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mardi 7 octobre 2014

Un cycle tango à Radio Nacional [à l'affiche]


Aujourd'hui, mardi 7 octobre 2014, à 21h, démarre à Radio Nacional (pour la station Nacional Rock), Maipú 555, au nord de Monserrat (à la limite avec San Nicolás), un cycle de tango nuevo qui se tiendra le premier mardi du mois. Ce soir, le lancement se réalise avec l'orchestre Ciudad Baigón, un orchestre typique très tanguero aux accents rock (il s'est baptisé d'un titre de chanson du défunt groupe Los Redonditos de Ricota – entendez "les raviolis au fromage") (1).

Le cycle est intitulé Es sólo tango pero me gusta (ce n'est que du tango mais j'aime ça). Le pero est très intéressant : il en dit beaucoup sur la relation encore compliquée et ambiguë qu'entretiennent les Argentins avec ce genre musical, dont ils ont mis très longtemps à admettre qu'il participe à la construction identitaire nationale.

Dans les mois suivants, viendront chacun à son tour Altertango et la Orquesta Típica La Vidú. Pour la suite des opérations, on verra plus tard, car à Noël c'est le début des grandes vacances d'été et la fin de la saison radiophonique. La rentrée se fera en mars, avec une nouvelle grille sur les stations du groupe public.

Cette nouvelle série de concerts est une initiative conjointe de Radio Nacional et du collectif El tango será popular o no será nada (2), qui dispose d'un site Internet et d'une page Faceboook, que je vous engage à consulter.

L'entrée à l'auditorium est libre et gratuite dans la limite des places disponibles. Arrivez avant 21h car le concert devrait commencer à l'heure.

Vous trouverez le site Web de Radio Nacional dans les liens permanents de la Colonne de droite, à la rubrique Ecouter. Mais depuis quelques mois, ce site connaît des bugs à répétition liés à un accident informatique ancien dont il n'est pas encore complètement remis (3).

Pour aller plus loin :


(1) Lire le texte de Ciudad Baigón, cette chanson de Carlos El Indio Solari que revendiquent comme signe de ralliement les musiciens de l'orchestre homonyme.
(2) Appropriation très respectueuse d'un célèbre aphorisme du Père de la Patrie, le général José de San Martín (1778-1850) : Serás lo que debes ser o no serás nada (tu seras ce que tu dois être ou tu ne sera rien). Peut-être y a-t-il aussi (mais c'est vraiment beaucoup plus douteux) un rappel de celui attribué à André Malraux : le vingtième siècle sera religieux ou il ne sera pas.
(3) C'est la raison pour laquelle j'ai mis en ligne directement sur mon site Web plusieurs de mes interviews, en français et en espagnol, données depuis quatre ans à RAE (Radiodifusión Argentina al Exterior). Elles devraient être encore en ligne sur le blog de RAE mais l'incident a détruit beaucoup de liens, dont ceux vers les documents audios de la sonothèque générale (onglet mediateca).

mercredi 6 juillet 2011

Quand Gabriel Plaza présente trois espoirs du Tango Nuevo aux lecteurs de La Nacion [à l'affiche]

Cela va nous changer des remugles mal odorants de la campagne électorale... Le chroniqueur tango de La Nación, qui est aussi DJ de milonga, Gabriel Plaza, nous offre ce matin un portrait de trois jeunes compositeurs et chefs d'orchestre de tango : Agustín Guerrero (23 ans), Nicolás Tognola (23 ans) et Hernán Cabrera (30 ans), et leurs formations respectives, la OTAG (Orquesta Típica Agustín Guerrero), Hojarasco et Ciudad Baigón. L'article présente les concerts qu'ils donnent au Teatro Orlando Goñi, un hangar plus qu'une salle de concert digne de ce nom.

"Lo bueno de esta generación es que para nosotros vale todo y no tenemos que rendirle cuentas a nadie. No estamos esperando la aprobación de nadie ni del ambiente del tango. Hacemos lo que se nos canta. Pienso que mucha gente de nuestra generación siente lo mismo", define Hernán Cabrera, de la orquesta Ciudad Baigón, grupo que tomó su nombre de un tema del Indio Solari.
"Nuestros viejos eran de la generación del rock y pensaban que el tango era cosa de viejos, y tenían razón. Pero ahora el tango pasó a ser parte de nuestra generación. Cada vez hay más propuestas de tango distintas, cada vez hay más grupos, es como exponencial el crecimiento. Algo va a pasar con todo esto", sostiene Agustín, el conductor de la OTAG, una "banda" de quince músicos que sorprendió con su disco debut, Resurgimiento.
"Estamos como en la refundación de algo, como pasó con el rock nacional acá, que empezaron unos cuantos grupos y artistas como Tanguito y después empezaron las ramas, los estilos y cada uno con su propia ruta, pero todos juntos a la vez como movimiento. En el tango actual está pasando algo parecido", relata como un biógrafo de la nueva época el bandoneonista Nicolás Tognola, director de Hojarasco, orquesta que mutó a una atípica eléctrica con piano, batería, fueye y guitarra.
Gabriel Plaza, La Nación

