jeudi 20 août 2020

Il y a deux cents ans aujourd’hui : San Martín quittait Valparaíso et faisait cap au nord [Bicentenaire]

La somptueuse Plaza San Martín de Lima
(photo aérienne du Ministère de la Défense du Pérou)
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Au printemps 1798, à Toulon, un jeune lieutenant d’infanterie de marine, José de San Martín, à tout juste vingt ans, avait vu partir le général Bonaparte, de neuf ans son aîné, à la tête d’une énorme flotte qui avait aussitôt fait voile vers l’est. La destination de cette expédition restait secrète mais il ne pouvait s’agir que d’une gigantesque opération contre les Britanniques.

Portrait de Joaquím Pezuela, le dernier vice-roi du Pérou
nommé par les autorités espagnoles
Il a dû son élévation à cette charge
à ses victoires remportées contre Manuel Belgrano
en 1813 dans le Haut-Pérou (actuelle Bolivie).
Illustration tirée de la Revista del Instituto Sanmartiniano del Perú
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Le 20 août 1820, à Valparaíso au Chili, après plus de deux ans de préparation ardue, San Martín prenait à son tour, contre un autre empire, la tête d’une autre flotte beaucoup plus modeste, puisqu’elle ne se composait que d’une quinzaine de bâtiments difficilement rassemblés. Depuis 1814, San Martín ne poursuivait qu’un seul objectif : faire tomber le dernier bastion de l’empire colonial espagnol en Amérique du Sud afin d’abolir la dernière vice-royauté encore en place et instituer à sa place un État péruvien souverain avec Lima pour capitale. San Martín avait quarante-deux ans, comme son ami, le directeur suprême du Chili, Bernardo O’Higgins, dont c’était ce jour-là l’anniversaire de naissance et qui vint saluer l’expédition à son départ.


Avec cette expédition, les campagnes émancipatrices de San Martín deviennent une exceptionnelle synthèse de tout l’art militaire de son époque rassemblée sur sept années :

  • constitution d’une armée de terre et d’une marine de A à Z,
  • traversée en armes d’une chaîne de montagne qui lui fit rejoindre les traversées mythiques d’Alexandre le Grand, d’Hannibal et de Bonaparte,
  • bataille en colonnes d’assaut en moyenne montagne à Chacabuco le 12 février 1817,
  • bataille en lignes en fond de vallée à Maipú le 5 avril 1818,
  • expédition maritime (avec quelques combats navals à l’initiative du vice-amiral Cochrane),
  • stratégie de siège pour mettre fin à la résistance royaliste de Lima
  • et enfin, d'octobre 1814 jusqu’à juillet 1821, de formidables manœuvres de renseignement, de désinformation et d’intoxication de l’ennemi devenues légendaires en Amérique du Sud.

Article à la première page de la Gazette de Lausanne
parue le 13 août 1819, un an avant le départ de l'expédition

Les opérations navales étaient confiées à un ancien officier supérieur de la Royal Navy, un homme jeune, de belle prestance, ambitieux et ombrageux, qui allait s’avérer d’une indiscipline insupportable et d’une honnêteté plus que discutable. Il s’appelait Thomas Cochrane et il était l’héritier du comté écossais de Dundonald, qui, à la mort de son père, avec qui il était fâché, lui permettrait de siéger à la Chambre des Lords. Jusqu’à son départ pour le Chili, en 1818, l’expérience politique de Lord Cochrane, comme il se faisait appeler, se limitait à un mandat de député aux Communes où son caractère paranoïaque lui avait mis à dos tous les élus du Royaume-Uni. Pour une sale histoire de fraude boursière, après avoir été chassé de la Marine pour son insubordination systématique, il avait même goûté pendant un an à l’hospitalité des prisons de Sa Majesté.
Depuis son arrivée au Chili en décembre 1818, il donnait déjà du fil à retordre à San Martín, qu’il refusait obstinément de reconnaître comme général-en-chef de l’expédition.

