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lundi 7 août 2023

Hommage ce soir à Jorge Palacios Faruk à la Academia Nacional del Tango [à l’affiche]

"Ah, le swing que j'ai avec le mate !"
un dessin typique de Faruk et de son trait si reconnaissable


Ce soir, vendredi 7 août 2023, à 19h, la Academia Nacional del Tango rend hommage à un dessinateur et essayiste, parolier et grand maître de l’humour, Jorge Palacios, dit Faruk, qui fut son vice-président.

Faruk est mort en 2006 à l’âge de 80 ans.

Son ami, le poète tanguero Luis Alposta, sera là pour lui rendre un hommage dont vous pouvez avoir une idée en lisant cette entrée dans son blog, Mosaicos Porteños, au lendemain de la disparition de l’humoriste.

La soirée sera dirigée par Tito Rivadeneíra, académicien en titre.

"Paloma par Picasso",
un pastiche du grand peintre espagnol signé Faruk


Cette activité se tiendra comme toujours dans le Salon de los Angelitos Horacio Ferrer, au premier étage du Palacio Carlos Gardel, avenida de Mayo 833.

Entée libre et gratuite comme toujours pour le Plenario du 1er et 3e lundi de chaque mois entre avril et novembre.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Luis Alposta dans son blog, Mosaicos Porteños.

samedi 28 septembre 2019

Universo Daniel Melingo au CCK [à l’affiche]


Deux week-ends autour de Daniel Melingo pour découvrir son univers musical et poétique, c’est ce qu’offre le CCK, Sarmiento 151, ce soir, demain et samedi et dimanche prochain, les 5 et 6 octobre.

Entrée libre et gratuite.

Le poète Luis Alposta, auteur de nombre de ses chansons les plus emblématiques, est lui aussi au programme (1).

Pour en savoir plus :
lire l’interview de Melingo dans Clarín (on y parle beaucoup de l'accueil que lui fait le public français)
consulter la page de la série sur le site Internet du CCK


Ajout du 30 septembre 2019 :
lire cet article de Página/12, qui a mis Melingo à la une de son supplément culturel de ce lundi (ci-dessus)



(1) Luis Alposta, qui est devenu un ami personnel très cher, est présent dans mes deux anthologies bilingues de tango, Barrio de Tango aux Editions du Jasmin, qu'il a bien voulu préfacer, et Deux cents ans après, chez Tarabuste Editions.

mardi 14 novembre 2017

Le premier festival de tango indépendant sur quatre quartiers [à l'affiche]


Jeudi 16 novembre 2017, commence la première édition d'un festival indépendant qui va se déployer jusqu'au 20 novembre (jour férié) grâce à l'activisme du chanteur Cucuza Castiello et quelques uns de ses amis et partenaires.


Les quartiers concernés sont Villa Urquiza, Parque Chas, Villa Pueyrredón et Agronomía, soit toute la périphérie nord-ouest de la Ville de Buenos Aires. Participeront à la manifestation beaucoup d'artistes locaux comme le poète Luis Alposta et Cucuza, déjà nommé, le danseur et chorégraphe plus qu'octogénaire, Juan Carlos Copes, auquel il sera rendu hommage sur le seuil de sa maison natale. Autre local de l'étape : le romancier (et parolier de quelques tangos) Julio Córtazar qui y a vécu avant de s'exiler à Paris où il est mort et où il repose toujours.


Comme dans un grand festival déjà adulte, tout le tango sera présent : concerts instrumentaux, tours de chant, milongas, cours et démonstration de danse, pratiques, animation en écoles, promenades historiques à travers les quartiers, parties de carte en championnat (le truco est un grand classique du tango), etc.

Le dépliant promotionnel du festival côté recto

Au contraire de ce qui se produit souvent mais en accord avec la dureté des temps (la culture populaire n'est pas la mieux soutenue par les pouvoirs publics au niveau municipal ou national), plusieurs de ces manifestations sont payantes, dont une milonga et une partie de football solidaires dont les recettes iront à une école.

Le dépliant côté verso avec le détail du programme

Le festival a sa page Facebook où je vous invite à aller regarder de près le détail des festivités !

mardi 31 octobre 2017

Las Violetas élu meilleur Bar Notable par les portègnes [Actu]


A la suite d'un vote organisé auprès de la population de Buenos Aires, le café-salon de thé Las Violetas, du quartier de Almagro, devient le meilleur café remarquable (bar notable) de la capitale argentine.

Un coup de cœur pour moi puisque cet établissement a été plusieurs années mon lieu favori pour y rencontrer un certain nombre d'artistes qui sont maintenant devenus des amis. C'est là en particulier que j'ai fait la connaissance de Luis Alposta, en août 2008, et il s'en souvient lui aussi avec émotion. Ce premier contact s'était prolongé quelques jours plus tard par un dimanche en famille, chez lui, avec son épouse et leurs quatre enfants, qui sont tous des adultes à présent.
Quelques mois plus tard, Luis acceptait de postfacer mon premier livre, Barrio de Tango, Recueil bilingue de tangos argentins (Editions du Jasmin).


Las Violetas est un lieu charmant à Buenos Aires. Les en-cas et les desserts y sont délicieux. Le café et le submarino (1) aussi.