Ce qu'il y a de bien dans cette génération, c'est que pour nous, tout est bon et nous n'avons de compte à rendre à personne. Nous n'attendons l'approbation de personne, pas même du monde du tango. Nous faisons ce qui nous chante. Je pense que beaucoup de gens de notre génération pense la même chose, affirme Hernán Cabrera, de la Orquesta Ciudad Baigón, groupe qui a pris son nom d'un morceau de Indio Solari.
Nos vieux appartenaient à la génération du rock et ils pensaient que le tango était un truc de vieux, et ils avaient raison. Mais maintenant le tango est devenu partie prenante de notre génération. Il y a de plus en plus de propositions de tango différentes, il y a de plus en plus de groupe, la croissance est comme exponentielle. Il va se passer quelque chose avec tout ça, soutient Agustín, qui dirige la OTAG, une bande de quinze musiciens (1) qui a surpris avec son tout premier disque, Resurgimiento.
Nous sommes comme à la refondation de quelque chose, comme ça s'est passé avec le rock nacional ici, qui ont commencé à quelques groupes et quelques artistes comme Tanguito et après ont commencé les ramifications, les styles et chacun sur sa propre route, mais tous ensemble en même temps comme mouvement. Dans le tango actuel, c'est quelque chose de semblable qui se passe, relate, comme un biographe de la nouvelle époque, le bandonéoniste Nicolás Tognola, chef de Hojarasco, orchestre qui est devenu une atypique électrique, avec piano, batterie, soufflet et guitare (2).
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Gabriel Plaza fait une place dans son article aux aspects économiques et sociaux qui caractérisent ces jeunes formations de la nouvelle vague tanguera à Buenos Aires. Des thématiques qui ont été souvent abordées ici, notamment autour du Festival Indépendant de Tango qui a tenu sa deuxième édition en mars, cette année (voir mes articles sur cette manifestation estivale).

"Si no sos independiente y no generás tu espacio, no existís. No somos independientes sólo por elección, como eran Los Redonditos de Ricota, sino porque no nos queda otra si queremos hacer lo que nos gusta. Aprendimos eso del rock", proclama Cabrera
La Nación

Si tu n'es pas indépendant et si tu ne crées pas ton propre espace, tu n'existes pas. Nous ne sommes pas indépendants que par choix, comme l'étaient les Redonditos de Ricota (3) mais parce qu'il ne nous reste pas d'autre solution si nous voulons faire ce que nous aimons. Nous avons appris ça du rock, proclame Cabrera.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

"Para mí esa gente que se autodenomina «la gente del tango» no significa nada. ¿Qué saben ellos de todo lo que tuve que estudiar y dedicarle al tango para que después me vengan a criticar? Para mí no existen", dice, imparable, el pianista Agustín Guerrero
La Nación

D'après moi, ces gens qui s'autoproclame "le monde du tango", ce n'est rien. Qu'est-ce qu'ils savent, eux, de tout ce que j'ai eu à étudier et à donner au tango pour venir après me critiquer ? Pour moi, ils n'existent pas, dit, sans qu'on puisse le stopper, le pianiste Agustín Guerrero.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

"Contrario a lo que se dice o se cree, el tango es una música de jóvenes, no de viejos -levanta la voz Agustín-. Me refiero, también, a que fue gestado por gente joven de pensamiento, aunque coincidió en la mayoría de las veces que eran jóvenes de edad. Troilo cuando armó su orquesta tenía alrededor de 23 años. Y de alguna manera lo que hicieron esos músicos con el tiempo fue continuar lo que empezaron de jóvenes hasta que se murieron, como Osvaldo Pugliese. Pero el tango es música de jóvenes, de tipos que miran para adelante y quieren aportar algo a lo que los maestros les dejaron."
"Desde ese mismo concepto -interviene el pianista Hernán Cabrera-, pienso que el tango es una música joven porque apenas tiene cien años y recién empieza. Todavía no se lo puede poner en un museo porque no sabemos su final. Por eso, las búsquedas y los nuevos caminos que está tomando el tango hoy van a tener su importancia en la historia, aunque ahora no lo veamos."
La Nación

