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jeudi 18 septembre 2025

A l’ex-CCK, 3e édition du Festival de Bandoneón Osvaldo Ruggiero [à l’affiche]


L’association La Fábrica Argentina de Tango, F.A.T, organise à partir de ce soir, 18 septembre 2025, et jusqu’au 27 septembre la troisième édition du Festival de Bandoneón Osvaldo Ruggiero, du nom d’un célèbre premier bandonéon de l’orchestre de Osvaldo Pugliese. Ruggiero était instrumentiste, compositeur et arrangeur. Ses trois fils lui rendent depuis trois ans cet hommage musical de printemps en rassemblant le ban et l’arrière-ban du tango contemporain, classique et underground.

Le concert de ce soir, donné par l’ensemble Violentango, se tiendra dans l’ex-Centro Cultural Kirchner, rebaptisé par un caprice odieux du gouvernement Mileí Palacio Libertad. L’entrée est libre et gratuite et les places peuvent être réservées à concurrence de deux par personne. Violentango, du nom d’un morceau composé par Piazzolla, est un quintette instrumental fondé et dirigé par Adrián Ruggiero.

Le festival se poursuivra dans différents lieux et s’achèvera dans le cadre d’un autre festival, le FACAFF, au Club Atlético Fernández Fierro, dans le quartier de Carlos Gardel et de Pichuco, El Abasto.



La communication de la manifestation est minimaliste mais plusieurs médias s’en font tout de même l’écho. Ce matin, Página/12 a interviewé les frères Ruggiero et Fractura Expuesta a consacré au festival l’un des articles de son site Internet. Fábrica Argentina de Tango dispose d’une chaîne You Tube où, pour le moment, vous pouvez voir et écouter une courte vidéo promotionnelle du festival ainsi que les enregistrements de deux séances de répétition.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mardi 1 juillet 2025

El Tango pide pista de retour à Pista Urbana [à l’affiche]


El Tango pide pista (le tango demande la piste) est un festival alternatif qui se tient tous les ans, depuis dix ans, dans un très sympa et très typique modeste café du quartier de San Telmo, dans la rue Chacabuco, dénommé Pista Urbana. Pista Urbana est une institution sans but lucratif, gérée par une association, et qui s’est donné pour mission d’accueillir tous les musiciens et tout le public, indépendamment de la taille du portefeuille.

Pendant tout le mois de juillet, en plein hiver austral, Pista Urbana proposera trente spectacles différents dans à peu près toutes les disciplines du tango, avec des chanteurs, des compositeurs, des instrumentistes, des danseurs, du cinéma. Le café ouvre sa piste et sa scène à des artistes authentiques qui ont bien souvent beaucoup de mal à se produire, en particulier depuis l’arrivée de Javier Mileí au pouvoir.

L’entrée est libre. La participation aussi et le programme est somptueux, même s’il est très difficile maintenant de rassembler du public en soirée, notamment dans cette petite rue secondaire, qui ne bénéficie pas de l’éclairage public abondant qui existe dans les avenues du voisinage. Sans parler des difficultés pour se garer si vous venez d’un peu loin... Les gens ont peu d’argent à consacrer aux loisirs et ils ont très peur de la violence qui monte très concrètement dans les quartiers même les plus paisibles depuis que le gouvernement a fait le choix de bannir toute politique sociale et de lui préférer la violence institutionnelle et économique. Et en plus, il fait un froid de canard en ce moment sur toute l’Argentine !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, qui donne la parole aux organisateurs du festival
lire l’article de Fractura Expuesta, le média spécialisé dans le tango alternatif, qui détaille le programme jour après jour
visiter le site Internet de Pista Urbana

vendredi 13 septembre 2024

Hommage à Alorsa pour les quinze ans de sa mort [à l’affiche]

"Le tango est de retour", dit le titre du spectacle
en citant celui d'un des textes les plus connus de Alorsa

A La Plata, la ville où il est né, où il vivait et où un infarctus aigu est venu nous le voler par une nuit caniculaire du mois d’août (32° à Luján ce jour-là, à la fin de l’hiver !), demain, samedi 14 septembre 2024, de nombreux artistes se réuniront sur la scène du Planetarium de l’Université Nationale de La Plata (UNLP) pour rendre hommage à leur ami, l’auteur-compositeur interprète Alorsa, décédé en 2009, à l’âge d’à peine 39 ans (il les aurait eus au mois de novembre suivant).

La soirée commencera à 20h.

Parmi les nombreux artistes annoncés : Cucuza, Lucio Arce (qui vint me prendre à Buenos Aires pour me conduire à ses obsèques à La Plata en ce mois d’août qui nous a tous si douloureusement marqués), Facundo Radice, Julieta Cabrera et bien entendu ses musiciens, qui formaient avec lui La Guardia Hereje (1) et qui ne l’ont pas oublié.

Parmi eux, Leo Gianibelli a assuré la promotion de la soirée : il a donné de nombreuses interviews dans lesquelles il dresse un portrait attachant de l’homme et fait une analyse vue de l’intérieur de l’œuvre inachevée qu’Alorsa nous a laissée avec cette mort terriblement précoce.

