mardi 25 mai 2010

Horacio Salgán, Susana Rinaldi et Leopoldo Federico pour fêter le Bicentenaire en tango [à l’affiche]


C’était l’un des trois temps forts de la journée (fériée) d’hier à Buenos Aires sur le Paseo del Bicentenario : un grand concert à minuit avec le retour sur scène, après sept années de retraite volontaire, du Maestro Horacio Salgán (94 ans le 15 juin prochain), à la tête de sa formation historique, le Quinteto Real, et avec la participation d’autres artistes majeurs de la taille du Maestro Leopoldo Federico, une nouvelle fois à la tête de la Selección Nacional de Tango avec, pour la partie chant, rien moins que Susana Rinaldi. Autres géants du tango sur cette scène : un couple de danseurs mythique, Juan Carlos Copes (79 ans à la fin de ce mois) et María Nieves (72 ans), qui continuent d’éblouir le public. Etaient aussi de ce spectacle prestigieux l’auteur-compositeur interprète et guitariste Juan Tata Cedrón, le bandonéoniste Rodolfo Mederos et le chanteur Ariel Ardit.

La matinée avait commencé par un défilé d’engins motorisés issus de l’ancienne industrie nationale, progressivement démantelée par les gouvernements qui succédèrent à Juan Perón (et qui furent mis en place avec l’aval des ou par les Etats-Unis) : voitures particulières, taxis, bus, camions de pompiers, autocars et motos. Car l’Argentine a eu une industrie lourde sous Perón, elle avait même son propre avionneur et ses fabricants de locomotives (1).

Un concert de musique folklorique a aussi rassemblé Liliana Herrero et Teresa Parodi, deux des plus grandes auteures-compositrices interprètes de l’heure dans ce domaine, surtout depuis le départ de Mercedes Sosa (sur Mercedes Sosa, cliquez sur le lien pour accéder à mes articles la concernant).

Le programme de la journée avait été revu et reconstruit à la va-vite par les organisateurs pour permettre aux spectacles interrompus ou empêchés par l’orage de dimanche soir d’avoir lieu tout de même...


Pour aller à la source (en espagnol) :

(1) Si l’Argentine n’a pas atteint à l’heure qu’il est le développement industriel que connaît le Brésil, ce n’est pas seulement à cause du démantèlement de l’infrastructure montée par Perón. Les Etats-Unis ont empêché tous les pays d’Amérique du Sud de développer une industrie propre qui aurait fait concurrence à la leur. C’est surtout à cause des politiques absurdes et idiotes menées par Carlos Menem dans la décennie des années 90 qui ont omis d’investir sur du long terme en Argentine pour développer davantage des activités de bourse et de service très volatiles et l’ont exposée en plus à la faillite financière (qui s’est produite en décembre 2001) en instituant une parité aussi vaniteuse qu’artificielle entre le peso et le dollar US. Ecroulement économique que le Brésil s’est épargné, ce qui a permis à Lula de mettre à profit ses deux mandats successifs pour bâtir un développement industriel qui commence à être vraiment spectaculaire.

Google aussi [Actu]

Google Argentina a dû entendre l’invitation comminatoire de Angel Pulice qui donnait samedi dernier, 22 mai, un concert avec Ruth de Vicenzo et leur sextette au Musetta Café dans le quartier de l’Abasto à Buenos Aires : il était annoncé clairement (et par plaisanterie) que tout spectateur dépourvu de cocarde bicolore serait impitoyablement refoulé d’emblée à l’entrée.

Un peu comme les invités au Cabildo Abierto de 200 ans plus tôt, étroitement surveillés par une milice peu avenante et en armes qui s’affairaient pour que la salle compte une majorité d’habitants du cru (voir mon article sur le Cabildo Abierto du 22 mai 1810, dans la série Il y a deux ans aujourd’hui).

Aussi Google Argentina, société commerciale terriblement états-unienne s’il en est, a revêtu les couleurs nationales et la fameuse cocarde dès minuit ce matin...

Il y aura donc au moins un media très grand public de l’hémisphère nord qui aura montré un tout petit peu d’intérêt pour les Argentins et l'Argentine en ce jour de fête.

En revanche, à Rome, ce soir, et malgré le plan de rigueur annoncé aujourd’hui par Berlusconi, c’est dans un esprit plus fraternel et moins commercial, que le Colisée sera illuminé pour honorer le Bicentenaire argentin (cliquer sur le lien pour accéder aux pages en français du site internt du monument romain). Il est vrai que les Italiens ont beaucoup de lointains cousins dans le Cône bleu...

Grand succès pour Madres et Abuelas au Paseo del Bicentenario [Actu]

C’est comme toujours Página/12 qui se fait l’écho de l’événement : les chapiteaux de Madres de Plaza de Mayo (les deux associations sont présentes) et de Abuelas et le pavillon du Secrétariat d’Etat aux Droits de l’Homme, installés au centre névralgique de Buenos Aires sur le Paseo del Bicentenario, n’ont pas désempli de tout ce long week-end de Fête Nationale.

Les ONG de droits de l’homme font aussi le plein pour les conférences, rencontres et débats qu’elles animent.

L’association H.I.J.O.S. (enfants en espagnol) est aussi présente dans cet espace thématique établi le long du Paseo del Bicentenario.

Un article à découvrir sur l’édition d’aujourd’hui de Página/12, dont la Une illustre cet article, entre autres choses à lire sur le site de ce quotidien en ce jour.

Te Deum du Bicentenaire, Te Deum de la Discorde [Actu]

Comme hier soir, la réouverture du Teatro Colón à Buenos Aires, où la Présidente et son mari, excédés par les attaques de Mauricio Macri ont brillé par leur absence, laissant seul le Président José Mujica de l'Uruguay voisin avec le Chef du Gouvernement de la Ville de Buenos Aires et le Vice-Président Julio Cobos, et alors que, de toute part, tous les acteurs politiques appellent (les autres) à la réconciliation, les deux Te Deum d'aujourd'hui ont mis en lumière l'incapacité du personnel politique argentin à faire taire ses dissensions pour fêter ensemble le bicentenaire du pays...

