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samedi 22 août 2020

La bronca des tangueros menace la tenue du Festival de Buenos Aires [à l’affiche]

Photo Secrétariat au tourisme et à la culture de la Ville Autonome de Buenos Aires

Le Festival de tango de la Ville de Buenos Aires doit s’ouvrir d’ici quatre jours à travers les plateformes numériques mais le mécontentement est grand chez les artistes, qu’ils soient musiciens ou danseurs. Un bon nombre d’entre eux annoncent les uns derrière les autres qu’ils ne participeront pas à cette édition réduite, tout en tâchant de ne pas se fâcher avec son directeur, Gabriel Soria, qui n’est autre que… le président de la Academia Nacional del Tango. Gabriel est aussi un important animateur radiophonique et télévisuel pour l’ensemble du genre.

Aussi les artistes dénoncent-ils, non pas le directeur, qui est pour eux un ami, mais le gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, sa précipitation brouillonne et son manque de concertation avec les « professionnels de la profession ». Ils savant bien que Gabriel est comme eux, soumis aux mêmes contraintes, comme le prouve la situation de l’Académie elle-même au point-mort depuis la mi-mars, avant même que les programmes de cette année scolaire ait pu être lancés…

Même Aurora Lubiz, d’ordinaire si consensuelle, si mesurée et si discrète, laisse échapper sa colère, d’ailleurs parfaitement justifiée puisque les danseurs n’ont pas tous, loin de là, les moyens matériels, l’espace domestique et les outils vidéo dont il faut disposer pour tourner des clips de façon à participer au Mundial ! Décidément, il y a quelque chose de pourri dans le royaume du tango, comme dirait le Grand Will.

Comme il y a deux jours avec l’annonce de la tenue du festival malgré la crise sanitaire, seul Página/12 s’intéresse aujourd’hui au sujet !

Ajout du 24 août 2020 :
lire cet article de La Prensa qui fait du sujet sa une de ce lundi (ci-dessous).

Cliquez sur l'image pour une haute résolution
Ajout du 26 août 2020 :
lire cet article de Página/12, qui s'appesantit sur le mécontentement de nombre d'artistes qui ont refusé de participer.

mercredi 25 novembre 2015

Première Journée internationale El Tango en Escena [à l'affiche]


La Asociación para la promoción y difusión de las artes performáticas (entendez de spectacle) propose pour la première fois une rencontre de trois jours, du 26 au 28 novembre 2015, dans quatre sites distincts de Buenos Aires : la Faculté des sciences sociales de la UBA (Universidad de Buenos Aires), la Bótica del Angel (qui dépend de la Universidad del Salvador, USAL, l'ancienne université jésuite) et la Dirección Nacional de Artes.

La rencontre se compose de cours, démonstrations, tables-rondes et conférences au sujet de la danse de tango, non pas tant dans sa version très spectaculaire du tango de scène (tango escenico) qui touche parfois à l'acrobatie pure et simple mais de l'usage de cette danse dans l'univers du spectacle, où elle peut prendre des formes beaucoup plus authentiques, comme Eduardo et Gloria Arquimbau en ont fait la preuve mille et mille fois dans le monde entier.

Le programme complet. Cliquez sur l'image pour lire

La manifestation est organisée par un comité artistique où siègent des artistes reconnus comme Aurora Lubitz, Milena Plebs, Gachi Fernández, Mario Morales et Leonardo Cuello. Elle bénéficie de soutiens officiels, comme celui du Ministère national de la Culture et la Legislatura Porteña, qui a déclaré l'événement d'intérêt culturel, et de soutiens privés, dont celui de Melografías, le magazine en ligne sur la musique populaire, la revue Balletín (sur toutes les danses) et le magazine Tangauta.

Il est indispensable de s'inscrire par mail (tout est sur le blog). Le montant de la participation est de 300 $ ARG pour couvrir les frais d'organisation mais cela n'a pas un caractère obligatoire. Ceci dit, ce n'est vraiment pas cher !

L'association dispose d'un blog Internet et d'un profil Facebook.

La presse est discrète sur le sujet mais il ne faut pas oublier l'article de Página/12 ce matin et le blog Maldito Tango, hébergé par La Nación.

samedi 22 mars 2014

Milonga de clôture pour le Lady's Tango [à l'affiche]

Ce soir grande milonga animée par l'orchestre Color Tango (qui imite le style de Pugliese) pour achever en beauté la semaine du Lady's Tango, consacrée à la danse et axée sur le rôle de la femme.

Démonstration de Aurora Lubiz et son nouveau partenaire, Jonathan Spitel.

Entrée : 80 $

En présence de l'ensemble des professeurs intervenus pendant la semaine, pour animer les cours, les pratiques et les milongas.


vendredi 21 février 2014

Lady's Tango Festival 2014 : du 16 au 2 mars [à l'affiche]


Le Lady's Tango Festival a commencé comme un festival de tango danse centrée sur la danse féminine pour célébrer le jour international de la Femme le 8 mars.

Mais cette année, cette initiative de la danseuse, chorégraphe et professeur Johana Copes s'étend sur une semaine entière, du 16 au 22 mars.

Programme de cours de technique et de style, d'ateliers, de pratiques, de milongas, de défilés vestimentaires et de démonstrations avec une brochette d'enseignantes de top niveau, dont Aurora Lubiz, dont je vous parle de temps à autre et j'embrasse par la même occasion.

Invité d'honneur : le danseur Juan Carlos Copes (c'est souvent le cas : c'est le papa de la fondatrice)

Plusieurs lieux dont la Academia Nacional del Tango à Monserrat et la Usina del Arte, à La Boca.

dimanche 10 février 2013

Le Lady's Tango Festival attend ces dames à Buenos Aires [à l'affiche]



Comme tous les ans pour le 8 mars, Johana Copes et plusieurs de ses consœurs professeurs de danse, invitent ces dames à un festival d'une semaine, du 2 au 8 mars 2013, axé sur l'expression féminine dans le tango : technique (de conduite et de suivi), style, musicalité, tous les points délicats pour les danseuses de tango, et deux messieurs en invités d'honneur.

Dix-huit cours donnés par sept professeurs dont Johana Copes, Milena Plebs et Aurora Lubiz (dont je vous parle parfois dans ces colonnes) et une grande fête de clôture au Piazzolla Tango, un cena-show de la rue Florida, le tout avec la bénédiction de la Academia Nacional del Tango dont Johana est membre et où elle enseigne.

Une façon comme une autre de fêter la reprise de l'année de travail et – ou de prolonger la saison touristique au-delà de la coupure d'été actuelle.

Pour en savoir plus :
connectez-vous sur le site Internet du festival.

lundi 22 octobre 2012

Buenos Aires, le roman national argentin et la culture populaire, jours 10 et 11 [Agenda de Barrio de Tango]


Museo Casa Carlos Gardel

Nous y voici donc enfin : les deux jours consacrés exclusivement au tango argentin, dans toutes ses dimensions artistiques et culturelles, qui ne se limitent donc pas et de loin à la danse...

