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mercredi 21 décembre 2022

La folie, toute la folie, rien que la folie ! [Actu]

Le grand échangeur de l'autoroute du 25 de Mayo
qui permet l'entrée dans Buenos Aires et débouche dans Avenida 9 de Julio
La ville est vue du sud au nord
Au premier plan, les flèches de Notre-Dame de Nueva Pompeya
Photo agence Chine Nouvelle
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Selon les observateurs, plus de 4 millions de personnes se sont agglutinées tout au long du parcours qui devaient mener les champions du monde de football du domaine fédéral jusqu’au centre de Buenos Aires, au pied de l’Obélisque, où ils n’ont pas pu arriver.

Le dessin de Miguel Rep hier dans Página/12
"Adieu VAR.
Adieu pronostics.
Gueule de bois générale !"
Traduction © Denise Anne Clavilier
C'était donc prophétique.
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L’autoroute conduisant à la capitale argentine était entièrement occupé par des supporters à pied et passablement excités.

"Rendez au peuple ce qui est au peuple", dit le gros titre
de cette une qui reste la moins spectaculaire de la matinée
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L’itinéraire a été jalonné d’incidents, certains très graves comme celui de cet homme tombé d’un des ponts qui traversent l’autoroute alors que le bus passait en-dessous.

"Une réception historique", dit le gros titre
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Le bilan des dégâts matériels, surtout à proximité de l’Obélisque, est considérable : le monument lui-même a été tagué, les panneaux solaires installés par la Ville sur les toits des abris bus ont été cassés par les fans montés dessus pour mieux voir les champions… Quant aux papiers gras jonchant le sol, il est impossible d’en évaluer le nombre. A la fin de la journée, il y a eu des affrontements entre des supporters et les forces de l’ordre.

Aucun besoin de traduire !
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Le chaos était tel dans l’après-midi qu’il a fallu exfiltrer les joueurs par les airs. Ils ont terminé la fête dans des hélicoptères.

Quant au fair-play, il n’était pas à la fête : l’équipe de France a fait les frais des sarcasmes et des injures racistes d’une foule de supporters argentins, sans parler des joueurs qui se sont parfois laissé aller à des gestes qui manquaient pour le moins d’élégance. C’était d’autant plus étrange que le gardien de but argentin avait fait preuve de tact dans les minutes qui ont suivi la fin du match.

La Nación a fait ce matin une pré-une
pour exploiter pleinement cette photo incroyable
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Quant à l’aspect institutionnel, la presse, majoritairement de droite, donne raison aux footballeurs d’avoir snobé le salut des autorités représentant les pouvoirs publics de la République. Quelle conception immature de la démocratie! Incapables de distinguer entre la personne physique et l’institution constitutionnelle et pourtant tous ces joueurs travaillent dans des clubs dans des pays démocratiques, la majeure partie d’entre eux en Europe.

Une du quotidien sportif Olé
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Ce matin, la presse ne savait plus où donner du verbe et de la photo.

Une de l'hebdomadaire people ultra-mondain Hola Argentina
du groupe La Nación (édition de ce matin)
On y voit la compagne de Messi portant la coupe
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12
lire l’article de La Prensa sur la fête elle-même
lire l’article de La Prensa sur les dégâts dans Buenos Aires
lire l’article principal de Clarín
lire l’article principal de La Nación
lire l’article de La Nación sur les dégâts matériels en ville
lire l’article principal de Olé, le quotidien sportif du groupe Clarín

Ajout du 22 décembre 2022 :
Le président Alberto Fernández est sorti de son silence pour rappeler le caractère non-partisan d’une réception officielle des champions du monde au palais présidentiel. Il fallait le dire mais, au regard des tensions politiques qui écartèlent l’Argentine et de l’esprit partisan dont font preuve beaucoup d’acteurs du football en Argentine comme partout ailleurs dans le monde, je doute fort qu’il ait été entendu.

Pour aller plus loin :
lire l’article (qui arrondit les angles) de Página/12
lire l’article de Clarín (au ton nettement plus caustique)

mercredi 19 octobre 2011

Quand Pompeya no olvida donne son nom à une place de Buenos Aires [Actu]

Pompeya no olvida (Pompeya n'oublie pas) est un tango composé par Javier González et écrit par Alejandro Szwarcman, que Javier a créé avec sa femme, la chanteuse Patricia Barone, en 1998. Le morceau figure sur l'album dont il a fourni le titre.

Ce tango parle des disparus de la Dictature de 1976-1983 et surtout du phénomène des bébés volés à leurs parents et recherchés par l'association des droits de l'homme Abuelas de Plaza de Mayo.

Tous les 24 mars, date anniversaire du coup d'Etat de Videla où l'on célèbre désormais la Mémoire, la Vérité et la Justice dans toute l'Argentine, ce tango accompagne le défilé du quartier de Pompeya, un quartier du sud de Buenos Aires, celui que le poète Homero Manzi a changé dans Barrio de Tango, Sur, Manoblanca ou Mi taza de café (1), pour réclamer la mise en jugement et la condamnation de ceux qui se sont rendus coupables du sort des victimes des habitants du quartier.

