samedi 15 juin 2013

Una vuelta más, le prochain disque de Alfredo Piro [à l'affiche]


Ce soir, samedi 15 juin 2013, à 22h, le chanteur Alfredo Piro présentera à Che Flores!, Arce 235, à Almagro, le répertoire et les arrangements qui composeront son prochain disque qu'il commence à enregistrer le 1er juillet aux Studios Ion, parmi les studios préférés des musiciens argentins.

Au programme de ce nouveau tour de chant intitulé Una vuelta más (encore un tour), beaucoup de morceaux qu'il a déjà rodés sur de nombreuses scènes mais dans des versions nouvelles trans-genres. Du rock chanté en tango, de la valse chantée en rock, de la milonga chantée en folklore etc... Sa sœur, la rockeuse Ligia Piro, est de l'aventure ainsi que la chanteuse Verónika Silva, qui a prêté sa voix au trio argentino-franco-suisse Gotan Project. Il y a presque deux ans, j'avais vu les premiers essais de cette démarche musicale à ECuNHi mais malheureusement, l'acoustique de cette salle improvisée dans une école de mécanique ne m'a pas permis de me faire une juste idée du projet...

jeudi 13 juin 2013

L'autre interview des 80 ans du Maestro Horacio Ferrer [Troesmas]

Horacio Ferrer dans sa bibliothèque, Photo Clarín/Lucía Merle

Cette interview accordée à Eduardo Parise est parue dans Clarín, dimanche 2 juin 2013, le jour même des quatre-vingts du Maestro Horacio Ferrer. Jusqu'à aujourd'hui, l'actualité à Buenos Aires, la préparation par ailleurs de mes conférences de cet été, celle du programme culturel que Human Trip peut proposer aux touristes francophones intéressés par la perspective de l'économie durable et de la solidarité ainsi que le monde d'une part de mes activités de la rentrée ne m'ont pas laissé beaucoup de disponibilité pour vous la présenter et vous la traduire mais aujourd'hui, on y va.

Cet entretien, parue avant celle que j'ai traduite lundi dernier, en est le complément idéal (voir mon article du 11 juin 2013). Si j'en crois le palmarès des articles les plus lus de la semaine, je suppose qu'elle a suscité quelque intérêt chez mes lecteurs. Celui-ci devrait faire de même. Le voici.

“Es que no hay que disimular la cantidad de años; al contrario…. Llegué. Y me podía haber quedado tantas veces en el camino. Tengo doce operaciones, empezando por la cesárea que le hicieron a mi madre cuando nací y en la que participé activamente con un papel protagónico”, dice y se ríe con ganas, como festejando esa travesura semántica que se le acaba de ocurrir, mientras el sol de la tardecita porteña entra por la ventana de su “bulín de la calle Ayacucho”, en el octavo piso del Alvear Palace Hotel, donde vive hace más de cuarenta años.
Horacio Ferrer, interviewé par Eduardo Panise, in Clarín

"Pas question de cacher le nombre des années, tout au contraire... J'y suis. J'aurais pu m'arrêter en chemin tant de fois. J'ai eu douze opérations, à commencer par la césarienne qu'on a faite à ma mère quand je suis né et à laquelle j'ai participé activement dans un rôle de premier plan" (1), dit-il et il rit de bon cœur, comme pour fêter cette fredaine sémantique qui vient de lui passer par la tête, tandis que le soleil de ce début de soirée portègne (2) entre par la fenêtre de son Bulín de la calle Ayacucho (3), au huitième étage de l'hôtel Alvear Palace, où il vit depuis plus de quarante ans.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

- ¿Qué es eso de cumplir ocho décadas o cuatro veces veinte?
- Son ambas cosas y es sorprendente como le digo a Lulú, de quien soy el hombre y a quien no defino como mi mujer porque no la compré en ninguna subasta o remate. Es la mujer con la que comparto la vida desde hace 32 años cuando la conocí en el bar La Poesía, de Bolívar y Chile.
- ¿Eso hace a las ocho décadas o a las cuatro veces veinte?
- Claro, es una de las vivencias de las ocho décadas. En aquel momento yo tenía 48 años y ella 34. Lo llamativo es que todavía hoy le sigo llevando 14… (risas). Fue un encuentro maravilloso.
Horacio Ferrer, interviewé par Eduardo Panise, in Clarín

- Qu'est-ce que ça fait d'avoir huit décennies ou quatre fois vingt ?
- Les deux font quelque chose et c'est surprenant, comme je le dis à Lulú (4), dont je suis l'homme et que je ne définis pas comme ma femme, parce que je ne l'ai pas achetée aux enchères ou à la criée (5). C'est la femme avec laquelle je partage ma vie depuis trente-deux ans, depuis que je l'ai rencontrée au bar La Poesía, de Bolívar y Chile (6).
- On met ça où, dans les huit décennies ou les quatre fois vingt ?
- A coup sûr, c'est un des vécus des huit décades. A ce moment-là, moi j'avais 48 ans et elle 34. Le drôle dans cette affaire, c'est que j'ai toujours quatorze ans de plus qu'elle (rires). Cela a été une rencontre merveilleuse.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

- ¿Cómo entró el tango a tu vida?
- Creo que también fue destino. Que me gustara el tango no fue muy original porque estaba en la radio y todo eso. Pero creo que la afinidad vital que el tango tiene musicalmente, poéticamente, estéticamente, orquestalmente, es tanta y tan rica que me apasionó de entrada, tanto en Montevideo como en Buenos Aires. Yo tenía casa allá y aquí, que era la casa de la familia Ezcurra, la casa de mi mamá argentina, porteña y sobrina bisnieta de Juan Manuel de Rosas.
Horacio Ferrer, interviewé par Eduardo Panise, in Clarín

- Comment le tango a-t-il fait son entrée dans ta vie ?
- Je crois que ça aussi, c'était le destin. Que j'aime le tango, ça n'a rien de bien original parce qu'on l'entendait à la radio et tout ça. Mais je crois que l'affinité vitale que le tango possède sur le plan musical, poétique, esthétique, orchestral, est si ample et si riche qu'elle m'a passionnée d'emblée, autant à Montevideo qu'à Buenos Aires. J'avais une maison là-bas et ici et ici, c'était la maison de la famille Ezcurra (7), la maison de ma mère argentine, portègne et arrière-petite-nièce de Juan Manuel de Rosas.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

- ¿Hay diferencias entre la vida actual y aquella, cuando realmente tenías 40 o 20?
- Pasa que he disfrutado de la vida en todas mis edades. Disfruté de la amistad de mis amigos, de las reuniones en Montevideo o en Buenos Aires. Son cosas que uno trae, la propensión a la conversa, a la reunión, a escuchar música juntos… Igual, hay diferencias entre aquellos días y el tiempo actual. La juventud es un fenómeno espiritual. El decrépito puede ser el cuerpo pero la juventud es un fenómeno espiritual. Tengo un espíritu emprendedor y, para mi bien o para mi mal, sigo inventando cosas, sigo escribiendo y eso es perduración y vocación de una obsesión hermosa que se llama poesía. En este lugar mágico, tengo una bibliotequita de mis poetas predilectos y sigo leyendo poesía para seguir aprendiendo, porque su prodigio es insondable. Y bendigo que el Señor Dios me haya dotado con alguna condición para ser poeta.
Horacio Ferrer, interviewé par Eduardo Panise, in Clarín

- Y-a-t-il des différences entre la vie actuelle et celle d'avant, quand vous aviez vraiment 40 ou 20 ans ?
- Il se trouve que j'ai apprécié la vie à tous les âges. J'ai apprécié l'amitié de mes amis, les soirées entre amis à Montevideo ou à Buenos Aires. Ce sont des choses qu'on porte en soi, cette propension à converser, à passer du temps avec les amis, à écouter ensemble de la musique... N'empêche, il y a des différences entre ce temps-là et maintenant. La jeunesse est un phénomène spirituel. La décrépitude peut atteindre le corps mais la jeunesse est un phénomène spirituel. J'ai un esprit entrepreneur et pour mon bien ou pour mon malheur, j'invente toujours des choses, j'écris toujours et tout cela c'est la persistance et la vocation d'une belle obsession qui s'appelle poésie. Dans cet endroit magique, j'ai une petite bibliothèque de mes poètes de prédilection et je continue à lire de la poésie pour continuer d'apprendre, parce qu'elle est un insondable prodige. Je bénis le Seigneur Dieu de m'avoir doté d'une certaine condition pour être poète.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