Pour ceux que ces querelles de politique très politicienne intéressent, il faut aller lire les articles des grands quotidiens :
L'article de La Prensa sur la messe de Luján (Gouvernement)
L'article de La Prensa sur la messe de Buenos Aires (Opposition)

Citation historique à la Une de Página/12 [Histoire]

Le pourquoi du comment de ce dessin se trouve dans le 8ème et dernier épisode du feuilleton spécial Barrio de Tango sur la Semaine de Mai expliquée aux Francophones que je publie aujourd’hui, au 200ème anniversaire de l’acte qui marque l’indépendance de l’Argentine (comme vous le verrez dans ce dernier épisode, il n’y a, ce jour-là, 200 ans en arrière, aucune déclaration univoque qui aille dans le sens d’une vraie déclaration d’indépendance mais une série d’actes politiques et de d’actes symboliques qui en disent beaucoup plus long sur les intentions des révolutionnaires que tous les discours pompeux habituels en ce genre de circonstances).


Le personnage interviewé :
Enfin, aujourd’hui, 25 mai, le peuple saura de quoi il retourne.
Le spectateur au loin :
Encore un fan de Lost.
(Traduction Denise Anne Clavilier. Coloration de l’image aussi)

Pour comprendre cette blague portègne de l’humoriste Rudy et du dessinateur Daniel Paz, allez lire l’épisode de ce jour du feuilleton que je vous débite sur la Semaine de mai depuis mardi dernier. Attention : les premiers articles qui apparaîtront sur votre écran sont les plus récents (c’est l’ordre anti-chronologique adopté pour l’ensemble du blog). Pour comprendre le cours de cette semaine cruciale dans l’histoire argentine, commencez donc par lire l’article publié le mardi 18 mai 2010 et déroulez la semaine jusqu’au 25.

Editions spéciales Bicentenaire sur les sites de La Nación et Clarín [Actu]


C’est le jour ou jamais d’aller naviguer sur les sites des différents quotidiens argentins, dont vous avez les liens dans la rubrique Actu, dans la partie inférieure de la Colonne de droite : c’est le jour des éditions spéciales, des suppléments multimédias, des galeries de photos et autres documents historiques pour raconter 200 ans de la vie d’une nation en construction...

Le supplément multimédia de La Nación, le quotidien fondé par l’historien et homme politique Bartolomé Mitre il y a 140 ans (voir mon article sur cet anniversaire en janvier dernier), porte en titre Las huellas del pasado, presente y futuro, que l’on peut traduire comme "Les sentiers", "Les sillons" ou "Les empreintes du passé, du présent et du futur". C’est un extraordinaire travail d’analyse historique, très fouillé et présenté sous un format facile d’accès et de navigation... A aller voir impérativement, pour peu que vous vous débrouilliez en espagnol.

Clarín offre hier et aujourd’hui deux suppléments. Celui d’hier est un supplément informatique qui s’appuie sur des photos pour raconter un pays et son histoire. Il s’intitulé 200 ans, 50 histoires, 1 pays. Le titre est joli et les illustrations vous feront percevoir l’Argentine avec la sensibilité autochtone. Très belle introduction avec, en bande son, des déclarations d’amour et d’attachement à leur pays d’Argentins de toutes générations et des deux sexes.

Pour aujourd’hui, c’est la version papier de Clarín qui offre à ses lecteurs un supplément baptisé Lo que fue y lo que vendrá (ce qui fut et ce qui va venir).

A noter que Página/12 consacre à ce bicentenaire un véritable dossier en ouverture du journal sans en faire pour autant un supplément et que le quotidien de la droite ultra-libérale et patronale La Prensa relate les célébrations comme des nouvelles ordinaires, sans gros titre, sans supplément.

Pour aller plus loin :

Bonjour et bonne fête à tous les lecteurs argentins [Actu]

En ce matin de fête nationale (il est 7h à Buenos Aires), la rédactrice de ce blog européen et francophone est heureuse de présenter à ses tous lecteurs argentins, et ils sont nombreux tant en Argentine qu'ailleurs dans le monde, ses félicitations les plus chaleureuses et les plus cordiales à l'occasion du deux centième anniversaire de l'institution de leur pays.

Felicidades a todos los lectores argentinos de Barrio de Tango, alla en la Argentina y en otras partes por todo este planeta nuestro, desde Europa, desde Francia.

Sur Barrio de Tango, d'autres articles sur le Bicentenaire, dont le 8ème et dernier épisode du feuilleton Il y a 200 ans aujourd'hui, sur la Semaine de Mai, en fin de journée (Central Euopean Time).

lundi 24 mai 2010

Il y a deux cents ans aujourd'hui : le jeudi 24 mai 1810 [Histoire]

7ème épisode de notre feuilleton sur la Semaine de Mai (Semana de Mayo), qui entama il y a deux cents ans le processus qui devait aboutir à la fondation de l'actuelle Argentine...

Le 24 mai, un jeudi, le Cabildo met en place la Junta dont l'institution a été votée l'avant-veille lors d'un interminable Cabildo Abierto dont je vous ai parlé samedi dernier. Le Cabildo a nommé Baltasar Hidalgo de Cisneros, ex-Vice Roi destitué mais non pas désavoué deux jours plus tôt grâce à l'habileté du juriste Juan José Paso, Cornelio Saavedra, Juan José Castelli, Juan Nepomuceno Solá, qui est prêtre, et José Santos Incháurregui. Cisneros préside la Junta, dont il est aussi le commandant militaire. Les membres sont en nombre égal deux Criollos (Saavedra et Castelli, qui avaient été le mardi porteurs de la formule qui a rassemblé le plus de votes pendant le Cabildo Abierto) et deux Espagnols (Solá et Incháurregui). Cette Junta temporaie, aussi peu en rupture que possible avec l'ordre colonial, doit administrer le Vice Royaume jusqu'à la tenue d'une Assemblée composée de députés de toutes les villes de la région, qui constituera, elle, une Junta de Gobierno qui prendra complètement la place et du Cabildo et de cette Junta intérimaire.

