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vendredi 8 avril 2011

Un deuil pour beaucoup de gens de culture : le journaliste Marcelo Villegas est décédé [Actu]

Le poète Luis Alposta vient d'annoncer le décès très précoce du journaliste Marcelo Villegas, l'éditeur-rédacteur du site Noticia Buena, dont vous avez le lien dans la partie inférieure de la Colonne de droite.

Marcelo n'avait que 47 ans. Il était atteint d'une maladie dégénérative du système nerveux qui le clouait chaque mois un peu plus sur sa chaise roulante. Je me doutais que son état de santé s'aggravait car je n'avais pas pu le rencontrer en août à Buenos Aires l'année dernière. Pourtant, pas plus tard qu'hier, il avait encore envoyé la newsletter bi-hebdomadaire de mise à jour de son site, avec une nouvelle Mosaïque portègne, de Luis.

Son courage, sa droiture, sa foi en Dieu, son espérance, la finesse de ses interviews, l'originalité des nouvelles qu'il traitait, l'audace qu'il manifestait dans ses choix éditoriaux vont nous manquer... Retrouvez son talent de journaliste sur son site Internet : Noticia Buena.

vendredi 9 juillet 2010

Tango et médecine d’hiver avec Luis Alposta [Troesma]

L’année dernière à la même époque, en pleine psychose de grippe A, Luis Alposta nous tirait de son immense collection un tango intitulé La grippe (avec deux p, comme en français).

Cet hiver, il nous parle d’un tango de Humberto Canaro (musique) et Armando Tagini (texte) intitulé Fiebre (fièvre), dont il vous explique doctement (c’est normal, il est docteur en médecine) ce que ce phénomène corporel signifie en médecine védique puis chez les Romains en passant par les Etrusques et enfin de que le terme a donné en éthymologie latine…

Vous apprendrez ainsi que le mois de février est celui de la fièvre et des rites propitiatoires pour l’éloigner des hommes, ce qui est vrai chez nous dans le nord de l’hémisphère nord mais se laisse plus difficilement comprendre à Buenos Aires où en février, il règne une chaleur à ne pas mettre le nez dehors… sauf la nuit et encore ! Et c’est dans ce cagnard indescriptible qu’a pourtant lieu le carnaval (sorti lui aussi d’autres rites propitiatoires de liberté, les saturnales, fêtes qui se tenaient depuis des temps immémoriaux à Rome en hiver et qui ont progressivement fait place, à partir de la christianisation du Bas Empire romain, au temps de l’Avent et de Noël)…

Vous apprendrez aussi qu’en 1917, un musicien, José Martinez, a dédié un tango pour piano à une invention italienne du 17ème siècle, le thermomètre, dont vous connaîtrez ainsi l’histoire synthétisée.

Ce nouveau texte de Luis Alposta appartient naturellement à sa chronique intitulée Mosaicos Porteños. Il figure dans l’édition du mardi 6 juillet 2010 de Noticia Buena, le journal en ligne du journaliste Marcelo Villegas, et il est à lire sur la page de Luis Alposta.

En bonus audio, vous pourrez écouter Fiebre dans une interprétation de Francisco Canaro, le grand frère d’Humberto, enregistrée en 1938 (l’année suivant la naissance de Luis Alposta).
Dans le genre incunable, ça se pose là…

Ailleurs sur le site, dans les pages Acción en Valores, vous pourrez lire l’histoire du Régiment Patricios, l’un des corps d’armée qui jouèrent un rôle décisif pendant la Semana de Mayo, la semaine du 18 mai au 25 mai 1810 qui fit basculer l’histoire de l’Argentine (voir mon feuilleton sur cette semaine révolutionnaire, dans Petites Chronologies, une rubrique de la partie médiane de la Colonne de droite).

Pour aller directement à Fiebre, dans Mosaicos Porteños, cliquez sur le lien.

samedi 26 juin 2010

Pour philatélistes : la nouvelle chronique de Luis Alposta dans Noticia Buena [Troesma]

Comme vous avez pu le lire dans l'un des articles que j'ai publiés jeudi 24 juin, pour les 75 ans de la disparition de Carlos Gardel, Luis Alposta a fourni le motif du timbre que la Ville de Buenos Aires vient d'éditer à l'occasion de cet anniversaire.

Aujourd'hui, Luis publie une nouvelle chronique dans sa page Mosaicos Porteños qu'il tient tous les quinze jours sur le site du journaliste Marcelo Villegas, Noticia Buena : cette nouvelle chronique, il la consacre à la toute première série de timbres qui ait rendu hommage en Argentine à Carlos Gardel. Il s'agissait d'une initiative du tanguero japonais Joji Kanematzu et qu'avec le chanteur-compositeur Edmundo Rivero et le poète et compositeur Enrique Cadícamo, Luis appuya en Argentine à partir de juin 1984 lorsque le pays préparait les célébrations marquant les 50 ans de la mort du Zorzal Criollo. Une année 1985 qui vit aussi la pose du très beau mural fileteado que le Maestro León Untroib a peint pour la station de métro Carlos Gardel, au pied du bâtiment de l'Abasto.

Les trois tangueros Argentins et leur ami japonais présentèrent donc un dossier à la Commission Nationale d'expertise pour l'Emission de timbres commémoratifs, laquelle finit par accepter l'idée et émit en effet trois timbres, dont les motifs furent dessinés respectivement par les fileteadores Severi et Arce, qui exercent toujours, le caricaturiste de presse uruguayen Hermenegildo Sabát, qui vit à Buenos Aires depuis de nombreuses années et travaille à la rédaction de Clarín, et Alonso qui représenta un Gardel tel que le virent les Parisiens au début des années 20, déguisé en gaucho d'opérette (c'était la grande mode de l'exotisme facile et Gardel s'y prêta le temps de se faire connaître).

La chronique de Luis raconte donc cette histoire avec l'érudition discrète dont il fait preuve à chacune de ces petites vignettes que je vous invite à découvrir sur le site, dans une langue très simple, vraiment facile à lire dans le texte.

En illustration audio de cette vignette (vous savez qu'il y a toujours un document audio en bas de la page, un document que Luis tire de sa collection personnelle à la richesse et la variété inimaginables), vous entendrez Carlos Gardel chanter Anclao en París, un tango que lui écrivit Enrique Cadícamo à la demande du compositeur et guitariste Guillermo Barbieri qui a signé la partition. Bien entendu, Anclao en París fait partie de Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, éd. du Jasmin, mai 2010 (page 284).

Un mot encore sur Joji Kamenatzu (en transcription argentine,Yoyi Kamenatz) : grand admirateur de la chanteuse et compositrice Rosita Quiroga, à qui il écrivit un jour son admiration dans un espagnol parfait, il fut, par l'intermédiaire de la chanteuse, qui fut une patiente et une amie de Luis, un ami personnel de ce dernier. Ils se sont connus au Japon lors du premier voyage que Luis fit dans l'archipel. Joji Kamenatzu vécut ses dernières années, en se partageant entre le Japon et Buenos Aires, où il est décédé, comme il l'avait souhaité, et où il est enterré. C'est en très grande partie grâce à son aide que Luis a écrit son passionnant essai historiographique, El Tango en Japón, qui reste aujourd'hui l'unique ouvrage sur l'histoire du genre dans l'archipel nippon (ed. Corregidor, Buenos Aires, 1987). La plaque commémorative qu'ils ont tous les quatre posée sur la tombe de Carlos Gardel, le 24 juin 1985, je l'ai prise en photo en août 2007 et elle illustre l'une des pages de Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, déjà cité, tout comme l'autre photo, que vous trouverez sur la page de Noticia Buena de cette quinzaine, celle qui représente Joji Kamenatzu, Luis, Enrique Cadícamo et Edmundo Rivero, que Luis m'a gracieusement autorisée à reproduire dans mon ouvrage (1).



(1) la photo de groupe, qui en fait n'est pas exactement celle que Luis a choisie pour Noticia Buena mais une autre qui a été prise lors de la même séance de pose près de la tombe de Gardel, à quelques secondes d'intervalle, se trouve à la page 288 du bouquin (dans l'esquina intitulée La traversée du siècle et consacrée à la notice biographique d'un poète, je vous laisse deviner lequel. Franchement, ce n'est pas difficile).
La photo de la plaque commémorative, qui a été apposée sur le côté latéral de la tombe, sur le piédestal de la statue, se trouve à la page 297, dans une esquina qui s'intitule Simple escale technique et dont la clé du titre vous sera suggérée par l'article que j'ai consacré jeudi à la mort de Carlos Gardel, Alfredo Le Pera, son parolier et scénariste privilégié, Guillermo Barbieri et Angel Riverol, deux de ses guitaristes, dans un accident au sol sur un aérodrome colombien. La clé complète du titre est fournie par l'esquina elle-même dans le bouquin (vous ne croyez pas qu'en plus, je vais vous la livrer comme ça !).
Malheureusement, il y a sur cette page et celle qui lui fait face un petit défaut de fabrication. Allez savoir pourquoi, il manque les numéros de page. Mais la page d'avant et la page d'après sont, elles, numérotées. Aucun risque donc de vous perdre dans les 384 pages du livre ni dans le disque Melopea de 22 pistes qui l'accompagne et dont vous avez la description à la page 350 (la table des matières vous permettra d'ailleurs de la retrouver).

lundi 7 juin 2010

Apprendre le portègne en 01 leçon avec Luis Alposta [Jactance & Pinta]

Toutes les quinzaines, Luis Alposta publie sur le site du journaliste Marcelo Villegas une vignette littéraire qui appartient à une série d’instantanés touchant à tous les domaines de la vie à Buenos Aires intititulée Mosaicos Porteños (un titre qui se passe de traduction pour des francophones).

