jeudi 18 novembre 2021

Reportage sur la Milonga Federal au CCK [à l’affiche]

Photo CCK


Samedi dernier, Página/12 publiait un reportage sur la Milonga Federal, bal public proposé tous les jeudis, de 18 h à 21 h, au CCK : un bal de tango, avec un cours, des exhibitions de professionnels, de la musique vivante et un DJ, le tout ouvert à tous les danseurs, en mode hétéro comme en mode homosexuel, pour finir de briser les murs de verre qui séparent encore les milongas dites traditionnelles de celles où vont danser gays et lesbiennes (sans risquer de se faire mal voir).

La Milonga Federal se revendique elle-même « ouverte, atypique et plurielle ». En soi, c’est déjà un manifeste politique. Et cela n’a rien d’étonnant : le CCK est le centre culturel qui dépend du ministère national de la Culture. Tout cela nous montre combien en peu d’années le monde du tango à Buenos Aires a évolué en matière de tolérance et en ouverture d’esprit. En 2007, la première fois que j’ai visité la ville, une telle initiative de la part des pouvoirs publics aurait déclenché un scandale.

Au programme ce soir :

une démonstration des danseuses Soledad Nani et Romina Perrigotte
les groupes musicaux Luna Roja et Las Guitarras Negras
la chanteuse Marisa Vázquez, en invitée spéciale
et la DJ Lorena Bouzas.

L’entrée est libre et gratuite, uniquement soumise à l’inscription de chaque participant à l’arrivée et à une jauge fixée par le protocole sanitaire de la Ville Autonome de Buenos Aires.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire le reportage de Página/12
lire la présentations de la Milonga federal de ce soir sur le site Internet du CCK


« Ciencia en 200 segundos » : campagne de vulgarisation pour le bicentenaire de la UBA [à l’affiche]


La Universidad de Buenos Aires (UBA), la seconde université argentine de l’histoire, fête cette année son bicentenaire. A cette occasion, elle a ouvert une chaîne de courts-métrages en ligne pour une grande campagne de vulgarisation de toutes les disciplines de recherche et d’enseignement.

Ses treize facultés ont été mises à contribution : de nombreux chercheurs et enseignants relèvent le défi de présenter un fait scientifique ou une spécialité en 200 secondes.

Tous les films sont à voir sur le site ouvert par la UBA.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 dans son supplément du jeudi, Universidad
accéder à la chaîne en ligne

mercredi 17 novembre 2021

María Graña annonce ses adieux au tango [à l’affiche]

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Le samedi 27 novembre 2021, la chanteuse María Graña fêtera ses 50 ans de carrière et fera ses adieux au tango auquel elle a consacré la majorité de son parcours artistique.

Le concert aura lieu à l’Auditorio Belgrano, l’une des plus meilleures acoustiques de Buenos Aires, Virrey Loreto 2348, dans le quartier de Belgrano, dans le nord-ouest de Buenos Aires. A guichet fermé, malgré le prix des places (à partir de 1 400 $ ARG).

La chanteuse sera accompagnée à la guitare par Esteban Morgado, avec son quatuor (Walter Castro au bandonéon, Enrique Condomi au violon et Horacio Hurtado à la contrebasse).

A cette occasion, Página/12 a publié dimanche une longue interview de la chanteuse dans son supplément Яadar. Le quotidien doute un peu du caractère vraiment irrévocable du retrait de l’artiste. Elle pourrait revenir sur sa décision.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Dédicace au salon La Plume et l’Épée à Tours le 27 novembre [ici]

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Le samedi 27 novembre 2021 de 10 h à 13 h puis de 15 h 30 à 17 h, je dédicacerai au salon du livre La Plume et l’Épée, qui se tiendra comme d’habitude dans les locaux de l’hôtel de Ville de Tours. Le salon reste ouvert à l’heure du déjeuner mais les exposants se dispersent dans les restaurants autour de la mairie.

L’entrée est libre et gratuite, avec passe sanitaire et masque, comme de bien entendu.

Quatre de mes ouvrages seront en vente au stand tenu par le libraire :

San Martín, à rebours des conquistadors (biographie)
San Martín par lui-même et par ses contemporains (recueil de documents historiques en version bilingue)
Manuel Belgrano, l’inventeur de l’Argentine (biographie développée, avec documents historiques incorporés)
et Contes animaliers d’Argentine (recueil illustré noir et blanc, adultes et enfants - à partir de 9 ans pour une lecture autonome)
tous publiés aux Éditions du Jasmin.