Alorsa sur scène. Il brandit un horrible nain de jardin
Entendant un jour qu'il y avait en France un mouvement
"pour la libération des nains de jardin", qui volaient ces objets de décor
chez les particuliers, il avait fait une chanson pleine de son humour
si subtil et délicat
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Permettez-moi d’évoquer ici deux souvenirs : avec son accord, j’avais intégré une dizaine de ses textes à ma seconde anthologie bilingue, Le Bicentenaire de l’Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, parue en décembre 2010 comme numéro thématique spécial de la revue Triages (Tarabuste Editions), un volume que l’éditeur avait publié avec l’aide et le soutien du Conseil National du Livre.

Son hymne à Maradonna, que beaucoup de chanteurs de sa génération ont désormais inscrit à leur répertoire, Para verte gambetear (pour pouvoir te voir dribbler), fait, quant à lui, partie de la première, Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, parue en mai 2010 et toujours disponible aux Éditions du Jasmin, que je pourrai donc, non sans émotion, dédicacer dimanche prochain à la Fête de l’Huma, un rendez-vous culturel international qui lui aurait beaucoup plus avec ce public de toutes les couleurs et venu de toute la France. Comme si c’était hier, je me souviens de la découverte de cette chanson en août 2007, au tout début de mon tout premier séjour en Argentine : c’était chez Walter Alegre, le coordinateur de la Ciudad del Tango, au CCC Floreal Gorini, devenu un ami précieux depuis. Pendanr qu’il préparait un modeste et délicieux asado sur son balcon, Walter avait mis en route le magnétoscope pour me faire entendre cette chanson et à peine le morceau était-il terminé que le chanteur lui-même frappait à la porte pour un petit coucou à l’improviste parce qu’il était de passage à Buenos Aires. C’était Alorsa et son inséparable guitare. Il a pris part à ce dîner à la bonne franquette (à la mode argentine), nous avons échangé jusqu’à pas d’heure et je lui ai exposé mon projet de bouquin pour obtenir l’autorisation d’y traduire sa chanson.

Pour les besoins des deux livres, Alorsa et moi avons ensuite beaucoup échangé, par mail interposé (on ne parlait pas encore de Whatsapp), sur les nuances dont je voulais tenir compte dans mes traductions et en 2009, alors que les livres ne sont sortis que l’année suivante, j’ai appris que cela l’avait touché. C’est sa mère, Olga, partie elle aussi beaucoup trop tôt, qui me l’a raconté dans ce salon où elle nous servait le café quelques heures après les obsèques de son fils.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :




(1) La Guardia Hereje : la Garde hérétique. Une allusion à l’histoire du tango où l’on a défini deux époques fondatrices, la Guardia Vieja (la Vieille Garde), où régnaient les musiciens amateurs (avant 1910 approximativement), et la Guardia Nueva (la Nouvelle Garde), où sont apparus les premiers musiciens professionnels, souvent issus de conservatoires et de théâtres européens, lesquels ont donné au tango toute sa complexité orchestrale et harmonique.

lundi 2 mai 2022

Le tango engagé en deuil : Juan Vattuone avait 73 ans [Actu]

 

Juan Vattuone (au centre), au CC Torquato Tasso, à San Telmo, en août 2010
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Triste retour de ce premier vrai week-end printanier : la lecture des journaux m’apprend ce matin la mort de l’auteur-compositeur et interprète Juan Vattuone. Un type d’une chaleur humaine assez rare, un artiste engagé (péroniste à fond les manettes) qui ne déviait pas d’un iota de son combat pour l’authentique culture populaire et contre la néo-colonisation de son pays par l’industrie culturelle états-unienne, un homme que j’ai eu la chance de connaître et pour qui j’avais une profonde affection.



Il y a plusieurs années, sa santé s’était gravement détériorée. Il avait dû être amputé d’une jambe et il était dialysé. C’est la personne qui le soignait au quotidien qui l’a découvert sans vie hier dans la matinée, chez lui, un appartement qui lui avait été aménagé pour tenir compte de son handicap.

A la fin de l’année dernière, il était remonté sur scène, avec courage, en chaise roulante, grâce à l’aide de plusieurs amis musiciens et il avait présenté le nouveau disque qu’il préparait et qu’il n’aura pas vu sortir. A cette occasion, il avait donné une interview à Página/12 qui aimait son sens de la contestation, sa résistance obstinée et ses engagements politiques et idéologiques passionnés.