Il y a quelques jours, le nouvel article de la série a été publié. Son titre : Au sujet de l’éléphant. C’est une fantaisie sur les expressions idiomatiques en usage en Argentine et qui intègre le nom de ce pachyderme aussi exotique pour les Argentins que pour les Européens.

Luis a illustré ce billet de deux photos souriantes de lui en 1981 dans les jardins d’un hôtel de New-Dehli, où on le voit en contemplation devant l’un des spécimens de la race domestique asiatique...

Et une fois n’est pas coutume, comme les expressions idiomatiques portègno-argentines sont singulièrement similaires à leurs cousines françaises, je vous épargne la danse visuelle habituelle, un coup à gauche, un coup à droite, pour vous laisser face à face avec la bête en VO... On va bien voir si vous vous débrouiller... Pour info, vous disposez d’un dictionnaire Wordreference, dans la rubique Cambalache (casi ordenado), dans le bas de la Colonne de droite.

Et si vraiment vous ne voulez pas jouer le jeu, vous avez même un traducteur automatique (Reverso), dans la même section de la même rubrique. Mais ce n’est pas la peine d’ouvrir Reverso. Les appels de note alphabétiques vous renvoient en toute fin d’article à des traductions que je vous propose. Tout en bas de l’article pour que ceux de mes lecteurs qui ont  envie de jouer le jeu n’aient pas la solution immédiatement sous les yeux (il va falloir utiliser l’ascenseur situé sur le côté droit de ce blog, sous Explorer en tout cas).

Un elefantólogo (1) amigo solía decir que cada elefante tiene su frase según el color (2) o el lugar en que se encuentra. Y tenía razón. (a)

La expresión “elefante blanco” alude a cosa muy cara, a cosa que cuesta mucho mantener; a posesiones que tienen un costo de manutención mayor que los beneficios que aportan. (b)

En cambio, recurrir a la imagen de “un elefante en un bazar” (3) es hacer referencia a un botarate; a la manifiesta torpeza de alguien que puede ser lesivo en determinado lugar o circunstancia. Y cosa muy distinta es hablar de “pata de elefante” (4), que es como popularmente se llamaban a los pantalones Oxford, aquellos que estuvieron de moda en los años 60. (c)

En cuanto al elefante como amuleto, recordemos que tiene una procedencia hindú que surge de la leyenda de Ganesha, el dios con cabeza de elefante, hijo del dios Siva y la diosa Parvati. Un dios al que solían invocar no sólo mercaderes y comerciantes sino, también, literatos y poetas en busca de inspiración. (d) (5)

Durante la primera mitad del siglo XX el elefante “de la buena suerte” adquirió fama en el mundo occidental, representándoselo en posición de marcha y con la trompa levantada y doblada hacia atrás, como impidiendo que la buena suerte se escapara. (e)

Y tener “memoria de elefante” (6) es recordar, entre otras muchas cosas, los versos de El elefante Trompita, la popular canción infantil de Tito Alberti compuesta en 1947. Y es, también, recordar aquellos versos del tango "En un corsito de barrio", de Yiso y Aznar, que dicen: (f)

Cuando la vi peligrosa
le dije en tono galante:
-Mañana, mi sol brillante,
¿dónde la puedo encontrar?
-¿Mañana? En el Shangri-La.
¡Soy la mujer elefante!
[musique de Abel Aznar, paroles de Reynaldo Yiso]

Et là, je ne traduis rien de rien, même pas en note : je l’ai déjà fait ailleurs. Dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, publié le 3 mai 2010 aux Editions du Jasmin. Une anthologie pour laquelle Luis Alposta m’a justement fait l’honneur et l’amitié de rédiger une postface en p 342.

Dans Barrio de Tango, cette letra apparaît cependant sous un titre légèrement différent : En el corsito del barrio (dans le défilé [de carnaval] de mon quartier), une histoire pas sérieuse pour deux sous avec un chute burlesque et inattendue qui m’avait bien fait rire quand j’avais découvert ce tango, un jour de 2007, grâce à la programmation matinale de La 2 x 4, la radio publique 100% de Buenos Aires (dont vous avez le lien dans la rubrique Ecouter, dans la partie inférieure de la Colonne de droite).

Pour en savoir plus sur Luis Alposta, cliquez sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus : vous ouvrirez ainsi l’ensemble des articles que j'ai publiés et qui se rapportent aux activités et à l'oeuvre de ce poète, essayiste et conférencier argentin.
Pour lire directement l’article et voir les photos (et visionner aussi le long clip choreographique mexicain qui les accompagnent), cliquer sur le lien vers Mosaicos Porteños de Noticia Buena.
Pour en savoir plus sur Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, cliquez sur ce lien ou sur ceux que vous trouverez tout en haut de la Colonne de droite.

(1) néologisme alpostien.
(2) et pourtant il n’est pas question dans ce billet de petits éléphants roses...
(3) lo mismo existe en francés : un éléphant dans un magasin de porcelaine
(4) también en francés existe lo mismo : "pantalon à pattes d’éléphant" o aún mejor dicho en el habla de cada día : "pantalon à pattes d’éph".
(5) Voir les photos qui illustrent l’article. Sûr que Luis pense à lui-même !
(6) Exactamente igual en francés : "mémoire d’éléphant". Significa lo mismo.



(a) Un éléphantologue de mes amis disait souvent que chaque éléphant a sa phrase en fonction de la couleur ou du lieu qui est le sien. Et il avait raison.

(b) L’expression éléphant blanc fait allusion à une chose très chère, à une chose très coûteuse à entretenir, à des biens qui ont un coût d’entretien plus élevés que les bénéfices qu’ils rapportent.

(c) En revanche, recourir à l’image d’un éléphant dans un bazar, c’est faire référence à un brise-tout, à la maladresse manifeste de quelqu’un qui peut se montrer destructeur dans un lieu ou des circonstances déterminé(e)s. Et c’est tout autre chose de parler de patte d’éléphant, car c’est la manière populaire de nommer les pantalons Oxford, ceux-là mêmes qui étaient à la mode dans les anées 60.

(d) Quant à l’éléphant amulette, rappelons qu’il procède de l’hindouisme qui surgit de la légende de Ganesh, le dieu à tête d’éléphant, fils du dieu Shiva et de la déesse Parvati. Un dieu qu’invoquaient souvent non seulement des marchands et des commerçants mais aussi des lettrés et des poètes en quête d’inspiration.

(e) Pendant la première moitié du 20e siècle, l’éléphant porte-bonheur a acquis son renom dans le monde occidental, qui le représente en train de marcher et la trompe levée, tournée vers l’arrière, comme pour empêcher que la chance s’échappe.

(f) Et avoir une mémoire d’éléphant, c’est se souvenir, au milieu de beaucoup d’autres choses, les vers de l’Eléphant trompette, la chanson d’enfant bien connue de Tito Alberti composée en 1947. Et c’est aussi se souvenir de ces vers du tango En un corsito de barrio, de Yiso et Aznar qui disent :
(Traduction Denise Anne Clavilier)

mardi 25 mai 2010

Bicentenaire... alpostien [Troesmas]

En ce jour du Bicentenaire de l’Argentine, dont je sais qu’il est heureux de le voir et de le fêter comme tous les Argentins et parmi eux notamment tant et tant d’artistes de tango que j’ai la chance de connaître et de saluer, je voulais adresser un petit (que dis-je, un petit ! un grand) salut amical à Luis Alposta, qui a eu la gentillesse (et le talent) de rédiger la postface du livre que je viens de publier aux Editions du Jasmin (1).

Il y a quelques jours, Luis a consacré son Mosaico Porteño bimensuel de cette deuxième partie du mois de mai 2010 sur le site de Noticia Buena au 1er centenaire de l’indépendance de l’Argentine, grande fête qui avait saisi Buenos Aires pendant presque toute l’année 1910 et à laquelle l’Infante Isabelle d’Espagne elle-même était venue assister il y a 100 ans aujourd’hui...

Je vous laisse bien sûr découvrir ce texte sur la page de Luis Alposta sur Noticia Buena. Il y a trois choses à y découvrir, à part le texte que je vais vous traduire ci-dessous : une photo de la tribune d’honneur des fêtes du 25 mai 1910, un tableau de 1910 représentant la foule révolutionnaire de la Plaza Mayor (Plaza de Mayo aujourd’hui) au soir du 25 mai 1810 (reportez-vous à mon article d’aujourd’hui dans le feuilleton Il y a deux cents ans aujourd’hui pour comprendre cette image) et le Mp3 de service, le tango Independencia (of course !), de Alfredo Bevilacqua, interprété par Juan D’Arienzo (2) et son orchestre.