Contrairement à ce qui se dit ou à ce que l'on croit, le tango est une musique de jeunes, pas de vieux, dit Agustín. Je me réfère aussi au fait qu'il est né chez des gens jeunes dasn leur pensée, même si ça s'est trouvé que la majeure partie du temps, ils étaient jeunes par leur âge aussi. Troilo, quand il a monté son orchestre, avait autour de 23 ans. Et d'une certaine manière, ce qu'ont fait ces musiciens avec le temps, ce fut de continuer ce qu'ils avaient commencé dans leur jeunesse, jusqu'à leur mort, comme Osvaldo Pugliese. Mais le tango est une musique de jeunes, de types qui regardent vers l'avant et qui veulent contribuer en quelque chose à ce que les maîtres leur ont laissé.
Dans le même ordre d'idée, intervient le pianiste Hernán Cabrera, je pense que le tango est une musique jeune parce qu'elle a à peine cents ans et qu'elle vient tout juste de commencer. On ne peut pas encore la mettre dans un musée parce que nous ne connaissons pas sa fin. Pour cette raison, les recherches et les chemins nouveaux que le tango est en train de prendre aujourd'hui, vont avoir leur importance dans l'histoire, quand bien même nous ne le voyons pas maintenant.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour en savoir plus :
plongez-vous dans l'article de La Nación

(1) Un groupe de 15 musiciens, c'est un orchestre énorme pour les standards actuels. La Orquesta Escuela de Tango Emilio Balcarce, qui est financée par les deniers publics, ne compte sur scène que 17 musiciens (en fait, ils sont 19, puisqu'il y a deux pianistes et deux contrebassistes qui alternent pendant les concerts). Alan Haksten Grupp, c'est 11 musiciens, et c'est déjà un beau groupe bien imposant. La OTFF (la Fernández Fierro, qui officie tous les mercredis et un samedi sur deux rue Sánchez de Bustamante, au CAFF et dont je vous parle souvent dans ce blog) se compose de 12 musiciens, chanteur compris. A El Arranque, ils sont 8, en tout et pour tout.
(2) La orquesta típica est une formation qui compte obligatoirement un piano, un violon, une contrebasse et un bandonéon. Un certain nombre d'autres instruments peuvent s'ajouter sans détruire le caractère típico d'un ensemble, mais les 4 instruments cités sont indispensables. Ce type de formation est apparu dans les années 1910 et a été consacré comme traditionnel dans les années 1920, grâce à un pionnier de la radio, qui avait le sens de la formule et qui a trouvé cette expression, qui a fait fortune.
(3) Entendez Les rondelles de Ricotta. Ce groupe a pris le nom d'une sorte de gros cannelloni fourré qu'on fait à la maison ou qu'on achète tout prêt à enfourner, en tranches, chez les fabricants de pâtes fraîches qui sont à Buenos Aires aussi nombreux que dans n'importe quelle ville italienne.

jeudi 24 mars 2011

Ciudad Baigón et Alan Haksten Grupp demain soir au Teatro Orlando Goñi [à l'affiche]

Vendredi 25 mars 2011, à 23h, les deux orchestres typiques que sont Ciudad Baigón et Alan Haksten Grupp se partageront la soirée du Teatro Orlando Goñi, Cochabamba 2536, dans le quartier de San Cristobal.

Participation aux frais : 30 $.

On peut acheter les places au tarif réduit chez Lee Chi, avenida Santa Fe 1670.

Pour en savoir plus sur ces deux formations, cliquez sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus. Vous accéderez ainsi à l'ensemble des articles que j'ai déjà consacrés à l'une et à l'autre, dans ce blog, à la date où vous lisez cet article.

lundi 21 février 2011

Festival Radio CAFF : le programme de la seconde semaine [à l'affiche]

Nouveau programme cette semaine pour la fin du 1er Festival de Tango de Radio CAFF avec concerts organisés au Club Atlético Fernández Fierro, Sánchez de Bustamente 764, dans le quartier de l'Abasto, et retransmis en direct par Radio CAFF (en streaming) et La Voz de las Madres (AM 530 en voie hertzienne), via Fractura Expuesta en streaming.

