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vendredi 17 septembre 2021

Le Festival de Tango de Buenos Aires, c’est en ligne ! [à l’affiche]

En gros titre principal : "Le peuple payera les pots cassés"
(au sujet de la première phase des élections de dimanche)
En dessous : "La Ville s'habille en tango"
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Hier, le Festival de Tango de Buenos Aires s’est ouvert hier avec un peu de public à la Usina del Arte (le grand complexe municipal de spectacle) et beaucoup de distanciel, grâce à la chaîne Youtube officielle Vivamos Cultura (Vivons Culture).

Une soirée d’ouverture qui rendait hommage à Aníbal Troilo, une façon très consensuelle de lancer la manifestation, ce qui est de bon augure en pleine période électorale.

Tous les événements sont gratuits et leur retransmission leur donne un retentissement plus large que les années précédentes.

Au programme cette année : un hommage à Piazzolla (dont c’est le centenaire) et un autre à Maradona (mort il y a quelques mois), un concert pour les 80 ans du pianiste José Colángelo et un autre pour ceux de la chanteuse María Garay, la participation de plusieurs chanteurs bien connus des lecteurs de Barrio de Tango (Cucuza, El Chino Laborde, Cardenal Domínguez), une conférence-visite de l’atelier du fileteador Jorge Muscia (1). Et beaucoup d’autres, malgré les restrictions dues à la crise sanitaire.

Programme officiel
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Le festival se répartit sur plusieurs quartiers et de très nombreux lieux, dont plusieurs milongas qui rouvrent pour la première fois leurs portes à cette occasion (avec enfin la mise au point de protocoles consensuels). Le Teatro Colón lui-même sera mis à contribution au cours de la semaine.

Le festival et le Mundial s’achèveront dans dix jours, le 26 septembre.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12
lire l’article de La Prensa (le seul quotidien national qui ait mis l’événement à sa une hier)
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
accéder au site Internet Vivamos Cultura (du ministère de la Culture de la Ville Autonome de Buenos Aires).

Ajout du 22 septembre 2021 :

lire cet article de La Nación, sous la plume de Mauro Apicella, sur l’hommage à Maradona hier au festival, où a bien sûr résonné l’hymne tanguera à D10s qu’est Para verte gambetear, du regretté Alorsa, une chanson que j’ai traduite dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, paru en 2010 aux Éditions du Jasmin (la maison d’édition vient de mettre en place sur son site la vente en ligne de tous ses titres).



(1) Jorge Muscia est membre de la Academia Nacional del Tango, qu’il a contribué à mettre en place aux côtés de Horacio Ferrer, qui nous a quittés en 2014. Jorge est l’auteur du logo de l’institution. C’est lui qui m’a fait l’honneur d’accepter d’illustrer la couverture de mon premier livre, Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins (Éditions du Jasmin).

mercredi 24 juin 2015

Ce soir, Oratorio Carlos Gardel au Museo Mundial del Tango Horacio Ferrer [à l'affiche]

Filete du peintre Jorge Muscia pour Oratorio Carlos Gardel
Fonds de  la Academia Nacional del Tango

Ce soir, 24 juin 2015, la Academia Nacional del Tango célèbre les quatre-vingts ans d'immortalité de Carlos Gardel avec une projection unique d'un documentaire fiction qui date de 1990, l'année de la fondation de l'institution, et qui porte sur une œuvre profane conjointe de Horacio Salgán et Horacio Ferrer : Oratorio Carlos Gardel. La projection de ce soir prend place dans une semaine entière consacrée au souvenir du Zorzal criollo, qui a commencé lundi avec Quiero al Tango et continuera demain avec une autre soirée ouverte à tous.

outre les deux auteurs de l'oratorio, le compositeur et le poète, Desde el azul del cielo (tel est le titre du film) rassemble les danseurs Miguel Zotto, Osvaldo Zotto et Milena Plebs, ainsi que l'artiste peintre, Lulú Michelli, la femme de Horacio Ferrer, entre autres intervenants.

Le film reprend pour titre un vers de Alfredo Le Pera, décédé dans le même accident que Gardel, à Medellín, un vers extrait du tango El día que me quieras, écrit et composé pour le long-métrage musical homonyme, le dernier film tourné par Gardel à New York, l'année même de leur mort. Il n'était pas encore sorti lorsque l'accident survint sur cette piste d'aérodrome...

Desde el azul del cielo n'est jamais sorti dans aucun circuit commercial. C'est donc sa toute première projection publique.

Entrée libre et gratuite, un peu avant 19h30, au siège de la Academia Nacional del Tango, Palacio Carlos Gardel, premier étage, avenida de Mayo 833.

lundi 27 septembre 2010

La Academia Nacional del Tango ramène sa fraise (1) sur Barrio de Tango [ici]

C’est avec beaucoup d’émotion à la fin du mois d’août dernier, en vacances à Buenos Aires, que j’ai appris que le Conseil d’Administration (Consejo Directivo) de la Academia Nacional del Tango avait décidé de me décerner le titre de Académica Correspondiente en París, pour soutenir mon travail de vulgarisation de la culture tanguera ici, en Europe francophone. Et c’est pourquoi à la mi-septembre, ceux d’entre vous qui visitent la Colonne de droite, ont vu apparaître, tout en bas, à côté de mon profil, le pierrot de Commedia dell’Arte, avec fraise et couvre-chef musicaux, du logo de cette institution nationale de droit public qui vient de fêter ses 20 ans d’existence (voir à ce propos mon article du 28 juin 2010).

La présentation de Luis Alposta, au début de la soirée (photo Vicky Alposta)

Le titre d’académicien correspondant se matérialise par une attestation écrite qu’on appelle diploma en Argentine, un grand papier de format A3 fait pour être encadré et exposé bien en vue, et, comme vous le savez si vous lisez régulièrement ce blog, il se remet généralement lors d’un Plenario, une séance académique, dirions-nous en français, lesquels Plenarios ont lieu les 1ers et 3èmes lundis de chaque mois, d’avril à décembre. Manque de chance pour moi, les dates de mon séjour ne permettaient pas de caler cette remise dans aucun des deux Plenarios du mois d’août. Exceptionnellement, cette cérémonie a donc eu lieu le jeudi 2 septembre, un jour de grand vent, de pluie, de froid (ce qu’on appelle là-bas la Sudestada) et de… grève du métro par-dessus le marché (2). Exceptionnellement aussi, Horacio Ferrer n’avait pas pu se rendre disponible (les vicissitudes vont toujours en groupe). Il faut dire que Monsieur le Président a un agenda de ministre et que, pour arriver à le voir, il faut parfois, pour ne pas dire souvent, viser avec beaucoup de précision même quand on passe à Buenos Aires plus de 3 semaines d’affilée… Ce fut donc Luis Alposta, en sa qualité d’Académico Titular (il occupe le fauteuil Tiempos Viejos, comme vous pouvez le constater à la page 129 de Barrio de Tango, le livre,s'entend), qui officia durant la brève cérémonie qui servit de conclusion à la présentation que je faisais précisément ce jour-là de ce livre et du présent blog. Qu’il en soit remercié ici et aussi pour tout ce que lui et sa femme, Vicky, ont fait, pendant ces trois semaines, pour me faciliter la vie et soutenir les présentations du livre, sur un rythme passablement soutenu.

No comment !

Retour sur images sur ce moment émouvant de mon séjour à Buenos Aires.

De gauche à droite : Luis Alposta, l'académicienne française, Walter Piazza et Héctor Negro, dans le couloir du Museo Mundial del Tango,
après la séance académique (photo Vicky Alposta et il y a aussi une photo avec elle)

Et parce que le week-end dernier, j'ai eu un choc violent en lisant sur Internet une contrevérité manifeste sur la Academia Nacional del Tango (3), alors qu’il ne m’était jamais venu à l’esprit que le caractère officiel et public de cette institution puisse être mis en doute par qui que ce soit, je vous présente ci-après, en version bilingue, les quelques extraits du décret 1235/1990 du Pouvoir Exécutif National argentin qui l’institue et la régit et dont tout un chacun peut prendre connaissance sur le site Web de l’ANT (le lien se trouve dans la rubrique Les Institutions, dans la partie inférieure de la Colonne de droite).