Couverture du catalogue d'une exposition de 2012
organisée par les Archives nationales péruviennes
(Archivo General de la Nación)
Sous le blason de la République,
le manuscrit d'une lettre d'affranchissement d'une esclave
signée par San Martín

En longeant la côte chilienne et le désert d’Atacama, l’expédition navale mit trois semaines à atteindre sa destination. En envoyant en tous sens ses lieutenants multiplier les engagements sur toute l’étendue du littoral pour épuiser les troupes du vice-roi et les démoraliser, San Martín mit un an à convaincre les Limègnes de déclarer leur capitale ville ouverte et d’abandonner le régime colonial pour prendre eux-mêmes en main leur destin national.

Composition de l'armée de libération du Pérou
établie par le général argentin Geronimo Espejo
dans un ouvrage publié à Santiago du Chili en 1868
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Le général San Martín est donc le père-fondateur de l’actuelle République du Pérou qui s’engage actuellement dans les préparatifs de son Bicentenaire. Il reste à espérer que les célébrations ne souffriront pas trop des malheurs du temps (1).

Composition de la flotte de l'Expédition
tirée du même ouvrage
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Tous les samedis à 21h, la télévision publique du Pérou propose l’émission Modo Bicentenario pour présenter les projets de tous ordres et les acteurs des futures festivités. De nombreuses émissions de TV Perú sont disponibles sur YouTube.



(1) Le Pérou est l’un des pays qui souffrent le plus de la pandémie. On déplore beaucoup de morts, y compris parmi les médecins (déjà plus de 125 victimes dans cette catégorie). Quant au système sanitaire, il est dépassé par l’ampleur du phénomène et manque de tout. Ce dont profitent des aigrefins, comme le prouve la découverte hier d’un réseau de trafic de masques, blouses, gants, visières, etc. de mauvaise qualité et surfacturés à la police nationale qui tâche de protéger tant bien que mal ses fonctionnaires.

El Tango Vuelve al Barrio en streaming comme le reste [à l’affiche]


Demain, vendredi 21 août 2020, à 22h, le chanteur Cucuza fêtera malgré la pandémie les treize ans de son rendez-vous avec le tango lancé au bar El Faro, à la frontière de trois quartiers, Villa Urquiza, Parque Chas et Villa Pueyrredón.

Tout se fera en ligne, avec l’accompagnement de Mateo Castiello, son fils, à la guitare, Noelia Sinkunas au piano et Nico Perrone au bandonéon.

Comme d’habitude, il y aura de nombreux invités. Cucuza a conclu son mail d’invitation par sa formule habituelle en lettres capitales « On vous attend » et il a ajouté, en minuscules « Ne venez pas ! ».

Le concert a lieu au chapeau (avec une collecte en ligne).

Grande interview du ministre de la Recherche dans Página/12 [Actu]


Dans ce contexte où la recherche médicale et biologique et l’industrie pharmacologique sont plus que sollicitées, Página/12 met à la une de son supplément Universidad une longue interview du ministre de la Science et des Technologies, Roberto Salvarezza.

Après un grand discours du président il y a quelques jours à l’anniversaire de fondation de l’Université de Buenos Aires, la UBA, la première université publique du pays par sa taille et ses résultats, le ministre, un biochimiste qui a dirigé le CONICET, l’équivalent du CNRS en France, passe en revue les enjeux de son poste et de la politique publique à mettre en œuvre pour relever les défis mis à jour par la pandémie en Argentine comme partout ailleurs.

Pour aller plus loin :

Día de San Martín : interview de Ema Cibotti sur Radio Nacional [à l’affiche]

Lundi dernier, à l’occasion de la fête de San Martín, Radio Nacional interviewait l’historienne Ema Cibotti, qui a longtemps dirigé les études d’histoire au CETBA (centre de formation au Tango de Buenos Aires), avant de prendre récemment sa retraite. Ema Cibotti est une historienne au sens scientifique du terme : elle travaille sur les sources et non à partir de son imagination ou de ses options politiques et idéologiques.