Año 1910. Desde comienzos de enero, y hasta el 18 de mayo de ese año, un terror cósmico y lunático se abatió sobre los atribulados habitantes de Buenos Aires. Se hablaba entonces del cometa Halley y de “la fin del mundo”. Un terror cósmico y lunático que, sin embargo, no impidió que 1910 pasase a ser el “Año del Centenario”.
Luis Alposta, Mosaicos Porteños

Année 1910. Depuis le début de janvier et jusqu’au 18 mai de cette année-là, une terreur cosmique et délirante s’était abattue sur les habitants de Buenos Aires éprouvés par de multiples tribulations (3). On parlait alors de la comète de Halley et de la fin du monde. Terreur cosmique et lunatique qui, cependant, n’empêcha pas que 1910 passe à l’histoire comme l’"Année du Centenaire".
(Traduction Denise Anne Clavilier)

La Argentina celebraba los cien años del inicio de la Revolución que culminaría en la independencia y Buenos Aires, durante los actos conmemorativos, se transformó en el centro de grandes festejos. Visitantes ilustres, recepciones de gala, funciones teatrales extraordinarias, marchas civiles, desfiles militares, inauguración de monumentos y obras escultóricas obsequiadas por colectividades extranjeras para espacio público y un programa de actos que incluyó la realización de varios congresos internacionales.
Luis Alposta

L’Argentine célébrait les cent ans du début de la Révolution qui allait culminer avec l’indépendance et Buenos Aires, pendant les célébrations commémoratives, se fit le centre de grandes festivités. Visiteurs illustres, réception de gala, représentations théâtrales extraordinaires, défilés civiques, parades militaires, inauguration de monuments et d’oeuvres sculpturales offertes par des communautés étrangères pour les espaces publics et un programme de célébrations qui incluait la tenue de différents congrès internationaux.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

En síntesis: una celebración con “bombos y platillos”. “Bombos y platillos” que, frente al palco oficial instalado en Avenida de Mayo, aquel 25 le cedieron su lugar a las cuerdas. Fue cuando Alfredo Bevilacqua, batuta en mano y frente a su rondalla, ejecutó el tango “Independencia”, de su autoría. Tango que enfervorizó a la multitud y que fue elogiado por el presidente José Figueroa Alcorta y la Infanta Isabel de Borbón, a quien el autor le obsequió la partitura con una dedicatoria. Fue el año en que, también durante los festejos, se estrenó el tango “La Infanta”, de Vicente Greco. El año en que Luis Sánchez de la Peña pintó su cuadro “25 de Mayo de 1810”, y nos dejó la duda de si en el Buenos Aires de entonces había o no paraguas.
Luis Alposta

En résumé : une célébration avec tambours et trompettes (4). Tambours et trompettes qui, devant la tribune officielle installée sur l’Avenue de Mai, ce 25 mai-là, laissèrent la place aux cordes (5) quand Alfredo Bevilacqua, baguette en main, et son ensemble d’instruments à cordes, exécuta le tango Independencia, de sa composition. Tango qui enthousiasma la multitude et reçut les éloges du Président José Figueroa Alcorta et de l’Infante Isabel de Bourbon, à qui l’auteur offrit la partition dédicacée. Ce fut l’année au cours de laquelle, là encore pendant les festivités, fut créé le tango La Infanta, de Vicente Greco (6). L’année au cours de laquelle Luis Sánchez de la Peña peint son tableau 25 mai 1810 et nous laissa un doute quant à savoir si, dans le Buenos Aires (7) d’alors, il y avait ou non des parapluies.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour bien comprendre cette chute et en savourer l’humour, il faut bien sûr aller regarder l’article de Luis sur Noticia Buena et voir le tableau (il y est) sans oublier d’aller lire le 8ème et dernier épisode de ma série sur le déroulement de la Semaine de Mai, du 18 au 25 mai 1810, publié aujourd’hui pour raconter aux francophones européens (et canadiens ou africains aussi s’ils veulent venir avec nous : plus on est de fous, plus on rit !) ce que fut cette semaine clé dans l’histoire argentine. Pour vous reporter à cet épisode, vous avez le choix entre chercher par vos propres moyens (grâce aux mots-clés du bloc Pour chercher, para buscar, to search ci-dessus, au moteur de recherche en haut à gauche, aux archives mensuelles du blog dans la Colonne de droite...) ou vous épargner tout ça et cliquer sur le lien Semana de Mayo. Et puis il faut aussi savoir ce que veut dire "avoir un parapluie" à Buenos Aires ou plus exactement ce que veut dire "ne pas avoir de parapluie": travailler (ou vivre) sans filet, sans protection (notamment sociale), risquer en permanence de se retrouver en très mauvaise posture au moindre incident de trésorerie, vivre avec une très petite marge de manoeuvre...

(1) Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins. Epilogue de Luis Alposta.
(2) J’ai rétabli hier la bonne marche du raccourci de Juan D’Arienzo, dans la section Toujours là de la rubrique Vecinos del Barrio. Pardon à l’internaute anonyme qui, ce week-end, a cliqué dessus... pour ne rien trouver. Si cette mésaventure vous arrive un jour, n’hésitez surtout pas à m’envoyer un mail pour me prévenir. Je vous en serai reconnaissante et j’essayerai de réparer aussi vite que mon agenda me le permettra.
(3) L’Argentine était alors gouvernée par une clique de grands propriétaires terriens incroyablement corrompue et qui a géré le pays en fonction des intérêts de ses affaires commerciales. Ce groupe de ploutocrates avaient accédé au pouvoir en 1880 (d’où leur surnom de Generación del 80) et avaient mis en place des moeurs politiques et patronales qui faisaient vivre au peuple un véritable enfer, en particulier les nombreux immigrants qui avaient commencé d’affluer à Buenos Aires depuis 1880 dans des proportions auxquelles la ville n’était pas préparée et qui lui valut un développement urbanistique et social des plus anarchiques. Quand on n’était pas riche à Buenos Aires, en 1810, on vivait très, très, très mal. Au début de l’année, une répression d’une violence inimaginable s’était abattue sur les anarchistes, très nombreux parmi les ouvriers immigrants, parce qu’on craignait qu’ils n’organisent des attentats pendant les festivités. Une loi avait été votée en 1902 pour criminaliser les faits de grève et expulser du pays tous les étrangers qui se seraient rendu coupables de faits de ce type. Je vous en passe et des meilleures...
(4) Bombos y platillos : en fait il s’agit de tambours (bombos) et de cymbales (platillos), instruments traditionnels pur faire autant de bruit que possible pendant les défilés des réjouissances publiques, en fin d’année, pendant le carnaval et lors des fêtes patriotiques. Mais en français, l’expression consacrée, c’est "tambours et trompettes" dans ce type de contexte ou alors "en fanfare". Mais avec "en fanfare", je trouve, moi, que l’esprit de ce texte de Luis Alposta passe moins bien. Et vous ?
(5) Semi glissement sémantique habituel chez Luis : las cuerdas (cordes) dont il s’agit ici sont celles des violons, altos, violoncelles et autres contrebasses de la musique de chambre. A cette époque, la orquesta típica (piano, violon, bandonéon et contrebasse) n’est pas encore constituée. Le bandonéon conquiert peu à peu et à grand peine le répertoire du tango. Et l’orchestre de bric et de broc qui se constitue encore sans vraie tradition installée dans les lieux de tango (dans les bals de la rue Rodríguez Peña, au Café Antiguo Hansen à Palermo ou bientôt au très chic Armenonville grâce à Carlos Gardel en 1916) ferait mauvais effet dans le paysage ultra-mondain et super-huppé de l’heure. N’oublions pas que nous sommes encore pour six ans sous le gouvernement (pas très recommandable) de la très snob et très collet-monté Generación del 80 (voir Vademecum historique en partie médiane de la Colonne de droite, dans la rubrique Petites Chronologies). L’expression francophone "il pleut des cordes" n’a pas d’équivalent littéral en Argentine (voir deux phrases plus loin) et n’a rien à voir avec ce qui suit... Et pourtant !
(6) Grand musicien de la Guardia Vieja.
(7) Grande discussion entre Portègnes : le sexe de Buenos Aires. A peu près aussi confuse que les mêmes discussion des théologiens en Sorbonne dans le bas Moyen Age... Dans le tango mondialement connu, Mi Buenos Aires querido, la ville est masculine (querido). Ce qui permet de faire quelques blagues pas toujours très fines mais néanmoins assez drôles sur la sexualité des interprètes du morceau. Horacio Ferrer, lui, n’en démord pas : Buenos Aires est délicieusement, essentiellement, parfaitement féminine. Pour Juan José Paso, qui inventa le principe de la Hermana Mayor le 22 mai 1810, c’était sans doute la même chose... Allez-y et faites-vous donc votre opinion vous-même. Le site de la compagnie aérienne nationale, Aerolineas Argentinas, une des rares créations de Perón qui ait réussi à survivre jusqu’à ce jour, se trouve dans la rubrique Les commerçants del Barrio de Tango, dans la partie basse de la Colonne de droite.

jeudi 8 avril 2010

Quand Luis Alposta rend hommage à deux artistes de ses amis [Troesmas]

S’il y a un trait de caractère de Luis Alposta qui est connu de tous dans la communauté tanguera à Buenos Aires, c’est bien qu’il est une crème d’homme. Et c’est une réputation qu’il n’a pas volée, pas plus qu'il n'a volée celle qui lui est attribuée d'être un homme plein d’humour, avec toujours une plaisanterie en réserve, au cas où...

Il y a quelques jours, il a ainsi envoyé à toutes ces connaissances, en tout cas celles qui ont une adresse mail, deux liens vers des vidéos postées sur You Tube, sous ce titre à double détente : Grande Daniel...