* ~* ~* ~*

Avant-dernier épisode de ma série d'articles hebdomadaires, ouverte le 18 septembre dernier, pour vous décrire le programme du séjour culturel que je vous propose de faire à Buenos Aires dans l'automne austral.

Rappel des épisodes précédents (pour lire les articles, cliquez sur le lien) :
le programme des jours 2 et 3 (le jour 1 est celui du vol aller)
Tous ces articles sont rassemblés sous le mot-clé Viaje, sur lequel vous pouvez cliquez dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

* ~* ~* ~*

Le 10ème jour de notre séjour sera consacré, à tout seigneur tout honneur (1), à Carlos Gardel. Le titre de la journée : Carlos Gardel, un immigrant comme les autres ?

Promenade matinale (à une heure raisonnable, on est en vacances) dans le quartier dit El Abasto, où il passa une bonne partie de sa vie, depuis son enfance (il est arrivé à Buenos Aires à tout juste deux ans, en mars 1893), et presque jusqu'à sa mort, intervenue au retour d'une tournée de dix-huit mois, à Medellín, en Colombie, le 24 juin 1935, alors qu'il n'avait pas encore 45 ans.

Ce quartier est habité encore aujourd'hui par son souvenir presque palpable. Il est partout sur les murs et dans les esprits. Le coin doit son nom aux anciennes Halles aux fruits et légumes (Abasto), qui commencèrent comme un marché de plein air en 1893. Il y gagna un peu sa vie en déchargeant des cageots et en aidant les maraîchers et les marchands. A partir de 1936, le marché s'abrita dans ce qui est maintenant le shopping (centre commercial) del Abasto. Un magnifique bâtiment ! Tout près de là, il y avait ce bar où, tout jeune, il gagnait quelques autres sous en imitant les chanteurs lyriques du Teatro Colón où il allait le soir faire la claque ou donner un coup de main aux machinistes. Ce café, fréquenté autrefois par les forts de halles, est devenu un cena-show ultra-sélect, la Esquina Carlos Gardel, dîner-spectacle où les Portègnes ne mettent jamais les pieds. C'est dans ce coin qu'il a habité à partir de 1927 dans une maison toute neuve qu'il avait achetée et qui est aujourd'hui le Museo Casa Carlos Gardel, dont je vous parle quasiment toutes les semaines, rue Jean Jaures 735.

C'est là que nous aurons rendez-vous avec le tango-danse, en fin de matinée, vers 11h sans doute, dans ce patio où il aimait répéter : cours exclusif avec Aurora Lubiz et Luciano Bastos (2).
En fonction du groupe que nous formerons, ce sera soit un cours d'initiation, pour faire cette expérience physique de déplacement culturel (si vous voulez, personne ne vous forcera), soit un autre type de cours, si les danseurs ont déjà une certaine pratique (encore que le retour aux bases n'est jamais mauvais, surtout avec des bons profs ! L'humilité, c'est la seule voie du progrès en tout), soit un mixte des deux.
Les Argentins sont très forts pour s'adapter aux situations les plus variées, je fais entièrement confiance à Aurora et Luciano dans ce domaine comme dans le reste...
Cours exclusif comme il se doit, avec une professeur argentine qui se débrouille en jonglant entre espagnol, italien et anglais, avec une touche de français par ci par là (ça aussi, ça fait partie intégrante de l'expérience du tango-danse, qui est né comme une danse entre des gens qui ne parlaient pas la même langue), et un professeur, brésilien, qui parle français (+ espagnol + portugais + anglais, enfin bref, la totale !).

Après le cours, nous irons déjeuner au Café de los Angelitos, qui était un peu la cantine de Gardel à partir du moment où il a gagné suffisamment bien sa vie avec son art pour se permettre d'aller manger au restaurant toutes les nuits, à partir de 1911 ou 1912.
Dix ans après sa mort, José Razzano, le partenaire de duo de Gardel jusqu'en 1925, écrivit, avec Cátulo Castillo, un tango sur cet établissement pour rendre hommage à l'ami disparu. Ce tango s'intitule Café de los Angelitos et vous pouvez l'écouter, chanté ici par Libertad Lamarque, dans l'audiothèque du site argentin Todo Tango.

Pour ma part, j'ai au Café de los Angelitos le très beau souvenir d'une merienda (five o'clock tea, à la mode argentine) avec mon ami Chilo Tulissi, qui nous a quittés le 11 septembre dernier (voir mes articles sur lui)... Il m'y avait invitée après une longue promenade que nous avions faite en devisant tous les deux le long de Avenida Rivadavia... Que de beaux souvenirs !


Après ce déjeuner, qui est bien entendu compris dans le prix du voyage, nous nous rendrons, sans doute en métro, jusqu'au cimetière de la Chacarita, où la tombe de Gardel (illustration ci-dessus) fait l'objet d'un véritable culte des plus étranges pour nous. Les plaques dont le monument est recouvert au point de presque disparaître sont autant d'ex-votos adressés à un homme qui est presque devenu un dieu. Gardel es Dios, dit-on en Argentine (on le dit aussi de Maradona, d'ailleurs !).
On ne pourra pas voir tout du cimetière de la Chacarita. Il est immense. Mais on passera devant d'autres tombes, qui sont autant de témoignages de ce qu'est la culture populaire là-bas. Car la Chacarita, c'est avant tout le cimetière populaire. Le beau monde préfère reposer du dernier sommeil à la Recoleta...
Sur la photo, vous repérerez (avec de bons yeux, la photo est petite), le monument du poète Celedonio Esteban Flores, l'un des partenaires de création de Gardel : il y a, tout au bout de l'allée, sur la gauche de l'image, une masse grise sous les branches des arbres...

En fin d'après-midi, nous retournerons à notre point de départ : el Abasto et le Museo Casa Carlos Gardel, où nous prendrons le temps de regarder les expositions du moment, l'exposition permanente dans les deux premières pièces et l'exposition temporaire, qui occupe la troisième pièce, tandis que la quatrième est occupée par l'exposé de la carrière de Gardel au cinéma, avec écran sur lequel défilent des extraits de ses films. Dans le patio, quelques recoins fonctionnels évoquent la vie quotidienne, surtout celle de sa mère, qui mourut dans ces murs en juillet 1943 (elle l'a rejoint dans sa tombe de la Chacarita).

A 18h30, comme tous les lundis ou presque, nous pourrons assister au concert habituel, Mis tardes con Gardel, avec les artistes qui seront programmés à ce moment-là...

On sortira très probablement entre 20h30 et 21h. Il sera donc temps d'aller dîner dans un restaurant du coin, ou de rentrer directement à l'hôtel (dînette dans la kichnette dont chaque chambre est équipée et trempette à la piscine ou au jacuzzi pour dormir comme un bébé ?), ou enfin d'aller danser dans l'une des milongas du lundi (la liste est publiée dans les deux revues spécialisées que sont La Milonga Argentina et El Tanguata, dont vous avez les liens permanents dans la Colonne de droite de ce blog, à la rubrique Eh bien ! dansez maintenant).