Jeudi 24 février 2011 à 22h : Diego Schissi Quinteto et Orquesta El Arranque, avec retransmission en direct par La Voz de las Madres.
Entrée : 35 $ avec location à l'avance (Café Musetta, Billinghurst 894, esquina Tucumán) ou 40 $ le jour même à la caisse du CAFF

Vendredi 25 février 2011, à 22h : Orquesta Típica Agustín Guerrero et Orquesta Típica Ciudad Baigón, avec retransmission sur Radio CAFF et Fractura Expuesta (mais sans retransmission hertzienne)
Entrée : 30 $ avec location à l'avance ou 35 $ le jour même à la caisse du CAFF

Samedi 26 février 2011, à 22h : Conjunto Falopa et La Chicana, avec retransmission sur Radio CAFF et Fractura Expuesta (sans retransmission hertzienne)
Entrée : 40 $ avec location à l'avance ou 50 $ le jour même à la caisse du CAFF.

Pour écouter les concerts en direct sur streaming (attention : les heures données sont celles de Buenos Aires, il y a 4 heures de décalage quand l'Europe est en heure d'hiver), vous disposez des liens avec Fractura Expuesta et Radio CAFF dans la rubrique Ecouter de la partie inférieure de la Colonne de droite.

mardi 23 mars 2010

Ciudad Baigon demain au CCC et bientôt en Europe [à l’affiche]

Le Centro Cultural de la Cooperación Floreal Gorini est un centre culturel dont l’objectif est de promouvoir l’économie sous la forme coopérative, un type de société commerciale porteur d’un grand dynamisme économique en Argentine. Le CCC s’est installé en plein quartier des théâtres et des librairies, sur l’avenue Corrientes, au numéro 1543. Tous les mercredis, à partir de 21h30, son département consacré au tango, la Ciudad del Tango, y organise, dans la salle Osvaldo Pugliese, au fond, au niveau du rez-de-chaussée, un concert avec des artistes qui ont peu accès aux médias et que le conseil de la Ciudad del Tango considère comme novateurs. Le 31 mars, la Ciudad del Tango accueillera le chanteur Caracol, qui lui a, pour le moins, ses entrées dans la programmation de la 2 x 4, la radio 100% tango de la Ville de Buenos Aires, installée sur le trottoir d’en face, dans le Complexe culturel San Martín (pour écouter la 2 x4, cliquez sur le lien dans la rubrique Ecouter, dans la partie inférieure de la Colonne de droite).

Ciudad Baigon rue Defensa un dimanche d'août 2008

Demain, dans le cadre de cette série Tango de Miércoles, c’est donc la Orquesta Típica Ciudad Baigon, qui joue tous les dimanches après-midi dans la rue Defensa, à la Feria de San Telmo, qui s’installera sur la petite scène de la Sala Osvaldo Puglisese.
Entrée des spectateurs dans la salle à 21h30.
Prix de la place : 20 $ (peso argentin).

La Orquesta Típica Ciudad Baigon partira ensuite à la mi-avril en tournée en Europe : l’orchestre sera le 30 avril à Nîmes à la Milonga de l’association El Rebote, 292 route de Rouquairol, et le 1er mai à Tarbes. Ils seront le 6 mai à Bruxelles et le 8 mai à Lausanne, où ils animeront une grande milonga de l’association Tangofolie.

Les informations concernant Tarbes et Bruxelles ne sont pas disponibles.

L'orchestre passera aussi dans plusieurs villes non francophones, comme Rivoli (Italie), Ludwigburg et Weimar (Allemagne) et Prague (République Tchèque).

Conseils que l’on peut donner à tous ceux qui auront la change d’aller les écouter, que vous soyez danseurs ou non : demandez-leur avant tout de jouer leur propre musique. Cela leur fera plaisir et bien plus que cela : ils se sentiront tout à fait reconnus et compris pour ce qu’ils sont, des créateurs du tango d’aujourd’hui, un art vivant et non pas une musique embastillée dans les sillons de disques 78 tours remasterisés en disques compacts. Vous verrez : leur musique est bonne, originale, forte, les instrumentistes ont du talent et le chanteur aussi. Ils ont auto-produit un disque, qui porte leur nom : Ciudad Baigon, dont il est à peu près sûr que vous pourrez l’acheter à l’issue des concerts (ou avant). Et c’est parce qu’ils créent cette musique là, ce tango du 21ème siècle qu’il est si frustrant pour eux de faire le long et coûteux voyage vers l’Europe pour s’entendre réclamer par les responsables de milonga encore et toujours et uniquement les mêmes morceaux archi-connus du répertoire de D’Arienzo, Troilo, Pugliese, Di Sarli et Canaro comme si rien d’autre n’existait que ce club des Cinq.