Pour aller plus loin :



(1) Submarino (sous-marin) : lait chaud dans lequel on laisse fondre un gros carré de chocolat noir.

jeudi 24 décembre 2015

Noël en tango... grâce à Luis Alposta et ses Mosaicos Porteños [Jactance & Pinta]

Copie d'écran du blog de Luis Alposta,
qui a mis en fond une image de bibliothèque qui lui est très personnelle

Aujourd'hui, jeudi 24 décembre 2015, comme tous les jeudis, le poète Luis Alposta nous régale d'un petit texte de réflexion lexicale ou linguistique. Aujourd'hui, le mot pesebre (crèche en espagnol)... et du tango de Noël grâce à Youtube et à Francisco Canaro (excusez du peu !)... en VO.

Allez vous balader sur ce blog !

lundi 9 novembre 2015

Soirée hommage au Japon [à l'affiche]

Image diffusée par Pepe Kokubu pour l'occasion.
A l'arrière-plan, la rue Corrientes à l'est de l'Obélisque
et à la hauteur des plus emblématiques cinémas

La Academia Nacional del Tango rendra hommage aux artistes japonais le jeudi 12 novembre 2015 de 19h30 à 21h30, en présence de Son Excellence l'Ambassadeur du Japon en Argentine.

Une table-ronde réunira tout d'abord Raúl Garello (bandonéoniste et compositeur), Luis Alposta (poète et auteur de la première monographie sur l'histoire du tango dans l'archipel nippon), Graciela Susana (chanteuse et compositrice argentine très connue au Pays du Soleil Levant), Pepe Kokubu – surnommé el Ponja (1) malevo (chanteur d'ascendance japonaise) et Gabriel Soria, le président de l'institution, qui a lui aussi travaillé la question.

Il sera beaucoup question de la toute première chanteuse de tango du Japon : Ranko Fujisawa, qui vint même chanter à Buenos Aires et fut accompagnée par l'orchestre de Aníbal Troilo, Pichuco, alors même qu'elle chantait phonétiquement. Le chanteur Ikuo Abo sera lui aussi à l'honneur.

Couverture de la passionnante monographie de Luis Alposta

La table ronde portera notamment ses réflexions sur les concepts de l'esthétique japonaise que l'on rassemble sous le trio d'adjectifs Wabi-Sabi-Shibui, qui définissent la beauté, le bon goût et l'harmonie dans l'archipel.

Un espace artistique réunira ensuite des artistes des deux pays pour un moment musical.

La soirée est accessible sur invitation.

Les relations entre l'Argentine et le Japon sont assez anciennes et elles ont très vite débouché sur des échanges culturels, même si c'est par l'intermédiaire de Paris que le tango a pris racine au Japon à la fin des années 1920 grâce au richissime et élégant baron Megata. En 1967, à l'occasion de la première visite impériale à Buenos Aires, la communauté japonaise d'Argentine a offert à la capitale fédérale, en plein Palermo des bois et lacs, un jardin exquis, aujourd'hui confié à une association concessionnaire nippo-argentine qui impose des prix très élevés à l'entrée générale (50 $ARG), au restaurant et au salon de thé, avec toutefois la gratuité de l'entrée pour les retraités, les enfants et une fois par semaine pour tous les Argentins et résidents sur présentation d'une pièce justificative.

Le Jardín Japonés, tel que je l'ai vu en août 2007

Cet hiver, l'équipage d'un bâtiment de la Marine japonaise a participé à l'hommage à San Martín le 17 août au pied du monument au Padre de la Patria, en présence de l'Ambassadeur.

Pour en savoir plus :
lire la notice biographique de Ikuo Abo sur Todo Tango, elle est signée par Luis Alposta
consulter la page de Ranko Fujisawa, sur cette encyclopédie en ligne du tango argentin avec une notice biographique du même auteur (ces articles sont bien entendu écrits en espagnol).
Vous trouverez sur Todo Tango des enregistrements de ces deux voix exceptionnelles de l'histoire du genre.
Le Jardín Japonés dispose d'un site Internet et d'une page Facebook.



(1) El Ponja, le japonais. Ponja est tout simplement le verlan de Japón.

mercredi 14 octobre 2015

Ce soir, conférence de Luis Alposta à la Société Argentine des Ecrivains [à l'affiche]


Ce soir, mercredi 14 octobre 2015, à 19h, le poète Luis Alposta donnera une conférence sur le lunfardo et la poésie, cette alliance du langage populaire de Buenos Aires avec l'art qui a donné naissance au tango à texte, qu'on appelle là-bas le tango-canción.

Cela se passera à la limite entre San Nicolás et Recoleta, au siège de la Sociedad Argentina de Escritores, la Sade, installée dans la rue Uruguay, 1371.

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles comme le dit l'invitation ci-dessus.

vendredi 24 avril 2015

Carlos Gardel, le danseur, dans Mosaicos Porteños [Troesmas]

Le poète Luis Alposta, grand amateur des mots et des anecdotes de Buenos Aires, nous propose depuis hier dans son blog, Mosaicos Porteños, une tesselle, agrémentée de vidéos, concernant Carlos Gardel, dont le patronyme signifie à présent « parfait ».

