mercredi 11 février 2015

La vie reprend à la Academia Nacional del Tango – article n° 4100 [Actu]


Après le deuil de la fin décembre lorsque le Maestro Horacio Ferrer nous a quittés, laissant aussi orpheline l'institution qu'il avait fondée avec tant de passion et d'amour en 1990, la rentrée se prépare à la Academia Nacional del Tango, avenida de Mayo, dans le quartier historique de Monserrat.

L'institution lance ses différents enseignements de l'année universitaire dont le démarrage s'étendra de mars à avril prochain.

Deux séminaires recueillent déjà des inscriptions : la formation pour paroliers, Seminario Homero Expósito, avec sa brochette de poètes d'envergure en guise de professeurs (excusez du peu!) et le niveau deux de la formation musicale générale.



Les élèves intéressés par les formations proposées par l'ANT sont vivement invités à prendre contact avec l'institution, à travers son site Internet, en lien permanent dans la rubrique Les Institutions de la partie basse de la Colonne de droite de ce blog.
Bien entendu, l'enseignement est dispensé en espagnol. C'est bien la moindre des choses que de parler la langue si l'on veut étudier le tango de façon un tant soit peu sérieuse.

Stage intensif de tango canyengue pour le carnaval à la Parakultural [à l'affiche]

C'est un stage intensif de danse en style canyengue, le style populaire par excellence (on pourrait traduire cela par plébéien ou faubourien en français) que vous propose pour la semaine de Mardi Gras la milonga La Parakultural, dans le quartier de Almagro.


Les abonnés à la newsletter de la revue El Tangauta ont droit à un rabais sur leur inscriptions mais tout le monde peut participer.

Le site Web de la revue El Tangauta est disponible sur ce blog, dans la Colonne de droite, dans la partie basse, à la rubrique Eh bien dansez maintenant.

La Divine Comédie par Miguel Rep tous les mercredis avec votre journal [Disques & Livres]

C'est le feuilleton artistique de l'été pour Página/12 : tous les mercredis le peintre et dessinateur de presse Miguel Rep publie sa version de la Divine Comédie, que les Argentins peuvent donc se procurer avec leur journal du matin...

Tiré du blog de l'artiste

Miguel Rep l'a lui-même annoncé dans son blog, que j'invite tous mes lecteurs à aller visiter. C'est un régal.

Clarín s'intéresse à nos indigents [ici]


Dimanche dernier, l'Evêque de Rome, suivi par l'équipe de reportage du CTV, le Centre Télévisuel du Vatican, s'est rendu en visite pastorale, dans une paroisse périphérique de son diocèse et en a profité pour se rendre aussi dans un camp de Roms. Or un camp de Roms en Europe occidentale (comme orientale d'ailleurs) n'est pas sans rappeler dramatiquement les villas miserias des faubourgs des grandes villes argentines, sans doute en pire.

Et comme l'Evêque de Rome est un Argentin depuis bientôt deux ans, Clarín s'est montré intéressé par cette visite, qui rappelle celle que faisait à la Villa 31 le cardinal Bergoglio... Comme quoi, l'indigence est aussi chez nous, dans ce que les Argentins appellent le Primer Mundo (le premier monde, en référence au Tiers-Monde dont ils font partie et en opposition au monde communiste qui n'existe plus guère en dehors de la Corée du Nord...)

Sur cette visite du Pape François, lire l'article de Clarín et l'article (en français) publié par les journalistes du Vatican.

mardi 10 février 2015

Un nouveau deuil en été : Osvaldo Berligieri allait avoir 87 ans [Actu]

Photo extraite de la page Facebook de Osvaldo Berligieri
(probablement administrée par Raúl Luzzi)

Le pianiste et compositeur Osvaldo Berlingieri aurait eu 87 ans le 20 février prochain. Il était né à Haedo, dans le Gran Buenos Aires, en 1928. Il est décédé à Buenos Aires dimanche dernier et ses obsèques ont eu lieu hier. Sa mort ne fait guère de bruit. Seul Página/12 et le quotidien économique Ambito Financiero lui rendent hommage aujourd'hui, dans une actualité politico-judiciaire toujours brûlante (1).

Il restera dans les anales pour son rôle auprès de Roberto Goyeneche, dont il a été l'un des pianistes les plus distingués de la carrière de soliste (les siens figurent parmi les plus beaux enregistrements qu'il nous reste de ce chanteur hors norme) et pour le duo qu'il formait alors avec le bandonéoniste Ernesto Baffa.