Les deux vidéos montrent pour la première l’auteur-compositeur-interprète guitariste et clarinettiste Daniel Melingo en train de diriger la salle pour que les gens frappent dans leurs mains à l’intensité et au rythme voulu pour accompagner Narigón (un morceau de bravoure de son tour de chant que le public vit en pouffant de rire) et la seconde le chef d’orchestre philharmonique Daniel Baremboïm, dirigeant le public viennois pour la Marche de Radetsky au concert de Nouvel An de 2009 (cette scène traditionnelle est plus connue, sans doute, étant donné qu’elle se répète tous les ans depuis des décennies et ce quelque soit le chef chargé de diriger ce concert).

Daniel Melingo est l’un des partenaires de prédilection de Luis Alposta (et réciproquement sans doute) pour tout ce qui touche le tango. Vous n’avez qu’à retourner les derniers disques de Melingo pour vous en rendre compte : Jack The Ripper (Jack l'Eventreur), Sin enroque, Tres puntos (musique de Edmudo Rivero), Tango del Vampiro, sur Ufa ; De todo y para dos et El extraño caso sur Santa Milonga, enfin En un bondi color humo, A lo Magdalena, Se igual sur Maldito Tango...

Voici donc le lien vers cette vidéo qui rappellera de bons souvenirs à tous ceux qui ont déjà vu Daniel sur scène, pieds nus en prime. Attention : prenez votre temps, ça dure 10 minutes.

Et pour ceux que la musique des Strauss enchante aussi, voici le lien vers la Marche de Radetsky dirigé dos à l'orchestre par Baremboïm, avec la voix du commentateur argentin pour l’annoncer. Cette vidéo-là est nettement plus courte.

Capture d'écran de Noticia Buena
(le portrait de César Tiempo est de la main de Luis Alposta)

Sur sa page Internet de Mosaicos porteños, cette quinzaine, Luis Alposta vient de faire mettre en ligne le petit texte qu’il a rédigé en 1990 en souvenir de sa rencontre -à Bruxelles !- en 1971, avec le poète et dramaturge argentin César Tiempo, dont il fut un ami très proche et un compagnon à la Academia Porteña del Lunfardo. Le texte est un peu long, je ne vous en traduis que le début, que vous pouvez lire sur l’image d'illustration (ou mieux sur le site de Noticia Buena, où il figure en intégralité).

Avec ou sans César Tiempo à Bruxelles

Ce fut à la sortie de la Bibliothèque Albertine, à Bruxelles, "ville au parfum de cendre, de plumes fraîchement arrachées, de vents changeants", que j’ai fait la connaissance de César Tiempo. C’est son fils qui nous a présentés. La mitraille d’une pluie inattendue nous obligea à trouver refuge dans un café.

Je me souviens qu’il a entamé le dialogue avec une question : "Savez-vous ce que veut dire Bruxelles ?" Je lui ai dit que non et il m’a répondu : "cela vient du mot Brüoscella, qui veut dire mouillée dans les marais, un nom qui lui vient du Duc Charles de Basse Lorraine et qui n’a rien à voir avec le Maneken-Pis, ce môme de bronze qui a une diurèse continuelle depuis le 17ème siècle" (1).

D’une stature moyenne et avec un thorax de ténor, la silhouette de César Tiempo était surmontée d’une tête de taureau au sourire de faune et d'une paire d'yeux auxquels les lunettes conféraient un regard magique et circulaire. Sa voix, pausée et assurée, était grave et chaude. Son talent et son sens de l’humour inépuisables...
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Le reste est à lire et à savourer sur Noticia Buena. Tout en bas de la page, vous n’aurez qu’à cliquer sur le lien pour entendre la voix de César Tiempo lui-même. Et depuis la rentrée de mars, le nouveau site de Noticia Buena vous permet désormais d’accéder aux archives des textes déjà parus, en cliquant dans l’encadrement sur la phrase Volver para elegir otro Mosaico.

Cet été, j’avais traduit un poème de Tiempo, que le portail de la Ville de Buenos Aires avait publié pour lui rendre hommage. Vous pouvez vous y reporter en cliquant sur ce lien vers mon article du 24 octobre 2009 ou sur le nom du poète dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

Vous connaissez par ailleurs désormais les astuces de navigation au milieu des 1260 articles déjà parus : le bloc Pour chercher vous permet d’accéder à des articles ayant en commun avec celui-ci quelques thèmes que j’ai moi-même définis. Vous pouvez aussi en sortir grâce aux raccourcis qui sont rangés par ordre croissant de spécilisation dans la partie haute de la Colonne de droite, en dessous des rubriques Agenda de Barrio de Tango et Par chez nous.

Dans la partie médiane de la Colonne de droite, vous trouverez des informations de fonds (fiches historiques, données de géographie humaine et trousse lexicale).

Dans la partie inférieure, se trouvent l’ensemble des liens vers des sites externes, dont depuis aujourd’hui un lien vers le blog de Carlos Bevilacqua, Melografías, sur l’actualité de la musique populaire argentine en général.

Et en haut à gauche, vous disposez d'un petit moteur de recherche interne.

(1) Luis Alposta est médecin. Ne l’oublions pas. Poète mais aussi médecin.

jeudi 31 décembre 2009

Les voeux de Marcelo Villegas avec une carte animée


Marcelo Villegas, l’éditeur et animateur du site Noticia Buena, vers lequel je vous renvoie de temps à autre pour écouter une interview ou lire un billet du poète Luis Alposta, présente ses voeux de bonne et heureuse année 2010 à tous ses lecteurs (à travers cette image gif dont j'espère que vous pouvez la voir avec son animation) et annonce le relookage du site en février. Du coup, il n’y aura pas d’actualisation de Noticia Buena en janvier.

La nouvelle maquette coïncidera avec la première bougie de ce site consacré aux bonnes nouvelles du Web et de la vie contemporaine en Argentine ("Noticia Buena" n’est rien d’autre que la traduction en espagnol du mot grec évangile : eu-angelion, la bonne annonce).

Le lien vers le site Noticia Buena se situe dans la rubrique Cambalache (casí ordenado). Traduisez : le bazar presque bien rangé....

jeudi 24 décembre 2009

Et un petit Luis Alposta des familles pour fêter Noël ! [Troesmas]

Cela faisait longtemps que je n’avais pas renvoyé les lecteurs de ce blog au site de Marcelo Villegas et pourtant il en a eu, des trucs chouettes, pendant tout ce temps...

Depuis avant-hier, vous pouvez voir sur la page de Mosaicos Porteños que tient le poète Luis Alposta sur ce site un petit hommage à la Academia Porteña del Lunfardo, avec une photo légendée des membres de cette institution très particulière prise en pleine rue et presque au grand complet le 8 décembre 1973, un jour d’été où il ne pleuvait pas sur Buenos Aires (aujourd’hui, en revanche, il tombe des hallebardes).
En prime, vous pourrez écouter Edmundo Rivero vous chanter Poema numero cero (Poème n° 0), un poème de Luis que le chanteur avait mis en musique et qu’il interprète en s’accompagnant lui-même à la guitare comme il aimait le faire souvent :
Puedo escribir les versos mas lunfas esta noche...

Cette nuit, je peux écrire les vers les plus lunfardos...

Pour écouter ce morceau, voir la photos et mettre enfin des visages sur plusieurs noms, cliquez sur le lien.
A ne pas séparer de la conférence de Luis Alposta sur le lunfardo et dont j'ai traduit de larges extraits dans mon article n° 900, publié le 20 octobre 2009 : Au sujet du lunfardo.
Attention : comme toujours, cette page est fréquemment renouvelée. D’ici 15 jours, il est probable que le même clic vous conduira sur un autre contenu, mais toujours signé Luis Alposta.

vendredi 6 novembre 2009

L’histoire de El Garrón, grand cabaret argentin du Paris des Années Folles, dans Mosaicos Porteños [Radio]

Voilà longtemps que je ne vous avais pas parlé de ces chroniques de Luis Alposta sur le site de Marcelo Villegas, Noticia Buena. Comme quoi, il n’est jamais trop tard pour bien faire...

Luis Alposta, vous le savez déjà si vous êtes un lecteur fidèle de ces pages, est un puits de science en matière de beaucoup de choses et en particulier d’histoire du tango. Il a rencontré à peu près tout ceux qui comptent, à part Gardel lui-même (mais il est né deux ans après sa mort, qu’est-ce que vous pouvez y faire !). Et parmi ceux qu’il a rencontré, il y a Manuel Pizzaro, l’un des principaux introducteurs de la véritable musique de tango à Paris, dans les années 20, lorsqu’il animait les soirées d’un établissement baptisé El Garrón, dont Enrique Cadícamo parle abondamment dans ses Mémoires (parues aux Editions Corregidor) et que fréquentaient assidûment deux personnages importants, l’un politique l’autre artistique. Le personnage politique, c’était l’Ambassadeur de la République d’Argentine, Marcelo Torcuato de Alvear (celui de l’avenue dans les quartiers nord de Buenos Aires), qui devint le deuxième président de gauche de 1924 à 1929. Le personnage artistique, c’était le Baron Megata, un aristocrate japonais, venu à Paris pour une opération de chirurgie esthétique (les chirurgiens français avaient la réputation de faire des miracles, ils avaient notablement amélioré leurs techniques en soignant les gueules cassées de la Guerre de 14), qui ne se fit pas opérer mais découvrit, dans ce lieu du quartier Pigalle, une musique exotique dont il tomba fou amoureux et qu’il rapporta six ans plus dans son lointain pays, le Japon, où le tango a connu une prospérité dont nous autres occidentaux n’ont souvent pas la moindre idée.

