.

“Me quieren hacer creer que me convierten en maestro de los maestros pero claramente me corren, eufemísticamente y mintiendo. Más allá de lo personal, es una decisión política. No les parece bien que visualicemos las carencias que existen. No acuerdan con que vayamos a los barrios y no le pongamos límites a la educación de los pibes, pensamos que los chicos pueden hacer todo. Ellos le ponen techo al desarrollo de los pibes. Cuando viajaron a Berlín les dijeron: ‘Esto es un privilegio para ustedes’, a lo cual una de las chicas de la orquesta les contestó: ‘Esto no es un privilegio, esto es un derecho’. Para el Pro, en un barrio pobre la educación tiene que ser pobre. Nosotros creemos que tiene que ser la mejor”.
Claudio Espector, dans Veintitres

Ils veulent me faire croire qu'ils me reclassent comme formateur de formateurs (3) mais il est bien clair qu'ils me foutent à la porte avec des euphémismes et des mensonges. Au-delà de l'aspect personnel, c'est une décision politique. Ils n'aiment pas que nous ayons identifié les éléments qui font défaut (4). Ils ne sont pas d'accord qu'on aillent dans les quartiers et qu'on ne mette pas de limite à l'éducation des gamins, que nous pensions que les mêmes peuvent tout faire. Eux ils mettent un plafond au développement des gamins. Quand ils sont allés à Berlin, ils leur ont dit : C'est un privilège pour vous. Ce à quoi une des gamines de l'orchestre leur a répondu : Ce n'est pas un privilège, c'est un droit (5). Pour le PRO (6), dans un quartier pauvre, l'éducation doit être pauvre. Nous, nous croyons qu'elle doit être la meilleure.
(Traduction Denise Anne Clavilier)


Pour en obtenir une traduction complète, utilisez le service Reverso, dont vous trouverez le lien dans la rubrique Cambalache en bas de la Colonne de droite de ce blog.


(1) En Argentine, l'école publique et obligatoire jusqu'à 12 ans prend en charge gratuitement les repas des enfants qui ne peuvent pas rentrer déjeuner à la maison, tout au long de l'année scolaire (et même parfois pendant les vacances). Ce service de cantine est suffisamment stigmatisant pour qu'aucun parent de la classe moyenne ne songe à essayer d'en profiter (et en plus, comme les moyens sont maigres, ce n'est vraiment pas fameux). Il s'agit de garantir que, dans la République argentine, tous les enfants bénéficient de bonnes conditions pour étudier même si leurs parents sont trop pauvres pour les nourrir convenablement. La politique de Mauricio Macri tend à tout individualiser, à dévitaliser la solidarité effective et il cherche donc à criminaliser la pauvreté et en particulier le fait que les parents n'assurent pas eux-mêmes un régime alimentaire équilibré à leur enfants, par manque de moyens matériels et de connaissance diététique. Lui et ses ministres insinuent ainsi que les pauvres vivraient en assistés aux crochets de la collectivité (c'est-à-dire de la classe moyenne où se recrute le gros de l'électorat macriste). Il prétend donc qu'il faut les obliger à s'occuper de leur progéniture. Voir à ce propos la letra de tango de Raimudo Rosales, Mañana Clara, que j'ai traduite dans Deux cents ans après, Tarabuste Editions, janvier 2011, sur la vie d'une cuisinière de cantine scolaire qui tous les matins fait la polenta pour les estomacs des écoliers qui arrivent à l'école à jeûn.
(2) N'oublions pas qu'à la même époque, dans nos pays, il existait aussi un patronat social, qu'on a plus tard taxé de paternaliste, que sa conscience obligeait à créer dans ses cités ouvrières une école (avant que l'instruction soit obligatoire), un dispensaire, une pouponnière dont l'accès était de droit pour leurs salariés et leurs familles. Une tendance patronale qui  n'a jamais existé significativement en Argentine.
(3) La secrétaire adjointe à l'équité musicale Soledad Acuña, en le recevant le 20 décembre, a proposé à Claudio Espector un poste d'enseignant pour former des professeurs de musique.
(4) Claudio fait ici référence aux  nombreux chapitres du budget de fonctionnement qui ne sont pas pourvus par le Gouvernement portègne : achat et entretien des instruments, matériels auxiliaires tels que sièges et pupitres, partitions et goûter des enfants.
(5) Qu'une gamine voie si clair dans leur jeu, ça n'a pas dû leur plaire, en effet. Et pourtant, la petite avait raison. Dans son interview, Claudio souligne que lorsque les enfant ont reçu des reconnaissances internationales après certains concerts, il n'y a jamais eu un seul représentant du Gouvernement portègne pour les féliciter ni par écrit ni par la moindre visite.
(6) Parti politique de Mauricio Macri, qui forme la majorité relative à la Legislatura de Buenos Aires et auquel tout le gouvernement municipal appartient, directement ou par alliance stratégique.

