dimanche 22 mai 2011

Quand Tonton Clairon nous raconte l'Obélisque [Actu]

En ce mois où l'Argentine célèbre sa fête nationale majeure (1), le quotidien Clarín nous a raconté hier l'épopée d'un monument symbolique de Buenos Aires qui fête cette année ses 75 ans, cet obélisque dont je vous parle parfois, au pied duquel ont lieu tant de fêtes populaires et tant de rassemblements, et qui se dresse au croisement de l'avenue 9 de Julio (la plus large au monde, 140 mètres) et de l'avenue Corrientes, en plein quartier San Nicolás.

Cet obélisque, El Obelisco en Argentine (coupe ci-contre, extraite du site du quotidien), a été érigé en 1936, sous un gouvernement anticonstitutionnel pro-britannique, pour marquer les 400 ans de la première fondation de Buenos Aires, le 2 février 1536, par Pedro de Mendoza, un explorateur espagnol, qui appartenait à une confrérie de marins placée sous le patronat d'une madonne sarde (Santa Maria de Bonaria) et qui mourut en mer sur le chemin du retour vers Madrid.

En lisant l'article d'hier matin sur le site de Clarín, vous en apprendrez beaucoup sur l'église, San Nicolás de Bari (2), qui se dressait à cet endroit en 1812, lorsqu'on hissa pour la première fois la bannière nationale sur cette tour désormais disparue, le 23 août. Vous apprendrez le nom de l'architecte, qui avait vu le jour à Tucumán, la ville où les patriotes déclarèrent l'indepéndance argentine (Congreso de Tucumán), les mensurations du monstre, son poids (en tonnes), le nom du maître d'ouvrage (une entreprise allemande... en 1936 ! je ne vous fais pas de dessin...), la durée des travaux, bref des tas d'infos anecdotiques mais fort intéressantes.



Le monument copie l'Obélisque que le monde entier peut admirer à Washington, dans la perspective qui mène au Congrès, et qui apparaît, tous les quatre ou huit ans, dans tous les plans larges des retransmissions en direct des prestations de serment de tout bon président des Etats-Unis qui se respecte. Rien à voir donc, comme le croient volontiers les Français (un brin chauvins et francocentristes), avec l'Obélisque à hiéroglyphes de la Place de la Concorde, à Paris.

A la fin des années 30, ces 70 mètres de calcaire de Córdoba dressés vers le ciel ne plaisaient guère aux Portègnes, tant et si bien que, comme la Tour Eiffel, on pensa à les détruire. A plusieurs reprises. Et on eut la sagesse de s'en garder. Tant et si bien qu'il est toujours là, immobile, au garde à vous, reluquant les passants et le flot de bagnoles qui lui chatouillent les pieds à toute heure du jour ou de la nuit. On ne peut pas dire que ce monument soit beau. Pourtant il a une âme. Celle que projettent en lui les habitants de la ville qui ont fini, volens nolens, par l'adopter, au point qu'il est devenu intouchable et qu'il figure vaillamment sur toutes les cartes postales, par ailleurs hideuses, de la ville (dont le charme mérite vraiment autre chose qu'une prise de connaissance à travers ces chromos du pire mauvais goût).

Le poète Alejandro Szwarcman et le compositeur Javier González lui ont consacré un tango, Entre rejas (derrière les barreaux), irrévérencieux à souhait et plein de cet attendrissement qu'on réserve aux vieux souvenirs familiaux, un tango que j'ai traduit dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango (Tarabuste Editions, Revue Triages supplément 2010), ouvrage que je dédicacerai à la fin de cette semaine, au Marché de la Poésie de Paris, du 27 au 30 mai 2011 (Place de la Mairie du 6ème arrondissement).

Pour en savoir plus sur ce monument et son histoire :
Voir également les événements de ces années-là dans le Vademecum historique, dont vous trouverez le raccourci dans la rubrique Petites chronologies, en partie médiane de la Colonne de droite.