- O sea que te definís de profesión poeta…
- Soy un poeta por naturaleza. En lo que llamaba declamación, mi mamá era hija de Alfonsina Storni. Entonces, yo vengo a ser nieto de Alfonsina Storni porque aprendí a recitar con mi madre. Eso es tener mucha suerte en la vida. Haber tenido conexión con una poeta tan maravillosa y la posibilidad de trasmitir mis versos recitándolos. Los versos no son para leer, son para oír, como la música. Es el dominio del aire en la música y la poesía que, a su vez, están juntas en el tango. Por ejemplo: “Fue a conciencia pura que perdí tu amor, nada más que por salvarte”(canta). Allí está la palabra y la música unida y es difícil sustraerse cuando uno la escucha.
Horacio Ferrer, interviewé par Eduardo Panise, in Clarín

- Est-ce à dire que tu te définis comme poète de métier...
- Je suis un poète par nature. Pour ce qu'on appelait déclamation, ma mère (8) était fille de Alfonsina Storni (9), je me trouve donc petit-fils de Alfonsina Storni puisque j'ai appris la récitation avec ma mère (10). C'est là avoir eu beaucoup de chance dans la vie. Avoir un lien avec une poète aussi merveilleuse et la possibilité de transmettre mes vers en les récitant. Les vers ne sont pas faits pour être lus, ils sont faits pour être écoutés, comme la musique. C'est le règne du souffle dans la musique et la poésie qui, elles aussi, sont liées dans le tango. Par exemple : "Fue a conciencia pura que perdí tu amour, nada más que por salvarme" (chante-t-il) (11). Les mots et la musique ne font qu'une et il est difficile de la laisser de côté [la musique] quand on l'écoute.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

- Acabás de salir de un problema grave de salud.
- Sí, fue algo serio porque estuve muy grave (un golpe en la cabeza por una caída obligó a una operación delicada). Pero tengo una glándula que me funciona siempre: la de la voluntad. Puse mucha para mejorarme porque creo que a los médicos hay que ayudarlos, hay que chamuyarlos, orientarlos, porque el enfermo es uno y uno quiere ser curado. Entonces, hay que abrir las compuertas, ser dócil, escuchar y dejarse llevar. Eso es el significado de la palabra “paciente”… Sí... el paciente inglés. Soy el paciente criollo, pero dio resultado.
Volvamos al tema de los 80. ¿El número redondo golpea?
Para nada. Es lo mismo cumplir 79, 80, 81. Lo que pasa es que uno tiene la perspectiva de lo vivido desde una torrecita más alta. Y puede verlo en perspectiva y pensar con satisfacción que las macanas han sido pocas.
Horacio Ferrer, interviewé par Eduardo Panise, in Clarín

- Tu sors tout juste d'un grave problème de santé.
- Oui, ça a été quelque chose de sérieux puisque j'ai été gravement malade (un coup à la tête à la suite d'une chute m'a obligé à subir une opération délicate). Mais j'ai une glande qui ne m'abandonne jamais : celle de la volonté. J'en ai mis beaucoup pour aller mieux parce que je crois que les médecins, il faut les aider, il faut leur faire un brin de causette, les orienter, parce le malade c'est toi et toi, tu veux guérir. Alors il faut ouvrir la maison, être docile, écouter et se laisser faire. - C'est le sens du mot patient... Eh oui, le patient anglais. Moi, c'est le patient criollo, mais ça donne des bons résultats.
- Revenons à vos quatre-vingts ans. Le chiffre rond, ça frappe ?
- Pas du tout. Avoir 79, 80 ou 81 ans, c'est la même chose. Il se trouve qu'on voit le vécu mis en perspective depuis une tourelle plus haute. Et qu'on peut le voir en perspective et penser avec satisfaction qu'il n'y a pas eu de gros pépins.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

¿Y qué se ve en esa perspectiva?
La paz de no haber hecho ninguna hazaña al revés. Y la felicidad de haber hecho las cosas bien o, al menos, haber intentado hacerlas bien. Y tener una impecable foja familiar y de amigos. La perspectiva permite ver para atrás, y también para adelante… Siempre miré mucho lo que estaba por venir. Y ahora está introducida la figura de la muerte Pero la figura de la muerte está siempre. Es la única certeza que uno tiene desde que nace Es verdad, te puede pisar un colectivo, pero es más probable que una persona mayor capote. Tiene que ver con la perspectiva con que se miran las cosas y siempre me importó eso. Siempre busqué disfrutar lo que tenía de gentil, de bueno, de esperanzado y de ilusionado. Siempre he sido un iluso al que se le dieron muchas cosas de sus ilusiones. Es muy grande tener una compañera como Lulú, un hábitat como éste, haber emprendido una novela sorprendente de poder fundar una Academia Nacional. Hay que tener mucho tarro, buena compañía y perseverancia para poder ver que yo, que no nací en la Argentina pero que me siento muy argentino, pueda ofrecerle a la Argentina una Academia Nacional del Tango.
Horacio Ferrer, interviewé par Eduardo Panise, in Clarín

- Et qu'est-ce qu'on voit dans cette perspective-là ?
- La paix de n'avoir à son actif aucune action sens dessus-dessous. Et le bonheur d'avoir fait les choses bien ou au moins d'avoir essayé de les faire bien. Et avoir d'impeccables états de service de famille et d'amitié. La mise en perspective permet de regarder en arrière et aussi devant soi... J'ai toujours beaucoup regardé ce qui m'attendait. Et maintenant la figure de la mort est entrée dans le paysage. Mais la figure de la mort, elle est toujours là. C'est la seule certitude qu'on a depuis notre naissance. C'est vrai, un bus peut t'écraser, mais c'est plus probable qu'une personne âgée chavire. Cela dépend de la perspective dans laquelle on regarde les choses et c'est quelque chose qui m'a toujours importé, ça. J'ai toujours cherché à faire mon miel de ce que [la vie] avait d'aimable, de bon, de porteur d'espérance et de rêve. J'ai toujours été un rêveur qui a beaucoup reçu de ses rêves. C'est très imposant d'avoir une compagne comme Lulú, habiter un lieu comme celui-ci, avoir entrepris ce roman aussi surprenant que de pouvoir fonder une Académie Nationale (12). Il faut avoir de la corde de pendu, être bien accompagné et avoir de la persévérance pour qu'on puisse un jour me voir, moi qui ne suis pas né en Argentine mais qui me sens très argentin, en mesure d'offrir à l'Argentine une Academia Nacional del Tango.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

- Tal vez ese sea tu mayor logro. Ahora, ¿cuál es tu asignatura pendiente?
- Muchas… la poesía. Quiero seguir escribiendo poesía. Después de mi larga enfermedad, de la que estoy totalmente sano y repuesto gracias a los médicos que me operaron y los enfermeros que me atendieron y gracias a mi médico personal que es Arturo Famulari, estoy contento porque me sanaron y me reiniciaron en el camino de la vida, de la existencia. Entre existir y vivir hay unas diferencias importantes pero para poder vivir primero hay que existir.
Horacio Ferrer, interviewé par Eduardo Panise, in Clarín

- Peut-être est-ce là ta plus grande réussite. Mais maintenant, qu'est-ce que tu as comme pain sur la planche ?
- Plein de choses... La poésie. Je veux continuer à écrire de la poésie. Après ma longue maladie, dont je suis totalement rétabli (13) grâce aux médecins qui m'ont opéré et aux infirmiers qui se sont occupé de moi et grâce à mon médecin personnel qui est Arturo Famulari, je suis ravi parce qu'on m'a guéri et fait reprendre le chemin de la vie, de l'existence. Entre exister et vivre, il y a des différences importantes mais pour pouvoir vivre, il faut d'abord exister.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

- De la larga serie de tangos que hiciste, ¿cuál es el mejor?
- Sin dudas “Balada para un loco”, porque eso fue un cambio de estética, una cosa aventurada, audaz. Fue una canción con ritmo y estética de un tango muy renovado. Fue un triunfo muy lindo que el público finalmente la adoptara como una expresión de un tango diferente. Piazzolla también lo disfrutó mucho.
- ¿Y el próximo tango no podría ser el mejor?
- No lo sé. Tengo un montón de tangos en ciernes, pero los tengo allí, en una especie de verborario o de sortilegio por ser. Siempre tengo ideas y nunca me canso de buscar novedades en el tango porque por su armonía, su ductilidad, su temática, siempre permite hacer cosas nuevas.
Horacio Ferrer, interviewé par Eduardo Panise, in Clarín

