Affichage des articles dont le libellé est marionnettes. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est marionnettes. Afficher tous les articles

samedi 7 novembre 2015

Le festival María Elena Walsh à Palermo [à l'affiche]


Pour la cinquième année consécutive, le Centre culturel Nos Enfants (ECuNHi), de l'ONG Madres de Plaza de Mayo, propose une demi-journée festive pour les enfants en hommage à María Elena Walsh, une très grande auteur argentine de chansons, théâtre et contes pour enfants.

Ce mini-festival se tient cet après-midi, le 7 novembre 2015, à 14h, qu'il pleuve ou qu'il fasse beau. L'année dernière, 7500 enfants sont venus, une foule considérable dans cet ancien hangar de mécanique perdu au milieu du gigantesque campus de l'ex-ESMA, une école de la marine qui abrita un centre de détention et de torture sous la Dictature, avant d'être démilitarisée par le gouvernement démocratique puis transformée il y a quelques années en centre de la Mémoire et des Droits de l'Homme, avec un bâtiment affecté à chaque ONG qui opére dans ce domaine ainsi qu'au Secrétariat d'Etat aux Droits de l'Homme (le Centro para la Memoria Haroldo Conti).

L'entrée est libre et gratuite. Le programme diversifié : théâtre, clowns, acrobatie, musique, chanson, mime et un petit salon du livre, du disque et de l'instrument de musique.


L'événement a toujours été conçu comme un lieu de rencontre ouvert à tous, un lieu d'accès à la culture pour tous les enfants, quel que soit leur statut social, alors que le centre est situé en plein Palermo, dans la Buenos Aires patricienne et bourgeoise par excellence. L'ONG Madres de Plaza de Mayo a voulu, depuis très longtemps, que sa lutte autour de la recherche des disparus de la Dictature et de la conduite des procès contre les bourreaux débouche sur une action sociale, sur une lutte contre la discrimination et la pauvreté, contre l'illettrisme et l'exclusion culturelle.

Ce cinquième festival MEW prendra donc une signification particulière aujourd'hui, au surlendemain de l'identification d'un nouveau petit-fils de Abuelas et en pleine campagne électorale entre ce qui apparaît comme deux modèles de pays, l'un tâchant d'élever le niveau de vie des couches populaires et de la classe moyenne et l'autre ne faisant de la loi du marché le parangon de l'ordre du monde.

Pour aller plus loin :
lire l'article d'hier dans Página/12 avec interview de la co-directrice de ECuNHi, qui est aussi la fille de la ministre de la Culture, un népotisme qui est fortement reproché au Gouvernement sortant
se connecter à la page Facebook de l'institution.

samedi 31 octobre 2015

Le Museo Evita participe lui aussi [à l'affiche]


Comme tous les ans, la figure de Eva Duarte de Perón, autre personnalité historique et identitaire en Argentine, à côté de Carlos Gardel, sera elle aussi à l'honneur cette nuit, à Buenos Aires, lors de la Noche de los Museos, comme l'annonce le tract de la CGT (ci-dessous), la centrale ouvrière qui eut de 1952 à 1955 la charge d'exposer la dépouille embaumée de l'égérie de l'époque péroniste, qui repose maintenant dans le caveau familial, au cimetière de Recoleta.


Le Museo Evita, Lafinur 2988, propose un espace pour les petits, avec le canal de télévision éducative Paka Paka et son dessin animé préféré qui met en scène Zamba, un petit écolier en blouse blanche, qui multiplie les aventures de découverte : ce soir, il fera visiter le musée aux enfants.

Il y aura également un spectacle de marionnettes, autre grande spécialité culturelle argentine, et du théâtre radiophonique, un genre où Evita connut un grand succès.

Pour plus de détails :

lundi 30 mars 2015

Festival Humoris Causa au CCC [à l'affiche]


Depuis mardi dernier, dans les salles González Tuñón et Garibaldi, du Centro Cultural de la Cooperación Floreal Gorini, Corrientes 1543, se tient à Buenos Aires un festival de l'humour, un festival qui est co-produit par deux de ses départements, Music hall et Sciences des Arts.

Il se déroulera jusqu'au 17 avril 2015 et comprend donc dans ses dates les traditionnelles vacances de Semaine Sainte (en ce moment).


Comédiens, clowns, marionnettes, musiciens et danseurs se croisent au gré des sept spectacles et conférences qui s'étalent sur trois semaines.

Entrée à chaque activité : 100 $ ARG, à réserver en ligne ou au guichet du CCC.

Pour en savoir plus :
consulter le site Internet du festival (1ère édition)
lire l'article de Página/12 (édition d'hier dimanche)
consulter le site Internet du CCC.

lundi 15 décembre 2014

Marché de Noël pour consommateurs responsables [Actu]


Du 17 au 23 décembre 2014, le grand hall de la Télévision publique argentine, à Palermo, avenida Figueroa Alcorta 2977, accueillera la sixième édition d'une foire commerciale de Noël répondant aux critères de l'économie durable, solidaire et sociale.

Plus de 500 artisanats et producteurs venant des quatre coins du pays se réuniront pour proposer leurs produits : vêtements, ustensiles, chaussures, accessoires, vins, bières, cidres et autres alcools, jouets, instruments de musique, électro-ménager, fruits et légumes, boulangerie, pâtisserie et confiserie en tout genre...

