dimanche 10 avril 2011

Très émouvante interview d'un enfant de disparus qui rejetait ses véritables parents [Actu]

A la mémoire de Marcelo Villegas, qui aurait aimé lire une telle interview...

Une de ce matin

On ne le connaissait jusqu'à présent, depuis septembre 2010, que comme "le petit-enfant n° 102", c'est-à-dire la 102ème personne à avoir été enlevée en bas âge à sa famille après l'arrestation arbitraire et la disparition de ses parents, María Graciela Tauro et Jorge Daniel Rochistein, disparus en juillet 1977.

Au moment où il a été identifié, il travaillait dans l'Armée de l'Air. C'est le tout premier de ces personnes recherchées qui ait embrassé la carrière militaire alors que la marine et l'aviation ont été les principales sources de recrutement de bourreaux et de complices de la Dictature. Pendant 10 ans, il s'était opposé à ce qu'on pratique sur lui des tests ADN, un peu comme le font aujourd'hui les enfants Noble Herrera, fils et fille adoptifs de la patronne du groupe Clarín. Comme la justice le fait actuellement vis-à-vis d'eux, sa demeure a été fouillée, on lui a confisqué des vêtements sans résultat d'abord (comme avec les enfants Noble). Il a même été arrêté dans la rue et conduit au commissariat pour y être contraint à remettre certains des vêtements qu'il portait aux techniciens de la police scientifique, etc.

Lorsque son identification a été révélée à la presse en septembre, l'association Abuelas de Plaza de Mayo a signalé qu'il refusait d'accepter sa nouvelle identité et sa vraie famille et avait protégé son anonymat (voir mon article du 21 septembre 2010 à ce sujet). Il y a quelques jours, le même homme a pris contact avec la rédaction de Página/12 en demandant à être interviewé : il voulait remercier Abuelas de son accueil, du respect que ces militantes lui ont porté, de l'aide que cela fut pour lui pour reconstruire complètement sa vie sur ce secret de sa naissance.

Avant, il pensait que l'objectif de Abuelas était la revanche et la vengeance et maintenant il sait que ça n'a rien à voir. Auprès de Abuelas, il a trouvé du soutien et de la chaleur humaine. Il continue à porter son nom d'adoption, il s'appelle Ezequiel Vázquez Sarmiento, mais il a changé pas mal de ses opinions politiques...

Le père adoptif, qui s'était approprié cet enfant qui n'était pas le sien, est lui-même un aviateur militaire. Il est en fuite depuis 2003 (l'année d'arrivée au pouvoir de Néstor Kirchner qui relança la machine judiciaire contre les crimes de la Dictature). Le fils, lui, vit toujours à Buenos Aires avec sa mère adoptive qui n'est pas inquiétée pour le moment par la justice (sans doute parce qu'il est prouvé qu'elle ne savait rien), sa femme, ses deux filles, sa grand-mère maternelle et une tante biologiques. C'est la Ministre de la Défense, Nilda Garré (nommée en décembre dernier à la Sécurité, ou à l'Intérieur pour utiliser des catégories européennes), qui avait annoncé au jeune homme sa véritable identité un jour dans son bureau du Ministère où elle l'avait convoqué, plutôt qu'un juge comme c'est le cas pour les civils. Par la suite, le jeune homme nous apprend que la Présidente elle-même est intervenue dans le difficile chemin psychologique qui a suivi cette révélation terrible. Il y a environ trois semaines, Cristina Fernández a en effet reçu une délégation de Abuelas pour marquer une distinction remise à l'ONG par l'UNESCO : il a accepté de faire partie de la délégation avec d'autres enfants identifiés parce qu'on n'a pas tous les jours l'occasion d'avoir une audience présidentielle et il a été stupéfait de voir cette femme, écrasée par les responsabilités, les soucis et son récent veuvage, s'intéresser à lui d'être humain à être humain, avec respect, sans démagogie (voir également l'hommage qu'un enfant identifié a rendu en novembre dernier au défunt président Néstor Kirchner, dans mon article du 19 novembre 2010).

Voici ce qu'il dit de la première audience, celle qu'il a eue avec son ministre de tutelle :

“Fue un diálogo muy ameno, ella me quería adelantar y contar el resultado del ADN, pero conteniéndome y respetando mi postura. Me dijo que conocía mi caso y estuvimos hablando un montón, hasta de temas familiares. Fue la primera persona con la que tuve una charla así”.
Ezequiel Vázquez (Página/12)

Ce fut un dialogue plein d'aménité, elle voulait me donner la primeur de l'information et me présenter le résultat de test ADN, mais en me soutenant et en respectant ma position. Elle m'a dit qu'elle connaissait mon dossier et nous avons beaucoup parlé, et même d'affaires de famille. C'est la première personne avec qui j'aie eu une telle conversation.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Cinq jours après la conférence de presse de Abuelas, le jeune homme prenait contact avec sa grand-mère maternelle et sa tante et partait les rencontrer, là où elles vivaient, à Mar del Plata :

“Bajé del avión y en el aeropuerto me esperaba mi tía, la reconocí porque era la única mujer que estaba llorando”.
Ezequiel Vázquez (Página/12)

Je suis descendu de l'avion et dans l'aéroport, la tante m'attendait. Je l'ai reconnue parce que c'était la seule femme qui était en pleurs.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Puis ce fut le voyage de la tante et de la grand-mère à Buenos Aires pour connaître la famille d'Ezéquiel, et en particulier la mère adoptive, que le jeune homme continue à désigner comme le font tous les Argentins comme "mi mama" ou "mi vieja", un terme très affectueux difficile à traduire en français ou l'argot "ma vieille" est très peu respectueux.

“Apenas las saludó, mi mamá se puso a llorar y mi tía y mi abuela biológica la abrazaron, la consolaron. Eso para mí fue muy fuerte. Ellas no tenían rencor ni bronca.”
Ezequiel Vázquez (Página/12)

Elle les avait à peine saluées que ma mère s'est mise à pleurer et ma tante et ma grand-mère biologique l'ont prise dans leurs bras et l'ont consolée. Cela a été très fort pour moi. Elles n'avaient pas de rancoeur ni de rage.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Qué les dijiste a tus hijas?
–Son chicas. La más grande tiene ahora seis años. Cuando en noviembre fuimos a festejar mi cumpleaños a Mar del Plata, estaban mis primas, sus hijas. Mi hija más grande me dice “ahora tengo más primas”. Yo sólo les dije: “Ella es la abuela Nely, ella es la tía Pato”, creo que es difícil de entender. Aunque ellas lo tomaron como algo natural.
–¿Cómo te enteraste de que no eras hijo biológico de quienes pensabas que eran tus padres?
–Me enteré en 2001. Hablando con mi mamá, antes de que me llegara la notificación policial. Yo tenía 24 años, estudiaba Economía. Tengo toda la carrera cursada en El Salvador, pero al final dije no, esto es una mentira...
–Ah... y estudiaste Derecho, que es algo serio
–(Se ríe.) Bueno, eso dejémoslo para otro momento. Ella me contó que yo no era hijo biológico de ella. Yo le dije “quiero que me cuentes hasta acá”. Ahora seguiremos en la causa judicial.
–¿Por qué no quisiste saber detalles?
–Me contó que ella tampoco sabía de dónde era yo, que con el paso del tiempo se lo planteaba más. Tampoco tuve la necesidad de seguir indagando porque mi principal fuente de preocupación era que no le pasara nada a ella.
–A ella.
–Sí, a ella. En realidad a los dos, pero a ella en primer lugar.
Página/12