Pour en savoir plus, cliquez sur les couvertures des livres dans la Colonne droite de ce blog ou bien rendez-vous soit sur mon site (www.denise-anne-clavilier.fr) soit sur ma chaîne Dailymotion où vous retrouverez différentes conférences et interviews que j’ai données, les unes en français, les autres en espagnol.

Au programme des conférences, comme l’affiche l’annonce : un exposé en lien avec l’Année Napoléon. C’était la moindre des choses !

© Denise Anne Clavilier


Pour en savoir plus :

Une cheffe à la tête de la Juan de Dios Filiberto pour un hommage à Piazzolla [à l’affiche]


Ce soir, mercredi 17 novembre 2021, à 20h, à l’Auditorio Nacional du CCK, la maestra Lucía Zicos dirigera la Orquesta Nacional de Música argentina Juan de Dios Filiberto pour un concert qui rendra essentiellement hommage à Astor Piazzolla, puisque nous sommes toujours dans l’année du centenaire de sa naissance.

Au programme :

de Piazzolla seul : Allegro Tangabile, Oblivión (version instrumentale) et Fuga y Misterio
du duo Piazzolla-Ferrer : Será que estoy llorando, Chiquilín (1), Balada para mi muerte, Balada para un loco (1)
de Ariel Ramírez : Alfonsina y el mar (paroles de Félix Luna) et Volveré siempre a San Juan (paroles de Armando Tejada Gómez).

Chanteurs invités : Guillermo Fernández (tango) et la Bruja Salguero (folklore).

Les arrangements ont été confiés à Cristián Zárate, qui sera au piano ce soir.

Ce sera le premier concert où l’orchestre se retrouvera au complet sur scène depuis l’irruption du covid dans nos vies.

Entrée libre et gratuite, à raison de deux places par personne, qui étaient à retirer en ligne sur le site du CCK à partir de lundi 15 à 12h. A l’heure qu’il est, la salle doit déjà avoir fait le plein.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :



(1) Ces deux grands classiques font partie du corpus de chansons que j’ai traduits dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, Éditions du Jasmin

mardi 16 novembre 2021

Le non lieu sur l'affaire iranienne en passe de devenir définitif [Actu]

Cristina Kirchner lors de sa comparution devant le TOF8 par Zoom
pendant sa déposition alors qu'elle demandait l'arrêt des poursuites
contre elle et le prononcé d'un non lieu.
Elle avait tenu à comparaître depuis son bureau du Sénat
avec les attributs institutionnels de son actuelle fonction autour d'elle


Il y a quelques semaines, un tribunal fédéral, le TOF 8 de son petit nom (1), reconnaissait qu'il n’y avait pas lieu de poursuivre l’ancienne présidente Cristina Kirchner, ses ex-ministres et ex-conseillers pour le projet d’accord qu’ils avaient négocié avec l’Iran pour que des juges argentins puissent se rendre à Téhéran pour y recueillir la déposition de deux personnalités iraniennes soupçonnées d’être les commanditaires de l’attentat contre l’AMIA, le plus gros attentat antisémite qui avait fait à Buenos Aires 85 morts et plus de 300 blessés, en juillet 1998, dans la très centrale rue Pasteur. Cristina Kirchner et ses co-accusés étaient poursuivis pour haute trahison (rien que cela !) à la suite d’un authentique procès d’intention : l’accord international aurait eu pour but inavoué de faire lever à Interpol les deux notices rouges (toujours en vigueur) qui pesait depuis des années sur les deux Iraniens à la demande de la justice argentine. Or le Congrès argentin avait ratifié l’accord, lequel n’est d’ailleurs jamais entré en vigueur puisque l’Iran ne l’a jamais ratifié.