En marge des stands, il y aura un espace restauration-dégustation (patio de comida) et un programme artistique, avec spectacle de marionnettes (un must de la culture argentine), rencontres avec des conteurs traditionnels, concerts de folclore des cinq régions culturelles du pays et de tango, avec des artistes de la taille de la Orquesta Típica Julián Peralta ou le Sexteto Raúl Garello. Un programme publié par le Ministère du Développement social, à l'initiative de la manifestation.

Ce genre de salon présente l'avantage d'offrir des produits bien plus authentiques que de nombreux autres manifestations (notamment pendant l'été où les marchandises pour gogo de touristes se multiplient comme partout ailleurs) et surtout bon marché, pour garnir tout ensemble l'arbre et la table de Noël.

Pour en savoir plus :
lire le communiqué du Ministère, tenu par Alicia Kirchner, la sœur du défunt président, qui tient ce maroquin depuis plus de dix ans. Le site ministériel propose une présentation vidéo en plus du texte du communiqué, ainsi qu'une carte qui vous permettra de vous orienter.

Ajout du 21 décembre 2014 :
lire la dépêche de Télam datée du 20 décembre sur le déroulement de la manifestation.

lundi 1 octobre 2012

Buenos Aires, le roman national argentin et la culture populaire : jours 4 et 5 [Agenda de Barrio de Tango]


Plaza Grand-Bourg, quartier de Palermo
Monumento al Abuelo Eterno (monument à l'éternel grand-père)

Troisième de mes articles sur le programme du voyage que je vous propose, en partenariat avec une agence de voyage (chacun son métier sur cette terre), à l'automne austral, notre printemps... Pour lire l'ensemble des articles, cliquez sur le mot-clé Viaje dans le bloc  Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

Après le dimanche de l'arrivée et le lundi (décrits lundi dernier, voir mon article sous le lien), voici les mardi et mercredi de la première semaine

Aujourd'hui, à tout seigneur, tout honneur !

La journée sera consacrée au Prócer Máximo (le plus grand héros) de l'histoire argentine, au Padre de la Patria : le général José de San Martín (1778-1850) qui est présent partout dans la ville et dans tout le pays.
Rien qu'à Buenos Aires, deux places, une avenue et une rue lui sont consacrées, trois statues en pied, un buste, un théâtre, trois institutions mémorielles (et même quatre à la vérité, si l'on veut bien compter la tombe de sa femme et celle de ses parents tout à côté...). Et dans chacune des Provinces qui constituent la République Argentine, il y a au moins une commune baptisée de son nom, parfois un département tout entier, comme c'est le cas notamment dans la Province de Buenos Aires, dans celle de Corrientes où il est né, dans celle de Santa Fe où il a remporté une victoire magistrale dont on a fait des chansons patriotiques (la victoire de San Lorenzo), et dans la Province de Mendoza qu'il a gouvernée de 1814 à 1816, y laissant un souvenir inoubliable.

La journée s'ouvrira donc sur ma première conférence du voyage, dans une salle qui, en lieu et place de celle que l'hôtel mettra à notre disposition (fort adaptée au demeurant), pourrait bien être un endroit très particulier de Palermo (top secret - je suis encore en train d'en discuter avec qui de droit).
Au cours de cette première charla (conférence en argentin, conversation en espagnol péninsulaire), je vous présenterai donc un personnage singulier, officier brillant de l'armée espagnole d'un côté et fils de la Révolution française de l'autre, général victorieux mais qui refusa de profiter de son prestige militaire pour exercer le pouvoir politique auquel il alla jusqu'à renoncer à la stupéfaction de ses contemporains, à l'inverse de ce que firent ses pairs de la même époque charnière entre Ancien Régime et Occident contemporain (George Washington, Napoléon Bonaparte, Simón Bolívar...).
En français, sur San Martín, les ouvrages manquent cruellement et pourtant ce héros, qui vécut 20 ans en France, a beaucoup à dire à notre temps. Il y a toutefois quelques livres en anglais (et leur petit nombre est largement compensé par leur qualité) et trop d'ouvrages en espagnol d'Argentine, pleins de querelles spécieuses (1) mais qui nous en apprennent long sur la postérité politique de son action jusqu'à aujourd'hui dans un pays (et un continent) où l'implantation des Droits de l'Homme est encore et toujours un combat quotidien...

Après cet exposé-débat qui suivra notre petit-déjeuner, nous prendrons le chemin du quartier de Palermo pour visiter le Museo del Regimiento de los Granaderos a Caballo, un régiment d'élite que San Martín fonda en 1812, qui fut dissout par son adversaire politique, Bernardino Rivadavia, en 1826, alors que le général vivait à Bruxelles avec sa fille unique qu'il avait mis en pension pour lui donner la meilleure éducation possible (2), un régiment qui fut enfin ré-institué comme symbole d'unité nationale et escorte présidentielle en 1903, par un chef d'Etat très contesté (et très contestable), le général Argentino Justo Roca, grand massacreur d'Indiens (San Martín, l'anti-raciste par excellence, a dû se retourner dans sa tombe). Aujourd'hui, ce régiment, qui ne vient donc pas en ligne directe de San Martín, n'en est pas moins l'un des gardiens les plus fidèles de sa mémoire et l'honore, aujourd'hui encore, comme son fondateur (3). Un accueil impressionnant nous attend au pied du grand escalier de la caserne, avec des soldats d'élite en tenue d'apparat (4).
Le petit musée, installé dans le premier corps de bâtiment, tout en haut de ces trois puissantes volées d'escalier, possède quelques uns des documents originaux et des objets personnels les plus précieux de San Martín, placés sous la garde d'une jeune conservatrice très moderne et soucieuse d'éclairer le contexte historique, si mal connu des Argentins eux-mêmes....