Voici un extrait du texte de présentation qu’ils ont mis en ligne sur leur page Myspace et sur leur site. Cela devrait vous donner une idée de la perspective dans laquelle ils travaillent :

Una nueva generación. Una necesidad filtrándose. La mirada a la tradición empieza a funcionar ya no como espejo, más bien como puente hacia lo inexplorado. Fórmula donde se desarrolló el verdadero trabajo grupal, donde se forjó la formación que llevo el Tango a su Época de Oro: la Orquesta Típica. A partir de ahí, percibir la nueva sociedad; producir en consecuencia. Explorar el folklore urbano para arribar a dos instancias obligadas: crear lo que no existe, alcanzar la excelencia de lo existente. Descubrir ese lenguaje social en constante distorsión; ese lenguaje que disloca su discurso a cada momento generando lo nuevo.
Ciudad Baigon

Une nouvelle génération. Un besoin qui s’infiltre. Le regard vers la tradition commence à fonctionner non plus comme un miroir mais bien plutôt comme un pont vers l’inexploré. Formule dans laquelle s’est développé l’authentique travail d’équipe, dans laquelle s’est forgée la formation qui a porté le tango à son siècle d’or : la Orquesta Típica (1). A partir de là, percevoir la nouvelle société, produire en conséquence. Explorer le folklore citadin pour monter jusqu’à deux instances obligatoires : créer ce qui n’existe pas, atteindre l’excellence de l’existant. Découvrir ce langage social en constante distorsion, ce langage qui disloque son discours à chaque moment pour générer du nouveau.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour en savoir plus sur les artistes, consultez leur site ou leur page Myspace :
Site de Ciudad Baigon
Page Myspace de Ciudad Baigon
Page Myspace de Caracol
Pour en savoir plus sur El Rebote, l’association de tango nîmoise, cliquez sur le lien vers son site.
Pour en savoir plus sur Tangofolie, l’une des nombreuses associations de tango lausannoises, cliquez sur le lien vers son site.

(1) La orquesta típica, c’est une formation dont la composition s’est stabilisée à la fin des années 1910, au tournant des années 20. Elle compte 4 instruments obligatoires : le violon, le piano, le bandonéon et la contrebasse. A la grande époque des cabarets, dans les années 30 et 40, les Grands orchestres, ceux de Canaro (Francisco, Juan ou Rafaél), Pugliese (Osvaldo ou Alberto, l’un de ses frères aînés), Troilo, Di Sarli, Caló, Fresedo, Biaggi, D’Arienzo etc. comptait 4 ou 5 violons, un nombre similaire de bandonéons, une contrebasse et un piano. Il fallait du volume instrumental pour produire le volume sonore de nature à remplir les salles de bal, puisque la sonorisation n’existait pas encore. Elle est apparue dans les années 60 et a tué ce qui restait de grands orchestre. Une Orquesta Típica peut s’adjoindre d’autres instruments : la voix humaine en premier lieu, la guitare, l’alto et le violoncelle sont les plus fréquents. Raúl Garello n’hésite pas à ajouter des percussions, notamment une batterie, et de réintroduire certains instruments à vent, supplantés dans les années 20 par le bandonéon (flûte traversière, hautbois, clarinette, voire cuivres). L’apparition de la Orquesta Típica correspond à l’arrivée dans l’univers du tango de musiciens professionnels formés, passés par des écoles classiques, la plupart du temps des conservatoires : les pianistes. Elle correspond aussi à la fin de la phase d’apprivoisement du bandonéon, un instrument très difficile à maîtriser et pour lequel il n’existait pas d’école jusqu’alors. Il fallut donc que des pionniers comme Eduardo Arolas et Paquita Bernardo essuient les plâtres, se fassent la main sur la complexité de ce clavier et de ce soufflet pour qu’apparaissent les premiers virtuoses que furent Pedro Maffia et Pedro Laurenz dont le talent permit au tango d’être identifié assez vite au timbre du bandonéon. Aujourd’hui, les orquestas típicas sont la plupart du temps des quatuors ou des quintettes et les grands orchestres de ce type aujourd’hui compte une douzaine de musiciens, rarement plus. Il faut être la Orquesta Escuela de Tango Emilio Balcarce pour se produire sur scène en formation de 17 musiciens et la Orquesta de Tango de la Ciudad de Buenos Aires pour rassembler 32 instrumentistes. Les deux sont des formations subventionnés par les finances publiques, en l’occurrence celles de la Ville de Buenos Aires. Ciudad Baigon est une coopérative privée. Comme Astillero. Comme la Fernández Fierro. Comme beaucoup de formations de musiciens jeunes, très nombreuses à Buenos Aires et dans les environs.

jeudi 4 mars 2010

Programme du CCC en ce mois de mars 2010 [à l'affiche]

Pour une meilleure résolution, cliquez sur l'affiche

Les lecteurs de Barrio de Tango (le blog) connaissent bien cette institution qu'est le Centro Cultural de la Cooperación Floreal Gorini, sur l'avenue Corrientes (1543, non loin de la esquina Corrientes y Callao). Le tango y est animé par le département Ciudad del Tango, qui organise les concerts et conférences dans la Salle Osvaldo Pugliese, au rez-de-chaussée.