Mais il avait aussi appartenu à l'orchestre de Aníbal Troilo pendant une dizaine d'années et plus tard, il avait fait partie de la distribution d'un célèbre spectacle qui avait fait le tour du monde dans les années 1980, Tango Argentino. Plus récemment, on l'avait vu parmi les maîtres du Café de los Maestros, le film autant que la tournée internationale. Il était de temps en temps l'invité de tel ou tel plenario de la Academia Nacional del Tango le lundi soir.

Modeste hommage sur la page spectacles de Ambito Financiero



(1) Pour mettre encore un peu plus d'huile sur le feu d'une actualité surchargée en la matière, le Secrétariat d'Etat aux Droits de l'Homme vient d'annoncer qu'il avait accepté la démission d'un agent de ses services dont on venait de découvrir qu'il avait été condamné en Espagne à 15 ans de détention pour viol sur son ex-compagne, une condamnation qu'il a purgée presque en totalité (il a fait 10 ans derrière les barreaux à Barcelone) mais qui n'avait pas été reportée sur le casier judiciaire national argentin. Cette condamnation, lourde, avait donc échappé aux enquêtes de moralité qui interviennent en Argentine avant toute nomination dans un organe gouvernemental. L'homme devait son poste, au reste très subalterne, au sein de ce ministère à ses amitiés des années 1970 quand il militait dans les rangs des jeunesses péronistes, avec entre autres le couple Kirchner, avant de s'exiler en Espagne pour échapper à la mort sous la Dictature militaire.

lundi 9 février 2015

La cuisine à remonter le temps [Actu]


C'est un article très bien tourné, admirablement divertissant qu'a signé hier Soledad Vallejos sur la mode internationale qui multiplie sur le petit écran les émissions de cuisine alors même qu'en ville, de moins en moins de gens trouvent le temps de cuisiner et qu'ils se tournent vers des plats tout faits et en Argentine, ces plats tout faits, ce n'est pas du surgelé comme en Europe, c'est du plat à emporter ou livrés à domicile par ce qu'on appelle là-bas les boutiques de delivery (si vous allez à Buenos Aires, vous ne pourrez pas les manquer, il y en a partout et dans tous les quartiers : pâtes, pizzas, empanadas, salades et guisos à la demande).

La journaliste de Página/12 a interviewé Mandi Ciriza, la directrice de la branche latino-américaine d'une chaîne spécialisée, Elgourmet, sur la signification du phénomène médiatique qui fait de certains chefs des vedettes à l'égal de quelques rockers et autres stars cinématographiques...



Le journal a complété cette analyse conjoncturelle avec l'interview d'une sociologue de la Universidad de Buenos Aires (UBA) qui s'est penchée sur la pionnière du genre en Argentine, Doña Petrona C. de Gandulfo, plus connue dans tout le pays comme Doña Petrona, dont les livres se vendent encore par milliers dans les librairies argentines.

Cette femme emblématique, qui fit à la télévision les premières émissions de cuisine dans les années 60, avait commencé son travail de vulgarisation culinaire trente ans plus tôt lorsqu'elle travaillait pour une entreprise gazière qui lui avait confié la tâche de faire des démonstrations sur toutes les commodités des gazinières et autres fours dont elle souhaitait voir les foyers argentins s'équiper rapidement (et c'est encore le cas dans la plupart des logis à Buenos Aires, où les plaques vitro-céramiques et à induction restent une exception, comme le four à thermostat et la bouilloire électriques l'un comme l'autre).

L'interview de Andrea Matallana sur Doña Petrona souligne les changements intervenus dans les goûts, la diététique et la condition féminine en Argentine tout au long du XXème siècle.

Andrea Matallana vient de publier aux Editions Capital Intelectual un livre sur cette aventure, qui fut aussi une belle réussite économique : Delicias y Sabores, Desde Doña Petrona hasta nuestros días (150 $ ARG).



Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12 sur les émissions culinaires
lire l'article de Página/12 sur la démarche de Andrea Matallana
lire la présentation du livre sur le site Web de la maison d'édition, où vous pouvez lire sur écran quelques extraits de l'ouvrage ainsi qu'une présentation de l'auteur.

Et si vous voulez vous amuser à découvrir la plus célèbre émission argentine sur le sujet, vous pouvez visiter le site Internet de Cocineros Argentinos, sur la RV Pública (les recettes sont en général réalisables, moyennant parfois quelques substitutions car nous n'avons pas en Europe tous les ingrédients de base, notamment les légumineuses, les maïs, certains fruits et légumes et les préparations charcutières et bouchères).