Devant l’arrêt de non lieu, le procureur avait aussitôt intenté un recours en cassation et c’est ce même procureur qui vient de se désister avec un argument juridique frappé au coin du bon sens (enfin !) : quand il vote, le Congrès ne peut pas commettre d’infraction à la loi. Cela tombe sous le sens puisque c’est pour voter que la constitution l’a institué. Il est donc assez curieux qu’il ait fallu attendre tout ce temps pour que le parquet s’en aperçoive. Force est de constater que l’affaire s’était envenimée pour des raisons de basse politique : immédiatement après la mort violente du procureur Alberto Nisman, aussitôt attribuée à un ordre secret de la présidente en place, la droite avait opportunément saisi l’occasion de cette accusation préparée par le défunt au cœur de l’été 2015 pour jeter toutes ses forces contre Cristina et tenter de la jeter en prison. Cristina a un certain charisme, comme Lula au Brésil, et la droite s’en méfie comme de la peste.

Après ce désistement du ministère public, il faudra encore que la Cour de cassation se réunisse pour examiner les conclusions des parties civiles (surtout les deux organisations confessionnelles traditionnellement à droite, la DAIA et la AMIA). Elles ont elles aussi présenté un recours contre ce non lieu. Cette audience devrait se tenir cette semaine.

Il n’en reste pas moins que l’argument du procureur, qui reprend l’un de ceux de la défense, est si fort qu’il serait pour le moins scandaleux que la justice poursuive dans cette voie délirante. Notons que le magistrat s’est désisté à la veille d’un scrutin qui semblait acquis à l’opposition, donc à un moment d’affaiblissement politique de l’ancienne présidente et de son camp. Un bon point pour la démocratie et l’indépendance grandissante de la justice qui semble progressivement abandonner la tradition partisane, les préjugés de classe et le machisme qui lui ont longtemps valu une méfiance certaine de la part de bon nombre de justiciables.


© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :



(1) En France, on ne parlerait pas de "tribunal oral n° X", on parlerait de « chambre » et la numérotation se ferait à l’aide d’un adjectif numéral ordinal et non d’un nombre entier.

lundi 15 novembre 2021

L’opposition gagne les élections de mi-mandat au niveau fédéral [Actu]

"Gros dénivelé !", semble se désoler une petite urne
qui arbore ce matin le maillot de Frente de Todos.
Son visage est le soleil de mai qui brille au centre du drapeau argentin
Un dessin de Daniel Paz qui vaut tous les éditoriaux
Hier, à la une de Página/12, l'urne était toute nue, sans tête ni soleil.
Au pied de la pente, elle hésitait sur ce qu'elle allait faire.
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Juntos por el Cambio, la droite de gouvernement qui entend reprendre la politique menée par Mauricio Macri pendant le précédent mandat, a emporté les élections législatives nationales qui renouvelaient partiellement le Congrès : au tiers pour le sénat à travers un scrutin organisé à l’échelle provinciale (seules certaines provinces votaient) et à la moitié pour la chambre des députés à travers un scrutin à l’échelle nationale, le pays tout entier étant alors divisé en districts définis par la démographie locale (en France, ce sont des circonscriptions).

"Le gouvernement a perdu de 8,3 points
et perd le quorum au Sénat", dit le gros titre
sur une photo de la soirée électorale à droite hier soir
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Avec ce scrutin, les libéraux viennent de faire perdre le quorum au premier bloc du Sénat, constitué par les élus de Frente de Todos (majorité gouvernementale) : ce bloc, même avec tous ses élus présents dans l’hémicycle, ne constituera plus à lui tout seul le quorum nécessaire à l’adoption des lois. C’est donc une assez lourde défaite pour Frente de Todos (les péronistes de gauche) qui va obliger Cristina Kirchner, présidente du Sénat et vice-présidente de la République, à négocier avec la demi-douzaine d’élus des partis locaux (qui existent dans diverses provinces) pour reconstituer la gouvernabilité de la Haute Assemblée et pouvoir faire voter les lois stratégiques pour la politique développée par l’exécutif, élu il y a deux ans.

"Le gouvernement subit une nouvelle grave défaite
mais la présente comme un triomphe", dit La Nación
En bas, photo du président pendant la soirée électorale de la gauche
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Autre coup dur pour l’actuelle majorité : elle a perdu la province de La Pampa, qui était l’un de ses bastions depuis 1985, c’est-à-dire depuis le retour de la démocratie et de la constitution, à deux ans près.

