mercredi 22 avril 2015

Une étude sur une Argentine devenue multi-cultuelle [Disques & Livres]

La journaliste Lorena Oliva, qui s'occupe à La Nación des nouveautés éditoriales (rubrique Enfoques), vient de publier aux éditions Sudamericana (1) un ouvrage qui fait le point sur le paysage religieux dans l'Argentine d'aujourd'hui, plus de trente ans après le retour de la démocratie.


Le livre se présente comme une réflexion sociologique sur chacune des religions majeures qui se développent dans le pays (catholicisme, protestantisme évangélique, judaïsme, islam plus quelques systèmes religieux originaires les uns d'Asie les autres des syncrétismes propre à l'Amérique latine qui mêlent les croyances aborigènes et ouest-africaines). Cet ouvrage complexe est le produit d'un long processus d'interrogation et de recherche, né au moment du débat sur l'ouverture du mariage aux homosexuels (voir mon article du 15 juillet 2010) qui a révélé combien la place de la religion catholique avait évolué en Argentine sur le plan culturel, un phénomène qui avait puissamment mobilisé l'épiscopat, très inquiet de la tournure des événements.

Le débat qui s'en est suivi, à l'intérieur des différentes confessions du pays, a incité l'éditeur à commander cet ouvrage à la toute jeune et brillante journaliste qu'est Lorena Oliva. Mais au lieu de se contenter de suivre les idées préconçues en faisant un simple catalogue, elle s'est mise en chemin pour consulter une grande variété de spécialistes dans plusieurs disciplines. Elle a notamment consulté une théologienne, ce qui dénote une démarche véritablement originale qui s'écarte volontairement des clichés, dans un pays où la parole religieuse est presque un monopole masculin. Elle est parvenu à démontrer que les influences notables du christianisme romain, dans ce pays majoritairement catholique, se sont déplacé mais, contrairement à ce qu'une certaine gauche souhaiterait (notamment celle qui se reconnaît dans les propos laïcards de Página/12), elles sont loin d'avoir disparu. En témoignent d'ailleurs la richesse du salon du livre catholique qui se tient tous les ans en août à Buenos Aires.

Parmi les spécialistes dont Lorena Oliva avait voulu recueillir les analyses, il y avait le cardinal Jorge Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, qui avait promis de la recevoir en mars 2013, à son retour de Rome. On se demande bien pourquoi elle attend toujours...

Ce travail caractérisé par le pluralisme et la pluridisciplinarité ne pouvait qu'attirer l'attention de Leonardo Liberman qui vient donc d'interviewer la jeune femme, par liaison téléphonique, dans l'émission Siempre Argentina, conexión español, entretien que vous pouvez donc écouter en ligne sur le blog hispanophone de RAE ou sur le blog, El Mirador Nocturno, fondé et animé par le journaliste lui-même (et sur lequel elle peut être téléchargée gratuitement).

Le 5 avril dernier, La Nación avait publié dans Enfoques un choix d'extraits du livre.

L'article de La Nación, page 5 de l'édition du 5 avril dernier
Cliquez sur l'image pour l'élargir

L'ouvrage, de 192 pages, est disponible en librairie, en Argentine, au prix de 159 $ ARG en version papier (prix éditeur) et 80 $ ARG en version numérique (epub) sur le portail du groupe éditorial.

Pour découvrir les marques éditoriales de Penguin Random House en Argentine, rendez-vous sur leur site Internet et sur la page Facebook de Sudamericana.

Ajout du 15.06.15 :
lire l'article de La Prensa sur le livre



(1) Une maison qui appartient au puissant groupe anglo-saxon Penguin Random House qui rivalise sur le marché sud-américain avec le géant espagnol Planeta.

mardi 21 avril 2015

Le procès contre Cristina a vécu [Actu]

"Trois petits tours et puis s'en vont !"

La décision que vient de prendre le procureur auprès de la Cour de Cassation de se désister de l'accusation dont il avait été saisi par son collègue de la Cour d'Appel, Germán Moldes, contre la Présidente Cristina Kirchner et les autres incriminés par le défunt Alberto Nisman met fin à ce procès saugrenu et qui aura fait un mal considérable à la réputation de l'Argentine dans l'opinion publique mondiale, qui a heureusement dans ce cas la mémoire courte.