Dans la jungle des remís à Buenos Aires [Actu]

C'est le Secrétariat au Transport du Gouvernement Autonome de Buenos Aires lui-même qui vient de lever ce lièvre : l'immense majorité des remís (voitures de louage avec chauffeur) qui opèrent à Buenos Aires sont en infraction avec la loi. Sur 392 entreprises répertoriées, seules 88 sont en règle avec la législation en vigueur. 192 sont tout simplement illégales et 113 ne présentent aucune habilitation légale (assurances d'exploitation, contrôle technique régulier des véhicules, etc..). Ce qui soulève évidemment des problèmes gravissimes de sécurité pour les clients, de couverture d'assurance en cas d'accident, quand ce n'est pas des arnaques économiques. J'ai moi-même fait l'année dernière l'expérience d'un remisero qui m'a très vite semblé pas franc du collier, refusant de me donner à l'avance le prix d'une course, ce qui est pourtant la base du service et sa différence avec les taxis.

Type d'enseigne lumineuse pour agence de remís à Buenos Aires et ailleurs en Argentine

Le rapport du Secrétariat au Transport demande donc à la Ville de faire exécuter la loi. La Chambre professionnelles des Agences de Remís a elle aussi signalé ce problème et révélé que les services municipaux n'effectuent pas les contrôles de la responsabilité des pouvoirs publics.

Página/12 consacre l'un de ses articles à cette affaire qui tombe à pic en pleine campagne électorale à Buenos Aires, où les élections se tiendront en avance sur le calendrier national, en juin de cette année (au lieu d'octobre).

samedi 7 février 2015

Une anthologie de nouvelles policières pour ouvrir la saison au CCC [Disques & Livres]


Les Editions DLG (Desde la Gente), petite maison indépendante, viennent de sortir, en plein été austral, un recueil de 128 pages consacré au genre policier en Argentine (55 $ ARG).

L'auteur de l'anthologie, Vicente Battista, présentera l'ouvrage mardi prochain, le 10 février 2015, à 19h, au Centro Cultural de la Cooperación, dans la salle Osvaldo Pugliese, du rez-de-chaussée, avenida Corrientes 1543.

Entrée libre et gratuite.

Le genre est né en Europe, à la fin du XIXème siècle, grâce à des auteurs de la trempe d'Arthur Conan Doyle (1) et des premières méthodes d'enquête qui allaient donner naissance à l'actuelle police scientifique. En Argentine, il semblerait que le premier roman de ce genre nouveau soit paru à la même époque, en 1884, sous la plume d'un auteur très prestigieux, un grand intellectuel de la Generación del 80, Paul François Groussac. Ce dernier était né à Toulouse en 1848 (comme Carlos Gardel, dont il avait l'âge d'être le grand-père), il a émigré en Argentine très tôt, en 1866, pendant la République Conservatrice, et il est mort, à Buenos Aires, en 1929, à  la fin de la République Radicale. Il a exercé les fonctions d'Inspecteur général des Ecoles à Tucumán (équivalent de recteur d'académie en France), dont il est devenu un excellent historien (selon les critères de la seconde moitié du XIXème siècle). Puis de 1885 à 1929, il dirigea la Bibliothèque Nationale argentine. Il est l'un des intellectuels qui auront fécondé durablement la culture argentine en la mâtinant d'esprit français (2), parmi d'autres influences provenant d'Italie, d'Allemagne, d'Autriche et de Grande-Bretagne (voir l'article le concernant dans l'encyclopédie en ligne argentine Biografías y Vidas).


Hommage de La Gaceta de Tucumán à Paul Groussace
le 27 juin 1988, pour l'anniversaire de sa mort
(source : site Internet de la Coopérative de Télécommunication Telpin)
Cliquez sur l'image pour une résolution de lecture

Son roman, La Pesquisa (L'investigation), précède sa prise de fonction à la Bibliothèque nationale et il est contemporain de la loi rendant l'école obligatoire en Argentine et de l'apparition du tango et du lunfardo, au début de la grande vague d'immigration pan-européenne.

Depuis lors, le genre a séduit de nombreux écrivains qui ne se sont jamais spécialisés dans cette littérature. C'est ceux-là que Vincente Battista a rassemblés dans son livre, en vente depuis le début de l'année dans les librairies argentines.

Par ailleurs, en ce même début d'année, Planeta Argentina, filiale du géant de l'édition espagnole Planeta, publie également une anthologie, saluée par une dépêche de Télam.

Pour acheter en ligne le livre de Battista, vous pouvez vous connecter à l'IFMC, institut coopératif partenaire du CCC et propriétaire des Editions DLG.