Las razones de su creación
(Extraído del Decreto del Poder Ejecutivo Nacional Nº 1235/1990)

“Que el Tango como arte musical, coreográfico, poético e interpretativo, lleva un siglo de vigencia inalterable como expresión auténtica y profunda del pueblo argentino.”
“Que esta vigencia creadora del Tango está en no menos de cincuenta mil (50.000) obras compuestas, editadas y estrenadas y que existen, desde fines del siglo XIX, más de cincuenta mil versiones grabadas de dichas obras en diversos soportes fonográficos, cinematográficos y de otro tipo en la República Argentina y en todo el mundo.”
“Que dicha creación del Tango ha representado, como pocas artes nacionales y desde principios de este siglo, a la República Argentina en todo el mundo.”
“Que es de toda justicia que el Estado le otorgue la significación que corresponde a esta manifestación cultural, ratificando el amor y la adhesión plena que nuestro pueblo naturalmente le concede.”

Les raisons de sa création
(extrait du Décret du Pouvoir Exécutif National n° 1235/1990

"Attendu que le Tango comme art musical, chorégraphique, poétique et comme art de l’interprétation compte un siècle d’existence inaltérable comme expression authentique et profonde du peuple argentin ;
"Attendu que cette existence créative du Tango se retrouve dans rien moins que cinquante mille (50 000) œuvres composées, éditées et créées et qu’il existe, depuis la fin du 19ème siècle, plus de cinquante mille versions enregistrées des dites œuvres sur différents supports phonographiques, cinématographiques et d’autre sorte dans la République Argentine et dans le monde entier ;
"Attendu que la dite création du Tango a représenté, comme l’ont fait peu d’arts nationaux et depuis le début de ce siècle, la République Argentine dans le monde entier ;
"Attendu qu’il est de toute justice que l’Etat octroie à cette manifestation culturelle la signification qui lui revient, en ratifiant l’amour et l’adhésion pleine et entière que notre peuple lui porte naturellement ;
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Los Fines
(Extraído del Decreto del Poder Ejecutivo Nacional Nº 1235/1990)

“Que dicho patrimonio artístico nacional debe ser recopilado, ordenado, estudiado y salvado definitivamente de toda posibilidad de pérdida o destrucción.”
“Que las tradiciones atesoradas por el tango deben ser preservadas, objeto de docencia, de estímulo a nuevas creaciones y ser definidas nacional e internacionalmente, todo ello de manera orgánica.”
“Que estos propósitos podrán se completa y finalmente satisfechos con la creación de la Academia Nacional del Tango de la República Argentina que podrá cumplir con estos y otros objetivos, dentro del régimen de funcionamiento fijado por los artículos 1, 2 y 3 del Decreto Ley Nº 4362 del 30 de noviembre de 1955 y sus modificaciones.”

Les fins [poursuivies]
(extrait du Décret du Pouvoir Exécutif National n° 1235/1990)

"Attendu que le dit patrimoine artistique national doit être collecté, ordonné, étudié et préservé définitivement de toute possibilité de déperdition ou de destruction ;
"Attendu que les traditions accumulées par le tango doivent être préservées, faire l’objet d’enseignement, de stimulation des créations nouvelles et être définies au niveau national et international, tout cela de manière organique ;
"Attendu que ces objectifs pourront être complètement et définitivement satisfaits par la création de l’Académie Nationale du Tango de la République Argentine qui pourra remplir ces objectifs et d’autres, dans le cadre du régime de fonctionnement fixé par les articles 1, 2 et 3 du Décret Loi n° 4362 du 30 novembre 1955 et ses amendements ;
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Le 30 août avec Rodolfo Ghezzi, le tout récent Académico Correspondiente en Madrid (Plenario du 16 août 2010),
près du bandonéon de Troilo, couloir du Museo Mundial del Tango (photo Walter Piazza)
à l'issue de la préparation de la soirée du 2 septembre avec Walter Piazza

(1) à l’intention des lecteurs non francophones : "ramener sa fraise", ici, est un jeu de mot. L’expression argotique "ramener sa fraise" veut dire "arriver", "venir". La "fraise" est ici synonyme de "visage" et elle fait, en l’occurrence, office de métonymie en désignant la personne elle-même. Mais la fraise, en matière de costume, c’est aussi ce col particulier qui se portait à la Renaissance et qu’arbore encore le Pierrot de Commedia dell’Arte finissante du 18ème siècle, dessiné par le fileteador Jorge Muscia, à qui l’on doit ce logo de la Academia Nacional del Tango, avec ce personnage mélancolique, amoureux naïf et dédaigné par Columbine, archétypes dans lesquels on peut reconnaître aussi l’ouvrier délaissé qui dit "je" dans tant de letras des débuts du tango-canción et la coquette qu’il aime sans en être aimée, qui apparaît dans les tangos sous la figure de la milonguera, de la mina, de la paica, bref de celle qui l’a quitté pour un riche amant ou pour une carrière en trompe-l’œil d’entraîneuse de cabaret. Et si vous regardez bien le dessin du logo, vous remarquerez que le col et le chapeau sont deux bandonéons déployés… Il fallait le faire, tout de même !
(2) La grève, surprise, a duré toute la journée et bloqué toute la ligne A pendant toute la durée du service. Or la ligne A est précisément celle qui dessert la Academia !!!!! Ajoutez à cela qu’une vague de grippe avait cloué au lit tout au long de la semaine et les uns derrière les autres 90% des amis que j’ai là-bas. Moi-même, j’en étais sortie à grand-peine la veille (j’avais passé le week-end au fond de mon lit… à dormir). Une invraisemblable Bérésina, rattrapée par l’humour de Luis et Vicky Alposta, Walter Piazza, Héctor Negro ou Pepe Kokubu (dont je garde la photo par-devers moi pour d'autres usages....), la sollicitude de Pablo Marasco, le flûtiste de La Biyuya, échappé de la bibliothèque au-dessus, et une invraisemblable rencontre avec un ami parisien égaré au beau milieu de Buenos Aires, entre autres témoins amicaux de cette présentation que la furie des éléments n’a finalement pas réussi à faire échouer…
(3) L'erreur, faite de bonne foi, a depuis été dument et très rapidement corrigée. Ce qui méritait d'être dit. On aimerait que les journalistes, par exemple, si nombreux à dire ou à écrire tant d'âneries sur le tango, soient aussi prompts à revenir sur leurs affirmations hasardeuses.

vendredi 17 septembre 2010

Retour sur images : la présentation de Barrio de Tango au CCC [Disques & Livres]

Emotions fortes lors de ce séjour à Buenos Aires, le premier depuis que le projet, présenté là-bas aux artistes dès août 2007 d’une anthologie bilingue qui ne ressemble à rien de connu, est devenu une réalité, sous forme d’un vrai libre, sur du vrai papier, avec une vraie maison d’édition qui fait un vrai boulot de diffusion et de distribution…

Avant le début de la conférence mais il fait déjà nuit...

Première rencontre avec le public portègne… et platense (il y en eut trois en tout avec l'un et l'autre public) et première remise de diplôme (au sens argentin du terme) au Centro Cultural de la Cooperación Floreal Gorini, dit CCC, une rencontre inscrite au programme de présentation bibliographique de la Ciudad del Tango (voir mon article du 19 août 2010), le département de recherche dont le coordinateur, Walter Alegre, fut le premier Argentin à m’accueillir le premier jour de mon premier séjour dans la capitale (en août 2007). Notre amitié date de ce soir-là, un 17 août, alors qu’il m’avait reçue dans son bureau, dans un CCC désert (vous pensez : un jour férié !) et avait fini, au bout d’une heure de discussion passionnée de part et d’autre, par m’inviter à la bonne franquette à continuer la discussion chez lui autour d’un verre de vin et d’un plateau de fromage avec deux de ses amis (dont le peintre qui signe toutes les affiches de Tango de Miércoles, que vous pouvez découvrir en cliquant sur le mot-clé CCC dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus).

De droite à gauche : Luis Alposta, moi-même, Jorge Muscia et Chilo Tulissi

La toute première présentation a donc eu lieu là, dans l’une des salles de conférence du 3ème étage, avec un tour de table flatteur pour moi : le poète Luis Alposta qui lança la soirée (c’est lui qui a signé la postface de cet ouvrage), le fileteador Jorge Muscia, qui a signé la couverture, et cet autre artiste peintre (et autre ami très cher) qu’est Chilo Tulissi, qui m’a autorisée à reproduire l’un de ses tableaux que je préfère, Sin vuelta, à la page 167 et m’a offert cet portrait à l’encre de Chine de Pugliese que vous pouvez voir à la page 171 (1).

