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jeudi 28 mai 2020

La Universidad de San Andrés propose une conférence Zoom sur la poésie du tango [à l’affiche]


La Universidad de San Andrés, institution de formation supérieure, vient d’une fondation d’enseignement écossaise qui s’est installée dans toute l’Argentine. C’est une université privée présente sur quatre campus, dont trois dans la partie nord de Buenos Aires.

Cette université (UDESA) propose demain vendredi 29 mai 2020 à 17h (heure argentine) une table-ronde pluridisciplinaire sur les grands poètes du tango que furent Enrique Santos Discépolo, Cátulo Castillo, Enrique Cadícamo, José María Contursi et Eladia Blásquez : Tangos de a dos. Conversando con las letras.

C’est un professeur de philosophie qui coordonne le tout, José Luis Galimidi, et autour de la table échangeront une professeure d’arts plastiques, Lía Munilla, et un professeur d’histoire, Eduardo Zimmermann.

La manifestation est gratuite et sans inscription préalable.
Pour rejoindre la table-ronde, cliquez sur ce lien et faites le code 919 8970 8568.

Il est plus que recommandé d’avoir écouté auparavant trois grands classiques du répertoire : Cambalache, Como dos extraños et La última curda (1). Si vous n’en possédez pas les bons enregistrements, allez les écouter sur Todo Tango, le site encyclopédique argentin sur le Web (voir la Colonne de droite).



(1) Ces trois chefs-d’œuvre font partie du corpus que j’ai traduit dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, paru en 2010 aux Éditions du Jasmin.

jeudi 1 septembre 2016

Samedi à Palermo, chez Jacqueline Sigaut [à l'affiche]


Mes fidèles lecteurs connaissent bien désormais ce rendez-vous au domicile de la chanteuse argentine Jacqueline Sigaut, à deux cents mètres de Plaza Italia, dans le quartier de Palermo, dans le nord de Buenos Aires.

Pour y participer et écoutez le duo invité du jour, samedi 3 septembre 2016, le chanteur Luis Filipelli et son guitariste, Leonardo Andersen, suivez les indications portées sur le visuel de la soirée.

Ce sera un hommage à l'auteur-compositeur interprète Eladia Blazquez, auteur d'un très beau répertoire qui mériterait d'être mieux connu en dehors de l'Argentine.

vendredi 1 juillet 2016

Luis Filipelli rend hommage à Eladia Blázquez [à l'affiche]


Le chanteur Luis Filipelli donnera ce soir, vendredi 1er juin 2016, à 21h30, un tour de chant en hommage à l'auteur-compositeur interprète Eladia Blázquez, à la Biblioteca Café, Marcelo T. de Alvear, dans le quartier de Retiro.

Luis Filipelli sera accompagné de son guitariste et directeur musical, Leonardo Andersen.

Droit au spectacle seul : 130 $ ARG (avec une consommation minimale de 140 $)
Spectacle et dîner : 370 $ ARG.

Pour plus d'informations, voir le site Internet du restaurant et sa page Facebook.

mercredi 6 mars 2013

La Orquesta Nacional Juan de Dios Filiberto fête la journée de la femme au Teatro del Globo [à l'affiche]


Vendredi 8 mars 2013, à 20h30, la Orquesta Nacional de Música Argentina Juan de Dios Filiberto se produira au Teatro del Globo, Marcelo T. de Alvear 1155, dans le quartier de Recoleta, à l'occasion de la Journée internationale de la Femme.


L'orchestre, qui sera dirigé par Atilio Stampone et Oscar D'Elia ainsi que par Osvaldo Piro, comme chef invité, présentera un choix de pièces de Eladia Blázquez, arrangées par Piro et Stampone et défendues par les voix des chanteuses Viviana Scarlassa, Alicia Vignola et Patricia Barone.

Je n'ai pas pu recueillir d'informations sur le prix des places. J'ai l'impression que c'est gratuit, mais sur place, mieux vaut vérifier...

mardi 17 mai 2011

Hommage à Eladia Blázquez au Salón Dorado [à l'affiche]

Récupération automatique d'un article publié jeudi 12 mai 2011, précédemment détruit lors d'un incident technique survenu dans les systèmes de Blogger, le gestionnaire et hébergeur des blogs blogspot.com.