mardi 24 décembre 2013

Manifestation hier pour soutenir Claudio Espector [Actu]

Claudio Espector répondant à l'agence de presse argentine (Télam)

Hier, sur le Paseo Colón, à San Telmo, devant le ministère de l'Education du Gouvernement portègne, une foule d'enseignants, de parents, d'enfants et d'élus s'est rassemblée pour réclamer le retour dans son poste du Maestro Claudio Espector, révoqué la semaine dernière pour des motifs qui laissent sans voix en démocratie : 100% à la tête du client. Des motifs très arbitraires puisque la Secrétaire adjointe à l'équité pédagogique lui reproche pour l'essentiel d'avoir une personnalité qui lui déplaît à elle. Peu importe que les enfants lui sautent au cou à lui comme je le ai vu faire de mes propres yeux au mois d'août dernier à Buenos Aires.

Les manifestants portaient tous un petit autocollant bricolé à la va-vite : Claudio no se va (Claudio reste).

Claudio lui-même a été fort sollicité hier par les journalistes et la page Facebook de soutien au programme relaie les interviews écrites, télévisées et radiophoniques comme cette interview sur Radio Continental : 


.

Parmi ses déclarations les plus importantes, la dénonciation du choix d'une date qui devait empêcher les gens de se mobiliser (entre la fin de l'année scolaire le 15 décembre et le début des fêtes de fin d'année), les motifs arbitraires et cyniques avancés par les responsables ministériels et la persécution idéologique dont il se voit l'objet depuis deux ans, c'est-à-dire depuis l'arrivée de Soledad Acuña au poste de secrétaire adjointe à l'équité pédagogique (1), sa récente élection, en juin, comme Personnalité de la Culture, grâce au vote de tous les groupes politiques de la Chambre législative de Buenos Aires (Legislatura). On le sent assez souvent ému. Il y a de quoi ! Seize ans de travail passionné et cette révocation brutale, humiliante et injuste...

Photo CTA

La manifestation a été appuyée par les syndicats, notamment la CTA (un syndicat radicalisé), Centrale des Travailleurs Argentins, et l'UTE, Union des Travailleurs de l'Education. Ils vont se mobiliser pendant l'été et revenir en force en février au moment de la négociation paritaire obligatoire de pré-rentrée. Les relations entre les syndicats et le Gouvernement de Mauricio Macri n'ont jamais été bonnes mais là, ça s'annonce explosif une nouvelle fois.

Reportage au journal de mi-journée de Canal 7 (la Tele Pública), hier (partie 1)

Sur Página/12, on trouve ce matin un reportage sur la manifestation d'hier et un billet d'opinion de Diego Fischerman qui compare les parcours de Claudio Espector et de son remplaçant aussitôt nommé (de toute évidence pour détruire le caractère social du programme). C'est saignant. Je vous le traduis ci-dessous, non sans déplorer auparavant que certaines accusations soient portées sans citation des sources ni aucune preuve à l'appui, ce qui fragilise l'argumentation, quand bien même celle-ci refléterait effectivement des comportements fort bien identifiés et fort habituels au sein de l'administration Macri (et ce n'est pas une raison pour s'abstenir de documenter un billet d'opinion).