Hoy vamos a recordar dos hechos que rescatan a Carlos Gardel como bailarín de tango.
Miguel Ángel Morena, en su libro Historia Artística de Carlos Gardel, refiriéndose a las actuaciones del dúo Gardel – Razzano, en Chile, en 1917, dice lo siguiente: « El 5 de octubre, en el Teatro Olimpo de Viña del Mar, se presentan los cantores, compartiendo los programas con la tonadillera Roxana. Para hacer más interesante la velada del debut como grato número extra Gardel y Roxana bailan el tango “Montevideo” de Roberto Firpo. »
Luis Alposta

Aujourd'hui, nous allons rappeler deux faits qui révèlent Carlos Gardel en danseur de tango.
Miguel Angel Morena, dans son livre História artística de Carlos Gardel, se référant aux représentations du duo Gardel-Razzano au Chili en 1917 dit ce qui suit : Le 5 octobre, au Teatro Olimpo de Viña del Mar, les chanteurs se présentent, partageant l'affiche avec la chanteur de tonada Roxana. Pour rendre plus intéressante la soirée initiale, en guise d'attraction exceptionnelle, Gardel et Roxanan danzse le tango Montevideo de Roberto Firpo.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Le couple de gauche est celui de Gardel et Rosita Moreno.
Photo extraite de Tango Bar

Y otro dato, que considero importante destacar, considerando que lleva la firma de Homero Manzi. Luego del accidente de Medellín, el autor de “Milonga del 900” publicó en la revista Radiolandia un homenaje al cantor que terminaba con estas palabras:
“En una de las últimas películas que filmó Carlitos Gardel, en “Tango Bar”, aparece en un determinado momento vestido con el traje característico de los muchachos porteños de hace muchos años: pantalón a cuadritos, saquito con trencilla, el botín enterizo con un taquito en punta, lengue al pescuezo y funghi a lo Massera. Y allí, muchacho lindo, nos hizo el regalo de un tango canyengue bailado por él. Y Gardel era un gran bailarín de tango. En ese aspecto no lo conocía el público, pero en el ambiente de sus colegas y amigos se lo sabía capaz de traducir al tango, también, el compás decidido de sus piernas, moviéndolas sin alardes grotescos, pero con sensibilidad de hombre conocedor de la simpleza en el sentido rítmico.”
En síntesis: ¡Hasta bailando el tango, Gardel era Gardel!
Luis Alposta

Et autre fait, qu'il me semble important de souligner, puisqu'elle porte la signature de Homero Manzi (1). Après l'accident de Medellín (2), l'auteur de Milonga del 900 publia dans la revue Radiolandia un hommage au chanteur qui se terminait sur ces mots :
« Dans l'un des derniers films qu'a tournés Carlos Gardel, dans Tango Bar, il apparaît à un certain moment revêtu du costume caractéristique des garçons de Buenos Aires d'il y a de nombreuses années : pantalon à carreaux, veston avec liseré, souliers fermés avec talon effilé, pochette près du revers et chapeau Massera (3). Et là, quelle classe !, il nous offrit un tango canyengue qu'il dansa lui-mpeme. Et Gardel était un très grand danseur de tango. Sous cet aspect-là, le public ne le connaissait pas mais parmi ses confrères et ses amis, on le savait capable de traduire aussi en tango le rythme décidé de ses jambes, qu'il mouvait sans ostentation grotesque mais avec la sensibilité d'un homme connaisseur en simplicité pour ce qui est du sens du rythme. »
En résumé : même quand il dansait le tango, Gardel était parfait !
(Traduction Denise Anne Clavilier)



(1) Homero Manzi, poète de tango. Il est en particulier l'auteur de Barrio de Tango (musique de Aníbal Troilo).
(2) 24 juin 1935 : mort accidentelle de Carlos Gardel à Medellín en Colombie.
(3) Chapeau de facture italienne très à la mode à Buenos Aires dans les années 20.

mercredi 30 juillet 2014

Samedi, Melingo présente son sixième disque [Disques & Livres]


Depuis quelques jours, Daniel Melingo est en promotion pour son nouvel album, Linyera (traduisez Clochard), édité en France (comme tous ses CD) et présenté en Argentine. Samedi 2 août 2014, à 21h, au Teatro ND Ateneo, Paraguay 918, il en fera la première présentation sur scène, après plusieurs radios et deux articles dans la presse nationale.

Entrée : de 140 à 220 $ (ARG).



La semaine prochaine, il s'envole pour une nouvelle tournée européenne dont vous trouverez le programme sur sa page Facebook.

Dimanche, Página/12 a consacré son article de tête du supplément culturel hebdomadaire Radar. La veille, c'était un article dans La Nación. Dans les deux textes, il est question du partenariat que le chanteur a développé depuis de nombreuses années avec le poète Luis Alposta, présent dans mes deux anthologies bilingues de tango (Barrio de Tango et Deux cents ans après).


Daniel Melingo, La Canción del Linyera
(vidéo promotionnelle de mars 2014)

Pour tout savoir sur le récital de samedi, visitez le site Web du théâtre.

Ajout du 2 août 2014 :
lire l'interview publiée aujourd'hui dans Página/12.

lundi 5 mai 2014

L'hommage de Luis Alposta à Pichuco [Troesmas]

Document envoyé par Luis Alposta
Cliquez sur l'image pour lire confortablement le texte.

Le poète Luis Alposta vient de diffuser à tous ses amis un poème en hommage à Aníbal Troilo (1914-1975) dont le monde de la musique fête cette année le centenaire, avec pour épicentre sa ville natale de Buenos Aires.