Sur la proposition de Leiva, un officiel du Cabildo colonial, la Junta intérimaire se dote d'un règlement constitutionnel qui établit que le pouvoir judiciaire reste aux mains de l'Audience (le tribunal ordinaire des instances espagnoles), que le Président ne peut pas agir sans avoir l'aval des autres membres de la Junta, que le Cabildo peut faire arrêter les membres de la Junta qui trahiraient leurs fonctions et qu'il doit approuver les propositions d'impôts nouveaux qui pourraient être faites. Le règlement constitutionnel prévoit aussi une amnistie générale pour toutes les opinions qui ont été émises le 22 mai lors du Cabildo Abierto et une demande adressée aux Cabildos de l'Intérieur d'envoyer des députés à Buenos Aires pour une consultation générale concernant toute l'étendue du Vice Royaume, qui comprend, ne l'oublions pas, l'actuel Paraguay et l'actuel Uruguay.

Les commandants militaires acceptent cette Junta temporaire. Mais il n'en va pas de même du peuple lorsque l'information est diffusée dans Buenos Aires.

Le mouvement populaire, qui était apparu, pour la première fois, en armes, sur la Plaza Mayor (aujourd'hui Plaza de Mayo) le 20 mai, se manifete à nouveau, toujours animé par Domingo French et Antonio Beruti : les 600 hommes de la Légion Infernale, qui arboraient le ruban blanc pour l'union entre les Criollos et les Espagnols, ces mêmes hommes qui ont investi, en armes, la Plaza Mayor pour s'assurer que le Cabildo Abierto se composait majoritairement de Criollos, ces mêmes hommes ou à peu près les mêmes qu'on avait incités le 23 à rester calmes et à s'abstenir de toute action contraire à l'ordre public, ces mêmes hommes, que dirigent Domingo French et Antonio Beruti, qu'on avait vus chez Rodríguez Peña et à la savonerie de Vieytes parmi les révolutionnaires des 19 et 20 mai, envahissent à nouveau la Plaza Mayor pour protester contre le maintien au pouvoir de Cisneros. Eux ne veulent pas seulement qu'il soit mis fin à l'institution que représente le Vice Roi, ils veulent aussi et surtout le désaveu politique et personnel de Cisneros.

Un certain nombre d'officiers supérieurs voient que la situation devient explosive : ils craignent des débordements de colère de la part de la foule s'ils continuent d'appuyer la Junta montée par le Cabildo avec Cisneros comme président. Or il leur est politiquement impossible de faire tirer sur la foule. Plutôt que d'obéir, la troupe pourrait bien alors se retourner contre son commandement.

Un groupe de révolutionnaires, parmi lesquels se trouve Antonio Beruti, se réunit à nouveau chez Rodríguez Peña, comme les 19 et 20 mai. On émet des doutes sur la loyauté aux idéaux révolutionnaires de Saavedra, commerçant criollo devenu colonel d'un régiment, mais Castelli, ex-fonctionnaire criollo du Cabildo qui avait rejoint le 22 mai les positions de Saavedra, intervient, lui qui connaît admirablement l'administration coloniale : il promet de peser de tout son poids pour faire procéder à une nouvelle consultation populaire. Puis une délégation de trois notables, Mariano Moreno, Matías Irigoyen et Feliciano Chiclana, part négocier avec les officiers supérieurs pour les rassurer et et rassurer puis faire se disperser la foule populaire et jeune de la Plaza Mayor.

Dans la nuit, une délégation de révolutionnaires criollos, à la tête de laquelle se trouvent Saavedra et Castelli, membres de la toute jeune Junta intérimaire, se présente au domicile privé de Cisneros. La délégation informe l'ex-Vice Roi de l'agitation populaire et exige sa démission de ses fonctions de Président de la Junta. Cisneros s'engage oralement à démissionner mais ils n'obtiennent aucun écrit de sa main.

Pendant ce temps, la maison de Leiva, autre fonctionnaire de l'administration coloniale, est encerclée par la foule qui exige qu'il convoque une nouvelle fois le peuple pour une nouvelle consultation. Leiva commence par soutenir la formalité du droit (le Cabildo avait toute lattitude pour établir la Junta, il l'a fait, il n'y a pas lieu de revenir là-dessus). Mais il sent vite que l'heure n'est plus au formalisme juridique. Il cède donc et promet une nouvelle consultation.

Pour en savoir plus :
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dimanche 23 mai 2010

Il y a deux cents ans : le mercredi 23 mai 1810 [Histoire]

6ème épisode du feuilleton que Barrio de Tango publie à l'occasion du Bicentenaire de l'Argentine, à travers le récit au jour le jour de ce qui s'est passé il y a deux cents ans à Buenos Aires, entre le 18 et le 25 mai 1810.

Le lendemain matin, à l'aube, le Cabildo émet un avis à la population :

Hecha la regulación con el más prolijo examen resulta de ella que el Excmo Señor Virrey debe cesar en el mando y recae éste provisoriamente en el Excmo. Cabildo hasta la erección de una Junta que ha de formar el mismo Excmo. Cabildo, en la manera que estime conveniente.

Les décomptes ayant été effectués avec l'examen le plus attentif, il résulte de ceux-ci que Son Excellence Monsieur le Vice Roi doit cesser d'exercer le pouvoir et que celui-ci revient provisoirement au Très Haut Cabildo jusqu'à la constitution d'une Assemblée que doit former ce même Très Haut Cabildo, de la manière qu'il estimera convenable.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Des avis sont placardés un peu partout dans la ville qui annoncent la formation de la Junta (Assemblée), la convocation de députés de toutes les provinces du Vice Royaume pour l'élection de cette Junta et un appel au calme. Le Cabildo demande en effet à la population de s'abstenir de tout acte qui attenterait à l'ordre public (on pense en particulier aux récents rassemblements d'hommes du peuple en armes dans le centre de la ville).

Aucun événement de type révolutionnaire aujourd'hui. C'est l'oeil de la tempête...

