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Aujourd’hui, une bonne partie de la province de Catamarca est en
fête malgré les restrictions dues à la crise sanitaire : la
capitale, San Fernando del Valle, et sa région célèbrent la
béatification d’un important personnage local du 19e
siècle, l’évêque franciscain, Fray Mamerto Esquiú
(San José de Piedra
Blanca, Catamarca, 1826 -
Posta del Suncho, ibidem,
1883). Les
célébrations ont lieu tout au long du week-end à San José de
Piedra Blanca, à San Fernando del Valle et à Suncho dans la
province. D’autres se tiennent à Córdoba, où il est enterré
avec ses prédécesseurs et ses successeurs sur ce siège épiscopal
très ancien de l’Argentine ainsi que dans l’église des
Argentins à Rome et à Jérusalem, tous les lieux où il a vécu de
grandes expériences spirituelles qui sont autant d’étapes dans sa
vie. La cérémonie principale, aujourd'hui, était retransmise en direct sur la chaîne généraliste du service public national.
Fray
Mamerto Esquiú s’est donné tout entier dans sa vocation
franciscain au point qu’il n’en a jamais quitté l’habit, même
après avoir été consacré évêque. Il
s’engagea profondément dans le rétablissement de la paix civile
en Argentine (il a vécu presque
toute sa vie pendant la guerre civile entre les partisans d’un pays
centralisé et ceux qui voulaient des institutions fédérales).
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| L'unique daguerréotype que nous ayons |
Il
s’engagea même sur le terrain strictement politique en se faisant
élire comme député dans sa province. Il
a laissé un travail précieux de législateur.
Ceci
ne l’empêcha pas d’être choisi comme évêque de Buenos Aires
en 1870, une charge dont
il se retira au
bout de quelques mois,
s’en estimant indigne, puis comme évêque de Córdoba,
mission qu’il
accepta en 1880, l’année
où prirent fin les combats entre
ses compatriotes des deux bords.
Auparavant, il s’était
fait connaître comme enseignant et jouissant d’une réputation
méritée de grand orateur.
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L'image principale montre la messe d'hier dans la cathédrale de San Fernando del Valle présidée par le légat du pape Cliquez sur l'image pour une plus haute résolution |
L’histoire
nationale a retenu de lui plusieurs de ses sermons, dont celui du 9
juillet 1853, dans lequel il invita les Catamarquègnes et les
habitants des
autres provinces à
adopter,
reconnaître et respecter la Constitution nationale
rédigée la même année sous la direction du juriste et diplomate
Juan Bautista Alberdi (Tucumán,
1810 – Neuilly-sur-Seine, 1884), qui faisait de la République
argentine un pays fédéral afin de refermer enfin
les plaies de trente ans
de guerre civile. Moyennent quelques modernisations ici
et là, cette
constitution est toujours
en vigueur. L’ensemble
des prêches du nouveau bienheureux prononcés de 1853 à 1854 furent
publiés de son vivant sur ordre du gouverneur de Catamarca pour
l’édification des fidèles et des citoyens.
Le
religieux put se rendre à Rome puis il fit un pèlerinage en Terre
Sainte, chose rare pour un Sud-Américain
à l’époque. Le Saint-Père lui accorda une audience et sut le
convaincre d’accepter l’épiscopat.
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Maison natale de Fray Mamerto Esquiu (photo Ministère du Tourisme de Catamarca) |
Sa
maison natale a été conservée. Elle est maintenant protégée par
une construction plus grande et elle
se visite (hors
restrictions covid bien
entendu). Elle est l’un
des atouts touristiques et culturels d’une province par
ailleurs très pauvre,
assez peu peuplée mais qui a pourtant
joué un grand rôle, surtout
culturel, tout
au long de la
période coloniale.
La
cause en béatification de Fray Mamerto Esquiú avait été ouverte
en 1926, pour le centenaire de sa naissance. Le pape François a
accepté le premier miracle l’année dernière. La béatification
devait avoir lieu en mai 2021.
La crise sanitaire l’a fait reporter jusqu’à ce jour.
Fray
Mamerto Esquiú est le quatrième Argentin porté sur les autels,
après le bienheureux Ceferino Namuncurá (1886-1905), un Mapuche de
Patagonie immigré à Buenos Aires pour y
être scolarisé (et
acculturé juste après la
conquête de la Patagonie par les armes notamment contre la chefferie
tenue par son grand-père puis son père)
et mort de tuberculose à Rome, première
de ces béatifications
nationales il y a une dizaine d’années, le saint Cura Brochero
(1840-1914), de Córdoba, le tout premier d’entre eux à avoir
porté la nationalité
argentine qui a été
créée
en 1811, avant même l’indépendance juridique (1),
et la bienheureuse Mamá Antula (1730-1799) (2)
qui, née à Santiago del Estero, province voisine de Catamarca,
s’installa dans la Buenos Aires coloniale pour y relancer les
Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola (juste après
l’expulsion des jésuites) contre
toutes les consignes administratives que les
autorités coloniales
avaient reçues de Madrid.
Son principal disciple
portègne, l’abbé don Manuel Maximiliano Alberti, devint l’un
des membres de la Primera Junta, le premier gouvernement
révolutionnaire installé le 25 mai 1810.
Ces
quatre bienheureux et saint proviennent tous de l’Intérieur de
l’Argentine et trois d’entre eux sont issus de provinces
considérées aujourd’hui comme particulièrement périphériques
et délaissées (Río Negro, Santiago del Estero, Catamarca).
©
Denise Anne Clavilier
Pour
aller plus loin :
(1)
José Gabriel del Rosario Brochero (de son vrai nom) a été béatifié en 2013, ce fut
l’une des toutes premières décisions du pape fraîchement élu.
Il a été canonisé trois ans plus tard.
(2)
C’était une contemporaine aînée de Manuel Belgrano (1770-1820) dont elle
fut sans aucun doute l’un des maîtres de spiritualité.