Lorsque Chilo prend la parole pour me laisser calmer une horrible quinte de toux (je sortais d'une grippe !)
Au centre de l'image, Jorge Muscia, auteur de la couverture du livre

Je voudrais profiter de cet article pour remercier les photographes de la soirée, Vicky Alposta, l’épouse de Luis (grande amie elle aussi), et Benoît Malval, un lecteur du blog et du livre, dont j'ai fait la connaissance sur place et qui suit à Buenos Aires une longue formation chorégraphique. Il m’a révélé à cette occasion des talents photographiques que je tiens à saluer…

La présentation s’est achevée sur un petit hommage à Alorsa, deux jours après le premier anniversaire de son décès. Luis a lu Vuelve el Tango, l’un de ses récits les plus significatifs, et j’en ai donné la traduction en français, au plus grand soulagement de mes deux compatriotes présents dans cette petite salle, une traduction qui paraîtra en fin d’année dans une seconde anthologie, à l’esprit et au contenu différents de la première (2). Tout le monde a applaudi, en particulier les parents d’Alorsa qui me faisaient l’amitié d’être venus de La Plata avec plusieurs des amis de leur fils. Leur émotion à tous fut si vive de constater qu’une Française connaissait et appréciait cette œuvre, que beaucoup d’Argentins ignorent encore malheureusement, que dès le lendemain après-midi, le téléphone sonnait chez moi : c’était Juan Silva, producteur à Radio Provincia Buenos Aires, qui me demandait une interview à donner en direct, le lendemain, dans l’émission Y la Radio BA (3) à l'occasion de l'annonce d'une fête à venir en souvenir d'Alorsa dont je vous ai parlé ailleurs (voir mon article du 4 septembre 2010) et dont je vous reparlerai à travers un Retour sur Images d'ici quelques jours (c'est très long, de préparer ces reportages photographiques).

La remise du diplôme

Enfin, avant la dispersion, Luis Alposta tint à me remettre un diplôme par lequel la Junta de Estudios Históricos de Villa Urquiza, qu’il a fondée et dont il est le président, me faisait Visitante Ilustre de ce quartier, où, en plus de toute la famille Alposta, j’ai encore bien d’autres amis (Cucuza était dans la salle et Melopea est dans le disque, collé à l'intérieur de la couverture du bouquin). Avant moi, un Espagnol et un Japonais ont déjà reçu le même très beau papier, que je vous laisse admirer ci-dessous.



(1) A l'impression, le numéro de cette page a été omis mais les pages environnantes sont bel et bien numérotées, donc vous vous y retrouverez tout de même...
(2) Il faut bien se renouveler. L’ouvrage doit paraître dans la Revue Triages, des Editions Tarabuste, rue du Fort, 36170 Saint-Benoît-du-Sault.
(3) Ce qui se traduit : Et la radio est en marche. Il y a en fait un jeu de mot dans ce titre entre le verbe va, de ir, aller, ici marcher, fonctionner, aller bien, et les initiales de la province de Buenos Aires (BA). La prononciation est la même.

jeudi 26 août 2010

Jamais deux sans trois, dit-on [à l'affiche]

Jamais deux sans trois mais cette fois-ci, Buenos Aires y va très, très fort. Pour le plus grand honneur de celle qui signe ces lignes, naturellement (je ne vais pas me plaindre en plus !)

Il y aura en tout 3 présentations de Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, paru en mai 2010 aux Editions du Jasmin (voir leur site Internet). Toutes d'entrée libre et gratuite, pour autant que je le sache.... Toutes avec la présence de Luis Alposta, postfacier de l'ouvrage et ardent diffuseur de l'information sur Buenos Aires. Le peintre Chilo Tulissi participera de la première présentation et le fileteador (donc un peintre lui aussi) Jorge Muscia de la première et de la troisième au moins (pour la seconde, je ne sais pas encore).

La première se tiendra le 1er septembre, à 19h, au Centro Cultural de la Cooperacion Floreal Gorini, dit aussi CCC, Corrientes 1543 ("Corrientes 248", c'est bien dans le bouquin, mais c'est autre chose et franchement, c'est vraiment beaucoup, beaucoup plus loin, plus d'un kilomètre !)
La seconde le 2 septembre à 19h30, à la Academia Nacional del Tango, Avenida de Mayo 833, premier étage (et il est fort probable que l'ascenseur ne marchera toujours pas!).
La troisième le 3 septembre à 19h, au Museo Casa Carlos Gardel comme je vous le disais dans un article paru dans ce blog à la date d'hier (Jean Jaures 735).

Et alors tenez-vous bien, ce n'est pas fini !
Non seulement, il y a trois présentations, ce qui vous montre un peu l'enthousiasme des tangueros portègnes pour le travail que je m'efforce de mener à bien de l'autre côté de l'Atlantique, avec ou sans connexion internet convenable, et leur remarquable sens de l'improvisation qui vaut  une standing ovation : il y a  tout juste 15 jours, rien de tout cela n'existait, même pas en rêve.
Mais en plus, je vais recevoir 2 diplômes, l'un de la part du Cercle des Etudes Historiques du Quartier de Villa Urquiza qu'a fondé et que préside Luis Alposta (ce sera au CCC mais je ne le sais qu'à moitié) et l'autre de la part de la Academia Nacional del Tango (la remise aura lieu dans ses locaux et je suis tout à fait au courant mais seulement depuis quelques heures, le temps qu'il m'a fallu pour que mes mains arrêtent de trembler et de se tromper systématiquement de touche sur le clavier... Ce qui leur arrive encore trop souvent  à mon goût mais c'est tout de même moins fréquent).

Pour lire l'invitation de la Academia, cliquez sur l'image (ajout du 1er octobre 2010)

Et maintenant, direction le Centro Cultural Torcuato Tasso, à quelques cuadras de l'appartement que j'occupe, parce que les diplômes, c'est bien beau. Mais une fois qu'on les a, il faut encore mériter de les garder. Imaginez un peu le travail ! Je vais passer une bonne partie de la soirée à applaudir toutes les trois minutes les Frères Butacas (Hermanos Butacas), Juan Vattuone et le groupe de Angel Pulice et Ruth de Vicenzo... Est-ce que c'est une vie, ça !

mercredi 25 août 2010

Présentation de Barrio de Tango au Museo Casa Carlos Gardel [à l'affiche]

Ce sera la deuxième présentation portègne de mon recueil bilingue de tangos argentins publié au printemps 2010 à Paris aux Editions du Jasmin : elle aura lieu le vendredi 3 septembre à 19h au Museo Casa Carlos Gardel, Jean Jaurés 735, une adresse des plus tangueras de cette ville qui n'en manque pas (dans le quartier de l'Abasto, les lecteurs fidèles  savent ça par coeur). Avec ça, j'écris ce billet alors que la 2 x 4 nous passe El dia que me quieras chanté par el Zorzal Criollo, Gardel lui-même.

La conférence elle-même sera gratuite.
L'entrée au Musée est payante mais à titre symbolique (1 $).

M'accompagneront à cette présentation Luis Alposta (postface) et Jorge Muscia (couverture).

L'information n'est pas encore sortie dans la presse, le Musée lancera ses invitations d'ici la fin de la semaine.

Invitation du Museo
(ajout du 9 septembre 2010)

La permière présentation aura lieu au CCC Floreal Gorini le 1er septembre, à 19h, comme je l'ai signalé dans un article précédent.

Je suppose que je ferai un reportage photographique sur ces présentations à mon retour dans mes pénates européennes. D'ici là, les articles de ce blog manquent singulièrement d'illustration, je suis bien d'accord avec vous, mais à la guerre comme à la guerre : je me débrouille avec les moyens de la partie Linux d'un notebook souffreteux...

jeudi 19 août 2010

Présentation de Barrio de Tango au CCC (article n° 1599) [à l'affiche]

Mail envoyé par le CCC pour annoncer la conférence
(ajout du 9 septembre 2010)

Mon anthologie bilingue Barrio de Tango, parue en mai de cette année en France aux Editions du Jasmin, fera l'objet d'une présentation (en espagnol, cela va de soi), à Buenos Aires, le mercredi 1er septembre 2010, à 19h, au CCC Floreal Gorini, Corrientes 1543.