- De la longue suite de tangos que tu as faits, lequel est le meilleur ?
- Sans aucune doute Balada para un loco, parce que ce fut un changement d'esthétique, une chose aventureuse, audacieuse (14). C'était une chanson avec un rythme et une esthétique de tango très rénové. Cela a été un triomphe très chouette que le public a fini par adopter comme une expression de tango différente. Piazzolla lui aussi l'a beaucoup aimé.
- Et n'est-ce pas le prochain tango qui pourrait être le meilleur ?
- Je ne sais pas. J'ai un tas de tangos en gestation mais je les ai ici, dans une espèce de verbier (15) ou de sortilège à venir. J'ai toujours des idées et je ne me lasse jamais de chercher des nouveautés dans le tango parce que son harmonie, sa plasticité, ses thématiques permettent toujours de faire des choses nouvelles.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :


(1) Il y fait une allusion très discrète au début de Balada para el año 3001, un tango écrit pour Astor Piazzolla, traduit en français dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, Tarabuste Editions, janvier 2011.
(2) Allusion à la phrase la plus célèbre de Horacio Ferrer : "Las tardecitas de Buenos Aires tienen ese... ¿que sé ho? ¿Viste? Salis de tu casa", etc. C'est le début de Balada para un loco, qui date de 1969, et que les Argentins aujourd'hui ne laissent jamais passer, sur scène, sans interrompre pour applaudir avec frénésie. Balada para un loco est traduit en français, p 316, dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, Editions du Jasmin, mai 2010 (et ce tango est repris sur le disque Melopea offert avec le livre : il y est récité par Horacio Ferrer accompagné au piano par Osvaldo Tarantino).
(3) Titre d'un célèbre tango écrit par Celedonio Esteban Flores, lui aussi traduit dans Barrio de Tango, ouvrage cité. Etant donné qu'on retrouve cette allusion à plusieurs reprises dans les célébrations des quatre-vingts ans du poète, je suppose que c'est lui qui présente ainsi la suite qu'il occupe dans cet hôtel du quartier de Recoleta. Cela lui ressemble bien.
(4) L'artiste peintre Lucía Michelli, surnommée Lulú, comme un personnage du tango des années 1930...
(5) Ce commentaire suit toujours le nom de Lulú dans la bouche de son mari. C'est un vrai rite chez lui. Et en plus, c'est élégamment vrai.
(6) Ce bar existe toujours à la même esquina, que Horacio Ferrer situe à San Telmo comme presque tout le monde à Buenos Aires (en fait, Bolívar y Chile se trouve encore officiellement dans le quartier de Monserrat). Horacio Ferre a fait une allusion limpide à cette rencontre dans la valse Lulú (musique de Raúl Garello), un des rares textes sans jeu de mot ni néologisme dans sa vaste production poétique, et dont vous trouverez une version bilingue espagnol-français dans Barrio de Tango, ouvrage cité. La Poesía a été reconnu d'intérêt culturel par la Legislatura Porteña au printemps 2009 (voir mon article du 25 septembre 2009).
(7) La famille Ezcurra est une grande et très ancienne famille patricienne de Buenos Aires. Dans les années 1820-1850, elle a joué un rôle historique et politique très important en Argentine. C'est de cette famille qu'étaient issues deux sœurs qui furent respectivement l'épouse de Juan Manuel de Rosas (1793-1877) et la maîtresse de Manuel Belgrano (1770-1820). C'est peu de dire que Horacio Ferrer est fier d'appartenir à cette famille qui a joué un grand rôle dans la fédération argentine. Sur le plan historique, il y a bien sûr plusieurs maisons Ezcurra à Buenos Aires, tout dépendant de la branche de la famille concerné et de l'époque que l'on considère.
(8) En Argentine, on dit plus facilement Mamá et Papá là où en France, en Belgique, en Suisse, on emploie un Mère ou Père moins intime.
(9) Grande poète argentine, connue notamment pour son appartenance au cercle des intellectuels et artistes qui fréquentaient assiduement le Gran Café Tortoni de Avenida de Mayo, au-dessus duquel la Academia Nacional del Tango dispose de son siège social. Elle était née en Suisse, dans le canton italophone de Lugano, en 1892, et elle s'est suicidée, pour éviter de mourir d'un cancer qui venait d'être diagnostiqué, en se noyant dans l'océan à Mar del Plata en 1938. Elle a laissé un grand héritage littéraire et esthétique.
(10) Le style du récitant qu'est Horacio Ferrer est tout à fait particulier que vous pouvez écouter dans les deux enregistrements de lui que Litto Nebbia a intégré dans le disque offert avec mon anthologie Barrio de Tango, ouvrage cité.
(11) Les trois premiers vers de Confesión, musique de Enrique Santos Discépolo et texte de Enrique Santos Discépolo et Luis César Amadori, présenté en version bilingue dans Barrio de Tango, ouvrage cité, p 188.
(12) Cette fondation a été une vraie saga en 1990. Horacio Ferrer en ruminait l'idée depuis de longues années lorsque l'occasion s'est présentée soudain avec l'obtention providentielle d'une audience auprès de Carlos Menem, qui venait tout juste d'arriver à la Casa Rosada. C'est le seul truc positif qui restera des deux mandats par ailleurs catastrophiques de Menem : il a permis la fondation de la Academia Nacional del Tango et ensuite il s'est occupé de couler le pays entier.
(13) C'est très nettement l'impression que me laissent ces deux interviews ultra-brillantes et où il est en pleine possession de ses moyens intellectuels et cognitifs, de son humour, de sa spontanéité, de sa culture et de sa mémoire. Je reconnais parfaitement l'homme que je connais, avec sa verve et son dynamisme. Chapeau, l'artiste !
(14) Les historiens du tango date de 1969 et de ce morceau le renouveau de la poésie du tango, après la première date qui est sans doute 1916 avec Mi noche triste de Pascual Contursi et les années 30 avec l'apparition de Homero Manzi qui invente deux thèmes essentiels dans le répertoire du tango, celui du quartier et celui de la nostalgie.
(15) La spécialité du Maestro : le néologisme. Il forme ici son terme sur le modèle de substantif herbier, en espagnol. Pour une fois, ça marche aussi en français. Au grand soulagement de la traductrice.

mercredi 12 juin 2013

Milonga de l'Armada à Rouen [ici]


Ce vendredi, l'association Tangoemoi profite de l'Armada pour organiser sur la Place de la Pucelle une milonga en plein air de 18h45 à 23h, à Rouen. La milonga sera précédée d'une initiation au tango par René Bui et Florencia García, de 17h30 à 18h45.

Démonstrations de René Bui et Florencia García au cours de la milonga, animée par les musiciens du Cuarteto Silbando.

La mairie de Rouen et l'Opéra de Rouen mettent leurs moyens techniques au service de la manifestation...


Pour en savoir plus :

Salzbourg-Toulouse-Buenos Aires à Boedo [à l'affiche]


Vendredi en huit, le 21 juin 2013, à 21h30, Pepe Kokubu reprend le micro à Bien Bohemio, Sánchez de Loria 745, dans le quartier de Boedo, pour un récital intitulé Mozart y Troilo... ¡son Gardel!, ce qu'on peut traduire par "Mozart et Troilo, il n'y a pas mieux !" C'est de l'argentin pur jus, il faut comprendre...

A côté du chanteur ci-dessus dénommé, académicien de la Academia Nacional del Tango, se produiront Inés Cuello, Adam Gidney et Cecilia Kokubu (la fille du premier). Ils seront accompagnés par Julián Cafiro (piano), Nazareno Altamirano (guitare).

Entrée : 60 $ dans le cadre des soirées Tangos con el Alma 2013.


Cucuza se la joue Spinetta ! [à l'affiche]

Affiche diffusée par Cucuza

Samedi prochain, le 15 juin 2013, à 22h, le chanteur Cucuza (entendez la caboche), bien connu de mes lecteurs, après un mois de mai passé au CC Torquato Tasso, revient au Bar El Faro, son quartier-général à la limite de Villa Urquiza, Villa Pueyrredón et Parque Chas, esquina Constituyentes y La Pampa, pour une soirée musicale différente du rendez-vous habituel dont il a pris l'initiative il y a bientôt six ans (El Tango vuelve al Barrio).