Il y a quelques temps, la Legislatura Porteña a décidé de donner à l'une des places du quartier le nom de ce tango et la plaque a été posée officiellement samedi dernier, le 15 octobre 2011, au croisement entre Avenida Amancio Alcorta et la rue Romero y Ochoa, avec un concert de Javiez González et Patricia Barone qui ont interprété une nouvelle fois cette oeuvre, qui est la plus célèbre du duo que forment ce compositeur et ce poète.

Pompeya no olvida fait partie des tangos que j'ai présentés et traduits dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, une anthologie de 106 textes de 10 auteurs qui ont marqué les 50 dernières années, que j'ai fait paraître en janvier 2011 chez Tarabuste Editions, dans la revue Triages dont elle forme le numéro spécial 2010.

(1) Barrio de Tango, Sur et Mi taza de café font partie de ma première anthologie, Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, publié aux Editions du Jasmin, en mai 2010.

lundi 18 octobre 2010

Clarín se penche sur la Esquina Centenera y Tabaré [Troesma]

La esquina Centenera y Tabaré (pour le mot esquina, voir Trousse lexicale dans la partie médiane de la Colonne de droite) est un carrefour du quartier de Nueva Pompeya. C’est le poète Homero Manzi qui l’a rendu célèbre en la citant précisément dans un tango intitulé Manoblanca, et qui reproduit le discours qu’un cuarteador (ce qu'on pourrait traduire par désembourbeur) tient à une paire de chevaux de trait, Manoblanca et Porteñito : une scène de désembourbement d’une carriole vue mille fois dans les chemins de terre de ce coin, après la pluie (et Dieu s’il peut pleuvoir à Buenos Aires, du début du printemps jusqu’à la fin de l’automne), un croquis comme pris sur le vif de la vie quotidienne dans ce sud de la ville de Buenos Aires, en fait un souvenir raconté à 20 ans d’écart, alors même que ces scènes se faisaient de plus en plus rares à Nueva Pompeya avec les progrès techniques de l’urbanisation (dallage des trottoirs, asphaltage des chaussées, travaux hydrauliques de drainage…).

Dans Manoblanca, le cuarteador a rendez-vous avec sa bonne amie dans cette esquina ce soir-là et il presse les chevaux pour ne pas arriver en retard.

La esquina Centenera y Tabaré est aussi un coin de la ville que décrivent d’autres tangos du même Homero Manzi, Barrio de Tango, Sur, Mi taza de café (1), et qu’un autre poète, Cátulo Castillo, lui aussi pensionnaire à la même époque que Manzi dans le même collège Luppi, établi à cette adresse, fait revivre dans d’autres tangos, comme Tinta Roja (Encre rouge), sous des formes littéraires qui semblent parfois mystérieuses et difficiles à comprendre mais qui cessent de l’être dès qu’on peut se figurer ce quartier et ce qu’il fut pour les deux jeunes garçons de leurs 12 à leurs 17 ans.

Si uno quiere encontrar datos para adentrarse en la vida cotidiana de la ciudad y su gente, la poesía del tango siempre es referencia ineludible. Y vale tanto para antes como para ahora. Por eso, si se trata de conocer cómo era el barrio de Nueva Pompeya y qué se mantiene aún en esa zona del sur porteño, hay que recurrir a la obra de Homero Manzi, un santiagueño nacido en Añatuya pero que supo reflejar y querer a Buenos Aires como pocos.
Eduardo Parise, Clarín, 18 octobre 2010

Si on veut trouver des faits pour pénétrer la vie quotidienne de la vie et de ses habitants, la poésie du tango est toujours une référence incontournable. Et elle est valable pour hier autant que pour aujourd’hui. Ainsi donc, s’il s’agit de savoir comment était le quartier de Nueva Pompeya et ce qu’il en reste encore dans cette zone du sud portègne, il faut recourir à l’œuvre de Homero Manzi, un homme né dans la province de Santiago del Estero, à Añatuya, mais qui sut refléter et aimer Buenos Aires comme peu de poètes.
(Traduction Denise Anne Clavilier) (2)

Le reste de l’article de Clarín raconte l’histoire de la relation entre Manzi adolescent et ce quartier, dans des termes, une langue et sous une forme tous différents de ce que j’ai moi-même tâché de faire en français à la page 240 de mon bouquin mais pour un contenu très similaire, pour ne pas dire identique.

Alors si ça vous dit d’aller lire ça dans le texte, avec la saveur d’origine, n’hésitez pas à vous connecter à cette page de Clarín dans l’édition digitale d’aujourd’hui, 18 octobre 2010.