Le lendemain, nous continuons avec la suite de l'histoire du tango argentin.
C'est Gardel qui lui a donné sa dimension mythique, identitaire, poétique, vocale et son prestige international. Mais il y a un tango après et à côté de Carlos Gardel...

Le lendemain, après le petit-déjeuner, nous commencerons donc notre journée par la visite, à cent mètres de notre hôtel dans la même rue, de la Casa del Bandoneón, du maître-facteur Oscar Fischer.
Ce n'est pas seulement un musée. C'est aussi un atelier de fabrication d'instruments, un atelier d'accordeur, car le bandonéon ne peut pas être accordé par l'instrumentiste, et une école artisanale où Oscar Fischer veut transmettre les bons gestes, la bonne technique, le respect du métier et son éthique (un programme ambitieux et humble à la fois !). Oscar, c'est toute une figure. Cordial, passionné, patriote, cultivé, goguenard... C'est lui qui est à l'initiative de la loi qui protège l'instrument en Argentine et en surveille la sortie du territoire (et ça marche, malgré les doutes que cette mesure avait fait naître en 2009 ! Les douaniers contrôlent en effet, à l'entrée et à la sortie du pays !). Lire à ce propos mon article du 3 novembre 2009 (du temps où la Casa del Bandoneón se trouvait encore, mal logée, dans la rue Defensa, à San Telmo).

Après le déjeuner ou avant (car il y a plein de restaurants sympas de ce côté-là), nous nous retrouverons dans ce carrefour mythique qu'est la esquina Corrientes y Callao. C'est là qu'est implanté le plus emblématique disquaire de Buenos Aires, celui qui offre le choix le plus vaste, même si le phénomène du téléchargement illégal, un désastre en Argentine, l'affaiblit tous les ans un peu plus : Zivals expédie même ses commandes dans le monde entier, à travers sa boutique en ligne tout à fait sécurisée (voir les liens permanents dans la rubrique Les commerçants du Barrio de Tango, dans la partie basse de la Colonne de droite). En face, une autre institution : l'hôtel Bauen, repris de force il y a plusieurs années par ses salariés licenciés qui en ont relancé l'activité à travers une coopérative, l'une des formes de la résistance ouvrière au capitalisme sauvage, dérégulé, des années Menen, qui a conduit le pays dans le mur à Noël 2001 (3).

Après une visite chez le disquaire -ça s'impose quand on est à Buenos Aires- nous prendrons doucement l'avenue Corrientes qui est l'axe historique et névralgique de la culture populaire et du tango comme nous le monteront les théâtres, les musées, les cafés, les librairies, les plaques commémoratives que nous ne pourrons même pas compter, tantôt sur le trottoir nord, tantôt sur le trottoir sud, jusqu'au Luna Park, en passant par l'Obélisque et cette Plaza de la República qui est le grand lieu où les Portègnes se rassemblent dès qu'il y a quelque chose à fêter : la neige tombée le 9 juillet 2007 (ça n'arrive jamais à Buenos Aires, ça !), le Bicentenaire de la Révolution de Mai, un grand match de foot type Argentine-Brésil ou Argentine-Uruguay, une demi-finale de coupe du monde de rugby (si les Pumas ont des chances d'aller en finale) ou n'importe quoi d'autre du moment que c'est un peu exceptionnel.
Cet Obélisque, je vous en parle parfois : il est à Buenos Aires ce que la Tour Eiffel est à Paris, la notoriété mondiale en moins. Il n'imite pas celui de la place de la Concorde comme les Français ont tendance à le croire. Il imite celui qui se dresse sur le National Mail à Washington, celui que l'on voit dans les champs larges des retransmissions de prestation de serment des présidents des Etats-Unis (surveillez votre écran de télé en janvier prochain !). L'Obélisque de Buenos Aires rappelle quatre grandes dates de l'histoire nationale, à commencer par les deux fondations de Buenos Aires. Il a été érigé là en 1936, pour les 400 ans de la première fondation, par Pedro de Mendoza. En mai 2011, en avant-première de la fête nationale du 25 mai, Clarín lui avait consacré un article fouillé auquel j'avais bien entendu fait écho ici, en français (voir mon article du 22 mai 2011).
Avant d'arriver au Luna Park, stade et scène mythiques, nous nous recueillerons devant "Corrientes 348"... Cela ne vous dit rien ? C'est pas possible !
Mais si ! c'est le tout début d'un très célèbre tango qui est au genre ce que La vie en rose est à la chanson française : A medialuz (ici chanté par Gardel, dans l'audiothèque de Todo Tango) (4)

De part et d'autre de l'avenue Corrientes, on rencontre aussi une montagne d'éléments de la tradition du tango.
C'est dans une des rues adjacentes, Uruguay, que se trouve l'adresse où Berthe Gardes a habité avec son fils à partir de 1893.
C'est dans une des rues adjacentes, Montevideo, que se trouvait la fameuse parilla de Bachín, celle rendue si célèbre par la valse de Astor Piazzolla et Horacio Ferrer, Chiquilín de Bachín (à écouter aussi sur Todo Tango) (5).
C'est dans une des rues adjacentes que se dresse la Confitería la Ideal, fondée par un Français, aujourd'hui l'une des meilleures milongas d'après-midi de Buenos Aires.
C'est dans une rue adjacente que l'on lit la plaque qui rappelle l'emplacement du Chantecler, le célèbre cabaret où Juan D'Arienzo connut ses plus beaux succès dans les années 30 et 40.
C'est dans une rue adjacente qu'on trouve le célèbre Teatro Maypo...
Tous les grands du tango ont laissé des souvenirs dans ces parages : Troilo, Di Sarli, Pugliese, Caló, Canaro, Discépolo, Piazzolla sans reparler de Gardel qui est partout.

C'est une des raisons pour lesquelles Corrientes a tant inspiré les auteurs et compositeurs de tango.
Je vous ai fait une petite sélection dans l'audiothèque de Todo Tango :
Café Domínguez, où Pugliese commença sa carrière de pianiste dans la formation de la bandonéoniste Paquita Bernardo (une plaque commémorative marque la hauteur du café disparu sur la façade du CCC Floreal Gorini)
Corrientes y Esmeralda, autre carrefour qui a certes bien changé depuis les années 20 que raconte Celedonio Flores (6)
Tristeza de la calle Corrientes, qui parle des artistes sans le sou "qui se voyaient déjà en haut de l'affiche" et qui ne s'en sortent pas vraiment. Rien n'a beaucoup changé en revanche de ce côté-ci... (7)
et dans le répertoire post-piazzollien, ce Obelisco, de Hipólito Torres, pas très connu comme à peu près toutes les œuvres postérieures à 1975 mais il n'en mérite pas moins un coup d'oreille (8).