OPINION

Vidas paralelas

Por Diego Fischerman
Uno de ellos es pianista. El otro tocaba el clarinete. El primero dirigió el Conservatorio Manuel de Falla y creó y coordinó el programa de orquestas infantiles y juveniles de Buenos Aires, por donde han pasado más de 15.000 alumnos a lo largo de 16 años, muchos de ellos sumamente humildes y una buena cantidad proveniente de villas de emergencia. El segundo se dedicó a negocios relacionados con la música, patentó varios dominios de Internet y desde la asunción de Macri como jefe de Gobierno de la Ciudad ha pasado por varios puestos de importancia. Claudio Espector, el primero, fue echado de su cargo. Eduardo Ihidoype, el segundo, es el reemplazante elegido por el gobierno porteño.

Opinion
Vies parallèles
par Diego Fischerman
L'un d'eux est pianiste. L'autre jouait de la clarinette. Le premier a dirigé le Conservatoire Manuel de Falla, créé et coordonné le programme des orchestres d'enfants et de jeunes de Buenos Aires, par où sont passés plus de 15 000 élèves en seize ans, beaucoup d'entre eux étant des gens très humbles et un bon nombre venant de bidonvilles. Le second s'est consacré à faire des affaires autour de la musique, a déposé des noms de domaines sur Internet et depuis l'arrivée de Macri à la fonction de Chef de Gouvernement de la Ville, il est passé par plusieurs postes importants. Claudio Espector, le premier, a été viré de son emploi. Eduardo Ihidoype, le second, a été choisi pour le remplacer par le Gouvernement portègne.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Este funcionario, hasta ahora “gerente” (sic) del programa Música para la equidad del Ministerio de Educación de la Ciudad, tiene un impactante currículum reciente: en 2008 fue ascendido por decreto, dentro de la planta de la Filarmónica de Buenos Aires, donde tocaba el tercer clarinete. Ese mismo año fue nombrado director ejecutivo de esa orquesta y entre 2010 y 2012 fue el director del Instituto Superior de Arte del Teatro Colón, cargo que, según fuentes fidedignas, debió abandonar tras haber participado en activas conspiraciones contra el director del teatro, Pedro Pablo García Caffi. En 2011 fue nombrado integrante de la Comisión Permanente del Estatuto del Docente para Areas de Enseñanza Específica, sin que eso significara que dejara de percibir el sueldo como director ejecutivo de la Filarmónica, que aún sigue cobrando aunque no desarrolla tal función. Y, por otra parte, sigue figurando en el padrón del Ente Autárquico Teatro Colón, conservando su cargo de clarinetista aunque ya no actúa en la Orquesta. Su antecedente más significativo, no obstante, es muy anterior: fue compañero de escuela del jefe de Gobierno.
Diego Fischerman