L'affiche de ce mois annonçait pour hier soir un groupe de tango, candombe et milonga : Nuevotrioporteño.

Pour les semaines qui viennent : Gabriela Elena et le Cordal Trío, dont j'ai déjà parlé dans des articles précédents, la Orquesta Típica Ciudad Baigon, qui joue tous les dimanches dans la rue Defensa à la Feria de San Telmo (allez les écouter, ça vaut le coup) et le chanteur très apprécié et très célèbre à Buenos Aires, Caracol.
Les portes de la salle s'ouvre à 21h30. Vous vous installez près d'une table. Vous pouvez commander une consommation ou un snack (les empanadas sont délicieuses et chaudes : ne vous brûlez pas les doigts). Et le spectacle commence généralement vers 22h...
Le prix est des plus raisonnables : 20 $ (c'est le sigle du peso argentin).

Pour en savoir plus sur le CCC : visitez le site dans la rubrique Cambalache (casi ordenado) dans la partie basse de la Colonne de droite.
Pour en savoir plus sur les spectacles proposés par cette salle : cliquez sur le mot-clé CCC dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessous, sous le titre de l'article. Ce clic selectionnera pour vous l'ensemble des mes entrées sur la Ciudad del Tango depuis l'ouverture de ce blog, le 19 juillet 2008.

mercredi 5 novembre 2008

Le programme de novembre de Tango 08 [à l’affiche]

Tango 08 est un cycle de concerts de tango gratuits qui ont lieu tous les jeudis à 20h30 dans la salle Enrique Muiño du Centro Cultural San Martin, Sarmiento 1551.

Le duo de guitares et chanteurs El Filón qui s’est produit avec succès au Festival Guitarras del Mundo en octobre à Buenos Aires se présentera dans cette salle demain, 6 novembre, pour présenter son nouveau disque, Da Capo Tango (Tango A partir du début... en fait, Da capo, c’est de l’italien).

El Filón est un duo originaire de la ville de Córdoba, composé de Zulma Ontivero et Carlos Filipo. Da Capo Tango est leur premier disque. Ils ont déjà eu l’occasion de le présenter sur les ondes de Fractura Expuesta (leur interview fait l’objet de la 2ème partie de l’émission n° 237 du lundi 29 septembre). Vous pouvez les écouter aussi sur leur page de My Space.

Le jeudi 13, ce sera l’auteure-compositrice-interprète Gabriela Elena qui se présentera à 20h30.

La semaine suivante, la Orquesta Típica Ciudad Baïgon, un excellent orchestre de tango classique que j’ai pu entendre à San Telmo pendant la Feria, le dimanche de la Fête des Enfants cette année et que j’espère pouvoir prendre le temps de vous présenter plus en détail le moment venu... J’avais pu discuter avec le violoncelliste, Julián Peña, qui fait un peu office de Public Relation du groupe... Ciudad Baïgon a déjà sorti un disque auto-produit qui porte tout simplement le nom de l'orchestre (encore une idée pour Noël) et possède un site internet où vous pouvez enquêter pour en savoir plus (en VO).

lundi 11 août 2008

Otro domingo en Buenos Aires

Un autre dimanche à Buenos Aires...

Oración criolla

Outre ce que ce dimanche a de particulier, être el día del niño (la fête des enfants), c’est comme tous les dimanche un jour de visite au cimetière pour aller fleurir la tombe d’un être cher. J’ai donc fait comme tout le monde : je suis allée ce matin me recueillir sur la tombe de Carlos Gardel au cimetière de la Chacarita. Pedibus jambus pour une bonne partie du chemin. Il n’y a qu’ainsi qu’on peut connaître, sentir, apprendre une ville et surtout celle-ci... Et puis je voulais en profiter pour passer esquina Corrientes y Scalabrini. Je voulais voir le monument à Osvaldo Pugliese tout récemment restauré et présenté au public fin juillet. L’artiste, Paula Franzi, a réalisé un très beau travail, avec un Pugliese affable devant son piano quart de queue ouvert, portant l’un de ces smokings blancs immaculés qu’il aimait revêtir pour ses concerts. Il est même plus ressemblant en smoking derrière le piano que dans le buste très solennel, pourtant la pièce maîtresse de l’ensemble... Il est vrai que la figurine du pianiste est traitée avec humour -et il en avait à revendre, le croque-note bigleux et tout frêle, sans cesse souriant, même après un enième séjour arbitraire en prison. Alors que le buste est d’un sérieux qui frise le sinistre et ça lui va plutôt mal au teint...