Nous finirons notre journée, à un horaire raisonnable, par une visite du Palacio Carlos Gardel, qui n'est autre que le siège de notre chère Academia Nacional del Tango et là, je vous fais mettre, comme au Museo Casa Carlos Gardel, les petits plats dans les grands. Je vous ferai bien entendu moi-même les honneurs du Museo Mundial del Tango, voulu et décrété par le président, Horacio Ferrer, et constitué et conservé par ce collectionneur qu'est Gabriel Soria, premier vice-président de l'institution. Ce sera pour moi une joie particulière, comme vous pouvez l'imaginer.
Et nous nous retrouverons ensuite dans le Salón de los Angelitos Horacio Ferrer pour écouter une conférence en français, donc en exclusivité pour nous : José María (Pepe) Kokubu nous parlera de la longue continuité de l'art vocal occidental qui a abouti au tango-canción tel que Carlos Gardel l'a inventé il y a environ un siècle et tel qu'il continue d'exister de génération en génération, depuis l'art vocal du Moyen-Age en passant par le chant baroque, la dramatisation inventée par Mozart pour la scène d'opéra et par l'île de Cuba, où s'est développé le fonds musical afro-américain qui a ensuite ensemencé toute la musique américaine, le ragtime, le blues et le jazz puis le rock au nord du continent, et au sud, la salsa, la samba, la rumba et jusqu'au candombe, à la milonga et au tango, à travers l'influence de la habanera... Un vrai bijou de conférence que Pepe délivre indifféremment en espagnol, en anglais, en français, en japonais (et je crois bien aussi en italien)... Et si notre Président est à Buenos Aires à cette date sans être occupé à l'autre bout de la ville, il viendra nous saluer ! Il y tient, je vous le promets...

Palacio Carlos Gardel
(au rez-de-chaussée et en sous-sol, le Gran Cafe Tortoni)

Nous finirons donc notre soirée vers 21h30. Donc en début de soirée pour des Argentins. Comme la veille, il restera donc encore pas mal de temps, soit pour aller danser, soit pour aller dîner (un dîner plus festif que ce qu'on peut faire si on enchaîne ensuite sur une milonga), soit pour rentrer sagement à l'hôtel et profiter ou non de la piscine et du jacuzy... Vous faites ce que vous voulez !

Pour aller plus loin :
Sur la Academia Nacional del Tango, le Museo Casa Carlos Gardel, Carlos Gardel, Pepe Kokubu, Gabriel Soria et Horacio Ferrer, vous pouvez en savoir plus avec les articles déjà publiés sur ce blog en cliquant sur leur nom soit dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, soit dans la liste Vecinos del Barrio, dans la Colonne de droite (partie haute).
Dans la rubrique Eh bien ! dansez maintenant, dans la Colonne de droite, vous trouverez le lien vers le site Internet de Aurora Lubiz.
Sur la Buenos Aires de Carlos Gardel, voir mon article n° 1000 du 23 novembre 2009


(1) J'ai déjà utilisé cette expression pour la journée consacrée au Général San Martín et en effet, ils sont deux figures argentines majeures, chacun dans son domaine, San Martín pour la politique et la Révolution, Gardel pour la culture populaire, appelée à devenir peu à peu, dans les décennies qui viennent, la culture argentine tout court. Borges relève lui d'un autre domaine, la culture élitaire et élitiste avec une aspiration affichée à l'universalisme que le tango a pu obtenir en cultivant une idiosyncrasie, notamment linguistique que Borges méprisait copieusement... C'est d'ailleurs souvent dans l'enracinement local que se forge l'universalité d'un genre ou d'une œuvre, mais rarement en recherchant délibérément cette qualité.
(2) Aurora Lubiz et Luciano Bastos sont les deux danseurs dont la photo orne la couverture de mon libre, Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, éditions du Jasmin, mai 2010.
(3) Depuis, le gouvernement fait ce qu'il peut pour rétablir un équilibre régulateur au sein d'un système capitaliste dont le libéralisme n'est tempéré que par la loi. Encore faut-il que cette loi ne soit pas lettre morte, or en Argentine et en matière d'économie, la loi n'est pas toujours respectée...
(4) Chiquilín de Bachín est présenté et traduit dans Barrio de Tango, ouvrage cité, p. 156.
(5) A media luz, dans Barrio de Tango, ouvrage cité, p. 100
(6) Corrientes y Esmeralda, dans Barrio de Tango, ouvrage cité, p. 194.
(7) Tristezas de la calle Corrientes, dans Barrio de Tango, ouvrage cité, p. 207
87) J'ai moi-même présenté à travers mes deux anthologies de nombreux morceaux consacrés à la rue, devenue avenue, Corrientes, et à Carlos Gardel, tant dans Barrio de Tango que dans Deux cents ans après, tant ces deux symboles du tango occupent de place dans le répertoire depuis 1916 jusqu'à aujourd'hui. Mais Todo Tango ne les présente pas tous encore, loin de là...

samedi 10 mars 2012

Rude week-end de rentrée pour les pros de la piste à Buenos Aires [à l'affiche]


Alors que commence le Festival de Tango Indépendant, ce soir, samedi 10 mars 2012, à 23h, se tient la milonga de clôture du festival Lady's Tango, au Piazzolla Tango, un luxueux cena-show de la rue Florida, dans le quartier de San Nicolás, avec une impressionnante pléiade de danseurs professionnels menés par Johana Copes et parmi lesquels vous aurez identifié les noms de Aurora Lúbiz et Luciano Bastos, qui m'ont gracieusement une de leurs photos pour la couverture de mon premier livre (ed. du Jasmin)...


Les mêmes animeront demain soir, à 22h, une autre milonga, traditionnelle celle-là, El Beso, dans le quartier de Balvanera.

Finies les vacances, la vie reprend son rythme ordinaire dans la capitale argentine.

lundi 14 février 2011

Aurora Lubiz et Luciano Bastos reprennent le collier [à l'affiche]

C'est déjà la rentrée pour les danseurs Aurora Lubiz et Luciano Bastos qui feront des démonstrations vendredi prochain, 18 février, après minuit, à la milonga Parakultural, située avenida Scalabrini Ortiz au numéro 1331.

Photo diffusée par les artistes (cliquez sur l'image pour une meilleure résolution)

Aurora et Luciano sont tous deux danseurs et professeurs. Ils enseignent notamment à la Escuela Argentina de Tango, qu'abrite le Centro Cultural Borges, aux Galerias Pacífico. Ce sont eux que vous voyez sur la couverture de Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, au milieu de cette superbe auréole peinte par le fileteador portègne Jorge Muscia... Tous des amis !