- Qu'est-ce que tu as dit à tes filles ?
- Elles sont petites. La plus grande a maintenant 6 ans. Quand en novembre on est allés fêter mon anniversaire à Mar del Plata, il y avait là mes cousines, leurs filles. Ma fille aînée me dit : maintenant, j'ai des cousines en plus. Moi, je leur ai seulement dit : Voici Grand-Mère Nely et voici Tata Pato. Je crois que c'est difficile à comprendre. Encore qu'elles, elles prennent tout ça d'une manière très naturelle.
- Comment t'es-tu rendu compte que tu n'étais pas le fils biologique de ceux dont tu pensais qu'ils étaient tes parents ?
- Je m'en suis rendu compte en 2001. En parlant avec ma maman, avant que n'arrive la convocation de la police. J'avais alors 24 ans et je faisais des études d'économie. J'ai fait toutes mes études à [l'Université] du Saint Sauveur [l'université des jésuites à Buenos Aires. NDT] mais à la fin, je me suis dit non, ce n'est pas vrai, ça...
- Ah ! Et tu as fait des études de droit [aussi] ? C'est un truc sérieux, non ?
- (Il rit) Bon, ça, on en parlera une autre fois. Elle m'a dit que je n'étais son fils biologique à elle. Je lui ai dit : "je ne veux pas en savoir plus". Maintenant, on va reprendre là où en en était avec le dossier judiciaire.
- Pourquoi tu n'as pas voulu connaître les détails ?
- Elle m'a dit qu'elle non plus ne savait pas vraiment qui j'étais et qu'au cours du temps elle se posait de plus en plus de questions. Et puis je n'avais pas non plus besoin d'aller chercher plus loin parce que mon principal souci, c'était qu'il ne lui arrive rien de mal à elle.
- A elle ?
- A elle. Bon, aux deux en fait, mais en premier lieu à elle.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Cómo convivís con el hecho de que quien considerás tu papá está prófugo?
–En su momento se toman decisiones..., yo no lo considero responsable. Yo trabajé en la Fuerza Aérea y conozco la responsabilidad de un cabo principal y más en esa época. Para mí es doloroso. Pero ya con el mote de militar y con la gorra en la cabeza se sabía que mucha alternativa no había.
–¿No creés que se debería presentar y hacerse cargo?
–Por un tema de preservación de él, yo no tengo contacto. Es más doloroso verlo detenido que no verlo.
Página/12

- Comment vis-tu avec le fait que celui que tu considères comme ton père est en fuit ?
- A chaque décision son moment... Je ne le considère pas comme responsable. J'ai travaillé à l'Armée de l'Air, alors je sais de que c'est que la responsabilité d'un caporal chef et plus à cette époque-là. Pour moi, c'est douloureux. Mais bon, avec la coupe militaire et la casquette sur la tête, on savait qu'il n'y avait pas beaucoup de choix.
- Tu ne crois pas qu'il devrait se montrer et prendre ses responsabilités ?
- Pour une question de sécurité pour lui, moi je n'ai pas de contact [avec lui]. C'est plus dur de la voir détenu que de ne pas le voir.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–Haber sabido la verdad de la forma en que haya sido, ¿fue un bien para vos?
–Recién ahora me planteo el hecho de sumar. Lo veo como experiencia de vida. Si no se hubiese judicializado el tema supongo que lo hubiese querido saber antes..., pero hoy por hoy, sí, hoy tengo la suerte de que tanto mi vieja como mi familia biológica son personas maravillosas y por el tema judicial por ahí me perdí de diez años, pero ya está. Para mí es fuerte que me hayan buscado y la forma en que lo hicieron sin querer hacerme daño.
Página/12

- Avoir appris la vérité comme tu l'as apprise, cela a été un bien pour toi ?
- C'est seulement maintenant que je me dis qu'il faudrait faire les comptes. Je vois ça comme une expérience de vie. Si l'affaire n'avait pas été judiciairisée, je suppose que j'aurais voulu l'apprendre avant... mais au jour d'aujourd'hui, oui, j'ai la chance que autant ma maman que ma famille biologique soient des personnes merveilleuses et pour ce qui est du dossier judiciaire, de ce côté-là j'ai perdu dix ans et bon, maintenant c'est là. Pour moi, c'est très important qu'on m'ait recherché et la façon dont ça s'est fait, en voulant ne pas me faire de mal.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Par la suite, la journaliste essaye de le faire parler des aspects politiques de ce crime systématique que fut et que demeure le vol des enfants. Comme vous allez le voir, elle va se heurter à un mur... Ezequiel restera enfermé dans la dénégation.

–¿Qué sabés de tus papás?
–Mi abuela me mostró fotos de cuando Graciela era chica y bebé. Mis tres hijas son fotocopias y si las ponés al lado de una foto de ella, no sabés cuál es cuál. Del lado paterno no tengo parientes cercanos, hay un primo que vive en Estados Unidos y se contactó conmigo. Se preocuparon por mí, pero es un vínculo más lejano.
–Cuando eras chico, ¿sabías que había desaparecidos?
–No. Imaginate que yo tengo 33 años. Fui chico en los ’80, ’90. Acá hubo un quiebre después del 2003, del resurgimiento de los derechos humanos.
–Bueno, pero pasaron cosas antes. Cuando fueron los 20 años del golpe, en 1996, hubo una movilización muy importante, por ejemplo.
–Los noventa fueron despolitizados. La militancia que hay hoy no existía.

- Que sais-tu de tes parents ?
- Ma grand-mère m'a montré des photos de l'époque où Graciela était petite et bébé. Mes trois filles lui ressemblent comme deux gouttes d'eau et si tu les mets à côté d'une photo d'elle, tu ne sais pas qui est qui. Du côté paternel, je n'ai pas de proche parent. J'ai un cousin qui vit aux Etats-Unis et il a pris contact avec moi. On s'intéresse à moi mais c'est une relation plus lointaine.
- Quand tu étais petit, tu savais qu'il y avait des disparu ?
- Non. J'ai trente-trois ans, imagine-toi. J'étais petit dans les années 80 et 90. Ici, la rupture s'est faite après 2003, quand les droits de l'homme ont ressurgi (1).
- Bon, mais il s'est passé beaucoup de choses avant. Quand on a commémoré les 20 ans du coup d'Etat, il y a eu une mobilisation très importante, par exemple...
- Les années 90 étaient dépolitisées. La militance qu'il y a maintenant n'existait pas. (2)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :
lire l'article de une de Página/12 de ce dimanche matin.
Lire l'article de ce matin sur l'identification de la petite-fille n° 103 qui a été annoncée cette semaine (et sur laquelle je n'ai pas eu le temps de faire un article dans Barrio de Tango).

(1) Si les droits de l'homme ont ressurgi, comme il le dit lui-même en faisant allusion aux actions de Néstor Kirchner sans le nommer, c'est bien qu'ils avaient déjà existé. Notamment dans les années 80, lorsque Raúl Alfonsín, avocat de profession et président du retour à la démocratie, a lancé la première série des procès, dont les résultats ont ensuite été mis à terre par les lois d'amnistie mise en place par Carlos Menem dans les années 90. Je trouve que le contenu de la réponse du jeune homme, en forte contradiction avec la réalité politique des années auxquelles il se réfère, est incroyablement révélatrice et du déni dans lequel il se maintenait coûte que coûte à cette époque-là et du dilemme cornélien qui est le sien à présent. Il n'a pas fini d'évoluer, visiblement...
(2) C'est loin d'être totalement exact, même si l'heure était plus aux bénéfices sonnants et trébuchants et aux boursicotages qu'à l'engagement politique. Abuelas travaillait autant qu'aujourd'hui et Madres de Plaza de Mayo aussi. En revanche, comme il n'y avait pas le même appui politique au plus haut niveau, comme il n'y avait plus de procès, on en parlait moins dans la presse et à la télévision, parce qu'il y avait moins de faits d'actualité concrets à se mettre sous la dent, la plume, le micro ou la caméra. Sa réponse montre plus, me semble-t-il, la difficulté du cheminement personnel qui fut le sien qu'une mauvaise foi de sa part. Il est au contraire d'une étonnante franchise. Ces questionnements identitaires vécus par les enfants adoptés de manière frauduleuse travaillent puissamment les artistes argentins actuels qui sont, comme tous les artistes, les médiums de questions qui traversent la société. C'est pourquoi j'ai intégré trois letras (textes de chanson) sur ce sujet dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango (Tarabuste Editions) : Soy de Marcela Bublik (musique de Raúl Garello), une letra écrite en 2004 pour un concours organisé par Abuelas de Plaza de Mayo, Pompeya no olvida de Alejandro Szwarcman (musique de Javier González) et Elogio de la Duda, une valse de Raimundo Rosales (musique de Fernando Tato Finocchi). Demain, au cours du premier café littéraire du lundi après-midi à l'Espace Tango Negro (à Paris), je ferai écouter l'un ou l'autre de ces morceaux, en signe de solidarité humaine, par delà les océans, avec cet homme qui a eu le courage de faire un tel témoignage public.

samedi 9 avril 2011

Nouveau thème pour les Rendez-vous littéraires Tangos d'hier et d'aujourd'hui à l'Académie Esprit Tango [ici]

Le prochain Rendez-vous Tangos d'hier et d'aujourd'hui est fixé au samedi 30 avril à 18h, à l'Académie Esprit Tango, après les vacances de printemps (de zone C) et le long week-end de Pâques, qui sera cette année le seul long week-end d'une saison où les jours fériés tombent bêtement le dimanche...