(1) L'Argentine adore les doublons : elle a donc deux fêtes nationales. L'une le 25 mai, qui commémore la Révolution de Mai (en 1810), qui est la prise en main du gouvernement local par le peuple, l'autre le 9 juillet, qui commémore la déclaration d'indépendance en 1816 qui sépara définitivement le pays de l'Espagne, au prix d'un terrible conflit armé auquel succéda une guerre civile jusqu'à la fin des années 1820.
(2) ce même évêque d'Asie Mineure, aussi peu historique que possible, qui apporte des cadeaux aux enfants sages en Alsace, en Belgique, au Luxembourg, dans le sud de l'Allemagne, le 6 décembre, et dont Coca Cola a fait le Père Noel dans les Années Folles !

Documentaire en tournage à Tacuarembó : la version uruguayenniste en action [Actu]

Nos amis uruguayens, qui ont, comme vous le savez, une version bien à eux de l'identité de Carlos Gardel, une version que personne d'autre qu'eux ne prend pour argent comptant mais à laquelle ils tiennent comme à la prunelle de leurs yeux, d'autant plus qu'elle a l'art de mettre les Argentins hors d'eux, préparent en ce moment, avec l'aide de la Catalogne espagnole et du voisin brésilien, un documentaire sur un obscur et passablement mythique potentat de Tacuarembó, né en 1845 et mort en 1915, après avoir épousé l'une après l'autre trois soeurs et laissé derrière lui 15 enfants légitimes et une cinquantaine de bâtards, ce qui est fort utile pour caser Carlos Gardel dans une fratrie quelle qu'elle soit mais, si possible, qui en impose.

Ce prolifique et brumeux personnage, contemporain du président Máximo Santos qui l'aurait élevé au grade de colonel, s'appelle Carlos Felix Escayola Medina et on ne trouve d'informations sur lui qu'en lien avec les recherches abondantes faites par les Uruguayens pour prouver autant que faire se peut que Carlos Gardel est son fils et que l'artiste est donc bien né sur leur sol, dans cette ville ou ce département de Tacuarembó dont le nom figurait sur ses papiers officiels le jour de sa mort accidentelle (mais pas sur son testament autographe, où il est remplacé par celui de la ville de Toulouse, dans la lointaine France).

Ainsi donc le prestigieux inconnu aura désormais son documentaire télé, sous le titre El silencio de Tacuarembó, réalisé par l'Uruguayen Ricardo Casas, un réalisateur auquel on doit un documentaire fameux sur le poète Mario Benedetti, en 2004, Palabras verdaderas (Mots de vérité ou Paroles de vérité). Le film est en cours de tournage dans la ville éponyme où il est produit par la société nationale Guazú Media, qui a recueilli des fonds espagnols (le père de Escayola était catalan, paraît-il) et des fonds brésiliens, le Brésil accueillant aussi la post-production, ce qui semble habituel pour tout ce que fait Guazú Media. Le tournage vient de faire l'objet d'un entrefilet dans le quotidien uruguayen El País et une association de militants uruguayennistes s'est chargée il y a quelques jours de lancer le buzz sur la toile.

Pour en savoir plus :
lire l'article de El País, qui se contente de reprendre le communiqué de presse de la maison de production.
lire la fiche sur Escayola, avec photo, sur le site Geni, un service de généalogie gratuite dont le siège social est à Hollywood, en Californie. A prendre avec d'infinies précautions sur le plan historique (un potentat local qui aurait laissé 50 enfants illégitimes derrière lui, ça vous a un parfum de mythe comme il y en a peu. A ne jamais prendre au pied de la lettre).

Retour de Néstor Tomassini à Bahía Blanca cette semaine [à l'affiche]

Le clarinettiste Néstor Tomassini retourne dans sa ville natale, Bahía Blanca, tout au sud de la Province de Buenos Aires, la station balnéaire sans doute la plus au sud du monde. Avec son groupe, composé par le guitariste que vous connaissez déjà bien, Hernán Reinaudo, et son percussionniste, José Balé, il se produira à la Deuxième Rencontre de Clarinettes, le vendredi 27 mai 2011 à 21h, dans le Grand Amphithéâtre de l'Université Nationale du Sud (UNS), l'université de cette ville.

Entrée : 25 $.

Pour en savoir plus sur les artistes, cliquez sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus. Vous accéderez ainsi à l'intégralité des articles que je leur ai déjà consacrés dans ce blog.