(1) Pour ceux que cela intéresse, vous pouvez découvrir Arthur Conan Doyle dans la biographie que Marianne Stjepanovic-Pauly a publiée aux Editions du Jasmin, dans la même collection que San Martín, A rebours des conquistadors.
(2) Il fait donc partie de ces Français qui ont durablement marqué l'Argentine bien avant Carlos Gardel (1890-1935), comme l'architecte paysagiste parisien d'origine Carlos Thays (1849-1934) qui dessina entre autres une bonne partie des espaces verts et du quartier de Palermo. Carlos Thays est arrivée quant à lui en 1890 à Buenos Aires, embauché à Paris via la représentation diplomatique argentine (voir sa biographie sur le portail Internet de la Ville Autonome de Buenos Aires).

vendredi 6 février 2015

Ariel Ardit au Bebop ce mois-ci [à l'affiche]

L'artiste semble avoir opté cette fois-ci pour une communication plus humble que d'ordinaire

Tous les samedis de février, à 21h, le chanteur Ariel Ardit se produira, accompagné de Andrés Linetzky au piano, au Be Bop Club, Moreno 362, dans le quartier de Monserrrat.

Entrée : 160 $ ARG.

Eu égard à la notoriété médiatique de l'artiste, il est vivement conseillé de réserver sa place.

mercredi 4 février 2015

Bientôt un nouveau bienheureux latino-américain : Oscar Romero [Actu]

Photo EPA publiée par le Vatican

La nouvelle n'est pas une surprise complète puisque dès le début de son pontificat, François avait relancé le procès en béatification de Monseigneur Oscar Romero, archevêque de San Salvador assassiné, en haine de la foi, selon l'expression du droit canon pour définir les martyrs, par des paramilitaires, le 24 mars 1980. Il a été poignardé au moment où il consacrait la coupe de vin pendant la messe du soir, célébrée dans la chapelle d'un hôpital catholique.

L'article de L'Osservatore Romano, daté d'aujourd'hui et publié hier soir
Cliquez sur l'image pour obtenir une résolution lisible

L'enquête canonique avait été interrompue sous le règne de Jean-Paul II, au grand dam de la gauche latino-américaine, des organisations des droits de l'homme et de l'Eglise qui se déployait sur le terrain social dans tout le continent. Monseigneur Romero était profondément engagé dans la pastorale populaire, auprès des classes défavorisées, dans la droite ligne de la doctrine sociale de l'Eglise. Il avait pris position pour le respect de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, pour la libération face à l'oppression et au despotisme de la guerre froide, et il avait demandé ouvertement que les Etats-Unis cessent de soutenir les forces militaires qui entretenaient alors la guerre civile au Salvador (et dans toute l'Amérique centrale). Oscar Arnulfo Romero appartenait à cette première mouvance de la théologie de la Libération qui n'a jamais pris les armes ni absorbé le marxisme, deux glissements progressifs qui entraînèrent par la suite la condamnation de tout le mouvement, sans distinction, par Jean-Paul II.

Hier, le Pape François a signé le décret qui autorise l'élévation de Monseigneur Romero sur les autels (1) ainsi que celle de plusieurs autres martyrs de nationalités diverses, assassinés, quant à eux, au Pérou en août 1991.

La cérémonie de béatification proprement dite devrait se tenir à San Salvador, dans le diocèse du nouveau bienheureux, à une date qui devra être fixée par l'archevêque du lieu.

Le décret lui-même, tel qu'il est rapporté
dans L'Osservatore Romano du 4 février 2015

L'actualité brûlante en Argentine, avec l'affaire Nisman qui continue d'attiser les controverses entre majorité et opposition et alimente les rumeurs tandis que la Présidente se trouve en voyage officiel en Chine (autre point de friction politique), fait que l'information n'a pas le retentissement qu'on aurait pu en attendre si l'été avait été un tant soit plus apaisé, plus ordinaire. Le lecteur ne sera pas surpris d'apprendre qu'en Argentine, le quotidien qui développe le plus l'information reste et demeure Página/12, malgré ses convictions antireligieuses revendiquées. La Prensa n'en parle même pas.

Quant à la presse uruguayenne, elle s'intéresse davantage au carnaval et se complaît ce matin dans les images insoutenables du supplice du malheureux aviateur jordanien...

Pour aller plus loin :
lire l'article de Clarín, qui s'embrouille dans les prénoms du prélat (il faut vraiment traiter la chose avec dédain pour commettre pareille ânerie, le nom complet de l'homme est extrêmement connu dans le monde entier !)
lire l'article de La Nación (signé par Elizabetta Piqué, qui a réagi depuis Rome dès que l'information a été confirmée par les autorités vaticanes)
lire l'article de Página/12 (qui a attendu ce matin pour traiter l'information)
lire la dépêche de Télam (datée d'hier)
Aller aux sources avec deux articles très différents des services de communication du Vatican : un article en français et un article en espagnol.