Académie Esprit Tango, 3 rue des Vignoles, 75020 Paris,
M° Avron, Nation ou Buzenval,
1er étage à droite dans la cour

Après un parcours assez complet; mais non pas exhaustif, de l'expression amoureuse dans le répertoire du tango depuis le mois de février, nous passerons la prochaine fois à une autre thématique, celle des portraits de voyous et de filles faciles, en prologue du Salon du Livre Polar en Plein Coeur, qui se tiendra à Paris, dans le 4ème arrondissement, du 3 au 5 juin 2011.
Comme l'année dernière, j'y animerai en effet une conférence-débat, le samedi 4 juin à 11h, sur le thème des personnages et des situations qui sont communs à ces deux univers littéraires et populaires, qui néanmoins en font un traitement très différent. Ces personnages et situations sont connus et ils ont d'ailleurs une fonction archétypale qui permet de structurer le récit, qu'il ait la brièveté d'une chanson ou l'ampleur d'un roman : ce sont les délinquants, les meurtriers (crapuleux ou passionnels), le monde glauque de la prostitution et du jeu, les escrocs sous toutes les formes, les juges et autres représentants de la loi et de la répression, les trafics, le prétoire et la prison.

Dates des prochains Rendez-vous :
30 avril 2011 à 18h30 (exceptionnellement, décalage d'une demi-heure),
21 mai à 18h,
28 mai à 18h
et 4 juin à 18h30 (attention : nouveau décalge de 30 mn).

Il n'y aura pas de rendez-vous le 7 mai, pour cause de Foire du Livre de Saint-Louis (voir mon article d'hier sur cette manifestation), ni le 14 mai (les Parisiens me retrouveront à la Journée Portes Ouvertes de l'Espace Tango Negro, où il est envisagé que je donne une causerie gratuite, à un moment de la journée qui n'est pas encore fixé, entre 10h et 18h).

Les trois autres samedis de juin sont d'ores et déjà retenus à l'Académie Esprit Tango.
Leur programme fera l'objet d'un autre article dans ce blog, en temps voulu.

Pour participer aux Rendez-vous Tangos d'hier et d'aujourd'hui, la seule exigence est l'inscription préalable, qui est désormais obligatoire : dactango@hotmail.fr. N'oubliez pas d'indiquez la date, bien sûr.
Participation aux frais : 15 €

On peut venir sans maîtriser ni l'espagnol, ni la danse, ni la musique, ni le chant et même sans connaître le tango du tout. Le tango constitue en effet un univers qu'on peut découvrir à tout moment et en y venant pas tout chemin possible et imaginable. La lecture des textes se fait en version bilingue et s'accompagne d'une découverte des chanteurs et de l'évolution qu'a connue dans le temps l'interprétation vocale et orchestrale, depuis 1916 jusqu'à nos jours. Apprécier les échanges conviviaux avec d'autres passionnés est donc la seule disposition d'esprit indispensable pour profiter de ces échanges, qui sont un élément essentiel de nos rencontres. Le tango n'a-t-il pas été inventé, ou à tout le moins développé, pour être le lien entre des immigrants que tout différenciait, leur langue, leur métier, leur histoire personnelle, leurs positions politiques, leur appartenance religieuse, leur origine géographique, et qui allaient construire un pays presque tout neuf.

Pour en savoir plus sur le Salon Polar en Plein Coeur, connectez-vous au site de l'association organisatrice.
Vous pouvez aussi cliquer sur le sigle PPC ci-dessus, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search (vous accéderez ainsi aux articles que j'ai écrits l'année dernière sur la première édition de cette manifestation originale).
Pour en savoir plus sur les Rendez-vous littéraires, cliquez sur le mot-clé RVL pour accéder aux articles correspondant aux rencontres à l'Académie Esprit Tango ou sur le mot-clé CLT pour accéder aux articles touchant toutes les rencontres littéraires, à l'Académie Esprit Tango et à l'Espace Tango Negro (à Paris aussi, mais au M° Anvers, cette fois-ci, et en semaine, l'après-midi).

vendredi 8 avril 2011

Un deuil pour beaucoup de gens de culture : le journaliste Marcelo Villegas est décédé [Actu]

Le poète Luis Alposta vient d'annoncer le décès très précoce du journaliste Marcelo Villegas, l'éditeur-rédacteur du site Noticia Buena, dont vous avez le lien dans la partie inférieure de la Colonne de droite.

Marcelo n'avait que 47 ans. Il était atteint d'une maladie dégénérative du système nerveux qui le clouait chaque mois un peu plus sur sa chaise roulante. Je me doutais que son état de santé s'aggravait car je n'avais pas pu le rencontrer en août à Buenos Aires l'année dernière. Pourtant, pas plus tard qu'hier, il avait encore envoyé la newsletter bi-hebdomadaire de mise à jour de son site, avec une nouvelle Mosaïque portègne, de Luis.

Son courage, sa droiture, sa foi en Dieu, son espérance, la finesse de ses interviews, l'originalité des nouvelles qu'il traitait, l'audace qu'il manifestait dans ses choix éditoriaux vont nous manquer... Retrouvez son talent de journaliste sur son site Internet : Noticia Buena.

Prochain concert chez Gardel [à l'affiche]

Dans le cadre des concerts Mis tardes con Gardel, du lundi soir, le Museo Casa Carlos Gardel recevra les chanteurs Stella Díaz et Reynaldo Martín accompagné par les deux guitaristes et le bassiste du Trio Altamirano, lundi 11 avril à 18h30.

Un couple de danseurs sera aussi de la fête.

Comme à l'ordinaire, l'entrée est libre et gratuite.


Le Museo Casa Carlos Gardel est installé dans la dernière maison habitée par Carlos Gardel à Buenos Aires, avant sa dernière tournée internationale pour laquelle il s'embarqua au début de l'année 1934. Il ne devait plus jamais retrouver son quartier de l'Abasto. Il est décédé accidentellement le 24 juin 1935 à Medellín, en Colombie, dans les toutes dernières semaines de ce grand périple à travers l'Europe et les deux Amériques.

Barrio de Tango et Deux cents ans après à la 28e Foire du Livre de Saint-Louis [Disques & Livres]


Cette année, comme l'année dernière, je serai présente à la Foire du Livre de Saint-Louis, dans le Haut-Rhin, qui se tiendra du 6 au 8 mai 2011. Comme l'année dernière, vous m'y trouverez au stand des Editions du Jasmin. J'y présenterai et dédicacerai cette fois-ci mes deux ouvrages, Barrio de Tango, publié au Jasmin en mai de l'année dernière, et Deux cents ans après, publié chez Tarabuste Editions, en janvier 2011.

Cette année, l'auteur-compositeur-interprète, acteur et écrivain Guy Marchand, grand passionné de tango et d'Argentine devant l'Eternel, participera à la manifestation, où il vient présenter son troisième roman, dont il lira quelques extraits à l'un ou l'autre moment de ces trois jours très festifs autour du livre et de la culture. Il consacrera aussi une petite demi-heure au tango.

En effet, il a accepté de me rejoindre pendant la conférence-débat que je donnerai le samedi 7 mai, à 15h45, une causerie pendant laquelle je tâcherai de vous raconter comment le tango est né à Buenos Aires, avant que Carlos Gardel n'achève de lui donner un prestige international après ses premiers succès à Paris en 1924.

La manifestation sera co-présidée par Antoine et Simone Veil.