Pour en savoir plus :
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Le Tango et l'Argentine à l'honneur à Beaumont (Puy de Dôme) [ici]

Jeudi 27 mai à 19h30, à la Maison des Beaumontois, 21 rue René Brut, à Beaumont, dans le Puy de Dôme (63), concert du Trio Taquetepa (animé par Daniel Pérez et Marie Crouzeix), avec la participation d'un couple de danseurs de l'association Tango Volcanique (qui a des ramifications dans toute l'Auvergne) et projection d'un film argentin, ¿A quien llamarías? (qui appellerais-tu ?) de Martín Viaggio, le tout accompagné d'une dégustation d'empanadas (voir mon article à ce sujet sur la cuisine du Bicentenaire vu par le quotidien La Nación il y a quelques jours) arrosé de vin argentin, du Malbec bien entendu (voir mon article sur la conférence prochaine de Solange Bazely en terre Malbecienne par excellence, à Cahors, la semaine prochaine) et en dessert, des alfajores (voir les recettes proposées en la matière par le supplément culinaire Ollas y Sartenes du quotidien Clarin, toujours au sujet de la nourriture et du Bicentenaire).

Le tout pour un prix très modéré : 8 € par personne (et 5 € pour le tarif réduit).

A ce prix-là, il n'y aura pas de la place pour tout le monde.

Donc réservation plus que recommandée (en fait c'est indispensable) au 04 73 15 15 90.

Le jour même à 18h30 dans la même salle, le photographe Christian Guy fait le vernissage de son exposition Photos d'Argentine (et là, l'entrée est libre et gratuite).

Vous connaissez désormais les principes qui régissent ce blog :
dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, vous avez des mots-clés qui vous permettent d'accéder à d'autres articles triés par thème
le mot-clé "ici" rassemble tout ce qui se passe en Europe francophone
et si vous voulez aborder d'autres thèmes que celles de cet article, vous pouvez utiliser les raccourcis de toute la partie supérieure de la Colonne de droite (ou si vous n'y trouvez pas votre bonheur, cherchez à travers le moteur de recherche en haut à gauche).
Enfin dans la partie basse de la Colonne de droite, vous pouvez accéder à de nombreux sites extérieurs, dont celui du guitariste et compositeur argentin Daniel Pérez qui fait duo avec la flûtiste française Marie Crouzeix, et celui de l'association Tango Volcanique.

Lucrecia Merico et Nacho Iruzubieta sur le Paseo del Bicentenario demain [à l'affiche]

La chanteuse Lucrecia Merico et le guitariste Nacho Iruzubieta seront de la fête demain lundi 24 mai 2010 à 18h10 pour le Bicentenaire de 1810 (facile de se souvenir de l'heure comme ça, non ?)

Ils donneront le tour de chant sur la scène dressée à l'angle des Avenues 9 de Julio et Rivadavia, 4 quelques cuadras de la Academia Nacional del Tango et du Café Tortoni, sous le chapiteau de l'association Madres de Plaza de Mayo.

Entrée libre et gratuite (était-il bien nécessaire de le préciser ?).

Soirée tango à la librairie Pippa pour la Fête de la Musique à Paris [ici]

La librairie Pippa, 25 rue du Sommerard, dans le 5ème arrondissement de Paris, M° Cluny-La Sorbonne, Saint Michel ou Odéon ou RER Saint-Michel-Notre Dame, organise le lundi 21 juin 2010, de 17h à 22h, une soirée placée toute entière sous le sceau du tango avec un concert offert par des jeunes musiciens d’âge scolaire et une conférence que je donnerai sur le thème Du "tangó" au Tango, des origines à Gardel, suivie d’une brève présentation de mon livre, Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, publié aux Editions du Jasmin en mai 2010, avec dédicace aux lecteurs qui le souhaiteront.
Entrée libre et gratuite bien entendu.

La librairie Pippa s’honore de servir le livre français de qualité et notamment d’offrir au public parisien un vaste choix d’ouvrages venant d’éditeurs indépendants. Vous y trouvez donc une belle palette constituée notamment des livres très diversifiés publiés par le Jasmin : contes, livres pour les tout-petits, biographies, romans pour la jeunesse, grands textes littéraires et grands essais sur le Maghreb (collection Le Simoun), livres bilingues, dont beaucoup de titres français-arabe, albums illustrés, dont le magnifique Je t’aime (une trentaine de langues différentes pour cette même simple déclaration d’amour, sur des reproductions magnifiques de journaux originaux des pays en question : Chine, Afrique du Sud, Mozambique, France, Espagne, Afghanistan, etc.).

Pippa est aussi elle-même une maison d’édition indépendante, dont la collection Itinérances propose de beaux livres sur des pays lointains ou très proches (Maroc, Pondichéry, l’Anapurna, le jardin du Luxembourg, San Francisco, La Toscane..), et la collection Les p’tits Pippa offre de la lecture aux enfants. La librairie et la maison d’édition sont à découvrir sur le site de Pippa.

Autres rencontres avec le public autour de Barrio de Tango, ed. du Jasmin :
A Paris (75) :
Le jeudi 3 juin, à partir de 17h30 à la librairie Parallèles, 47 rue St-Honoré, M° Les Halles, Châtelet, Etienne Marcel ou Louvre-Rivoli, à partir de 17h30, pour une dédicace
Le samedi 5 juin, à la librairie L’Alinea, 227 rue de Charenton, M° Dugommier, Daumesnil ou Bercy, à partir de 16h, pour une dédicace, précédée d’une brève conférence.
Le vendredi 11 juin au 1er Salon du Polar à Paris, Polar en Plein Coeur, à l’Espace d’Animation des Blancs-Manteaux, 48 rue Vieille du Temple, M° Hôtel de Ville, St-Paul ou Bastille, à 17h30, pour une conférence sur le thème Polar et Tango, mêmes combats ?. Une dédicace est prévue à l’espace librairie du Salon pendant le week-end. Entrée libre (du 11 au 13 juin).