Assureront avec moi la présentation le poète Luis Alposta, qui a signé la postface, le fileteador Jorge Muscia, qui a composé et réalisé la couverture, et le peintre Chilo Tulissi, qui m'a offert un portrait original de Pugliese réalisé pour mon livre. Comme Jorge et Luis, Chilo a accompagné mon projet depuis pusieurs années.

Tous les trois m'ont fait bénéficier de leurs immenses connaissances du tango et de son histoire et le livre doit beaucoup à leur sollicitude, à leur amitié et à leur érudition.

Nous profiterons de l'occasion pour rendre un hommage à Alorsa, dont une chanson est intégrée à l'anthologie. Le 30 août qui vient, cela fera un an qu'il nous a quittés, emporté par un infarctus imprévisible et suraigu.

La soirée est organisée par Walter Alegre, coordinateur du département La Ciudad del Tango, qui sera présent et que je remercie du bon accueil qu'il m'a toujours réservé à Buenos Aires.

Pour en savoir plus (en espagnol), voir l'article consacré à la soirée dans le blog de la Ciudad del Tango en cliquant sur le lien.

Des problèmes informatiques très agaçants m'empêchent actuellement de mettre à jour ce blog aussi souvent que j'aimerais le faire. Que les lecteurs fidèles, qu'ils soient en Europe, en Argentine ou en Uruguay, veuillent bien m'en excuser. A mon retour en Europe, avec un ordinateur qui ne partira pas en carafe comme ce notebook, pourtant dernier cri, je reprendrai le rythme normal de parution et rattraperai le retard accumulé à Buenos Aires.

jeudi 24 juin 2010

Il y a 75 ans aujourd'hui disparaissait La Voz, qu'on appelait aussi El Mudo [Troesma]

Academia Nacional del Tango, 1er étage.
Au fond, encadrant l'entrée de El Rincón de los Académicos, à droite, le portrait de Gardel, à gauche celui de Juan Carlos Cobián
Au-dessus de la porte au premier plan, le fileteado de Jorge Muscia représentant l'Oratorio Carlos Gardel, où Gardel est flanqué du compositeur et du poète.

Le 24 juin 1935, sur l'aérodrome de Medellín, en Colombie, peu avant 15 h, l'avion, où avaient pris place Carlos Gardel, Alfredo Le Pera, Guillermo Barbieri, Angel Riverol et José María Aguilar, les trois guitaristes du chanteur, ainsi que ses deux secrétaires, celui qui parlait anglais et celui qui parlait espagnol, prenait feu comme une torche, après une collision au sol avec un autre avion, qui arrivait en sens inverse.

Carlos Gardel, Alfredo Le Pera et Guillermo Barbieri moururent sur le coup. Riverol mourut le surlendemain des suites de ses blessures. Aguilar s'en sortit vivant, par miracle, comme le secrétaire anglophone, José Plaja. Mais Aguilar y laissa deux doigts et mourut deux ans plus tard.

Tandis que la nouvelle se diffusait sur tout le continent, du nord au sud et dans toute l'Europe et qu'elle atteignait ainsi Berthe Gardés, la mère de Gardel, alors en vacances dans sa famille à Toulouse, la ville de Medellín veillait toute la nuit les 18 morts de cet accident atroce qu'elle enterra le lendemain.

Les Colombiens firent un beau tombeau à Carlos Gardel, en attendant de savoir ce qu'il adviendrait de son corps, qui ne fut rapatrié, par mesure d'exception, à Buenos Aires qu'en février 1936.

C'était les dernières semaines de sa grande tournée mondiale, la plus longue qu'il avait jamais faite. Il était sur le retour vers Mi Buenos Aires Querido (1), que l'on peut ici l'entendre chanter grâce à Todo Tango.

Invierno del Treinta y cinco
La Muerte quiere saber
a quien mató
Horacio Ferrer, Oratorio Carlos Gardel (musique de Horacio Salgán), 1974

Hiver de 1935
La Mort veut savoir
qui elle a tué.
(traduction Denise Anne Clavilier)

(1) Mi Buenos Aires Querido fait partie des tangos présentés dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, éditions du Jasmin, mai 2010. Pour connaître l'intégralité des oeuvres présentées et traduites, consultez l'article que j'ai consacré à la table des matières. La couverture du livre a été réalisée par Jorge Muscia, dont une oeuvre illustre cet article.

dimanche 10 janvier 2010

La danseuse Milena Plebs se raconte dans Clarín pour la reprise de Tramatango [à l’affiche]

Affiche tirée du blog de Milena Plebs

La danseuse Milena Plebs, formée par la danse classique et passée depuis plusieurs années désormais au tango, reprend à partir du 14 janvier 2010 son spectacle chorégraphique Tramatango, dont elle est la chorégraphe, l’une des 15 interprètes, titulaires et remplaçants confondus, et la co-productrice (MilenaTango) avec le Teatro Presidente Alvear, Corrientes 1659. Tramatango a été créé le 14 novembre dernier et s’est donné jusqu’au 13 décembre 2009. Les décors sont du fileteador Jorge Muscia et ça se voit (allez regarder les photos que propose le site du Complexe Théâtral de Buenos Aires et cette affiche, publiée par Milena Plebs, sur laquelle elle exhibe sa jambe fileteada par ce pinceau passablement reconnaissable. Vous pouvez aussi lire cet article de décembre 2008 que je lui ai consacré, pour sa participation au Festival Tango Danza Teatro dans la capitale argentine). Jorge Muscia travaille souvent pour le théâtre et pour la danse (il a récemment fait aussi un body painting sur le corps nu d’une danseuse pour la couverture du numéro 174 de El Tangauta, celui d'avril 2009, qui a mis la Buenos Aires du tango tout sens dessus-dessous). Il est aussi l’artiste qui a signé la couverture que je publie prochainement aux Editions du Jasmin en France (voir mon article sur ce livre, qui fait la part belle à la couverture réalisée par Jorge). Vous trouverez son site dans la Colonne de droite, dans la partie basse, celle des liens externes, dans la rubriques Artistes plastiques.

Tramatango, d’une durée approximative de 75 minutes, se déroule en 3 tableaux, Sintonías, Pugliese Yumba et Tango Congo et il mêle le tango et la danse contemporaine. Les trois tableaux sont comme autant de paysages, de regards et de styles différents. Le premier tableau s’attache au monde urbain d’aujoud’hui, le second à un hommage à Osvaldo Pugliese et à son orchestre, le troisième pose la question de l’origine africaine du tango. Au milieu de nombreux tangos, valses et milongas classiques, dont Ninguna, Negracha, A Evaristo Carriego, La Yumba, Milonga del 900 et la traditionnelle Cumparsita qui termine le spectacle comme de bien entendu, Milena Plebs a choisi aussi des morceaux de musiciens contemporains, comme les compositeurs Sonia Possetti et Ramiro Gallo.

Le spectacle reprend le 14 janvier et se donnera toutes les semaines du jeudi au dimanche à 21h30 au Teatro Alvear. Prix des places : de 45$ à 15$, sauf le jeudi, où les prix sont plus bas, à 25 et 10$. C’est ce qu’on appelle le día popular. Le Teatro Alvear est un théâtre public et ce prix est vraiment très bon marché. Dans les théâtres privés des alentours, vous pouvez constater la différence !

A l’occasion de cette reprise, le quotidien Clarín donne la parole à la danseuse et chorégraphe qui se raconte...

Verbatim
Comencé a tomar clases de danza a los 10 años. A los 13, comencé a viajar de Temperley al centro a tomar clases. A los 15 quería dejar la secundaria y dedicarme a bailar. Cuando bailaba era de los pocos momentos en que sentía plenitud total: los conflictos adolescentes se evaporaban. De grande, tras 20 millones de años de psicoanálisis, puedo decir que encontré plenitud en muchos otros momentos más allá de la danza.

J’ai commencé à prendre des cours de danse à 10 ans. A 13, j’ai commencé à aller de Temperley au centre de Buenos Aires pour prendre des cours. A 15 ans, je voulais laisser le lycée et me consacrer à la danse. Quand je dansais, c’était l’un de ses rares moments où je ressentais une plénitude totale : les conflits de l’adolescence s’évaporaient. Plus vieille, après 20 millions d’années de psychanalyse, je peux dire que j’ai trouvé la plénitude à beaucoup d’autres moments au-delà de la danse.