El día que me quieras, comme Berthe Gardes ne l'a jamais vu : dans son patio [à l'affiche]

Une indisponibilité du sextette, prévu lundi 23 mai 2011 dans le cadre des soirées Mis tardes con Gardel, bouscule le programme du Museo Casa Carlos Gardel et donnera l'occasion au musée de projeter demain à 18h30, le dernier film de Carlos Gardel, intitulé El día que me quieras (le jour où tu m'aimeras), tourné à New-York en 1935, avec Rosita Moreno (qui joue dans le film l'épouse puis la fille de Gardel) et Tito Lusiardo (qui joue le rôle du grand ami fidèle), et où Astor Piazzolla, qui avait alors 14 ans, joue une silhouette, celle d'un petit vendeur de journaux qui fait le guet pour Gardel.

Ce film, tourné quelques mois avant la mort tragique et accidentelle de Carlos Gardel, fait partie de ceux que sa mère, Berthe Gardes, allait voir, une fois par semaine au cinéma, pour retrouver l'image vivante de son fils disparu.

Ce film contient plusieurs grands tangos du duo Carlos Gardel-Alfredo Le Pera, dont trois qui figurent dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins (ed. du Jasmin) : Volver, p 17, El día que me quieras, p. 335 et Sus ojos se cerraron, p. 313.

Lundi soir, l'oeuvre sera projetée dans le patio de cette maison où elle a vécu avec lui et où elle est décédée en juillet 1943, rue Jean Jaurès 735, dans le quartier de l'Abasto.

Entrée libre et gratuite.

Alan Haksten Grupp et Dentrocasa se partageront la soirée du Teatro El Vitral [à l'affiche]


Mardi 24 mai 2011, à 23h, deux formations de musique populaire se succéderont au Teatro El Vitral, situé rue Rodriguez Peña 344 (tout près de l'avenue Corrientes) : Alan Haksten Grupp, qui présente un répertoire de tango contemporain composé essentiellement par le guitariste qui a donné son nom au groupe, et Dentrocasa, un quintette de cordes (guitares et contrebasse), percussion et chant, qui présente un répertoire de "chansons domestiques".

Entrée : 20 $. Un véritable cadeau.
La soirée se terminera d'ailleurs en fête d'anniversaire, et la vedette du jour sera Alan...

Pour en savoir plus sur les artistes, vous pouvez découvrir sur ce blog les articles que j'ai déjà consacrés à Alan Haksten Grupp, une formation récente mais qui s'est déjà forgé une belle réputation en quelques années à peine. Vous pouvez aussi visiter leur site Internet.

Viviana Scarlassa et Néstor Basurto présentent leurs disques mardi à La Paila [à l'affiche]

Le mardi 24 mai 2011 à 21h, la chanteuse et comédienne Viviana Scarlassa et l'auteur-compositeur-interprète Néstor Basurto, accompagnés par Darío Barozzi à la guitare et Martías Novelle aux percussions, présenteront chacun son nouveau disque au restaurant La Paila, situé rue Costa Rica 4848, dans le quartier de Palermo, dans le cadre des soirées Martes de Tangos, organisées par Lorena Bracamonte et Alan Haksten.

Entrée : 20 $.

Comptez aussi le repas, au menu ou à la carte, dans ce restaurant spécialisé dans la gastronomie du nord de l'Argentine.



Viviana Scarlassa présentera Camino (sorti en 2008) et En carne propia (qui date de l'année dernière).
Néstor Basurto vient quant à lui de publier Recalada.

Pour mieux les connaître, vous pouvez visiter leurs sites respectifs :
site Internet de Viviana Scarlassa
site Internet de Néstor Basurto

Las Minas del Tango Reo de retour à Clásica y Moderna [à l'affiche]

Les deux chanteuses posant devant une façade fileteada, dans la rue Jean Jaurés, à quelques pas du Museo Casa Carlos Gardel

Les chanteuses Lucrecia Merico et Valeria Shapira, accompagnées cette fois-ci du guitariste Hernán Pérez reprennent leur tour de chant théâtralisé à deux voix le mardi 24 mai à 21h30, au Bar Notable Clásica y Moderna, avenida Callao 892.