Le détail des animations, la liste complète des exposants et des invités, médiatiques ou pas, seront disponibles dans quelques jours sur le site de la ville de Saint-Louis, qui est l'organisatrice de cette manifestation qui rayonne tous les ans sur l'ensemble de la région et déborde sur la Suisse et l'Allemagne. En plus, la ville est jolie, ce qui ne gâche rien, et elle dispose d'un espace d'art contemporain qui porte le nom de l'apéro le plus populaire d'Argentine : Fernet-Branca ! (1)
Vous pouvez aussi accéder directement aux pages du site consacré au salon en cliquant sur ce lien.

Pour en savoir plus sur mes différentes conférences, cliquez sur le mot-clé dédicace conf BdT dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.
Pour en savoir plus sur l'ensemble de mes activités, cliquez sur le sigle ABT (pour Agenda de Barrio de Tango)
Pour en savoir plus sur Barrio de Tango ou sur Deux cents ans après, cliquez sur l'image de la couverture concernée, dans la partie supérieure de la Colonne de droite.
Pour lire les critiques déjà parues sur Barrio de Tango et Deux cents ans après, cliquez sur le raccourci On en parle dans les médias que vous trouverez dans la rubrique Agenda de Barrio de Tango, tout en haut de la Colonne de droite.

(1) dont les Argentins adorent mêler l'amertume italienne au sucré-acide d'un soda nord-américain connu pour le mystère de sa formule chimique et médicamenteuse, son lien avec la coca et sa couleur sombre qui fait des bulles.

Trois formations ce soir dans le cycle des Tangos contaminados à La Boca [à l'affiche]

Ce soir, vendredi 8 avril 2011, comme tous les seconds vendredi du mois, à 21h30, au Malevaje Arte Club, Garidaldi 1670, aura lieu une nouvelle soirée de la série Tangos Contaminados (Tangos pollués, une allusion fine au Riachuelo voisin, le cours d'eau le plus pollué d'Argentine et peut-être même de tout le sous-continent).

Se retrouveront sur scène le Cordal Trio, le Quinteto Negro la Boca (qui organise l'ensemble de ces soirées) et le Alan Haksten Grupp, trois formations récentes que les lecteurs réguliers de ce blog ont souvent entendu parler dans ces colonnes.

Entrée : 10 $.

La soirée sera retransmise en direct sur le streaming Internet de 0054tangotv. Attention au décalage horaire : à l'heure d'été en Europe atlantique, il y a 5 heures de décalage avec l'Argentine. Il va falloir veiller tard !

Pour en savoir plus sur ces groupes, visitez leur site et pages Internet :

Première critique de Deux cents ans après : un article de Solange Bazely dans Tout Tango d'avril [Disques et Livres]

C'est une très élogieuse critique de ma deuxième anthologie que Solange Bazely signe dans le numéro 72 du magazine trimestriel Tout Tango. Jugez-en par vous-même à la lecture du texte (ci-dessous). Pour tout vous dire, j'aime particulièrement le début, où elle attaque avec cette touche moqueuse (rea, dit-on à Buenos Aires) en disant qu'il faudrait m'inventer si je n'existais pas... Une phrase pareille, ça vaut tous les compliments de la terre, non ?

Sur la même page, vous trouverez également sa critique de la biographie de Piazzolla, publiée tout aussi récemment par la journaliste Emmanuelle Honorin.


Pour ceux qui ne connaîtrait pas encore ce très bon magazine animé par des journalistes bénévoles qui font un excellent travail de diffusion culturelle autour du tango, dont ils savent, c'est assez rare pour être souligné, dépasser la seule dimension chorégraphique, vous pouvez la découvrir à travers son site, à travers sa newsletter gratuite à laquelle vous pouvez vous abonner, et dans un certain nombre de librairies en France et ailleurs qui ont l'originalité de la diffuser sous sa format papier. Et s'il n'y en a pas près de chez vous, prenez votre bâton de pèlerin et présentez-la au libraire dont vous fréquentez habituellement la caverne d'Ali Baba. Autre solution, abonnez-vous (il y a quatre numéros par an et ça vaut le coup).

Sommaire de Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango.
Cliquez sur l'image pour pouvoir lire le contenu

Le site de Tout Tango se trouve en lien permanent sur ce blog, dans la Colonne de droite, dans la rubrique Eh bien, dansez maintenant !, dans la partie inférieure de la Colonne, avec tous les liens vers des sites externes.

jeudi 7 avril 2011

Les nouveaux Cafés Littéraires de l'Espace Tango Negro [ici]

A l'Espace Tango Negro, à Paris, au pied de la Butte Montmartre, se tiendront désormais de nouveaux Cafés littéraires un lundi sur deux, de 15h à 17h (tout temps d'échange compris), pour la même participation aux frais, à hauteur de 15 € par personne.

Au programme : un thème emblématique à chaque rencontre, traité de deux manières diamétralement opposées, l'une sérieuse (qui a donné naissance à un archétype du répertoire), l'autre parodique ou renversée, qui prouve que le thème est devenu cet archétype qui structure et identifie la culture du tango.

Le principe est connu : échanges conviviaux autour de quelques tangos (présentés en version bilingue) et de leur interprétation avec toute l'évolution qu'elle a connue au fil du temps. L'Espace Tango Negro offre de quoi se désaltérer et grignoter.

Les trois prochaines dates :
le lundi 11 avril 2011 (cet après-midi-là, nous nous pencherons sur le thème de l'homme abandonné par sa bien-aimée, avec Mi noche triste et Victoria, qui furent tous deux des grands succès de Carlos Gardel et continuent d'inspirer les interprètes d'aujourd'hui) (1)
le lundi 2 mai 2011
le lundi 16 mai 2011
On saute le lundi 25 avril, le Lundi de Pâques, l'un des rares longs week-ends de cette année où tous les jours fériés de mai tombent un dimanche (à part le jeudi de l'Ascension, qui comme son nom l'indique...).

Où : 71 rue Rochechouart, 75009 Paris, M° Anvers ou Barbés Rochechouart

Inscription indispensable pour la bonne organisation de la rencontre : dactango@hotmail.fr

(1) Mi noche triste et Victoria sont présentés dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, que j'ai publié en mai 2010 aux Editions du Jasmin. Ce n'est pas toujours le cas de tous les tangos que je mets au programme des Cafés littéraires. Le répertoire du tango est bien trop large pour qu'une anthologie en fasse le tour.

mardi 5 avril 2011

Pascale Coquigny tire sa révérence [ici]

Pascale Coquigny quitte la direction de l'Académie Esprit Tango ce soir. Elle sera présente à la pratique de ce mardi et donnera une fête d'au-revoir, una despedida, comme on dit en Argentine, dimanche 10 avril 2011, à partir de 17h.

A compter d'aujourd'hui, c'est Luis Bruni qui assure tout à la fois la direction administrative, commerciale et artistique de l'école.

Participation aux frais de cette milonga exceptionnelle : 10 €, qui seront intégralement reversés pour les sinistrés du Japon.



On retrouvera Pascale plus tard, ailleurs, dans d'autres projets où le tango, le talent pédagogique et le don de transmettre auront leur place...

Un Séminaire de culture tanguera commence ce soir à la Academia Nacional del Tango. Article n° 2100 [Actu]

La Academia Nacional del Tango propose, tous les mardis soir, un séminaire d'un quadrimestre, le module qui structure l'année scolaire argentine, qui en compte donc deux, sur l'ensemble de la culture du tango argentin. Les cours commencent ce soir.

Au mois d'avril, le professeur sera Alberto Podestá, grand chanteur devant l'Eternel, qui peut afficher à son tableau de chasse plusieurs enregistrements qui ont fait l'histoire, vu qu'il a commencé sa carrière chez Miguel Caló, au cabaret Singapur, à la toute fin des années 30, dans la Orquesta de las Estrellas, où il a créé entre autres un bon nombre des tangos du duo fraternel Expósito (Virgilio, le compositeur et pianiste, Homero le poète et l'aîné des deux frères), puis chez Carlos Di Sarli, qui, un beau soir, est allé l'y débaucher (voir mon article du 4 décembre 2009 sur le Plenario que la Academia a consacré à ses 85 ans et 70 ans de carrière).