Nous continuerons notre journée en visitant les alentours, à l'aspect très français, de l'Instituto Nacional Sanmartiniano, installé dans le même quartier de Palermo, sur plaza Grand-Bourg, dans une réplique de la maison que San Martín acheta près de Paris, à Evry, qui est aujourd'hui une grosse préfecture mais était à cette époque un tout petit village maraîcher de 500 âmes (San Martín aimait par-dessus tout vivre à la campagne ou au bord de la mer, loin de l'agitation de la grande ville).
La photo ci-dessus a été prise sur cette place et nous montre un visage "différent" de San Martín, dans une tentative honorable (mais politiquement ratée) du fondateur de l'Institut (5) d'humaniser le héros "pétrifié" dans le bronze depuis 1880.
Nous poursuivrons notre périple sur les traces de San Martín dans le quartier de Retiro où se trouve la place qui porte son nom et où il est bel et bien coulé dans le bronze (6), sur l'un des plus beaux espaces verts de Buenos Aires, avec des arbres aussi somptueux que des cathédrales.
Nous achèverons ce parcours thématique à la Basilique Nuestra Señora de la Merced qui accueillit probablement (7) la messe de mariage de San Martín et Remedios de Escalada le 19 septembre 1812 (voir mon article du 19 septembre 2012 à ce sujet).

Le programme de la journée se clôturera sur un "espace artistique", comme on dit dans les Plenarios de la Academia Nacional del Tango : une visite, en français s'il vous plaît, du très intime Museo Argentino del Titere (musée de la Marionnette), fondé par la marionnettiste Sarah Bianchi (voir mon article du 9 juillet 2010 à l'occasion du décès de l'artiste), suivie d'un spectacle (muet et musicalisé) sur des thèmes très tangueros. Un espace artistique rien que pour nous, en plein San Telmo... Les marionnettes sont une des grandes traditions artistiques de Buenos Aires, comme c'est le cas aussi à Lyon et à Bruxelles...

La journée s'achèvera tôt, vers 20h30, pour laisser un ample temps au repos, puisque le lendemain, nous ferons une excursion hors de la capitale...

5ème jour : Luján, à 70 km à l'ouest de Buenos Aires, la première ville qui se rallia à la Junta révolutionnaire de mai 1810.

Luján n'est pas seulement une ville révolutionnaire. C'est aussi la cité mariale la plus importante d'Amérique du Sud. Sa basilique, qui vous rappellera, en rose, la cathédrale de Chartes (ville avec laquelle Luján est jumelée), abrite la statue, réputée miraculeuse, d'une Vierge devenue patronne majeure du pays (8).
Très bel objet cultuel de facture brésilienne, datant du 17ème siècle, cette petite image vêtue de blanc et de bleu (les couleurs nationales) est nimbée d'une histoire merveilleuse, où se mêlent histoire et légende qui nous parlent d'un saint esclave noir, thème clé des dits et non-dits de l'élaboration de l'identité nationale : dans l'Argentine indépendante, que sont donc devenus les noirs qui y furent déportés au 17e et 18e siècles ?
Et Luján a aussi une vie très intense en dehors des pèlerinages (en cela, ce n'est ni Lourdes, ni Banneux, ni Knock...). Car Luján est une cité typique de la pampa, avec sa rivière homonyme bordée de guinguettes pleines de vie le week-end. Elle possède un beau patrimoine architectural et culturel : la grosse bourgade a en effet conservé l'intégralité de sa plaza mayor, en pur style colonial. Sur cette place qui constitue, comme il est d'usage, le parvis de la basilique, on trouve deux musées que nous visiterons.
En premier lieu (photo ci-dessous), le musée de la Révolution de 1810, dans l'ancien Cabildo mitoyen avec la Maison du Vice-Roi (le vice-roi Santiago de Liniers). On y conserve de nombreux objets et documents liés aux Invasion Anglaises (1806-1807), au vice-règne de Liniers (1807-1809) et à San Martín lui-même, qui y passa plusieurs fois dans ses allées et venues incessantes entre Mendoza ou Santiago du Chili et Buenos Aires (1817-1818). Les jardins sont une petite merveille où il faut prendre le temps de flâner tranquillement...
Sur un autre côté de la place, on trouve le Musée des Transports. Son exposition permanente nous mènera de ce far-west argentin que fut la pampa jusqu'aux premières années du 20e siècle à d'improbables albums de Tintin avec un hydravion, une brouette et deux chevaux empaillés qui nous racontent d'incroyables épopées argentines qu'en Europe nous ignorons totalement.

Ce mercredi sera donc une journée à la campagne, avant que, à la nuit tombée, nous retournions chupar el asfalto, comme disait le chanteur et bandonéoniste Rubén Juárez (reprendre un bon bol d'asphalte, entendez de vie citadine) et passer la nuit dans notre hôtel de la rue Salta, dans le quartier de Monserrat.

Pour aller plus loin (sites en espagnol uniquement) :
Visitez le site Internet de la Ville de Luján (Province de Buenos Aires, il y a d'autres Luján en Argentine)
Voyez aussi mon article Retour sur images du 27 septembre 2009 sur l'excursion que j'y ai faite en compagnie de Luis Alposta, sa femme et leur fille.