La danseuse classique Laura Durante, danseuse et chorégraphe du Teatro Colón, l'opéra de Buenos Aires, rendra hommage à l'auteur-compositeur-interprète Eladia Blázquez ce vendredi 13 mai 2011 à 19h30, au Salón Dorado, de la Casa de la Cultura, qui est le siège du Ministère de la Ville de Buenos Aires, à l'angle entre Avenida de Mayo et la place homonyme (la Casa de la Cultura est mitoyenne avec le Siège du Gouvernement Portègne).

Entrée libre et gratuite.

Dans ce spectacle, qui raconte la vie et présente l'oeuvre musicale de l'une des toutes premières artistes créatrices féminines connues comme telle, on entendra des textes inédits ou peu connus, des images et des références aux grands succès de Eladia Blázquez comme El corazón al sur (le coeur au sud), Sueño de barrilete (rêve de cerf-volant), Honrar la vida (honorer la vie), Con las alas del alma (sur les ailes de l'âme), Somos como somos (on est comme on est), Siempre se vuelve a Buenos Aires (on revient toujours à Buenos Aires), Mi ciudad y mi gente (ma ville et les miens), Contra viento y marea (contre vents et marées)...

La chanteuse Beatriz Ayas et le pianiste Tomas Nine seront eux aussi du spectacle.

Pour découvrir la Maestra Eladia Blázquez (1), connectez-vous à la page qui lui est consacrée sur le portail encyclopédique argentin Todo Tango, sur le blog consacré au souvenir de l'artiste décédée en 2005, et sur la page Myspace que les mêmes admirateurs lui ont dédiée à titre posthume, là encore (un hommage en ligne que vous pourrez retrouvez sur ma propre page Myspace parmi mes contacts).

(1) Eladia Blázquez est présente dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, publié en mai 2010 aux Editions du Jasmin (France), en qualité de compositrice : c'est elle qui a mis en musique Viejo Tortoni, l'hommage du poète Héctor Negro à ce café historique du centre de Buenos Aires (p 322). Elle est aussi présente, en pointillé, dans l'une des esquinas du livre, celle consacrée aux différents quartiers de Buenos Aires, avec une citation de ce chef-d'oeuvre qu'est Siempre se vuelve a Buenos Aires, un tango dont la musique est signée Astor Piazzolla (p 264).

mardi 20 avril 2010

Patricia Barone, Sandra Mihanovich et Osvaldo Piro en hommage à Eladia Blázquez vendredi [à l'affiche]

Ce sera à ECuNHi, le centre culturel des Madres de Plaza de Mayo, Avenida Libertador 8468 (dansl le quartier de Palermo), vendredi 23 avril à 19h. Entrée libre et gratuite.

La Orquesta nacional de música Juan de Dios Filiberto a invité les chanteuses Patricia Barone et Sandra Mihanovich et le chef (et compositeur) Osvaldo Piro et plusieurs instrumentistes solistes, Brigitta Danko, au violon, Sergio Rivas, à la contrebasse, Daniel Lifschitz, à la flûte et Lautaro Greco, au bandonéon, pour cette belle soirée.

Le concert sera un hommage à l'auteur-compositeur-interprète Eladia Blázquez (24 février 1931 – 31 août 2005).

A aller écouter absolument si vous êtes à Buenos Aires ce jour-là...

Pour en savoir plus :
le site que Patricia Barone partage avec son mari, le guitariste et compositeur, Javier Gonzalez, se trouve parmi les liens externes de la rubrique Grillons, zorzales et autres cigales, dans la Colonne de droite, partie inférieure (sur fond blanc)
Le site de Sandra Mihanovich, chanteuse de jazz et de tango ainsi qu'actrice, n'y figure pas encore. Le voici (en cliquant sur le lien). C'est elle qui s'occupe de faire vivre Eladia Blázquez sur le web.
Le site officiel d'Eladia Blázquez.
Et la page Myspace consacrée à Eladia Blázquez pour écouter sa voix et son talent musical.

dimanche 3 août 2008

Un dimanche à Buenos Aires

D'abord se connecter sur Todo Tango, l'encyclopédie Web du tango, ou sur la 2 por 4, la radio publique de Buenos Aires consacrée au tango, et s'en mettre plein les oreilles... Et du bon !