(1) Ces trois tangos figurent dans le corpus traduit dans mon livre, Barrio de Tango, paru en mai 2010 aux Editions du Jasmin. Ils se trouvent respectivement aux pages 48, 234 et 99. Je n'ai pas intégré Manoblanca... On ne peut pas tout intégrer dans un seul volume qui soit à peu près commode à consulter et à lire, y compris hors de chez soi.
(2) J’ai rarement trouvé dans les colonnes d’un quotidien argentin une aussi sûre formule de la constatation quasi ethnographique qui me poussa moi-même à écrire cette anthologie hors norme dont la structure originale fut si difficile à imposer à une maison d’édition (ou plus exactement qui rendit si difficile la rencontre avec une maison d’édition qui veuille bien l’accepter et la respecter comme telle).

dimanche 1 novembre 2009

Barrio de Tango à Nueva Pompeya [Troesmas]

Comme vous le savez, Barrio de Tango, avant d'être le blog que vous lisez, est un tango et un tango des plus classiques, dont les paroles sont dues à Homero Manzi (1er novembre 1907 - 3 mai 1951) et à Aníbal Troilo (11 juillet 1914 - 18 mai 1975). Ce qui fait en quelque sorte de Homero Manzi et Aníbal Troilo les deux saints patrons de ce site.
Et aujourd'hui, c'est tout à la fois la Toussaint et l'anniversaire de naissance de Homero Manzi. Il aurait cette année 102 ans.

Mural peint sur un mur de la rue Tabaré

Esquina Barco Centenera y Tabaré, qui est le lieu par excellence de Barrio de Tango et de beaucoup d'autres letras de Manzi, en particulier Manoblanca mais aussi Sur, dans le cadre d'un grand hommage au poète sur les murs de ce carrefour, où l'on peut encore voir le paredón que sa poésie a rendu immortel (paredón y después, célèbre vers de Sur), on a peint ce mural qui reprend un texte du poète. Je vous le traduis ici (sans le transcrire, le mural se lit très bien, il vous suffit de cliquer sur la photo pour l'agrandir).

Les thèmes de mes chansons sont toujours des souvenirs personnelles. Depuis l'âge de 13 ans jusqu'à celui de 18, j'ai été interne au Colegio Luppi, situé au coeur de Nueva Pompeya, à la croisée de Centenera et Esquiu (1) [...] Ce paysage [...] avait sa poésie. Sans doute, à l'époque, ne l'ai-je pas comprise [...] Mais aujourd'hui lorsque je rappelle ce souvenir, je peux reconstruire, émotionnellement, ce vieux quartier qui s'endormait à côté du remblai (2) pour le raconter avec la voix du tango. [...]
Au Colegio Luppi, cloué au milieu des rigoles (3) et entouré de crapeaux, et aux camarades que je n'ai plus revus, à la rue Esquiu, à l'avenue Centenera, aux gens qui habitent ses petites maisons, au remblai qui retenait les inondations, au train qui sifflait avec mélancolie, je dédie ce souvenir... Barrio de Tango.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

(1) le croisement entre l'avenue Centenera et la petite rue Esquiu, qui part en biais, se trouve à l'autre extrémité du paredón, 100 mètres plus loin que la rue Tabaré.
(2) El terraplén est la digue qui avait été construite pour protéger cette zone des crues du Riachuelo, qui coule un peu plus au sud dans un lit qui connait des variations. Au-dessus du terraplén, on avait construit une ligne de chemin de fer pour le transport des marchandises depuis la gare de fret du quartier de Liniers. Cette ligne a été déplacée depuis mais elle traverse toujours la zone.
(3) rigoles de drainage qui quadrillaient le quartier installé sur une zone très marécageuse. L'eau y était croupie et infecte. Enrique Cadícamo raconte dans ses mémoires, qu'il est tombé un jour dans l'un de ces fossés à l'âge de 10 ans. On l'en a retiré mais il est tombé gravement malade aussitôt après et il a frôlé la mort tant l'eau était contaminée.

dimanche 19 juillet 2009

1ère bougie pour Barrio de Tango

Avec cet article, qui porte le n° 796, Barrio de Tango fête aujourd’hui, 19 juillet 2009, son premier anniversaire.

A la veille ou l’avant-veille (comme vous préférez) d’un nouveau séjour à Buenos Aires, où je vais faire une cure de tango et d’amitié (ça vaut bien votre dernier séjour en thalasso, je vous le promets), c’est avec fierté que j’entame une nouvelle année... par une période de vacances où mes articles vont se faire plus rares, voire beaucoup plus rares, surtout en août, quand l’abondance d’amis ne me laissera plus que fort peu de disponibilité pour l’écriture et la publication du moindre billet dans ces colonnes.

Cet anniversaire, c’est aussi l’occasion de remercier tous ceux qui ont eu la gentillesse de faire la promotion de ce blog à travers leur propre réseau ou sur leur site depuis mon article de remerciements du 18 avril (lire l’article sous le lien).
Un merci tout particulier à Litto Nebbia, qui m’a fait l’honneur et l’amitié de faire installer un lien vers Barrio de Tango sur le tout nouveau site de Melopea.
A Pepe Kokubu qui a à nouveau diffusé, auprès de son impressionnante liste de contacts en Europe, en Asie et en Amérique quelques uns de mes articles directement en français.
A Alorsa qui envoie encore et toujours des mails à ses contacts, mais sans rien me dire maintenant, pour voir si je m’aperçois de quelque chose grâce dans la fréquentation de Barrio de Tango.
A Marta Pizzo qui a diffusé à plusieurs reprises ma Gacetilla en espagnol (l’abonnement est possible en cliquant sur le lien, sur le côté droit, dans la partie supérieure de la Colonne de droite).
A Anna Saeki et à son webmaster pour les liens renouvelés sur son site (cette grande chanteuse japonaise de tango argentin dispose depuis peu d’un raccourci, dans la rubrique Vecinos del Barrio, à la section Los gringos, bien sûr).
Et en France à Yasuko Akutsu qui a traduit un de mes articles en... japonais et à François Robin et Claire Le Gouic, les animateurs de l’association Tango Porteño Orleans qui n’ont pas ménagé leurs efforts pour faire connaître ce blog à leurs adhérents et tous leurs contacts répartis un peu partout dans le monde.