Sur José de San Martín :
Reportez-vous à l'ensemble de mes articles le concernant en cliquant sur le mot-clé correspondant dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search ci-dessus (dès la dernière semaine de ce mois d'octobre, cette rubrique s'enrichira de quelques articles sur la biographie que je prépare)
Faites le voyage de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) et visitez la Casa San Martín, où le héros est mort le 17 août 1850, un musée argentin (gratuit) sur la Côte d'Opale, face à l'Angleterre et à quelques dizaines de kilomètres de la frontière belge (voir à ce propos mon article n° 2700 du 10 août 2012)
Ecoutez mes interviews en français et en espagnol données en août dernier au micro de Radio Nacional à Buenos Aires. Magdalena Arnoux, pour les émissions en français, et Leonardo Liberman, pour les émissions en espagnol, m'ont fait rendre compte de mon intérêt pour cette haute figure de leur histoire, chacun sur des thématiques distinctes, celles qui leur sont personnellement chères.
Ajout du 25 octobre 2012 : reportez-vous également à mon article de présentation de ma biographie du général, San Martín, à rebours des conquistadors, à paraître en décembre aux Editions du Jasmin (en souscription jusqu'au 3 décembre 2012).

Luján, le Cabildo et la Casa del Virrey


(1) Jugez-en vous-mêmes : il était franc-maçon ou au contraire, il était un pieux catholique ; il n'était pas le fils de ses parents mais un métisse adopté on ne sait comment par ce couple d'hidalgos léonnais (ben voyons !) ; il était un espion anglais (encore plus fort !) ; il a trompé sa femme avec la future énième maîtresse de Bolívar (tant qu'à faire !) et elle aussi, avec un des collaborateurs de son mari qui devait être assassiné quelques années plus tard et se trouvait à Lima avec San Martín pendant qu'elle était censée faire des galipettes avec lui à Buenos Aires (ça alors !) sans parler de la ribambelle d'enfants illégitimes qui vont avec ces fantaisies sentimentales... Il s'en serait mis plein les poches (ignobles ragots d'un contre-amiral écossais complètement paranoïaque). Essayez de comprendre dès lors pourquoi par ailleurs, on lui fait la réputation d'avoir vécu 25 ans dans la gêne (ce qui est tout aussi faux) et de s'être fait entretenir à Paris par un ancien banquier milliardaire qui devait, après sa mort en 1842, inspirer à Alexandre Dumas le personnage flamboyant de Monte-Cristo ! Et je passe sur sa prétendue addiction à l'opium (plutôt croquignol, non ?) et sur son invraisemblable penchant pour la bouteille, inventé par un pseudo-historien péruvien quelques années après sa mort quand le calomnié ne pouvait même plus se défendre, avec une confusion délibérée avec Joseph Bonaparte, le roi usurpateur de la couronne espagnole de 1808 à 1814, que ses sujets rebelles avaient surnommé Pepe Botella (Jojo La Bouteille). Et dire qu'il faut que certains historiens fassent en Argentine des conférences entières pour démonter une à une chacune de ces insondables idioties...
(2) Il n'y avait pas d'écoles pour les petites filles en Amérique du Sud à cette époque-là alors et de surcroît, il y régnait partout la guerre civile qui avait succédé aux guerres d'indépendance. Une guerre civile à laquelle San Martín s'était juré de ne jamais participer... Il valait donc mieux pour lui, qui avait quitté les affaires publiques en 1822, de confier sa "petiote" à un couvent belge.
(3) Ce qui m'a beaucoup touchée lors de ma récente visite au musée et à la caserne (ça fait tout un) a été de constater que les militaires sont bel et bien fidèles à l'esprit du fondateur : ces hommes utilisent la bibliothèque historique qu'abrite le musée. Or San Martín était aussi un fondateur de bibliothèques (à Mendoza, à Santiago, à Lima...) et un lecteur assidu, qui avait toujours avec lui quelques livres, même en campagne, et qui allait lui-même pendant le bivouac, dans les temps de repos, faire la lecture des classiques à ses soldats, qui étaient souvent illétrés en Espagne et analphabètes en Amérique du Sud, où, sous l'Ancien Régime, la lecture et l'écriture étaient légalement un privilège des blancs. Une situation sociale que San Martín ne supportait pas.
(4) Vous en verrez d'autres allant et venant en battle-dress dans toute la caserne et ses jardins, d'un élégant pavillon à un autre élégant pavillon...
(5) José Pacífico Otero (1874-1937), qui vint faire sa thèse d'histoire à la Sorbonne pendant la première guerre mondiale. Au cours de mes recherches, j'ai retrouvé le texte de cette thèse sur la Révolution de 1810. En la lisant, on reste stupéfait de constater qu'en 1917, un étudiant quarantenaire pouvait encore soutenir à la Sorbonne une thèse d'histoire qui n'était guère mieux que le récit linéaire d'une succession d'événements uniquement attribués à une poignée de grands hommes. Bref, une histoire qui était déjà totalement dépassée par l'Ecole des Annales surgie dans les années 1890, une histoire qui reste encore aujourd'hui, en Argentine, un modèle pour bien des ouvrages à destination du grand public.
(6) Cette statue équestre est visible sur l'une des vignette qui rythment la Colonne de droite de ce blog.
(7) En tout cas, c'est la thèse que je défends dans mon prochain livre, contre la légende généralement admise et qui veut qu'il se soit marié à la cathédrale. Une légende que je crois être une création postérieure pour grandir encore le personnage, en même temps qu'on (l'oligarchie pro-britannique rivadavienne des années 1860 et suivantes) le vide de sa substance politique... Comme ça, ni vu ni connu, je t'embrouille, on fait semblant d'honorer le Padre de la Patria.
(8) Luis Alposta, entre autres poètes, a consacré à cette Vierge des vers, devenus tango grâce à une partition de Juan Tata Cedrón : Virgencita Criolla. Je les ai traduits dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers la patrimoine littéraire du tango, Tarabuste Editions, p 32.