Cette fois-ci, la soirée porte le titre de Menesunda (ce que je m'avance un peu en traduisant par Mêli-Mêlo ou Macédoine ) (1) et rappelle, avec une bonne dose de culot, la pochette d'un disque historique de Luis Alberto Spinetta, avec son groupe Almendra, un disque sorti en 1970 et illustré par un dessin quelque peu neurasthénique du musicien lui-même, dont l'illustration ci-dessus remplace le visage original (2) pour celui de Enrique Santos Discépolo, le poète désespéré de Esta noche me emborracho (3).

Samedi, la fine équipe composée autour de Cucuza par Sebastián Zasali (bandonéon), Noelia Sinkunas (piano) et Mateo Castiello (guitarre) (4), une belle brochette de chanteurs invités (Antonio Birabent, Pablo Dacal, Martín Elizalde, Mariano Fernández et Dolores Solá), un compositeur invité qui n'est autre que Acho Estol (le compagnon de Dolores Solá), des instrumentistes (le Dúo Púa Abajo, les guitaristes Julio Sleiman et Nicolás Pascuzzo) et le récitant Martin “El Pitu” Frontera. Une bonne partie de la crème de la movida tanguera la plus originale et la plus éclatante de la Buenos Aires actuelle.

Belle soirée en perspective.

Cucuza et Moscato (à la guitare), sur la scène de la Academia Nacional del Tango

Droit au spectacle : 50 $. Comptez les consommations en plus (El Faro propose une carte spéciale pour les soirées musicales, courte mais appétissante et roborative, surtout par ces temps frisquets où l'hiver pointe son nez).

Réservation vivement recommandée : elfarocafebar@gmail.com, ou téléphone fixe 4573 3055, téléphone portable : 15 6198 3206.


(1) Menesunda a deux sens principaux, dont un désigne les stupéfiants qui font tout à fait quitter le monde réél. Dans les années 70, il est à peu près certain que ce sens-là était dans l'esprit de tous. Aujourd'hui et vu la liste des participants, je pencherai plutôt pour le second.
(2) Curieusement, cette pochette ultra-connue en Argentine n'est que peu disponible sur Internet. Cependant la rédaction de Página/12 s'en était servi le 9 février 2012 pour annoncer à sa une le décès du grand rockeur. Cliquez sur le lien pour accéder à cette première page du quotidien et cette nécrologie admirative.
(3) Cette nuit, je me soûle.
(4) Mateo est le fils de Cucuza. Et c'est déjà un excellent musicien, si j'en crois sa prestation aux côtés de son père au Festival de Tango en 2011 dont je garde un souvenir ébloui.

mardi 11 juin 2013

Le Sexteto Mayor continue à fêter ses 40 ans [à l'affiche]


Le Sexteto Mayor fête cette année les quarante ans de sa fondation et donnera donc un concert au théâtre ND Ateneo, Paraguay 918, dans le quartier de Retiro, le samedi 15 juin 2013 à 21h. Si vous avez l'occasion d'aller les écouter, ils en valent la peine : c'est un des meilleurs ensembles de l'ère télévisuelle, qui a mis fin à l'existence des grands orchestres d'une vingtaine de musiciens ou plus et a vu commencer le règne des petites formations (trios, quatuors, sextuors...)


Plus d'informations sur le site Internet du Sexteto Mayor et sur le site du théâtre.

Sexteto Mayor, cet été, le 27 janvier 2013, à Usina del Arte, La Boca,
dans le cadre de l'opération Verano en la Ciudad, à Buenos Aires.

Jacqueline Sigaut présente son disque à Almagro Tango Club [à l'affiche]


La chanteuse Jacqueline Sigaut a été nominée pour les Prix Gardel de cette année pour son disque, sorti il y a un an et consacré au répertoire composé par Aníbal Troilo, dans des arrangements originaux, Desde el recuerdo te vuelvo a ver (un vers de Homero Manzi, tiré de Barrio de Tango, l'un des morceaux enregistrés sur le disque).

Elle présentera donc une nouvelle fois cet album à Almagro Tango Club, une salle relativement récente située rue Medrano 688, en plein quartier de Almgro, le vendredi 14 juin 2013, à 21h30.

Entrée : 60 $.

Fuyijama, de Aníbal Troilo et Cátulo Castillo,
un tango inédit que Jacqueline Sigaut a intégré dans son cinquième disque


Jacqueline sera entourée de plusieurs amis, comme le chanteur El Negro Falótico et le pianiste-compositeur Pepo Ogiviecki, et ce sont ses musiciens habituels qui l'accompagneront.

Lucrecia Merico au Tortoni mercredi soir [à l'affiche]


Ce sera demain, mercredi 12 juin 2013, à 18h45 (à la sortie des bureaux), au Gran Cafe Tortoni, Avenida de Mayo 825, dans la salle Alfonsina Storni, dans le cadre d'une série de concerts produits par l'association protestante YMCA, très active dans le champ culturel, sportif et social.

La chanteuse Lucrecia Merico, accompagnée du guitariste Juan Nacho Izurubieta, interprétera un répertoire de tangos à texte, plein de sentiment national et populaire, dit l'affiche (ci-dessus).

Pour l'occasion, Lucrecia a invité Valeria Shapira, avec laquelle elle a joué pendant cinq ans leur spectacle Las minas del tango reo.


Entrée libre et gratuite. Profitez-en, l'établissement est un lieu historique et privilégié du centre de Buenos Aires...

lundi 10 juin 2013

Horacio Ferrer au Maipo - La fête continue, Maestro ! [à l'affiche]


Demain soir, mardi 11 juin 2013, à 20h30, grande soirée d'hommage à Horacio Ferrer, qui fait le clown pour fêter ses quatre-vingts ans (ça lui ressemble bien !). Ce sera au Teatro Maipo, Esmeralda 443, dans le quartier de San Nicolás, à deux pas de Avenida Corrientes, presque au pied de l'Obélisque... Grand théâtre historique de la capitale argentine. Les prix vont de 140 $ (peso argentin) à 90 $, selon que vous voulez être à l'orchestre ou au poulailler. Ce sera aussi l'occasion pour le Maestro de présenter le nouveau CD de tangos et poèmes, Flor de Tangos y poemas, qui sort pour cet anniversaire.

Pour l'occasion, Página/12 s'est fendu d'un article dans ses pages généralistes, avec interview du Maître enregistrée, dit le journaliste Carlos Zito, dans sa suite de l'hôtel Alvear, mais qui le montre dans son bureau de la Academia Nacional del Tango, où le photographe Pablo Piovano l'a fixé, dans cette invraisemblable veste violette qui sur lui ne parvient même pas à nous faire sourciller.

Traduction. Vous allez voir le bonhomme qu'il est. On peut se lever tôt pour lui arriver à la cheville !

Con un café de por medio, la entrevista comenzó con una pregunta tan sencilla como imposible de responder.
–Horacio, ¿qué es el tango?
–Es un conjunto de artes y una manera de ser, de vivir. Ser tanguero es una forma de transitar por la existencia, aun sin tocar un instrumento, sin cantar ni bailar. Es una forma de vivir, que mezcla bohemia, trabajo, ilusiones y formas de amar, y que tiene un lugar importante para la amistad.
–¿Y como género musical?
–El tango es más que una música, es un arte dentro del arte musical. No se puede componer un tango sin haber vivido ese tipo de existencia, que se hereda de maestros de hace varias generaciones. Yo me crié con Julio De Caro, con Pichuco, con Piazzolla, centralmente, pero además fui muy amigo de Homero Expósito. Con mis amigos, que tanto son arquitectos como vagos soñadores, convivimos en el tango con toda felicidad: nos gusta escuchar esa música. He pasado noches enteras con amigos escuchando tangos y desentrañando las estéticas.
Horacio Ferrer, interviewé par Carlos Zito, in Página/12