Né à Palermo, il a grandi dans le quartier plus populaire de Villa Crespo, celui du poète-boxeur découvert par Carlos Gardel, Celedonio Flores, et du pianiste et compositeur militant communiste et coopérateur, Osvaldo Pugliese.
Sa vie n’aura pas été un long fleuve tranquille. Il a connu diverses ruptures amoureuses très douloureuses pour un homme hyper-sensible comme il était. Politiquement et artistiquement, il a beaucoup souffert de la répression pratiquée, en particulier dans le domaine de la culture, par les différentes dictatures militaires que l’Argentine avait subies depuis sa naissance. Il était à fond au côté des Mères de la Place de Mai, l’association présidée par la très contestée et fort peu tolérante Hebe de Bonafini. De leur slogan vindicatif, il avait fait une chanson qui restera, Ni olvido ni perdón (on n’oublie rien, on ne fait grâce à personne). Il n’a jamais roulé sur l’or et pour autant il n’a jamais cherché à améliorer sa situation personnelle en cachetonnant, à l’inverse d’un bon nombre de ses confrères. Ses ennuis de santé ces dernières années et la crise sanitaire depuis 2020 l’avaient plongé dans des difficultés certaines mais, comme il le disait lui-même : « Je suis Juan Vattuone et je n’ai jamais baissé les bras ». Courageux, il l’était. Et combien ! Tout un secteur du tango qu’on appellera ici classique, pour ne pas dire figé dans une tradition muséifiée, lui tournait le dos mais Rubén Juárez, le chanteur de Córdoba, le bandonéoniste et le compositeur, lui-même lancé par Aníbal Troilo, l’avait pris en amitié et il l’avait soutenu en l’invitant dans ses propres tours de chant. Ce qui lui a permis de se faire connaître du public mélomane. Le grand public, quant à lui, ne le connaissait pas.

Et pourtant quel talent ! Une voix rugueuse, des textes forts (1), parfois caustiques, parfois combatifs, parfois tendres, tantôt chantés, tantôt éructés, toujours écrits en 100% lunfardo. Une forte présence en scène. Un talent d’improvisation. Sur scène, il se lançait entre chaque chanson dans de longs monologues, souvent drôles, la plupart du temps caustiques et impertinents. Il s’accompagnait lui-même à la guitare quand il se produisait seul. Dans la vie, c’était un chaleureux compagnon.

Une des pages Spectacles de La Nación
de ce jour
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Ce matin, si j’ai appris la nouvelle en lisant Página/12 comme on peut s’en douter, je n’ai pas été médiocrement surprise de trouver en une des pages culturelles de La Nación une nécrologie qui reprend les éléments biographiques communiquées par ses filles à l’agence Télam.

Si vous n’aviez pas vu Juan Vattuone sur scène, vous pouvez encore le découvrir à travers l’hommage que lui rend l’équipe de Fractura Expuesta, l’émission de radio-télé en ligne du tango nuevo et du tango underground. C’était un ami de la maison !

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :



(1) En 2010, j’avais inclus au dernier moment l’une de ses chansons dans mon anthologie, Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins (Éditions du Jasmin), après notre rencontre à Buenos Aires, grâce à des amis communs.

mardi 26 février 2019

Alejandro Guyot sort Canciones de amor, de locura y de muerte [Disques & Livres]


Le chanteur du groupe 34 Puñaladas, Alejandro Guyot, qui est aussi poète, vient de sortir chez Tinta Roja, la très modeste et très courageuse maison d’édition que dirige Vanina Steiner, un recueil de ses textes de tango, de valse et de milongas, dans une optique très engagée politiquement, comme c’est le cas partout dans le tango nuevo actuellement à Buenos Aires et au-delà. Le volume s'intitule Chansons d'amour, de folie et de mort.

Le livre sort en plein été. L’auteur a néanmoins décroché quelques interviews sur des radios spécialisées et de gauche (comme Fractura Expuesta et 750 AM, du groupe Octubre) et Página/12 (le quotidien du groupe Octubre) vient de lui consacrer un article.

C’est un des brillants poètes du genre de la nouvelle génération. Ce livre rassemble trente ans de création et de travail d’écriture et de composition.

Alexandre Guyot devrait se produire cette année à Strasbourg.

Pour aller plus loin :
écouter l’émission La Casa Invita (c'est la maison qui invite), animée par Gabriel Cocaro sur 750 AM
lire l'entrefilet de Fractura Expuesta sur le recueil.

jeudi 29 novembre 2018

Le G20 passe, le tango reste… à La Boca [à l’affiche]


Le nord de Buenos Aires est tout entier dédié au G20 depuis l’aurore mais le tango reste bien vivant au sud.

Une du supplément culturel aujourd'hui dans Página/12

Ce soir, jeudi 29 novembre 2019, s’ouvre la neuvième édition du Festival de Tango de la República de La Boca avec une première soirée danse au Malevaje Arte Club, Garibaldi 1670.

Cliquez sur l'image pour lire la programmation

Demain et samedi, concerts à gogo, avec des artistes que connaissent désormais bien les lecteurs de Barrio de Tango : le Cuarteto Cedrón, le Quinteto Negro La Boca, le producteur et journaliste Germán Marcos (de Fractura Expuesta), Astillero, Dema ainsi que la Orquesta Típica La Vidú…

Le programme est à suivre sur la page Facebook du festival.
Página/12 publie ce matin une longue interview des artistes femmes qui animent cette édition, en saluant la féminisation progressive et bien réelle du secteur.

Ajout du 30 novembre 2018 :
lire cet article de La Nación. Article inattendu s'il en est dans l'actualité politique du moment et dans les colonnes de ce quotidien.

samedi 31 mars 2018

Ramiro Gallo ce soir à Pista Urbana [à l'affiche]

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Le violoniste et compositeur Ramiro Gallo, qui a reconstitué son quintette, présentera ce soir, samedi 31 mars 2018, à 21h30, un nouveau disque à Pista Urbana, Chacabuco 874, dans le quartier de Monserrat (limite San Telmo).