Allez donc lire ce petit récit tout simple (très bon exercice même si vous êtes débutant en espagnol), regardez la photo (vous ne pouvez pas louper Luis Alposta, c’est le seul habillé de blanc. Vous repérerez aussi, naturellement, Pizzaro lui-même, le binoclard qui rigole au milieu). Et vous cliquerez sur le document audio joint : Gardel de derrière les fagots, comme d’habitude, chantant Una noche en el Garrón).

Régalez-vous mais dépêchez-vous aussi. Les chroniques de Mosaicos Porteños changent tous les 15 jours et celle-ci est déjà en place depuis le 1er novembre (c’est l’abondance de l’actualité qui ne m’a pas permis d’en parler plus tôt et je le regrette).
Voici le lien vers la chronique du Dr Alposta.

mardi 5 mai 2009

Documents audio imperdibles sur Noticia Buena [radio]

Ci-contre, plaque en l'honneur de Edmundo Rivero photographiée en août 2007
à El Viejo Almacen (côté Independencia)
En dessous, décoration intérieure de la Esquina Osvaldo Pugliese (à Boedo)


Gardel en guarani, Edmundo Rivero et Osvaldo Pugliese + un petit bout de dictionnaire espagnol-guarani signé Luis Alposta : franchement, il ne faut pas louper ça...

Les fidèles lecteurs de Barrio de Tango savent que sur Noticia Buena, il faut ne pas perdre de temps, car le site se renouvelle souvent. Les nouveaux lecteurs risquent, eux, de le découvrir à leurs dépends. Donc autant vous prévenir tout de suite : le journaliste Marcelo Villegas change le contenu de son site environ tous les 15 jours en ce qui concerne les entrefilets et documents sonores de Luis Alposta et tous les mois en ce qui concerne les interviews de Para escucharnos en los valores. Donc ni une ni deux, connectez-vous !

Cliquez sur ce lien pour accéder à l’article de Luis Alposta où vous découvrirez l’explication et la traduction de 5 mots guarani (1) qui ont trouvé place dans le lexique portègne et qu’on rencontre souvent dans l’univers du tango : bataraz (coloré, tinté, teint) et caburé, nom d’un oiseau de proie qui passait pour porter chance, pour ne citer que deux termes (je ne vais pas vous raconter la fin du film, tout de même !). Et comme d’habitude, le document sonore est en bas de la page : Carlos Gardel, chantant en guarani (si, si), le tango Los Indios de Francisco Canaro et Juan Andrés Caruso.
Ne me dites pas que vous allez passer à côté d’un truc comme ça ! Ce serait un crime...

En cliquant sur cet autre lien, vous irez directement aux interviews de Para escucharnos en los valores. Les interviews proposées ce mois-ci par Marcelo Villegas sont celles (entre autres) du payador uruguayen José Curbelo (2) dont je vous parlais hier au sujet du concert de Nelly Omar au Luna Park. Il faisait partie des 5 artistes qui assuraient la première partie de la soirée samedi dernier (lire l’article sur le concert de Nelly Omar). Dans l’interview, il parle de la créativité, du rôle de son art en Uruguay, du chemin qui l’a conduit à choisir ce métier, cette vocation artistique. L’entretien se passe par téléphone. Il se peut que vous ayez à l’écouter en plusieurs fois si vous n’êtes pas complètement familier de l’accent rioplatense. Mais ça vaut le coup.

L’autre émission qu’il faut écouter, quand on s’intéresse au tango, est celle qu’a montée Marcelo Villegas à partir de 3 interviews qu’il a réalisées, très jeune (3), quand il avait un autre timbre de voix (c’est lui qui le dit), dans d’autres circonstances, il y a plusieurs années de cela, avec le poète et letrista Héctor Gagliardi (1909-1984), le chanteur et compositeur Edmundo Rivero (1911-1986) et le compositeur et pianiste Osvaldo Pugliese (1905-1995).

Vous entendrez Gagliardi dire un de ses textes.

Vous entendrez Edmundo Rivero chanter El Conventillo et Mis consejos en s’accompagnant lui-même à la guitare et parler, avec sa voix grave et sourde, de El Viejo Almacén, sa tanguería de la esquina Independencia y Balcarce, dont on fête cette semaine le 40ème anniversaire de la fondation... Vous entendrez aussi Marcelo lui parler de leur ami commun, Luis Alposta, avec lequel le musicien et chanteur composa un bon nombre de tangos dont Melingo reprend certains dans ces tours de chant (lire l’article sur la tournée de Daniel Melingo en ce printemps et cet été 2009).

Mais la partie la plus importante de cette émission-là est occupée par l’interview qu’Osvaldo Pugliese a accordée à Marcelo, dans son appartement de l’avenue Corrientes, au 3742, là où il y a aujourd’hui une plaque du fileteador Luis Zorz à sa mémoire. Vous entendrez le Maestro faire l’analyse politico-économique de ce qu’est le tango, sa capacité à accéder à son public local et nous raconter pourquoi les années 40 furent cet âge d’or du tango, avec "su ramo de poetas" et sa brochette de musiciens exceptionnels (4) dans l’histoire du genre. Vous l’entendrez raconter ses débuts dans les années 20, parler d’un camarade musicien d’alors qui n’avait plus ses jambes et de la création de Recuerdo et de Ausencia. Vous l’entendrez citer Roberto Goyeneche et María Graña. Il y parle aussi de ses voyages à l’étranger, en Chine, en URSS, au Japon, aux Etats-Unis... L’interview est bien sûr illustrée d’une... Yumba par le Maestro et son orchestre, avec ce son de chat écorché vif et ce rythme percuté qui le caractérisent si bien.

Comment mieux vous dire que, toutes affaires cessantes, il faut vous dépêcher d'aller sur ce site (c’est du streaming non téléchargeable mais les émissions peuvent s’écouter et se réécouter sans fin tant qu’elles sont en ligne - et elles ne le seront pas indéfiniment). En plus, Marcelo a réalisé tout ça exprès pour "los amigos tangueros" et los amigos tangueros, c’est nous, même si nous nous trouvons à 10 000 ou 14 000 kilomètres de distance et que nous parlons une autre langue, quelle qu’elle soit.

Je vous redonne le lien Para escucharnos en los valores (c’est mon jour de bonté).


(1) guarani : nom d’un peuple indien du nord de l’Argentine, du sud du Paraguay et de la Bolivie. C’est à eux que l’on doit le mate, qui était leur boisson avant l’arrivée des Européens. Il suffit d’ailleurs de voir le récipient mate et sa pipette métallique, la bombilla, pour se rendre compte assez vite que ces ustensiles ne viennent pas de Madrid ou de Séville. Les mots des Indiens sont entrés dans l’univers linguistique des Espagnols y compris dans ces terres très au sud du continent où le métissage a été moins important qu’au nord du sous-continent (Colombie, Pérou, Venezuela...)
(2) Le payador est un improvisateur de musique et de vers dont l’art a été essentiel au surgissement d’une culture propre au Río de la Plata, grâce à l’itinérance des payadores dans toute la région, des deux côtés de l’estuaire, de hameau rural en bourgade un peu plus urbanisée, avec un almacén, ce magasin général qui réunissait toute la communauté locale, du bivouac des gauchos à la belle étoile aux faubourg de la ville, du côté de La Boca, de Mataderos ou de Palermo, ou vers Piedras ou les abords de Montevideo. Aujourd’hui, le payador maintient vivante une tradition mais il ne joue plus ce rôle de constructeur de la culture qu’il a pu avoir dans les années 1860-1910. L’apparition du disque, de la radio, puis de la télé et maintenant d’Internet a eu raison de la gloire du payador.
(3) Héctor Gargliani l’appelle Marcelito au début de l’interview (le petit Marcelo) et pibe (le môme) à la fin. Edmundo Rivero parle aussi de Marcelito et le tutoie. Et Don Osvaldo dit aussi Marcelito mais il lui dit vous.
(4) "su ramo de poetas" : son bouquet de poètes. L’expression est dans la bouche d’Osvaldo Pugliese. Sa brochette de musiciens : Osvaldo Pugliese les cite tous, y compris Juan D’Arienzo, alors que tous les deux ont divisé la ville en deux camps dans les années 30 et 40. Juan d’Arienzo n’a pas, que je sache, enregistré de morceaux de Pugliese (c’est sûrement un bien d’ailleurs, parce qu’il en aurait sans doute affadi le cachet). En revanche, Pugliese a enregistré au moins un tango de D’Arienzo, le fameux El vino triste, et il en a fait une merveille de nuances et de variations musicales et interprétatives...

samedi 18 avril 2009

Remerciements - Agradecimientos

Huit mois après la naissance de Barrio de Tango, de nombreuses personnes ont déjà participé activement à sa diffusion en plaçant un lien sur leur site, en envoyant la Gazette ou la Gacetilla à leurs amis et connaissances ou me citant au micro de leur émission radiophonique.
Demain, Barrio de Tango aura 8 mois. A la veille d'une semaine, où ce blog va faire une petite sieste (1), j'ai pensé que c'était le bon moment pour remercier toutes ces personnes qui se sont déjà donné tant de mal, et en particulier tous ceux et celles dont j'ai vu effectivement les lecteurs arriver sur ce site...