Quand on arrive au cimetière de la Chacarita, trouver la tombe de Gardel est un jeu d’enfant et pourtant elle n’est indiquée nulle part. Pas de parcours flêché contrairement à ce à quoi s’attend le touriste européen. Et pourtant même moi, qui n’ai guère le sens de l’orientation, je la trouve sans difficulté. Elle se trouve dans la section 1 (des plans à l’entrée vous indiquent où se trouvent les sections), au croisement de la diagonale 115 avec les calles 6 et 17. Pour trouver la calle 6 (la rue 6), il vous suffit d'arriver par l’entrée principale (face à la gare Federico Lacroze) et de prendre la grande allée latérale, aussitôt sur votre gauche, dès que vous êtes en bas des marches. Passez le monument au syndicaliste Augusto Vandor puis celui dédié au pionnier de l’aviation Jorge Newberry (1875-1914) et face à l’indication (que vous lirez à main gauche) “Acceso a Galerias 10”, bifurquez à 90º sur votre droite : c’est la calle 6. La tombe est à 300 m environ tout droit. Impossible de la rater...
Impossible aussi de rester neutre devant l’énorme quantité d’ex-votos de toute sorte, dont certains proprement religieux, qui couvrent littéralement chaque centimètre carré disponible du monument. On lit ici et là : "Carlitos, merci pour les grâces reçues"...
Parmi les plus émouvantes de ces plaques, celles que l’on ne remarque pas tout de suite, les plus anciennes, les plus intimes... Celle de son chauffeur, une petite plaque en façade, apposée en 1944, signée el Aviator et dédiée autant à Gardel qu’à sa maman, morte en juillet 1943, huit ans après son fils, et enterrée là elle aussi (il les avait servi tous les deux et il faut savoir que c’est de lui car il n’a signé son offrande que de son seul surnom, celui dont son patron l’avait affectueusememt affublé). Celle d’Azucena Maizani, sur le mur du fond, grande chanteuse et compositrice de tango très amie avec Carlitos, un homme aussi doué pour l’amitié masculine et féminine que guigneux en amour. Mais Gardel a toujours expliqué qu’il avait renoncé à tout bonheur à deux après ses noces avec la musique. Il n’aurait pas pu se partager entre le tango et une femme. Alors il a eu des amis, intimes ou moins proches, beaucoup d’amis et il semble, à voir l’émotion des pélerins qui se rendent sur sa tombe, qu’il inspire encore l'amitié au-delà de sa mort si tragique, le 24 juin 1935, sur cet aéroport de Medellín.

Et avant de quitter Gardel, avec ou sans signe de croix, avec ou sans allumage rituel de cigarette dans la main de la statue au sourire éternel, il faut visiter, à 50 m environ, la tombe d’un ami cher à Gardel, Celedonio Esteban Flores, l’auteur de ce Por la pinta que Gardel découvrit en cherchant les pronostics hippiques du lendemain dans le journal Crítica et dont il fit le tango Margot, l’auteur de Corrientes y Esmeralda, l’auteur de El bulín de la calle Ayacucho, l’auteur de Pan... Dans cet imposant mausolée, il dort de son dernier sommeil veillé par les plaques que firent poser son épouse, ses neveux et plusieurs amis proches... C´était Homero Manzi, alors président de la Société des Auteurs et Compositeurs Argentins (Sadaic) qui avait prononcé l’éloge funèbre le jour de ses obsèques, en 1947...

On sort de cette ville des morts, paisible et apaisante, avec l’impression de les voir croisés... Et c’est vrai, on les a croisés dans ce lieu... Dans le carré des personnalités, presque à l’autre extrémité du cimetière, sur la tombe de Pichuco, à l’arrière du monument, il y a une phrase qui exprime cette expérience mieux que tout : ici vit Aníbal Pichuco Troilo pour toujours dans le souvenir des ses amis...

San Telmo le dimanche...