A Clermont-Ferrand (63), le mercredi 9 juin :
Dédicace, de 16h à 18h, à la librairie Les Volcans, 80 bld François Mitterrand, avec quelques notes de tango grâce à Daniel Pérez (guitare) et Marie Crouzeix (flûte)
Conférence-concert, à 20h, au café-lecture Les Augustes, 5 rue Sous les Augustins, avec le trio Taquetepa (Daniel Pérez à la guitare, Marie Crouzeix à la flûte et Fabrice Gouterot à la contrebasse) et l'association Tango Volcanique. Participation libre. Ouvert à tous.

Autres dates et autres lieux :
Le dimanche 27 juin, au Salon du Livre de Sartrouville (78), pour une dédicace et une libre rencontre avec le public (dans l'après-midi mais sous réserve) au stand des éditions du Jasmin. Entrée libre. Avec ou sans ma présence, le livre sera disponible au stand du Jasmin. Le salon est ouvert de 10h à 18h.

Le jeudi 8 juillet, à la librairie Privat, 14 rue des Arts, à Toulouse, dans le cadre du Festival Tangopostale, pour une conférence et une dédicace à 18h.
Le dimanche 19 septembre, au Salon du Livre de Rambouillet (78), pour une dédicace et une rencontre libre, toute la journée, au stand des éditions du Jasmin.
Le vendredi 24 septembre, à Orléans, pour une conférence-dédicace, organisée dans la soirée par l’association Tango Porteño Orléans.

Sans oublier le 6 juin, à bord de deux TGV entre Lyon et Paris, pour une mini-conférence et une rencontre libre avec le public dans le cadre des animations précédant la tenue du Salon Polar en Plein Coeur (voir la page sur le blog d’IDTGV)

samedi 22 mai 2010

Il y a deux cents ans aujourd'hui : le mardi 22 mai 1810 [Histoire]

5ème épisode de mon feuilleton spécial Bicentenaire de l'Argentine, avec le déroulé au jour le jour de la Semana de Mayo, entre le 18 et 25 mai 1810.

Tôt au matin de ce mardi-là, 600 hommes du peuple, armés de bric et de broc mais bien décidés à en découdre s'il le faut, prennent position tout autour du Cabildo, sur la Plaza Mayor (aujourd'hui Plaza de Mayo) pour s'assurer que le Cabildo Abierto sera tenu en présence d'une majorité de Criollos.

La Plaza de Mayo avait beaucoup moins de points d'entrées qu'aujourd'hui
(Ce tableau est une œuvre de la peintre française Léonie Matthis.
Il représente la fête printanière de la Saint Martin de Tours, le 11 novembre 1850.
Le tableau est exposé au Museo histórico de la Ciudad Cornelio de Saavedra)

Ni la Avenida de Mayo, qui date des années 1880, sous la mandature municipale de Torcuato de Alvear, ni la Diagonal, qui sera percée dans les années 30 en prévision des fêtes du 400e anniversaire de la première fondation de Buenos Aires, n'existent encore. C'est donc essentiellement sur la place que veillent ces hommes en armes, ceux qui, la veille au matin, étaient allés réclamer la démission du Vice Roi et que Saavedra avait réussi à convaincre de se disperser.

Ont-ils changé d'avis depuis la veille, alors qu'ils arboraient un ruban blanc en signe d'union entre les Criollos et les Espagnols ? Ou leur position de la veille était-elle, elle aussi, une couverture pour s'en prendre à la personne du Vice Roi sans paraître vouloir atteindre l'Espagne ? Ou veulent-ils seulement rester fidèles au Roi que l'on pense acquis aux idées révolutionnaires et libérales ? Les avis des historiens varient sur ce point. Toujours est-il qu'ils semblent bien laisser surtout passer les natifs de Buenos Aires et de la région.

Dans cette colonie encore très imprégnée de l'esprit oligarchique espagnol, des 450 notables invités la veille par Cisneros, acculé à la convocation du Cabildo Abierto, seuls 250 sont là. Il est possible que de nombreux partisans du Vice Roi, ou supposés tels par Cisneros lui-même, n'aient pas osé venir affronter des adversaires politiques qu'ils savent très déterminés, surtout si en plus, il fallait traverser une Plaza Mayor pleine de gens de basse extraction armés jusqu'aux dents.

La question politique qui se pose à cette assemblée est simple : le vice-royaume doit-il maintenir ses institutions en l'état et obéir à l'Espagne bonapartiste ou doit-il s'auto-gouverner, comme la coutume espagnole lui en donne le droit lorsque l'autorité légitime du Roi a cessé d'exister ?

En quoi consiste la tradition du droit politique espagnol ? En ce qu'en l'absence d'un roi légitime, le peuple retrouve l'exercice de l'autorité politique (qu'il n'a fait que déléguer au roi) et institue en lieu et place du prince défaillant une Junta (assemblée) qui exerce alors le pouvoir effectif, dévolu en temps normal au monarque. Il en va de même lorsque le roi est mineur et qu'il est procédé à l'élection d'un conseil de régence, comme c'est le cas ailleurs dans l'Europe royaliste, conseil de régence pour le choix duquel les différents corps constitués du Royaume, à travers notamment la bourgeoisie des grandes villes historiques, sont consultés ainsi que ceux des différents vice royaumes qui envoient des députés de tout l'Empire colonial. La grande différence entre ce qui se passe en Espagne et ce qui se passe dans la plupart des autres pays d'Europe, y compris le Royaume-Uni, depuis la Grande Charte de Jean Sans Terre, c'est l'argument juridique qui fonde l'établissement de cette assemblée ou de ce conseil : le pouvoir est la légitime propriété du peuple qui, dans ce cas, le récupère (1). En effet, en Espagne, la monarchie absolue n'a jamais existé en droit (même si dans les faits, une monarchie très autoritaire, s'appuyant sur l'Inquisition locale, a bel et bien existé) : dans plusieurs des royaumes qui s'unirent progressivement, à partir de 1492, pour former l'Espagne actuelle, la monarchie a toujours consisté sous la forme de régimes établis sur le consentement du peuple, avec possibilité pour ce dernier de renverser légalement le roi si celui-ci manquait à ses devoirs envers lui, ce qui n'existait pratiquement nulle part en Europe. L'Espagne unifiée a conservé plusieurs de ces traditions de pouvoir tempéré, en mêlant les traditions castillanes et aragonaise à partir du mariage entre Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon, avec une sorte de surveillance exercée par les Grands et les Cortes, où siégeaient des représentants des villes majeures des différents royaumes formant l'Espagne (ou les Espagnes).