Tiempo de tranvias
Héctor Negro - Raúl Garello
Tango - 1979

[...] Vuelven esos ecos de las mesas de escolaso.
Noches con la barra en la esquina fraternal.
Sábado y milonga que promete el club del barrio
y el domingo, lleno de ese fútbol sin igual [...]

Reviennent les échos des tables de jeux.
Nuits avec ma bande dans ce coin de rue fraternel.
Samedi et milonga que nous promet le club du quartier
et le dimanche, plein de ce football sans égal.
Traduction Denise Anne Clavilier

Pour les oreilles : Tiempo de tranvías, de et par Raúl Garello, voix de Eduardo Espinoza, BsAs 1994 : http://www.todotango.com/spanish/download/player.asp?id=2032


Misa de Once
Armando Tagini - Juan José Guichandut
Tango - 1929


Entonces tu tenías diez y ocho primaveras,
yo veinte y el tesoro preciado de cantar...
En un colegio adusto vivías prisionera
y sólo los domingos salías a pasear.
Del brazo de la abuela llegabas a la misa,
airosa y deslumbrante de gracia juvenil
y yo te saludaba con mi mejor sonrisa,
que tu correspondías, con además gentil.

Voces de bronce
llamando a misa de once...
¡Cuantas promesas galanas
cantaron graves campanas
en las floridas mañanas
de mi dorada ilusión!
Y eché a rodar por el mundo
mi afán de glorias y besos
y sólo traigo, al regreso,
cansancio en el corazón.

No sé si era pecado decirte mis ternuras
allí, frente a la imagen divina de Jesús [...]

Messe de 11 heures

Alors, toi, tu avais dix-huit printemps
Moi vingt et le précieux trésor de savoir chanter...
Dans une école sinistre tu vivais prisonnière
Et tu ne sortais te promener que le dimanche.
Au bras de ta grand-mère tu venais à la messe
Aérienne et éblouissante de grâce juvénile
Et moi je te saluais de mon plus beau sourire
Auquel tu répondais, plus délicieuse encore.

Voix de bronze
Appelant à la messe de onze heures...
Que de promesses galantes
Chantèrent de graves cloches
Dans les matins fleuris
De mes rêves dorés !
Et j’ai lancé par monts et par vaux
Ma fureur de gloires et de baisers
Et je ne rapporte, au retour,
Que lassitude en mon coeur.

Je ne sais pas si c’était péché que te dire ma tendresse
Là, devant l’image sacrée de Jésus...
Traduction Denise Anne Clavilier

Pour les oreilles : Misa de Once, par Carlos Gardel, dit el Zorzal Criollo
http://www.todotango.com/spanish/download/player.asp?id=1429


Soy una fiera (1)
Gardel y Razzano / Letra : Francisco Martino
Milonga - 1926

Los domingos me levanto de apoliyar mal dormido
Y a veces hasta me olvido de morfar por las carreras,
Me cazo los embrocantes y mi correspondiente habano (2)Y me piyo un automóvil para llegar más temprano.

(hablado)
Y... tengo que abrir el portón
Si no, se suspenden las carreras...

Carreras, guitarra y gofo, (3) quinielas y cabaret
Es el berretín más grande que mientras viva tendré,
Aunque para jugarme el vento, bien rumbeado, soy una fiera
Con toda mi gran carpeta, siempre salgo en la palmera.

(hablado)
Y qué voy a hacer: mala suerte
Me gusta, tengo que morir...

El sábado por la noche compro la “Crítica” quinta (4)Y si me piache (5) la pinta del pronóstico que da,
Lo escolaso si es Rodríguez o el que lo corre es Canesa
Pero viene Leguisamo y te la da en la cabeza. [...]

J’suis un caïd

Le dimanche, je me lève les yeux pas en face des trous. Mal roupillé.
Même des fois, j’oublie d’becqueter à cause des courses.
Je pars à la chasse de mes jumelles et mon correspondant jaune
Et même je m'offre le luxe d'une voiture pour arriver plus tôt.

(parlé)
Mais il faut que j’ouvre le portail.
Sinon on suspend les courses...

Courses, guitare, cartes, loteries et cabaret
J’aurai que cette idée-là en tête tant que je vivrai.
Et même si pour jouer mon pognon, en veine, j’suis un caïd
Avec toute ma science, je me r’trouve toujours dans la mouise.

(parlé)
Qu’est-ce que j’peux y faire ! le pas de chance
J’aime ça, je mourerai bien assez tôt...