Voici en vers libres d'une exceptionnelle fluidité (essayez de lire à haute voix pour entendre la musique des mots) un hommage par un poète qui est allé l'entendre sur scène et l'a écouté à la radio...

Au Maître du Soufflet
créateur d'un style
unique et reconnaissable entre tous
A Aníbal Troilo,
au Lourd Poids (2) adorable
qui avait le pouvoir
de rendre profond
ce qui pour lui était facile.
A l'auteur de Garúa (3)
à celui de Che Bandoneón (3)
et Patio mío
à celui de Sur (3) et de Responso (4).
A ce grand gourou portègne
qui, avec sa face de lune,
qui éclairait la nuit,
emplissait le Marabú
et le Tibidabo (5)
Au généreux Poids Lourd
Poids Lourd de Buenos Aires
lui qui pour la ville tout entière
chantait et jouait
comme très peu.
Lui qui, quand il s'en fut,
laissa sur la devanture
du vieux théâtre Odeón
en lettres d'or
Simplemente Pichuco (6).
Luis Alposta
(Traduction Denise Anne Clavilier,
avec l'affectueuse autorisation de l'auteur)

Sur, chanté par Edmundo Rivero et accompagné par Pichuco.
Laissez tomber la piètre qualité de l'image et écoutez ça !
Edmundo Rivero et Luis Alposta étaient de très grands amis.
Il était normal d'aller chercher de ce côté-là.
Un abrazo, Luis.

Ajout du 8 mai 2014 :
Luis Alposta vient de publier ce poème sur son blog, Mosaicos Porteños, et il faut que sans plus tarder vous alliez le visiter très vite : Luis a enrichi son entrée de quelques documents émouvants. Allez-y écouter Pichuco chanter lui-même La Cantina, en s'accompagnant au bandonéon, dans un enregistrement privé (lui chantant et jouant avec Grela, son vieux complice, à la guitare). Et régalez-vous !


(1) Luis Alposta m'a fait l'honneur de postfacer mon tout premier livre publié en France : Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, paru en mai 2010, aux Editions du Jasmin.
(2) Ici Luis Alposta emploie le verlan si familier aux Portègnes. Il inverse les deux syllabes d'un des surnoms du musicien : El Gordo (le gros, à entendre dans un sens très affectueux). Intraduisible en français.
(3) Garúa, Che bandoneón et Sur font partie du corpus présenté et traduit en français dans Barrio de Tango, ouvrage cité.
(4) Responso, tango instrumental composé le 4 mai 1951 pendant la veillée mortuaire autour de son ami, le poète Homero Manzi, décédé la veille. Responso veut dire absoutes, nom du rite qui clôt les funérailles catholiques, et qui occupe dans le langage courant en Argentine la place qu'occupe en français de France les termes "requiem" et "glas".
(5) Marabú et Tibidabo : deux grands cabarets de l'entre-guerre à Buenos Aires où Aníbal Troilo joua à tour de rôle avec son orchestre.
(6) Allusion au titre du dernier spectacle auquel Troilo avait participé la veille même de son fatal accident cérébral. Il s'agissait d'une soirée écrite par Horacio Ferrer et chorégraphiée par Juan Carlos Copes pour permettre à Pichuco, très malade, de reprendre contact avec la scène et de retrouver son public. Il n'y eut que quelques représentations jusqu'au 17 mai 1975.

lundi 3 mars 2014

Luis Alposta rend hommage au fileteado porteño [Coutumes]

Carlos Carboni, Pavie 1901 - Buenos Aires 1989
Jeudi dernier, dans sa nouvelle série de Mosaicos porteños, le poète Luis Alposta rendait hommage au filete portègne, cet art (ou cet artisanat, comme l'appelle Luis) plastique typique de la capitale argentine et dont vous avez un exemple sur la couverte de Barrio de Tango (Editions du Jasmin).

Luis Alposta y parle de son ami, le fileteador de Villa Urquiza, né en Italie, Carlos Carboni, dont il nous présente deux œuvres qu'il lui a données : un portrait (classique) de Carlos Gardel et une icône de la très emblématique et très argentine Vierge de Luján, admirable.

Sur la photo du Maestro Carboni, dont il illustre sa "mosaïque", on distingue nettement une icône du Sacré-Cœur de Jésus dont un joli cadre d'arabesques très caractéristique de la main de cet orfèvre du genre.

A lire sur Mosaicos Porteños, le blog de Luis Alposta.

jeudi 31 octobre 2013

Deuil à la Academia Porteña del Lunfardo [Actu]



José Gobello, le tout-puissant président de la Academia Porteña del Lunfardo, s'en est allé à l'âge vénérable de 94 ans lundi dernier. Grand lexicographe du lunfardo, c'était un essayiste reconnu pour son travail de promotion de cette langue typique de Buenos Aires.

Il était l'un des fondateurs de cette académie privée, avec le poète León Benaros.

Son premier travail, Lunfardía, était sorti en 1953 et avait connu, il y a quatre ans, une réédition-collector pour saluer ses 90 printemps (il était né le 26 septembre 1919).

C'est aussi un témoin de l'âge d'or du tango qui s'en va. Le vice-président de la Academia Porteña del Lunfardo, le poète Luis Alposta, lui rend hommage aujourd'hui dans son blog, Mosaicos Porteños, avec vidéo intégrée comme toujours.