(1) Avant qu'un fidèle défunt puisse faire l'objet d'une vénération publique, il faut qu'il ait été déclaré bienheureux. A l'étape précédente, celle où il est Vénérable Serviteur de Dieu, la seule prière autorisée est la prière privée, laquelle est elle-même guidée par des textes écrits par les responsables de la cause de béatification.

mardi 3 février 2015

Une escarmouche glorieuse en 1813 : la victoire de San Martín à San Lorenzo [Histoire]

Le visuel de la première diffusion du documentaire

C'était il y a deux cent deux ans, à proximité de Rosario, dans la Province de Sante Fe, sur les falaises qui bordent le cours du Paraná. Un rapide combat mettant aux prises pendant quinze minutes moins de cinq cents soldats, les uns révolutionnaires, armés de piques, de sabres et de fusils, les autres absolutistes, traînant avec eux un canon. Et ça n'en est pas moins le Valmy des Argentins.

Ceux qui suivent ce blog savent qu'il s'agit du seul engagement armé du futur général José de San Martín sur le sol national et que cette victoire a donné lieu à une chanson patriotique que tous les Argentins connaissent par cœur, la Marcha de San Lorenzo. Et pour le reste, je vous renvoie à San Martín, A rebours des conquistadors, la biographie que j'ai publiée aux Editions du Jasmin, en décembre 2012, sur ce général passionné de liberté, droit comme un i, désintéressé et qui présente la particularité de n'avoir à son actif, comme commandant en chef, qu'un tout petit nombre d'engagements, trois en tout si l'on inclut San Lorenzo !

Chaque 3 février, le Régiment publie une photo rituelle de la charge historique
sur sa page Facebook


Aujourd'hui, sur les lieux historiques du combat, l'actuel Régiment des Grenadiers à Cheval, qui assure les fonctions d'Escorte présidentielle, et ses réservistes rendent hommage à leurs prédécesseurs et aux quelques hommes morts pour la patrie (ils furent peu nombreux car San Martín était très ménager du sang de ses soldats). Les Grenadiers vont reconstituer comme tous les ans la charge au galop et sabre au clair avec laquelle San Martín désordonna la colonne absolutiste venue de Montevideo pour piller un couvent franciscain susceptible d'abriter des réserves de nourriture.

Pour marquer cet anniversaire, j'ai choisi un documentaire rudement bien fait de Canal Encuentro, la chaîne culturelle du service public argentin. Un docu-fiction très réaliste qui dure trois quarts d'heure et qui comprend quelques erreurs qu'on pardonnera bien volontiers (1). L'interprétation des faits n'est pas tout à fait neutre : il s'agit pour les co-producteurs, la chaîne publique et la Universidad Nacional San Martín (UNSAM), très portée sur le revisionismo (2), de contribuer à casser les images d'Epinal que l'école obligatoire véhicule encore et toujours depuis 1884 en diffusant la lecture des événements que faisait Bartolomé Mitre (3), dans les années 1860. Rude tâche que de remettre du contenu politique dans une épopée militaire que les intellectuels de la République conservatrice (1860-1880) ont soigneusement vidée de son sens profond.



Pour voir la présentation du film sur le site de Canal Encuentro, où vous pourrez le télécharger gracieusement en toute légalité (à condition d'avoir créé votre compte auprès de la chaîne), cliquez sur le lien.

La photo choisie hier par les Réservistes (4) sur leur page Facebook : le jardin du couvent

Pour en savoir plus sur San Martín, cliquez sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, sous le titre de l'article ainsi que mes activités (en haut de la Colonne de droite), qui rassemblent mes conférences et mes livres.


(1) L'une concerne l'utilisation anachronique de la Liberté guidant le Peuple d'Eugène Delacroix. L'autre concerne les sous-titres en anglais, qui ne sont pas toujours en accord avec le texte espagnol.(2) Je vous ai déjà parlé de ce courant historique qui prend beaucoup de place actuellement dans l'Argentine démocratique, après avoir subi la censure féroce des différentes dictatures et autres gouvernements autoritaires pendant la guerre froide. Il s'agit de faire une relecture du passé national et latino-américain en réintroduisant les peuples dans l'histoire (qui du côté mitriste est considérée comme une suite de batailles et de traités de paix animés par des grands hommes). La lecture revisionista est également marquée d'une hostilité forte à la Grande-Bretagne, accusée d'avoir été la puissance post-coloniale de l'Amérique du Sud, un peu plus légère contre la France (pour des raisons similaires), une réhabilitation de l'Espagne populaire et, chez certains auteurs, une théorie du complot qui aurait vu l'oligarchie argentine s'allier objectivement et volontairement à la Grande-Bretagne pour tenir le pays en servage. Cette théorie prend tout un éventail d'aspects, de la thèse scientifique bien argumentée (UNSAM) au délire complet, hargneux et haineux, auquel Canal Encuentro fait peu de place.(3) Bartolomé Mitre (1821-1906) est un militaire (assez médiocre) et un puissant intellectuel qui a fixé la geste nationale de la Révolution de Mai 1810 et de la guerre d'Indépendance. Il a aussi été l'un des présidents de la République Conservatrice, un auteur très lu en son temps et auquel les historiens continuent de se référer (pour s'appuyer sur ce qu'il a dit ou le combattre ardemment) ainsi que le fondateur et le premier directeur du journal La Nación.(4) Les réservistes ont pris en charge les explications écrites proposées dans la cathédrale de Buenos Aires, près de la tombe du général (en haut, à droite de la nef). J'en ai assuré la traduction pour la langue française.