Pour en savoir plus sur Aurora et Luciano, cliquez sur son nom à elle dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.
Le mot-clé danse regroupe tout ce qui touche la dimension chorégraphique du tango dans ce blog, que ce soit les milongas, les spectacles ou les cours, là-bas comme ici.

lundi 20 décembre 2010

Présentation de Barrio de Tango au Museo Casa Carlos Gardel – Article n° 1900 [Retour sur images]

Le vendredi 3 septembre 2010, j'avais l'honneur de faire une troisième présentation de mon recueil bilingue de tangos argentins, Barrio de Tango (ed. du Jasmin, mai 2010) à Buenos Aires, dans le patio du Museo Casa Carlos Gardel, le dernier domicile du chanteur qui a été racheté il y a quelques années par le Ministère de la Culture portègne pour en faire un musée public consacré au souvenir d'un artiste mythique.

Pendant la conférence

Comme lors des deux autres présentations, au Centro Cultural de la Cooperación Floreal Gorini le 1er septembre et à la Academia Nacional del Tango le lendemain, le poète Luis Alposta, qui a signé la postface du livre, m'accompagnait. Quelques amis artistes étaient là dans la salle, parmi eux : la chanteuse Lucrecia Merico, la danseuse Aurora Lubiz et le guitariste Alejandro Picciano, qui faisait une courte escale à Buenos Aires avant de poursuivre son voyage vers Córdoba...

Un retour en images que j'avais pensé publier il y a plus d'une semaine, le 11 décembre, fête nationale du tango en Argentine, mais les événements violents qui se passaient au même moment dans le quartier de Villa Soldati m'en avaient ôté l'envie (voir mes articles sur ces émeutes)...

De gauche à droite : Horacio Torres, directeur du Musée, Aurora Lubiz, Alejandro Picciano, Lucrecio Merico, Luis Alposta et moi
(photo prise par Vicky Alposta, merci à elle)

Pour en savoir plus sur mes présentations effectuées à Buenos Aires, cliquez sur le mot-clé pbt dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, ou sur le raccourci présent dans la partie haute de la Colonne de droite.
Pour en savoir plus sur le livre, cliquez sur la couverture affichée dans la rubrique Agenda de Barrio de Tango dans la partie haute de la Colonne de droite.
Pour plus d'images de et sur Buenos Aires, cliquez, dans le bloc Pour chercher, sur les mots-clés Retour sur images ou Chroniques de Buenos Aires (qui rassemble l'ensemble de mes articles écrits au sujet de mes séjours dans la capitale argentine).

samedi 20 novembre 2010

7ème Festival Bailemos Tango à San Telmo [à l'affiche]

C'est une initiative bi-annuelle de Johana Copes, la fille de Juan Carlos Copes, elle-même danseuse, chorégraphe et enseignante. Et cette année, elle a invité son père en guest-star comme on dit en franglish.

Du 28 novembre au 4 décembre, sept couples de professeurs et Johana Copes elle-même se lanceront dans un marathon de 18 classes, à quoi s'ajoutera deux pratiques et une grande milonga avec des démonstrations de tous les professeurs (pour lire les noms, cliquez sur l'affiche pour l'aggrandir).

Parmi ceux-ci, Aurora Lubiz et Luciano Bastos, dont la photo occupe la couverture de mon anthologie bilingue, Barrio de Tango, parue en mai aux Editions du Jasmin (voir l'illustration dans la Colonne de droite, en haut).

Comme à l'automne dernier, la manifestation se tiendra à l'Hôtel Mansión Royal Dandi, rue Piedras au numéro 922, à 300 mètres de Plaza Dorrego.

Pour en savoir plus :
connectez-vous au site du Festival

mercredi 25 août 2010

Ce soir milonga en hommage à Osvaldo Zotto [à l'affiche]

Ce soir, un certain nombre de danseurs professionnels se rassemblent pour animer au Point de Rencontre (Punto de Encuentro) du Festival de Tango de Buenos Aires une milonga en hommage à Osvaldo Zotto, mort cet été au début de l'année.

Parmi les organisateurs, Aurora Lubiz et Luciano Bastos, les deux danseurs qui illustrent la couverture de Barrio de Tango (le livre, paru aux Editions du Jasmin).

La milonga commence à 20h30 et elle est gratuite comme tout ce qui est proposé dans le cadre du festival.

Pour ma part, je pars à Palermo me régaler de la cuisine septentrionale argentine à La Paila et de la musique de Lucio Arce et du Alan Haksten Grupp...

vendredi 9 juillet 2010

Séminaire de danse à Buenos Aires : pour connaître les danseurs de la couverture [à l’affiche]

Aurora Lubiz et Luciano Bastos sont les deux danseurs qui illustrent la couverture de Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, paru aux éditions du Jasmin en mai 2010, une couverture conçue et peinte par le fileteador Jorge Muscia, responsable de l’enseignement des arts plastiques à la Academia Nacional del Tango, à partir d’un cliché pris par Ciro Jeobas.

Tant les deux danseurs que le peintre sont de vrais artistes en char et en os qui exercent vraiment leur art à Buenos Aires même (sans parler ici du photographe, que je remercie au passage).

Aurora Lubiz et Luciano Bastos, qui ont effectué au mois d’avril une tournée en Extrême-Orient avec la troupe du spectacle Café de los Maestros (1), participeront prochainement à un vaste séminaire d’enseignement de la danse organisé durant la dernière semaine de juillet et la première d’août, quand les vacances d’hiver seront terminées, au Studio La Esquina, Sarmiento 722, 4ème étage (2).



En voici le programme (tous les cours sont programmés de 15h à 18) :

Les lundis 26/7 et 2/8, avec Pancho Martínez Pey et Gaby Amalfitani : "Técnica y Musicalidad" (technique et musicalité) - "Milonga Full" (100% milonga)

Les mardis 27/7 et 3/8, avec Fernando Galera et Vilma Vega : "Figuras Rítmicas" - "Dinámicas y Matizes" (dynamiques et nuances) (3)

Les mercredis 28/7 et 4/8, avec Sabrina et Rubén Véliz : "Buscando el Eslabón Perdido" (entre el tango salón y el escenario). Comprenez : chercher le chaînon manquant entre le tango salón et le tango de scène.

Le jeudi 29 juillet, Técnica para la mujer (Technique pour la femme), un cours donné par toutes les professeures (4)
Le jeudi 5 août , Daniel Nacucchio et Cristina Sosa : "Puro Tango Salón (V. Urquiza)" (pur tango salón de style Villa Urquiza)

Les vendredis 30/7 et 6/8, Aurora Lúbiz et Luciano Bastos : "Giros y Sacadas" (tours et sacadas) - "Trabajo de eje y cambios de dirección en piso y aire" (travail sur axe et changement de direction au sol et sans toucher sol)

Les prix par personne sont dégressifs en fonction du nombre de cours pris :
1 cours : 90 $, 2 cours 170 $, 3 cours : 240 $, 4 cours : 300 $, 5 cours : 350 $.

Les professeurs feront aussi des démonstrations les mardis 27 juillet et 3 août à la Milonga La Parakultural (Salón Caning), avenue Scalabrini Ortiz 1331.