vendredi 9 juillet 2010

Sarah Bianchi est décédée à l’âge de 88 ans [Actu]

Sarah Bianchi (photo Sandra Cartasso)

Sarah Bianchi était une grande marionnettiste argentine. Elle faisait figure de pionnière dans cet art qui est si apprécié à Buenos Aires et dans tout le pays. Il y a près de deux ans elle avait participé à la nuit des Musées de Buenos Aires, animant un spectacle où Lucrecia Merico était venue chanter, accompagnée par Daniel Pérez, au Museo Argentino del Titere, le musée de la marionnette de Buenos Aires qu’elle avait fondé en 1983 et où est dressée la chapelle ardente (voir mon article 15 novembre 2008 - tout en bas, ainsi que celui du 17 octobre 2008 sur le programme de Lucrecia Merico ce mois-là).

Elle était née à Buenos Aires le 2 mai 1922 et elle était professeur de lettres. Elle est décédée le 6 juillet à l’hôpital Anchorena où elle était soignée depuis plusieurs jours pour différentes complications cliniques dues à son grand âge. Sa dépouille a été incinérée au crématorium de la Chacarita, le lendemain.

Pour en savoir plus :
Consulter son curriculum vitae sur le site du Museo Argentino del Titere (Piedras 905)
Lire l’article de La Nación, où vous pouvez aussi voir une vidéo de l’artiste en pleine action
Lire l’article de La Voz (essentiellement repris de la dépêche de l’agence Telam)
Lire le témoignage du cinéaste Emiliano Romero qui a signé un documentaire de Sarah Bianchi dans La Mañana de Córdoba

mercredi 23 juin 2010

Les Editions du Jasmin au Salon du Livre de Sartrouville [Disques & Livres]

Les éditions du Jasmin, qui ont édité en mai de cette année mon recueil bilingue intitulé Barrio de Tango (comme le blog), seront présentes au Salon du Livre, qui aura lieu ce dimanche 27 juin de 10h à 18h au Parc du Dispensaire. Entrée libre et gratuite.

Le salon de Sartrouville est consacré à la littérature jeunesse dont le Jasmin est un des très bons acteurs sur le marché français actuel. Ce qui n'empêche pas cette maison de s'ouvrir à d'autres secteurs comme les livres bilingues, les biographies, les cultures du monde...

Le thème du Salon cette année est "Les marionnettes du Monde". Il faut espérer qu'ils n'auront pas oublié l'Argentine, grand pays du théâtre de marionnettes comme vous pouvez le constater à travers deux articles que j'ai récemment publiés au sujet de spectacles donnés à Buenos Aires, l'un cet été, le 8 février, sur 1810 à la Manzana de las Luces et l'autre, le 16 juin 2010, sur le festival de marionnettes qui s'est tenu dans la capitale argentine ces derniers jours.

C'est la 9ème édition de ce salon qui a rassemblé l'année dernière 2000 visiteurs. C'est aussi la seule manifestation de cette catégorie dans le département des Yvelines.

Sur le stand du Jasmin, vous trouverez Barrio de Tango et beaucoup d'autres nouveautés, essentiellement des livres pour enfants (Barrio de Tango sera sans doute l'une des rares exceptions à cette règle). Si vous cliquez sur le mot-clé Jasmin en haut, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, vous pourrez ouvrir d'autres articles sur d'autres salons auxquels a participé cette jeune maison indépendante française et pour l'annonce desquels j'ai quelque peu détaillé les nouveautés en question. Sur place, vous pourrez faire connaissance avec l'éditeur et lui faire partager votre passion du tango. C'est en train de devenir la sienne...

Bon dimanche à tous. Il fera beau et chaud, nous promet Météo France.

Pour en savoir plus sur le livre, cliquez sur les raccourcis rassemblés tout en haut de la Colonne de droite, dans la rubrique Agenda de Barrio de Tango.
Pour en savoir plus sur l'éditeur, connectez-vous à son site (que vous trouverez aussi en lien permanent dans la Colonne de droite, dans la partie inférieure, dans la rubrique Cambalache casi ordenado).
Pour en savoir plus sur le salon, connectez-vous à la page que la Ville de Sartrouville lui consacre sur son site.

mercredi 16 juin 2010

Ouverture du Festival de Marionnettes pour les adultes [à l’affiche]

C'est la 7ème édition du Festival de Marionnettes qui s'ouvre ce soir à Buenos Aires, à 20h, au Centro Cultural Caras y Caretas, avec l'actrice et marionnettiste Carolina Erlich, avec la participation du quatuor uruguayen El Club de Tobi, dont je vous avais déjà parlé au sujet d'une de leur prestation au CAFF...