lundi 2 février 2015

Une affaire qui roule : el alfajor [Coutumes]

En ce 2 février, jour de la Chandeleur où la France, et sans doute un peu au-delà de ses frontières, embaume traditionnellement les crêpes, je vous propose de nous pencher, grâce à La Nación et à ses marronniers d'été, sur l'alfajor, grande spécialité sucrée argentine, qui, d'après le journal, est la championne de l'industrie pâtissière dans le pays. Pour les enfants, il tient la place qu'a longtemps tenu le choco BN en France : la collation grignotée à la récréation par Alceste, quand il a oublié de s'acheter son éternel croissant destiné pour René Goscinny à faire des gros tâches de gras sur ses cahiers d'écolier.

Publicité de la marque Fantoche (pantin)
inventrice de l'alfajor triple...

En Argentine, on en consommerait aujourd'hui neuf cents millions de pièces, soit un kilo par personne et par an (1), acheté pour au moins la moitié chez un kiosquier (type d'échoppes dont nous n'avons d'équivalent que dans les gares et les stations de métro). L'industrie dégagerait la bagatelle de sept mille millions de pesos par an. Les ventes seraient en augmentation forte : 44% de plus en décembre 2014 par rapport au même mois de l'année précédente (indice non négligeable, quoi que veuille en dire l'opposition, de la hausse globale du pouvoir d'achat des ménages dans le pays).

L'alfajor est un gâteau venu d'Espagne où il serait de tradition mauresque, donc probablement inventé dans le sud du pays au temps des royaumes musulmans (son nom, qui signifie besace, en témoigne probablement d'ailleurs). Il s'agit d'un double ou triple biscuit très friables, comme les polvorones et les mantecados (eux aussi d'origine arabe), collé par une couche de dulce de leche, de confiture ou de crème. Il est ensuite laissé tel quel, roulé dans de la noix de coco râpée ou nappé d'une couverture de chocolat ou d'un glaçage au blanc d'œuf.

Communication institutionnelle Cachafaz - ça vous a une autre gueule, non ?

Tout en vous invitant à aller lire l'article qui détaille les chiffres, secteurs par secteurs de distribution, marque par marque (il y en a une bonne demi-douzaine au niveau national), je vous propose une recette en images avec Cocineros Argentinos, la truculente et gargantuesque émission de cuisine de TV Pública (connue autrefois sous son nom historique de Canal 7), qui nous propose la version de Mar del Plata (2) (mais il en existe d'autres, les plus connues étant l'alfajor de Santa Fe et celui de Mendoza).



Le site francophone Marmiton vous en propose une version en français même si le rédacteur s'embrouille un peu dans la désignation du dulce de leche. Pour le reste, c'est juste...


(1) L'alfajor artisanale, celle que l'on achète à la confitería, très grosse et difficile à manger sans une assiette et un couteau, pèse environ 50 gr, sinon plus. C'est aussi le cas du gros alfajor vendu à la pièce ou en boîtes élégantes de six ou multiples de six unités, sous des marques de luxe, type Havanna ou Cachafaz. Le petit modèle, le préféré des marques du quotidien, vendues en kiosque et en supermarché, comme Jorgito, Guaymallén, ou Fantoche, fait 20 grammes. Il est conditionné en bouchée individuelle ou en barquette scellée de six pièces.
(2) Cliquez sur le lien pour lire la recette (en espagnol, of course !)

dimanche 1 février 2015

Le carnaval portègne s'ouvre aujourd'hui [à l'affiche]


Avec quinze jours d'avance sur le calendrier liturgique et malgré le récent retour du caractère férié des jours dits de carnaval (samedi, dimanche, lundi et mardi gras), la manifestation de Buenos Aires commence aujourd'hui et pour tout le mois de février, avec de nombreuses activités le week-end et pendant les jours gras...

Página/12, toujours lui, en fait la une de ses pages culturelles (ci-dessus).

A Montevideo, le carnaval a commencé déjà depuis plusieurs jours...