Ce disque de musique originale s'intitule Lo que muere renace (ce qui meurt renaît), un album de treize pistes, dont douze signée par Ramiro Gallo et une par son père, Enrique Gallo. Il n'est pas fréquent que ce compositeur se lance dans le tango-canción.


Le violoniste jouera avec le pianiste Adrián Enrique, le guitariste Santiago Vera Candioti, le bandonéoniste Federico Santisbeban et le contrebassiste Lautaro Muñoz. La chanteuse Roma Ramírez accompagnera le quintette ce soir.

Pour aller plus loin :
lire l'interview de Ramiro Gallo dans Página/12
écouter l'interview donnée à la fin février à Fractura Expuesta.

vendredi 14 novembre 2014

Les dix ans de Violentango au ND Teatro [à l'affiche]


Le groupe Violentango, fondé par Adrián Ruggiero, bandonéoniste et petit-fils du grand bandonéoniste Osvaldo Ruggiero, premier bandonéon de l'orchestre de Osvaldo Pugliese de sa fondation en 1939 jusqu'à la scission de l'année 1968, fête en ce moment ses dix ans d'existence.

Le groupe a commencé dans le rock avant de virer sa cuti assez rapidement, comme tant et tant de jeunes musiciens, bercés par le rock des années 70 et 80, et qui sont retournés à leur source nationale au fur et à mesure que l'installation de la démocratie permettait aux Argentins de reprendre pied dans leur propre identité culturelle.

Ce soir, ils seront au ND Teatro, Paraguay 918, à 21h, avec une opération 2 places pour le prix d'1, à demander au guichet au moment de l'achat de l'entrée.

Cet anniversaire leur vaut une interview sur Página/12 et sur Fractura Expuesta, la radio tango de La Voz de las Madres.

Pour en savoir plus :
connectez-vous à sa page Facebook

jeudi 13 novembre 2014

Le Festival de Tango de La Boca bat son plein [à l'affiche]


Au printemps, revient pour la cinquième année consécutive le Festival de Tango de la République de La Boca. Le coup d'envoi a été donné hier et la manifestation se poursuit jusqu'à dimanche. Il englobe la Noche de los Museos.

Comme de nombreux petits festivals autogérés de quartier, il y en aura pour tous les goûts et toutes les disciplines du tango sont représentées : musique, bal, cours...

Participent différents artistes dont vous reconnaissez les noms sur l'affiche : les chanteuses Lucrecia Merico et Patricia Malanca, les groupes La Vidú, Marcapiel et Quinteto Negro La Boca.

On rendra hommage à Nelly Omar, avec des artistes comme Lulú ou Marisa Vázquez...

Une manifestation pleine d'authenticité dans un quartier qui mérite d'être mis en valeur bien mieux que ne l'a fait en août le festival officiel organisé par la Ville (et qui avait même stigmatisé l'insécurité régnant dans plusieurs rues, le tout dit par les pouvoirs publics en charge d'assurer la sécurité sur la voie publique !)

Pour en savoir plus :
connectez-vous à la page Facebook du Festival.
On peut aussi écouter les 10 minutes d'interview que Fractura Expuesta a consacrées récemment au sujet (Fractura Expuesta est la radio tanguera de La Voz de las Madres).

samedi 15 mars 2014

Cinquième Festival Indépendant de Tango ce soir [à l'affiche]


Ce soir, samedi 15 mars 2014, s'ouvre le Festival de Tango Indépendant (FTI) pour la cinquième année consécutive. Quelle belle réussite pour cette manifestation qui s'étend chaque année un peu plus dans le pays, non seulement à Buenos Aires mais dans les Provinces.

Beaucoup d'acteurs de la nouvelle vague du tango, des formations comme La Vidú, La Siniestra, Violentango, Quinteto Negro La Boca et cette année, les organisateurs, Fractura Expuesta et la Unión de Orquestas Típicas, appuient Claudio Espector et ont invité des orchestres d'enfants du programme d'enseignement musical que Claudio a fondé et dont il vient d'être écarté à la fin du mois de décembre. En effet, malgré une décision de justice en référé, et comme d'habitude, le gouvernement portègne refuse d'obtempérer et de réintégrer le musicien à son poste, comme la justice en a disposé (voir mes articles sur Claudio Espector en cliquant sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus).

Au programme du festival, comme tous les ans, milongas populaires en plein air, concerts, tables-rondes, cours de danse, à Buenos Aires et à La Plata (prov. de Buenos Aires), à Rosario (prov. de Santa Fe), à Paraná (prov. de Entre-Ríos), à Córdoba et à Mendoza, ainsi qu'en dehors des frontières, à Montevideo et à Valparaíso.