Il va falloir maintenant observer quel chemin prendra l'institution, longtemps entravée par cette omni-présidence et quasi-empêchée de poursuivre son évolution en lien avec notre temps...

jeudi 12 septembre 2013

Hommage de Luis Alposta à Beba Pugliese [à l'affiche]

Joli hommage à Beba Pugliese par Luis Alposta ce matin dans Mosaicos Porteños, son blog du jeudi.

Portrait par Marta Luchenio
Beba Pugliese est comme vous le savez sans doute la fille de Osvaldo Pugliese, et comme lui elle est pianiste et compositrice. Elle a aussi été une pionnière de la musique de tango en étant l'une des toutes premières femmes chefs d'orchestre dans ce monde très longtemps presque exclusivement masculin (à part quelques chanteuses à qui ces messieurs faisaient une petite place mais il n'y a pas eu beaucoup de voix féminines dans l'orchestre de Pugliese père !)


L'article de Luis est accompagné de deux vidéos, pour une illustration musicale : Chicharrita (la petite cigale), de Beba Pugliese et Horacio Ferrer (que j'ai traduit dans Deux cents ans après, Tarabuste Editions, janvier 2011) et Hoy por hoy (au jour d'aujourd'hui), de Osvaldo Pugliese et Luis Alposta, qui fait partie de Barrio de Tango, Editions du Jasmin (mai 2010).

Pour lire et écouter, cliquez sur lien.

mardi 30 juillet 2013

El último organito a quitté Boedo pour un autre quartier [Actu]


Le Maestro Acho Manzi, fils du poète Homero Manzi, et co-auteur avec lui de ce chef-d'œuvre qu'est El último organito (1), est décédé samedi dernier. On vient de m'en informer de Buenos Aires. Depuis de nombreuses années, Acho Manzi avait dû cesser ses activités publiques à cause d'une opération chirurgicale qui avait définitivement embarrassé sa diction. Il ne pouvait plus parcourir l'Argentine et le monde pour donner ses conférences, comme il l'avait fait pendant des années. Il s'était même retiré de la SADAIC, la société argentine des auteurs et compositeurs, où il avait longtemps occupé des fonctions électives, fidèle en cela comme en bien d'autres choses, au modèle d'un père très engagé dans la gestion des droits des artistes.

En 2009, il avait contribué au premier chef à un très beau film sur ce père si aimé et parti si tôt (en 1951) : Homero Manzi, un poeta en la tormenta (Homero Manzi, un poète dans l'orage), où il avait tenu à rétablir la complexité de cette biographie et en particulier la militance politique de son père, que les admirateurs de Malena, Sur et Milonga del 900 avaient passablement oubliée (voir mon article sur le film). Il en était le producteur. Il avait aussi prêté son concours à l'historien Horacio Salas lorsque celui-ci avait entrepris d'écrire la biographie de Barba (2), le surnom que lui avaient donné ses amis. Il était en effet le gardien de l'œuvre et de la mémoire de son père. Il avait aussi donné à Juan Tata Cedrón quelques letras orphelines du poète mort à 43 ans que le chanteur-compositeur avait mis en musique.

Acho Manzi était lui-même un excellent poète, quoique moins prolifique que son père. On lui doit quelques textes de premier rang. J'en ai traduit deux dans Barrio de Tango (Editions du Jasmin), l'un sur les clochards du sud de Buenos Aires dans les années 60 et l'autre qui est un hommage à Homero, écrit et composé en 1954, intitulé Padre (et cité hier intégralement par Clarín).

Ce père qui, en 1948, avait écrit la letra de El último organito pour que lui en compose la musique. A 15 ans. Ce père qui voulait, avant de partir, laisser à la postérité une chanson co-écrite avec son fils, comme vingt ans plus tôt, José González Castillo l'avait fait avec son propre fils, Cátulo Castillo, donnant naissance à Organito de la Tarde. Homero Manzi venait d'apprendre qu'il était atteint d'un cancer. A cette époque, c'était une maladie qui ne faisait pas de quartier. Acho Manzi en est décédé lui aussi, chargé d'ans et après une lutte bien plus longue.

Au lendemain de sa mort, qu'on m'autorise un souvenir personnel, celui que je garde d'une après-midi d'août 2007, année du centenaire de Homero Manzi, où Acho Manzi m'avait conduite dans tout le sud de la capitale argentine, avec son ami, le peintre Chilo Tulissi, à l'origine de notre rencontre, et lui aussi décédé il y aura un an le 11 septembre prochain. A la nuit tombée (elle tombe vite en août à Buenos Aires), nous avions achevé notre périple du souvenir à la Esquina Homero Manzi, où il avait table ouverte, au milieu de tous ces portraits de son père, à qui il ressemblait si fort. Il avait voulu savoir ce que je connaissais la genèse de ce tango de son adolescence. Quand il avait compris que j'avais perçu la similitude entre les démarches de son père et de González Castillo et les liens qui existaient entre les deux hommes, tout ce que j'explique dans Barrio de Tango, une grande vague d'émotion était passée dans son regard et sa voix. Pour lui, El último organito représentait une étape précieuse qui avait déterminé une grande partie de ce qu'il a déployé ensuite tout au long de sa vie.

Il repose désormais à côté de son père, dans le caveau de la Sadaic, au cimetière de la Chacarita.