Ce dignitaire, jusqu'à présent directeur (2) du programme Musique pour l'équité du Ministère de l'Education de la Ville, a, ces derniers temps, un CV de poids : en 2008, il a été promu par décret, au sein du Philharmonique de Buenos Aires, où il était troisième clarinettiste. La même année (3), il a été nommé directeur exécutif de cet orchestre et de 2010 à 2012, il a été le directeur de l'Institut Supérieur des Arts du Teatro Colón, poste que, selon des sources dignes de foi, il a dû quitter après avoir participé à d'actives conspirations contre le directeur du théâtre, Pedro Pablo García Caffi. En 2011, il a été nommé à la commission permanente du Statut de l'Enseignant pour l'Enseignement spécialisé, sans que cela emporte qu'il arrête de percevoir son salaire de directeur exécutif du Philharmonique, qu'il continue même de toucher alors qu'il n'occupe pas cette fonction. Et d'autre part, il continue à figurer sur l'organigramme de la Société indépendante du Teatro Colón, où il conserve son poste de clarinettiste alors qu'il ne joue plus dans l'orchestre. Son antécédent le plus significatif date cependant de bien plus longtemps : c'est un camarade d'école du Chef du Gouvernement.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Reemplazar a un funcionario es una de las atribuciones de un gobierno. Podría ser que las autoridades del caso, expertas en la materia, desde ya, juzgaran la tarea de Espector insatisfactoria. O que Ihidoype, fruto del saber adquirido a lo largo de una profusa carrera educativa, hubiera presentado un nuevo proyecto, tan atractivo como superador. Las cosas, sin embargo, no fueron así. “Hubo una reunión con la subsecretaria de Equidad Educativa, Soledad Acuña, en la que también estuvo presente el jefe de Gabinete del Ministerio de Educación porteño, Diego Fernández, y ambos me notificaron que quedaba desvinculado de las orquestas juveniles”, contó Espector. Y los argumentos esgrimidos por su superior jerárquico fueron, por lo menos, curiosos: “Acuña dijo que no sabía si me separaban por un tema personal, ideológico o político”. Respaldado en una carta firmada conjuntamente por Daniel Filmus, Mariano Narodowski y Mario Giannoni, tres ex ministros de Educación de la Ciudad de distinto signo político, Espector fue apoyado ayer en un acto masivo donde tocaron los chicos de las orquestas. Premiado este año como personalidad destacada de la cultura por el mismo gobierno que ahora intenta echarlo, Espector venía denunciando la reducción de las viandas de los niños, la quita del subsidio de cooperadora con el que se compraban los instrumentos e insumos, la dilación y discriminación en el pase a Interinato de sus docentes, la falta de nombramientos y, últimamente, la misteriosa aparición del gerente de Música para la Equidad y de unas orquestas paralelas sobre las que no se le informaba. Acuña no “sabe” si las causas del despido –y el consiguiente reemplazo por Ihidoype– son “personales, ideológicas o políticas”. Sabe, eso sí, que no son profesionales.
Diego Fischerman

Remplacer un responsable est une des attributions d'un gouvernement. On pourrait comprendre que les autorités compétentes, expertes en la matière, aient jugé la prestation de Espector désormais insatisfaisante. Ou que Ihidoype, fruit d'un savoir acquis au long d'une longue et belle carrière pédagogique, ait présenté un nouveau projet, aussi séduisant que plus abouti. Toutefois, ce n'est pas ça qui s'est passé. "Il y a eu un rendez-vous avec la secrétaire adjointe de l'équité pédagogique, Soledad Acuña, auquel a aussi participé le Secrétaire général du Ministère de l'Education portègne, Diego Fernández, et tous deux m'ont notifié mon éloignement des orchestres d'enfants", dit Espector. Et les arguments que lui a servis sa supérieure hiérarchique ont été pour le moins curieux : "Acuña m'a dit qu'elle ne savait pas s'ils me congédiaient pour un motif d'ordre personnel, idéologique ou politique". Soutenu par une lettre signée conjointement par Daniel Filmus (4), Mariano Narodowski (5) et Mario Giannoni, trois ex-ministres de l'Education de la Ville de différentes couleurs politiques, Espector a reçu hier l'appui d'une manifestation massive où les gamins des orchestres ont joué. Distingué cette année en qualité de personnalité de la culture par ce même gouvernement (6) qui maintenant essaye de le virer, Espector ne cessait de dénoncer la réduction des goûters des enfants, la disparition des subventions d'achat des instruments et des consommables, le retard et la discrimination dans la titularisation des enseignants, les nominations restées en souffrance et, ces derniers temps, la mystérieuse apparition du directeur de Musique pour l'Equité et de certains orchestres parallèles sur lesquels il n'avait pas d'information. Acuña ne sait pas si les causes de la révocation et le remplacement par Ihidoype qui l'a suivie sont d'ordre personnel, idéologique ou politique. Mais il y a une chose qu'elle sait, c'est qu'elles ne sont pas d'ordre professionnel.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Reportage de Visión 7 d'hier (partie 2)