Du côté des députés, la liste d’extrême-droite trumpo-bolsonarienne menée par Javier Milei obtient 4 sièges. C’est un tournant dans l’histoire de la démocratie en Argentine où, jusqu’à ce que Trump parvienne au pouvoir à Washington, l’électorat avait su tenir à l’écart ces postures violentes, vulgaires et irrationnelles. La grande majorité des Argentins a été en effet vaccinée contre le phénomène par un demi-siècle de putschs militaires de 1930 à 1983 qui ont semé la mort et la désolation dans la Nation.

Infographie tirée de Página/12 : la composition du futur Sénat
La ligne des noirs (chiffres et points) : ce sont les sénateurs
que les deux blocs principaux vont courtiser pour composer une alliance
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Malgré tout, la majorité gouvernementale fait de bien meilleurs scores que ce que laissaient espérer les résultats des primaires à la mi-septembre. Elle reste le premier bloc au Sénat et à la Chambre (avec 117 sièges de députés contre 116 pour les libéraux de Juntos por el Cambio). Elle a donc refait une partie de son retard. Dans la chambre basse, Frente de Todos va devoir négocier s’il veut conserver la présidence, aujourd’hui tenue par Sergio Massa, ancien Premier ministre de Cristina Kirchner et ancien maire (plutôt efficace) de Tigre, jolie ville résidentielle à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de Buenos Aires.

Infographie de Página/12 sur la future chambre des Députés
"Avanza Libertad" : liste de Milei
"Distritales" : partis provinciaux
"Izquierda" : la gauche de la gauche péroniste
La première pourrait bien être courtisée par Juntos por el Cambio
Les deux suivantes sont d'ores et déjà approchées par Massa et ses fidèles
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Le nouveau Congrès prendra ses fonctions le 10 décembre prochain.

Pour la seconde fois, ces résultats sont obtenus avec une assez forte abstention, d’environ 30 % (dans un pays où le vote est obligatoire). Lors des primaires, en septembre, l’abstention était supérieure d’à peu près 4 points. On voit donc ici encore combien la pandémie a fragilisé nos démocraties représentatives à cause des mécontentements provoqués d’abord par les opérations d’intoxication de l’opinion publique à travers les réseaux sociaux, ensuite par des faits bien réels : les confinements successifs et les baisses de revenus qu’ils ont entraînées ainsi que les difficultés logistiques que tous les gouvernements ont rencontrées, et celui de l’Argentine ne fait pas exception à la règle, pour vacciner toute la population en assez peu de temps pour freiner la contagion. Et au milieu de l’opération laborieuse, les variants sont venus tout compliquer.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

dimanche 14 novembre 2021

Le Museo Histórico de Yapeyú expose la réplique d’un uniforme de San Martín [à l’affiche]

L'artisan pose avec son travail
(photo Carlos Pino, Service de presse province de Corrientes)


Le Museo Histórico de Yapeyú, en province de Corrientes, a ouvert ses portes le 17 août dernier, solennellement inauguré par le gouverneur et le maire de ce village qui vit naître le général José de San Martín (1778-1850) à une époque où c’était encore une ville d’environ 8 000 habitants.

La date d’inauguration avait été choisie pour le symbole : c’est le Día (la fête) de San Martín, célébrée au jour anniversaire de sa mort, le 17 août 1850 dans la lointaine France, à Boulogne-sur-Mer, un choix d’exil qui reste difficile à admettre pour nombre d’Argentins qui n’en finissent pas de chercher des motifs autres que ceux exposés par San Martín lui-même en son temps car ils mettent trop en cause le comportement de leurs ancêtres (San Martín a tourné le dos à la guerre civile qui ravageait alors l’Argentine, une guerre civile dans laquelle la province de Corrientes a joué les premiers rôles, une guerre fratricide dans laquelle il ne voulait en aucun cas se voir plonger).

L'uniforme au complet, avec l'écharpe de commandement
et les bottes, gigantesques
(photo Francisco Gomez)

La ville, avec l’appui de la province, a donc rassemblé les pièces de plusieurs musées, en particulier l’un d’eux consacré au passé guaraní et jésuite de la province (qui appartint pendant un siècle et demi aux missions jésuites d’Amérique du Sud), pour ajouter un atout touristique à sa palette à côté des vestiges de la maison natale du grand homme.