Des compagnies du Brésil et du Chili participent aussi à la fête, qui est celle d'un art particulièrement vivant et populaire à Buenos Aires. Pendant l'été, une marionnettiste avait d'ailleurs présenté un spectacle sur les grands héros et les faits d'armes de la Révolution de 1810, En 1810, dont je vous avais parlé dans un article du 8 février 2010.

Le festival se développera sur quatre salles de spectacle différentes. Quelques soirées sont gratuites. Il y aura même un stage pour apprendre à manier les pantins.

A cette occasion, le quotidien Página/12 consacre l'article majeur de son supplément culturel à la manifestation et interviewe quatre artistes, Carolina Erlich, Julián Rodríguez Rona, Julia Nardozza et Verónica Guerin.
A lire sur le site du journal.

lundi 8 février 2010

En 1810 : des marionnettes pour évoquer la Revolución de Mayo [à l’affiche]

En 1810 est un spectacle de marionnettes conçu et interprété par Eva Halac. Il se donne à 18h les samedis et dimanches de février dans le patio de la Manzana de las Luces, le domaine historique des Jésuites à Buenos Aires, rue Perú au numéro 272 (après l’expulsion des Jésuites hors de l’empire espagnol, le domaine est passé à de nombreux propriétaires privé jusqu’à être transformé finalement en un vaste centre culturel public, dont la programmation reste très fidèle à la tradition instituée en Argentine par les Pères de la Compagnie).

Le spectacle de marionnettes est un art très développé en Argentine. La capitale compte plusieurs théâtres de marionnettes (à fils ou à gaine), de grands artistes dans ce domaine et même un musée, qui, en 2008, avait accueilli un concert de la chanteuse Lucrecia Merico pendant La Noche de los Museos en octobre (voir mes articles sur cette manifestation annuelle en cliquant sur le raccourci portant cet intitulé, dans la rubrique Les grands rendez-vous du tango, dans la partie haute de la Colonne de droite).

En 1810 raconte donc la période historique qui s’étend des invasions anglaises en 1806 aux journées de mai 1810 qui virent les Portègnes déclarer l’indépendance des Provinces du Río de la Plata contre la puissance coloniale espagnole, alors que l’Europe était ravagée par les guerres napoléoniennes et que les Français venaient de déposer le roi Ferdinand pour installer sur le trône d’Espagne un des frères de Napoléon, que les Espagnols eurent vite fait de surnommer Pepe Borracho (Pepe l’ivrogne). La pièce, destinée à un public familial, avait été conçue initialement en 2006 pour le patio du Cabildo, mais celui-ci étant actuellement en travaux, c’est donc dans le cloître de la Manzana de las luces (le pâté de maisons des Lumières) que la pièce peut-être vue (ceci dit, c’est dommage : c’est au Cabildo que fut prononcée la déclaration d’indépendance, le Cabildo qui abrite aujourd’hui le musée de la Revolución de Mayo !).

A l’occasion de cette série de représentations, Página/12 publie une interview de la marionnettiste et dramaturge dont voici quelques extraits :

“Qué le pasó a la gente en ese momento y cómo lo vivían. Con eso armo una historia con personajes que atraviesan su aventura junto a todos los próceres en esta estructura teatral de encuentros personales, que se suceden a la manera de los títeres, con la irreverencia que sólo pueden tener los títeres”
Eva Halac, citée par Página/12

"Qu’est-ce qui est arrivé aux gens à ce moment-là et comme l’ont-ils vécu... A partir de ça, je monte une histoire avec des personnages qui traversent leur aventure à côté de tous les grands de la terre dans cette structure théâtrale de rencontres personnelles, qui se passe à la mode des marionnettes, avec l’irrévérence que seules peuvent avoir les marionnettes".
(Traduction Denise Anne Clavilier)

"Hay personajes que a mí me fascinan en la historia como Liniers, sobre el cual escribí una obra (Español para extranjeros), y ese interregno entre lo que fue España y lo que llegó a ser después las Provincias Unidas me parece una época fabulosa, donde todo era posible. Donde se imaginaba el país. A mí siempre me pareció que las épocas de imaginación son fabulosas. Esos personajes me fascinan. Esos hombres y mujeres que vivieron en aquel momento e imaginaban el futuro, donde no todo era presente" [...]

"Il y a des personnages qui me fascinent dans l’histoire comme Liniers (1), sur lequel j’ai écrit une pièce (Espagnol pour les étrangers), et cet interrègne entre ce qui fut l’Espagne et ce qui est devenu ensuite les Provinces Unies me semble une époque fabuleuse, où tout était possible. Où l’on imaginait le pays. Il m’a toujours semblé que les époques d’imagination étaient fabuleuses. Ces personnages me fascinent. Ces hommes et ces femmes qui ont vécu à ce moment-là et imaginaient le futur, où tout n’était pas encore là" [...]
(Traduction Denise Anne Clavilier)

"Me parece que algo de eso quizá se perdió, sin duda porque los tiempos cambiaron, pero aquel espíritu romántico e idealista me parece que siempre va a quedar y es redentor. Y es bueno saber que existió no hace mucho. Hay algo en esa genealogía que habla de nosotros, y a mí me resulta sumamente divertido. Y hago esto para sumar a esas historias que cuentan las maestras, porque de alguna manera la patria quedó en el ámbito escolar, en la primaria (risas), con esos próceres de papel crêpé. Y si yo les rindo homenaje a algunos, ¡es a esos personajes de papel crêpé! Al cruce de los Andes dibujado en una cartulina, a ese Cabildo recortado del papel glacé..."