C'est à l'élection d'une telle Junta qu'ont procédé les Espagnols hostiles à la France à l'arrivée de Joseph Bonaparte, roi tout ce qu'il y avait de plus illégitime, en 1808 : l'Espagne fidèle à elle-même a désigné une Junta, baptisée Junta Central Suprema, plus connue dans l'histoire sous le nom de Junta de Sevilla. C'est cette Junta, représentant le roi Ferdinand VII, empêché, qui a révoqué Santiago de Liniers, l'avant-dernier vice roi, Français de naissance, en janvier 1809, et nommé à sa place cet imbécile pusillanime et réactionnaire qu'était Baltasar Cisneros.

A la chute de la Junta de Sevilla, à la fin janvier 1810, à la suite de querelles internes et du progrès de l'occupation française, les Espagnols élisent un Conseil de Régence, habilité, de jure et non de facto, à exercer l'autorité sur l'ensemble des terres du Roi d'Espagne, y compris les Colonies des Indes Occidentales. A ceci près que les peuples concernés n'ont pas été consultés à la constitution du Conseil de Régence. Les délais et les incertitudes du voyage des députés des colonies, vers une Espagne en guerre contre la France, rendaient de toute manière une telle consultation impossible.

Dès lors, pendant les débats de ce mardi 22 mai 1810 au matin, dans le Cabildo de Buenos Aires, on voit s'affronter deux analyses juridico-politiques de la situation totalement incompatibles l'une avec l'autre et diamétralement opposées :

- le statu quo : sans consigne contraire de Madrid, Cisneros, nommé par la dernière autorité légitime de la Métropole (Madre Patria) est le représentant légitime de l'autorité et les habitants du vice Royaume lui doivent fidélité et obéissance. C'est en particulier la position de l'évêque de Buenos Aires, une position qui va marquer durablement l'histoire et les rapports traditionnellement très tendus entre l'Eglise catholique et le nationalisme argentin dans toutes les périodes de crise qu'a traversé le pays depuis 200 ans... Ce sont, semble-t-il, les tenants de cette conception des choses qui sont les premiers à prendre la parole, dans ce lieu qui représente si fort le pouvoir métropolitain et aristocratique.

- la solution révolutionnaire qui consiste alors, dans l'esprit des participants au Cabildo Abierto, à élire une Junta chargée de gouverner la région (junta de gobierno), ce que les partisans de cette solution justifient en refusant de reconnaître le Conseil de Régence, établi sans leur avis, ce qui, en droit, constitue alors bel et bien un vice de forme.

Durant les débats, on voit poindre un autre argument en faveur du statu quo, un argument non pas fondé en droit mais relevant d'une conception strictement politique et pragmatique de l'Empire colonial, un argument qui est une bombe à retardement : certains Espagnols, qui vivent à Buenos Aires parce qu'ils y ont été envoyés par la Métropole (sorte de fonctionnaires) ou parce qu'ils sont les représentants locaux de sociétés commerciales ibériques (des négriers par exemple ou des grossistes en cuir), ces Espagnols soutiennent donc que Cisneros doit rester en place parce que, dans l'Empire, l'avis des Espagnols prime sur l'avis des Criollos. Dans l'atmosphère pré-révolutionnaire qui règne dans la ville depuis cinq jours, l'argument, pour marginal qu'il soit en ce 22 mai 1810, n'est pas fait pour apaiser les esprits.

Un autre argument va être développé, riche lui aussi de toute une querelle jamais apaisée en Argentine : le procureur, qui est un partisan de Cisneros, affirme (et bien sûr, il a raison en droit) que le Cabildo Abierto de Buenos Aires ne peut pas se prononcer pour la destitution de Cisneros et l'établissement d'une Junta de Gobierno sans que se soient prononcées aussi les autres villes formant le Vice Royaume (dont l'Uruguay et le Paraguay actuels font alors partie). Ce qui n'est que retourner contre eux l'argument des révolutionnaires, les Saavedra et autres Belgrano, qui ne veulent pas entendre parler du Conseil de Régence, parce qu'aucun député des Colonies n'a participé aux délibérations. Or ce débat sur la légitimité ou non de Buenos Aires de décider pour tout le pays sera un fil rouge de toute l'histoire de l'Argentine. Cette querelle, dont on trouve encore, paradoxalement, la trace en ce moment même dans les dissensions incessantes entre Cristina Kirchner et Mauricio Macri, qui, à la tête de la Ville de Buenos Aires, se considère comme dirigeant une Province reculée en lutte avec la Capitale fédérale. Dans cet argument du procureur Manuel Genaro Villota, il y a en germe la guerre civile entre unitaristes et fédéralistes, entre Rosas et Lavalle, puis entre ce même Rosas et Urquiza, entre l'Argentine intérieure et la Capitale, et ça fait 200 ans que ça dure.