Pour en savoir plus :

(1) Le Maestro Jorge Muscia sera lui aussi en Chine dans la deuxième quinzaine de juillet. Il a été invité par le gouvernement de son pays à présenter l’art qu’il pratique, le fileteado, dans le pavillon argentin à l’exposition universelle de Shanghaï.
(2) Il y a de plus en plus d’immeubles à Buenos Aires, y compris dans le centre-ville, et ce ne sont pas nécessairement d’anciennes maisons de maître, de type hôtel particulier comme l’immeuble où est installée la Academia Nacional del Tango. La maison individuelle, qui a longtemps été l’habitat portègne ordinaire et normal, avec son patio et son toit terrasse, tend à disparaître au profit d’immeubles de plus en plus hauts et de plus en plus laids…
(3) Le premier intitulé se passe de traduction, non ?
(4) Aurora Lubiz est la conceptrice d’un enseignement particulièrement performant sur ce sujet. Elle donne notamment ces cours de Technique femmes à la Escuela de Tango Argentino, dans les locaux que ce centre d’enseignement occupe au sein du Centro Cultural Borges, dans les Galerias Pacifico (rue Florida ou Viamonte). Avec Luciano Bastos, elle donne des cours pour couples également à l’EAT. Elle donne aussi dans son propre studio, rue Sarmiento, des cours particuliers et en tout petits groupes (3 ou 4 personnes). Voir son site dans la rubrique Eh bien dansez maintenant ! dans la partie basse de la Colonne de droite.

mercredi 6 janvier 2010

Jour des Rois spécial pour et sur Barrio de Tango [Disques & Livres]

Les Rois Mages, qui distribuent les cadeaux le 6 janvier dans tout le monde hispanophone, ont fait cette année un détour par Barrio de Tango. Leur passage m’a été signalé par mon éditeur qui, lundi soir, m’a annoncé la sortie, fin mars ou début avril 2010, d’un ouvrage qui lui aura demandé, à lui, un an (voire plus) d’un minutieux travail de mise en page et à moi plus 18 mois de recherche et de traduction non-stop en 2006-2007 suivi de 18 autres mois passés à peaufiner l’écriture, à établir les index et à cadrer les illustrations...

Le titre : Barrio de Tango (ça nous aurait étonné aussi qu’il en soit autrement, vous entends-je dire derrière vos écrans).
Le sous-titre : recueil bilingue de tangos argentins (vous vous en doutiez aussi, c’est sûr).
L’éditeur : Les Editions du Jasmin, dirigées par Saad Bouri (ça, vous ne pouviez pas le deviner).
Petite maison indépendante française fondée en 1997, les Editions du Jasmin ont leur siège à Clichy (92), à la limite nord-ouest de Paris.

Ce broli (libro en verlan), de 380 pages, présentera, dans le texte et en français, 231 letras (c’est ainsi qu’on désigne le texte d’une chanson en espagnol), 231 letras de tango, vals, milonga et candombe, dans et avec leur contexte, leurs non-dits, leurs sous-entendus. La sélection couvre une période qui va de 1916, année du premier tango-canción (je ne vous apprends rien), jusqu’en 2008. Elle concerne 96 auteurs (letristas) et plus de 100 compositeurs.

Barrio de Tango (le livre) est aussi un ouvrage illustré, avec dessins et photos (en noir et blanc pour que le prix de l’ensemble reste abordable pour tous, selon une politique commerciale constante des Editions du Jasmin, qui veulent mettre des ouvrages de qualité, agréables à lire et à tenir en main, à la portée du plus grand nombre). J’ai pris moi-même sur place, là-bas, en Argentine et toujours en hiver, lors de mes séjours, la plupart de ces clichés : j’avais envie d’entraîner le lecteur avec moi dans la Buenos Aires que j’aime, le plus loin possible des chromos touristiques (hideux et kitch, alors que l’authenticité portègne recèle un charme irrésistible)... D’autres illustrations m’ont été offertes, non pas tant à moi d’ailleurs qu’au public auquel le livre est destiné : photos inédites envoyées par le poète et essayiste Luis Alposta, par les labels discographiques indépendants Melopea (Litto Nebbia) et Pichuco Records (Francisco Torné), portrait original offert par le peintre Chilo Tulissi (et sa femme Teresa), et sans doute aussi des partitions originales des compositeurs et arrangeurs Javier González et Néstor Tomassini... (1)



La couverture du livre est l’oeuvre d’un grand maître du fileteado, le Maestro Jorge Muscia, membre de la Academia Nacional del Tango, où il est chargé de tout l’enseignement relatif aux arts plastiques. Jorge dispose d’un atelier dans le quartier de San Telmo, dans le coeur historique de Buenos Aires, un atelier qu’il est possible de visiter (sur rendez-vous, bien sûr). En sa qualité d’artiste, Jorge s’investit beaucoup au service de ce qu’il est convenu d’appeler chez nous le bien commun, à travers l’enseignement et le développement du tourisme culturel dans sa ville. Il est aussi l’auteur de la première oeuvre d’art plastique qui ait rendu hommage à Carlos Gardel dans sa ville natale de Toulouse, en Haute-Garonne, et celui d’un Obélisque modèle réduit de celui qui se dresse à Buenos Aires et qu’il a transformé en Totem porteño, avec, pour peintures de guerre, le tango et le visage de Carlitos.... Horacio Ferrer et Raúl Garello lui ont dédié un tango, El fileteador, que vous pouvez entendre dans Diálogo de Poeta y Bandoneón, un disque Pichuco Records et un DVD Aguila Taura (pour vous les procurer, voir la boutique en ligne de Zivals, dans la partie basse de la Colonne de droite).

Sur fond de Croix du Sud, cette constellation de quatre étoiles qui n’est visible qu’au sud de l’équateur et qui symbolise l’Argentine aux yeux de ses habitants, un couple de danseurs, Aurora Lubiz et Luciano Bastos, qui exercent leurs talents eux aussi à Buenos Aires (ici photographiés par Ciro Jeolás). Ils étaient, récemment encore, au nombre des professeurs qui animaient le Festival Bailemos Tango, en décembre dernier, dans un grand hôtel de San Telmo (voir mon article à ce propos). Lorsque vous aurez en main le livre, vous pourrez admirer, dans sa taille définitive, le très beau filete qui entoure le buste des deux danseurs et la très subtile asymétrie de la composition qui est le sceau de ce fileteador (2). Et puis regardez comment le pied d’Aurora désigne la première étoile de la Croix du Sud, dans ce ciel nocturne qui nous est inconnu et qui révèle à nos imaginations de Septentrionaux le "ciel perdu" (cielo perdido) et les étoiles avec lesquelles Homero Manzi éclairait les "marches sans querelle dans les nuits de Pompeya" (Ya nunca alumbraré con las estrellas / nuestras marchas sin querellas / por las noches de Pompeya) dans Sur, sublime tango co-signé avec Pichuco, Aníbal Troilo, qui fut avec Sebastián Piana, José Dames et Cátulo Castillo, l’un des compositeurs des nombreux chefs-d’oeuvre que ce grand poète nous a laissés en héritage, après une carrière aussi courte que féconde (Homero Manzi est mort avant d’avoir atteint ses 44 ans). Pour écouter Sur, chanté ici par Edmundo Rivero, cliquez sur le lien qui vous conduira vers Todo Tango.