Voici le lien pour l’écouter, en cet autre jour sanmartinien que les Argentins ne fêtent guère : le bicentenaire du départ de l’Expédition libératrice du Pérou, seconde partie de son « plan continental d’émancipation » comme il a été baptisé par la postérité.

mercredi 19 août 2020

Día de San Martín 2020 côté officiel [Actu]

Le président sur la place d'armes de la caserne, entouré des grenadiers à cheval
Photo Casa Rosada
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Quelques heures avant que les durs de l’opposition se déchaînent avec leurs bagnoles autour de l’Obélisque, en hurlant contre la réforme judiciaire et les mesures contre l’épidémie, le président Alberto Fernández a pris part à l’hommage que le Régiment des Grenadiers à cheval rend tous les 17 août au Père de la Patrie, qui est aussi son fondateur, le général José de San Martín. Le président s’est rendu à la caserne principale de ce régiment prestigieux qui assurent les services de sécurité et d’honneur auprès du chef de l’État et des palais nationaux : il a présidé la cérémonie militaire qui s’est tenu cette année sur la place d’armes régimentaire alors que l’hommage a traditionnellement lieu sur Plaza San Martín au pied de la statue équestre du général.

Pas un mot de cette cérémonie dans la presse mainstream. Seul Página/12 en a rendu compte.

Le discours du président a été digne et à la hauteur de l'événement
(les 170 ans de la mort de San Martín)
Il a appelé à la concorde nationale et présenté l'Argentine
comme celle qui allait pouvoir aider le reste du continent
à lutter contre la pandémie grâce à la fabrication de vaccins

Par ailleurs, comme le mot d’ordre en avait circulé, les Argentins se sont montrés à leurs fenêtres ou sur leurs balcons pour applaudir les soignants, à 21h, en ce lundi qui était férié. Et là encore le silence de la presse de droite est impressionnant, surtout lorsqu’on le compare au bruit qu’elle fait autour des manifestations hostiles au gouvernement.

Quelle insulte à la mémoire d’un homme d’État qui quitta l’Amérique du Sud pour ne pas risquer d’être l’otage des guerres civiles qui ravageaient les pays qu’il avait si puissamment contribué à libérer ! Quel dommage que même devant la tragédie du covid-19 les Argentins ne soient toujours pas capables de faire taire leurs différences pour commémorer ensemble les grands faits de leur histoire !

Pour en savoir plus :
sur la cérémonie à la caserne des Grenadiers à Cheval
lire l’article de Página/12 (qui a aussi rapporté le petit rassemblement de la gauche au pied du monument à San Martín pour réclamer l’institution d’un impôt sur la fortune pour relever le pays et ses services publics)
sur les applaudissements pour les soignants

La solution Tata Cedrón [à l’affiche]

Tata Cedrón au soleil hivernal au seuil de sa maison
(il vient de faire très beau pendant quelques jours à Buenos Aires, mais le vent du sud arrive !)
Photo Kala Moreno Parra pour Página/12

Le chanteur et compositeur Tata Cedrón n’en pouvait plus, il a besoin de chanter et de rencontrer le public autant qu’il a besoin de respirer.

Il a donc ouvert la porte de sa maison, à Parque Avellaneda, à Buenos Aires, et;s’accompagnant lui-même de sa seule guitare, il chante sur le seuil pour les passants et les quelques voisins qui viennent l’écouter, dûment masqués.

Página/12 qui l’aime bien lui a consacré l’un de ses articles aujourd’hui !

Le Festival de Tango de Buenos Aires maintenu en streaming [à l’affiche]

Amelita Baltar lors d'une précédente édition du festival
Elle fait partie des artistes invités cette année aussi
Photo Ministère de la Culture de la Ville Autonome de Buenos Aires

Cette année, malgré la pandémie et les restrictions qui touchent le monde culturel notamment à Buenos Aires, le Festival de Tango de Buenos Aires se tiendra du 26 au 30 août grâce à des retransmissions par streaming d’accès libre et gratuit (mais à l’heure argentine, soit cinq heures de décalage). De grands artistes au programme, comme pour les autres années.

Habituellement, le festival dure quinze jours. La manifestation est donc sensiblement réduite.

En ce qui concerne le concours de danse, il aura lieu aussi mais dans un format très inhabituel. Les candidats sont invités à envoyer aux organisateurs leurs films, tournés chez eux, jusqu’au 22 août prochain et un jury sélectionnera les candidats qui pourront accéder à la finale. L’arbitre en sera le public général qui pourra voter en ligne.