Au mois de mai, le professeur sera Horacio Ferrer : il parlera des grands poètes, Pascual Contursi, Celedonio Esteban Flores, Enrique Santos Discépolo, Homero Manzi et Héctor Negro, annonce ce matin Página/12. Sans doute la chroniqueuse Karina Micheletto oublie-t-elle au moins des gens comme Alfredo Le Pera (1900-1935), Enrique Cadícamo (1900-1999) et Homero Expósito (1918-1987), qui fut un ami personnel du Maestro Horacio Ferrer (1).

En juin, les professeurs seront le couple de danseurs légendaires Eduardo et Gloria Arquimbau, qui ont récemment fêté leurs 50 ans de carrière, eux aussi, au cours d'un Plenario (voir mon article du 29 juillet 2010 à ce sujet). Ils traiteront de l'évolution du tango dansé et de ses variantes sociales et scéniques, avec un retour aux sources historiques, à l'origine reculée du tango, dans les années 1800, avant même la Revolution de Mai 1810 !

En juillet enfin, c'est le compositeur, bandonéoniste, arrangeur et chef d'orchestre Raúl Garello qui viendra disserter de toutes ces dimensions musicales, instrumentales et orchestrales qui constituent la richesse de la tradition musicale du tango, où chaque morceau dispose d'à peu près autant d'arrangements et donc de versions que d'interprètes qui l'ont inscrit à leur répertoire. Or dans le monde du tango, contrairement à celui de la chanson de l'hémisphère sud, le répertoire constitue un fonds commun où tous les interprétes, tous les groupes, toutes les formations vont puiser sans aucune réserve ce qui leur plaît, ce qu'ils aiment, ce qu'ils ont envie de jouer, de chanter, d'exécuter.

Une des pages culturelles du quotidien ce matin (5 avril 2011)

Ce matin, l'événement, c'est très exceptionnel, a fait la une des pages culturelles du quotidien Página/12 et Horacio Ferrer en a profité pour annoncer la deuxième réédition augmentée de sa somme encyclopédique, El Libro del Tango, publié pour la première fois en 1970 avec deux tomes, puis réédité en 1980 en trois tomes, une édition qui était épuisée depuis de très nombreuses années.

Quelques extraits de cette quintuple interview publiée ce matin par Página/12 :

“A mí nadie me enseñó para ir a cantar a una orquesta, eso lo aprendí yo con las orquestas. Me enseñaron mucho los directores, todos me dieron siempre un toque: hacé esto, lo otro, por qué no probás aquello, y así fui aprendiendo. No es que me hayan cambiado la forma de cantar, me enseñaron formas, trucos, yeites”, cuenta. El ejemplo hace reír a todos: “Cuando fui con Di Sarli, lo primero que me dijo fue: ‘Aquí se canta a tiempo’. Sí, maestro. Me probaba y me decía ‘¡A tiempo, a tiempo!’, con el dedo de metrónomo, él tocaba con la izquierda y le daba con la derecha. Y así aprendí a cantar a tiempo. Hay otros que no siguen el tiempo, como Lavié, o como el Polaco, frasean diferente. Lavié sabe muchísimo de eso, se queda un compás, dos compases, y después agarra la melodía, como si nada. Yo no puedo, yo canto a tiempo”.
Página/12

Personne ne m'a appris à chanter pour me produire dans un orchestre, à moi [déclare Alberto Podestá], ça, c'est au sein des orchestres que je l'ai appris. Les chefs d'orchestre m'ont beaucoup appris, tous m'ont donné un truc : "fais ceci", un autre : "pourquoi tu n'essayes pas ça ?" Et c'est comme ça que j'ai appris peu à peu. Ce n'est pas qu'ils aient modifié ma façon de chanter, ils m'ont appris des tours, des trucs, des ficelles, raconte-t-il. L'exemple fait rire tout le monde. "Quand je suis allé chez Di Sarli, la première chose qu'il m'a dite, ça a été : "Ici, on chante sur les temps forts". Bien, Maestro. Il me testait et me disait : "sur le temps fort, sur le temps fort", avec le doigt en guise de métronome. Lui, il jouait de la main gauche et battait la mesure de la droite. Et c'est comme ça que j'ai appris à chanter sur les temps forts. Il y en a d'autres qui ne suivent pas les temps forts, comme [Raúl] Lavié ou comme [Roberto Goyeneche], le Polaco. Ils chantent comme ils parlent, c'est différent (2). Lavié en sait long sur ce point, il garde [les temps fort pendant] une mesure, deux mesures et après, il accroche la mélodie comme si rien d'autre n'existait. Moi, je ne peux pas, moi je chante sur les temps forts.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Los bailarines enseguida tienen algo para decir sobre la importancia del tiempo en el tango: “Lo que pasa que el bailarín necesita el tiempo”, subraya Eduardo Arquimbau. “Cuando uno trabaja en un escenario, no es tan importante el tiempo, te vas metiendo con el pedido musical, pero cuando vas a la milonga y tenés que bailar con una chica que no conocés, lo que hace la unión de la pareja es justamente el tiempo. Por eso en los ’40 todas las orquestas tocaban a tiempo.” “¡Y por eso hasta hoy en las milongas pasan temas de Alberto, no de Lavié!”, apunta Gloria.
Página/12

Les danseurs aussitôt ont quelque chose à dire sur l'importance du rythme dans le tango : "Ce qui se passe, c'est que le danseur a besoin des temps forts, souligne Eduardo Arquimbau. Quand vous travaillez sur scène, le temps fort ce n'est pas aussi important que ça. Tu te débrouilles avec ce que commande la musique, mais quand tu vas à la milonga et qu'il faut danser avec une fille que tu ne connais aps, ce qui fait l'union du couple c'est justement le temps fort. C'est pour ça que dans les années 40, tous les orchestres jouaient les temps forts". "Et c'est pour ça que même aujourd'hui, dans les milongas, on passe des morceaux de Alberto, et pas de Lavié", remarque Gloria. (3)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Ferrer destaca un aspecto poco analizado, el impulso que le dieron al tango en el mundo los exiliados durante los ’70 y ’80. “Tantos que amaban el tango, y cuando tuvieron que partir, empezaron a estudiarlo afuera, así el tango pasó a ser una cultura de gabinete. Lo que hicieron los exiliados por el tango en el mundo fue extraordinario, lo sé porque he conocido a estos precursores.” Ferrer relativiza en un punto el peso de la danza como motor del tango en el mundo: “La danza del tango es una maravilla, pero están todos lo otros aspectos de la cultura tanguera. Fíjese por ejemplo María de Buenos Aires: se ha dado en 170 ciudades de 30 países de los cinco continentes. Y no hay baile en esa “operita”, la única versión con baile es la que hicimos en el Cervantes con la coreografía de Oscar Araiz”.
Alberto Podestá: –La poesía del tango es insuperable. Cuántas veces ante una letra pensamos: ¿cómo puede alguien decir esto en tres minutos? ¡Es un argumento de película!
Página/12

[Horacio] Ferrer relève un aspect peu souvent analysé, l'élan que donnèrent au tango dans le monde les exilés durant les années 70 et 80 (4). "Ils étaient si nombreux à aimer le tango et quand il fallut qu'ils partent, ils ont commencé à l'étudier à l'étranger, et c'est comme ça que le tango est devenu une culture en salon. Ce qu'ont fait les exilés pour le tango dans le monde a été extraordinaire, je ne sais parce que j'ai connu ces précurseurs". Ferrer relativise sur un point le poids de la danse comme moteur du tango dans le monde : "la danse du tango est une merveille, mais il y a tous les autres aspects de la culture du tango. Voyez par exemple María de Buenos Aires (5) : elle a été jouée dans 170 villes de 30 pays sur les 5 continents. Et il n'y a pas de danse dans cette opérette, l'unique version avec danse, c'est celle que l'on a donnée au Teatro Cervantes, avec une chorégraphie de Oscar Araíz" (voir mon article du 29 septembre 2008 sur cette reprise, qui voyagea ensuite vers Athènes).
Alberto Podestá : La poésie du tango est insurpassable. Combien de fois, devant un texte de tango, nous pensons : comme quelqu'un peut-il dire cela en trois minutes ? C'est un argument de film !
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Raúl Garello: –El tango no es una música paisajista, lineal, ésa es su profundidad, no es la foto de un paisaje. Por eso cabe el concierto, el dúo canyengue, el ballet, todas las expresiones. Los elementos que han formado este género tienen con qué desarrollar todo un arte. La música y la poesía son muy seductores y han seducido a una cantidad de formaciones, hasta las grandes orquestas, han seducido también a otros géneros. Y hay algo muy importante: sostengo que el tango es un arte de jóvenes. Las fotos de las orquesta del ’40 dan testimonio, si miran las caras de los integrantes de la orquesta de Pichuco, de Di Sarli, son adolescentes, pibes de 20 años.
Alberto Podestá: –Pichuco tenía 23 años cuando debutó como director de orquesta. Yo debuté a los 16 años. Y en la orquesta, Pontier tendría 23 años, Francini 24. Maderna era un muchacho que tenía 18, 19 años. Era lo normal.
R. G.: –La juventud está en el ADN del tango. Y hoy creo que está metido en todas las generaciones. He escuchado tango desde que iba a la escuela. Sin querer, vas en un colectivo y escuchás silbando al que maneja. O, por lo menos, así era cuando yo era chico.
Página/12