Ecoutons ce chef-d'œuvre. S'il ne fallait retenir qu'une seule chose du leg du Maître Acho Manzi, c'est ce tango...

"La Tana" (Susana Rinaldi) fait partie des plus exceptionnelles interprètes de ce morceau de légende.

Vous pouvez aussi vous reporter à la nécrologie publiée par Clarín hier matin et celle, minimaliste, que l'on trouve dans Página/12.

Ajout du 2 août 2013 :
Voyez aussi l'hommage personnel du poète Luis Alposta, sous le titre Adiós al amigo Acho Manzi, dans son blog Mosaicos Porteños (avec vidéos intégrées comme d'ordinaire).


(1) Il va sans dire que ce tango figure dans le corpus sélectionné pour constituer mon anthologie Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, avec le plein accord de Acho Manzi.
(2) Aux Editions Vergara, Buenos Aires.

jeudi 4 juillet 2013

Allez rencontrer et écouter les poètes du tango contemporain [à l'affiche]

Aujourd'hui, demain et samedi, du 4 au 6 juillet 2013, se tient à Buenos Aires le premier Festival de Poètes du Tango contemporain successivement en trois lieux du quartier historique de Monserrat dans la capitale argentine :

Aujourd'hui, les rencontres se passent à l'auditorium YMCA, Reconquista 439. Demain c'est la Academia Nacional del Tango qui accueille la manifestation, avenida de Mayo 835 et samedi, le festival se tiendra juste en dessous, au Gran Café Tortoni, avenida de Mayo 825, sala Eladia Blázquez, pour une clôture en beauté.

Au cours de la manifestation, vous rencontrerez la crème de la poésie tanguera actuelle, avec des artistes de la taille de Héctor Negro, qui ouvrira le bal ce soir, Luis Alposta, Raimundo Rosales qui le clôturera (1).


Côté musique, vous retrouverez au cours de ces trois soirées des personnalités dont je vous parle souvent dans ces colonnes comme la chanteuse Patricia Barone et son mari, le compositeur et guitariste Javier González, le chanteur Oscar Pometti, le présentateur radiophonique et grand tangologue devant l'Eternel Oscar del Priore, le pianiste Nicolás Guerschberg, la chanteuse Lucrecia Merico qui sera Madame Loyale du samedi soir, le premier vice-président de la Academia, Gabriel Soria... Ils sont trop nombreux pour être tous cités. Pour en savoir plus, cliquez sur le programme en deux pages ci-dessus pour y lire les noms et les interventions qui vous intéresseront le plus. Je serais à Buenos Aires, je deviendrais folle : il faut tout voir !


(1) Ces trois poètes font partie des dix artistes que je présente dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, Tarabuste Editions, janvier 2011.

mercredi 29 mai 2013

Une nouvelle tesselle alpostienne : la cuisine italienne [Jactance & Pinta]


C'est le nouveau texte que Luis Alposta a mis en ligne jeudi dernier dans son blog, Mosaicos Porteños, où il publie régulièrement des petites vignettes littéraires, comme autant de tesselles pour sa vaste mosaïque sur les singularités portègnes (j'en ai traduits deux, publiées à Buenos Aires sous forme d'un recueil aux Editions Marcelo Olivieri, dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, Tarabuste Editions, comme numéro spécial de la revue Triages, en janvier 2011).

Il y a quelques jours, Luis Alposta nous régalait d'un bon morceau sur le trasvestissement des mots espagnols intégrés, dans un autre sens, dans le lunfardo portègne. Ici, ce médecin gourmet et poète s'attaque aux expressions issues de la gastronomie italienne et qui ont changé de sens en s'installant sur les bords du Río de la Plata.

ACERCA DE ITALIANISMOS Y COMIDAS

No son pocas las palabras de origen italiano que se han ido incorporando a la parla nuestra de cada día, y que están relacionadas con la comida. Palabras que la cocina italiana ha exportado, no sólo a nuestro país sino a todo el mundo. Términos gastronómicos que terminaron imponiéndose, sin dar lugar a la creación de nuevos vocablos para reemplazarlos. Una excepción la encontramos en el pan dulce navideño, versión argentina del panettone. Pero lo común es lo contrario. La mayoría de estas palabras conservan sus significados sin dejar por eso de enriquecerse con nuevas acepciones. Tal los casos de los mentados "papelitos" o ravioles; el tirarse a muerto o a mortadela; el darle el pesto a alguien o recibirlo; el quedarse callado o musarela; el tener los dedos o los grisines hinchados; el tener vigor, potencia o polenta; el ser un chupóptero, a quien preferimos seguir llamando ñoqui, aunque cada vez sean menos los que cobran el día 29.
Y por último, ser una persona torpe, boba, atontada, de pocas luces o, simplemente un salame.
En este punto, creo oportuno traer a cuento que la palabra salame es una voz italiana con la que se designa al embutido hecho con carne vacuna y carne y grasa de cerdo, picadas y curadas, que se come crudo y que fue inventado por los egipcios aunque usted no lo crea.
Luis Alposta, Mosaicos Porteños