Cette décision du ministère de la Culture de la Ville Autonome de Buenos Aires fait grincer bien des dents car les professionnels du tango dans toute la ville réclament depuis des mois l’attention du ministre sans l’obtenir : associations de professeurs de danse, milongas, organisations représentatives des musiciens…

Encore une fois, seul Página/12 s’est intéressé à la question qui ne semble pas intéresser la presse mainstream.

Pour aller plus loin :

Une nouvelle fois, la droite dure prend San Martín en otage [Actu]

C'est Clarín qui propose la vue la plus large sur Avenida 9 de Julio
Il y a du monde mais on a vu beaucoup mieux ces derniers temps
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C’est une longue habitude chez elle : faire de San Martín, dont c'était la fête lundi, tout le contraire de ce que nous montrent les sources historiques, manipuler son image pour se l'approprier et imposer ses vues au peuple.

Página/12 préfère s'en moquer en titrant "Suivez-moi !"

Cette droite, qui croit que le pouvoir lui appartient de droit et qui devient revancharde dès qu’elle perd les élections en démocratie, a pu s’enorgueillir hier d’une manifestation qui a, il est vrai, rempli les rues, surtout lorsqu’on prend en considération que les sorties du domicile autorisées sont limitées pour réduire la contagion. Ce ne fut pas la grande foule des vraies grandes manifestations populaires quand l’avenida 9 de Julio est littéralement noire de monde mais les voitures, pare-choc contre pare-choc, ont bel et bien occupé l’espace public à Buenos Aires comme dans d’autres villes ailleurs dans le pays.

Sur La Nación, le choix de l'angle fausse
beaucoup plus l'appréciation du nombre
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Cette fois-ci, toutes sortes de revendications ont été criées par les manifestants : hostilité à la réforme judiciaire, hostilité aux restrictions d’activité pour limiter les contacts dans la population, pancartes hostiles à la majorité qui, selon une rumeur qui a la vie dure, aurait relâché des voleurs pour vider les prisons au début de la pandémie (1), autres calicots exigeant la mise sous écrou de la vice-présidente, Cristina Kirchner, qui continue d’attiser les haines les plus irrationnelles.

La Prensa a choisi une photo encore moins convaincante
et un gros titre plus agressif : "Saura-t-il écouter la classe moyenne ?"
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La presse mainstream faisait hier ses unes sur ces manifestations sans jamais montrer de photos d’ensemble propres à convaincre les lecteurs de leur effective réussite tandis que Página/12 s’amusait d’une mesure ridicule prise par deux figures de plus en plus fanatiques du radicalisme, l’acteur Luis Brandoni et l’ancien ministre Hernán Lombardi, pour faire maintenir les distances physiques aux manifestants (grâce à des flottants de piscine).

Vignette de Daniel Paz et Rudy, hier, en une de Página/12
L'oligarque aux grosses moustaches reprend les propos de Mauricio Macri depuis Zurich
L'oligarque : Je suis fier des citoyens qui sont sortis pour contester l'infectadure comme les patriotes de San Martín
La journaliste : Mais vous, vous n'y étiez pas.
L'oligarque : C'est que je suis réaliste/royaliste [jeu de mots]
Traduction © Denise Anne Clavilier
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A noter que les manifestants, pour la plupart d’entre eux, portaient un masque et se protégeaient du contact avec les autres derrière le volant de leur voiture. La manifestation a donc été plus polluante que convaincante.

Pour en savoir plus :
lire l’article de La Prensa, qui a aussi rapporté les propos à nouveau provocateurs de Mauricio Macri, qui s'est déclaré fier de ses compatriotes sortis pour défendre la liberté et le travail, depuis Zurich
La Nación n'a pas mis son article de une sur son site Internet hier.