Raúl Garello : Le tango n'est pas une musique paysagiste, linéaire, sa profondeur est là : ce n'est pas la photo d'un paysage. C'est pour ça qu'on a le concert, le duo canyengue (6), le ballet, toutes ces expressions. Les éléments qui ont formé ce genre possèdent de quoi développer tout un art. La musique et la poésie sont très séductrices (7) et ont séduit une [grande] quantité de formations, même les grands orchestres, ont séduit aussi les autres genres. Et il y a quelque chose de très important : je soutiens que le tango est un art de jeunes. Les photos des orchestres de 1940 en rendent témoignage : si vous regardez le visage des membres de l'orchestre de Pichuco, de Di Sarli, ce sont des adolescents, des mômes de 20 ans.
Alberto Podestá : Pichuco avait 23 ans quand il a commencé comme chef d'orchestre. Moi, j'ai commencé à 16 ans. Et dans l'orchestre, Pontier avait 23 ans, Francini 24. Maderna était un gars qui avait 18, 19 ans. C'était la norme.
Raúl Garello : La jeunesse est dans l'ADN du tango. Et aujourd'hui, je crois qu'il est en train de se fourrer dans toutes les générations. J'ai entendu du tango depuis le moment où je suis allé à l'école. Sans même le vouloir, tu montes dans un bus et tu entends siffler celui qui conduit. Enfin, en tout cas, c'était comme ça quand j'étais petit.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿No son buenos tiempos entonces para el tango?
E. A.: –Cuando repaso esas letras que son poesías sublimes, siempre me pregunto: ¿estos tipos escribían así porque tenían más tiempo, porque se vivía de otra manera, o porque ya tenían la sabiduría? Porque ahora va todo muy rápido, no hay tiempo. Antes la bohemia daba más tiempo.
H. F.: –¡No es una cuestión de tiempo! El que quiere hacer algo, el tiempo se lo hace. Con Gabriel Soria, que también coordina estos seminarios, hicimos la Enciclopedia sonora del tango Las 1001 noches del tango. Son 50 discos con 1001 tangos, en orden alfabético, con todos los datos, fecha de grabación, intérpretes, todo. Ahora voy a reeditar mi Enciclopedia del tango: ya pesaba algunos kilos cuando tenía tres tomos, ahora la amplié y la hice de cuatro tomos, ¡para joder! Con Garello trabajamos cuatro años en una ópera de dos horas, que está esperando ser estrenada. Nos hicimos el tiempo.
R. G.: –Estuve un año para orquestarla, cuando ya estaban todos los versos y las melodías. Porque tiene siete personajes, y hasta los buenos días son cantados.
–Eduardo hablaba de los jóvenes, decía que ellos son los que ahora tienen menos tiempo...
H. F.: –Pero todos estos chicos que ahora tocan tan bien, ¿de dónde sacan el tiempo? No se toca así si no hay tiempo para estudiar, para darle y darle al instrumento. La bohemia es esto que ves acá, esta Academia que, a pesar del edificio paquete que tiene, es una institución pobre. La presido ad honorem, como debe ser, y toda la gente que colabora aquí pone su forma de bohemia. Esta es la bohemia que se ha transmitido de generación en generación, nosotros la ejercemos de esta manera.
A. P.: –Y ponernos a dar estas clases también es un gusto que nos damos. Nuestra forma de bohemia.
Página/12

- Alors, aujourd'hui, ce n'est pas le bon temps pour le tango ?
Eduardo Arquimbau : Quand je relis ces textes qui sont des poésies sublimes, je me demande toujours : ces types, ils écrivaient comme ça parce qu'ils avaient plus de temps, parce qu'on vivait autrement, ou parce qu'ils possédaient déjà la sagesse ? Parce que maintenant, tout va très vite, on n'a plus le temps. Avant, la bohême nous accordait plus de temps.
Horacio Ferrer : ce n'est pas une question de temps ! (8) Celui qui veut faire quelque chose, le temps, il le trouve. Avec Gabriel Soria (9), qui coordonne aussi ce séminaire, nous avons fait L'Encyclopédie sonore du tango. Les 1001 nuits du tango. Ce sont 50 disques avec 1001 tangos, par ordre alphabétique, avec toutes les données, la date d'enregistrement, les interprètes, tout. Maintenant, je vais publier à nouveau mon Encyclopédie du Tango (10) : elle pesait déjà quelques kilos (11) quand elle avait 3 tomes. Maintenant, je l'ai augmentée et je lui ai faite en 4 tomes. Histoire de rigoler ! Avec Garello, nous avons travaillé quatre ans sur un opéra de deux heures, qui attend sa création à l'heure actuelle. On s'est donné le temps.
Raúl Garello : J'ai mis un an à l'orchestrer, quand on avait déjà tous les vers et toutes les mélodies. Parce qu'il y a sept personnages et on chante aussi quand il fait beau... (12).
- Eduardo parlait des jeunes, il disait que ce sont eux, ceux qui maintenant ont moins de temps...
Horacio Ferrer : Mais tous ces jeunots qui jouent si bien de nos jours, où est-ce qu'ils trouvent le temps ? On ne joue pas comme ça si on n'a pas le temps d'étudier, de se mettre encore et toujours à son instrument. La bohême, c'est ce que tu vois ici, cette Académie qui, tout tiré à quatre que soit l'immeuble, est une institution pauvre (13). Je la préside gracieusement, comme il se doit, et tous les gens qui travaillent ici ont leur genre de bohême. La voilà, la bohême qui s'est transmise de génération en génération, c'est notre manière de l'exercer.
Alberto Podestá : Et nous mettre à donner ces cours, c'est aussi un plaisir que nous nous donnons. La bohême à notre façon.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :
lire l'intégralité de l'article de Página/12