Qu’ils soient tous remerciés de la confiance qu’ils m’accordent, des informations qu’ils me transmettent et de leurs messages d’amitié dans les temps difficiles...
(photo en meilleure résolution en cliquant dessus)


Un panneau fileteado esquina Centenera y Tabaré, dans le quartier de Nueva Pompeya, où Homero Manzi vécut quelques années fondatrices de son adolescence. Le panneau dit :

"Dans ce lieu se trouvait au début du 20ème siècle la forge de Don Antonio Musladino, establissement que Homero Manzi voyait depuis la fenêtre de sa chambre d'internat au Collège Luppi et auquel se refère le tango Sur. A cette époque, le passage Leoni n'avait pas encore été ouvert, il se trouverait aujourd'hui dans la forge. Son emplacement exact, Homero Manzi l'a noté sur un plan du Guide de l'Automobiliste qu'il allait publié en 1931".
(Traduction Denise Anne Clavilier)

mercredi 1 juillet 2009

Puente Alsina en réfection [Actu]

Puente Alsina est un ouvrage d’art emblématique du sud de Buenos Aires. C’est l’entrée de ce pont qui constitue l'arrière-fond du titre de ce blog. Ce pont, qui fut agrémenté d’une paire de bâtiments de type néo-colonial (voir photo d’en-tête), enjambe le Riachuelo, tout au sud du quartier de Nueva Pompeya. C’est un pont de métal qui a été construit d’abord en bois, en 1855, et dispose de son actuelle structure métallique depuis 1912. Il porte le nom d’un prestigieux gouverneur de la Province de Buenos Aires qui a donné aussi son nom au département qui se trouve de l’autre côté de la rivière.

Puente Alsina est une des portes d’entrée dans la Capitale. Le rétrécissement du trafic à deux voies pendant les travaux, qui doivent durer 40 jours et coûteront 3 600 000 $ à la charge du Ministère des Transports national, va rendre la vie bien difficile aux Bonaerenses qui habitent la banlieue sud, populaire, et viennent travailler tous les jours à Buenos Aires. Mais c’était une nécessité. Le pont se délitait par petits morceaux. Attendre encore un peu aurait été mettre en danger les personnes qui l’empruntent, en voiture ou à pieds. L’entretien de l’ouvrage est assuré tantôt par la ville de Buenos Aires tantôt par la Direction des Voies Navigables auquel il est rattaché... Lire l'article de Clarín.
Puente Alsina est cité dans de très nombreux tangos. Le plus connu est Puente Alsina, de Benjamín Tagle Lara, qui en parle comme d’une personne. En fait, sous le nom du pont, c’est de ce quartier ouvrier qu’il s’agit.
Ici, le voici chanté en 1926, l'année où il a été écrit et composé par Rosita Quiroga (lire l'autre article sur Rosita Quiroga sous le lien)

Lucrecia Merico au 36 Billares pour une remise de décoration [à l’affiche]

La fameuse boîte aux lettres emblématique du quartier Luppi ou Homero Manzi dans Nueva Pompeya (photo prise le 31 août 2007)

La décoration en question n’a rien d’une décoration officielle et pourtant... Il s’agit de la ordén del buzón, haute distinction inventée il y a dix ans par le Museo Manoblanca, du quartier de Nueva Pompeya, à deux pas de ce qui fut le pensionnat où le jeune Homero Manzi s’énamourachait de Juana la Rubia (que tanto amé, Sur, 1948) et où il laissait germer en lui ce qui allait en faire l’un des plus grands poètes du tango, l’un des pères du genre. Dans ce coin-là, tout rempli du souvenir du grand poète, El Barba, comme on le surnommait (à cause de sa barbe), là où il y avait le Pensionnat Luppi, il y a maintenant un bar tout simple, qui ne paye pas de mine, où j’ai partagé un café un jour d’août 2007 avec le peintre Chilo Tulissi (voir Colonne de droite), et devant ce café, une boîte à lettres ronde et rouge, modèle victorio-londonien 100% garantie d’origine. C’est cette boîte aux lettres (buzón en espagnol) qui a donné son nom au café et à l’ordre que le Museo Manoblanca remet à des personnalités de la culture de Buenos Aires.

La cérémonie de remise se passe dans le centre-ville, avenida de Mayo, 1265, au Café Los 36 Billares, l’un des Bares Notables de la Capitale argentine, tous les premiers lundis du mois, à 18h30, et un concert vient donner son lustre à l’événement.