(1) En fait, les autorités judiciaires ont seulement libéré les condamnés qui arrivaient au bout de leur peine ou qui bénéficiaient de mesures d’allègement prévues par la loi. Rien d’anormal par conséquent. Mais on a laissé entendre que les condamnés relâchés étaient surtout des criminels, assassins et violeurs réunis.

lundi 17 août 2020

Les dessinateurs de Página/12 se payent la tête des complotistes anti-masques [Actu]

Légende : Le général San Martín et son avant-garde,
l’armée des travailleurs essentiels, sont en marche.
Et ceux de l’arrière-garde : #Reste chez toi.
San Martín : Tous masqués ! En marche vers la bataille finale.
Traduction © Denise Anne Clavilier
Le paysage et les expressions employées évoquent l’Armée des Andes
et la Traversée des Andes, le haut-fait le plus célèbre de San Martín (janvier-février 1817)
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Alors que le personnel de santé argentin déplore déjà soixante décès dans ses rangs, en ce jour férié où tout le pays honore la mémoire de celui qui a permis et consolidé son indépendance, le général José de San Martín (1778-1850), une fraction de la droite sectaire, la même que celle qui soutient encore et toujours aux États-Unis un Trump maintenant passablement démonétisé ou qui acclame encore Bolsonaro au Brésil, appelle à manifester dans les rues contre le gouvernement et ses mesures de précaution contre le covid-19 (port du masque, télétravail, arrêt des activités non essentielles et distances physiques). Cette même droite absurde l’avait déjà fait, avec des succès mitigés, le 25 mai, le 20 juin et le 9 juillet.

Lui : Je me demande…
Placer son intérêt au-dessus de celui de la collectivité, c’est quoi ?
Un service essentiel ou un sport individuel ?
Traduction © Denise Anne Clavilier
Les services dits "essentiels" (appelés en France indispensables) et les sports individuels sont les seules activités pour lesquelles les Argentins ont le droit de sortir de leur domicile. Tout le reste doit être effectué à distance.
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L’Argentine vient de dépasser la barre des 5.000 décès (1) pour une population qui s’achemine vers les 46 millions.

"Grande manifestation patriotique avec vos drapeaux.
Faisons la patrie que voulait/aimait San Martín" (2)
Remarquez la date indiquée par l'initiale du mois "17 A"

Le mot d’ordre est porté par les mêmes excités qui s’étaient rassemblés il y a un an pour soutenir la candidature de Mauricio Macri, qui venait d’être sévèrement rejeté par l’électorat au PASO (l’avant-premier tour des élections présidentielle et législatives), le tout à l’appel d’un acteur de second plan, passablement aigri, un certain Luis Brandoni, qui séjournait alors confortablement... à Madrid.

Les deux manifestations opposées de ce soir
à gauche, le "banderazo" à la noix des sectairese
à droite, le mot d'ordre pour applaudir les personnels de santé,
chacun à sa fenêtre ce soir à 21h
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L’affiche de leur manifestation est illustrée d’une image apocryphe et particulièrement laide de San Martín. Remarquez le caractère impérieux de l’expression de son visage qui ne correspond en rien à la réalité historique du personnage et le manque de respect pour le drapeau porté comme une écharpe (ce qu’il n’aurait jamais fait – ce n’était pas un supporter de foot !). L’organisation politique qui a soutenu l’année dernière la candidature de Mauricio Macri et dont les ténors se déchirent autour de l’héritage en ruines pendant que lui se prélasse dans le Var à Ramatuelle avant de rejoindre une sinécure de la Fifa à Zurich, Juntos por el Cambio soutient officiellement la manifestation mais ses dirigeants modérés, qui acceptent le verdict des urnes, les plus nombreux semblerait-il, se démarquent clairement de cette prise de position.

Pour aller plus loin :
lire l’article de La Prensa (plutôt favorable à la manifestation)
lire l’article de Clarín qui relève les divergences de vue au sein de Juntos por el Cambio
lire l’article de La Nación, visiblement pas enthousiasmé devant ces manifestations irrationnelles à l’arrière-goût antidémocratique.