Le samedi soir, j’achète la dernière édition de Crítica
Et si la gueule du pronostic qu’elle donne me revient,
Je le joue si c’est Rodriguez ou si c’est Canesa celui qui le monte
Et alors s’amène Leguisamo et il te le fait en tête...
Traduction Denise Anne Clavilier

Pour les oreilles : Soy una fiera, par Carlos Gardel, dit el Muchacho del Abasto : http://www.todotango.com/spanish/download/player.asp?id=1324


Nobleza de arrabal
Homero Manzi - Francisco Canaro
Tango - 1946

[...] Y allí también estás Frisón
y eres mi lujo de cuarteador. (6)
Rocín feliz, de crin azul,
famoso por todo el sur.
Cuando el domingo asolea
por no hacer de perezoso,
traigo el balde desde el pozo
y refresco el corredor.
Y aprovechando el fresquito
me siento bajo la parra
y al compás de mi guitarra
canto décimas de amor [...]

Noblesse du faubourg

Et là toi aussi, tu es là, Frison,
Et tu es mon luxe de roulier.
Cheval de trait, au crin bleu,
Connu dans tout le sud.
Quand le dimanche prend le soleil
Pour ne pas faire le paresseux
J’apporte le seau depuis le puits
Et je rafraîchis le couloir.
Et pour profiter de la fraîcheur,
Je m’assois sous la treille
Et au rythme de ma guitare
Je chante des dizains d’amour
.
Traduction Denise Anne Clavilier

Domingos de Buenos Aires
Eladia Blázquez

Hoy es domingo, por lo tanto no trabajo,
no habra corridas para arriba, para abajo,
no voy a entrar en la voragine maldita
de sentirme una hormiguita pisoteada con desden.

Hoy es domingo y lo gasto como quiero,
es mio entero porque Dios lo ha decretado,
la problematica la guardo en el cuaderno.
la semana es un infierno, el domingo es un eden.

Voy a regar el rosal, el jazmin,
a corretear con el pibe en el jardin,
a solazarme vestido de sport,
la hamaca en el porch
leyendo Clarín...

Después la pasta (7) y la siesta feroz
sin telefono, sin ruidos,
al levantarme la radio,
el mate, el estadio
y a grita el gol [..]

Le dimanche à Buenos Aires

Aujourd’hui, c’est dimanche, alors je ne travaille pas.
Il ne va pas falloir cavaler à droite et à gauche
Je n’ai pas à me mêler à ce maudit torrent
Qui me fait me sentir petite fourmi écrasée avec dédain.

Aujourd’hui, c’est dimanche et je fais ce que je veux
Toute la journée pour moi et c’est Dieu qui a décrété ça.
Les soucis, je les laisse au vestiaire.
La semaine, c’est l’enfer. Le dimanche, c’est le paradis.

Je vais arroser le rosier, le jasmin,
Jouer à la course avec le gamin dans le jardin
Prendre soin de moi en tenue décontractée
Dans le rocking-chair sous le porche
Pour lire Clarín...

Et après une petite douceur, la sieste à poings fermés
Sans téléphone, sans bruit,
La radio en me levant,
Le maté, le stade
Et les hurlements de but.
Traduction Denise Anne Clavilier