La chanteuse Lucrecia Merico, qui se produira donc lundi dans ce contexte, a elle-même déjà reçu la jolie borne postale rouge pour le travail qu’elle déploie au service de la culture tanguera, avec ses récitals, notamment son spectacle avec Valeria Shapira, Las Minas del Tango reo, et comme professeur de chant qui exerce au centre culturel des Mères de la Place de Mai, ECuBHi (Espacio Cultural Nuestros Hijos, espace culturel nos enfants).
Et c'est une partie du spectacle Las Minas del Tango reo qu'elle chantera à l'occasion de cette remise de décoration au musicien folkloriste Chango Spasiuk, au dessinateur Fernando Sendra, au joueur de footbal Ubaldo Fillol et à l'impresario Héctor Caballero. Lucrecia sera accompagnée par le guitariste Tony Gallo (pour lequel je tarde quelque peu, qu'il me pardonne, à lui créer un raccourci à son nom dans Vecinos del Barrio).

Pour aller plus loin :
Lucrecia Merico a un raccourci à son nom dans la rubrique Vecinos del Barrio dans la Colonne de droite. Il vous permet d’accéder à l’ensemble des articles qui la concernent dans ce blog. Vous obtiendrez le même résultat en cliquant sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, en haut, sous le titre.
Les Bares Notables ont aussi leur part dans Barrio de Tango. J’en parle souvent parce qu’ils accueillent de nombreux spectacles, concerts et tours de chant. Ils sont rassemblés sous le raccourci Bares notables dans la rubrique Quelques quartiers, villes et lieux, dans la Colonne de droite (partie haute).

Pour en savoir plus :
Visiter le site du Bar 36 Billares
Visitez le site du Musée Manoblanca (qui tire son nom d’un très beau tango écrit par Homero Manzi, qui y cite précisément la esquina où est situé le musée, et dont vous trouverez le texte intégral sur la page d’accueil de celui-ci). Manoblanca chanté ici par la grande Nelly Omar (voir Vecinos del Barrio, dans la Colonne de droite).
Visitez le site de Lucrecia Merico
Lisez l’entrefilet de Web de Tango qui raconte la remise de l’ordre à Lucrecia elle-même...

vendredi 8 mai 2009

Show et messe d'action de grâce pour la chanteuse Celia Saia [à l'affiche]

Affiche extraite de la page Myspace de Celia Saia

Demain, à 17h30, à la Casona del Teatro, Avenida Corrientes 1975, la chanteuse Celia Saia sera la principale artiste de la matinée Los amores que fueron... y no pudieron ser....
Elle partagera la scène avec Miguel Gadea Sandler (photo ci-contre), modérateur et fondateur du groupe Perfiles de Tango de Uruguay (un groupe de discussion et de partage très diversifié auquel participent des musiciens, des danseurs, des chanteurs, des professeurs, des journalistes pour promouvoir le tango et développer la solidarité entre passionnés).
La comédienne (recitadora) Susana Fabrikant (voir affiche) sera également présente. Cette matinée musicale présentera plusieurs tangos, leurs auteurs, l'histoire de leur création. Cela tiendra donc du concert (Celia Saia), de la matinée poétique (Susana Fabrikant) et de la conférence (Miguel Gadea Sandler).

Le jeudi 14 mai, à 19h, Celia Saia sera la soliste de la messe d'action de grâce qui sera célébrée à la Basilique du Rosario (rue Esquiu 974), pour la fête du quartier de Nueva Pompeya. La Basilique du Rosaire est une église emblématique pour le quartier de Nueva Pompeya. Elle a été bâtie à la toute fin du 19ème siècle, dans un quartier qui était alors à peine urbanisé, dans un style néo-gothique qu'on a le droit de ne pas trouver des plus heureux mais cela ne retire rien à son charme et à l'importance qu'a ce bâtiment pour les habitants du quartier. Cette messe d'action de grâce a bien sûr la bénédiction du Gouvernement de la Ville de Buenos Aires et fait partie des célébrations officielles de l'anniversaire de Nueva Pompeya (et pour ceux qui aiment les anecdotes tangueras, sachez que cette église est mentionnée dans le tango de A la luz del candíl, c'est dans ce quartier que s'est établi le gaucho exilé en ville qu'est Alberto Arenas, qui arrive au commissariat pour se constituer prisonnier après avoir tué sa compagne qu'il a trouvée dans les bras de son meilleur ami. L'histoire de toujours mais.... en format tango, ce qui change tout).

Le 30 mai, Celia Saia chantera aussi pour des mariés et leur famille, à 20h30, pour une messe de mariage qui sera célébrée au Sanctuaire de la Médaille miraculeuse (la même que celle de la chapelle de la rue du Bac à Paris), dans le quartier de Parque Chacabuco, où elle habite aujourd'hi (elle est née à l'Abasto). C'est une de ses activités : chanter dans des fêtes privées.

Elle a sorti un disque, Caricias, en 2005, où elle est accompagnée par le groupe Las Guitarras argentinas, dirigé par Carlos Peralta, et le guitariste soliste Hugo Rivas.

Pour découvrir cette chanteuse :

visiter sa page My Space
lire sa page sur le site Cancionero.net

lundi 2 février 2009

Joyeux anniversaire, Baires ! [actu]

473 ans aujourd'hui, en ce 2 février 2009. Un bel âge ! Et le jour où l'Eglise catholique fête, depuis des temps immémoriaux, la Présentation du Seigneur au Temple et par conséquent les relevailles de la Vierge Marie.