(1) 5.703 ce matin. Pour 295.000 cas de contagion détectés, dont 212.000 personnes guéries ou qui n’ont pas été malades.
(2) Ils n’en savent strictement rien. Aucun des initiateurs du mouvement n’ont jamais lu le moindre texte de San Martín. D’ailleurs, s’ils l’avaient fait, ils n’auraient jamais lancé de telles opérations.

samedi 15 août 2020

Une conférence à deux, en ligne et en espagnol, pour le Día de San Martín [à l’affiche]

Annonce de la mort de San Martín

Lundi 17 août 2020, l’Argentine va commémorer les 170 ans de la disparition du général José de San Martín, le Père de la Patrie. Comme la date tombe un lundi, les commémorations, essentiellement virtuelles puisque l’épidémie ne laisse guère d’autre choix, auront lieu le jour même. Depuis quelques années, il s’agit en effet d’un jour férié dit mobile, à déplacer au lundi le plus proche, afin de créer un long week-end destiné à développer le tourisme intérieur dans le pays (1).

Esteban Ocampo, reconstitueur et historien, m’a demandé de participer avec lui à une petite conférence live (en espagnol), sur sa page Facebook, lundi à 11h (heure argentine), soit 16h (heure française). J’ai bien sûr accepté.


Avec Esteban Ocampo (à gauche) et Nolo Correa, au Café La Poesía (Buenos Aires)
après l'enregistrement de l'émission de télévision, Hablando de Arte, de Nolo
le 6 septembre 2017

Esteban Ocampo est un chercheur free-lance d’une grande rigueur. Comme très peu de spécialistes de l’histoire événementielle dans son pays, il travaille exclusivement sur les sources quand ses confrères brodent très largement à partir des légendes, de l’enseignement reçu à l’école et des traditions orales plus ou moins fumeuses. Il a passé quatre ans sous les drapeaux, comme grenadier à cheval, le régiment le plus prestigieux du pays, celui qu’a fondé San Martín le 16 mars 1812, celui qui assure aujourd’hui les services de sécurité et d’honneur auprès du chef d’État et des grandes institutions nationales (Casa Rosada, Congrès et musées nationaux).



Pour ma part, je compte publier ce dialogue mardi sur ma chaîne Dailymotion, eu égard à l’heure d’enregistrement et aux délais de chargement. Une fois que cela sera fait, je vous l’annoncerai sur Barrio de Tango.


Posant avec trois musiciens du Régiment des Grenadiers à cheval
dans le hall d'entrée de la caserne de Palermo (Buenos Aires)
en août 2017

Les informations concernant le live (notamment les horaires) sont soumises à des réserves techniques. Esteban et moi-même devons faire des essais ce soir (heure française) et comme Facebook me fait des siennes depuis le 7 juillet, je préfère ne jurer de rien !

Ajout du 18 août 2020 :
Des événements personnels joints à une actualité plus intense que je pouvais le prévoir m'obligent à retarder la publication de la conférence partagée sur Dailymotion. Ce n'est que partie remise...



(1) Cette décision économique a été prise par Cristina Kirchner, qui était alors présidente de la Nation. Comme la plupart des responsables politiques du pays, de droite comme de gauche, elle n’a qu’une très médiocre connaissance de la vérité historique et elle n’aime guère San Martín parce que les dictatures militaires, notamment la dernière, contre laquelle elle a lutté avec vigueur, ont usurpé son nom pour justifier leurs coups tordus (et ce n’est pas tout à fait fini). Au grand dam des admirateurs sincères de ce personnage-clé dans l’histoire du pays et du continent, elle n’a donc eu aucun scrupule à faire déplacer cette date qui sent le soufre à ses narines mal informées. Comme beaucoup de gens, surtout à gauche, elle est victime de l’image militariste qui a été donnée au Père de la Patrie à des fins de propagande antidémocratique. Ce mensonge sur une tel personnage n’aide pas, bien évidemment, à « faire nation ». Un phénomène similaire existe dans les autres pays d’Amérique latine où les « Libertadores », Bolívar, O’Higgins, Artigas, etc., sont mangés à des sauces fort indigestes. Esteban fait partie de ces historiens qui s’efforcent de rétablir la vérité historique auprès du grand public et j’ai pu constater avec lui, à chacune de mes rencontres avec le public en Argentine, à quel point les gens sont heureux et soulagés en nous écoutant de constater qu’ils sont fondés à admirer ce héros de leur histoire qui n’a rien à voir avec le soudard odieux et mal embouché qu’un discours imaginaire continue à raconter à longueur d’année.