- Avec un café par-dessus tout ça [allusion au dernier étage de l'Alvear et sa vue plongeante sur Buenso Aires], l'interview a commencé sur une question aussi simple qu'y répondre est impossible.
- Horacio, c'est quoi, le tango ?
- C'est un ensemble d'arts et une manière de vivre. Etre tanguero, c'est une façon de traverser l'existence, même si on ne joue pas d'un instrument, si on ne chante pas, si on ne danse pas. C'est une façon de vivre qui mélange de la bohème, du travail, des rêves et des manières d'aimer, et qui donne une place importante à l'amitié.
- Et comme genre musical ?
- Le tango, c'est plus qu'une musique, c'est un art à l'intérieur de l'art musical. On ne peut pas composer un tango sans avoir vécu ce type d'existence, qu'on hérite de maîtres d'il y a plusieurs générations. Moi, j'ai été élevé avec Julio De Caro, avec Pichuco, avec Piazzolla, pour l'essentiel, mais en plus, j'ai été ami avec Homero Expósito (1). Avec mes amis, qui sont tout autant architectes que vagabonds rêveurs, nous avons vécu dans le tango en plein bonheur : nous aimons écouter cette musique-là. J'ai passé des nuits entières avec des amis à écouter du tango et à disséquer leurs esthétiques.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Y si tuviera que escribir una definición para un diccionario?
–El tango no se puede definir. No responde a una estructura genética predeterminada, va cambiando con el fraseo, con los que cantan, va cambiando con los que bailan... Hay algo que es muy importante: el tango es serio, aunque sean jocosas algunas letras. El tango es serio, tiene mucha humanidad, tiene mucho ser, mucho ser humano dentro, de todas las especies, épocas, pintas, alcurnias; es atorrante y ducal.
–El tango del principio no se parecía al que luego trajo De Caro en los años 1920; y éste tampoco se parecía al de Troilo en los ’40. Después vino Piazzolla y cambió todo. ¿Por qué, sin embargo, no hay dudas de que todo eso es tango? ¿Qué es lo que hace que sintamos que “hay tango” en cosas tan distintas?
–Es la esencia existencial del tango, musicalmente por supuesto, la más consolidada en las artes. Se pueden recitar las letras, pero la música es una especie de aroma que nos envuelve, que reconocemos como una señal diferente dentro del mundo de la música. ¡El tango canta, aunque no tenga letras! (canturrea “La Cachila”). Eso lo envuelve a uno y le duplica lo existencial.
Horacio Ferrer, interviewé par Carlos Zito, in Página/12

- Et si vous deviez écrire une définition pour un dictionnaire ?
- Le tango ne peut pas se définir. Il ne répond à aucune structure génétique prédéterminée, il change en fonction du phrasé, de ceux qui chantent, il change en fonction de ceux qui dansent. Il y a quelque chose de très important : le tango est sérieux (2), quand bien même il y a quelques textes drôles (3), il a beaucoup d'humanité, il a beaucoup d'être, beaucoup d'être humain en dedans, de toutes sortes, de tous les temps, de toutes les allures, de tous les lignages. Il est maraud et ducal.
- Le tango des débuts ne ressemblait pas à celui qu'a apporté De Caro dans les années 1920 et celui-ci ne ressemblait pas non plus à celui de Troilo dans les années 1940. Ensuite Piazzolla est arrivé et il a tout changé. Pour quelle raison, malgré tout, il n'y a pas de doute sur le fait que tout cela ce soit du tango ? Qu'est-ce qui fait que nous ressentons qu'il y a tango dans des choses aussi différentes ?
- C'est là l'essence existentielle du tango, musicalement bien sûr, le plus consolidé de tous les arts. On peut réciter des textes [de tango] mais la musique est une sorte d'arôme qui nous enveloppe, que nous reconnaissons comme un signe distinctif dans le monde de la musique. Le tango chante, même sans paroles ! (il fredonne La Cachila). Cela, ça vous enveloppe et ça vous multiplie l'existentiel.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Cómo le explicaría a un músico de Yemen o del Congo qué es un tango?
–Ya hay una transmisión de generación en generación, y en todos lados saben qué es el tango. He recorrido el mundo con Gidon Kremer, que no es un músico de tango, pero sí un genio del violín. Me llevó a recitar “María de Buenos Aires” por decenas de países. Las giras duraron diez años, de 1997 a 2007. Fue impresionante. En todos lados, la gente conocía los tangos, los distintos estilos. Es una música de una universalidad fenomenal.
–Hay quienes sostienen que se trata del fenómeno cultural, no sólo musical, más importante que dio América latina en el siglo XX. Por su riqueza, que se ramifica en danza, poesía, moda, lenguaje, literatura, estéticas plásticas, etc., por su universalidad y su persistencia.
–Sin ninguna duda. No hay nada comparable. El tango no necesita a nadie que lo defienda. Se ha defendido solo, con su renovación, su capacidad de cautivar y sus cuatro artes: la música, la danza, el canto y la poesía. El tango tiene una personalidad tan grande que, como decía Pugliese, ¡hasta los tangos feos son lindos! “Fumando espero”, por ejemplo, es feísimo. “Fu-man-do-es-pe-ro-a-la-mu-jer-que-quie-ro...” Le falta gracia, tiene algo de cuplé, pero aun así tiene algo. Y si lo escuchamos por Di Sarli, ya es otra cosa.
Horacio Ferrer, interviewé par Carlos Zito, in Página/12

- Comment expliqueriez-vous ce qu'est un tango à un musicien du Yemen ou du Congo ?
- D'abord il y a une transmission de génération en génération et partout on sait ce qu'est le tango. J'ai parcouru le monde avec Gidon Kremer, qui n'est pas un musicien de tango, mais bel et bien un génie du violon. Il m'a conduit à réciter María de Buenos Aires dans des dizaines de pays. Les tournées ont duré dix ans, de 1997 à 2007. C'était impressionnant. Partout, les gens connaissaient les tangos, les différents styles. C'est une musique d'une universalité phénoménale.
- D'aucuns soutiennent qu'il s'agit du phénomène culturel et non seulement musical le plus important qui se soit produit en Amérique Latine au XXème siècle. Pour sa richesse, qui se ramifie en danse, en poésie, en mode, en langage, en littérature, en esthétiques plastiques, etc. par son universalité et sa persistance.
- Sans l'ombre d'un doute. Il n'y a rien de comparable. Le tango n'a besoin de personne pour le défendre. Il s'est défendu tout seul, avec sa rénovation, sa capacité à capter l'attention et ses quatre arts : la musique, la danse, le chant et la poésie. Le tango a une personnalité si forte que, comme disait Pugliese, même les tangos laids sont pas mal ! Fumando espero, par exemple, c'est on ne peut plus laid. [il chante le premier vers] Fumando espero a la mujer que quiero. Ça manque de charme, on dirait un peu une rengaine de revue mais en même temps il y a quelque chose. Et si nous l'écoutons dans l'interprétation de Di Sarli, c'est autre chose !
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–Hablando de Di Sarli: después de muchos años parece que se terminó la estúpida superstición de que traía mala suerte...
–¡Por favor, eso fue pura envidia! Después la ligó el pobre José Libertella, el gran bandoneonista creador del Sexteto Mayor. La yeta que le adjudicaban a Di Sarli se la habían trasladado a él. Es obra de envidiosos.
–Ahora, al revés, a otro gran director, Osvaldo Pugliese, se le atribuye ser un agente de la buena suerte. ¡Hasta existen estampitas del maestro con una aureola!
–Pugliese es muy querido, y se lo merece. Hay una cosa que siempre digo, y en la que fui escuchado: la trayectoria completa de la orquesta de Pugliese, con cuarenta años de evolucionar y de tocar, es mucho más importante para la música del siglo XX que lo que dejaron Los Beatles, que hicieron siempre lo mismo. Lo que pasa es que ellos tenían para su difusión la empresa Inglaterra, y nosotros la empresa Argentina. Es la verdad y nadie, pero nadie, me lo discute. El trabajo musical de la orquesta de Pugliese fue sencillamente extraordinario. Vos tomás “El rodeo” y tomás “Yunta de oro”, dos extremos, y ves que está la orquesta y está el estilo. Pero cómo evolucionó, cómo se enriqueció la orquesta: es una sinfonía maravillosa. Estaba como primer bandoneón el Tano (Osvaldo) Ruggiero, al que una vez, en París, le dije que era “el Pichuco” de la orquesta de Pugliese. ¡Quedó encantado con esa comparación! Y tuvo violinistas como Enrique Camerano y luego Oscar Herrero (Ferrer tararea el solo de violín del tango “Chiqué”, y agrega). Camerano tenía esa cosa agitanada, que después imitó un poco Herrero.
Horacio Ferrer, interviewé par Carlos Zito, in Página/12