L’événement a sans doute eu lieu au confluent du Riachuelo et du Río de la Plata. Ce jour-là, le 2 février 1536 (on pense parfois qu’en fait ce fut le 3), un officier andalou, né à Cadix probablement en 1487, vient d’arriver là à la tête d’une flottille de 11 navires, mandaté par Charles Quint, petit-fils des rois catholiques Ferdinand et Isabelle, vainqueurs de Grenade et commanditaires des voyages de Christophe Colomb (Cristobal Colón, célèbre... Italien), Charles Quint que Victor Hugo saluait du titre d'"Empereur d'Allemagne" et que les Hispaniques connaissent sous son titre ibérique, Carlos I (Carlos Ier). Cet officier royal, Pedro de Mendoza y Luján fonde, au nom du roi d'Espagne, un poste avancé qu’il fait baptiser fort chrétiennement Puerto de Nuestra Señora Santa María del Buen Aire, du nom de la sainte patronne de sa confrérie, la Madona di Bonaria, une Vierge de Cagliari en Sardaigne (1).

Tous les marins, surtout les officiers, tous issus de la noblesse, appartenaient alors à une confrérie religieuse. Pedro de Mendoza appartenait à celle qu'avait fondée un chevalier espagnol en 1218 en action de grâce à Notre Dame (Nuestra Señora en espagnol) pour la libération de chrétiens prisonniers des Sarrazins qui tiennent la Terre Sainte, à une époque où la Sardaigne et la Sicile servaient d'escale aux croisés et recevaient les prisonniers à leur sortie des geôles orientales.

C'est au nom de cette toute première et minuscule bourgade portuaire exclusivement masculine que les Portègnes doivent leur étrange gentilé : ils sont porteños parce qu'ils habitent le Port...
En 1536, le Río de la Plata était une mer connue des Espagnols depuis 20 ans. C'est Juan Díaz de Solis qui découvrit en 1516 cette immense quantité d'eau douce en contact direct avec l'Océan. Intrigué par ce phénomène, il entreprit de l’explorer et engagea son bateau dans ces eaux à la couleur jaunâtre. Mal lui en prit. Les Européens furent attaqués par des autochtones et les survivants (dont ne fut pas Díaz de Solis) rapportèrent ensuite avoir découvert, le long des côtes des Indes Occidentales, un Mar Dulce (une mer d'eau douce). Il y a, aujourd'hui encore, une calle Mar Dulce dans le quartier de Nueva Pompeya, pas très loin de Puente Alsina, ce pont qui enjambe le Riachuelo et dont la photo du bâtiment nord (sur la rive portègne) sert de bannière-titre à Barrio de Tango.

En fait, le Río est un estuaire deltaïque dans lequel confluent plusieurs cours d'eau dont les deux plus importants sont le sur-puissant Uruguay qui descend du nord et sert de frontière entre l'Argentine et l'Uruguay (República Oriental del Uruguay) et le Paraná qui vient du nord-ouest, plus grêle (encore que !) et qui, avant de se jeter dans le Río de la Plata, s'est déjà divisé en plusieurs bras ouverts en delta. Géographiquement et en terminologie française, le Río, c'est l'estuaire du fleuve Uruguay dans lequel se jette la rivière Paraná (mais l'espagnol ne fait pas de différence entre rivière et fleuve). Uruguay et Paraná confondent leurs eaux limoneuses à quelques dizaines de kilomètres au nord de Buenos Aires et le Río de la Plata s'écoule ensuite vers le sud sur 300 km d’un cours très accidenté (des grands fleuves terrestres, c'est donc le plus court). A son embouchure dans l'Atlantique, il est large de 220 km (c'est donc le fleuve le plus large de la planète, ce dont les Argentins sont très, très fiers... Ils n'y sont pour rien, mais ce n'est pas une raison pour ne pas être fiers !)

En 1536, Pedro de Mendoza débarqua donc avec une armada de 11 navires (on avait appris la leçon de la mésaventure de Solis) et des équipages estimés à 1 500 hommes, qui n'étaient pas des enfants de choeur mais des aventuriers madrés et roués.

Les indiens querandi installés dans la région n'apprécièrent guère l'arrivée des Européens et pendant quatre ans ménèrent contre le comptoir une guerre de razzia incessante et éreintante. Ce furent les premiers malones de l'histoire portègne (2). Tant et si bien qu’ils finirent par chasser les intrus : en 1641, les Espagnols plièrent bagage et abandonnèrent le bourg fondé quatre ans plus tôt et que les Indiens rasèrent aussitôt.

Il fallut attendre le 11 juin 1580, à la fête de la Trinité, et l’arrivée sur ces rivages de Juan de Garay pour refonder Buenos Aires, sous le nom, encore plus compliqué, de Ciudad de la Santa Trinidad y Puerto Santa María del Buen Ayre, qui devint Buenos Aires lorsqu'on ne comprit plus grand-chose au lien entre Buen Ayre et la Madonne sarde protectrice de Mendoza. On commença d'y voir certains "bons vents" qui auraient conduit les navires espagnols jusqu'au fin fond de l'estuaire. Le nom de la nouvelle fondation, qui mettait au second plan son caractère de port, le plan de la ville qui s'éloigne du fleuve au lieu d'y conduire, beaucoup d'éléments symboliques plaident en faveur d’une fondation un peu plus au nord que la première, dans ce qui est aujourd'hui el Centro. Cette histoire compliquée, relativement mal documentée, donna à Jorge Luis Borges matière à écrire sa Fondación mítica de Buenos Aires, façon épique et poétique de revisiter l'histoire et de la reconstituer (en l'imposant à l'imagination des lecteurs) comme Victor Hugo réinventa à sa manière, grandiose et géniale mais historiquement fausse, l'Ile de la Cité médiévale dans son roman, Notre Dame de Paris.