Statu quo légèrement amélioré jusqu’à la fin du mois [Actu]

"Faire attention à nous est dans nos mains", dit le gros titre
en reprenant les propos du président hier soir

Hier, lors d’une conférence de presse qui devient habituelle (c’est la onzième sur le même sujet en neuf mois de mandat), le président Alberto Fernández a annoncé les modalités qui s’appliqueront à compter de lundi pour contenir autant que faire se peut l’épidémie de covid-19 en Argentine. Constatant que les Argentins se plaignent du confinement, il a pris soin de rectifier ce point : le pays n'en est plus là mais la presse mainstream continue à employer ce vocabulaire désastreux, comme vous le constaterez sur les unes des trois principaux quotidiens de droite ci-dessous.

Clarín continue de jouer contre le gouvernement avec son gros titre :
"Le confinement n'existe pas" a dit le président
mais il l'a étendu jusqu'au lundi 30
Clarín joue à fond sur la confusion entre les mesures actuelles
et le confinement pur et dur, ce qui aide Mauricio Macri
à jouer lui aussi des différences existant entre l'Argentine et la France.
Quand la basse politique prend le dessus sur les enjeux sanitaires et patriotiques !
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La situation va très peu changer jusqu’au 30 août : les zones les plus affectées, notamment la province de Buenos Aires, restent en phase 3 du déconfinement. La capitale elle-même reste en phase 3 avec des menus assouplissements. Pour quelques autres villes, notamment dans la province de Jujuy (dont le gouverneur vient d’être diagnostiqué positif), les mesures seront plus rigoureuses que celles qui prévalaient jusqu’à présent puisque le nombre de contaminations augmente.

Les particuliers continuent de pouvoir sortir, pour faire des courses et s’adonner à un peu de sport très encadré, ainsi que pour se rendre à leur travail si celui-ci fait partie des activités désignées comme indispensables. Les rassemblements restent interdits et les réunions familiales et amicales sont plus que déconseillées, puisqu’elles semblent être le vecteur le plus important de la contagion. Le président a beaucoup insisté sur la responsabilité individuelle de tout un chacun en faveur de la protection de tous et du système de santé, qui tient bon pour l’instant.

"Confinement étendu et alertes sur le système sanitaire",
titre La Nación au-dessus du désespoir de Lionel Messi,
dont le club a été humilié sur le terrain hier soir
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Depuis deux jours, l’ambiance a changé en Argentine car on a appris que le pays et le Mexique allaient produire pour l’Amérique latine toutes les doses nécessaires du candidat vaccin développé par l’Université d’Oxford et Astra-Zeneca (actuellement en phase 3 de l’expérimentation). Le laboratoire a d’ailleurs annoncé qu’au cas où la formule n’était pas validée, toutes les doses seraient détruites. Néanmoins, même si l’espoir est encore chimérique, l’opinion publique a sans doute l’impression de voir le bout du tunnel, en plus de la fierté que les infrastructures du pays puissent être ainsi utiles à l’ensemble du continent. De là, certains observateurs croient comprendre que le gouvernement va maintenir le régime d’activité actuel jusqu’à la vaccination du grand public.

"Le confinement jusqu'au vaccin? "fait mine de demander La Prensa
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Lundi, qui est un jour férié en Argentine (c’est la fête patriotique de San Martín), on va pouvoir reprendre la pratique de plusieurs sports individuels, dont ceux qui suscitent des matchs (tennis, badminton, escrime, ping-pong). Aucune compétition n’est autorisée à ce stade.

Pour aller plus loin :

mardi 11 août 2020

Les professionnels du football reprennent l’entraînement [Actu]

Le symbole de la reprise pour le club de Racing (photo Service de presse du Racing)
En valeur sur le ballon, le sigle de la AFA, la fédération argentine.

Ce lundi, quelques équipes professionnelles de football ont pu reprendre l’entraînement à Buenos Aires et dans ses environs avec un luxe de précautions sanitaires : masques pour les entraîneurs et tout le personnel technique, médical et paramédical, portiques de désinfection, prise de température pour tout le monde, distances à respecter entre les personnes (pour le moment), le tout précédé par un double jeu de tests médicaux obligatoires pour tous (PCR et prise de sang), pour détecter le virus et les anticorps.