Pour aller plus loin :
lire le reportage de Página/12 sur la manifestation d'hier
lire et écouter le reportage de Radio Central (CTA)
lire la dépêche de Télam sur la lettre conjointe des trois ex-ministres portègnes de l'Education
Se connecter sur la page Facebook de soutien au programme


(1) La bureaucratie argentine n'a rien à envier à son homologue française. C'est une véritable armée mexicaine, avec des chefs et des sous-chefs de tout et de n'importe quoi à tous les étages et ce sont souvent autant de petits chefs hargneux et vindicatifs comme c'est le cas de cette femme.
(2) gerente est un substantif en usage dans le secteur marchand, dans les entreprises privées, il n'est pas en usage dans le service public et le secteur non marchand. Cela sonne comme directeur commercial. D'où le sic dont Fischerman l'affecte parce que c'est un terme tout à fait déplacé.
(3) 2008 est le début du premier mandat de Mauricio Macri.
(4) Daniel Filmus est aujourd'hui une des fortes pointures du Frente para la Victoria (le partie de la présidente Cristina Kirchner).
(5) Mariano Narodowski a été le premier ministre de l'Education de Macri. Il a été remplacé aujourd'hui par Bullrich, dont le journaliste de Radio Continental dit à Claudio au cours de son interview qu'il l'a lui-même entendu louer le travail qu'il réalisait à la tête de son programme pédagogique. Le fait que ces deux hommes aient signé ensemble une pétition commune est en soi un événement politique de première importance. Cela n'existe jamais dans la vie politique argentine où la conflictualité est presque érigée en règle de vie et de comportement.
(6) Erreur d'analyse : c'est la Legislatura qui lui a accordé ce titre honorifique et pas le Gouvernement. En revanche, les députés macristes ont voté cette distinction.

dimanche 22 décembre 2013

Claudio Espector révoqué de son propre programme pédagogique [Actu]


Le Maestro Claudio Espector, fondateur du Programme des Orchestres d'enfants de la ville de Buenos Aires, vient de se voir remercier par le Ministère de l'Education de cette même ville, qui prépare depuis de nombreux mois un autre projet d'orchestres d'enfants, mais celui-là sans aucune dimension sociale, sans projet d'intégration culturelle pour les populations qui vivent dans les bidonvilles, les villas miserias de la capitale argentine.

Le collectif des enseignants et des sympathisants du Programme appelle donc à une grande manifestation lundi 23 décembre à midi devant le ministère incriminé.

Ce qu'on reproche à Claudio Espector : avoir lutté depuis des mois et des mois pour retrouver des budgets dignes de ce nom pour faire vivre ce programme d'enseignement public et gratuit. Bref, un délit de sale gueule et d'opinion. Le Gouvernement de la Ville de Buenos Aires lui reproche surtout de ne pas voter pour lui. Il y a deux ans, Mauricio Macri avait aussi et pour les mêmes raisons mis fin aux fonctions de la Directrice du Patrimoine de la Ville.

Claudio Espector était vendredi au micro de Radio Nacional, dans l'émission du matin, et s'est étendu sur la nature de ce conflit inconcevable en démocratie qui l'oppose à ce gouvernement affairiste et ultra-libéral. Je vous invite à aller l'écouter (c'est en espagnol, bien entendu).

Rappelons que Claudio Espector a été déclaré il y a six mois Personnalité de la Culture par la Legislatura de cette même ville de Buenos Aires (j'y avais fait écho dans Barrio de Tango). Ce que fait son Parlement, Mauricio Macri le défait, comme d'habitude.