On ne sait pas exactement où Mendoza avait fait bâtir son comptoir colonial.
Une hypothèse, qui a la préférence d’une majorité d’historiens, veut qu'il l'ait fait dans l'actuel quartier de La Boca. Cette hypothèse a l'avantage d'être logique. La Boca est un port naturel sur le Riachuelo, rivière qui présente (en tout cas aujourd'hui) des méandres naturels, à cet endroit et aussi un peu plus en amont, à Nueva Pompeya. La rivière est très capricieuse mais il faut passer là plusieurs mois pour le savoir et parfois quelques années même. Le Riachuelo peut faire plusieurs crues dans la même année... Ces méandres, s'ils existaient déjà tels quels en 1536, ont pu offrir des abris et la possibilité de creuser rapidement un port pour la petite flotte espagnole. De plus la toponymie actuelle de cette zone urbaine renforce cette hypothèse : la rue Pedro de Luján (quartier de Barracas) longe le Riachuelo, la rue Mar Dulce et la rue Santa María del Buen Ayre se situent toutes les deux à Nueva Pompeya (donc du côté Riachuelo et non du côté du Río, qui est ce Mar dulce qui a donné son nom à la rue).
L'autre hypothèse est la fondation plus à l'intérieur des terres, dans ce qui est aujourd'hui ce qu’on appelle el Centro, à savoir les quartiers de Monserrat et de San Nicolás, qui représentent en effet le coeur du bâti urbain historique mais qui pour antant peut n'être pas celui de Mendoza (car la ville fondée par Mendoza a été bel et bien été détruite). C'est à Monserrat, sur la Plaza de Mayo, que se trouve le Cabildo (siège du pouvoir colonial). C’est dans ce quartier qu'a été construite l'église très ancienne qui lui donne son nom (celui d’une Vierge catalane). C’est là que se dresse aujourd’hui la cathédrale métropolitaine bâtie au 18ème siècle quand Buenos Aires fut élevée au rang de capitale du Vice Royaume du Río de la Plata en 1776. Et là encore la toponymie appuie cette hypothèse : la rue Solis par exemple, l’explorateur que la première Buenos Aires n'a pas dû avoir le temps d'honorer au cours de ses 4 pauvres petites années d'existence plutôt mouvementée, relie le quartier de Monserrat à celui de Constitución, lequel ne touche même pas le Riachuelo...
Jusqu'à ce jour, on n'a pas de trace archéologique de la première fondation de Buenos Aires (songez qu'il y a seulement quelques semaines qu'on a découvert pour la première fois des restes d'un gallion coulé en 1750 dans le port de Buenos Aires, en faisant des fouilles de sauvegarde dans le quartier de Puerto Madero, cf. cet article de ce blog). L'histoire de la première fondation reposent sur quelques rares écrits : rapports militaires à la Couronne d'Espagne, récits de témoins, cartes, comme celle qui donne, en tête de cet article, cette si séduisante image de la civilisation chrétienne avec ses petits pendus très décoratifs. De quoi même se demander pourquoi les Indiens ont tant détesté ces envahisseurs, lesquels ont bien dû au passage leur violer quelques femmes (il faut bien vivre !)

On sent bien là comment le mythe de Carlos Gardel, ce flou autour de sa naissance (voir l’article en date du 31 janvier), cette polémique qui ne s’éteint pas (alors que les Argentins pourraient laisser parler les voisins uruguayens sans rajouter de l’huile sur le feu en répliquant à chaque nouvelle thèse) : le mythe de Gardel est à l'image de la ville, comme le Nil des anciens Egyptiens qui n'en connaissaient pas la source. Les origines se perdent dans l'obscurité des temps et des terrae incognitae.

En 1936, pour les 400 ans de la première fondation de la capitale argentine, un gouvernement de fait, durant ce qu'on a appelé la Década Infame (1930-1943), un gouvernement vassalisé par les grandes puissances commerciales qu'étaient alors la Grande-Bretagne et déjà les Etats-Unis (alors en pleine politique du Gros Bâton, s'efforçant de faire de toute l'Amérique du Sud leur arrière-cour politique et économique), ce gouvernement anticonstitutionnel a donc fait élargir la Avenida 9 de Julio (3) et ériger au carrefour entre 9 de Julio et Corrientes un obélisque de 30 mètres de haut qui porte sur ses quatre faces les 4 dates fondatrices : les deux fondations de Buenos Aires et les deux déclarations d'indépendance, correspondant aux deux fêtes nationales. Cette obélisque est une réplique, non pas de celui de la place de la Concorde comme se l’imaginent les Français, non sans un brin de fatuité, mais de celui du Mail de Washington, celui de la perspective du Capitole, celui qu'on vient de voir et de revoir au fond des images de foule lors de la prestation de serment de Barack Obama... Et comme souvent dans la culture populaire à Buenos Aires, le peuple a bien vite oublié cet acte d’allégeance à l’Oncle Sam, a adopté le monument, en a détourné le sens politique officiel pour le charger d'une valeur affective nationale et en faire un symbole de la capitale argentine...
Pour les autres articles sur l'histoire de Buenos Aires et de l'Argentine, vous trouverez aussi raccourci dans la colonne de droite (partie supérieure).