Dans ce musée flambant neuf, on peut donc admirer la vasque baptismale qui fut sans doute celle de l’église où San Martín a été baptisé à une date inconnue. En effet, la ville a été incendiée par les Brésiliens en 1817 lorsque le pays voisin tâchait de conquérir la rive droite du fleuve Uruguay. La plupart de ses archives ont disparu dans les flammes. Cet incendie fournit aujourd’hui matière à un grand nombre d’inventions mythologiques pour entourer de mystère la naissance du héros. On peut ainsi épiloguer jusqu’à la fin du monde sur sa date authentique de naissance et sur l’identité réelle de ses géniteurs (des points sur lesquels il est rationnellement vain de s’interroger).

Jusqu'à l'ouverture du musée, ces fonds baptismaux se trouvaient
dans l'église paroissiale de Yapeyu. Ils seraient ceux de l'église disparue
dans l'incendie de 1817 (photo Francisco Gomez)

Dans cette catégorie des atouts touristiques à donner au village, le musée expose ce qu’il présente comme une « réplique exacte de l’uniforme de cérémonie » que San Martín aurait revêtu pour son entrée solennelle dans Santiago du Chili qu’il venait de libérer en février 1817 (à moins que ce ne soit l’année suivante, pour assister à la proclamation solennelle de l’indépendance). Le travail du tailleur semble en tout point remarquable. La mise en valeur de l’objet est excellente. En revanche, tous les récits, muséographiques, officiels ou journalistiques, le concernant évitent de mentionner l’uniforme historique qui a servi pour la copie ni le lieu où il est aujourd’hui conservé. Les photos de l’artisan au travail ne le montrent pas en présence de cette pièce originale ni du moindre document historique qui l’aurait guidé dans son travail. Aucune photo ne montre la pièce historique en elle-même ni le moindre dessin la représentant à l’époque concernée (1817). Or les Argentins savent parfaitement s’y prendre ainsi lorsqu’ils ont matière à le faire : les présentations des nombreuses répliques du sabre de San Martín (el Sable Corvo), partout dans le pays, et du drapeau de l’Armée des Andes (en particulier à Mendoza) sont là pour en attester.

Si la province de Corrientes se montre d’une telle discrétion, c’est qu’il s’agit très probablement d’une invention inspirée de l’actuel uniforme de cérémonie des Grenadiers à cheval dessiné en 1903, lequel diffère déjà sans doute grandement de l’original dessinée par San Martín en 1812, ne serait-ce que par les retroussis remplacés au début du 20e siècle par une simple queue de pie (tirée de l’habit bourgeois d’alors), totalement dépourvue d’utilité pour le travail militaire. Pourtant, les retroussis avaient bel et bien un rôle guerrier : ils permettaient aux officiers de transporter leurs cartes et de les avoir toujours ainsi à portée de main. Retroussis que nous retrouvons sur les uniformes de cérémonies des Gardes républicains en France et d’autres uniformes de régiments historiques un peu partout en Europe.

Le bel uniforme exhibé à Yapeyú permet donc à ses habitants de s’approprier un peu plus leur héros, dont toutes les reliques présentes en Argentine se trouvent toutes à Buenos Aires, et aux historiens locaux de présenter comme des faits certains diverses hypothèses sur l’apparence physique du général : sa taille, sa pointure, etc. Emouvante modalité d’appropriation qui n’est pas sans rappeler la mythographie relative à divers personnages historiques européens à l’époque médiévale, dont le trafic des reliques était une des formes. Cet uniforme nous montre aussi à quel point le personnage est aimé et combien il est vital au sentiment d’appartenance et à la fierté patriotique des Argentins, surtout dans des zones périphériques comme cette province.

Photo Francisco Gomez

Il se trouve que la connaissance physique du personnage historique nous échappe sans doute sans retour. Il existe bien quelques pièces authentiques d’uniforme : vestes, bicornes, ponchos, éperons, à quoi s’ajoute un bon nombre d’armes, conservés essentiellement à Buenos Aires (au Museo Histórico Nacional et au Museo Mitre) et à Lima. Pourtant ces éléments ne suffisent pas à déterminer la taille de leur propriétaire et encore moins sa pointure. Nous disposons par ailleurs de quelques descriptions par des témoins fiables (tous le trouvent très grand) mais ce sont presque tous des Britanniques, tant et si bien que nous ne savons pas à quels pieds et à quels pouces ils se réfèrent quand ils nous indiquent sa taille (au jugé, ils ne l’ont pas fait passer sous la toise). De deux choses l’une, ou ils s’appuient sur le système britannique (ce qui est le plus vraisemblable) ou ils emploient le système espagnol, dont les mesures sont différentes. Si bien que nous pouvons dire aujourd’hui que San Martín mesurait entre 1,70 et 1,80 m. Il devait donc être un peu plus grand que Napoléon : loin d’être petit comme le dit sa légende, l'empereur mesurait 1,69 m., une taille plutôt imposante à une époque où, le plus souvent, les hommes adultes atteignaient 1,60 m.