A la date d'aujourd'hui, la Sous-Secrétaire en charge de l'équité pédagogique, Madame Soledad Acuña, a fait connaître la révocation du Coordinateur Général des Orchestres d'enfants et de jeunes de la Ville de Buenos Aires, le Maestro Claudio Espector.
Le Maestro Claudio Espector a été celui qui a le plus impulsé le Programme depuis 16 ans et son travail pédagogique et artistique a été amplement reconnu, tant au niveau national qu'au niveau international. Récemment il s'est vu distingué par tous les groupes politiques de la Legislatura par le titre de Personnalité de la Culture. Avec la révocation du Maestro Espector, la haute qualité pédagogique et le caractère d'intégration qui caractérisent les Orchestres depuis le départ sont menacés.
Cette mesure met le comble à une série d'atteintes aux Orchestres d'enfants qui ont commencé il y a deux ans à partir de la prise de fonction de l'actuelle Sous-Secrétaire, Madame Soledad Acuña. Réduction des collations des enfants, retrait de la subvention avec laquelle on achetait les instruments et les consommables, retard et discrimination dans le transfert des enseignants au statut d'intérimaires, nominations en souffrance. C'est une attaque concertée contre les Orchestres d'enfants, les droits des travailleurs et des travailleuses et des 2000 enfants par an qui participent aux Orchestres en provenances des quartiers sud de la Ville.
Tous, professeurs, familles et amis des Orchestres d'enfants, nous dénonçons cette révocation, nous nous solidarisons et nous appuyons notre Coordinateur, Claudio Espector, et nous appelons l'ensemble de la collectivité pédagogique à se mobiliser contre ce nouvel affront, qui s'ajoute à la politique générale de réduction budgétaire que le Ministère de l'Education portègne et le PRO sont en train de faire dans l'enseignement public.
(Traduction Denise Anne Clavilier)
* * *

La visite du Programa de Orquestas Infantiles faisait partie du voyage culturel que je vous propose à Buenos Aires du 24 avril au 8 mai 2014 (avec Human Trip). Cet aspect est maintenu pour le moment. Nous verrons comment les choses évoluent et si Mauricio Macri met place une politique de destruction du projet, ce qui est plus que probable, nous nous organiserons pour rencontrer les professeurs ou ex-professeurs et quelques uns des enfants : ils nous raconteront leur aventure, les bénéfices qu'ils ont tirés de ce programme (et ils sont grands) et nous aurons une belle rencontre, malgré ces tristes circonstances. D'autant que je vais tâcher de me mettre en contact avec les autres soutiens internationaux du programme, puisque j'ai rencontré, sur place, à Buenos Aires, plusieurs personnes venant notamment des Pays-Bas, lors de la visite que j'avais rendue le 31 août dernier aux enfants et à leurs enseignants.

Si vous voulez vous solidariser avec les enfants, leurs parents et leurs professeurs, vous pouvez rejoindre la communauté à travers sa page Facebook.

mardi 3 décembre 2013

Reportage télévisé sur les Orquestas Infantiles de Buenos Aires [Actu]

Le 31 août 2013, alors que Canal 9, l'une des chaînes publiques argentines, faisait un reportage sur le Proyecto de Orquestas Infantiles dont le Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires ne cesse de réduire le budget (comme pour tout ce qui appartient au secteur non marchand qui ne l'a jamais intéressé), j'ai répondu au question de la journaliste du TL9 (le journal télévisé) pour ce apporter mon modeste soutien à ce chantier pédagogique original et efficace, dont nous pourrions nous inspirer, ici, en Europe, pour intégrer nous aussi, socialement et culturellement, les enfants de nos zones défavorisées...