Des italianismes et de la nourriture

Ils ne sont pas rares, les mots d'origine italienne qui se sont incorporés au fil du temps à notre parler de chaque jour, et qui sont reliés à la nourriture. Mots que la cuisine italienne a exportés, non seulement dans notre pays mais dans le monde entier. Termes gastronomiques qui ont fini par s'imposer, sans donner lieu à la création de nouveaux vocables pour les remplacer. Nous trouvons bien une exception dans le pan dulce de Noël (1), version argentine du panettone. Mais la règle, c'est l'inverse. La majorité de ces mots conservent leur signification tout en continuant de s'enrichir de nouvelles acceptions. Tel est le cas des célèbres barrettes (2) ou raviolis, se la couler douce (3) ou mortadelle, donner un pesto (une leçon) à quelqu'un ou en recevoir un (4), en rester bouche-bée ou mozzarella, avoir les doigts ou les gressins enflés, avoir de la vigueur, de la force ou de la polenta, être un profiteur (5), que nous préférons continuer d'appeler un gnocchi, bien qu'ils soient de moins en moins nombreux à toucher leur dû le 29 du mois (6).
Et pour finir, être une personne pas très futée, idiote, un crétin, quelqu'un qui ne brille pas par son intelligence ou, plus simplement, un salami.
Sur ce point, je crois opportun de raconter que le mot salami est une terme italien (7) qui désigne la charcuterie faite de viande bovine et de viande et gras de porc, hachée et mise à sécher, qui se mange crue et fut inventée par les Egyptiens même si vous me me croyez pas.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Je vous ai mis en gras les termes que le français a repris directement dans leur forme italienne tandis que les Argentins les ont hispanisés.

Plus de Mosaicos Porteños sur le blog de Luis Alposta. Parution tous les jeudis.


(1) Voir mes articles sur cette spécialité de la table de fin d'année.
(2) barrette de drogue, bien sûr.
(3) En français, on aura tendance à parler de dolce vita ou de "farniente" pour à peu près la même chose.
(4) En l'occurrence, donner une leçon dans le sens d'en remontrer à qqn, d'être plus fort que qqn. C'est très employé en sport pour désigner la supériorité d'un joueur ou d'un athlète sur les autres.
(5) Chupóptero : celui qui touche une ou plusieurs rémunérations sans effectuer le travail correspondant.
(6) Allusion à une coutume qui consiste à servir des gnocchis tous les 29 du mois. Parce qu'en fin de mois, c'est tout ce qu'on peut s'offrir. La coutume semble venir d'un village italien sans qu'on puisse remonter l'histoire précise. La coutume est assez respectée des familles d'ascendance italienne, je me suis aperçue qu'elle est inconnue chez d'autres Portègnes pour lesquels l'ancêtre italien, quand il existe, ne compte pas beaucoup.
(7) Ce qui existe en Europe sous le nom de salami n'existe pas en Argentine.

dimanche 5 mai 2013

Les mots travestis, une singularité du lunfardo [Jactance et Pinta]


Voilà longtemps que je ne vous avais pas rapporté ces petits chromos que le poète Luis Alposta, qui m'a fait l'honneur et l'amitié de signer la postface de Barrio de Tango (Editions du Jasmin), publie jeudi après jeudi sur son blog sur les idiosyncrasies de Buenos Aires. Ce grand praticien et analyste du lunfardo nous a livré il y quatre jours ce petit bijou linguistico-lexical :

Como en el rapto de las Sabinas, el lunfardo entró en el territorio del diccionario para alzarse con un par de palabras, a las que, paradójicamente, las hizo suyas después de haberles masculinizado el artículo. Se trata de unas pocas voces que fueron sacadas del “barrio norte” del diccionario de la Real Academia para ser llevadas al suburbio.
Es así como la rana, con el significado de astuto, avispado, sagaz y vivaracho, pasó a ser el rana; la gallina el gallina, con la acepción de cobarde, pusilánime, miedoso; y la chinche el chinche, designando así al de mal carácter, al cabrero, al que se enoja o irrita fácilmente.
Cuando se trata de alguien a quien consideramos listo, vivo, rápido y despabilado, o que se muestra dispuesto a prestar compañía y hacerle pata al otro, decimos que es un pierna.
El careta, y ya no la careta, es el individuo desvergonzado, caradura, atrevido, descarado, fachatosta o cara de piedra.
Y así algunas otras por el estilo: la púa y el púa (astuto, avispado); la chaucha y el chaucha (tonto); la tuerca y el tuerca (aficionado al automovilismo); la campana y el campana, que es el que vigila mientras otro roba y, por último, la papa y el papa frita (tonto, ingenuo).
Palabras que, como las cautivas en tiempos de los malones, ya no podrán regresar a sus páginas de origen. Con sus cambios de significado y de género, sus antiguas vecinas ya no las reconocerían y de hacerlo, serían rechazadas, discriminadas, mal vistas.
Luis Alposta