Sans ajouter foi aux explications peu convaincantes et surtout très peu développées par la presse, la province et la ville (ce nouveau musée n’a même pas encore de site Internet), on pourra néanmoins aller rendre hommage au travail du tailleur, en sortant du « Templete », le bâtiment-reliquaire qui protège les ruines de la maison natale de San Martín, et profiter de ce village argentin joliment situé sur la rive de l’Uruguay, aux marches de la Laguna Iberá, un somptueux parc naturel, royaume de la biodiversité (plantes, oiseaux et mammifères).

© Denise Anne Clavilier

Pour tenter d’aller plus loin :

lire l’article richement illustré de Clarín (assez approximatif du point de vue historique)
lire l’entrefilet de El Libertador, l’un des journaux locaux
lire le communiqué du ministère de la Culture de la province de Corrientes

vendredi 12 novembre 2021

3,5 % d’inflation mensuelle pour la deuxième fois consécutive [Actu]

Indice des prix à la consommation : synthèse générale
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L’institut national de statistiques (INDEC) vient de publier son indice mensuel des prix à la consommation, qui permet de mesurer l’inflation. Comme le mois précédent, le phénomène s’est élevé à 3,5 % en moyenne en octobre Cela donne un taux de 48,1 en cumul depuis janvier et de 52,1 prévisible à la fin de l’année, soit le taux qui ravageait l’Argentine en 2019, lorsque le présent gouvernement a pris en main le destin du pays.

En photo : les derniers meetings électoraux
à gauche : le meeting de l'opposition
à droite : le meeting de la majorité
présidé par le président et la vice-présidente
On voit assez peu de monde dans la photo de gauche
et une grosse foule dans celle de droite
C'est étrange : le journal porte la voix de l'opposition
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Pourtant, cette politique de gauche (régulation et soutien de la consommation) avait bel et bien permis d’abaisser ce taux annuel à 35 % pour l’ensemble de l’année 2020. Pour la deuxième année du mandat, l’inflation a repris à partir de l’hiver austral, c’est-à-dire au moment où elle touchait le monde entier, dans des proportions moindres, du fait de la reprise des activités économiques et des difficultés d’approvisionnement généralisées. Le gel des prix des produits de première nécessité imposé le mois dernier par le gouvernement ne semble pas avoir eu les résultats spectaculaires que la Casa Rosada devait espérer mais il a peut-être au moins évité que le taux d’octobre dépasse celui de septembre.

Rapport de l'INDEC : les variations dans le temps
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Parmi les faits saillants du nouveau rapport, on peut remarquer que la nourriture se situe presque au même niveau que la moyenne générale et que les frais de santé, au premier rang desquels on trouve les médicaments (1), fournissent le deuxième taux le plus élevé (4,7%), juste avant l’habillement, qui reste très inflationniste comme le mois précédent. Les produits culturels et les divertissements présentent, une fois encore, une augmentation supérieure à l’inflation moyenne.

Rapport de l'INDEC : les variations régionales
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Si l’on examine maintenant les variations régionales, on constate que Buenos Aires et sa région sont en tête avec le même taux moyen qu’en septembre : 3,8 %. Et les transports publics (indispensables dans cette mégapole très étendue) y battent tous les records avec 9,3 % d’augmentation pour le seul mois d’octobre.