Le FIT est une initiative de la movida tanguera auto-gérée qui s'est constituée pour compenser le peu d'intérêt que la politique culturelle de Mauricio Macri accordait au tango populaire, qui tourne le dos à l'exploitation touristique du genre ou qui accepte de mettre en valeur ce qu'il a de qualité dans des modalités qui ne permettent pas beaucoup aux Portègnes du commun d'en bénéficier (un festival dans un coin peu accessible de la ville, avec une distribution des entrées aux heures de bureau, donc pendant que les locaux bossent et à des horaires peu compatibles avec les exigences de la vie professionnelle, le tout en plein hiver, donc en pleine année).

Pour en savoir plus :
connectez-vous à la page Facebook du Festival
visitez le site Internet de Fractura Expuesta (où vous pouvez télécharger le programme en pdf)
lisez l'article de Página/12 sur la manifestation
lisez l'article de Tinta Roja, la revue animée par la même équipe que l'émission Fractura Expuesta.


Sur l'affaire de Claudio Espector, vous pouvez vous reporter à deux articles de Página/12, du 13 mars et du 19 février, qui retracent les dernières péripéties de l'impossibilité pour lui de reprendre son poste, malgré une décision de justice en sa faveur prise le 15 février.

dimanche 29 décembre 2013

La révocation de Claudio Espector continue à faire des vagues [Actu]

Sur les réseaux sociaux comme dans la presse de gauche, l'éviction inattendue de Claudio Espector, fondateur et coordinateur général du Programa de Orquestas Infantiles, continue à faire du bruit.

Claudio Espector chez lui (photo Ezequiel Torres, pour Veintitrés)

Le jour de Noël, Claudio Espector a été interviewé sur les ondes de Fractura Expuesta, l'émission sur le tango et la culture populaire, dont je vous parlais souvent il y a quelques années (je dois avouer que le temps me manque parfois pour le faire avec la même régularité maintenant). Une interview d'une dizaine de minutes, avec quelques problèmes de communication au départ. Claudio Espector y déclare qu'il se maintient à la tête du programme et qu'avec le soutien des syndicats, il se prépare à attaquer en justice la décision du Gouvernement portègne, qui ne lui a toujours pas été formellement notifiée.

Tels que je les ai vus en août dernier, il est probable que le soutien de tous les enseignants lui est acquis et qu'aucun d'entre eux ne veut avoir affaire au clarinettiste de troisième zone que la secrétaire adjointe à l'équité musicale a nommé à sa place. La résistance peut donc durer longtemps, pour autant que la mobilisation des parents se maintiennent elle aussi.

Dans cet entretien, Claudio Espector expose les contradictions des explications que le Gouvernement portègne donne à l'arrêt du budget alimentaire du Programa. L'exécutif dit vouloir obliger les parents d'élèves à prendre en charge la nourriture des enfants (1) mais d'un autre côté, rappelle Claudio, dans le peu d'habitations que la Ville a fait construire dans ces quartiers populaires, les architectes ont omis d'intégrer une cuisine et pour ce qui est des meubles, ils n'ont même pas pensé qu'une famille avait besoin de chaises et d'une table.
On se croirait revenu en France au temps de l'épopée minière lorsqu'un patronat arrogant et méprisant justifiait l'absence de salle de bain dans les corons : "une baignoire, pensez-donc, ils y mettraient le charbon !". (2)

Cette interview décapante, vous pouvez l'écouter en ligne et même la télécharger gratuitement en cliquant sur le lien.

Deux jours plus tard, le 27 décembre, le magazine hebdomadaire Veintitres a consacré au musicien et enseignant un article élogieux. Le journaliste remarque que Claudio Espector a échappé au système des dépouilles qui existe en Argentine comme aux Etats-Unis et qui veut que chaque nouvel exécutif, au moment où il prend ses fonctions, renouvelle l'ensemble du personnel dépendant d'une nomination gouvernementale. Il rappelle le parcours de Claudio et la façon dont a surgi l'idée du Programme : lorsque le gouvernement de la ville, sous l'impulsion de Fernando de la Rúa (pourtant de sinistre mémoire), avait créé, sur le modèle français, des Zones d'Action Prioritaire, dans le but de combattre l'absentéisme scolaire et le fort taux de redoublement des enfants issus des populations les plus fragiles. C'est dans ce cadre que Claudio proposa de créer dans ces écoles des ZAP des orchestres pour redonner aux enfants le goût d'apprendre et des savoir-être socialisants, comme le fait de s'écouter mutuellement, de se respecter, de travailler en équipe. Il a fondé le premier orchestre dans le quartier de Villa Lugano, un quartier du sud-ouest de la capitale argentine. "[A Villa Lugano], aller à l'école avec un violoncelle, une flûte ou un violon, ça faisait son effet", raconte Claudio Espector, dans cet article interview que vous pouvez lire en cliquant sur ce lien.