Comme dans le rapt des Sabines, le lunfardo est entré dans le territoire du dictionnaire pour s'élever avec deux ou trois mots qu'il a, paradoxalement, faits siens après en avoir masculinisé l'article. Il s'agit d'une poignée de termes qu'on a sortis du Quartier Nord (1) du dictionnaire de l'Académie Royale (2) pour se les emporter dans les faubourgs.
C'est ainsi que la grenouille (rana), dans le sens d'astucieux, intelligent, sagace et malin, est devenu le grenouille, la poule le poule (3), dans l'acception de lâche, pusillamine, peureux et la punaise (4) le punaise, qui désigne l'homme au mauvais caractère, la personne soupe-au-lait, qui se met en colère ou s'irrite facilement.
Quand il s'agit de quelqu'un que nous considérons comme diligent, vif, rapide et dégourdi, ou qui se montre disposé à vous accompagner et donner un coup de main à autrui, nous disons qu'il est un jambe.
Le masque (5), et non le masque [sic], c'est l'individu effronté, culotté, insolent, qui ne doute de rien, qui ne manque pas de souffle et n'a pas froid aux yeux (6).
Et ainsi de suite quelques autres du même genre : la púa (la pique) et le pique (astucieux, malin), la gousse et le gousse (l'imbécile), l'écrou (la vis) et l'écrou (5) (passionné de voitures), la cloche et le cloche, qui est celui qui surveille pendant qu'un autre commet un vol et, pour finir, la pomme de terre et le pomme-frite (imbécile, naïf).
Mots (7) qui, comme les captives au temps des attaques indiennes (8), ne pourront plus retourner dans leurs pages d'origine (9). Avec leurs changements de signification et de genre, leurs voisins d'autrefois ne les reconnaîtraient plus et si ils le faisaient, ils seraient rejetés, discriminés, mal vus (10).
(Traduction Denise Anne Clavilier)



(1) Barrio Norte désigne à Buenos Aires une partie du quartier San Nicolás et joue comme homonyme de quartier chic. On dit à Buenos Aires Barrio Norte comme on dit à Paris Neuilly ou le 16ème, une partie pour le tout, les beaux quartiers.
(2) En espagnol, le dictionnaire de la Real Academia est l'équivalent de son homologue de l'Académie Française dans la langue de Molière. La référence absolue. Aujourd'hui, ce dictionnaire s'est largement ouvert aux variantes lexicales latino-américaines et il est travaillé en coopération avec les Académies fondées dans les pays issus de l'ancien empire colonial. Vous avez accès à ce dictionnaire directement à travers du lien permanent installé dans la rubrique Cambalache (casi ordenado) de la Colonne de droite (partie basse).
(3) En français, poule mouillée.
(4) L'insecte, pas la pointe. En Espagne, chinchar, c'est taquiner ou casser les pieds. Etre chincha, c'est  donc être taquin ou casse-pied (sans plus). C'est donc beaucoup plus léger qu'en lunfardo.
(5) Et voilà les malheurs de la traduction. Cela ne marche pas en français.
(6) Luis Alposta joue sur les mots en rapprochant careta (diminutif de cara, visage) et l'expression cara de piedra, littéralement "face de pierre".
(7) Luis emploie un terme féminin (palabra) et donc toute la métaphore de la captive peut être filée jusqu'au bout.
(8) Un thème très important à Buenos Aires depuis sa seconde fondation, en 1580. Thématique à moitié imaginaire : celui de fillettes ou d'adolescentes blanches, issues de la communauté des colons ibériques, que les Indiens Pampas, qui vivaient dans l'actuelle région de Buenos Aires, enlevaient lors des razzias qu'ils effectuaient par surprise contre la ville dans l'espoir de faire partir ces étrangers qui venaient voler leur territoire ancestral. Le thème de la captive a donné lieu à plusieurs tangos et à de très nombreuses légendes qui tissent l'inconscient et la mémoire populaire, en remontant en deça de la grande immigration de 1880-1930, quand les malones avaient cessé d'être. Aujourd'hui, un malón, c'est surtout une déferlante de supporters de foot surexcités par l'issue, heureuse ou malheureuse d'un match, et qui, pris de boisson, d'enthousiasme ou de rage, peuvent tout casser dans les alentours du stade et parfois dans un rayon très large.
(9) Autre jeu sinon de mot du moins de sonorité. Pago : pays, campagne, village et página : page. Luis Alposta, avec ses origines clairement italiennes, est pétri de l'histoire de Buenos Aires, il préside le Cercle d'études historiques de son quartier, Villa Urquiza, ce pour quoi il m'a proposée en août 2010 comme Visitante Ilustre de Villa Urquiza (j'ajoute aujourd'hui le raccourci dans la Colonne de droite, sous le raccourci vers ma nomination à la Academia Nacional del Tango). Et vous voyez ici comment il jongle avec les thématiques et les époques : la cautiva, c'est la période coloniale (et la période révolutionnaire jusqu'à la fin de Rosas mais à une échelle bien moindre) et le retour dans les pages d'origine, c'est bien entendu l'autre thématique, celle des immigrés qui ne retournèrent presque jamais dans l'Europe qu'ils avaient quittée pour aller faire fortune en Amérique. A noter que dans ses mémoires, le général Miller, l'un des plus proches collaborateurs de San Martín, raconte, en 1827, l'histoire d'un garçonnet, enlevé par des Indiens, et qui était revenu à Buenos Aires à l'âge adulte pour faire quelque transaction pour son clan et qui, à la surprise de tous les Blancs, était retourné rejoindre les siens, préférant sans l'ombre d'une hésitation la vie dite sauvage au confort supposé de la ville coloniale.
(10) Ce que Luis aborde ici est le thème très évident pour qui se rend fréquemment en Argentine : la langue qui s'y parle est en train de se détacher définitivement de l'espagnol péninsulaire et il est probable qu'avant la fin du siècle il faudra des traducteurs pour que les deux peuples se comprennent, comme entre l'Espagne et l'Italie (un peu moins donc qu'entre la France et l'Italie ou l'Espagne, mais tout de même).