- Puisqu'on parle de Di Sarli, après de longues années, on dirait qu'on en a fini avec la superstition idiote qu'il portait malheur... (4)
- Ah pitié ! C'était de l'envie pure et simple, ça ! Ensuite, on a balancé ça sur José Libertella, le grand bandonéoniste fondateur du Sexteto Mayor. Le mauvais œil qu'on a attribué à Di Sarli, on le lui a transmis à lui. C'est une machination d'envieux.
- Maintenant, dans l'autre sens, on attribue à un autre grand chef d'orchestre, Osvaldo Pugliese, une influence porte-bonheur. Il existe même des images [pieuses] du maestro avec une auréole ! (5)
- Pugliese, on l'aime beaucoup et il le mérite bien. Il y a une chose que je dis tout le temps et en quoi j'ai été entendu : le parcours complet de l'orchestre de Pugliese, avec quarante ans d'évolution et de jeu, c'est beaucoup plus important pour la musique du XXème siècle que ce que nous ont légué les Beatles, qui ont toujours fait la même chose (6). En fait, pour se faire connaître eux avaient l'entreprise Angleterre, et nous l'entreprise Argentine. C'est la vérité, ça, et personne, mais vraiment personne ne vient me contester ça. Le travail musical de l'orchestre de Pugliese a été tout simplement extraordinaire. Prends (7) El rodeo et prends Yunta de oro, deux extrêmes, et tu vois que l'orchestre est là et le style. Mais la manière dont l'orchestre a évolué, dont il s'est enrichi, c'est une merveilleuse symphonie. Comme premier bandonéon, il y avait l'Italien Osvaldo Ruggiero (8) à qui j'ai dit un jour, à Paris, qu'il était le Pichuco de l'orchestre de Pugliese (9). Il a été enchanté par la comparaison ! Et il a eu des violonistes comme Enrique Camerano et ensuite Oscar Herrero (Ferrer chantonne le solo de violon du tango Chiqué et ajoute) Camerano avait ce truc de gitan qu'ensuite Herrero a un peu imité.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–Uno de los secretos del tango parece estar en su variedad de estilos.
–El tema de los estilos es el más importante en el tango, musicalmente hablando. La creación estilística en el tango es impresionante. Los estilos tienen una personalidad y una grandeza aristocrática. Fresedo, Di Sarli, D’Arienzo, Canaro, que con cuatro notas hacía su estilo inconfundible. Hay, por un lado, estilos de solistas, maneras –por ejemplo– de tocar el piano, que a veces se trasfunde a la orquesta, y por otro lado hay estilos orquestales. La orquesta de Di Sarli, a pesar de que algunos digan que no estaba escrita, sí lo estaba, aunque con muy poca cosa, con mucha sencillez, pero con una gran expresión que venía del piano del director. Toda la orquesta tocaba para el piano. Yo fui muy amigo de Félix Verdi, que era el primer bandoneón de Di Sarli, y me decía: “Siempre estaba buscando esos bordoneos, esas improvisaciones, y cuando se daba cuenta de que lo estábamos mirando, ¡tocaba en cuatro para disimular!”.
Horacio Ferrer, interviewé par Carlos Zito, in Página/12

- Un des secrets du tango a l'air d'être dans la variété de ses styles.
- La question des styles est la plus importante dans le tango, musicalement parlant. La création stylistique dans le tango est impressionnante. Les styles ont une personnalité et une grandeur aristocratique. Fresedo, Di Sarli, D'Arienzo, Canaro, qui avec trois notes (10) inventaient un style reconnaissable entre tous. Il y a d'un côté des styles de solistes, des façons par exemple de jouer du piano, qui parfois se diffusent dans l'orchestre et d'un autre côté, il y a les styles orchestraux. Dans l'orchestre de Di Sarli, bien que certains disent que rien n'y était mis sur partition (11), ça l'était bel et bien, mais avec très peu de choses, avec beaucoup de simplicité, mais avec une expressivité forte qui venait du piano du chef. Tout l'orchestre jouait pour le piano. J'ai été très ami avec Félix Verdi, qui était le premier bandonéon de Di Sarli, et il me disait : Il était toujours là à chercher ces graves, ces improvisations, et quand il se rendait compte que nous étions en train de le regarder, il se mettait à jouer du cuatro pour donner le change (12).
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–Parece que nunca dejó que lo filmaran mientras tocaba el piano.
–Sí, es cierto. Yo no lo conocí personalmente. Fue al único que no llegué a conocer, porque no se dio la ocasión. Sé que era un tipo muy chinchudo y se había enemistado con varios de sus músicos, que al final se separaron y formaron la orquesta Los Señores del Tango. Otros, en cambio, como Tierrita Guisado (primer violín) y Félix Verdi, lo adoraban. En todo caso, la de Di Sarli fue una orquesta que influyó hasta en Pugliese. Este me dijo un día algo que yo transcribí en mi libro, y que lo tengo grabado: “Mi orquesta, mi forma de tocar proviene melódicamente de Julio De Caro y rítmicamente de Carlos Di Sarli”. Y como sabemos, él había formado su estilo a partir de Fresedo, al que admiraba enormemente y tenía como maestro, al punto que le dedicó uno de sus tangos más bellos, “Milonguero viejo”. Por otra parte, como se nota con “Bahía Blanca” o “A la gran muñeca”, Di Sarli hizo moldes estilísticos que son imbatibles. Como Troilo con “Quejas de bandoneón”: se puede decir que ese tango es de Juan de Dios Filiberto tanto como de Troilo.
Horacio Ferrer, interviewé par Carlos Zito, in Página/12

- On dirait qu'il ne s'est jamais laissé filmer quand il jouait du piano.
- Eh oui, c'est vrai. Moi, personnellement, je ne l'ai pas rencontré. C'est le seul que je n'aurai pas rencontré parce que l'occasion ne s'est pas présentée. Je sais que c'était un type très soupe-au-lait et il s'était aliéné plusieurs de ses musiciens, qui ont fini par le quitter et former l'orchestre Los Señores del Tango. D'autres au contraire comme Tierrita Guisado, premier violon, et Félix Verdi, l'adoraient. En tout cas, l'orchestre de Di Sarli a été celui qui a influencé même Pugliese. Celui-ci m'a dit un jour quelque chose que j'ai transcrit dans mon livre (13) et je l'ai enregistré (14) : "Mon orchestre, ma manière de jouer provient mélodiquement de Julio De Caro et rythmiquement de Carlos Di Sarli". Et comme on le sait, il avait formé son style à partir de Fresedo, qu'il admirait énormément et qu'il tenait pour son maître, au point de lui dédier un de ses tangos les plus beaux, Milonguero viejo. D'autre part, comme on le voit dans Bahía Blanca ou A la gran muñeca, Di Sarli a créé des moules stylistiques qui sont indépassables. Comme Troilo avec Quejas de bandonéon : on peut dire que ce tango-là est de Juan de Dios Filiberto autant que de Troilo (15)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Qué es lo que escucha de tango?
–Todo. Muy variado. Pero sobre todo la orquesta de Troilo, que tuvo una trayectoria impresionante, y también Troilo con la guitarra de Roberto Grela, que es “encaje de bolillos”, como dicen en España. Para mí, el Gordo fue el más grande director. El segundo fue Osvaldo Fresedo, por la calidad en la expresión de lo que está escrito. Fresedo tenía esa dinámica maravillosa del disminuendo y del crescendo. Troilo es el gran escultor de los sonidos. Empieza con un pianissimo, la música viene del horizonte y después se acerca y se pone en primer plano...
–Pero era también una orquesta compadrita, sobre todo en la época de Fiorentino.
–¡Claro! Troilo y Fiore. Ellos mismos eran compadritos. Y lo era también la orquesta, efectivamente, porque el tango es compadrito. La esencia humana del tango es compadrita, como se ve en esa célebre foto de Pugliese apoyado en un portal de Villa Crespo: es un verdadero compadrito. Yo le dije un día a Osvaldo: “Usted es un compadrito”. Y me dijo muy decidido: “Sí” (carcajadas). El tango desde un principio tiene esa esencia. Es el espíritu del compadrito, que va a matar o a morir; es el hombre de la llanura metido en la ciudad, y que está siempre alerta, como atravesado permanentemente por una corriente eléctrica. El compadrito no habla; habla con el cuerpo. Y el andar y el moverse del compadrito inspiró muchos pasos de baile, por ejemplo, el hecho de que el hombre dirige a la mujer y que baila siempre avanzando, mirando en torno suyo, vigilando.
Horacio Ferrer, interviewé par Carlos Zito, in Página/12