En effet, si le procureur se désiste, la Cour de Cassation en peut que constater qu'elle n'a plus à se prononcer (il n'y a plus rien sur quoi elle doive statuer) et l'arrêt de non lieu prononcé par la Cour d'Appel deviendra définitif. Sauf à contester la validité du désistement du procureur, ce qui est un fait rarissime et aurait beaucoup de mal à être soutenu dans le cas présent eu égard à l'absence de fondement en droit de la démarche de Nisman, déjà démontrée à trois reprises. German Moldes avait annoncé qu'il monterait jusqu'à la Cour Suprême si la Cour de Cassation confirmait le non lieu ordonné par la Cour d'Appel, mais la situation est différente maintenant et il n'est pas possible de monter jusqu'à la Cour Suprême si la Cour de Cassation ordonne un non lieu à statuer.


"Un procureur kirchneriste congèle la cause ouverte par Nisman"
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Or le procureur désigné pour soutenir la cause auprès de la Cour de Cassation, Javier De Luca, est membre d'une organisation professionnelle de gauche, Justicia Legitima, proche des ONG des droits de l'Homme et favorable à la politique judiciaire du présent gouvernement, qui poursuit les criminels de la Dictature militaire. La droite hurle donc au déni de justice, accusant le procureur d'avoir pris une décision partisane sans que jamais il n'y ait eu la moindre enquête sur les faits incriminés (or les faits incriminés ne reposent sur aucune matérialité ni aucun commencement d'action répréhensible, comme l'ont argumenté le juge d'instruction Daniel Rafecas puis la Cour d'Appel, elle-même composée de juges peu susceptibles de soutenir ce Gouvernement et surtout pas d'une manière partisane, aveugle et malhonnête).


"Il n'y a pas eu de délit", titre La Prensa
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Sentant venir la chose, la mère du procureur défunt, Sara Garfunkel (1), est allée hier faire sa petite manifestation, avec une poignée d'amis, devant le palais de justice de Buenos Aires pour marquer les trois mois de la mort de son fils en exigeant de la Cour Suprême qu'elle veille à maintenir ouverte la cause pénale contre la Présidente. Les photos de presse comme les articles dans les journaux de droite montrent à quel point elle ne dispose plus de beaucoup de soutiens, même dans les secteurs réactionnaires et conservateurs les plus sectaires (autour d'elle, il n'y avait que cinq personnalités publiques, dont le caractère partisan ultra-réactionnaire n'échappe à personne, et parmi lesquelles il n'y avait plus de représentant du monde judiciaire).


"Clôture polémique de la cause ouverte contre la Présidente par Nisman"
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Malheureusement, la Présidente a donné du grain à moudre à ses opposants en prenant parti dès dimanche contre la DAIA, reprenant à son compte les dénonciations d'un ancien Directeur exécutif de la confédération des organisations juives dans les pages de Página/12. Elle aurait mieux fait de garder le silence et de laisser couler : la vérité ne va pas tarder à éclater au grand jour. D'autant que Elisa Carrió, un leader déconsidéré de l'opposition, qui oscille en permanence entre un centre très mou et une droite très dure, montre à nouveau des signes de délire mystico-politique : elle crie à qui veut l'entendre qu'elle est menacée de mort [par le Gouvernement] et qu'elle sait comment Alberto Nisman a été tué (elle est hostile à la thèse du suicide, de plus en plus patente), qu'elle va démontrer urbi et orbi la culpabilité de la présidente dans ces faits et qu'elle ne craint pas le Gouvernement mais Dieu lui seul !