Défilés dans les rues, déguisements, bals en tout genre, murgas et comparsas sur scène, dans les rues et sur les places : si vous voulez vous amuser à Buenos Aires, c'est le moment ou jamais ! Mais intéressez-vous aux rebondissements de la vie politique nationale et locale pour goûter tout le sel des blagues qui vont fuser dans tous les sens (la plupart des murgas sont hostiles à la politique de l'actuel Chef de gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, qui le leur rend bien).

Dans de très nombreuses Provinces, il y a d'autres carnavals à peu près partout en Argentine et chacun a ses caractéristiques.

Voyez par exemple le site Web du carnaval de Gualeguaychú (dans le nord-est du pays, sur les rives du fleuve Uruguay) ou la page Facebook de celui de la Quebrada de Humahuaca, dans la Province de Jujuy dans le nord-ouest.

Blague de carnaval ou fait sérieux de campagne électorale [Actu]

Mauricio Macri et Elisa Carrió, lui de la droite ultra-libérale façon Thatcher, elle du centre-gauche qui a viré sa cuti vers une droite indéfinissable, lui plusieurs fois divorcé et remarié, qui se soucie de l'Eglise comme d'une guigne, elle fervente catholique qui va à la messe le dimanche et en semaine, viennent d'annoncer qu'ils s'alliaient en vue des scrutins législatifs et exécutifs, locaux et nationaux, qui s'étaleront de juin à octobre selon les calendriers locaux (1).

Le gros titre dit : "Qui se ressemble s'assemble"
ou "Bien assortis"

L'alliance entre ces deux politiciens a toujours été un feu clignotant, un jour oui, un jour non. Mais cette fois-ci, elle est si absurde qu'elle fait s'esclaffer la rédaction de Página/12 qui rappelle qu'il y a peu Elisa Carrió accusait Macri d'être corrompu au dernier degré. Aujourd'hui, elle se présente à ses côtés et pose avec lui pour une photo-souvenir plutôt kitsch et nunuche sous les frondaisons des arbres d'un parc public de Palermo ! Ce n'est certes pas la première fois que Carrió prend des décisions politiques qui indique une incohérence à la limite de la pathologie psychique et que Macri fait preuve d'opportunisme avec sa soif de pouvoir en guise de boussole, mais jamais encore ni l'un ni l'autre n'était allé si loin dans le ridicule et l'invraisemblable...

Página/12 a donc décidé d'en faire sa une, rigolote en diable et terriblement carnavalesque, et a titre l'article intérieur "Comment faire la une avec un flirt d'été ?".
En soi, c'est déjà un texte de murga, il n'y a plus qu'à mettre de la musique et ça fait la blague... Nul doute que les groupes de carnaval vont se régaler avec une actualité pareille pendant tout le mois de février qui commence.

Quant à Rudy et Paz, le tandem qui signent tous les jours la vignette de manchette (en haut à gauche), ils tapent ailleurs, en montrant un Macri passablement azimuté, façon amoureux transi du juge new-yorkais Thomas Griesa, qui depuis six mois empêche l'Argentine de suivre les schémas négociés avec ses créanciers pour s'acquitter de sa dette souveraine et veut l'obliger à le faire en l'état original, sans la restructuration négociée de longue lutte.

Macri : Je ne comprends pas ce qui lui est arrivé... Pourquoi il a changé de disque ? Il était mon héros et maintenant il dit qu'il ne faut pas payer la dette !
Le type qui le suit : J'ai l'impression qu'il confond Griesa avec la Grèce !
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Le tout fait suite à un article publié avant-hier (2) sur une nouvelle astuce de campagne de Sergio Massa, l'autre leader de l'opposition, qui est identifié à la zone riche et résidentielle de la Province de Buenos Aires au nord-ouest de la capitale fédérale (Tigre, dont il a longtemps été un excellent maire, San Isidro, etc) et qui n'a rien trouvé de mieux à faire pour gagner la sympathie des Provinciaux que d'enregistrer une vingtaine de petites vidéos d'une cinquantaine de secondes chacune, avec un texte creux et amphigourique, où il tente de s'exprimer avec l'accent particulier de la Province à laquelle il s'adresse. D'où le titre de l'article consacré à cette prouesse démagogique : "Massa avale les s" (dans de nombreuses régions du nord de l'Argentine, le s de pluriel n'est souvent qu'à peine prononcé).

Quel mépris pour le citoyen et pour l'électeur tout cela montre de la part de ces caciques de l'actuelle opposition !