- Qu'est-ce que vous écoutez comme tango ?
- Tout. Très varié. Mais par dessus tout, l'orchestre de Troilo, qui a eu un parcours impressionnant et aussi Troilo avec Roberto Grela à la guitare, et ce sont de vrais morceaux de bravoure comme on dit en Espagne (16). Selon moi, le Gordo [Troilo] a été le plus grand chef d'orchestre. Le second, c'est Osvaldo Fresedo, pour la qualité dans l'expression de ce qui est sur la partition. Fresedo avait cette dynamique merveilleuse du dismunuendo et du crescendo. Troilo est le grand sculpteur des sons. Il commence sur un pianissimo, la musique monte de l'horizon, ensuite elle s'approche et vient se mettre au premier plan...
- Mais c'était aussi un orchestre titi, surtout à l'époque de Fiorentino.
- Evidemment ! Troilo et Fiore. Eux-mêmes étaient des titis. Et l'orchestre en était un aussi, en effet, parce que le tango est un titi. L'essence humaine du tango est celle du titi, comme on le voit sur la fameuse photo de Pugliese appuyé sur une porte d'entrée à Villa Crepo : c'est un vrai titi. Je l'ai dit un jour à Osvaldo : "Vous êtes un titi". Et il m'a dit [d'un ton] bien déterminé : "Oui !" (éclat de rire). Le tango depuis le début a cette essence-là. C'est l'esprit du titi (17), qui s'en va tuer ou mourir. C'est l'homme de la plaine [de la Pampa] qui s'est fourré en ville et qui est toujours aux aguets, comme parcouru en permanence de courant électrique. Le titi ne parle pas, il parle avec son corps. Et la démarche, le mouvement du titi a inspiré beaucoup de pas de danse, par exemple le fait que l'homme dirige la femme et danse toujours en avançant, en regardant autour de lui, en surveillant (18).
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Cuál es el tango que le pone la piel de gallina?
–¡Tantos, tantos, tan hermosos! Recuerdo cuando nos reuníamos con mis amigos en Montevideo a tomar whisky y a escuchar tangos, a comentarlos... Apagábamos la luz para escuchar mejor, y me veo oyendo “La mariposa” por Pugliese, impresionante, o “Nueve puntos” por Di Sarli, que es una sinfonía en una píldora... Y decíamos: “¡Póngalo otra vez, póngalo otra vez!”.
–¿Tiene un tango preferido?
–No, no tengo un tango preferido*, porque son tantos tan hermosos. Tengo varios tangos que suelo ir silbando por la calle; lo que pasa es que el tango es tan variado, que es difícil elegir entre “Responso” y “Flores negras”, los poemas de Manzi, como “Sur”, o de Cátulo Castillo, como “La última curda”, y todo lo que escribió Alfredo Le Pera para Gardel es algo fantástico. Yo tuve la suerte de ser amigo de casi todos, de Cadícamo, de Homero Expósito, de Pichuco, que era un poeta que en lugar de palabras usaba notas. Yo era un muchacho de 15 años y él me ponía una silla en medio de la orquesta para que disfrutara más... Pichuco estaba muy contento de que a mí me fuera bien trabajando con Piazzolla, aunque él me había preparado para que escribiera para él. Pero yo me di cuenta de que él ya no estaba para componer. Y debuté con Piazzolla con María de Buenos Aires, una obra de dos horas. No era algo que hubiera podido hacer con Troilo, que ya estaba medio retirado. Con Piazzolla yo le agregué mi empuje al empuje que tenía él... ¡Es la pieza argentina más representada en los teatros del mundo!
Horacio Ferrer, interviewé par Carlos Zito, in Página/12

- Quel est le tango qui vous donne la chair de poule ?
- Tant et tant, et si beaux ! Je me souviens quand nous nous retrouvions avec mes amis à Montevideo pour prendre un whisky et écouter du tango, en parler... On éteignait la lumière pour mieux écouter et je me vois écoutant La Mariposa par Pugliese, impressionnant, ou Nueve puntos par Di Sarli, qui est une symphonie en comprimé... Et on disait : "Remets-le, remets-le !"
- Vous avez un tango préféré ?
- Non, je n'ai pas de tango préféré (19) parce qu'ils sont si nombreux et si beaux. Il y a plusieurs tangos que j'ai l'habitude de siffler [en marchant] dans la rue. Ce qu'il y a c'est que le tango est si divers qu'il est difficile de choisir entre Responso et Flores Negras, les poèmes de Manzi comme Sur ou de Cátulo Castillo comme La última curda (20) et tout ce que Alfredo Le Pera a écrit pour Gardel, c'est quelque chose de fantastique. J'ai eu la chance d'être ami avec presque tous, avec Cadícamo, Homero Expósito, Pichuco, qui était un poète qui à la place des mots employait des notes. J'étais un môme de 15 ans et lui me mettait une chaise au milieu de l'orchestre pour que j'en profite davantage... Pichuco était ravi que j'aie la chance de travailler avec Piazzolla, même c'est pour lui qu'il m'avait préparé à écrire. Mais je me suis rendu compte que, pour ce qui était de composer, il n'y était plus. Et j'ai commencé avec Piazzolla, avec María de Buenos Aires, une œuvre qui dure deux heures. Ce n'est pas une chose que j'aurais pu faire avec Troilo, qui s'était déjà à moitié retiré (21). Avec Piazzolla, j'ai joint mon élan à l'élan qu'il avait lui... C'est la pièce [de théâtre] argentine la plus jouée au théâtre au monde !
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Y si tuviéramos que salvar de un cataclismo uno o varios tangos?
–Yo no pensaría en tangos sino en autores... Cobián, por ejemplo. Ayer estábamos cantando “Almita herida”... ¡qué maravilla! “Mi refugio”, “Los mareados”... y Bardi, y Pugliese, que hizo joyas menos conocidas que hay que escuchar, como “Una vez”. Y Piazzolla, y Pichuco... “Pa’ que bailen los muchachos” (tararea los primeros compases).
–Esa es una compadrada...
–¡Siiiiiiiiiiií! Ahí la música te dice: “Te voy a decir algo, pero te lo digo despacito... ¡y no te lo digo del todo!”. Ja, ja, ja...
–¿Cómo ve el panorama del tango joven?
–Maravilloso, hay mujeres y hombres, cantores, muy buenos bailarines y excelentes músicos, tenemos 40 bandoneonistas jóvenes que la rompen.
Horacio Ferrer, interviewé par Carlos Zito, in Página/12

- Et si nous devions sauver d'un cataclysme un ou plusieurs tangos ?
- Moi, je ne penserais pas en termes de tangos mais d'auteurs... Cobián par exemple. Hier, nous chantions Almita herida... Quelle merveille ! Mi refugio, Los mareados... Et Bardi, et Pugliese qui a créé des bijoux moins connus qu'il faut écouter, comme Una vez (22). Et Piazzolla, et Pichuco... Pa' que bailen los muchachos (il fredonne les premières mesures).
- En voilà, un truc de titi...
- Et comment ! Là la musique te dit : je vais te dire un truc, mais je le dis lentement... Et puis non, je ne te le dis pas.... Bisque bisque rage !
- De quelle manière regardez-vous le panorama de la jeune génération du tango ?
- Merveilleux, il y a des hommes et des femmes, des chanteurs, de très bons danseurs et d'excellents musiciens, nous avons 40 jeunes bandonéonistes qui touchent leur bille dans l'histoire.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿El ritmo es el secreto de tango?
–¿De qué ritmo hablamos, del de D’Arienzo, del de Canaro, del de Pugliese? Es cierto que algunos grupos a veces se escapan de lo que el público entiende como tango. También ocurrió eso con De Caro. Fijate: una vez fui a un espectáculo donde se presentaban 40 guitarristas que tocaban todos los géneros, y le pregunté a uno: “¿Y con el tango cómo andan?”. Y me respondió: “Hasta De Caro me estiro”. ¿Te das cuenta? (Ríe ruidosamente.)
–Recién mencionaba a Gardel. Si yo pronuncio ese nombre, ¿qué le evoca?
–¡Dios! (Exclama casi sin dejarme terminar la frase.)
–Caramba, de movida sacó el as de espada... A ver qué le queda para la segunda. ¿Pichuco?
–¡El suplente de Dios! (Explota en carcajadas.)
–¿Pugliese?
–El Stravinsky del tango.
–¿Salgán?
–Un distinto a todos.
–¿Di Sarli?
–El milonguerismo hecho materia.
–¿Piazzolla?
–Un hermano, genial.
Horacio Ferrer, interviewé par Carlos Zito, in Página/12