“Me quieren hacer creer que me convierten en maestro de los maestros pero claramente me corren, eufemísticamente y mintiendo. Más allá de lo personal, es una decisión política. No les parece bien que visualicemos las carencias que existen. No acuerdan con que vayamos a los barrios y no le pongamos límites a la educación de los pibes, pensamos que los chicos pueden hacer todo. Ellos le ponen techo al desarrollo de los pibes. Cuando viajaron a Berlín les dijeron: ‘Esto es un privilegio para ustedes’, a lo cual una de las chicas de la orquesta les contestó: ‘Esto no es un privilegio, esto es un derecho’. Para el Pro, en un barrio pobre la educación tiene que ser pobre. Nosotros creemos que tiene que ser la mejor”.
Claudio Espector, dans Veintitres

Ils veulent me faire croire qu'ils me reclassent comme formateur de formateurs (3) mais il est bien clair qu'ils me foutent à la porte avec des euphémismes et des mensonges. Au-delà de l'aspect personnel, c'est une décision politique. Ils n'aiment pas que nous ayons identifié les éléments qui font défaut (4). Ils ne sont pas d'accord qu'on aillent dans les quartiers et qu'on ne mette pas de limite à l'éducation des gamins, que nous pensions que les mêmes peuvent tout faire. Eux ils mettent un plafond au développement des gamins. Quand ils sont allés à Berlin, ils leur ont dit : C'est un privilège pour vous. Ce à quoi une des gamines de l'orchestre leur a répondu : Ce n'est pas un privilège, c'est un droit (5). Pour le PRO (6), dans un quartier pauvre, l'éducation doit être pauvre. Nous, nous croyons qu'elle doit être la meilleure.
(Traduction Denise Anne Clavilier)


Pour en obtenir une traduction complète, utilisez le service Reverso, dont vous trouverez le lien dans la rubrique Cambalache en bas de la Colonne de droite de ce blog.


(1) En Argentine, l'école publique et obligatoire jusqu'à 12 ans prend en charge gratuitement les repas des enfants qui ne peuvent pas rentrer déjeuner à la maison, tout au long de l'année scolaire (et même parfois pendant les vacances). Ce service de cantine est suffisamment stigmatisant pour qu'aucun parent de la classe moyenne ne songe à essayer d'en profiter (et en plus, comme les moyens sont maigres, ce n'est vraiment pas fameux). Il s'agit de garantir que, dans la République argentine, tous les enfants bénéficient de bonnes conditions pour étudier même si leurs parents sont trop pauvres pour les nourrir convenablement. La politique de Mauricio Macri tend à tout individualiser, à dévitaliser la solidarité effective et il cherche donc à criminaliser la pauvreté et en particulier le fait que les parents n'assurent pas eux-mêmes un régime alimentaire équilibré à leur enfants, par manque de moyens matériels et de connaissance diététique. Lui et ses ministres insinuent ainsi que les pauvres vivraient en assistés aux crochets de la collectivité (c'est-à-dire de la classe moyenne où se recrute le gros de l'électorat macriste). Il prétend donc qu'il faut les obliger à s'occuper de leur progéniture. Voir à ce propos la letra de tango de Raimudo Rosales, Mañana Clara, que j'ai traduite dans Deux cents ans après, Tarabuste Editions, janvier 2011, sur la vie d'une cuisinière de cantine scolaire qui tous les matins fait la polenta pour les estomacs des écoliers qui arrivent à l'école à jeûn.
(2) N'oublions pas qu'à la même époque, dans nos pays, il existait aussi un patronat social, qu'on a plus tard taxé de paternaliste, que sa conscience obligeait à créer dans ses cités ouvrières une école (avant que l'instruction soit obligatoire), un dispensaire, une pouponnière dont l'accès était de droit pour leurs salariés et leurs familles. Une tendance patronale qui  n'a jamais existé significativement en Argentine.
(3) La secrétaire adjointe à l'équité musicale Soledad Acuña, en le recevant le 20 décembre, a proposé à Claudio Espector un poste d'enseignant pour former des professeurs de musique.
(4) Claudio fait ici référence aux  nombreux chapitres du budget de fonctionnement qui ne sont pas pourvus par le Gouvernement portègne : achat et entretien des instruments, matériels auxiliaires tels que sièges et pupitres, partitions et goûter des enfants.
(5) Qu'une gamine voie si clair dans leur jeu, ça n'a pas dû leur plaire, en effet. Et pourtant, la petite avait raison. Dans son interview, Claudio souligne que lorsque les enfant ont reçu des reconnaissances internationales après certains concerts, il n'y a jamais eu un seul représentant du Gouvernement portègne pour les féliciter ni par écrit ni par la moindre visite.
(6) Parti politique de Mauricio Macri, qui forme la majorité relative à la Legislatura de Buenos Aires et auquel tout le gouvernement municipal appartient, directement ou par alliance stratégique.

vendredi 4 octobre 2013

Manifestation de soutien au Proyecto de Orquestas Infantiles – Article n° 3300 [Actu]

Répétition de La Bohème, avec le Coro Infantil de Buenos Aires (31 août 2013)

Hier, devant le palais du Gouvernement portègne, à l'appel du syndicat UTE, une manifestation s'est rassemblée pour soutenir une nouvelle fois, publiquement, le Proyecto de Orquestas Infantiles de Buenos Aires, mis en péril par les sévères coupes budgétaires qui touchent tout le secteur non marchand de la capitale argentine : la santé, la culture et l'enseignement. Deux vedettes de la chanson ont apporté leur appui, le rockeur León Gieco et le folkloriste Peteco Carabajal, pour remettre une pétition qui a recueilli 35 000 signatures.