Pour en savoir plus :
en français, vous pouvez cliquer sur le mot-clé Affaire Nisman dans le blog Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus
dans la presse argentine :
lire l'article principal de Página/12 sur le désistement de De Luca
lire le rappel historique du déroulé de l'affaire, toujours dans Página/12
lire l'article de Página/12 sur le démenti de la DAIA
lire l'article de Clarín sur la décision du procureur
lire le micro-entrefilet, toujours de Clarín, sur la manifestation solitaire de Sara Garfunkel, la très sulfureuse mère de Alberto Nisman et ses très polémiques soutiens, le rabbin et député PRO (macriste) et bling-bling Sergio Bergman ou le journaliste hargneux et sentencieux Nelson Castro qui déverse sa haine et son mépris contre la présidente tous les soirs sur la chaîne privée TN (et pourtant Castro est donc un salarié du groupe Clarín)
lire l'article de Clarín sur les démentis de la DAIA contre les propos tenus dans Página/12 (voir mon article de dimanche), repris sans retenue et à contretemps par la Présidente Cristina Kirchner, qui est convaincue que la démarche de Nisman contre elle correspond à une tentative de coup d'Etat de la part de la magistrature (qui reprendrait la cause que l'Armée a délaissée)
lire l'article de La Nación sur le désistement du procureur De Luca, où la rédaction tâche de se faire une raison et d'afficher une attitude respectueuse de la justice (à comparer avec l'article beaucoup plus hargneux publié hier en fin de journée, immédiatement après la publication de la décision de justice)
lire l'entrefilet de La Nación sur la manifestation de Sara Garfunkel et ses soutiens
lire l'article de La Nación sur le contentieux entre la Casa Rosada et la DAIA
lire l'article de La Prensa sur le désistement de Javier De Luca
lire l'article de La Prensa sur les déclarations de Elisa Carrió
lire l'entrefilet de La Prensa sur la tentative de Sara Garfunkel de relancer l'accusation contre la Présidente auprès de la Cour suprême.

Ajout du 22.04.15 :
Jorge Elbaum ne s'en laisse pas compter par la DAIA. Il réplique aujourd'hui par un éditorial dans la grande tradition du débat d'idées juif dans les colonnes de Página/12.

Ajout du 7.05.15 :
L'analyse des ordinateurs, tablettes et autres instruments informatiques utilisés par le procureur Nisman prouve un niveau de vie hors de proportions avec son traitement de 75 000 $ ARG par mois : environ 130 000 $ ARG par mois. En contradiction complète avec sa déclaration de revenus et de fortune.
Lire l'article de une de Página/12 sur le sujet.



(1) Sara Garfunkel a été entendue par la justice dans le cadre de l'enquête secondaire autour de la mort de son fils et elle a reconnu être la titulaire d'un compte bancaire en commun avec sa fille et un salarié de son fils, compte non déclaré et ouvert à l'étranger, et en avoir eu connaissance bien avant la mort de son fils. Ces aveux ont entraîné une perquisition à son domicile et on y a trouvé une arme à feu détenue illégalement, qui aurait appartenu à son fils du temps où après son divorce il était retourné vivre chez maman. Et il en aurait oublié l'existence au point de demander à son garde du corps et à son informaticien de lui prêter la leur de toute urgence l'avant-veille de sa mort ?

Une semaine d'archéologie chez Liniers [à l'affiche]


Du 15 au 20 avril 2015, s'est tenu au musée Casa del Virrey Liniers une semaine sur l'archéologie à Buenos Aires, avec interventions universitaires, projections de documentaires et visites de certains sites de fouille.

Buenos Aires ne regorge pas de ressources archéologiques. Le peu que les chercheurs parviennent à trouver est donc pieusement recueilli et conservé, pour l'essentiel à la Casa del Historiador, où se trouve le siège de la gestion du patrimoine architectural de la Ville, dans la manzana qui contient la maison du vice-roi français, Santiago (Jacques) de Liniers, qui tint tête aux deux corps expéditionnaires britanniques qui tâchèrent de prendre pied à Buenos Aires, après Trafalgar, en 1806 et 1807.

Cette demeure typique d'une maison patricienne de l'époque coloniale, dont on a retrouvé il y a peu le sol original dans le patio, est situé au cœur de Monserrat, esquina Venezuela y Bolívar. Elle vaut la visite, qui est organisée et guidée (pas de visite libre, eu égard à la fragilité du site).

Pour en savoir plus :
lire la présentation sur le site du ministère de la Culture de la Ville Autonome de Buenos Aires
consulter le site de Aspha Ediciones qui a publié l'année dernière un très beau livre sur les récentes découvertes dans cette maison.

lundi 20 avril 2015

Página/12 consacre son supplément dominical Radar à Eduardo Galeano [Actu]

Le quotidien Página/12 a rendu hommage ce dimanche à son collaborateur, le grand écrivain uruguayen Eduardo Galeano, décédé la semaine dernière à Montevideo, dans un supplément dominical intitulé Radar.