(1) La Ville Autonome de Buenos Aires et la Province de Mendoza voteront plus tôt que le reste du pays pour les élections locales.
(2) J'avais parlé de cette affaire, très rigolote aussi, sur ma page Facebook.

samedi 31 janvier 2015

Nouvelle augmentation pour les retraites [Actu]

Página/12 et les jeux de mots dans le gros titre !
"Une augmentation de poids"
qui s'entend à la fois comme Prise de poids et Une augmentation qui compte
Dans la manchette principale, les suites de l'enquête sur la mort du juge Nisman

Comme tous les ans, deux fois par an, en été et en hiver, la Présidente Cristina Kirchner vient d'annoncer, dans une grande conférence de presse depuis le Salón de las Mujeres de la Casa Rosada, le palais présidentiel à Buenos Aires, l'augmentation des minimaux de retraite d'un peu plus de 18%, pour atteindre la somme plancher de 3 821,73 pesos par mois, soit 81% du salaire minimum officiel (en Argentine, comme une part importante de l'économie est souterraine, le salaire minimum est souvent une pure fiction). Cette décision concerne le système de retraite par répartition que Cristina a institué comme système de base dans les premières années de son premier mandat, en 2009.

Première annonce politique de l'année, en dehors de son apparition la semaine dernière lorsqu'elle a reçu les associations juives parties civiles dans le dossier de l'attentat contre l'AMIA, après la mort violence du procureur en charge de l'affaire.

Cette augmentation entrera en vigueur en mars et s'ajoutera à celle qui avait été implantée en septembre. Depuis 2003, à l'arrivée au pouvoir de son mari, immédiatement après le krach de l'économie nationale à Noël 2001, ces minimums ont été augmentés de 2 500 %, ce qu'elle affiche naturellement dans le bilan économique de leur politique à tous les deux et comme un pied de nez aux tentatives de quelques fonds spéculatifs de mettre le pays à genoux une deuxième fois.

Bien entendu, l'opposition tente de crier à l'opération électoraliste. C'est oublier que la loi votée en 2009 prévoie cette révision semestrielle dans un pays qui subit 25% d'inflation par an depuis 2001.

Le gros titre porte sur les analyses ADN de la scène du crime
L'augmentation des pensions est réduite au petit titre à côté de la fille qui se fait tatouer
Dans la manchette du haut, à gauche, le changement de direction du Teatro Colón 

Página/12 fait de cette information sa une, sans oublier de traiter les avancées de l'étrange décès du procureur (1).
Clarín et La Prensa préfèrent braquer les projecteurs sur l'affaire du juge, qui a été enterré hier, au cimetière juif de La Tablada, tout en continuant d'y impliquer la Présidente avec des arguments qui partent de plus en plus en vrille et s'éloignent du pas à pas de l'enquête judiciaire.
La Nación n'en touche presque pas un mot, préférant des spéculations interprétatives sur la tenue vestimentaire, les mimiques et le ton employé par la Présidente pendant sa conférence de presse, tenue dans un style inimaginable en Europe (et digne, il est vrai, d'un meeting politique) et retransmise en direct par tous les médias publics nationaux.

Pour aller plus loin :
lire l'article de La Nación, qui inclut l'intégralité du discours de la Présidente, depuis le canal Youtube de la Casa Rosada ! On pourra y constater qu'elle ne fait aucune référence au scandale de cet étrange suicide ou non moins bizarre homicide, qui pourrait être un fait crapuleux ou un coup monté. Et peut-être a-t-elle eu tort de ne pas en parler, eu égard à l'émotion que l'événement suscite dans la saison estivale. L'article de La Nación est agrémenté d'un tweet ordurier à un degré inouï d'un informaticien au service du juge qui est le dernier à lui avoir parlé avant qu'on ne retrouve son corps dans la salle de bain (comme toujours dans ce type de situation, l'homme se retrouve au centre des soupçons et passe un très mauvais quart d'heure), un tweet auquel la Présidente fait allusion dans son discours pour dénoncer ce comportement incompatible avec la démocratie.



(1) S'il y a dix jours, les experts n'avaient pu conclure ni au suicide (faute de poudre sur les doigts de la victime) ni au meurtre (faute de trace d'intervention d'un autre homme), hier, les analyses des prélèvement sur la scène de crime ont montré que dans la salle de bain où le corps a été retrouvé gisant dans son sang, on ne pouvait trouver que l'ADN du juge. Ce qui fait de plus en plus penser à un suicide. D'autant que le juge avait emprunté son arme à l'un de ses gardes du corps, dont il se servait comme de factotums (ils lui rendaient tellement de services divers et variés qu'ils n'avaient même plus le temps d'assurer sa sécurité), qu'il avait menti à son ex-femme sur les motifs qui lui faisaient écourter ses vacances en Europe avec leur fille et qu'il était en lien direct avec des personnes qui semblent avoir été des agents ou des officiers de services secrets (argentins ou étrangers), dont un journaliste qui s'est empressé d'aller se réfugier... en Israël plutôt que de répondre à la justice argentine dans le cadre de l'enquête. Cela fait tout de même beaucoup !