Le Proyecto de Orquestas Infantiles est un grand programme d'enseignement collectif de la musique, monté il y a des années par le Maestro Claudio Espector, dont j'ai déjà eu l'occasion de vous parler, notamment lors de sa nomitation comme Personalidad Destacada de la Cultura (voir mon article de juin 2013). Son but est l'intégration culturelle et sociale des enfants des bidonvilles de Buenos Aires et ça marche. Les cours et répétitions d'orchestre ont déjà sauvé des jeunes de la délinquance, de la violence, de la drogue, les ont réconciliés avec les études et leur ont rendu de la fierté grâce à l'expérience de la réussite individuelle et en groupe...

Répétition de l'orchestre des petits dans la salle polyvalente d'une école primaire

En août dernier, j'ai eu l'occasion de visiter l'un des centres d'enseignement, dans une école située à la limite entre Puerto Madero (le quartier le plus chic de Buenos Aires) et le port de La Boca (une des zones les plus défavorisées). Les cours, toujours collectifs, sont donnés par famille d'instruments dans les petites salles de classe et les répétitions des deux orchestres de cette zone, un orchestre d'enfants du primaire jusqu'à 14 ans et un autre d'adolescents, se tiennent dans le hall de l'école qui accueillent les récréations quand il pleut et les activités sportives (photo ci-dessus). Ces locaux sont les plus confortables de tous ceux à la disposition du programme. Dans les autres, en général, on ne peut rien faire par mauvais temps : il pleut à l'intérieur. Et pourtant les bonnes volontés abondent : les professeurs sont des musiciens du Teatro Colón, de la Orquesta Típica Fernández Fierro, des meilleurs écoles et conservatoires de la région. Des mères de famille sont présentes et aident de leur mieux. Mais tout le reste manque : des locaux adaptés, des moyens de transport efficaces pour conduire les enfants de chez eux au lieu de répétition, de l'argent pour acheter des instruments et les entretenir et même pour fournir une pause-goûter convenable à ces gamins en pleine croissance (et dont vous constatez,en observant leur silhouette, qu'ils souffrent de forts déséquilibres alimentaires).

Après cette première partie de la matinée passée à l'école, avec d'autres visiteuses, étrangères elles aussi et fort engagées dans le soutien à ce projet, Claudio Espector m'a emmenée avec lui au Teatro Avenida, en plein centre-ville, à quelques pas de Avenida de Mayo y 9 de Julio : il devait y assister aux répétitions de La Bohème auxquelles participait le Coro Infantil de Buenos Aires, la partie chant du Proyecto, et donner une interview à Canal 9 pour le journal télévisé auquel il m'a demandé de prêter un bref concours, ce que j'ai fait de bon cœur.
Regarder depuis les fauteuils d'orchestre, dans une belle salle à l'italienne, vide et obscure, ces bouts de chou et ces adolescents sur cette scène, l'une des plus prestigieuses de la capitale, c'était tout à fait réjouissant. Ils s'amusaient mais avec beaucoup de sérieux et une infinie patience, reprenant sans cesse une courte scène, au milieu des artistes lyriques professionnels, le tout sous la direction conjointe du chef d'orchestre, avec ses musiciens dans la fosse, et de la metteur en scène qui allait et venait sur les planches pour placer tout son petit monde, essayant et réessayant différentes formules...

Répétition sur la scène du Teatro Avenida

Ce matin, Página/12 rend compte de la manifestation de rue et publie les déclarations des uns et des autres. Je vous livre ici celles que je juge les plus significatives :

Adriana Weschler, déléguée syndicale et porte-parole des professeurs :
“Lo que tenemos claro es que el gobierno porteño está generando un vaciamiento del programa, porque además la subsecretaria de Equidad Educativa porteña, Soledad Acuña, está clonando el proyecto y realizando algo similar pero no igual, porque no son orquestas de inclusión social”.

Ce qui nous apparaît en toute clarté, c'est que le gouvernement portègne est en train de vider le programme de sa substance parce qu'en plus, la sous-secrétaire portègne à l'Equité Pédagogique, Soledad Acuña, est en train de cloner le projet et de mettre en œuvre quelque chose qui y ressemble tout en étant différent car ces orchestres ne font pas d'intégration sociale.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Claudio Espector :
“El gobierno de Macri nos acusa de hacer política y nosotros le respondemos que sí, hacemos política cultural para que el arte y la música sean un derecho de todos y todas y no un privilegio para pocos”.

Le Gouvernement de Macri nous accuse de faire de la politique et nous, nous lui répondons : Oui, nous faisons de la politique culturelle pour que l'art et la musique soient un droit pour tous et pour toutes et non pas un privilège pour quelques uns.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Difficile de lui donner tort !