C'est Juan José Paso, que l'on a vu le 19 mai au soir, s'écrier ¡Viva Buenos Aires libre! (2) qui va réussir à casser la pertinence de l'argument : en bon avocat et en bon orateur qu'il est, il commence par donner raison à Villota mais ajoute que la gravité de l'heure exige qu'une décision soit prise à Buenos Aires (capitale du Vice Royaume depuis 1776) pour éviter que les forces françaises ne viennent s'emparer aussi de ce territoire américain (3). Et comme il faut aussi consulter les autres villes, on le fera dans un deuxième temps, le plus rapidement possible, dès lors que la Hermana Mayor, la sœur aînée (à savoir Buenos Aires), aura pris une décision. Et à ce moment-là, elle consultera ses petites sœurs. Avec cette expression, Paso se réfère aux sociétés commerciales où l'on parle déjà de sociétés mères et de filiales (qu'on appelle sociétés filles). Ainsi Buenos Aires et les autres villes sont toutes considérés comme des sœurs, donc sans lien de subordination. Il ne rétablit pas entre Buenos Aires et les autres villes de la région le lien qui existe en droit entre Madrid (Madre Patria) et elle-même mais, du coup, elle s'adjuge tout de même au passage un droit d'aînesse dans la conduite des affaires de toute la région. Ce qui ne peut que flatter les Portègnes, rassemblés au Cabildo, si fiers que leur ville ait été choisie quelques années auparavant seulement, comme capitale du tout nouveau (et si éphémère) Vice Royaume du Rio de la Plata.

Un curé propose alors que le pouvoir soit assumé par l'administration huilée que représente le Cabildo (sans vice roi) jusqu'à la tenue des élections d'une Junta de Gobierno en bonne et due forme, par une représentation de toutes les villes composant le vice royaume.

Saavedra prend alors la parole : il soutient cette proposition de remise de l'autorité au Cabildo, demande la formation d'une Junta par le Cabildo mais déclare aussi solennellement qu'il n'y a "plus aucun doute que celui qui confère le pouvoir ou le commandement, c'est le peuple". De la sorte, il empêche le Cabildo d'en faire à sa fantaisie et le contraint à respecter la volonté du peuple (ou au moins celle des notables criollos). L'un des partisans de longue date de la formation d'une Junta, Castelli, un fonctionnaire de l'administration coloniale, se joint à sa position. La légalité espagnole est ainsi sauve. C'est l'organisme administratif colonial qui prend les choses en main, la fonction de Vice Roi est caduque (au moins temporairement, jusqu'à ce qu'une instance légitime puisse à nouveau se prononcer en Espagne sur le sujet), Cisneros est destitué sans essuyer de désaveu politique et Buenos Aires n'a pas rompu avec l'Espagne, même si celle-ci se trouve (temporairement, peut-être) soumise à la coercition militaire des Français.

On procède au vote : il y a 155 voix pour la destitution de Cisneros et 66 pour son maintien en fonction. Parmi les 155 personnes qui se prononcent pour la destitution du Vice Roi, 87 votent pour la proposition émise par Saavedra, rejoint par Castelli.
Il est près de minuit lorsque la séance est levée. Et Buenos Aires n'a officiellement plus de Vice Roi.

Pour en savoir plus :
Consulter le site officiel argentin du Ministère de l’Education sur le Bicentenaire (uniquement en espagnol)
Pour lire les autres articles de cette série sur la Semaine de mai, cliquez sur le mot-clé S de Mayo dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.



(1) Ce qui vous explique pourquoi, dans l'entrevue des officiers supérieurs avec le Vice Roi dans la soirée du 18 mai. Saavedra a pu dire que le peuple reprenait en main ses propres droits et était déterminé à les exercer pour et par lui-même. C'était dire déjà que le peuple ne reconnaissait ni l'autorité de Joseph Bonaparte ni celle du Conseil de Régence, établi autour de Fernando VII.
(2) Buenos Aires, cela ne vous a pas échappé... Pas Mendoza ou Montevideo... Buenos Aires. Le reste du pays, le 19 au soir, au théâtre et devant la tirade d'un Cicéron de tragédie décadante, c'est tout de même le dernier des soucis de Paso.
(3) Rappelez-vous l'argument du colonel Saavedra devant le Vice Roi le 18 au soir : le peuple ne veut pas subir le sort des Espagnols ni être livré aux Français. En pratique, les forces françaises étaient loin d'être en état de venir faire la guerre dans les Amériques, d'autant que Napoléon avait déjà vendu la Louisiane aux Etats-Unis en 1803 pour récupérer l'argent nécessaire à la guerre en Europe. Argument juridiquement solide et politiquement un peu spécieux, avouons-le tout de même.

Nouvelle interview de Mariel Martínez et Alejandro Picciano sur NCI [ici]

La chanteuse Mariel Martínez et le guiratiste Alejandro Picciano continuent leur tournée de promotion de leur nouveau disque, Perfume de Tango, édité en mars par Melopea.

Ils viennent de répondre à un interview sur Noticiero Cultural Iberoamericano, une programme de télévision satellitaire et internet qui relie toute la communauté hispanique.

A voir et à écouter en cliquant sur ce lien (et non pas sur la photo, qui n'est qu'une illustration).

Pour avoir d'autres informations sur le duo, cliquez sur leurs noms dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus. Ce clic vous permettra de retrouver l'ensemble des articles que je leur ai consacrés dans Barrio de Tango.
Dans la partie inférieure de la Colonne de droite, dans la rubrique Grillons, zorzales et autre cigales, vous pouvez trouver leur site internet.

vendredi 21 mai 2010

Il y a deux cents ans : le lundi 21 mai 1810 [Histoire]

4ème épisode du feuilleton de Barrio de Tango sur la Semana de Mayo, qui précipita la Révolution fondatrice de l’Argentine...

Après que le dernier Vice Roi, le médiocre, tyrannique et velléitaire Baltasar Hidalgo de Cisneros, a cédé, la veille au soir, aux pressions de quelques notables portègnes, déterminés et menaçants, et accepté, à son corps défendant, d’organiser un Cabildo Abierto le mercredi 22 mai, le siège du pouvoir colonial à Buenos Aires, le Cabildo, qui est alors un majestueux bâtiment de 11 arcades autour d’un corps de logis central, seul vestige parvenu jusqu’à nous, reprend ses activités quotidiennes comme si de rien n’était.

Mais plusieurs centaines d’hommes armés se regroupent très tôt ce matin-là sur la Plaza Mayor, dite aussi Plaza de la Victoria, qu’on appelle aujourd’hui Plaza de Mayo, face au Cabildo. Ils sont environ 600, ce qui, dans ces années-là, représente un impressionnant rassemblement dans une petite ville comme Buenos Aires. Ils se sont attribué le titre de Légion Infernale, ils brandissent un portrait du roi Fernando VII, le roi légitime désigné comme successeur par Carlos IV lors de l’abdication forcée de Bayonne, sous la pression de Napoléon. En signe de fidélité à l’Espagne des Bourbons et à l’unité entre Criollos et Espagnols, ils arborent sur leur poitrine un ruban blanc.