Con Tramatango lo que sucedió fue muy fuerte emocionalmente hablando: volver a estar vinculada al Complejo Teatral Buenos Aires. Estuvimos ensayando en el octavo piso del San Martín, donde tomaba clases cuando estaba en el grupo de danza contemporánea, de los 18 a los 25, y después, en los '90, con Tango x 2, también hicimos funciones en el San Martín y en el Alvear.

Avec Tramatango, ce que s’est passé a été très fort du point de vue émotionnel : me retrouver attachée au Complexe Théâtral de Buenos Aires. Nous avons répéter au 8ème étage du Complexe San Martín (1), où je prenais des cours quand j’étais dans le groupe de danse contemporaine, de 18 à 25 ans, et plus tard, dans les années 90, avec Tango x 2 (2), nous donnions aussi des spectacles au San Martín et à l’Alvear.

Copes me enseño mucho. Postura, la colocación de los pies, la dinámica. Y me decía: hay que maquillar tus piernas. Mis piernas tenían la fuerza de la danza y él las quería más elegantes: me aconsejaba medias de red y hasta el tipo de zapatos que tenía que usar. [...]

Copes (3) m’a appris beaucoup. La posture, le placement des pieds, la dynamique. Et il me disait : il faut que tu maquilles tes jambes (4). Mes jambes avaient la force de la danse et lui les voulait plus élégantes. Il m’a conseillé des bas résilles et jusqu’au type de chaussures qu’il fallait que je porte. [...]

A los once años mi mamá me llevó a ver el ballet de Oscar Araiz al San Martín, a la sala Martín Coronado. Se paró el mundo. Me acuerdo el programa: Aló, un dúo con música de Albinoni, Big Sweet con música de Cat Stevens y Casa de Puertas, una adaptación de Ana Itelman de La casa de Bernarda Alba. Yo quiero hacer eso, le dije a mi mamá, cuando salimos caminando por la avenida Corrientes.

Quand j’ai eu 11 ans, ma mère (5) m’a emmenée voir le ballet d’Oscar Araiz au San Martín, dans la salle Martín Coronado (6). Le monde s’est arrêté de tourner. Je me rappelle le programme : Aló, un duo sur une musique d’Albinoni, Big Sweet sur une musique de Cat Stevens et Casa de Puertas, une adaptation par Ana Itelman de La Casa de Bernarda Alba [de Federico García Lorca]. C’est ça que je veux faire, ai-je dit à ma mère, quand nous sommes sorties à pieds dans l’avenue Corrientes.

Estaba con Miguel Zotto, estábamos juntos. Había aprendido con él a bailar tango. Y nos ofrecen integrar Tango Argentino. Fue una enorme duda dejar el Ballet del San Martín. La obra estaba rompiendo todo y me mandé: fue una gira de ocho meses, la más larga que hice en mi vida. Todo un desafío: hacía poco que estaba con Miguel, y era un baile nuevo, y bailar con tacos, y siguiendo a un hombre. En un mundo bravísimo. En Tango Argentino eran todos unas águilas: había, la verdad, una competencia feroz.

J’étais avec Miguel Zotto. Nous étions ensemble. J’avais appris à danser le tango avec lui. Et on nous a proposé de faire partie de Tango Argentino (7). J’ai énormément hésité à quitter le Ballet du San Martín. Il s’agissait de rompre avec tout et je me suis lancée : ça a été une tournée de huit mois, la plus longue que j’ai faite dans ma vie. Un défi complet : cela faisait peu de temps que j’étais avec Miguel et c’était une danse nouvelle [pour moi] et danser avec des talons et suivre un homme. Dans un monde pas commode. Dans Tango Argentino, c’était tous des rapaces : à vrai dire, il y avait une concurrence terrible.

No es fácil explicar cómo se fragua el tango en mi cuerpo. Mi familia es de clase media, nada que ver con el bajo fondo tanguero, pero es algo que vibra en mí, que me trasciende. Yo hago una interpretación un poco delirante: mi apellido, Plebs, es una palabra en latín que tiene que ver con los plebeyos, con el pueblo. En el sentido más profundo, me siento muy cómoda en el tango. Los movimientos en espiral del cuerpo, esta cosa de acción y reacción de la pareja, siento que es como una identidad mía.

Ce n’est pas facile d’expliquer comment le tango s’installe dans mon corps. Ma famille appartient à la classe moyenne, rien à voir avec la bas-fond tanguero, mais c’est quelque chose qui vibre en moi, qui me transcende. Je donne une interprétation un peu délirante : mon nom de famille, Plebs (8), est un mot qui en latin a à voir avec les plébéiens, avec le peuple. Dans le sens le plus profond, je me sens à l’aise dans le tango. Les mouvements en spiral du corps, cette affaire d’action et de réaction du couple, je ressens que c’est comme mon identité.

Durante varios años escribí en El Tangauta sobre aspectos de la danza. Estoy en 24 artículos y empecé a pensar en un libro. No creo que lo del tango sea una moda. En tiempos de tanta redefinición de los roles masculinos y femeninos, no es casual que aparezca esta danza del abrazo, para volver a jugar en los planos activos y receptivos: porque la mujer, en el tango, no es pasiva sino receptiva.

Pendant plusieurs années, j’ai écrit dans El Tangauta (9) sur des aspects de la danse. Je figure dans 24 articles et j’ai commencé à penser à un livre. Je ne crois pas que ce qui tourne autour du tango soit une affaire de mode. Dans une époque où il y a une telle redéfinition des rôles masculins et féminins, ce n’est pas un hasard qu’apparaisse cette danse de l’étreinte pour se remettre à jouer sur les plans actifs et réceptifs : parce que la femme, dans le tango, n’est pas passive, elle est réceptive.
(Traduction Denise Anne Clavilier)




Pour aller plus loin :
Vous reporter à l’article complet de Clarín
Visiter la page consacrée à Tramatango sur le site du Complejo Teatral de Buenos Aires
Visiter le site de Milena Plebs
Visiter le blog de Milena Plebs
Lire le numéro 182 de El Tangauta de décembre de 2009 (c'est le dernier numéro publié). Pour télécharger les textes, il faut vous identifier sur le site et pour effectuer votre premier téléchargement, créer votre compte au préalable. Dans ce numéro 182, vous trouverez aussi un hommage original que Jorge Muscia a rendu à "San Pugliese", à l'occasion de l'anniversaire de naissance de Osvaldo Pugliese, "canonisé" par le peuple portègne et presque tous les musiciens populaires argentins.

(1) Un autre théâtre du Complejo teatral de Buenos Aires, situé à quelques centaines de mètres du Teatro Alvear, sur l’avenue Corrientes, un peu plus à l’est et sur le trottoir opposé...
(2) Tango par deux, tango pour deux, nom de la compagnie qu’elle avait fondée avec son compagnon, dont elle s’est récemment séparée avec pertes et fracas, le danseur Miguel Angel Zotto, dont le frère cadet vient de disparaître (voir
mon article d'hier sur Osvaldo Zotto).
(3) Il s’agit du danseur et chorégraphe Juan Carlos Copes.
(4) Elle a donc bien retenu la leçon !
(5) Quel que soit leur âge et leur rang dans la société, les Argentins parlent plus volontiers de leur mamá et de leur papá, voire de leur vieja et de leur viejo, que de leur père et mère, là où les francophones européens nous n’employons que ces derniers termes, réservant à un cercle intime les diminutifs Papa et Maman.
(6) Le théâtre San Martín a une multitude de salles. L’un des étages est même occupé par les studios des deux radios publiques de Buenos Aires, la 2x4 et Radio Ciudad, que vous pouvez écouter par streaming en direct, sur Internet. Les liens aux deux chaînes se trouvent dans la rubrique Ecouter, de la partie inférieure de la Colonne de droite.
(7) Une troupe de danse.
(8) C’est encore plus vrai qu’elle ne le croit. Plebs, -bis, en latin, c’est la plèbe, les hommes libres les plus humbles de la Rome républicaine, c'est-à-dire les artisans et paysans, qui exprimaient leur vote après les patriciens, et donc généralement dans le même sens qu’eux. Les membres de la plèbe n’avait qu’un très rare accès aux magistratures de la République et une culture distincte de celle de la classe plus aristocratique que constituaient les patriciens.
(9) Une revue de référence pour le tango danse à Buenos Aires. Vous trouverez le lien à son site dans la rubrique Eh bien dansez maintenant !, dans la Colonne de droite (partie inférieure).

mercredi 6 janvier 2010

Jour des Rois spécial pour et sur Barrio de Tango [Disques & Livres]

Les Rois Mages, qui distribuent les cadeaux le 6 janvier dans tout le monde hispanophone, ont fait cette année un détour par Barrio de Tango. Leur passage m’a été signalé par mon éditeur qui, lundi soir, m’a annoncé la sortie, fin mars ou début avril 2010, d’un ouvrage qui lui aura demandé, à lui, un an (voire plus) d’un minutieux travail de mise en page et à moi plus 18 mois de recherche et de traduction non-stop en 2006-2007 suivi de 18 autres mois passés à peaufiner l’écriture, à établir les index et à cadrer les illustrations...