- Le rythme, c'est ça le secret du tango ?
- De quel rythme parlons-nous ? Celui de D'Arienzo, celui de Canaro, celui de Pugliese ? C'est vrai que quelques groupes parfois s'évadent de ce que le public comprend comme tango. C'est arrivé aussi avec De Caro. Figure-toi qu'un jour, je suis allé à un spectacle où se produisaient quarante guitaristes qui jouaient de tous les genres et j'ai demandé à l'un d'entre eux : Et avec le tango, où vous en êtes ? Et il m'a répondu : je vais jusqu'à De Caro. Tu te rends compte ? (il rit bruyamment).
- Il y a un instant vous avez mentionné Gardel. Si moi je prononce ce nom, ça vous évoque quoi ?
- Dieu ! s'exclame-t-il presque sans me laisser finir ma phrase.
- Nom d'un chien, vous sortez le va-tout d'emblée. On essayer de voir ce qui sort avec le deuxième mot. Pichuco ?
- Le suppléant de Dieu (il explose de rire)
- Pugliese ?
- Le Stravinsky du tango
- Salgán ?
- Unique, différent de tous les autres
- Di Sarli ?
- Le milonguerisme incarné.
- Piazzolla ?
- Un frère, génial.
(Traduction Denise Anne Clavilier)
Photo Pablo Piovano

Pour aller plus loin :
lire l'article complet de Página/12 avec la liste interminable des artistes qui participeront à la fête de demain (ils sont trop nombreux pour que je puisse les citer dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search mais mentionnons au moins Amelita Baltar, Raúl Garello, Patricia Barone...)
vous connecter au site Internet du théâtre.

Pour lire la trentaine de textes du Maestro que j'ai d'ores et déjà pu traduire et publier, voir le cahier central qui lui est consacré dans Triages n° 20, juin 2008, Tarabuste Editions (15 pages), Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, mai 2010, Editions du Jasmin (384 pages), Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, Tarabuste Editions, numéro spécial de Triages (140 pages), janvier 2011.

(1) Pour mieux aborder qui sont tous ces artistes, voir Barrio de Tango, l'anthologie largement commentée que j'ai publiée en mai 2010 aux Editions du Jasmin.
(2) Serio en Argentine, rend une notion presque intraduisible en français. Cela veut dire surtout ce que nous désignons par l'expression "pas sérieux", c'est sévère, exigeant, rigoureux, austère, qui a de la tenue, qui a de la dignité, de l'honorabilité...
(3) Dont un certain nombre des siens.
(4) Dans les traditions argentines, nées de certains syncrétismes entre les croyances amérindiennes et la foi catholique, souvent mal bâties chez les conquérants, certaines personnes sont réputées avoir le mauvais œil. Ce fut le cas de Di Sarli toute sa vie. C'est le cas aujourd'hui de Carlos Menem (c'était déjà le cas quand il était président et le fait est que sa présidence a bien débouché sur une vraie catastrophe !)
(5) Allusion au culte populaire, très en vogue chez les musiciens mais aussi au-delà de leur corporation, de San Pugliese, le résultat typique du syncrétisme religieux argentin. Un culte de nature similaire existe sur Carlos Gardel (il n'est que de lire les ex-votos qui recouvrent sa tombe au cimetière de la Chacarita) et avec Aníbal Troilo, mais d'une manière beaucoup moins formelle en ce qui concerne ce dernier.
(6) Ça, c'est Horacio Ferrer tout craché, quand il y a va franco ! A son âge, on ne la lui fait pas.
(7) Il fait comme le Pape : on lui dit vous, il répond tu. C'est aussi notre relation et j'aime bien ce côté-là du bonhomme. C'est très affectif. Tato Rebora, le directeur du Festival de Tango de Grenade, en Espagne, dit volontiers de Ferrer est au tango ce que le Pape (avant l'élection du cardinal Bergoglio) est au catholicisme. C'est légèrement exagéré mais là, il lui donne raison !
(8) Pas plus italien que moi. C'est juste un surnom dû aux origines géographiques de son patronyme. Comme pour Piazzolla ou Susana Rinaldi et tant d'autres.
(9) Ce qui n'était pas un mince compliment dans la bouche de Horacio Ferrer, qui voue un véritable culte au talent de Aníbal Troilo (comme vous pouvez vous en rendre compte dans mon anthologie, Barrio de Tango, Ed. du Jasmin, et le cahier d'hommage à Ferrer publié dans Triages n° 20 en juin 2008, avec des textes écrits pour le tango comme El Gordo Triste et La Jaula Mágica)
(10) En Argentine pour dire très peu, on emploie le chiffre quatre. En français, on emploie le chiffre trois.
(11) C'est la querelle dans laquelle Juan Carlos Cáceres est intervenu en force comme on le voit dans Tango Negro, que j'ai traduit et commenté pour la version française récemment parue aux Editions du Jasmin : musique écrite ou musique improvisée. Depuis la parution de son extraordinaire El tango, su historia y evolución, paru à Montevideo en 1960 et resté inégalé à ce jour pour l'ampleur de son analyse et la limpidité de sa rédaction, Horacio Ferrer, sans nier l'existence d'un tango improvisé, a toujours soutenu la prédominance de la musique écrite dans la tradition du genre. Juan Carlos Cáceres tient, quant à lui, qu'il n'y a de tango véritable que celui issu de la tradition orale et donc joué à la manière du jazz et de la musique cubaine, où la partition est une réalité très secondaire, voire ignorée.
(12) Je suppose qu'il s'agit ici du genre venezuélien dit cuatro. Mais il peut s'agir simplement d'un rythme à quatre temps, bien carré, très différent de son travail habituel, qui lui aurait permis de donner le change.
(13) Je suppose qu'il fait référence ici à El Libro del Tango mais je n'ai pas retrouvé la phrase avec les deux noms associés sous ces rubriques-là. Comme je ne vais pas le déranger au téléphone juste pour vérifier un point de l'interview, je ne peux pas en dire plus. L'ensemble de l'article sur Pugliese dans l'édition du Libro del Tango de 1980 est parfaitement cohérent avec ce qui est transcrit dans l'interview et ça n'a rien d'étonnant. Horacio Ferrer est un homme très fou quand il s'agit de l'imagination mais d'une puissante cohérence quand il s'agit de l'analyse.
(14) Je suppose qu'il s'agit ici d'un enregistrement audio. Mais l'expression pourrait désigner un souvenir fort, gravé (grabado) dans la mémoire.
(15) Quejas de Bandonéon est de Filiberto mais c'est sans doute Troilo qui en a donné la plus belle interprétation, celle qui fait référence aujourd'hui encore.
(16) Encaje de bolillos est une expression espagnole et non pas argentine.
(17) Je traduis compadrito par titi mais vous voyez ici que la notion est aussi proche de celle du voyou, du mauvais garçon. Mais en français ces deux expressions ne possèdent pas l'ambivalence du terme argentin et je ne peux pas traduire que Troilo et Fiorentino étaient des voyous ou des mauvais garçons. Vous allez décrocher immédiatement !
(18) bref, tout ce que les bons professeurs tentent d'apprendre à leurs élèves masculins pour éviter les accidents sur la piste. Peut-être que si les élèves avaient cette image-là dans la tête, la piste de danse serait un endroit plus agréable à fréquenter et pas la piste d'auto-tamponneuses que c'est trop souvent (à Paris, en tout cas).
(19) Dans l'article original, l'astérisque renvoie à la liste des tangos cités par Ferrer dans le texte du tango ¡Viva el Tango!, composé par Raúl Garello.
(20) Sur et La úlitima curda sont traduits dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, Editions du Jasmin, avec 12 letras de Horacio Ferrer, dont Balada para un loco et Chiquilín de Bachín, les deux incontournables, mais aussi des choses moins connues comme La guita ou Lulú, qu'il a beaucoup aimé découvrir dans mon manuscrit que je lui ai présenté en août 2007.
(21) En 1968, Troilo commençait à avoir de très gros problèmes de santé. Il est mort en mai 1975.
(22) traduit dans Barrio de Tango, ouvrage cité. Le seul que j'ai traduit dans toute la série contenue dans ce paragraphe de l'interview.