Et puis je voulais aussi que cet ouvrage ait une postface.
Je souhaitais qu’elle vienne d’un des poètes présentés et traduits dans le livre.
Luis Alposta, sollicité par moi en août à Buenos Aires, a eu la gentillesse et m’a fait l’honneur d’accepter, sans hésiter une seule seconde. En octobre, il m’a envoyé par mail une des ces pages sobres et concises dont il a le secret et que vous pourrez lire en español, avec traduction en français en face (ouf !). Les lecteurs habituels de ce blog connaissent déjà bien Luis Alposta. Les internautes qui débarquent rencontrent peut-être son nom pour la première fois. En deux mots : c’est un poète, un essayiste et un médecin et vous pourrez vous en rendre compte en lisant les articles que je lui ai consacrés (cliquez sur son nom pour y accéder). Luis a beaucoup travaillé avec Edmundo Rivero jusqu’à la mort de ce grand créateur et interprète, en 1986. Edmundo Rivero a mis en musique, chanté et enregistré plusieurs de ses poèmes. Aujourd’hui, Luis travaille avec des musiciens comme Daniel Melingo, Juan Tatá Cedrón (le chanteur, guitariste et compositeur du Cuarteto Cedrón) et avec cet autre guitariste et compositeur du tango contemporain qu’est Acho Estol, qui anime avec sa femme, la chanteuse Dolores Solá, le groupe La Chicana qui se produira à Paris le 13 février prochain (Festival Au fil des Voix, à l’Alhambra dans le quartier de la République).
Luis Alposta est membre de la Academia Nacional del Tango, où il occupe le siège Tiempos Viejos (un tango à écouter ici chanté par Carlos Gardel) et il est Vice-président de la Academia Porteña del Lunfardo.

Dans Barrio de Tango (le livre), vous trouverez, dans le texte et en traduction française, un bon nombre de morceaux traditionnels et quelques autres récents, donc beaucoup moins connus, et même des inédits, dont une chanson de Alorsa (l’insertion de Para verte gambetear étant prévue depuis très longtemps, bien avant qu’une crise cardiaque ne nous enlève l’ami et l’artiste le 30 août dernier), un poème de Luis Alposta en hommage à Osvaldo Pugliese, un autre de Alberto Ortiz en hommage également au troesma (maestro en verlan) dont les enregistrements ont marqué les plus beaux moments de mon initiation au tango, une letra de Juan Vattuone et une autre de Alejandro Szwarcman.

Je les remercie tous du fond du coeur de leur générosité et de la confiance qu’ils me font en s’en remettant ainsi à moi pour faire connaître leur travail ici.

Parmi tous ces tangos qu’on entend si fréquemment dans les milongas, dans les cours et sur les compilations discographiques, Barrio de Tango (le livre) présente, en version originale et en traduction française, 23 letras de Homero Manzi (le recueil a été conçu pour le plus gros pendant l’année Homero Manzi, dans les 8 premiers mois de 2007), 14 letras de Enrique Cadícamo, 5 de Cátulo Castillo, 7 de Pascual Contursi, 11 de Enrique Santos Discépolo, 8 de Homero Expósito, 12 de Horacio Ferrer, 12 aussi de Celedonio Esteban Flores, 11 de Alfredo Le Pera. Vous trouverez aussi des tangos, des valses et des milongas de grands compositeurs consacrés par le temps et le succès : de Francisco Canaro, il y en a 4, de Juan D’Arienzo 5, de Carlos Di Sarli 4, de Carlos Gardel 13, de Sebastián Piana et de Astor Piazzolla 8 chacun, de Osvaldo Pugliese 9 et de Aníbal Troilo 10, pour ne citer qu’une huitaine de noms parmi les plus prestigieux.

Le livre se présente comme un guide touristique, une sorte de promenade dans Buenos Aires, sa géographie, son histoire, ses coutumes, son actualité artistique et urbanistique, puisque cette ville est intimement liée au tango et vice-versa, comme vous l’avez déjà bien compris si vous visitez ce blog régulièrement. Le recueil s’agence ainsi en 37 chapitres, comportant chacun 5 à 7 textes en version bilingue. On passera d’un chapitre à l’autre grâce à des récits d’une ou deux pages, qui éclairent, en français, des points cruciaux du contexte, car sans ce contexte, le lecteur non argentin passe à côté de la moitié des richesses d’un tango, quand ce n’est pas plus.

Le livre fera très prochainement l’objet d’une souscription dont je vous tiendrai informés.
Les animateurs du réseau tanguero francophone (professeurs de danse, associations, responsables de milonga et j’en passe) auront bien sûr la possibilité de passer des commandes groupées. Ils peuvent pour cela prendre directement contact avec Monsieur Saad Bouri, patron des Editions du Jasmin par mail (le fax et le téléphone sont sur son site), selon l'adage que les méthodes les plus simples sont aussi les plus efficaces.

Les libraires eux aussi peuvent d’ores et déjà se rapprocher de l’éditeur lui-même (par mail, ou téléphone ou fax selon leur préférence).

Barrio de Tango sera présenté, en France, en Belgique, en Suisse, ailleurs... au gré des invitations (conférence, rencontre-débat ou séance de signature) qui me seront adressées soit personnellement sur ma messagerie par mail, soit par l’entremise de Saad Bouri, des Editions du Jasmin (contact mail). Au fur et à mesure que des dates seront prises, elles seront annoncées dans ces colonnes.

Pour découvrir les Editions du Jasmin et leur catalogue consacré aux cultures du monde et à la littérature jeunesse, vous pouvez visiter le site de cette maison à la politique culturelle courageuse et originale (mail, fax, téléphone et adresses s’y trouvent qui vous permettront de prendre contact avec Saad Bouri, le directeur).

Pour en savoir un peu plus, en français, sur les auteurs et musiciens cités ci-dessus, vous pouvez cliquer sur leur nom dans la rubrique Vecinos del Barrio, dans la partie haute de la Colonne de droite, ou dans le corps même de l’article que vous lisez. Ces raccourcis et ces liens vous conduiront à l’ensemble des articles que je leur ai consacrés dans ce blog, à l’heure où vous parcourez cette page.
Pour découvrir les deux peintres dont j’ai parlé, Jorge Muscia et Chilo Tulissi, vous pouvez faire de même et vous reporter aussi à leurs sites respectifs. Vous en trouverez les liens dans la partie basse de la Colonne de droite (rubrique Artistes plastiques).