Le titre : Barrio de Tango (ça nous aurait étonné aussi qu’il en soit autrement, vous entends-je dire derrière vos écrans).
Le sous-titre : recueil bilingue de tangos argentins (vous vous en doutiez aussi, c’est sûr).
L’éditeur : Les Editions du Jasmin, dirigées par Saad Bouri (ça, vous ne pouviez pas le deviner).
Petite maison indépendante française fondée en 1997, les Editions du Jasmin ont leur siège à Clichy (92), à la limite nord-ouest de Paris.

Ce broli (libro en verlan), de 380 pages, présentera, dans le texte et en français, 231 letras (c’est ainsi qu’on désigne le texte d’une chanson en espagnol), 231 letras de tango, vals, milonga et candombe, dans et avec leur contexte, leurs non-dits, leurs sous-entendus. La sélection couvre une période qui va de 1916, année du premier tango-canción (je ne vous apprends rien), jusqu’en 2008. Elle concerne 96 auteurs (letristas) et plus de 100 compositeurs.

Barrio de Tango (le livre) est aussi un ouvrage illustré, avec dessins et photos (en noir et blanc pour que le prix de l’ensemble reste abordable pour tous, selon une politique commerciale constante des Editions du Jasmin, qui veulent mettre des ouvrages de qualité, agréables à lire et à tenir en main, à la portée du plus grand nombre). J’ai pris moi-même sur place, là-bas, en Argentine et toujours en hiver, lors de mes séjours, la plupart de ces clichés : j’avais envie d’entraîner le lecteur avec moi dans la Buenos Aires que j’aime, le plus loin possible des chromos touristiques (hideux et kitch, alors que l’authenticité portègne recèle un charme irrésistible)... D’autres illustrations m’ont été offertes, non pas tant à moi d’ailleurs qu’au public auquel le livre est destiné : photos inédites envoyées par le poète et essayiste Luis Alposta, par les labels discographiques indépendants Melopea (Litto Nebbia) et Pichuco Records (Francisco Torné), portrait original offert par le peintre Chilo Tulissi (et sa femme Teresa), et sans doute aussi des partitions originales des compositeurs et arrangeurs Javier González et Néstor Tomassini... (1)



La couverture du livre est l’oeuvre d’un grand maître du fileteado, le Maestro Jorge Muscia, membre de la Academia Nacional del Tango, où il est chargé de tout l’enseignement relatif aux arts plastiques. Jorge dispose d’un atelier dans le quartier de San Telmo, dans le coeur historique de Buenos Aires, un atelier qu’il est possible de visiter (sur rendez-vous, bien sûr). En sa qualité d’artiste, Jorge s’investit beaucoup au service de ce qu’il est convenu d’appeler chez nous le bien commun, à travers l’enseignement et le développement du tourisme culturel dans sa ville. Il est aussi l’auteur de la première oeuvre d’art plastique qui ait rendu hommage à Carlos Gardel dans sa ville natale de Toulouse, en Haute-Garonne, et celui d’un Obélisque modèle réduit de celui qui se dresse à Buenos Aires et qu’il a transformé en Totem porteño, avec, pour peintures de guerre, le tango et le visage de Carlitos.... Horacio Ferrer et Raúl Garello lui ont dédié un tango, El fileteador, que vous pouvez entendre dans Diálogo de Poeta y Bandoneón, un disque Pichuco Records et un DVD Aguila Taura (pour vous les procurer, voir la boutique en ligne de Zivals, dans la partie basse de la Colonne de droite).

Sur fond de Croix du Sud, cette constellation de quatre étoiles qui n’est visible qu’au sud de l’équateur et qui symbolise l’Argentine aux yeux de ses habitants, un couple de danseurs, Aurora Lubiz et Luciano Bastos, qui exercent leurs talents eux aussi à Buenos Aires (ici photographiés par Ciro Jeolás). Ils étaient, récemment encore, au nombre des professeurs qui animaient le Festival Bailemos Tango, en décembre dernier, dans un grand hôtel de San Telmo (voir mon article à ce propos). Lorsque vous aurez en main le livre, vous pourrez admirer, dans sa taille définitive, le très beau filete qui entoure le buste des deux danseurs et la très subtile asymétrie de la composition qui est le sceau de ce fileteador (2). Et puis regardez comment le pied d’Aurora désigne la première étoile de la Croix du Sud, dans ce ciel nocturne qui nous est inconnu et qui révèle à nos imaginations de Septentrionaux le "ciel perdu" (cielo perdido) et les étoiles avec lesquelles Homero Manzi éclairait les "marches sans querelle dans les nuits de Pompeya" (Ya nunca alumbraré con las estrellas / nuestras marchas sin querellas / por las noches de Pompeya) dans Sur, sublime tango co-signé avec Pichuco, Aníbal Troilo, qui fut avec Sebastián Piana, José Dames et Cátulo Castillo, l’un des compositeurs des nombreux chefs-d’oeuvre que ce grand poète nous a laissés en héritage, après une carrière aussi courte que féconde (Homero Manzi est mort avant d’avoir atteint ses 44 ans). Pour écouter Sur, chanté ici par Edmundo Rivero, cliquez sur le lien qui vous conduira vers Todo Tango.

Et puis je voulais aussi que cet ouvrage ait une postface.
Je souhaitais qu’elle vienne d’un des poètes présentés et traduits dans le livre.
Luis Alposta, sollicité par moi en août à Buenos Aires, a eu la gentillesse et m’a fait l’honneur d’accepter, sans hésiter une seule seconde. En octobre, il m’a envoyé par mail une des ces pages sobres et concises dont il a le secret et que vous pourrez lire en español, avec traduction en français en face (ouf !). Les lecteurs habituels de ce blog connaissent déjà bien Luis Alposta. Les internautes qui débarquent rencontrent peut-être son nom pour la première fois. En deux mots : c’est un poète, un essayiste et un médecin et vous pourrez vous en rendre compte en lisant les articles que je lui ai consacrés (cliquez sur son nom pour y accéder). Luis a beaucoup travaillé avec Edmundo Rivero jusqu’à la mort de ce grand créateur et interprète, en 1986. Edmundo Rivero a mis en musique, chanté et enregistré plusieurs de ses poèmes. Aujourd’hui, Luis travaille avec des musiciens comme Daniel Melingo, Juan Tatá Cedrón (le chanteur, guitariste et compositeur du Cuarteto Cedrón) et avec cet autre guitariste et compositeur du tango contemporain qu’est Acho Estol, qui anime avec sa femme, la chanteuse Dolores Solá, le groupe La Chicana qui se produira à Paris le 13 février prochain (Festival Au fil des Voix, à l’Alhambra dans le quartier de la République).
Luis Alposta est membre de la Academia Nacional del Tango, où il occupe le siège Tiempos Viejos (un tango à écouter ici chanté par Carlos Gardel) et il est Vice-président de la Academia Porteña del Lunfardo.

Dans Barrio de Tango (le livre), vous trouverez, dans le texte et en traduction française, un bon nombre de morceaux traditionnels et quelques autres récents, donc beaucoup moins connus, et même des inédits, dont une chanson de Alorsa (l’insertion de Para verte gambetear étant prévue depuis très longtemps, bien avant qu’une crise cardiaque ne nous enlève l’ami et l’artiste le 30 août dernier), un poème de Luis Alposta en hommage à Osvaldo Pugliese, un autre de Alberto Ortiz en hommage également au troesma (maestro en verlan) dont les enregistrements ont marqué les plus beaux moments de mon initiation au tango, une letra de Juan Vattuone et une autre de Alejandro Szwarcman.