Claudio Espector, directeur et fondateur de ce vaste programme socio-culturel, vient de m'informer de la mise en ligne du reportage sur YouTube. Le reportage dure un peu plus de 7 minutes et j'interviens vers la cinquième minutes, après Claudio Espector lui-même, dans le hall du Teatro Avenida. Voici l'intégralité du document tel qu'il est passé à l'antenne en octobre...



Le Proyecto de Orquestas Infantiles de Buenos Aires fait partie du voyage culturel, solidaire et humain que je vous propose dans la capitale argentine, du 24 avril au 8 mai prochain, avec l'agence française de tourisme équitable Human Trip. Pour connaître l'intégralité de la proposition, rendez-vous sur mon site Internet ou sur celui de l'agence.

Sur cette visite que j'ai rendue à Buenos Aires à ces orchestres d'enfants, dans une école entre La Boca et Puerto Madero et au Teatro Avenida, où les enfants répétaient La Bohème, voir mon Retour sur Images du 4 octobre 2013 (l'article n° 3300 de Barrio de Tango).

vendredi 4 octobre 2013

Manifestation de soutien au Proyecto de Orquestas Infantiles – Article n° 3300 [Actu]

Répétition de La Bohème, avec le Coro Infantil de Buenos Aires (31 août 2013)

Hier, devant le palais du Gouvernement portègne, à l'appel du syndicat UTE, une manifestation s'est rassemblée pour soutenir une nouvelle fois, publiquement, le Proyecto de Orquestas Infantiles de Buenos Aires, mis en péril par les sévères coupes budgétaires qui touchent tout le secteur non marchand de la capitale argentine : la santé, la culture et l'enseignement. Deux vedettes de la chanson ont apporté leur appui, le rockeur León Gieco et le folkloriste Peteco Carabajal, pour remettre une pétition qui a recueilli 35 000 signatures.


Le Proyecto de Orquestas Infantiles est un grand programme d'enseignement collectif de la musique, monté il y a des années par le Maestro Claudio Espector, dont j'ai déjà eu l'occasion de vous parler, notamment lors de sa nomitation comme Personalidad Destacada de la Cultura (voir mon article de juin 2013). Son but est l'intégration culturelle et sociale des enfants des bidonvilles de Buenos Aires et ça marche. Les cours et répétitions d'orchestre ont déjà sauvé des jeunes de la délinquance, de la violence, de la drogue, les ont réconciliés avec les études et leur ont rendu de la fierté grâce à l'expérience de la réussite individuelle et en groupe...

Répétition de l'orchestre des petits dans la salle polyvalente d'une école primaire

En août dernier, j'ai eu l'occasion de visiter l'un des centres d'enseignement, dans une école située à la limite entre Puerto Madero (le quartier le plus chic de Buenos Aires) et le port de La Boca (une des zones les plus défavorisées). Les cours, toujours collectifs, sont donnés par famille d'instruments dans les petites salles de classe et les répétitions des deux orchestres de cette zone, un orchestre d'enfants du primaire jusqu'à 14 ans et un autre d'adolescents, se tiennent dans le hall de l'école qui accueillent les récréations quand il pleut et les activités sportives (photo ci-dessus). Ces locaux sont les plus confortables de tous ceux à la disposition du programme. Dans les autres, en général, on ne peut rien faire par mauvais temps : il pleut à l'intérieur. Et pourtant les bonnes volontés abondent : les professeurs sont des musiciens du Teatro Colón, de la Orquesta Típica Fernández Fierro, des meilleurs écoles et conservatoires de la région. Des mères de famille sont présentes et aident de leur mieux. Mais tout le reste manque : des locaux adaptés, des moyens de transport efficaces pour conduire les enfants de chez eux au lieu de répétition, de l'argent pour acheter des instruments et les entretenir et même pour fournir une pause-goûter convenable à ces gamins en pleine croissance (et dont vous constatez,en observant leur silhouette, qu'ils souffrent de forts déséquilibres alimentaires).