Le répertoire de ce spectacle est essentiellement constitué de vieux tangos, écrits dans les années 20, 30 et 40, pour beaucoup d'entre eux pour des oeuvres de théâtre populaire, ce qu'on appelle le sainete porteño (voir mes articles rassemblés sous le raccourci théâtre dans la rubrique Tangoscope, dans la partie haute de la Colonne de droite).

Entrée : 40 $, hors consommation (dont le montant minimum doit être autour de 20 $).

A voir.

samedi 21 mai 2011

Nouvel échec de la gauche uruguayenne sur l'abolition de la loi d'amnistie [Actu]

Après l'obtention, ras les moustaches, de l'abolition de trois articles de la Ley de Caducidad, sur injonction de la Cour Interaméricaine des Droits de l'Homme, le 12 avril dernier (voir mon article du 13 avril 2011), c'est un nouvel échec que vient d'essuyer en Uruguay la majorité présidentielle formée par les élus parlementaires du Frente Amplio, le parti qui fédère quasiment tous les mouvements de gauche du pays depuis 1971.

Là encore, le vote s'est fait à une voix près. A l'Assemblée Nationale. Seulement 49 voix pour l'abolition de cette loi qui maintient dans l'impunité les criminels de la Dictature militaire, ce régime anticonstitutionnel qui, en Uruguay, s'est installé en 1973 et n'a été renversé qu'en 1985, pour être aussitôt couvert par l'adoption, démocratique, de cette loi, en 1986.

Autant l'Argentine parvient à purger sa mémoire collectives des crimes commis sous la Dictature, grâce à deux vagues de procès, dans les années 1984-1986, puis de nouveau depuis 2003, avec l'arrivée au pouvoir de Néstor Kirchner, autant l'Uruguay n'en finit pas de traîner avec lui les fantômes de ce régime qui aura duré beaucoup plus longtemps qu'en Argentine, avec un même degré de violence et une moins grande aura internationale pour ses militants des droits de l'homme, moins entendus et moins écoutés que ne le sont des associations argentines comme Madres de Plaza de Mayo et Abuelas de Plaza de Mayo.

Il semblerait que le personnel politique uruguayen actuel ait toujours peur de soulever le couvercle de la boîte de Pandore. Or le Président lui-même, Pepe Mujica, pourtant ancien guerrillero, n'est pas un chaud partisan des procès (il craint en effet que, sous prétexte de justice, ce soit en fait une forme de vengeance qui s'exerce). Ce démocrate incontestable, bon vivant et passionné préfère que le pays aille de l'avant. A ceci près qu'il est quasiment impossible pour une société d'aller de l'avant lorsque son passé reste encombré de secrets politiques et que les fils des dictateurs se présentent eux-mêmes aux élections en revendiquant l'oeuvre paternelle comme ce fut le cas pour le candidat arrivé en 3ème position lors de l'élection présidentielle de 2009 (voir mon article du 26 octobre 2009 à ce sujet).

A la Chambre, à Montevideo, le débat aura duré 14 heures non stop et s'est achevé sur un vote à 49/49, match nul entre pour et contre l'abolition proposée par le Gouvernement, lequel suit un grand axe politique du Frente Amplio. Or pendant le débat, la rue défilait. C'était la 16ème Marche silencieuse (Marcha de Silencio), sur Avenida 18 de Julio (1). Les observateurs estiment que 100 000 personnes y ont participé, un chiffre qui n'est pas à négliger dans une ville comme la capitale uruguayenne et un pays où le silence règne presque sans interruption depuis le retour de la démocratie. Quelques pancartes réclamaient la Justice et la Vérité, selon un slogan qui a bien pris en Argentine. D'autres proclamaient que la Justice n'est pas la Vengeance, une allusion des plus claires aux propos tenus par l'actuel Président pendant sa campagne, il y a deux ans, dans une interview haute en couleurs qu'il avait alors accordée au quotidien de droite argentin La Nación (voir mon article du 28 septembre 2009).