(1) La Madona di Bonaria devait son nom à un phénomène local d'accumulation des fumées (en ce temps-là ceux des foyers environnants) qui stagnaient au-dessus de Cagliari, faute de vent pour les disperser, et gênaient la respiration et la vue. Le nom de la Vierge lui a été donné pour servir de protection contre ce désagrément que les modernes que nous sommes ont baptisé nuage de pollution. Et vu ce qu'il y a de nos jours comme nuage de pollution au-dessus de Buenos Aires, il faut croire que c’était prophétique ! Bonaria est d'ailleurs le nom de Buenos Aires en cocoliche, ce langage à moitié espagnol et à moitié italien que baragouinaient les immigrants italiens à leur arrivée...
Pedro de Mendoza ne vit pas la destruction de son comptoir, il mourut lors d'un naufrage quelque part dans l'océan Atlantique, en 1637, sur le chemin du retour vers Cadix.
(2) Le malon, à Buenos Aires, c'est une attaque soudaine, sauvage, conduite par surprise et en groupe. Au début du 20ème siècle, le terme désigne les embuscades avec lesquelles les bandes de hors-la-loi règlaient leur compte entre elles, en faisant parfois des victimes latérales. Aujourd'hui, on l'emploie pour désigner les comportements violents des groupes de hooligans qui gâchent là-bas aussi la fête pourtant très populaire et quasi-rituelle qu'est un match de foot.
(3) 9 juillet 1816 : deuxième déclaration d'indépendance, faite à Tucumán et où se dessine l'Argentine dans ses frontières plus ou moins actuelles, en tout cas pour ce qui est du nord du pays (le sud reste encore à conquérir et cette conquête durera jusqu'aux années 1870 et ce n'est pas terminé en ce qui concerne les îles Malouines que l'Argentine entend toujours récupérer). Le 25 mai 1810, la déclaration d'indépendance, qui va être fêtée par le Bicentenaire de l'année prochaine, concerne un territoire plus vaste et plus flou et s’est essentiellement traduite par le refus d’obéir au Vice-Roi et le renvoi en Espagne du Grand-Inquisiteur.
A Buenos Aires, il est presque possible de repérer à l’oeil nu comment ces répétitions fondatrices récurrentes ont laissé leur marque dans l’identité locale : c’est une ville remplie de doublons. Le métro compte quelques couples de stations, sur des lignes différentes, qui portent le même nom. Carlos Gardel a au moins deux lieux de naissance (sans parler des dates qui sont encore plus nombreuses, les partisans de la naissance de Gardel à Tacuarembo débordant d'hypothèses diverses et variées pour faire coller les différents morceaux du puzzle) et le Día Nacional del Tango fête l’anniversaire de naissance (le 11 décembre mais en deux années différentes) de deux artistes, Carlos Gardel et Julio de Caro...

samedi 1 novembre 2008

L'anniversaire de Homero Manzi [actu]

C'est aujourd'hui l'anniversaire d'Homero Manzi, le grand poète qui n'a passé sur cette terre que 44 ans et quelques mois. Il était né le 1er novembre 1907 sur le domaine ferroviaire de Añatuya dans la province de Santiago del Estero. Il était venu vivre à Buenos Aires lorsque sa famille y avait emménagé, il avait alors 5 ans.
Poète du sud de la ville et particulièrement des quartiers de Boedo, où il vécut de son arrivée à Buenos Aires jusqu'à sa mort presque sans solution de continuité, et de Nueva Pompeya où il passa quelques années marquantes de son adolescence, en pension dans un collège aujourd'hui disparu, et scénariste, réalisateur et compositeur de cinéma où il voulut mettre en valeur les grands moments et les hautes figures de la constitution d'une identité argentine, Homero Manzi est décédé prématurément, vaincu par un cancer contre lequel il aura lutté pied à pied jusqu'au bout pendant 3 années. Il laissait un fils à peine sorti de l'adolescence, le compositeur d'un tango dont il avait écrit les paroles en 1948 peu après avoir appris le diagnostic fatal : El último organito (le dernier orgue de Barbarie). Acho Manzi est aujourd'hui l'un des administrateurs de la Sadaic, la société des auteurs et compositeurs argentins dont son père venait d'abandonner la présidence à Cátulo Castillo, lorsqu'il rendit l'âme le 3 mai 1951 dans une clinique de Buenos Aires à 8h du matin...

En ce jour où Homero Manzi aurait eu 101 ans, on peut rendre hommage au père et au fils tuot ensemble en écoutant cette version de El último organito chantée par Susana Rinaldi, l'une des meilleures interprètes actuelles de ce grand poète.