Je les remercie tous du fond du coeur de leur générosité et de la confiance qu’ils me font en s’en remettant ainsi à moi pour faire connaître leur travail ici.

Parmi tous ces tangos qu’on entend si fréquemment dans les milongas, dans les cours et sur les compilations discographiques, Barrio de Tango (le livre) présente, en version originale et en traduction française, 23 letras de Homero Manzi (le recueil a été conçu pour le plus gros pendant l’année Homero Manzi, dans les 8 premiers mois de 2007), 14 letras de Enrique Cadícamo, 5 de Cátulo Castillo, 7 de Pascual Contursi, 11 de Enrique Santos Discépolo, 8 de Homero Expósito, 12 de Horacio Ferrer, 12 aussi de Celedonio Esteban Flores, 11 de Alfredo Le Pera. Vous trouverez aussi des tangos, des valses et des milongas de grands compositeurs consacrés par le temps et le succès : de Francisco Canaro, il y en a 4, de Juan D’Arienzo 5, de Carlos Di Sarli 4, de Carlos Gardel 13, de Sebastián Piana et de Astor Piazzolla 8 chacun, de Osvaldo Pugliese 9 et de Aníbal Troilo 10, pour ne citer qu’une huitaine de noms parmi les plus prestigieux.

Le livre se présente comme un guide touristique, une sorte de promenade dans Buenos Aires, sa géographie, son histoire, ses coutumes, son actualité artistique et urbanistique, puisque cette ville est intimement liée au tango et vice-versa, comme vous l’avez déjà bien compris si vous visitez ce blog régulièrement. Le recueil s’agence ainsi en 37 chapitres, comportant chacun 5 à 7 textes en version bilingue. On passera d’un chapitre à l’autre grâce à des récits d’une ou deux pages, qui éclairent, en français, des points cruciaux du contexte, car sans ce contexte, le lecteur non argentin passe à côté de la moitié des richesses d’un tango, quand ce n’est pas plus.

Le livre fera très prochainement l’objet d’une souscription dont je vous tiendrai informés.
Les animateurs du réseau tanguero francophone (professeurs de danse, associations, responsables de milonga et j’en passe) auront bien sûr la possibilité de passer des commandes groupées. Ils peuvent pour cela prendre directement contact avec Monsieur Saad Bouri, patron des Editions du Jasmin par mail (le fax et le téléphone sont sur son site), selon l'adage que les méthodes les plus simples sont aussi les plus efficaces.

Les libraires eux aussi peuvent d’ores et déjà se rapprocher de l’éditeur lui-même (par mail, ou téléphone ou fax selon leur préférence).

Barrio de Tango sera présenté, en France, en Belgique, en Suisse, ailleurs... au gré des invitations (conférence, rencontre-débat ou séance de signature) qui me seront adressées soit personnellement sur ma messagerie par mail, soit par l’entremise de Saad Bouri, des Editions du Jasmin (contact mail). Au fur et à mesure que des dates seront prises, elles seront annoncées dans ces colonnes.

Pour découvrir les Editions du Jasmin et leur catalogue consacré aux cultures du monde et à la littérature jeunesse, vous pouvez visiter le site de cette maison à la politique culturelle courageuse et originale (mail, fax, téléphone et adresses s’y trouvent qui vous permettront de prendre contact avec Saad Bouri, le directeur).

Pour en savoir un peu plus, en français, sur les auteurs et musiciens cités ci-dessus, vous pouvez cliquer sur leur nom dans la rubrique Vecinos del Barrio, dans la partie haute de la Colonne de droite, ou dans le corps même de l’article que vous lisez. Ces raccourcis et ces liens vous conduiront à l’ensemble des articles que je leur ai consacrés dans ce blog, à l’heure où vous parcourez cette page.
Pour découvrir les deux peintres dont j’ai parlé, Jorge Muscia et Chilo Tulissi, vous pouvez faire de même et vous reporter aussi à leurs sites respectifs. Vous en trouverez les liens dans la partie basse de la Colonne de droite (rubrique Artistes plastiques).

Pour ceux qui veulent se faire une idée préalable du style de mes traductions, au-delà des extraits que j’ai semés au long de mes déjà 1100 articles depuis le 19 juillet 2008, ils peuvent se rendre sur le site de Gisela Passi et Rodrigo Rufino, mes professeurs de tango ici en France (Colonne de droite, rubrique Eh bien dansez maintenant !). Sur la page Ecouter de la version française du site, Rodrigo et Gisela mettent en ligne diverses traductions que j’ai réalisées en exclusivité pour eux et leurs élèves, la mise en ligne est renouvelée périodiquement toutes les 2 à 3 semaines.
Il s’agit bien sûr de grands tangos du répertoire et ils ne figurent pas pour autant dans le corpus de l’anthologie à paraître dans trois mois. Dans un seul volume papier maniable, en version bilingue et avec des commentaires, il est en effet impossible de rassembler l’intégralité du répertoire traditionnel du tango. Celui-ci compte beaucoup trop de titres. Pas loin de 300 rien que pour le tango-canción et presque autant pour les morceaux instrumentaux ! Imaginez un peu ce travail de Romain ! (3)

En guise de conclusion et parce que c’est aujourd’hui Día de Reyes et que c’est donc le jour des cadeaux, je vous invite à cliquer sur le lien qui suit, pour écouter une très belle version de Barrio de Tango, le chef d’oeuvre immortel de Homero Manzi et Aníbal Pichuco Troilo, qui donne son nom à ce livre et à ce blog.
Ajout du 7 avril 2010 :
Lire mon premier article de présentation du disque joint (à l'ouverture de la souscription)
Lire
mon second article sur le disque joint (avec facsimilé de la page du livre)

(1) Ce à quoi, les vedettes du jour, Gaspard, Melchior et Balthazar auront peut-être ajouté un bonus (sans supplément de prix, cela va sans dire). Mais chut ! On saura ça en sortie de presse. Je reviendrai vers vous avec la bonne nouvelle à ce moment-là. D’ici là, comme on dit à Buenos Aires pour attirer las buenas ondas : Pugliese, Pugliese, Pugliese... le compositeur a la réputation de porter chance et on l’invoque à tout bout de champs pour cela ! Je vous promets que c’est vrai.
(2) A Buenos Aires, vous pourrez rencontrer quantité de fileteadores plus faiseurs qu’artistes qui vous enseigneront que le secret de "leur art" consiste à décalquer sur papier le motif de droite pour le reproduire parfaitement à gauche. Le résultat donne un dessin qui, sur le coup, vous en fiche plein les mirettes et déclenche la mitraille photographique des cars de touristes mais au bout de quelques secondes, cette émotion se sera évaporée sans même que vous sachiez où elle est passée. Jorge n’utilise pas le papier calque, ni pour les fresques murales qu’il réalise dans les bâtiments publics (en particulier à l’Ambassade d’Argentine à Mexico), ni pour les enseignes, ni pour les décors de théâtre ni pour les pochettes de disque, ni pour les couvertures de livre que tous les connaisseurs de fileteado lui commandent d’un peu partout...
(3) Sans parler du prix exorbitant auquel serait vendue une telle somme....

mercredi 8 avril 2009

Jorge Muscia invité de la pratique de Olga Besio [danse]

Chaque samedi, Olga Besio, professeur de tango à Buenos Aires, organise un pratique au Saon tango La Capilla, rue Perón 2450, dans le quartier de Balvanera.
La pratique dispose d’un cadre agréable, grande terrasse (c’est bien quand il fait chaud) et un salon attenant (c’est bien quand il pleut) et d’un programme bien organisé : de 17 h à 19h, il y a cours (clase) pour les enfants, les adolescents et les jeunes (et tous ceux qui veulent venir, une annonce dans le genre : plus on est de fous, plus on rit). De 19h à 21h, suit une pratique (práctica : la musique y est diffusée en continu et les danseurs viennent y travailler ce qu’ils apprennent en cours ou s’entraîner et progresser en dehors de tout enseignement, sous l’oeil d’un professeur qui peut aller d’un couple à l’autre en fonction des demandes ou des difficultés particulières rencontrées par les uns et les autres). A partir de 21h, commence la milonga, le bal au sens propre, avec musique organisée en tandas thématiques et entrecoupée de cortinas (1). La distinction entre pratique (práctica) et bal (milonga ou baile) est très nette à Buenos Aires, elle l’est beaucoup moins en Europe et singulièrement en France où l’on adopte la même attitude et applique les mêmes codes sociaux dans les deux cas. Avec l’humilité dont je parlais dans un précédent article, sur les cours de tango donnés à la Academia Nacional del Tango, cette différence très nette fait partie des choses à savoir avant de partir faire un séjour tango à Buenos Aires, pour éviter les déconvenues et les impairs, qui vous font immédiatement repérer comme un touriste par les autochtones...