L'opposition se réjouit naturellement de cette défaite de la majorité, qui se trouve fortement divisée par cette affaire depuis deux mois environ, et ses ténors affirment qu'il est temps désormais de s'attaquer aux problèmes d'actualité : le monde du travail, le secteur de l'éducation, les problèmes de sécurité et d'infrastructure. Ils en profitent pour épingler le Président, pour ce qu'ils estiment être son manque de respect pour la démocratie, puisque deux plébiscites récents, organisés par le Frente Amplio, ont déjà rejeté cette abolition de la loi d'amnistie.

Lundi prochain, le Président Mujica devrait réunir autour de lui les barons de sa majorité pour examiner avec eux la stratégie à adopter pour obtenir un jour l'abolition de la Ley de Caducidad, qui isole de plus en plus l'Uruguay, déjà considéré comme un paradis fiscal gris, dans une zone géographique dont tous les pays apurent, les uns derrière les autres, leur passé dictatorial en ouvrant des procès pendant les dernières années qu'il reste à vivre aux plus hauts responsables, tirant ainsi la leçon de l'affaire Pinochet, dont le décès a éteint la cause publique contre celui qui était en fin de compte le dictateur le plus emblématique de cette dernière phase de la la guerre froide, où l'Amérique Latine tout entière s'était retrouvée écrouée par les Etats-Unis.

Pour en savoir plus :
lire l'article de une de El País, le quotidien de Montevideo (à ne pas confondre avec son homonyme madrilène) : il revient sur la Marche du Silence
lire l'article de El País sur les réactions de l'opposition
lire l'article de El País sur les réactions des ONG des droits de l'homme en Uruguay et les déclarations de Macarena Gelman (2)
lire l'article de La República sur la Marcha del Silencio (autre quotidien uruguayen, à ne pas confondre cette fois-ci avec un journal italien, dont le titre s'écrit avec 2 p et sans accent sur le u)
lire l'article de La República sur la réunion du Gouvernement prévue lundi matin
lire l'article du quotidien argentin Página/12 (tout à gauche et indéfectible militant des droits de l'homme).

(1) 18 de Julio (18 juillet) : c'est la date anniversaire de la prestation de serment à la première constitution d'Uruguay, l'année de l'indépendance du pays, en 1830. C'est le nom de la principale avenue de la capitale, qui constitue le parcours obligé de toutes les grandes manifestations politiques mais aussi celui des grands défilés festifs, notamment lors de l'ouverture du Carnaval (voir mes articles sur le sujet en cliquant sur le raccourci Carnaval, dans la rubrique Grands rendez-vous du Tango, dans la partie haute de la Colonne de droite).
(2) Macarena Gelman est la fille argentine d'une disparue uruguayenne. C'est le combat qu'elle a entamé avec son grand-père paternel pour faire ouvrir une enquête sur la disparition de sa mère qui est à l'origine de l'arrêt de la Cour Interaméricaine des Droits de l'Homme dénonçant le caractère contraire à la Charte des Nations Unies de la Ley de Caducidad. Voir mon article du 25 mars 2011 à ce propos. Macarena Gelman est la petite-fille du poète argentin Juan Gelman, lui-même éditorialiste de la rédaction du quotidien Página/12.

Grande fête musicale au Parque Centenario demain avec Alan Haksten Grupp [à l'affiche]

Tous les dimanches de mai, se tient au Parque Centenario, une série de concerts en plein air, dans l'Amphithéâtre Eva Perón, avec entrée libre et gratuite, comme tout ce qui est organisé en plein air d'ailleurs.

Dimanche 22 mai, Alan Haksten Grupp, que les lecteurs habituels de Barrio de Tango connaissent bien désormais, se produira avec d'autres artistes dont l'affiche vous donne les noms.

Cette série de concerts est une initiative du Ministère de la Culture de Buenos Aires. Une bonne initiative. Même si le Ministre de la Culture vient de se faire griller la politesse politique dans le jeu de chaises musicales des investitures aux élections portègnes de juin (voir mon article du 14 mai 2011 à ce sujet). Cela sauvera peut-être son avenir politique, qui sait !