C'est le peintre et dessinateur Miguel Rep, lui aussi de la rédaction, qui a signé la couverture qui fait allusion au premier grand livre du disparu, Les veines ouvertes de l'Amérique Latine, sortie en 1971, juste avant l'épouvantable vague des dictatures sanguinaires soutenues par les Etats-Unis jusqu'au milieu des années 1980.

Le supplément comporte treize articles différents sur l'auteur, l'homme et le militant de gauche que fut Galeano.

Pour aller plus loin :
connectez-vous sur le premier de ces treize articles. La liste apparaît dans l'encadré de droite.

Le BAFICI rend hommage à Isabelle Huppert : interview dans Página/12 [à l'affiche]


Le festival de cinéma indépendant de Buenos Aires, le BAFICI, qui s'est ouvert le 15 avril, rend hommage cette année à Isabelle Huppert, avec une rétrospective qui lui est consacrée. L'actrice française a fait le voyage jusqu'en Argentine et Página/12 en profite pour l'interviewer dans ses pages culturelles...

Les mêmes pages consacrent également un article à la restauration de vieux films argentins qu'a entrepris la Academia de las Artes y Ciencias cinematográficas de la Argentina, présidée par le réalisateur, acteur et scénariste Juan José Campanella (El secreto de sus ojos qui a remporté le premier Oscar du film étranger). La AACCA a récemment investi dans un équipement de pointe pour mener ce travail de sauvegarde d'un patrimoine très important pour le pays, qui a connu un septième art florissant dans les années 30 et 40 et qui voit renaître aujourd'hui une nouvelle vague qui perce au niveau mondial.

Pour aller plus loin :
lire, en espagnol, l'interview d'Isabelle Huppert dans Página/12
consulter le site Web du BAFICI sur le portail des festivals publics de Buenos Aires
lire l'article de Página/12 sur la restauration des films argentins.

La Viruta ferme ses portes en souvenir des Arméniens assassinés [Actu]

Sous la fleur, on lit le slogan "Souvenir et Exigence de reconnaissance"
Affiche diffusée par La Viruta

Le vendredi 24 avril 2015, l'Europe et une bonne partie du continent américain rappelleront le début du génocide des Arméniens pendant la Première guerre mondiale.

Pour cette raison, la milonga de la rue Armenia à Palermo, La Viruta, fermera ses portes la veille à minuit et ne les réouvrira que vingt-quatre heures plus tard, à minuit dans la nuit de vendredi à samedi, avec symboliquement un cours de tango jusqu'à une heure du matin.

Dans le même cadre mémoriel, le quotidien Clarín publiait dès hier dimanche un article sur les souvenirs d'une famille arménienne.

La communauté arménienne est très importante en Argentine, où elle a commencé de s'installer bien avant la Grande Guerre, avec toute l'immigration chrétienne provenant de l'Empire ottoman dès les années 1880 et pendant la Guerre des Balkans.

dimanche 19 avril 2015

La marche pro-Nisman provoque un séisme dans la communauté juive [Actu]

Le 18 février 2015, un mois après sa mort, s'est tenue à Buenos Aires une grande marche en l'honneur du procureur Alberto Nisman, à l'appel d'une majorité de magistrat en tête de laquelle se trouvait le procureur fédéral Germán Moldes, un opposant notoire à l'actuel gouvernement à moue de bulldog, et la confédération juive, DAIA, elle-même dirigée par des partisans du PRO (opposition ultra-libérale de Mauricio Macri).

Hier, un ancien directeur exécutif de la DAIA, le sociologue Jorge Elbaum, dénonçait dans les colonnes de Página/12 un lien trouble et malsain entre la confédération, le magnat nord-américain de la finance Paul Singer et les fonds spéculatifs qui depuis près d'un an empêchent depuis New York que l'Argentine règle ses dettes selon les accords signés avec ses créanciers et le réquisitoire que Alberto Nisman voulait soutenir, le 14 janvier dernier, contre le gouvernement qu'il tâchait de convaincre d'entrave à la justice dans l'enquête (dont il était lui-même chargé) sur l'attentat antisémite de 1994 contre l'AMIA (85 mors et 300 blessés, dont de nombreux handicapés à vie).