Leonardo Ponzio, l'une des vedettes du River Plate, portant le masque du club
Photo Diego Haliasz / service de presse du River

Ces tests préalables ont permis de révéler que 24 footballeurs étaient porteurs du coronavirus. Ceux-là restent en quarantaine.

Parmi les clubs de retour depuis hier, River Plate et Boca Juniors, qui trustent depuis des décennies les premières places du classement, San Lorenzo de Almagro sur son célèbre stade offert à tous les vents hivernaux, ainsi que des équipes moins connues dans le reste du monde comme Banfield, Racing ou Vélez. En tout, quatorze clubs, parmi les plus riches, ont pu respecter toutes les exigences de ce retour à l’activité collective.

Miguel Angel Russo, l'entraîneur de Boca Juniors
A 64 ans, il est une "personne à risque", il dirige donc l'entraînement avec un porte-voix
Photo Javier García Martín / Service de presse de Boca

Cela faisait 150 jours que ces sportifs n’avaient pas foulé la pelouse de leur stade alors que les compétitions internationales doivent reprendre à la mi-septembre. Ils ont donc un mois pour se remettre en forme professionnelle.

La reprise aux aurores hivernales sur le stade d'entraînement de San Lorenzo
Photo du service de presse du Club San Lorenzo de Almagro

L’information est sur tous les quotidiens, avec un luxueux album de photos sur le site Internet de Clarín. Pas un mot aujourd’hui sur les équipes féminines qui sont soumises aux mêmes conditions sanitaires, alors que certaines footballeuses ont retrouvé le terrain.

Pour aller plus loin :
lire l’article de La Nación

Ajout du 3 septembre 2020 :
Trois semaines après la reprise des entraînements, dix-huit professionnels du Boca Juniors, parmi eux une demi-douzaine de joueurs, viennent d'être testées positifs au Sars-cov-2. Il se pourrait que le nombre de personnes infectées s'élève en fait à 26. Lire à ce sujet cet article de Clarín.

lundi 10 août 2020

L’école reprend dans quelques districts de San Juan [Actu]

Sergio Uñac (avec le pull gris) et son ministre de l'Education à ses côtés
les encadrent les drapeaux argentin (gauche) et sanjuanino (droite)

Aujourd’hui, les élèves des écoles primaires retournent en classe dans quatorze districts de la province de San Juan, celle qui vit naître en 1811 le père de la loi sur l’école obligatoire, gratuite et laïque (1883), le président Domingo Faustino Sarmiento (1811-1888), une très haute figure de l’histoire politique, pédagogique, technique et littéraire de l’Argentine.

Des protocoles stricts ont été mis au point, les cours se font en horaires décalés pour que tous les élèves puissent être accueillis ; chaque établissement dispose d’une salle d’isolement au cas où quelqu’un dans l’école, adulte ou enfant, présenterait soudain des symptômes ; des marques ont été apposées au sol pour garantir les distances entre les personnes et les places des élèves ont été éloignées les unes des autres au sein des salles de cours. Les masques sont obligatoires et les enseignants portent une visière. La prise de température (qui ne sert pas à grand-chose d’ailleurs, puisque la plupart des infectés semblent être asymptomatiques) se prend systématiquement à l’entrée dans l’école.

Escuela José María Paz,
choisie par la province pour illustrer les mesures prises
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Hier, le gouverneur, Sergio Uñac, et son ministre de l’Éducation, ont tenu une longue visio-conférence avec le ministre national de l’Éducation, Nicolás Trotta, pour mettre au point les derniers détails de cette toute première ouverture du pays qui va sans doute servir de laboratoire aux autres entités fédérées (provinces et ville autonome de Buenos Aires).

De l'autre côté de la connexion, le ministre national

Pour en savoir plus :
lire l’article de Diario de Cuyo sur l’état d’esprit de la communauté scolaire en cette rentrée particulière
lire l’article de Diario de Cuyo sur la justification du gouverneur qui voit dans cette rentrée le plus bel hommage qu’il était possible de rendre à Sarmiento dans sa province natale.