"Il me semble que quelque chose de cela peut-être s’est perdu, sans doute parce que les temps ont changé mais l’esprit romantique et idéaliste de ce temps-là, il me semble qu’il demeurera toujours et qu’il est salvateur. Et c’est bon de savoir qu’il a existé il n’y a pas longtemps. Il y a quelque chose dans cette généalogie qui parle de nous, et moi je trouve ça extrêmement drôle. Je fais ça pour rassembler toutes ces histoires que racontent les institutrices, parce que, d’une certaine manière, la patrie est restée sur les bancs de l’école, de l’école primaire (rires), avec ces héros en papier crépon. Et si je rends hommage à quelques uns, c’est à ces personnages de papier crépon ! A cette traversée des Andes (2) dessinée sur une carte de géographie, à ce Cabildo découpé dans du papier glacé..."
(Traduction Denise Anne Clavilier)

“Mi intención era rescatar los mitos, que los tuvimos que levantar del piso, limpiarlos y volverlos a colocar [...] Porque los mitos son los que hacen a la identidad, son una ficción necesaria. La patria misma es una ficción necesaria. Es una necesidad de comunión con el pasado para tener una historia en común. Tenemos derecho a tener una historia en común. No importa si es verdad o no, porque la verdad es imposible. Me parece que en los mitos hay mucha verdad, pero una verdad de comunidad, una verdad social. Son un resabio de muchas historias”

"Mon intention, c’était de sauvegarder les mythes, ceux qu’il fallait ramasser par terre, nettoyer et remettre en place [...] Parce que les mythes sont ce qui forge notre identité, ils sont une fiction nécessaire. La patrie elle-même est une fiction nécessaire. C’est une nécessité de communion avec le passé pour avoir une histoire en commun. Nous avons le droit d’avoir une histoire en commun. Peu importe que ce soit la vérité ou pas, de toute façon, la vérité est impossible. Il me semble que dans les mythes, il y a beaucoup de vérité, mais une vérité de communauté, une vérité sociale. Ils sont la longueur en bouche de nombreuses histoires.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

"El títere siempre fue un pregonero de historias, siempre cumplió ese rol, un rol social: de pueblo en pueblo ir contando los acontecimientos históricos, cómo era la mirada popular sobre esos acontecimientos. El guiñol (tipo de títere) es característico de este tipo de retablos de historia. Contó la Revolución Francesa, por ejemplo. Además, es un género que amo desde hace mucho tiempo. Mi madre era titiritera, en mi casa se hacían títeres. En casa había un retablo y venían a casa Javier Villafañe, Sergio De Cecco, Ariel Bufano, y para mí siempre fue un género no específicamente infantil, sino popular, como el circo. Son, como decía De Cecco, las malas artes. Toda la vida hice títeres para adultos, y éste es uno de los pocos espectáculos que hice para toda la familia. La idea es que lo puedan entender y disfrutar los chicos porque estoy hablando de la Revolución de Mayo, que es una de las cosas más complejas de entender porque estamos hablando de la Independencia de nuestro país" (risas)

"La marionnette a toujours été un(e) crieur(se) d’histoires (3), elle a toujours tenu ce rôle, un rôle social : aller de village en village en racontant les événements historiques, selon ce qu’était le regard du peuple sur ces événements. Guignol (un type de marionnettes) est caractéristique de ce type de scène historique. Il racontait la Révolution française par exemple. Qui plus est, c’est un genre que j’aime depuis très longtemps. Ma mère était marionnettiste, à la maison, on fabriquait des marionnettes. A la maison, il y avait un théâtre de marionnettes et [des marionnettistes] comme Javier Villafañe, Sergio De Cecco, Ariel Bugano venaient à la maison. Et pour moi ça a toujours été un genre pas spécialement enfantin mais plutôt un genre populaire, comme le cirque. Ce sont, comme disait De Cecco, les arts mal famés. Toute ma vie, j’ai fait des marionnettes pour les adultes et celui-ci est l’un des mes rares spectacles que j’ai faits pour toute la famille. L’idée est que les enfants puissent comprendre et s’amuser parce que c’est de la Révolution de Mai que je parle et que c’est une des choses les plus complexes à comprendre parce que nous parlons là de l’Indépendance de notre pays" (rires). (4)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

A une question du journaliste sur son engagement auprès du public scolaire et de l’enfance défavorisée (5), l’artiste répond :

"Creo que la cultura es fundamental en esos términos, donde hay un disfrute, donde aparece todo: lo didáctico sumado a lo divertido, a algo nuevo, a una imaginación distinta. Sobre todo porque es raro creer que hay una realidad y una ficción. Es ingenuo. El hecho de poder ver teatro, poder acercarse a su mundo, te permite darte cuenta de que es más amplio el campo de posibilidades que tenés, y que la imaginación es poderosa [....] Me parece que si nunca te acercás a la idea del juego, a la ficción, a una ventana que te muestre un mundo distinto nunca vas a creer que esto es posible. La libertad es ésa, es tener abierta una ventana. El arte te permite necesitar menos cosas, y tener un mundo espiritual mucho más amplio para poder disfrutar de la vida. Vivir es una gran aventura y un gran misterio, que no tiene una explicación real. Entonces, cuánto más vale la ficción, si es casi un misterio igual a la vida."