Mercredi prochain, le 22 avril, des membres de la DAIA appellent à une assemblée générale pour créer au moins un courant politiquement indépendant du PRO à l'intérieur de la confédération qui regroupe plusieurs organisations juives à travers tout le pays et ne peut pas, ultra-politisée comme elle l'est aujourd'hui, représenter l'intégralité de la communauté politiquement tout aussi divisée que l'ensemble du pays.

Comme vous avez pu le voir si vous lisez régulièrement Barrio de Tango, l'affaire Nisman a fait apparaître de manière très claire l'instrumentalisation partisane des institutions confessionnelles (juives) et de manière tout aussi claire que la communauté avait été appelée à se lever en faveur d'un homme et d'une famille dont la probité est des plus douteuses : compte bancaire non déclaré à l'étranger (1), prévarication et enrichissement personnel dans le cas du défunt procureur et actuelle course à l'entrave judiciaire de la part son ex-femme, elle-même magistrate fédérale, pour des motifs qui semblent particulièrement sordides (motivations vénales pour ce qu'elle laisse voir sur son visage fermé et haineux).

Página/12 rend compte de l'appel à l'assemblée générale pour mercredi. On verra jeudi ce qu'il en sera sorti. Mais il est possible qu'une scission intervienne à plus ou moins longue échéance au sein de cette confédération des institutions juives. Dans un pays comme l'Argentine, où depuis 1930 les institutions communautaires juives sont plus que verrouillées, ce n'est pas un petit effet qu'entraîne cette affaire ignoble (2).

Pour aller plus loin :
lire le billet de Jorge Elbaum dans Página/12 sur les liaisons dangereuses de la DAIA
lire l'article d'aujourd'hui sur la convocation d'une assemblée générale mercredi
lire la dépêche de Télam reprenant l'article de Elbaum dans Página/12
consulter le site Internet de la DAIA, dont l'actualité est une exposition de photo sur le voyage du Pape François en Israël l'année dernière
consulter la page Facebook de la DAIA (avec fort peu d'amis pour une telle institution: seulement un demi-millier !)

Ajout du 29.04.15 :
Le ministre des Affaires étrangères, Héctor Timerman, se retire de l'AMIA dont il était membre, pour dénoncer publiquement le parti pris des institutions juives et leur action qui conduit à entraver l'enquête sur l'attentat tout prétendant représenter la communauté juive, qui est la principale victime en nombre dans cette affaire sanglante. Página/12 en fait sa une du 29 avril. Par ce geste, Héctor Timerman renonce de fait à sa place dans un carré juif d'un cimetière. Le geste a donc une grande force symbolique.

Ajout du 2.09.15 :
Une nouvelle association juive vient de naître et a porté à sa tête Jorge Elbaum. La nouvelle organisation s'inscrit dans la grande tradition de la gauche juive ashkénaze, issue de l'empire russe, qui a fondé les kibboutzim en terre d'Israël dans les années 1920 et avait émigré en Argentine dès les années 1880. Ses membres se désolidarisent des organisations AMIA et DAIA ainsi que de l'actuelle politique d'Israël envers les Palestiniens, ils militent pour la paix entre les deux peuples avec Jérusalem pour capitale partagée. En Argentine, ils veulent remettre en valeur tout l'héritage coopératif et utopique de cette partie importante de l'immigration ashkénaze qui fuyait l'antisémitisme de l'Europe orientale et centrale et était donc fortement politisée.
Lire à ce propos l'article de Página/12 de ce jour sur le sujet.