Ils crient leur défiance à l’égard du Vice Roi, dont des notables ont exigé la veille la démission, et réclame à grands cris la tenue du Cabildo Abierto, institution prévue par les usages coloniaux pour que l’élite de la capitale d’un vice-royaume se réunisse avec les autorités en place pour des prises de décision consensuelles dans des situations graves qui ne permettent pas d’attendre des consignes du Gouvernement royal de Madrid. Or la situation est grave puisque la dernière autorité légitime de l’Espagne a été renversée par le pouvoir napoléonien à la fin de janvier 1810. La nouvelle a atteint Buenos Aires, une semaine auparavant, le 14 mai, et elle a été confirmée et diffusée partout en ville le 18 mai.

Leiva, l’un des conseillers du Vice Roi, tente de calmer la foule en l’assurant de la tenue le lendemain du Cabildo Abierto mais il ne parvient pas à la faire se disperser. Le Colonel du Régiment de Patricios, Cornelio Saavedra, intervient alors et promet aux agitateurs d’appuyer la tenue du Cabildo Abierto, par les armes s’il le faut. Cornelio (ou Corniglio) Saavedra est l’un des grands notables qui, la veille, ont arraché au Vice Roi la décision de réunir le Cabildo Abierto (Cabildo Ouvert, puisque d’ordinaire, on n’entre au Cabildo qu’en montrant patte blanche). La foule se le tient pour dit et se retire sans avoir exercé de violence mais sur un grand malentendu politique.

La Légion Infernale entend en effet maintenir le lien entre tous les blancs, les Américains et les Européens, comme en témoignait le ruban blanc sur les poitrines. Saavedra, Belgrano et les autres grands notables de Buenos Aires sont, eux, déjà fermement décidés à couper les ponts entre la Métropole et les provinces du Río de la Plata. Bien entendu, la présence spontanée de cette foule devant le Cabildo démontre que la partie n’est pas gagnée. Les chefs de Mai tiendront donc un discours très prudent et très ambigu durant les premières années de la Révolution et prétendront toujours vouloir détacher la future Argentine non pas de l’Espagne en tant que telle mais de l’Espagne de Joseph Bonaparte. Ils s’efforceront pendant près de quatre ans de maintenir l’apparence légaliste et légitimiste d’une fidélité politique à l’Espagne des Bourbons, un mythe qui volera en éclat quelques mois après que ceux-ci auront repris leur trône à Joseph Bonaparte, qui n’aura régné que cinq ans et demi sur la Péninsule, du 6 juin 1808, date de son intronisation, alors qu’il demeure encore des enclaves de souveraineté espagnole, jusqu’au 11 décembre 1813, le début de la fin du Premier Empire.

Le jour même, le 21 mai 1810, le Cabildo de Buenos Aires établit une liste de 450 invités parmi les notables riches et instruits. Les lettres d’invitation (esquelas) sont confiées à l’imprimerie de Agustín Donado, un proche des meneurs de la Légion Infernale, qui décide d’en imprimer beaucoup plus que prévu et les distribue largement dans toute la ville à des Criollos d’un rang social bien moindre que les 450 hommes désignés par le Cabildo. A ce moment-là, le terme criollo désigne les habitants nés sur le sol américain, par opposition aux habitants nés en Espagne, ou ailleurs en Europe, et venus s’installer adultes, temporairement ou définitivement, dans le Nouveau Monde.

Dans l’Empire colonial espagnol, le Cabildo Abierto est une instance très élitiste, à laquelle on participe à la discrétion du Vice Roi selon des modes de désignation très arbitraires mais qui ont longtemps fait à peu près consensus. C’est à cet arbitraire d’Ancien Régime, devenu inacceptable avec les idées nouvelles venues des Etats-Unis et de France, que le peuple entend mettre fin. De là, l’initiative de l’imprimeur qui élargit de son propre chef l’éventail social et politique des participants à de nombreux hommes blancs, libres et nés sur le continent mais pas toujours ni très riches ni très instruits. Les femmes, les Indiens, les noirs (alors esclaves) et les métisses restent exclus de ce Cabildo, comme d'habitude (même à la veille d'une révolution, les hommes doivent raison garder !). Ce jour-là, l’invitation arrive chez des artisans et des petits commerçants, des tenanciers de pulperías (gargottes) et autres épiciers, savetiers ou sous-officiers de tel ou tel régiment, toutes gens qui se sont battus, et vaillamment, en 1806 et en 1807, lors des deux tentatives d’invasion anglaise sur les deux rives du Río de la Plata.

Fac-similé de la convocation historique du Cabildo Abierto du 22 mai 1810

Dans l'invitation au Cabildo Abierto, le protocole fait dire à Cisneros, avec les formules ampoulées toujours en usage dans le vocabulaire institutionnel espagnol :

El Excmo. Cabildo convoca á Vd. para que se sirva asistir, precisamente mañana 22 del corriente, á las nueve, sin etiqueta alguna, y en clase de vecino, al cabildo abierto que con avenencia del Excmo. Sr. Virrey ha acordado celebrar; debiendo manifestar esta esquela á las tropas que guarnecerán las avenidas de esta plaza, para que se le permita pasar libremente.

Le Très Haut Cabildo Vous invite à assister, demain 22 courant, à neuf heures, sans aucune étiquette et en votre qualité d’habitant de la ville, au cabildo abierto dont, dans sa bienveillance, Son Excellence Monsieur le Vice Roi a concédé la tenue. Vous devrez produire ce document aux troupes qui garniront les avenues de la place pour qu’il vous soit permis de passer librement.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour en savoir plus :
Consulter le site (en espagnol) sur le Bicentenaire, proposé parle Ministère de l’Education argentin.
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