Pour en savoir plus sur ce jeune orchestre typique qu'est Alan Haksten Grupp, cliquez sur le nom du compositeur et guitariste, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

Daniel Filmus se présente à Buenos Aires, secondé par Carlos Tomada [Actu]

Daniel Filmus, à droite, Carlos Tomada à gauche

C'est la Présidente elle-même qui a tranché et l'a fait annoncer depuis sa résidence de Olivos, dans la banlieue de Buenos Aires : le duo qui se présentera pour diriger le Gouvernement de la Ville autonome de Buenos Aires au nom du Partido Justicialista (péroniste) se composera du Sénateur Daniel Filmus, un homme politique au beau palmarès dans les domaines de l'éducation, de la culture et des droits de l'homme (les trois vont ensemble pour le péronisme de gauche qui constitue l'actuelle majorité nationale argentine), et Carlos Tomada, le Ministre du Travail, bien connu pour différentes négociations récentes en faveur du développement d'un Code du Travail qui s'était désagrégé de 1955 à 2003. Filmus se présente au poste de Chef du Gouvernement portègne, Tomada sera quant à lui son Vice-Chef de Gouvernement.

Face à eux, pour la droite ultra-libérale, Mauricio Macri, leader portègne du PRO, "l'homme du passif", comme aurait dit il y a 30 ans un certain Mitterand, mais toujours en bonne position dans les sondages d'opinion. Et pour la gauche non péroniste, le cinéaste Fernando "Pino" Solanas, dont le Proyecto Sur avait réussi une forte progression lors des deux derniers scrutins, de 2007 et 2009.

Les dés sont désormais jetés. Le scrutin aura lieu en juin...


Amado Boudou, qui était lui aussi sur les rangs pour l'investiture aux élections portègnes, semblerait être réservé par la Présidente à un autre sort. Il pourrait en effet être désigné le moment venu comme le Vice-Président d'une formule électorale où elle sera(it) la candidate à sa propre succession. A moins que cette place, désertée comme on le sait il y a bien longtemps par l'actuel et très évanescent Vice Président, Julio Cobos (voir mon article du 19 juillet 2008 à ce sujet), ne soit en fait rétenue pour Daniel Scioli, qui fut Vice-Président pendant le mandat de Néstor Kirchner, décédé il y a six mois, comme le savent les fidèles lecteurs de Barrio de Tango (1). Boudou est le ministre actuel de l'Economie et il peut se vanter d'un joli tableau de chasse, notamment en ce qui concerne la dette extérieure de l'Argentine, boulet géostratégique que se traîne le pays depuis 2001. Avant cela, il était l'Administrateur de l'ANSeS, la sécurité sociale argentine qu'il a sortie du rouge. Daniel Scioli exerce, pour sa part, depuis 2007 les fonctions de Gouverneur de la Province de Buenos Aires, où il conduit une politique inverse de celle de Mauricio Macri dans la capitale. C'est un kirchnériste historique, ce qu'en langage politique français on appellerait un "éléphant" du PJ.


Aujourd'hui, le quotidien libéral La Nación, qui a pris récemment quelque distance avec Mauricio Macri, un peu trop empêtré à son goût dans les scandales, et qui consacre sa une du jour aux événements européens (siège de la Puerta del Sol à Madrid par la jeunesse espagnole et statue -hideuse- de Jean-Paul II à Rome), publie un article fort intéressant sur les hypothèses retenues par les investisseurs étrangers en Argentine : ils tableraient sur la réélection de Cristina Fernández de Kirchner, l'actuelle présidente qui ne s'est toujours pas prononcée sur sa candidature ou non en 2011, mais ils craindraient alors qu'elle ne radicalise ses positions (à moins que ce ne soit La Nación, qui ait cette crainte), entendez par là qu'elle mène une politique encore plus à gauche, c'est-à-dire plus interventionniste dans le domaine économique, et qu'elle continue à réglementer le marché du travail et la protection sociale. Et si c'est La Nación qui le dit, il est probable que les sondages soient véritablement très en faveur de l'actuelle Chef de l'Etat, ce pourquoi sans doute Mauricio Macri a préféré retirer ses billes et ne plus s'aventure hors de son périmètre municipal (voir mon article du 10 mai 2011 sur cette candidature de Macri à sa propre succession).