Après cette première partie de la matinée passée à l'école, avec d'autres visiteuses, étrangères elles aussi et fort engagées dans le soutien à ce projet, Claudio Espector m'a emmenée avec lui au Teatro Avenida, en plein centre-ville, à quelques pas de Avenida de Mayo y 9 de Julio : il devait y assister aux répétitions de La Bohème auxquelles participait le Coro Infantil de Buenos Aires, la partie chant du Proyecto, et donner une interview à Canal 9 pour le journal télévisé auquel il m'a demandé de prêter un bref concours, ce que j'ai fait de bon cœur.
Regarder depuis les fauteuils d'orchestre, dans une belle salle à l'italienne, vide et obscure, ces bouts de chou et ces adolescents sur cette scène, l'une des plus prestigieuses de la capitale, c'était tout à fait réjouissant. Ils s'amusaient mais avec beaucoup de sérieux et une infinie patience, reprenant sans cesse une courte scène, au milieu des artistes lyriques professionnels, le tout sous la direction conjointe du chef d'orchestre, avec ses musiciens dans la fosse, et de la metteur en scène qui allait et venait sur les planches pour placer tout son petit monde, essayant et réessayant différentes formules...

Répétition sur la scène du Teatro Avenida

Ce matin, Página/12 rend compte de la manifestation de rue et publie les déclarations des uns et des autres. Je vous livre ici celles que je juge les plus significatives :

Adriana Weschler, déléguée syndicale et porte-parole des professeurs :
“Lo que tenemos claro es que el gobierno porteño está generando un vaciamiento del programa, porque además la subsecretaria de Equidad Educativa porteña, Soledad Acuña, está clonando el proyecto y realizando algo similar pero no igual, porque no son orquestas de inclusión social”.

Ce qui nous apparaît en toute clarté, c'est que le gouvernement portègne est en train de vider le programme de sa substance parce qu'en plus, la sous-secrétaire portègne à l'Equité Pédagogique, Soledad Acuña, est en train de cloner le projet et de mettre en œuvre quelque chose qui y ressemble tout en étant différent car ces orchestres ne font pas d'intégration sociale.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Claudio Espector :
“El gobierno de Macri nos acusa de hacer política y nosotros le respondemos que sí, hacemos política cultural para que el arte y la música sean un derecho de todos y todas y no un privilegio para pocos”.

Le Gouvernement de Macri nous accuse de faire de la politique et nous, nous lui répondons : Oui, nous faisons de la politique culturelle pour que l'art et la musique soient un droit pour tous et pour toutes et non pas un privilège pour quelques uns.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Difficile de lui donner tort !


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Au séjour culturel que monte actuellement Human Trip et que j'accompagnerai à Buenos Aires du 24 avril au 8 mai 2014, comme guide conférencière, une action solidaire sera associée comme c'est la spécificité de l'agence aixoise Human Trip. Cette action sera orientée vers le Proyecto de las Orquestas Infantiles de Buenos Aires. Il est même prévu que nous passions une matinée avec les enfants et leurs professeurs pour apprendre auprès d'eux comment sortir d'une situation sociale désespérante grâce à la musique partagée et pour que notre présence -des Européens, si vous saviez ce que ça représente de fierté pour ces enfants-là !- les encourager dans cette voie prometteuse. Car malgré toutes ces difficultés, l'orchestre et le chœur sonnent bien ! Le programme de ce voyage sera très bientôt en ligne sur le site Internet de Human Trip, avec toutes les informations commerciales, les tarifs, l'hôtel, les modalités d'inscription ainsi que celles de la participation à cette action solidaire.

Pour en savoir plus :
lire mes articles sur le voyage

Ajout du 25 novembre 2013 :
Ecouter aussi le bobino de soutien dans l'émission Fractura Expuesta, diffusée par la radio de Madres de Plaza de Mayo (La Voz de las Madres)