"Je crois que la culture est fondamentale en ce sens qu’il y a là un profit d’où tout surgit : ce qui s’apprend joint à ce qui divertit, quelque chose de nouveau, une imagination différente. Surtout parce que c’est bizarre de croire qu’il y a la réalité d’une part et la fiction de l’autre. C’est naïf. Le fait de pouvoir voir du théâtre, de pouvoir aller vers son monde, te permet de te rendre compte de ce que le champ des possibilités que tu as est plus vaste et que l’imagination est puissante [...]. Il me semble que si tu ne tournes jamais autour de l’idée du jeu, de la fiction, d’une fenêtre qui te montre un monde différent, tu ne pourras jamais croire que c’est possible. La liberté, c’est cela : avoir une fenêtre ouverte. L’art te permet d’avoir besoin de moins de choses et d’avoir un monde intérieur (6) beaucoup plus vaste pour pouvoir savourer la vie. Vivre est une grande aventure et un grand mystère qui n’a pas d’explication réaliste. Alors, meilleure est la fiction, plus elle est un mystère qui vaut bien la vie."
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour en savoir plus : lire l’article de Página/12
Sur les grandes dates de l'histoire dans la région, voir mon article Vademecum historique, dans la rubrique Petites chronologies, en partie centrale de la Colonne de droite (au dessus de la Trousse lexicale d'urgence).

(1) Liniers, dit Santiago de Liniers y Brémond, né Jacques Antoine Marie Liniers-Brémond le 25 juillet 1753, à Niort (France), aristocrate et officier français qui fut élu par le Conseil de la Couronne de Buenos Aires Vice Roi des Provinces du Río de la Plata, un libéral qui exerça cette fonction de 1806 à 1809, date à laquelle il fut révoqué par Madrid, assailli par l’armée française et où l’on croyait voir en lui un espion au service de Napoléon. Liniers a laissé le souvenir d’un très grand Vice-roi, parce qu’il a joué un rôle actif lors des deux tentatives d’invasion par les Anglais et parce qu’il a mené une politique libérale, qui répondait aux voeux de l’élite de la société coloniale, cette élite qui allait déclarer l’indépendance le 25 mai 1810, en profitant de l’usurpation du trône d’Espagne par Joseph Bonaparte pour refuser d’obéir plus longtemps à la Péninsule. Liniers est mort le 28 août 1810 à Córdoba en Argentine, fusillé par les contre-révolutionnaires de cette ville. Un quartier de Buenos Aires porte son nom (à l'ouest de la ville).
(2) La Traversée des Andes, épisode particulièrement glorieux des guerres d’indépendance et de la geste du libérateur de la patrie, le Général San Martín, le grand héros national de cette période.
(3) Titere est du masculin en espagnol, marionnette du féminin en français. Voir ma traduction du tango Pregonera sur le
site de Gisela Passi et Rodrigo Rufino en ce moment.
(4) Le rire souligne peut-être que l’indépendance du pays est toujours à conquérir à l’heure qu’il est, puisque le droit international n’a pas réglé la question de la dépendance économique.
(5) L’interviewer parle de comedores. Les comedores sont les cantines, générament scolaires (mais il en existe aussi pour les adultes dans certains quartiers de Buenos Aires). En Argentine seuls les enfants pauvres fréquentent les cantines, qui pour cette raison continuent à fonctionner pendant les vacances scolaires, même lorsque les écoles sont fermées. Elles ont fonctionné même pendant la fermeture des écoles pour cause de grippe A en juillet dernier. En fait, les comedores sont des restaurants sociaux où les enfants peuvent avoir au moins un repas complet par jour. En 2008, le gouvernement de la Ville de Buenos Aires avait suscité la colère des travailleurs sociaux et des enseignants en remplaçant, sous des arguments pseudo-diététiques, la viande du déjeuner des gamins par une préparation de soja que les écoliers refusaient d’ingurgiter (voir
mon article du 27 septembre 2008 à ce propos). En 2008, le conflit était profond entre les producteurs de soja et le Gouvernement national auquel celui de Buenos Aires est opposé. Le soja, à la rentabilité gigantesque à l’exportation, occupe désormais plus de 50% des terres arables en Argentine. L’expansion de sa culture a poussé des éleveurs de plus en plus nombreux à abandonner l’élevage extensif traditionnel pour un élevage intensif qui donne une viande moins goûteuse et plus grasse mais ne fait en aucun cas diminuer à l’achat les prix de la viande ni celui, terriblement élevés, des produits laitiers. L’expansion du soja pousse à la déforestation dans le nord du pays (forêt subtropicale) et se fait au détriment des populations locales et en particulier des Indiens Guaranis qui vivent toujours, en petits groupes, dans la forêt. Cette évolution du monde agricole est une catastrophe écologique qui livre des territoires entiers à des sécheresses jamais connues suivies d’inondations dévastatrices et diminue la diversité biologique. Elle provoque un grave déséquilibre de l’économie et des capacités d’autosuffisance alimentaire du pays au détriment des plus défavorisés bien entendu.
(6) En Argentine, l’adjectif espiritual ne comporte dans des contextes très particuliers la dimension religieuse que l’adjectif spirituel a toujours en français. Il s’applique la vie de l’intellect et du coeur, de l’intelligence et des émotions tout ensemble et ne prend sa dimension religieuse que dans des contextes techniques (homélies, exégèse, théologie).