Pierre Clavilier, "un homme-livre" ainsi qu’il se définit lui-même, un écrivain français passionné d’Amérique Latine, Juan Carlos Espósito, créateur et animateur à l'Abasto du podcast Tango City Tour, et la chanteuse Anna Saeki. Ils furent les tout premiers à m’envoyer des lecteurs alors que Barrio de Tango ne comptait guère plus de 70 articles.

Un merci très ému à l’Association des Grands-Mères de la Place de Mai, Abuelas de Plaza de Mayo, ONG des droits de l’homme très prestigieuse en Argentine et en Amérique Latine, pour l'honneur qu'elle m'a fait et me fait en plaçant sur sa page d'accueil un lien à mes articles concernant ses activités.

Merci aussi au groupe La Biyuya, aux chanteuses Lucrecia Merico et Marcela Bublik, aux chanteurs Hernán Cucuza Castiello, José María Pepe Kokubu, el Ponja Malevo, Alorsa et son groupe La Guardia Hereje, aux journalistes et conférenciers Claudio Tagini et Marta Iglesias, animateur et productrice de ADN Tango sur Radio Sentidos, à Solange Bazely, une spécialiste française de l’histoire du bandonéon, au duo Mariel Martínez et Alejandro Picciano (sur My Space et sur leur site), Marcelo Villegas, directeur du site Noticia Buena, Germán Marcos et Maximiliano Senkiw, co-animateurs de l’émission Fractura Expuesta, à Luis Lazaro (Tango en Suisse Romande), à Web Tango (un site français très complet), à Miguel Gadea Sandler, modérateur du groupe Perfiles de Tango qui m’a fait l’honneur de m’inviter dans cette communauté de plus de 250 membres argentino-uruguayens, et tout récemment à la poète et letrista argentine Marta Pizzo.

Dans le présent article, tous les liens renvoient aux sites des personnes remerciées...

(1) Beaucoup de travail sur le livre que je prépare pour la fin de cette année (enfin on espère !) et puis Paris se prépare un excellent programme d'excellents concerts avec des artistes qui n'y viennent pas tous les jours : les 24 et 25 avril, c'est le récital de la chanteuse Anna Saeki à la Maison de la Culture du Japon à Paris, et le 27 avril, le concert de la Orquesta Típica Fernández Fierro au New Morning.
Comme dit le proverbe français, on ne peut pas être à la fois au four et au moulin...
D'autant qu'aussitôt après, il faudra enchaîner : la jeune chanteuse Vanina Tagini s'apprête à venir en Suisse et en Allemagne !

lundi 13 avril 2009

Luis Alposta en Charlot. Authentique ! [Jactance & pinta]

Image extraite de Todo Tango

Cela se passe en ce moment même sur le site de Noticia Buena (que vous commencez à bien connaître).

Le poète Luis Alposta y rend hommage à Charlie Chaplin, surtout celui de la période de Charlot, dont le dernier film est The Great Dictator (Le Dictateur en français).
Le texte est simple. Avec deux ou trois mots de vocabulaire que je vous donne juste ci-dessous, vous n'aurez même pas besoin de ma traduction (ça va me faire des vacances, dites donc !).

Paupérima (adj. au féminin) : indigente (espagnol de haute volée)
pibe (subst. masculin) : môme, gamin (lunfardo)
bigote (subst. masculin) : moustache
galera (subst. masculin) : chapeau (lunfardo)
bastón (subst. masculin) : canne
caminar "de pato" : démarche en canard
corso (subst. masculin) : défilé (ici de carnaval)

En illustration de son article, Luis Alposta a mis une photo de lui. Déguisé en Charlot. A l'âge de 10 ans. Et si je vous dis qu'on le reconnaît très bien, il faut me croire sur parole (la photo date du Carnaval 1948).

En dessous, dans la partie d'ordinaire consacrée au document audio de l'article, il y a un extrait vidéo du Dictateur avec la bande-son... en espagnol, celle qu'il a entendue quand il était gamin quand le film est sorti... Il s'agit de l'épisode du rasage du client au son d'une rhapsodie de Brahms. Le Dictateur est le dernier film de Charlot et le premier où Chaplin parle (jusqu'à cette date, le cinéaste était resté fidèle au cinéma muet).

Et parce que ce n'est pas du travail mais un vrai bonheur que de traduire ces textes, voilà quelques petites phrases qui m'ont particulièrement touchée dans cet article :

"Definirlo a Chaplin es definir la ternura: la semilla de una sonrisa que da el fruto de una lagrima.
Algiuen dijo que al crear a Chaplin, Dios estaba en muy buena forma, y que necesitará un par de siglos más para hacer otro genio de este calibre."
Luis Alposta

Définir Chaplin, c'est définir la tendresse : la graine d'un sourire qui donne le fruit d'une larme.
Quelqu'un a dit que lorsqu'il a créé Chaplin, Dieu était en très bonne forme et qu'il aura besoin d'un petit paquet de siècle encore pour faire un autre génie du même calibre...

(Traduction Denise Anne Clavilier)

Chaplin et tout particulièrement son personnage de vagabond muet a inspiré de très nombreux tangos à toutes les époques. Dont celui dont la couverture de la partition illustre mon article : un tango para Chaplin de Alfredo Gobbi en 1955 (vous en trouverez le texte original sur le site de Todo Tango).

Comme toujours, il faut vous précipiter sur le site de Noticia Buena. Marcelo Villegas fait tourner les articles et ceux de Luis Alposta restent une quinzaine de jours, jamais plus.

vendredi 3 avril 2009

Cambalache commenté par Luis Alposta [Troesma]

Capture d'écran sur Noticia Buena


A l’occasion de l’anniversaire de sa naissance, le 27 mars dernier (comme le Maestro Héctor Negro (1), mais beaucoup plus tôt dans le siècle et là s’arrêtent leurs ressemblances, surtout poétiques et psychologiques !), Luis Alposta nous offre un de ces petits commentaires composés dont il a le secret sur Cambalache, ce brûlot écrit et composé en 1933 par Enrique Santos Discépolo, en plein coeur de la dépression économique et dans une Argentine sous la botte des régimes anti-constitutionnels de la Década infame.
Il faut donc vous connecter d’urgence au site de Marcelo Villegas, Noticia Buena, sur la page consacrée aux contributions de Luis Alposta, pour lire ce texte court (ça vous apprendra 3 mots d’argentin bien écrits), écouter la voix d’Enrique Santos Discépolo dans un assez long extrait de la dernière catilinaire de sa série électorale A mi no me la vas a contar (Pas à moi, si tu veux bien !) et admirer une caricature qu’en a réalisée à la machine à écrire un ami japonais de Luis Alposta...
Admirable : un seul trait pour dessiner le profil (et le nez, légendaire) de Discépolo, un trait entièrement constitué d’un titre de tango en 4 lettres, l’un de ses plus célèbres et qui laisse entendre la même désespérance que Cambalache. Je ne vous dis pas duquel il s’agit pour vous laisser le plaisir de le découvrir tout seul en cliquant sur le lien ci-dessus.

Attention : toutes les entrées sur Noticia Buena sont temporaires. Marcelo Villegas change les textes de Luis Alposta tous les 15 jours. Donc vous n’avez pas de temps à perdre...

Quelques mots de commentaire en prime :

Cambalache , dont je garde la traduction en français en réserve (2), décrit le monde à la dérive de la crise de 1929 en des termes qui collent parfaitement au monde tel qu’il est 80 ans plus tard... D’où la conclusion de Luis Alposta : "Cambalache, un testimonio triste que se baila" (Cambalache, un témoignage triste qui se danse). Il reprend ici une célèbre définition que Discépolo donna du tango : "un pensamiento triste que se baila".

La série de sketches politiques radiophoniques écrits et interprétés par Enrique Discépolo dans la dernière partie de 1951, sur Radio Belgrano, dans le cadre de la deuxième la campagne électorale de Juan Perón, a déjà fait l’objet de quelques allusions et d’un article dans Barrio de Tango. Il faut donc aller voir du côté de la Semaine du goût (en France), sous le raccourci Coutumes (voir Colonne de droite) ou dans les archives à la hauteur des articles du mois d’octobre 2008. Vous pouvez taper sur l’article lui-même ou sur la série Semaine du goût (et là, vous pourrez vous régaler avec Discépolo et Alposta d’un seul clic d’un seul). Le passage que vous pouvez écouter sur Noticia Buena correspond à la fin du dernier sketch de la série : "ce n’est pas moi qui ai inventé Perón, ce n’est pas moi qui ai inventé Eva Perón, la miraculeuse. Non, ce n’est pas moi, c’est toi, Mordisquito, c’est toi avec ta cruauté envers les ouvriers, envers le peuple, toi qui les forçais à vivre dans la promiscuité avec la vermine et les rats...."

Discépolo (qui était aussi comédien, comme vous le savez), étrangement posé au début, s’échauffe peu à peu au fur et à mesure qu’il développe son raisonnement, avec un extraordinaire talent de tribun.

Le texte complet de la série de ces interventions radiophoniques est disponible sur le site argentin El Ortiba, en cliquant sur le lien Relatos radiales de Mordisquito (l’intégrale de ce document historique s’y ouvre en format pdf).