L'inflation a droit au second gros titre en rouge
En bleu : "tout est dit. C'est maintenant le temps
de réfléchir à un vote crucial pour la patrie"
Remarquez le choix des photos qui présente
la même particularité : il y a moins de monde
dans la photo du meeting de la droite !
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Un fait d’une toute autre nature doit encore être relevé : l’INDEC a avancé la date de publication de son rapport de plusieurs jours pour que celui-ci paraisse avant le 1er tour des élections législatives de mi-mandat qui se tient ce week-end. En temps normal, l’institut sort ces chiffres le 15 du mois, ce qui aurait donné une publication au lendemain du scrutin en ce mois de novembre. Sachant que l’INDEC dépend du gouvernement fédéral, on ne peut que saluer la décision de transparence qui a été prise alors que les résultats des primaires, marqués par une participation exceptionnellement faible, promettent une cuisante défaite électorale à l’actuelle majorité, avec un risque très fort d’une perte de la majorité au Sénat. Depuis une quinzaine d’années que je suis l’actualité argentine, je n’avais encore jamais observé un changement de date de ce type.

Página/12 n'a même pas cherché à faire la comparaison
En haut, le meeting de clôture de la campagne de la majorité
En bas, le congrès national de la CGT
Et toc !
L'inflation a droit à un tout petit titre, tout en bas, à gauche
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© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación (qui offre des graphiques moins spectaculaires et moins immédiatement compréhensibles que ceux proposés par l’INDEC)
lire le rapport de l’INDEC



(1) Le prix des médicaments vient d’être gelé par ordre du gouvernement, après négociation avec les représentants du secteur.

jeudi 11 novembre 2021

Juan Manuel Fangio repose désormais dans son musée [Actu]

Autour du cercueil, les Grenadiers à cheval
A l'arrière-plan, les Patricios
Le gros titre est consacré au taux de change du dollar US
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Depuis le 18 juillet 1985, Juan Manuel Fangio, le quintuple champion du monde de Formule 1, reposait aux côtés de ses parents dans le caveau familial du cimetière municipal de Balcarce, dans la province de Buenos Aires. Il était décédé à Buenos Aires, le 17 juillet 1985, à l’âge vénérable de 84 ans. Il en aurait 120 aujourd'hui.

Le coureur argentin est considéré comme le plus grand champion de l’histoire dans sa discipline. Pour ses compatriotes, il est un mythe (et pour une bonne partie du reste du monde aussi).

Le 28 octobre dernier, on célébrait le 70e anniversaire de sa première victoire sur un circuit. C’était donc l’occasion de lui rendre un hommage particulier.

Hier, ses restes ont été transportés du cimetière au musée qui lui est dédié et où désormais il reposera, recouvert du drapeau national.

Pour une fois, Clarín et La Prensa ont fait
les mêmes choix éditoriaux
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Pour cette cérémonie, les deux plus anciens (et plus prestigieux) régiments argentins ont envoyé des détachements pour rendre les honneurs et porter le cercueil : le 1er régiment d’infanterie, dit des Patricios, né pour défendre la patrie attaquée par les Britanniques pendant les guerres napoléoniennes (1806-1807) et venu avec sa musique, et le Régiment des Grenadiers à Cheval Général San Martín, fondé en 1812 par le général homonyme et qui remplit depuis 1903 les services de protocole et de sécurité auprès de la présidence de la République argentine et de divers monuments et sites patrimoniaux nationaux. Ces deux unités de l’armée de Terre, profondément liées à l’histoire de Buenos Aires et de la province qui porte son nom, arborent toujours pour les cérémonies les uniformes historiques de l’époque de l’Indépendance.

Le corbillard a parcouru deux kilomètres sous les hourras de la foule préparée à l’événement par les deux jours de festivités et d’hommages en tout genre qui avaient précédé. Même le pilote britannique Jackie Steward avait fait le déplacement pour prononcer l’éloge du défunt dans la salle où son cercueil a été déposé, en présence de la famille. Un aumônier est venu dire les absoutes et bénir une dernière fois la dépouille du champion.

Un cortège de vieilles voitures de course rutilantes a également pris part aux célébrations. Ce matin, la presse se régale de photos.

Si La Nación a choisi elle aussi de titre sur le dollar,
la place qu'elle accorde à Fangio est réduite :
en haut et au centre
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Le musée, pour amateurs de circuits et de vieux bolides, est ouvert et reçoit le public avec tous les protocoles sanitaires nécessaires. Après ces grandes célébrations, il est probable que les touristes feront, cet été en particulier, étape à Balcarce, sur la route de Buenos Aires à Mar del Plata. Le musée est installé à quelques mètres de la maison natale du champion et fait la paire avec le circuit municipal qui porte bien entendu son nom.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación
visiter le site du musée (où l’on peut revoir la cérémonie d’hier en vidéo)