(1) Les auteurs sont incertains. Il est attesté que cette milonga a été enregistrée par Carlos Gardel le 16 décembre 1926 chez Odeón. A cette époque, la notion de droits d’auteur était encore assez floue pour le tango, un art populaire surtout oral (bien des musiciens ne savaient pas écrire leur musique, dont Gardel lui-même). Selon les sources, les auteurs seraient soit Gardel et Razzano seuls, soit le trio Francisco Martino, Carlos Gardel et José Razzano (qui avait existé comme trio de chanteurs populaires de répertoire rural, de manière bien éphémère, vers 1912-1913), soit Francisco Martino seul. Etant donné la passion archi-connue de Gardel (et des deux autres aussi) pour les chevaux, étant donné que Gardel a une part certaine dans l’idée originale et sans doute l’écriture (non pas seulement la composition) de Por una cabeza (Gardel-Le Pera, 1935), son plus célèbre tango turfique (avec des jeux de mots qui ressemblent bien à ce qu’on sait de lui par ailleurs et de sa pratique très faubourienne du lunfardo), étant donné qu’il cite ici son ami personnel le jockey Ireneo Leguisamo et qu’il coupe le récit avec des petits commentaires parlés comme il le fait dans ses deux enregistrements de Leguisamo solo (Modesto Papavero, 1925), datés de décembre 25 à Barcelone et de septembre 27 à Buenos Aires, on peut imaginer qu’il puisse être pour quelque chose dans cette milonga, un genre qui vient de la tradition rurale qui constituait tout son répertoire jusqu'en 1917. On peut bien sûr supposer qu’en chantant Leguisamo solo il a appliqué une idée volée à Martino, mais tous les témoignages concordent pour dire que Gardel était un homme d’une belle droiture morale et qu’il ne volait pas les idées de ses partenaires ni de ses confrères. Tout au contraire, il a même reconnu des dettes et partagé certaines exclusivités qu’un autre se serait jalousement gardées. Ainsi lorsque le compositeur Juan de Dios Filiberto approuva l’interprétation de son Caminito (tango de 1926) par Ignacio Corsini, qui remportait en le chantant sur scène un plus beau succès que lui avec son propre enregistrement, Gardel n’hésita pas à ouvrir à Corsini l’exclusivité qu’il avait acquise sur l’enregistrement du morceau...
(2) sans doute le programme des courses du jour
(3) gofo, nom d'un jeu de cartes d'origine italienne (goffo)
(4) Détail autobiographique de Gardel. Il achetait effectivement ce journal pour ses pronostics hippiques. Le reste (rapportant surtout des faits divers) l’intéressait moins. Certains de ses amis des plus hauts en couleurs y étaient journalistes (Carlos de la Púa, Barquina avec qui il avait de longues conversations entièrement en verlan). C’est en ouvrant ce canard qui a une réelle importance dans l’histoire du tango qu’il découvrit un poème qui lui plut, si bien qu’il fit aussitôt mettre en musique par son guitariste sans même consulter l’auteur, qu’il convoqua finalement pour la séance d’enregistrement au studio. Ce poème, qui s’appelait alors Por la pinta (pour avoir fière allure) et qu’il fit rebaptiser Margot pour le disque, venait de remporter le prix de poésie organisé par le journal. L’auteur s’appelait Celedonio Esteban Flores (1897-1947). Ce fut le début d’une belle amitié tanguera et surtout d’une fructueuse collaboration...
(5) me piache : c’est du cocoliche, un langage savoureux et drôlissime aujourd’hui disparu faute de locuteurs, moitié italien, moitié espagnol (mi piace). La moitié de la grande vague d'immigration à Buenos Aires venait d'Italie. Une incroyable quantité d’artistes de tango ont un nom italien (Piazzolla, Troilo, Pugliese, Di Sarli, D’Arienzo, Contursi, Batistella, Pettorrossi, Razzano, Corsini, Rinaldi, Betinotti, Canaro, Mancione, Discépolo, Cadícamo, Garello, Marconi, Vaccarrezza, Sanguinetti... mais pas Expósito... Expósito, c’est comme le Canada Dry : ça ressemble à un nom italien, ça a le goût d’un nom italien mais ce n’est pas un nom italien...)
(6) cuarteador : ce métier consistait à adjoindre un cheval de trait à l’attelage d’une voiture pour la tirer d’un mauvais pas ou l’aider dans un passage difficile. Les faubourgs sud de Buenos Aires, notamment du côté du Riachuelo, cours d'eau qui ceinture la ville par le sud, à Nueva Pompeya, ce quartier populaire cher à Manzi, étaient alors sillonnés de fossés de drainage putrides et de reliefs artificiels pour endiguer les crues de la rivière. Les routes, sans revêtement, étaient boueuses et défoncées dès qu’il pleuvait (et il pleut souvent à Buenos Aires). C’était donc un métier jusque tard dans les années 40 que de se poster sur la route, aux endroits difficiles, avec un cheval pour gagner sa vie en secourant les voitures attelées qui devaient emprunter ce mauvais chemin et les chariots de livraison, qui faisaient l’aller-retour entre la campagne et la ville pour approvisionner la capitale. On sait qu’Angel Villoldo (1861-1919), le compositeur de El Choclo, a été cuarteador dans le quartier de Nueva Pompeya.
(7) il s'agit d'un plat de pâtes fraîches, dont les Portègnes raffolent (la pasta, comme en Italie).