(1) Dont la mère du procureur, co-titulaire du compte en question, avait pleine connaissance avant la mort de son fils, contrairement à ce qui avait été dit au moment de la révélation de cette forfaiture dans le chef d'un magistrat fédéral. Qui plus est, on vient de retrouver chez elle une arme à feu qui aurait appartenu à son fils, à ce qu'elle a déclaré à la justice au moment de la perquisition à son domicile. Sur ce compte, voir mon article du 19 mars 2015. Sur les motivations de Sandra Arroyo Salgado, dont je vous fais grâce des démarches quotidiennes contre la procureure en charge du dossier, qui tournent au harcèlement vindicatif, voir mon article du 22 mars 2015. J'ai suspendu mes comptes-rendus depuis qu'il est apparu que sa démarche ne repose sur aucune réalité juridique et que l'affaire, loin d'être un scandale politique impliquant le gouvernement, tourne au fait divers crapuleux.
(2) En 1930, en effet, on a découvert à Buenos Aires qu'une organisation communautaire juive n'était en fait que la façade honorable d'une traite des Blanches : de faux rabbins mariaient dans une fausse synagogue des jeunes filles d'origine polonaise à de très réels proxénètes qui les mettaient aussitôt après sur le trottoir. L'une de ces victimes avait porté plainte et fait éclater la vérité. Le scandale avait eu pour résultat qu'en Argentine, l'appartenance à la communauté juive, les mariages religieux et les enterrements dans les carrés juifs des cimetières sont très strictement contrôlés par des instances rabbiniques ultra-orthodoxes qui ne reconnaissent même pas la conversion (c'est le seul pays au monde où règne une discipline aussi sévère). Les Argentins qui veulent se convertir au judaïsme (leur nombre ne dépasse sans doute pas la dizaine de cas) doivent aller à l'étranger, la plupart du temps à New York, et soit organiser leur sépulture à l'extérieur du pays pour être enterré dans un carré juif ou, s'ils restent en Argentine, accepter d'être enseveli dans un carré chrétien, sans les règles cachères.

samedi 18 avril 2015

Julio Balmaceda à Paris pour la Fête du Travail [ici]


Le danseur et professeur de tango baile argentin Julio Balmaceda est en tournée en Europe. Il est l'un des maîtres reconnus de l'enseignement du tango-danse à Buenos Aires et c'est mérité : ses qualités pédagogiques et chorégraphiques ont fait son renom en Argentine. Avec Corina de la Rosa, sa compagne à la ville, il a formé l'un des couples de professeurs les plus en vue de Buenos Aires. Il sera à Paris, seul, à la milonga du Chantier, à Montreuil, en proche banlieue (accessible par le métro), le week-end du 1er au 3 mai 2015, pour des cours pompeusement (et inutilement) intitulés Master Class (un terme inventé dans le monde des arts vivants professionnels, théâtre, opéra et ballet, pour désigner les cours exceptionnels donnés par des maîtres de notoriété internationale à des professionnels de la scène de haut niveau et déjà très expérimentés – cela ne s'applique donc en aucun cas à la situation présente).

Les cours sont destinés à tous les danseurs de tango (1), donc essentiellement à des amateurs (à Paris !), à l'exception bien sûr des débutants eu égard au programme pédagogique affiché.

Le vendredi de 20h à 22h : technique pour couples
Le samedi : journée entière consacrée au mouvement, danse par danse (tango de 13h à 14h30, milonga de 14h45 à 16h15 et valse de 16h30 à 18h)
Le dimanche : journée consacrée à la musicalité, danse par danse, répartie selon les mêmes horaires.

Pour vous inscrire ou trouver des renseignements, rendez-vous sur la page Facebook du Chantier.
Pour en savoir plus :
lire l'interview datant de 2010 de Julio Balmaceda et Corina de la Rosa à la revue portègne El Tangauta n° 186 (avril 2010)


(1) Il ne fait aucun doute que si la master-class en question s'adressait à des professionnels, qu'il s'agisse des danseurs du Lido, du corps de ballet de l'Opéra ou des enseignants des Conservatoires nationaux, la communication ne passerait pas par les mêmes canaux. Les écoles de tango auraient tout à gagner à conserver de la mesure dans leurs annonces. L'inflation sémantique qui est la leur depuis quelques années nuit beaucoup à la crédibilité et au sérieux de leurs propositions.

vendredi 17 avril 2015

La Feria del Libro s'ouvre la semaine prochaine à Palermo [à l'affiche]


La Feria del Libro de Buenos Aires commence aujourd'hui avec plusieurs jours réservés aux professionnels jusqu'à l'inauguration officielle, jeudi 23 avril 2015. Le Salon durera jusqu'au 11 mai et sera accessible du lundi au vendredi de 14h à 22h et le week-end et jours fériés, de 13h à 22h.