(1) Tous ces poètes, y compris Horacio Ferrer, sont présentés dans mon anthologie bilingue, Barrio de Tango, parue en mai 2010 aux Editions du Jasmin. Horacio Ferrer et Héctor Negro ont en outre chacun un chapitre entier dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, paru en janvier dernier, chez Tarabuste Editions, où ce nouveau recueil bilingue constitue le supplément 2010 de la revue Triages. Les deux ouvrages sont disponibles en librairie (les commander au besoin, si le libraire ne les a pas en stock) et directement chez leur éditeur respectif. Cliquez sur l'image des couvertures que vous trouvez dans la Colonne de droite, pour accéder aux articles de ce blog, décrivant le contenu de ces deux ouvrages. Dans Deux cents ans après, j'ai présenté et traduit un tango écrit par Horacio Ferrer en hommage à Homero Expósito (musique de Raúl Garello), Homero en flor, pp 68-69.
(2) Frasear est un verbe intraduisible en français, il vient de frase, la phrase. Il s'agit de décrire une manière de chanter qui a été inventée par Roberto Goyeneche (1926-1994), qui a introduit le rythme parlé à l'intérieur de l'interprétation vocale, pour mieux servir l'histoire et le texte des poètes qu'il aimait servir.
(3) C'est un des points que je tente de faire apprécier aux participants de mes rencontres littéraires, que ce soit à l'Académie Esprit Tango ou à l'Espace Tango Negro, à Paris. Les différences de styles d'interprétation viennent de là et ne sont donc pas à juger en terme de "c'était mieux avant", ce piège dans lequel nous tombons souvent de l'éternelle querelle des anciens et des modernes. Dans les années 30 et 40, les plus gros employeurs des musiciens étaient les cabarets, où les orchestres jouaient pour un public d'hommes venus danser avec les employées du cabaret. Après la fermeture de ces établissements entre 1955 (chute du gouvernement Perón) et 1960 (fin de la mise au pas politico-culturelle de l'Argentine au bénéfice du modèle et des intérêts états-uniens), avec l'arrivée de nouveaux moyens techniques très performants de reproduction du son (33 tours, tourne-disque, sonorisation), la musique vivante a cessé d'animer les bals au profit de la musique enregristrée. Du coup, la danse n'a plus fait vivre les musiciens qui ont pris leur liberté par rapport aux contraintes que leur imposaient les nécessités structurelles des danseurs. Et le tango para escuchar, le tango à écouter, a déployé ses ailes, porté qu'il était par un musicien génial comme Piazzolla. Aujourd'hui, très peu de musiciens contemporains s'intéressent encore à la danse et une incompréhension mutuelle s'est installée durablement entre la danse d'une part et la musique et la poésie actuelles de l'autre, dont l'intégralité de cette interview laisse paraître bien des éléments.
(4) Il s'agit des exilés politiques qui trouvèrent refuge en Amérique du Nord, en Europe, en Australie, pendant la dictature militaire des années 1976-1983, un peu avant parce que la situation politique était déjà très dangereuse sous le mandat de Isabel Perón (1974-1976) et un peu après, jusqu'à la mi-mandat de Raúl Alfonsín, le président du retour à la démocratie, décédé il y a deux ans exactement (voir mes articles sur sa mort et ses suites politiques en Argentine).
(5) María de Buenos Aires, opéra-tango composé par Astor Piazzolla sur un livret écrit par Horacio Ferrer en 1967, fut créé à Buenos Aires en 1968 (voir mes articles sur l'oeuvre et notamment sur les célébrations qui ont marqué les 40 ans de la création). C'est l'oeuvre argentine la plus jouée au monde, malgré la complexité de son écriture et de l'histoire racontée, qui est très symbolique, à la limite du cabalistique...
(6) Dúo canyengue : l'adjectif canyengue, intraduisible en français, désigne un style faubourien d'interprétation et de comportement, très typique de et à Buenos Aires. Voir Trousse lexicale d'urgence dans la partie médiane de la Colonne de droite de ce blog.
(7) A noter que le journal écrit l'adjectif au masculin (seductores) et non au féminin, comme le voudrait le sens (seductoras). Je prends le parti de corriger ce qui m'apparaît comme une coquille. Je ne vois pas pourquoi Raúl Garello masculiniserait ici la musique et la poésie, deux substantifs féminins en espagnol comme en français. Il est vrai que cet article est farci de petites fautes d'accord en nombre que je corrige systématiquement dans la traduction française.
(8) Un jour, le musicien Alorsa, dont je vous parle souvent ici, même depuis son départ définitif de cette terre, m'avait demandé de le mettre en contact avec Raúl Garello et Horacio Ferrer, qu'il souhaitait faire venir au Tango Criollo Club à La Plata pour y donner leur spectacle commun, dont ils ont fait un disque et un DVD, Diálogo de Poeta y Bandoneón, dont est issu la valse Lulú que j'ai traduite dans Barrio de Tango (p 258) et le tango Homero en Flor, cité plus haut et présenté dans Deux cents ans après (voir note 1). Dans ce mail-là, il m'avait écrit : "Tous les deux, ils sont plus modernes et plus jeunes que bien des musiciens plus jeunes qu'eux sur le papier. Ce sont les plus révolutionnaires, ces deux-là". La preuve qu'il avait bien raison, l'ami Alorsa !
(9) Voir mes articles sur Gabriel Soria, premier Vice-Président de la Academia Nacional del Tango, en cliquant sur le lien.
(10) Le titre exact, c'est El libro del Tango. Beaucoup de gens à Buenos Aires y font aussi allusion comme au Diccionario del Tango.
(11) 9 pour être exacte. J'ai dû les peser il y a quatre ans pour vérifier que ça rentrait bien dans la franchise de bagage qu'Aerolineas Argentinas m'accordait pour mon voyage de retour, à la fin de mon premier séjour à Buenos Aires en 2007. J'avais pu mettre la main sur les trois tomes de 1980, en occasion, par un hasard qui continue de me surprendre, le troisième jour de mon séjour. L'ouvrage était archi-épuisé depuis déjà une dizaine d'années au moins !
(12) Le livret de cet opéra a été publié par Horacio Ferrer dans son théâtre complet, publié en 2007 chez Editorial del Soñador. Il s'intitule El Rey del Tango en el Reinado de los Sueños (le roi du tango, entendez Carlos Gardel, au royaume des songes).
(13) En 2000, Horacio Ferrer a fait des pieds et des mains pour installer l'institution qu'il avait lui-même fondée dix ans plus tôt dans un somptueux hôtel particulier de style alvearien, du nom de ce maire de Buenos Aires qui, à la fin du 19ème siècle, fit percer la Avenida de Mayo, sur laquelle donne la façade du Palacio Carlos Gardel et qui fut à Buenos Aires ce que le Baron Haussmann fut à Paris. L'immeuble a pu être acheté par la Academia, grâce à l'entregent politique de son président, et une chance de pendu puisque l'acte notarié fut signé la veille de la faillite financière nationale de décembre 2001. Quelques heures de plus, et des annéees de recherche immobilière et de montage financier tombaient à l'eau ! L'ANT a pour ministère de tutelle le Ministère de l'Education Nationale qui lui accorde de maigres subsides, et il ne peut guère faire plus. Il y a quelques années, Horacio Ferrer, qui n'a décidément pas les deux pieds dans le même sabot, a negocié un partenariat de mécénat avec une banque, ce qui injecte à l'ANT quelques ressources supplémentaires mais toujours insuffisantes et l'institution continue de fonctionner bon an mal an essentiellement grâce au bénévolat de bon nombre de ses membres, au premier rang desquels il faut nommer le Maestro Horacio Ferrer lui-même, à leur dynamisme et à leurs capacités à eux-mêmes négocier d'autres accords de partenariat ici et là. C'est aussi la raison pour laquelle l'ANT loue ses salles dès qu'elle sont libres et que tous les cours de danse ou les spectacles qui s'y donnent ne sont pas nécessairement des activités académiques. En général, les activités académiques sont gratuites, à part les formations au long cours (Seminario de Letrista Homero Expósito, Conservatorio Argentino Galván). Les activités payantes n'entrent pas dans le cadre institutionnel. Elles sont seulement locataires du lieu. Soyez donc prudents et ne prenez pas des vessies pour des lanternes (que no les vendan un buzón), en particulier si ces activités font de la retape sur le trottoir au pied de l'immeuble, à la sortie du Tortoni ou des autres grands cafés du voisinage (London City, 36 Billares et autres...). Les activités officielles de l'ANT ne démarchent pas les passants. Quant aux salariés, dont Horacio Ferrer parle dans la phrase suivante, la plupart d'entre eux, ont un deuxième travail ailleurs pour pouvoir boucler les fins de mois (llegar a fin de mes). Et il faut voir ce qu'est leur semaine de travail ! La photo de une, en illustration de cet article, a été prise dans le Salón de los Angelitos Horacio Ferrer et vous pouvez voir qu'effectivement les locaux sont plutôt mignons. La photo intérieure, que vous trouverez en cliquant sur le lien vers l'article du journal a été prise dans la pièce baptisée le Rincón de los Académicos (le coin des Académiciens), l'antichambre du bureau présidentiel.

Dema et la Petitera au CAFF ce vendredi [à l'affiche]


L'auteur-compositeur interprète Dema et son orquestre La Petitera se présenteront le vendredi 8 avril 2011 au Club Atlético Fernández Fierro (CAFF, pour les intimes), Sánchez de Bustamante 764, à 23h, avec en invités le Cuarteto La Púa.

Entrée : 30 $.

Sur l'affiche, le singe se demande comme faire pour faire tomber les filles...