La caricature qui illustre l’entrefilet de Luis Alposta est l’oeuvre de Yoyi Kanematsu et elle est dédicacée au poète argentin (avec son nom écrit en syllabaire japonais). Ce n’est pas un hasard. Luis Alposta est l’un des spécialistes de l’histoire du tango au Japon. Il a publié aux éditions Corregidor un petit livre à ce sujet, intitulé El tango en Japón, Buenos Aires, 1987. A lire de toute urgence (170 pages, ce n’est pas très long) avant de profiter de la tournée de la chanteuse Anna Saeki en France et en Allemagne, à la fin de ce mois et tout au long du mois de mai 2009.

(1) Héctor Negro et Luis Alposta s’apprécient beaucoup mutuellement. Donc je sais que je joue sur du velours...
(2) Parmi beaucoup d’autres. Des tangos très connus et des moins connus qui gagneront à l’être. Tout est prêt de mon côté mais pour le moment le manuscrit se trouve encore sur le bureau d’un éditeur. La raison est toute simple, Cambalache n’appartient pas encore au domaine public (Discépolo est mort en 1951). Et ce n’est pas parce qu’on est sur le Web qu’on a le droit de faire n’importe quoi n’importe comment avec les droits d’auteur, même de quelqu’un qui est mort il y a presque 60 ans. Cela sert à ça aussi, un éditeur...

jeudi 12 mars 2009

La 6e mise à jour 2009 de Noticia Buena [radio]

En ce moment sur Noticia Buena, les quatre interviews de Para escucharnos en los valores dont je vous ai déjà parlé (voir l’article précédent sous ce lien), dont celle de Horacio Ferrer et celle de Litto Nebbia. Des perles à ne pas louper (allez-y avant une prochaine mise à jour, il faut que les interviews tournent et c’est du streaming, donc sans téléchargement possible. C’est vrai aussi des autres pages dont le contenu change fréquemment).

Deux autres documents audio beaucoup plus courts mais tout aussi savoureux (dont le rythme de mise à jour est plus rapide, comptez une quinzaine de jours seulement).

Côté Luis Alposta, un poème dit par son auteur, le poète Juan Carlos La Madrid. Poète peu connu des amateurs de tango mais qui est néanmoins un des auteurs qui comptent dans le terreau poétique qui nourrit le tango argentin. Luis Alposta vous le présente dans son petit entrefilet et livre sous forme (à lire donc) deux de ses poèmes. L’audio joint vous permet d’entendre la voix de Lamadrid disant un autre poème. Même si vous ne comprenez pas l’espagnol, je crois que ça vaut le coup d’oreille pour la musique des mots et la modulation de cette voix...

Côté Primo Antonio (une nouvelle rubrique, sur la page d’accueil) vous pourrez entendre un tango-canción dont cet auteur a écrit les paroles (la musique étant, elle, de Héctor Palacios), chanté par Rubén Améndola accompagné par le guitariste Hugo Rivas (qui se produit avec Néstor Marconi, avec Julio Pane, pour ne citer que des partenariats auxquels a déjà fait écho Barrio de Tango).

L’accès général à Noticia Buena se trouve dans la Colonne de droite, rubrique Cambalache (casi ordenado).
Lien vers Para escucharnos en los valores (les 4 interviews d’environ une heure chacune s’écoutent les unes derrière les autres en enchaînement automatique ou une par une si vous cliquez directement sur un titre pour choisir celle que vous voulez écouter).
Lien vers la page de Luis Alposta.
Lien vers la page de Primo Antonio.

mercredi 18 février 2009

Horacio Ferrer et Litto Nebbia sur Noticia Buena [radio]

Marcelo Villegas vient d’avertir l’ensemble de ses correspondants de la nouvelle mise à jour du site de Noticia Buena. Je vous répercute l’info, car il y a à nouveau des nouveautés qui valent le coup. Deux nouveautés importantes sur deux pages différentes du site (lien au site complet dans la rubrique Cambalache, en partie inférieure de la colonne de droite) :

Sur la page de Luis Alposta, baptisée Mosaïcos Porteños, un nouveau document historique. Cette fois, Luis nous parle du grand payador que fut Gabino Ezeiza et d’un festival auquel il assista et où il connut plusieurs descendants et parents du grand artiste (voir la photo jointe à son papier). Le document audio qui illustre l’article date de 1913 : c’est l’un des enregistrements de Gabino Ezeiza (1858-1916), considéré à son époque comme un des plus grands chanteurs du pays, sinon le plus grand. Ces enregistrements nous surprennent toujours : au-delà des grésillements et des souffles qu’on trouve toujours sur les disques de ce temps-là, l’esthétique des payadores n’est plus guère la nôtre. Vous pouvez aller écouter aussi, sur Todo Tango (colonne de droite, rubrique Ecouter, dans les liens externes), les voix de José Betinotti (1878-1915) et de Angel Villoldo (1861-1919), le compositeur de El Choclo, pour vous faire une petite idée de ce qu’était cette manière de chanter. Ignacio Corsini, comédien et chanteur contemporain de Carlos Gardel, aujourd’hui pratiquement inconnu des amateurs de tango dans le monde et qu’on n’entend quasiment jamais sur les ondes de la 2x4 (rubrique Ecouter), est resté dans la même veine interprétative que les grands devanciers. Mais Carlos Gardel, lui, s’en est progressivement éloigné et c’est donc à une autre esthétique qu’il a formé notre oreille. Dans le premier disque qu’il a enregistré en 1912, on entend qu’il chante encore comme eux. En 1917, lorsqu’il enregistre pour la première fois Mi noche triste, le premier tango-canción (tango à texte), on dénote déjà des changements dans sa technique vocale mais on est encore très loin de cette voix qui nous est familière et qui incarne pour nous le tango, sa voix des années 30, celle avec laquelle il chante Tomo y obligo puis Volver. Il avait tout changé, l’esthétique, la technique vocale, la musique, la place de la guitare... Et on comprend ainsi pourquoi les Argentins disent de Carlos Gardel qu’il a fondé le tango ("nuestro tango") et que quelqu’un comme Horacio Ferrer, qui l’admire profondément, affirme qu’il a tout inventé dans le genre...

Allez voir cette page, lire la mini-conférence de Luis Alposta sur la métempsychose (toujours passionnant, ces petits articles, nourris d’une érudition inouïe et réjouissante), parcourir le quatrain (pas trop compliqué) improvisé un jour par Gabino Ezeiza et écouter cette voix si particulière que nous ne connaissons pas sur Mosaicos Porteño en cliquant sur ce lien.

Le quatrain de Gabino Ezeiza (1).

Al que me mete en psicosis...
Al que me mete en psicosis
le digo en estilo vario...
por qué al mandarme el temita
no me mandó el diccionario.
Gabino Ezeiza

A celui qui me fourre de la psychose
A celui qui me fourre de la psychose
Je lui dis dans un autre style...
Pour quelle raison en m’envoyant ce petit thème
Il ne m’a pas envoyé un diccionnaire ?

(Traduction Denise Anne Clavilier)

Et comme je parlais de l’admiration d’Horacio Ferrer pour Carlos Gardel et son oeuvre de créateur originel du tango, pensez donc aussi à cliquer sur l’onglet Para escucharnos en los valores (pour nous entendre sur les valeurs). Marcelo Villegas a disposé 4 interviews d’une heure que je vous invite à savourer.

De ces quatre interviews, que Marcelo tire parfois de ses archives, il y en a deux qui concernent directement la passion qui nous réunit, moi qui écris et vous, derrière votre écran, qui lisez : le tango argentin.

La première est une interview d’Horacio Ferrer, enregistrée au moins en partie dans son bureau de la Academia Nacional del Tango (c’est facile à deviner, on entend, très très atténué, le bruit de la Avenida de Mayo, en léger bruit de fond. La Academia est située à quelques pas d’un feu rouge, donc le trafic automobile en bas, on l’entend toujours un peu, même fenêtre fermée). La seconde est une interview de Litto Nebbia, réalisée en 2007 au téléphone (ce qui fait que la voix de Litto Nebbia est un peu voilée, ça peut gêner la compréhension si vous débutez en argentin, mais vous n’aurez pas ce problème avec Horacio Ferrer : son impeccable et une diction particulière, tellement nette que c’en est un rêve pour l’apprenti argentinophone qui veut s’entraîner avant d’aller là-bas voir sur place comme c’est, le tango en liberté).

Les deux émissions sont accompagnées de morceaux musicaux. Rien que des Astor Piazzolla-Horacio Ferrer pour la première émission : La bicicleta blanca par Raúl Lavie, Chiquilín de Bachin par le Cuarteto Supai (en duo de chanteurs : une rareté !) et Balada para un loco, interprété par Roberto Goyeneche (sur la toute fin de sa vie) et Adriana Varela (dans un disque édité par Melopea). A ne pas louper, ce qu’Horacio Ferrer raconte de l’éducation reçue de ses parents et de ses fréquentations dans le quartier de son enfance, son déguisement tout gamin en Superman et le théâtre de marionnettes que sa mère l’avait aidé à construire, la découverte de la lecture par des cadeaux de son père, sa collaboration avec Astor Piazzolla, l’histoire de la fondation de la Academia en 1990 dont il voulait que ce soit un "Titanic qui ne coule pas" ("la métaphore est grossière et je sais très bien quand j’emploie des métaphores pleines de finesse et quand j’en utilise d’autres, plus vulgaires"), où tout le monde pourrait embarquer ("et si on a des choses à se dire, si quelqu’un n’est pas d’accord, il le dit mais à bord") et les conseils que Marcelo lui demande pour les jeunes qui rêvent de se lancer dans l’art ("écoute ton corps. C’est une machine rudement bien faite, l'organisme. Si ton corps te dit d’aller te coucher, fais-le. Et écoute ton âme. Très important d’écouter ton âme. C’et comme ça que tu découvriras ton destin et que tu pourras l’accomplir. Hacé caso al cuerpo. Hacé caso al alma. Et puis la maîtrise d’une technique. On n’est pas poète si on ne maîtrise pas la grammaire").