Le prix d'entrée varie de 35 $ ARG en semaine à 50 $ les samedis, dimanches et jours fériés.
La gratuité est acquise pour les enfants, les étudiants, les retraités et les scolaires qui viennent avec leur école (à condition toutefois de présenter en caisse les justificatifs).

Ce grand événement du livre dont c'est cette année la quarante-et-unième édition se tient dans le domaine de La Rural (l'immense parc des expositions que possède l'association patronale agraire), à Palermo, tout près de Plaza Italia, du Jardín Botánico et du zoo de Buenos Aires.

Cette année, la Feria a invité le Mexique comme hôte d'honneur.

Un grand programme de conférences, ateliers, dédicaces, concerts et démonstrations vous attend si vous avez la chance de vous trouver en ce moment à Buenos Aires, qui plus est en pleine période électorale (le rêve !)

Pour en savoir plus :

jeudi 16 avril 2015

Chez Jac, un samedi sous le signe de Pichuco [à l'affiche]

Tous les troisièmes samedis du mois, la chanteuse Jacqueline Sigaut reçoit chez elle une rencontre cinéma et tango, avec les réalisateurs eux-mêmes. A Palermo, près de Plaza Italia. Il faut impérativement réserver pour participer.

Cliquez sur l'image pour une résolution adaptée à la lecture

Ce samedi 18 avril 2015, un mois jour pour jour avant l'anniversaire de la mort de Pichuco, le 18 mai 1975, la soirée sera consacrée au film Los guardianes del ángel (un jeu de mots puisqu'en espagnol, ange gardien se dit ángel de la guardia).

Dans ce film, Angel est le nom du personnage central, moteur de l'ensemble qui se compose d'un vagabondage autour du tango dans Buenos Aires et surtout autour de la figure de Aníbal Troilo, raconté par ceux qui l'ont connu.

Coproduisent cette soirée les ayant-droits de Troilo, une école de cinéma et le musée Pablo Ducros Hicken, l'un des deux musées consacrés à Buenos Aires au septième art.

Pour réserver, se reporter aux informations données par l'affiche ci-dessus.

La Journée mondiale du Malbec [Actu]

Demain, 17 avril 2015, aura lieu comme tous les ans depuis 2011 la Journée mondiale du Malbec, impulsée par une organisation de producteurs vinicoles argentins dont le nom commercial est tout simplement Wines of Argentina.

A San Juan

La date du 17 avril a été choisie parce que ce jour-là, en 1853, un homme politique, Domingo Faustino Sarmiento, né à San Juan, grande région viticole, en 1811, présentait à la Chambre les premiers documents législatifs pour organiser la production de vin en Argentine, suivant en cela une tradition initiée par le général José de San Martín dans les années de l'Indépendance, lorsqu'il était, il y a deux cents ans de cela, gouverneur de Cuyo (aujourd'hui Mendoza, San Luis et San Juan). Pour San Martín comme quarante ans plus tard pour Sarmiento, il s'agissait d'installer un véritable patrimoine économique et gastronomique en exploitant au mieux les propriétés des terroirs locaux.

Pouget et sa femme argentine
photo de presse des années 1860

C'est ainsi qu'ayant fait au Chili, la connaissance d'un agronome français, Michel Aimé Pouget, né en 1821 du côté de Cahors, où le cépage commençait à décliner sur le plan commercial. La légende veut que Pouget ait apporté au Chili un certain nombre de cépages de sa région natale, sauf le malbec. Puis dans le cours des relations avec Sarmiento, il serait allé chercher d'autres cépages en France pour les acclimater sur les terres cuyaines. Ce serait lui qui aurait apporté en Argentine le cabernet-sauvignon, le pinot noir et donc en dernier lieu le malbec, qui est maintenant le cépage emblématique de la viniculture argentine, son ambassadeur œnologique partout dans le monde.
De ce fait, les cépages phares argentins d'aujourd'hui sont les descendants de ceux de nos cépages qui ont été détruits par la grande crise du phylloxera, ce petit insecte originaire d'Amérique du Nord qui dévasta les vignobles français, lentement à partir de 1863 puis à une vitesse vertigineuse d'épidémie à compter de 1868, au point qu'il fallut reconstituer la quasi-totalité des vignes en utilisant des cépages plus résistants, qu'on fit venir en majorité d'Amérique du nord.
Michel Pouget est décédé à Mendoza, la "capitale mondiale du vin" disent ses habitants, en 1875.