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 (kirchneriste à 200 %)
lire l'article de Clarín (anti-kirchneriste viscéral)
lire l'article de La Nación sur les élections à Buenos Aires (libéral, anti-péroniste)
lire l'article de La Nación sur les réactions des investisseurs internationaux (celui de l'indice boursier de New-York, comme par hasard)
lire l'article de La Prensa (libéral et patronal)
lire l'article de El País, le quotidien uruguayen, sur les difficultés qui seraient celles de Cristina Kirchner pour un second mandat (ces difficultés seraient d'ordre personnel)

(1) Voir à ce propos mes articles sur Néstor Kirchner, son décès le 27 octobre 2010 et les réactions émotionnelles et politiques qu'il a suscité tant en Argentine même que dans toute la région.

Un taux de chômage exceptionnellement bas en cette année électorale en Argentine [Actu]

D'après l'INDEC, l'institut national de statistiques argentin, dont les résultats sont toujours très contestés par les Argentins, habitués qu'ils sont aux mensonges de leurs instances dirigeantes, le taux de chômage en Argentine au premier trimestre de cette année est de 7,4 %, le meilleur chiffre depuis 1992, quand le chômage n'était que de 7,3%, soit pratiquement un chômage frictionnel (fixé à 5%), désigant le chômage des salariés qui traversent une phase d'inactivité entre deux postes de travail. Le taux correspondant à une situation de plein emploi est quant à lui fixé à 2%. Ce chiffre est inférieur de près d'un point (0,9%) à celui du premier trimestre 2010...

Au-delà de la mauvaise réputation de l'INDEC, en grande partie assez peu méritée, ce très beau chiffre officiel reste à relativiser fortement tout simplement parce qu'en Argentine, 40% de l'activité économique reste souterraine, non déclarée, et il existe une multitude de gens dont le travail est difficilement assimilable à ce qu'un Européen considère comme un travail digne de ce nom. Je pense à de très nombreux saisonniers agricoles, dont différentes enquêtes, cet été 2011, ont révélé les conditions de travail infra-humaines et la rétribution au lance-pierre, et les non moins nombreux cartoneros et autres chiffonniers, qui vivent en périphérie des grandes villes, grâce aux déchets des habitants, parfois à peine plus privilégiés qu'eux, de ces centres urbains. Certes ils travaillent. Mais il faut voir comment et quoi.

D'un autre côté, il est vrai aussi que le Gouvernement argentin a mis en place tout au long de ces dernières années des politiques de soutien à la consommation, notamment à travers une série de réévaluations régulières des minima sociaux, et qu'il n'y aurait rien d'étonnant que l'un des résultats de cette politique soit une plus forte demande capable de dynamiser l'économie, comme quelques enquêtes sur les évolutions de la consommation alimentaire semblent l'avoir prouvé ces derniers temps (voir à ce propos l'ensemble des articles placés sous le thème de l'économie, en cliquant sur ce mot-clé dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus). De plus, à côté des mesures volontaires de soutien à la consommation, il existe en Argentine un extraordinaire dynamisme dans le secteur coopératif, qui concerne les classes sociales les plus défavorisées. Ce qui interdit de porter sur l'Argentine un regard misérabiliste. La misère y semble bel et bien en voie de régression, sauf dans la ville de Buenos Aires, qui vit à l'heure d'un libéralisme débridé qui élimine la misère surtout en chassant les pauvres hors du territoire municipal, ce qui est une manière assez radicale de s'y prendre.

Pour ma part, j'attends avec impatience de voir quelle Buenos Aires je vais découvrir cette année en août pour me faire une idée un peu plus précise et surtout un peu plus objective sur le caractère factice ou réaliste de ces résultats que seul Página/12 commente aujourd'hui (signe peut-être qu'ils ne sont pas si faux que les esprits chagrins ont tendance à le dire, sinon les journaux d'opposition se seraient fait une joie de tirer une nouvelle fois à boulets rouges sur l'INDEC).