Pour illustrer l’émission consacrée à Litto Nebbia, Marcelo Villegas a choisi Distraidos (distraits) chanté par Litto Nebbia, La Balsa (le radeau), chanté par Litto Nebbia avec son groupe historique Los Gatos (les chats ou les rien du tout, il y a un double sens possible), Cosas sencillas (des choses simples), toujours chanté par Litto et pour finir un merveilleux tango de Enrique Cadícamo, La historia vuelve a repetirse, qui sert aussi de titre à un documentaire que Litto Nebbia a réalisé sur Cadícamo (disponible en format DVD chez Melopea).

Dans les points de l’émission qui ont particulièrement retenu mon attention et mon émotion : la grande variété des musiciens et des artistes qu’aime Litto, qui l’ont nourri esthétiquement et culturellement et l’ont aidé à accoucher de lui-même et de sa propre musique et son refus de hiérarchiser les genres musicaux ("c’est idiot. De la vulgarité, il y en a partout. De la qualité, de la sincérité, du coeur aussi"). Ce qu’il dit aujourd’hui de l’influence de l’argent dans la production musicale, de l’importance du profit qui lui fait préférer son artisanat personnel et son travail avec des gens qu’il respecte ("il faut arracher de la tête des jeunes que le succès vient de la chance alors qu'il faut travailler avec le coeur, avec l'âme"). Marcelo le fait enchaîner sur l’aventure de Melopea, la maison de disques qu’il a fondée en 1988 et où il édite, avec des petits moyens tout simples dans une modeste maison anonyme de Villa Urquiza, des gens de grand talent auxquels d'autres studios se refusent. Et l’heure se conclut sur les disques consacrés à Cadícamo (surtout le Nebbia canta a Cadícamo, dont était tiré le La Luz de un fósforo dont je vous parlais la semaine dernière au sujet de l’interview accordée à Marcelo par Roberto Fontanarrosa) et sur les trois derniers disques de Roberto Goyeneche que Litto lui fit enregistrer à la toute fin de sa vie, lorsqu’il était déjà bien atteint par la maladie qui devait l’emporter à 69 ans (en 1994), qu’il avait même des difficultés de respiration et que les autres, les labels et les organisateurs de spectacle l’avaient déjà enterré et ne le programmaient plus. Ces disques Melopea sont parmi les meilleurs de la discographie de El Polaco comme les Argentins le surnomment avec tendresse et respect.
J’espère que je vous ai donné envie d’aller écouter tout ça. Ne perdez pas trop de temps, Marcelo Villegas veille à renouveler souvent son site et comme il est riche en merveilles diverses et variées, il faut que ça tourne pour que tout y passe...

Dans la colonne de droite, en partie haute, les raccourcis internes vous permettent de sélectionner les articles que vous voulez lire selon les thématiques qui vous intéressent. Des thèmes connexes sont donc disponibles sous les intitulés Les chanteurs, les poètes, les Troesmas, radio.
Les mots-clés, en haut, entre titre et corps de l’article, vous offre aussi une pré-selection thématique.
Les articles sont aussi consultables dans l’ordre chronologiques dans les Archives de Barrio de Tango.
Enfin, la partie basse de la colonne de droite rassemble les liens externes, avec Melopea, avec la Academia Nacional del Tango, avec Todo Tango (le site encyclopédique dirigé par Ricardo García Blaya) avec encore plein d’autres radios et podcasts (très intéressants aussi).

(1) Lors d'un "contrapunto" de payadores (un concours d'impro), le public lançait un thème à l'artiste (ou aux concurrents quand c'était un tournoi) et celui-ci devait improviser sur l’instant une chanson qui fasse autant que faire se peut rire l’assistance. Ou le cas échéant la faire pleurer. Ici il s'agit de faire rire. "Mete en psicosis" se prononce comme "metempsicosis" lorsqu'on élide, comme on le fait couramment à l'oral, la finale de mete.

samedi 7 février 2009

Dernière minute : ne loupez pas les interviews de Noticia Buena [radio]

Il y a quelques heures, je publiais dans ces colonnes un article sur la dernière participation de Luis Alposta à Noticia Buena, une radio internet d'Argentine (cf. l'article de ce jour sur Julián Centeya).

Marcelo Villegas, le rédacteur de Noticia Buena, m'a fait savoir avant-hier qu'à la prochaine mise à jour, il remplacerait les interviews que vous pouvez encore écouter en ce moment sur la page Para escucharnos en los valores. Or il y a là des perles fabuleuses... Ne pouvant vous faire une description des 7 émissions d'environ une heure chacune disponibles en écoute sur cette page, j'attire votre attention sur l'interview passionnante de Roberto Fontanarrosa (photo ci-contre, extraite du site officiel de l'artiste, lien disponible dans la colonne de droite).

Les lecteurs réguliers de Barrio de Tango savent que j'ai un faible pour l'humour argentin. Roberto Fontanarrosa, el Negro Fontanarrosa comme il était surnommé, écrivain, auteur de contes et d'essais, auteur de bandes dessinées, dessinateur de presse et grand amateur de football devant l'Eternel (un Argentin, pas étonnant !), né à Rosario en 1944, est décédé le 19 juillet 2007. Cet artiste-journaliste regretté était passé maître de l'humour argentin et a fait rire là-bas toutes les générations et du nord au sud du pays. Sa mort fut un choc et une grande tristesse pour tout un peuple. Son oeuvre est la soeur du répertoire tanguero, elle en partage de nombreux traits et ce regard sans concession, grinçant, mais plein de tendresse sur cette société avec ses qualités et ses défauts (parce qu'elle a aussi des défauts, la société argentine).
Un jour prochain, je prendrai le temps de présenter dans les colonnes de Barrio de Tango l'un de ses dessins (il me faut juste scanner une des pages d'un de ses bouquins et rédiger l'article...).

Dans l'interview réalisée il y a seulement quelques années par Marcelo Villegas et sortie des archives pour un hommage à l'homme et à l'artiste, Roberto Fontanarrosa raconte son parcours professionnel et dresse une analyse très éclairante de ce qui fait la typicité de l'humour argentin, qu'on peut reconnaître au premier regard, comme on reconnaît l'humour anglais ou l'humour juif... Il y parle aussi avec émotion et simplicité de l'hommage surprise que la ville de Rosario venait de lui rendre...
Au-delà de la valeur intrinsèque de l'émission pour la personnalité interviewée, il se trouve que cette heure de conversatin présente aussi l'avantage d'être très facile à écouter et à savourer. Roberto Fontanarrosa a une diction claire et un débit raisonnable (1) et le vocabulaire qu'il utilise est compréhensible par tous les hispanophones (ce n'est pas toujours le cas dans toutes les émissions de radio auxquelles Barrio de Tango vous renvoie au long de ce blog).

L'émission est illustrée de quelques tangos aux interprétations qui valent le détour. Notamment un La luz de un fósforo (la lueur d'une allumette) chanté par Litto Nebbia, lui aussi né à Rosario (dans son propre arrangement du tango de Alberto Suárez Villanueva et Enrique Cadícamo) et La última curda (la cuite terminale) de Aníbal Troilo et Cátulo Castillo, dans une interprétation formidable de Juan Carlos Baglietto (un musicien rosarino qui commença lui aussi, comme Litto Nebbia, dans le rock et se tourna ensuite vers le tango) et une orchestration sortant de l'ordinaire signée Lito Vitale.



Pour écouter ces émissions, rendez-vous directement sur ce lien vers Programas (la photo vous montre à quoi ressemble cette page en février 2009 mais ne contient aucun lien. Si vous cliquez dessus, vous obtiendrez juste une meilleure résolution, mais autant alors vous rendre sur le site, non?).

Vous avez la possibilité d'écouter les émissions les uns derrière les autres (le lecteur audio les enchaîne automatiquement dès que vous cliquez sur la flèche Play) ou d'en choisir une en particulier (cliquez sur le titre de l'émission).

Pour connaître un peu mieux la ville de Rosario où vivait el Negro Fontanarrosa, explorez la colonne de droite. Elle comporte des liens internes dans sa partie suupérieure et des liens externes dans la partie inférieure :
La radio 100% tango FM Rosario est accessible dans la rubrique Ecouter et le portail municipal de Rosario dans la rubrique Les Villes - Las Ciudades.
Dans les liens internes, la rubrique Tangoscope vous propose des liens vers mes articles sur la Radio et l'Humour (porteño) -même si nous avons affaire ici à de l'humour rosarino et il ne faut pas tout confondre, même à 11 000 km de distance. Et puis quoi encore !

(1) L'appréciation de ce point dépend aussi un peu, je vous l'accorde, de la familiarité de l'auditeur avec la langue écoutée mais tant qu'à faire, autant commencer par ce qui est plus facile et cette émission en fait partie.