Cantineras, tous les mercredis au Bar 36 Billares [à l'affiche]


L'auteur-compositeur interprète Gabriela Elena (à droite) et la chanteuse Lucrecia Merico (à gauche) donneront leur nouveau tour de chant conjoint, Cantineras, tous les mercredis d'avril, à 21h30, aux 36 Billares, le bar notable (café classé) du 1265 avenida de Mayo.

Entrée : 40 $.

Elles y présenteront un répertoire de tangos classiques et de tangos modernes, de rythmes traditionnels issus du folklore et d'autres genres populaires argentins. Elles auront une invitée d'honneur différente chaque semaine en la personne de quatre artistes de folklore :

María de los Ángeles Ledesma, le mercredi 6 avril
Inés Bayala le mercredi 13 avril
Nacha Roldán le mercredi 20 avril
et Teresa Parodi, une grande de la musique contemporaine des campagnes argentines, le mercredi 27 avril.

Pour les accompagner, les guitaristes Nacho Iruzubieta et Juan María Páez et la percussioniste Victoria Tricárico seront de la partie.

Pour en savoir plus :
connectez-vous au site des 36 Billares
consultez l'ensemble des articles consacrés dans Barrio de Tango à ces artistes en cliquant sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search ci-dessus.
Le mot-clé Monserrat se rapporte au quartier où se trouve l'établissement et le mot-clé Bares Notables à l'ensemble des propositions culturelles et musicales de ces cafés inscrits au patrimoine de la Ville de Buenos Aires

lundi 4 avril 2011

La Biyuya une nouvelle fois vedette et hôtesse à la SFCO de Avellaneda [à l'affiche]

Prochain concert du groupe de tango contemporain La Biyuya (1) à la Sociedad de Fomento Crucesita Oeste, de la ville de Avellaneda, dans la banlieue sud de Buenos Aires, le samedi 9 avril 2011 à 21h, selon la formule ordinaire. Entrée 15 $ (et possibilité d'une restauration sur place à petit prix, comme c'est écrit sur l'affiche).

Ils ont invité pour l'occasion la chanteuse et pianiste Laura Calíva et le groupe de folklore Intí Takín.

Pour en savoir plus sur La Biyuya (2), vous connaissez le principe : les mot-clés contenus dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, dont leur nom, vous font remonter l'ensemble des articles correspondant au sujet que vous choisissez (Gran BsAs par exemple vous permet de lire les articles que j'ai consacrés à ce qui se passe dans la petite et grande ceinture 70 km autour de la capitale argentine). Et dans la Colonne de droite, dans la partie basse, vous trouverez des sites et pages Internet de nombreux artistes dont je parle dans Barrio de Tango, dans la rubrique Grillons, zorzales et autres cigales (La Biyuya en fait partie).

(1) La plupart des artistes dont je vous donne des nouvelles régulièrement dans Barrio de Tango, ils approchent les 200 à présent, sont des représentants du tango contemporain. Je vous épargne en général les musiciens qui se contentent de copier ce qui se faisait dans les années 20, 30 ou 40, qui donne son meilleur jus dans les disques des grands classiques...
(2) La Biyuya fait aussi partie des artistes que j'ai présentés dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, paru chez Tarabuste Editions, comme supplément 2010 de la revue Triages, et désormais disponible dans les librairies (où il faut le commander) ou directement chez l'éditeur, au prix de 20 €. Tarabuste Editions, rue du Fort, 36170 Saint-Benoît du Sault, France (voir les articles rassemblés sous la couverture du livre, dans la partie haute de la Colonne de droite). La Biyuya a droit à son propre chapitre bilingue avec 5 chansons tirés de leurs trois premiers disques. On attend avec impatience la sortie du 4ème disque, dont j'ai entendu une petite avant-première, en août, lors d'une petite fête organisée par la chanteuse Jacqueline Sigaut, chez elle, dans le nord de Buenos Aires.

Concert gratuit de Taquetepa ce dimanche à Clermont-Ferrand [ici]

Du 8 au 10 avril 2011, se tient à Clermont-Ferrand un Festival intitulé Voyage culturel en Amérique Latine.

Le Trio Taquetepa que vous connaissez désormais bien, composé du guitariste et compositeur argentin Daniel Pérez, de la flûtiste française Marie Crouzeix et du contrebassiste, français lui aussi, Fabrice Gouterot, donnera un concert gratuit le 10 avril à 20h30, à la Maison de l'Oradou, 88 rue de l'Oradou, à Clermont-Ferrand.

Entrée libre et gratuite.

En mai, le trio Taquetepa débarque à Paris. Les Parisiens, profitez-en après les Auvergnats...

Pour en savoir plus sur le groupe Taquetepa, connectez-vous à leur page Myspace (que vous pouvez retrouver parmi les pages amies de ma propre page sur ce réseau social de la musique et du cinéma).

Pour casser la grève, on licencie au Teatro Colón [Actu]

Le Gouvernement portègne n'y va pas par quatre chemins : après le retentissent soutien apporté par le grand chanteur lyrique espagnol, Plácido Domingo, il y a quelques jours, aux musiciens du Teatro Colón (lire mon article du 23 mars 2011 à ce sujet), en conflit social sans discontinuer depuis six mois, avec leur autorité de tutelle, le Gouvernement (ultra-libéral) de la Ville Autonome de Buenos Aires, la ville vient de révoquer le contrat de travail de 41 musiciens non titulaires du Teatro Colón, qui compte deux orchestres, l'orchestre résident (orquesta estable), qui accompagne les spectacles lyriques, et l'orchestre philharmonique. Qui plus est, Mauricio Macri, chef de ce même gouvernement portègne aussi peu porté sur la culture qu'il est possible d'imaginer, a accusé les musiciens grévistes de commettre des violences, des agressions et de faire le coup de poing ("agredir y patotear") pour empêcher leurs collègues de travailler.

Devant la mesure unilatérale de débauchage des musiciens vacataires, l'assemblée générale des grévistes a suspendu le mouvement samedi, jusqu'à demain, mardi 5 avril, en espérant qu'au cours de ces quelques jours, le Ministère de la Culture voudra bien faire un geste et un geste qui soit digne de ce nom.

Les musiciens et l'ensemble des corps de métiers de l'opéra de Buenos Aires réclament une augmentation de 40% de leurs salaires, afin de récupérer l'inflation et les différentiels sont constatés avec les rétributions des musiciens d'autres formations de même taille et de même nature dans le pays. La comparaison n'a pu être faite que sur le salaire des musiciens, le pays n'ayant pas assez de théâtres permanents de cette nature pour qu'elle soit dressée pour les autres corps de métier. Ce qui dans le conflit social a mis en avant les musiciens, qui s'en prennent plein la figure. Alors que c'est l'ensemble des personnels du théâtre qui est en conflit.

D'après le quotidien Página/12 qui rend compte du mouvement et prend parti ouvertement pour les grévistes, Mauricio Macri a pris cette mesure pour montrer sa force durant les quatre mois qui le séparent les élections municipales, qu'il vient lui-même de fixer au mois de juin prochain. Il a donc anticipé la tenue du scrutin de 4 mois (il a été élu en octobre 2007). Avancée des élections qui lui permet de court-circuiter les délais de justice dans un certain nombre d'affaires auxquelles il est mêlé (la justice vient ainsi de rejeter son pourvoi en cassation contre sa mise en cause dans l'affaire de l'espionnage téléphonique des victimes de l'attentat de l'Amia en 1994; mais le temps que l'audience de jugement se tienne, il risque de couler beaucoup d'eau dans le Río de la Plata !).

Et pour se faire réintégrer, les musiciens débauchés devront eux aussi intenter un procès qui ne pourra pas se tenir avant les élections.

Le Teatro Colón n'en est pas à son premier long conflit mais celui-ci est en train de dépasser celui qui avait éclaté en 1936 et avait abouti au vote de quelques lois accordant aux musiciens, aux danseurs, aux machinistes et au personnel de salle, un début de droit du travail, avec en particulier des limitations du temps de travail quotidien qui furent un grand soulagement pour les artistes et techniciens, jusqu'alors corvéables à merci.

Pour aller plus loin sur les rebondissements du conflit en cours :
lire l'article de Página/12 daté du 2 avril 2011