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Au séjour culturel que monte actuellement Human Trip et que j'accompagnerai à Buenos Aires du 24 avril au 8 mai 2014, comme guide conférencière, une action solidaire sera associée comme c'est la spécificité de l'agence aixoise Human Trip. Cette action sera orientée vers le Proyecto de las Orquestas Infantiles de Buenos Aires. Il est même prévu que nous passions une matinée avec les enfants et leurs professeurs pour apprendre auprès d'eux comment sortir d'une situation sociale désespérante grâce à la musique partagée et pour que notre présence -des Européens, si vous saviez ce que ça représente de fierté pour ces enfants-là !- les encourager dans cette voie prometteuse. Car malgré toutes ces difficultés, l'orchestre et le chœur sonnent bien ! Le programme de ce voyage sera très bientôt en ligne sur le site Internet de Human Trip, avec toutes les informations commerciales, les tarifs, l'hôtel, les modalités d'inscription ainsi que celles de la participation à cette action solidaire.

Pour en savoir plus :
lire mes articles sur le voyage

Ajout du 25 novembre 2013 :
Ecouter aussi le bobino de soutien dans l'émission Fractura Expuesta, diffusée par la radio de Madres de Plaza de Mayo (La Voz de las Madres)

samedi 9 mars 2013

Le Festival de Tango Independiente a les honneurs de Página/12 [à l'affiche]



Ce matin, Página/12 consacrait la une de ses pages culturelles au Festival de Tango Independiente (FTI dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search) qui commence ce soir avec une grande milonga à Boedo (Buenos Aires) et deux concerts à Rosario (Province de Santa Fe).

Andrés Valenzuela interviewe pour l'occasion trois des initiateurs de cette manifestation qui grandit et s'implante chaque année dans plus de villes au niveau fédéral (le terme est employé dans l'article de Página/12 en lieu et place d'habituel adjectif nacional et ce n'est pas un hasard : sous le concept de federal se cache le grand courant populaire qui s'est opposé pendant tout le XIXe siècle au courant unitaire où la classe des possédants portègnes était majoritaire et tentait avec succès de capter le pouvoir au détriment des autres catégories de la population. Or cette initiative vient d'un collectif d'artistes, d'intellectuels et d'acteurs culturels qui agit dans l'auto-gestion par opposition revendiquée à la politique menée par l'ultra-libéral et affairiste Mauricio Macri à Buenos Aires).

Les trois interviewés sont Ildefonso Pereyra, animateur de centre culturel et de la Unión de Orquestas Típicas, co-organisatrice du Festival, Germán Marcos, l'un des producteurs de l'émission Fractura Expuesta, co-organisatrice du Festival, diffusée sur la radio des Madres de Plaza de Mayo (La Voz de las Madres) et Pablo Bernaba, le leader du Quinteto Negro La Boca, une formation de tango underground qui s'est implantée dans le quartier La Boca, siège historique de l'anarchisme portègne et de tous les mouvements ouvriers pendant la Grande Immigration des années 1880-1930.

Et l'article commence par une citation directe de Germán Marcos qui attaque bille en tête : "Hay un tema propio de esta edición que es el vínculo con espacios sociales como el Borda o las fábricas recuperadas". "Le thème particulier de cette édition, c'est le lien avec des espaces sociaux comme le Borda (1) ou les manufactures récupérées" [par les ouvriers licenciés par les patrons voyous] (Traduction Denise Anne Clavilier)

L'interview présente l'avantage de livrer l'analyse de ces trois hommes très engagés dans la movida tanguera actuelle sur les évolutions du public, qui retrouve progressivement le chemin de la création musicale, y compris dans le monde de la milonga, celui qui est réputé comme le plus conservateur, notamment à cause de bon nombre de danseurs étrangers qui font certes vivre les lieux de danse du centre-ville avec leurs devises mais n'ont qu'une mince culture musicale en matière de tango et attendent, surtout à Buenos Aires, de danser encore et toujours sur les mêmes morceaux et les mêmes arrangements qu'ils connaissent grâce aux enregistrements des années 1940, les éternels D'Arienzo, Canaro, Pugliese, Troilo et Di Sarli...

A lire d'urgence en s'aidant du traducteur en ligne Reverso (rubrique Cambalache en bas de la Colonne de droite) puisque je n'ai guère le temps ce soir (et si vous saviez comme je le regrette !) de vous traduire des passages entiers comme je le fais d'ordinaire....

Pour aller plus loin :
Connectez-vous au site Internet Fractura Expuesta (ah oui, bien sûr, ça cause en espagnol !)
Connectez-vous au site Internet de l'UOT qui présente tout le programme de la manifestation dans toutes les villes qui s'y associent.



(1) Hôpital psychiatrique Borda, dans le quartier de Barracas. Une partie de son domaine est menacé par un vaste projet urbanistique et immobilier, sans nul doute très juteux, de Mauricio Macri (voir mon article du 8 septembre 2011), récemment mis en échec par la justice portègne (voir mon article du 29 octobre 2012). Cet hôpital dispose d'un important programme d'art-thérapie et joue un rôle capital pour les populations déshéritées de la région, tout en étant particulièrement mal traité par le Gouvernement portègne qui, depuis plusieurs années, ne lui donne même plus les moyens de chauffer ses locaux en hiver. Vous pouvez suivre cette affaire en choisissant les articles étiquetés Barracas.