Pour en savoir plus :

jeudi 19 mai 2011

Ángel Pulice et Ruth de Vicenzo reviennent à Almagro en citant Barrio de Tango ! [à l'affiche]


L'annonce de ce concert que nous servent, ci-dessus, l'auteur-compositeur interprète Ángel Pulice et la partenaire, la chanteuse et accordéoniste Ruth de Vicenzo (1), compile les citations de tangos célèbres, parmi lesquels Tiempos viejos, Almagro et Afiches, respectivement traduits aux pages 128, 265 et 196 de mon anthologie, Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins (ed. du Jasmin), dont j'ai précisément confectionné la sélection de textes à cause de ça : cette résonnance qu'ils ont dans la culture de tous les jours à Buenos Aires (2).

Allusions aussi au footbal, dont l'équipe locale, le San Lorenzo de Almagro, a inspiré de nombreux poètes supporters.

Le groupe revient au Musetta Café pour un concert intimiste à 21h, samedi 21 mai 2011... A déguster avec un pan y vino du patron, vous ne le regretterez pas (3).

(1) à ne pas confondre avec une bandonéoniste. Ce n'est pas du tout le même instrument, même si tous les deux appartiennent à la même famille d'instruments à soufflet et à hanches.
(2) Allez y voir parce que la traduction de ces bribes de vers ne vous dira rien en soi. Pour les apprécier et en goûter l'humour, il faut impérativement avoir fait au moins une fois un petit tour du propriétaire du répertoire. Comme pour comprendre n'importe quelle blague, n'importe où sur cette bonne vieille terre, d'ailleurs.
(3) Peu d'articles aujourd'hui, car une bonne partie de mon après-midi sera occupée par le tournage de quelques vidéos pour le site internet des Editions du Jasmin (voir le lien, dans la rubrique Cambalache casi ordenado, dans la partie basse de la Colonne de droite).

La Vidú et La Marca au Centro Cultural Julián Centeya ce vendredi soir [à l'affiche]

La Orquesta Típica LaVidú, que connaissent bien les lecteurs fidèles de Barrio de Tango, et le Cuarteto La Marca se produiront demain soir, vendredi 20 mai 2011, au Centro Cultural Julián Centeya, dans le quartier de Boedo, avenida San Juan 3255, à 21h, pour un concert partagé organisé par la Ville de Buenos Aires.

Entrée libre et gratuite.

A ne pas manquer pour tous les amateurs de musique tanguera séjournant en ces jours d'automne dans la capitale argentine.

Comme toujours, pour en savoir plus sur les artistes cités, cliquez sur leurs noms dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus. Ce clic vous permettra de faire remonter en page d'accueil les articles que je leur ai déjà consacrés dans ce blog, en français, par ordre chronologique décroissant.

mardi 17 mai 2011

Hernán Genovese & Friends au Torcuato Tasso [à l'affiche]


Le chanteur Hernán Genovese, belle et rare voix de baryton basse du tango moderne, se présentera demain soir, 18 mai 2011, à 22h, au Centro Culture Torquato Tasso, Defensa 1575.

Entrée : 30 $.

Hernán sera accompagné pour l'occasion par trois guitaristes, Román Vergagni, Pablo Alessia et Joaquín Althabe. Ensemble ils présenteront un prochain disque, intitulé De púa y corazón, dont le contenu rend hommage au grand guitariste Roberto Grela.

Les autres invités de la soirée seront la chanteuse Roxana Fontán, le chanteur Cucuza Castiello (un autre Hernán) et le pianiste Matías Álvarez.

Pour en savoir plus sur les artistes et leurs activités, cliquez sur leur nom parmi les mots-clés du bloc Pour cherchre, para buscar, to search, ci-dessus.

Tango en Tres sont leurs propres invités ce jeudi 19 mai [à l'affiche]

Jeudi prochain, le 19 mai 2011, à 19h, le trio Tango en Tres, organisateurs des soirées Suena y sueña tango (sonne et rêve tango) au Centro de Estudios Artísticos, Virrey Cevallos 172, où Jacqueline Sigaut chantait la semaine dernière, présentera ses disques, Abriendo el juego et Legado.

Tango en Tres, c'est :
Julian Graciano, à la guitare de 7 cordes (c'est aussi le compositeur du groupe)
Santiago Álvarez, à la contrebasse
et Marcelo Cóceres, à la batterie

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