Pour ceux qui veulent se faire une idée préalable du style de mes traductions, au-delà des extraits que j’ai semés au long de mes déjà 1100 articles depuis le 19 juillet 2008, ils peuvent se rendre sur le site de Gisela Passi et Rodrigo Rufino, mes professeurs de tango ici en France (Colonne de droite, rubrique Eh bien dansez maintenant !). Sur la page Ecouter de la version française du site, Rodrigo et Gisela mettent en ligne diverses traductions que j’ai réalisées en exclusivité pour eux et leurs élèves, la mise en ligne est renouvelée périodiquement toutes les 2 à 3 semaines.
Il s’agit bien sûr de grands tangos du répertoire et ils ne figurent pas pour autant dans le corpus de l’anthologie à paraître dans trois mois. Dans un seul volume papier maniable, en version bilingue et avec des commentaires, il est en effet impossible de rassembler l’intégralité du répertoire traditionnel du tango. Celui-ci compte beaucoup trop de titres. Pas loin de 300 rien que pour le tango-canción et presque autant pour les morceaux instrumentaux ! Imaginez un peu ce travail de Romain ! (3)

En guise de conclusion et parce que c’est aujourd’hui Día de Reyes et que c’est donc le jour des cadeaux, je vous invite à cliquer sur le lien qui suit, pour écouter une très belle version de Barrio de Tango, le chef d’oeuvre immortel de Homero Manzi et Aníbal Pichuco Troilo, qui donne son nom à ce livre et à ce blog.
Ajout du 7 avril 2010 :
Lire mon premier article de présentation du disque joint (à l'ouverture de la souscription)
Lire
mon second article sur le disque joint (avec facsimilé de la page du livre)

(1) Ce à quoi, les vedettes du jour, Gaspard, Melchior et Balthazar auront peut-être ajouté un bonus (sans supplément de prix, cela va sans dire). Mais chut ! On saura ça en sortie de presse. Je reviendrai vers vous avec la bonne nouvelle à ce moment-là. D’ici là, comme on dit à Buenos Aires pour attirer las buenas ondas : Pugliese, Pugliese, Pugliese... le compositeur a la réputation de porter chance et on l’invoque à tout bout de champs pour cela ! Je vous promets que c’est vrai.
(2) A Buenos Aires, vous pourrez rencontrer quantité de fileteadores plus faiseurs qu’artistes qui vous enseigneront que le secret de "leur art" consiste à décalquer sur papier le motif de droite pour le reproduire parfaitement à gauche. Le résultat donne un dessin qui, sur le coup, vous en fiche plein les mirettes et déclenche la mitraille photographique des cars de touristes mais au bout de quelques secondes, cette émotion se sera évaporée sans même que vous sachiez où elle est passée. Jorge n’utilise pas le papier calque, ni pour les fresques murales qu’il réalise dans les bâtiments publics (en particulier à l’Ambassade d’Argentine à Mexico), ni pour les enseignes, ni pour les décors de théâtre ni pour les pochettes de disque, ni pour les couvertures de livre que tous les connaisseurs de fileteado lui commandent d’un peu partout...
(3) Sans parler du prix exorbitant auquel serait vendue une telle somme....

mardi 8 décembre 2009

Festival internacional de Tango Queer à Buenos Aires [à l’affiche]

Affiche extraite du site du Festival

C’est quelque chose qui ne plaît pas à tout le monde là-bas (le machisme argentin, ce n’est pas des blagues), mais qui existe, se maintient et même se développe envers et contre tout (1). Ce festival, iconoclaste à plaisir et à rebrousse-poil des stéréotypes populaires, se déroule depuis hier 7 décembre et jusqu’au dimanche 13, un peu partout dans le centre de Buenos Aires, avec une fête finale et champêtre à Tigre, dans le Delta du Paraná, au nord-ouest de la capitale argentine (voir la promenade du dimanche 30 août dernier et les photos que j’en ai rapportées dans ce blog au mois de septembre). Et si ce festival s’appelle queer, c’est par anglicisme : queer en anglais, c’est "bizarre". A New York et dans quelques villes plus tolérantes et cosmopolites que d’autres aux Etats-Unis, l’adjectif désigne tout ce qui est homosexuel d’une manière un peu moins agressive, voire plus amicale, que d’autres termes, franchement injurieux...

Hier lundi, a eu lieu à 22 h le cocktail d’inauguration avec un Café Concert à Bien Porteño, une salle très en vogue de l’avenue Rivadavia (au n° 1392), avec, entre autres, la chanteuse Lucrecia Merico, que mes lecteurs connaissent bien, venue chanter quelques tangos reos qu’elle chante d’ordinaire avec Valeria Shapira (reportez-vous à mes articles sur ces deux artistes et leur spectacle, Las Minas del Tango Reo).

Ce soir, mardi 8 décembre, à 22h, c’est la fête d’ouverture, avec un bal à la Milonga Tango Queer, haut lieu du tango homosexuel de la rue Perú 571 en plein micro-centro portègne, avec le groupe d’électrotango Debayres (là aussi, ça plaît ou ça ne plaît pas, la plupart des passionnés de tango dénient l’appartenance au genre à ce type de musique assistée par ordinateur).

Demain, rendez-vous dans l’autre haut lieu du tango gay, la milonga La Marshall, dans la rue Maipú 444, là encore dans le centre de Buenos Aires. Au programme, des démonstrations du couple de danseurs Aurora Lubiz et Luciano Bastos (je vous ai quelques fois parlé de la Maestra Aurora Lubiz, récemment parce qu’elle est aussi au Festival Bailemos Tango, qui se tient cette semaine dans un hôtel 5 étoiles de San Telmo et il y a plus longtemps parce que je suis ses cours à la Escuela de Tango Argentino lorsque je me trouve moi-même à Buenos Aires).

Jeudi 10 décembre, à 23h : nuit de gala dans la prestigieuse Confitería La Ideal, à ne pas manquer avec son décor fleurdelysé en hommage à la femme du premier propriétaire, qui était française (Suipacha 380, au 1er étage). Il y aura un orchestre : Los Reyes del Tango, une formation instrumentale qui reproduit le style de Juan D’Arienzo.

Le Festival fête lui aussi en plein air le Día nacional del Tango, vendredi soir, avec une pratique, des démonstrations et un spectacle de... flamenco, au 2450 de la rue Perón.

Retour le lendemain à 23 h pour une nuit de clôture à Bien Porteño et le surlendemain tout se terminera par des chansons par un dimanche au bord de l’eau, toute une journée en plein air à Tigre, agrémentée d’un déjeuner dans l’une des îles du Delta, pour lequel il est impératif de réserver et au plus tôt via le site, multilingue, du Festival.

(1) Même Mauricio Macri, dont le gouvernement, celui de la ville autonome de Buenos Aires, soutient le développement du tourisme homosexuel de luxe dans la capitale argentine, où se construit à Puerto Madero un hôtel 5 étoiles dont on dit qu’il sera réservé à une clientèle gay et lesbienne (!), a finalement fait machine arrière sur. Il a fait appel de l’autorisation judiciaire donnée à un couple d’hommes pour se marier à Buenos Aires et l’affaire est repartie pour un tour.