Après déjeuner et surtout s’il fait beau, ce qui est souvent le cas en cette période de l’année, il faut se rendre à San Telmo dans la rue Defensa devenue piétonne pour la journée et flâner pour découvrir ce qu’est à Buenos Aires el arte callejero (l’art qu’on pratique dans la rue). On a du mal à imaginer en Europe le nombre d’artistes qui vivent et créent dans cette ville. Cela fourmille, il y en a partout, dans tous les genres, pour tous les goûts. Il faut donc prendre son temps et regarder passer un quatuor métissé de tambours traditionnels avançant au pas cadencé et lourd si typique du candombe de défilé (juste retour d’un peu de négritude dans cette rue qui était au 19e siècle le chemin de toutes les processions des noirs de Buenos Aires), écouter ici un petit ensemble de jazz, admirer ailleurs un mime ou une statue vivante, et plaza Dorrego, il faut chercher (on trouve très vite) deux danseurs portant beau, plus très jeunes –mais est-ce que ça veut encore dire quelque chose quand il s’agit d’eux ?- deux authentiques tangueros qui sont tout entiers tango et qui dansent de l’intérieur d’eux-mêmes... L’anti-Tanguera de la rentrée au Châtelet, le vrai de vrai tango arrabalero, le tango canyengue, le tango des faubourgs, des titis et des gens simples qui expriment le plus profond d’eux-mêmes dans une danse... Pochi et Osvaldo Boó... Lui invite les spectatrices à danser et ce n’est que du bonheur si vous acceptez l’invitation, même si vous détestez, et c’est mon cas, savoir les yeux de tous fixés sur vous... Ils aiment danser le tango simple et bien marqué de D’Arienzo. Ils enseignent et doivent être d’excellents pédagogues, si j’en crois les quelques conseils qu’il m’a glissés à l’oreille tandis que nous dansions et tout ce qu’elle m’a confié sur ce qui fait l’essentiel du tango pour elle, dans sa vie de porteña.
Tous deux figurent au programme des réjouissances diurnes de la usina tanguera que sera l’ancien magasin Harrods dans la rue Florida pendant le Festival de Tango, à la fin du mois. Tailler une bavette avec Pochi pendant qu’Osvaldo invite tout son monde à tour de bras. Danser avec un bailarín de ley (un vrai danseur). Faire la connaissance de tous leurs amis qui passent là pour les saluer...
Bonheur d’être partie à l’autre bout de la Terre et de faire là de vraies rencontres avec les vrais gens...

Autre découverte fortuite de cette balade au fil de l’eau, celle d’une jeune Orquesta Típica, La Ciudad Baïgon, jouant sur un bout de trottoir pour un public averti. 4 bando, 3 violons, 1 alto, 1 violoncelle, la contrebasse et le piano droit (complètement déshabillé pour mieux sonner) et 1 chanteur (Alejo Raimondi. Avec un nom pareil, il ne peut que bien chanter et c’est ce qu’il fait). Quand je suis passée là, je l’ai entendu interpréter Mi tango triste, simplement, sans chercher l’effet, en suivant juste ce que les auteurs ont dit avec les vers de l’un (José María Contursi) et les notes de l’autre (Aníbal Troilo)...
Le grand chanteur Roberto Goyeneche a raconté un jour les consignes que Pichuco lui donnait quand il était chanteur de son orchestre : ²ce qu’il faut, c’est que le chanteur raconte l’histoire au public. Chanter, c’est l’orchestre qui s’en charge².
Ciudad Baïgon, qui doit son nom à un celèbre morceau de rock argentin, a déjà enregistré un disque (disponible chez Zivals) : Ciudad Baïgon Orquesta Típica, ed. Babayaga. Ils sont aussi présents sur Internet, avec leur site, actuellement en cours de relooking donc temporairement peu et mal accessible, et sur Myspace :

Leur site : http://www.ciudadbaigon.com.ar/, et aussi www.myspace.com/ciudadbaigon

Autre bavette, cette fois avec le violonceliste Julián Peña, pour apprendre que Ciudad Baïgon est attendu à Paris début octobre pour un concert organisé par le DJ de milonga Matias (bien connu des danseurs de tango parisiens) puis à Bruxelles et dans d’autres villes d’Europe. Auparavant, ils auront apporté leur écot au Festival lors d’un concert au Centro Cultural Julián Centeya de Boedo...

Pochi et Osvaldo Boó, quant à eux, bien que largement septuagénaires l’un et l’autre, sont attendus à la rentrée à Rome et passeront peut-être par la France ensuite...

Ils me tiendront tous au courant puisque nous avons échangé nos emails. Je vous informerai en temps et en heure du moindre mouvement des uns et des autres...
En Buenos Aires son las 22.30