Chaque samedi, Olga Besio invite une personnalité à la práctica.

Samedi dernier, cet invité d’honneur (invitado especial) était le Maestro Jorge Muscia, fileteador de son état. Qu’est-ce que c’est que st’ bête-là ? Il me semble qu’on peut parler d’une sous-espèce très intéressante d’homo sapiens sapiens, issue d’une tripotée de croisements aussi compliqués qu’accidentels qui se sont produits à Buenos Aires vers 1880 entre d’autres sous-espèces, originaires majoritairement d’Europe. Le fileteador se reconnaît à ses mains particulièrement bien adaptées à la préhension de pinceaux de toutes sortes et de toutes tailles et à sa capacité à vivre au milieu de couleurs très vives, pour ne pas dire pétantes, et de formes complexes et toujours néanmoins parfaitement symétriques (la symétrie du classicisme français mêlé au mouvement du baroque italien et aux couleurs explosives de la Méditerranée).

Trêve de plaisanterie : le fileteado (l’art du fileteador) est un type de peinture d’ornement spécifiquement portègne, né à l’orée du 20ème siècle de l’idée (saugrenue) de décorer des véhicules de livraison, et qui est utilisé de nos jours dans de très nombreux contextes : enseignes commerciales, décoration murale, couvertures imprimées (livres, disques...), mobilier, portrait, décor de scène pour le théâtre, la musique, l’opéra, génériques de cinéma et d’audio-visuel, j’en passe et des meilleures.... Horacio Ferrer, qui a dédié un tango à Jorge Muscia, a dit un jour du fileteado qu’il était le frère plastique du tango.

Jorge est l’un de ces artistes de cet art si caractéristique de la ville de Buenos Airs. Il a son propre atelier dans le quartier de San Telmo, tout près de la Plaza Dorrego où se tient tous les dimanches la Feria de San Telmo.
Il travaille beaucoup pour les restaurants et les cafés (enseignes et murales), pour le théâtre, pour le mobilier (le sien, chez lui, est une vraie merveille !). Il a réalisé de très nombreuses couvertures et illustrations. C’est à lui que l’on doit le logo de la Academia Nacional del Tango que vous avez vu souvent dans ces colonnes, notamment autour du thème de la Rentrée 2009, et qui montre un pierrot inspiré de l’iconographie européenne du 18ème avec deux bandonéons ouverts en guise de couvre-chef et de col-fraise.
Jorge Muscia est un spécialiste de l’histoire de l’art populaire à Buenos Aires (il travaille beaucoup sur les origines de cet art dans l’immigration des années 1880-1930).
A l’Academia Nacional del Tango, dont il est membre titulaire (Académico de Número ou Titular), il est en charge d’enseigner les relations entre tango et arts plastiques. Au Museo Mundial del Tango, au premier étage de la Academia, vous pourrez admirer plusieurs de ses oeuvres, au Museo Manoblanca de Nueva Pompeya et au Museo de la Ciudad à Monserrat aussi...

Comme son collègue et ami Luis Zorz, un fileteador dont vous verrez beaucoup de plaques commémoratives dans tout Buenos Aires, tout au long de l’avenue Corrientes et un peu partout dans les quartiers de Boedo, de Almagro, de Balvanera, à l’Abasto... il est un disciple du grand fileteador, considéré comme l’un des pères fondateurs de cet art, León Untroib. León Untroib est l’auteur du mural de 1985, en l’honneur de Carlos Gardel, pour les 50 ans de sa mort, situé à l’entrée nord de la station de métro Carlos Gardel. Facile à trouver.

Jorge Muscia est aussi un acteur du tourisme culturel dans la capitale argentine. Son atelier de San Telmo se visite sur rendez-vous. Vous pourrez aussi y recevoir des cours d’initiation au fileteado, notamment pour des groupes scolaires ou des groupes de touristes. Prenez contact avec lui de ma part (il comprend admirablement notre langue). Il sera ravi. Et moi aussi...


Tous les articles (y compris celui-ci) consacré à Jorge Muscia en cliquant sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, sous le titre de l’article.
Vous pouvez accéder à son site, dont le lien se trouve dans la rubrique Artistes plastiques de la Colonne de droite. Sur son site, vous pouvez aussi accéder à son blog.



(1) A Buenos Aires, et par imitation de la capitale argentine partout où s’organisent des bals dédiés au tango argentin (milongas, selon le terme consacré et adopté partout dans le monde), le bal s’organise sous la forme de séries (tandas) de 4 morceaux appartenant à un seul et même rythme (vals, tango, milonga ou milonga et candombe, les deux rythmes étant très proches sur le plan chorégraphique et donc facilement confondus). Les tandas sont séparées les unes de autres par de courtes pauses (cortinas) constituées d’un extrait musical de 30 secondes à 1 minute appartenant à un tout autre genre que le tango (rock, jazz, folklore, musique classique, musique populaire étrangère, de la samba brésilienne ou du fado portugais si le DJ a le goût du voyage, ou de la variété francophone, pourquoi pas, si c’est un excentrique carabiné ou s’il a un lien quelconque avec la France, la Belgique ou la Suisse...). Pendant les cortinas, on ne danse pas, la piste se vide instantanément. C’est le moment où l’on peut bavarder ou aller se servir au buffet. Et c’est surtout le moment où les couples qui viennent de danser se défont pour se reformer autrement.
A Buenos Aires, les hommes invitent les femmes par le cabeceo : un simple signe de tête, une simple expression du visage et à distance (généralement de part et d’autres de la salle, puisque les hommes sont installés d’un côté de la piste et les femmes de l’autre et non pas mélangés les uns avec les autres). La phrase traditionnelle des bonnes manières européennes "Me feriez l’honneur de m’accorder cette danse ?" est inconnue dans les milongas de Buenos Aires. Dans les milongas ici aussi d’ailleurs. Cette formule est une espèce de courtoisie en voie d’extinction. Elle est de plus en plus souvent remplacée par un "Tu danses ?" dont il devient difficile de savoir s’il faut le ponctuer d’un point d’interrogation ou d’un point d’exclamation tant le ton laisse peu de choix à la femme de dire non. Les plus polis des Parisiens contemporains demandent : "Je peux vous inviter ?" ou "Vous voulez danser ?". A Buenos Aires, pour refuser, la femme n’a qu’à détourner le regard, cela doit suffire à l’homme qui doit alors chercher une autre partenaire. Pour accepter l’invitation, la femme soutient le regard de l’homme qui vient de le faire signe (cabecear, qui est un verbe transitif : cabecear a una mujer). Bien entendu, cette technique muette comporte quelques risques de malentendus. Mais elle a été inventée dès les débuts du tango, vers 1880, à une époque où Buenos Aires était une immense Babel où les immigrants parlaient tous des langues différentes et où la phrase rituelle que le danseur aurait dite dans le bal de son village avait de fortes chances d’être un jargon incompréhensible pour cette inconnue, qui venait elle de l’autre bout de l’Europe ou n’avait jamais connu que cette ville où elle était née.... Bien maîtrisé, ce code a néanmoins l’avantage de préserver l’amour-propre du danseur et lui éviter l’humiliation d’un refus, le "Je vous remercie, Monsieur, mais j’attends mon ami qui est parti me chercher un verre d’eau" que les danseurs parisiens prennent comme une injure personnelle... Imaginez ce que ça pouvait être dans une Buenos Aires qui comptait vers 1880 sept hommes pour une femme (du fait que les immigrants faisaient le voyage seuls, persuadés de rentrer très vite au pays fortune faite, au pays où ils avaient très souvent laissé une vieille maman ou une jeune fiancée ou les deux à la fois, et qui ne revirent jamais leur terre natale).