A Mendoza

La manifestation, dont le cœur se situe demain, est déclinée toute cette semaine dans le monde entier. A Montevideo, l'ambassade argentine mènera le bal dans un grand restaurant gastronomique. L'ambassade argentine en France a également organisé un événement de prestige à Paris pour faire connaître les vins aux importateurs, critiques gastronomiques, cuisiniers, cavistes et autres sommeliers... En Argentine, des animations sont prévues à Buenos Aires mais aussi et surtout dans les régions concernées, Mendoza, San Luis, San Juan, La Rioja, etc...

Pour en savoir plus sur les vins argentins :
consulter le site Internet de la manifestation, Malbec World Day
consulter ce blog d'émotions œnologiques qu'est Palabras del Vino.

Résurrection de Ferrocarriles Argentinos [Actu]

"Un train nommé désir"
Quel sens du titre a ce quotidien !
Dans les manchettes :
à gauche un résultat de foot,
à droite l'enquête, de plus en plus sordide, sur la mort du procureur Nisman

Après la Chambre des Députés il y a quelques jours, le Sénat a voté hier, à une large majorité, la loi qui rétablit la société nationale des chemins de fer argentins, Ferrocarriles Argentinos, en lieu et place des concessionnaires privés qui depuis la gouvernement de Carlos Menem, dans les années 1990, ont conduit l'ensemble du système à une faillite technique, sociale et matérielle qu'un petit nombre d'accidents aussi spectaculaires que tragiques n'a que trop largement illustrée ces dernières années. La situation est telle que les Argentins de la classe moyenne préfèrent voyager en car plutôt que de prendre le train sur les longues distances, dans un pays pourtant immense où les vols intérieurs sont, par ailleurs, hors de prix.

La loi prévoit que l'Etat assumera la pleine administration de l'infrastructure sur tout le territoire national et pourra affecter et désaffecter les biens ainsi que renégocier tous les contrats de concession commerciale encore valides avec les cinq sociétés privées en charge du transport des voyageurs.

Pour le gouvernement argentin, la gestion de la continuité territoriale étant un élément essentiel de la maîtrise de son avenir par le pays, il s'agit d'une mesure qui permet au pays de restaurer sa souveraineté mise à mal par les gouvernements successifs depuis la Revolución Libertadora de 1955 jusqu'à la faillite nationale de Noël 2001 en passant surtout par le gouvernement Menem, sans doute le pire en matière économique de ce point de vue. La nouvelle loi s'inscrit donc dans une série cohérente de renationalisations comme celle de la compagnie de transport aérien Aerolineas Argentinas (contre la société espagnole Marsans), celle de la société d'exploitation des gisements d'hydrocarbures YPF (contre la société espagnole Repsol), celle du système de retraite, devenu un système par répartition obligatoire et généralisé (contre divers fonds de pension particulièrement dispendieux), sans oublier la résurrection d'installations aéronautiques à Córdoba. Récemment l'Argentine a pu produire un satellite de fabrication 100% nationale qui a été confié au port spatial de l'Europe à Kourou.

Le vote, acquis avec les voix de toute l'opposition de droite (mis à part quelques absents) et celles du Frente para la Victoria (majorité dans les deux chambres), sans les voix des groupes de gauche inscrits dans l'opposition à l'actuel gouvernement, a été salué par des déclarations triomphantes du côté de la Casa Rosada, présidente et ministres tous ensemble.

Dans la presse, l'accueil est divisé : d'un côté Página/12 en fait sa une, de l'autre, La Nación garde le silence. Clarín se contente d'un entrefilet microscopique. Et La Prensa fait un article de taille raisonnable. L'agence de presse nationale Télam propose plusieurs articles et analyses en ligne aujourd'hui.

mercredi 15 avril 2015

Le CC Torcuato Tasso fête ses vingt ans cette semaine [à l'affiche]


Deux musiciens pour fêter les vingt ans de cette tanguería de référence du quartier de San Telmo, face au Parque Lezama : Nahuel Fusco, qui présente son disque Haciendopie en Buenos Aires, ce soir, mercredi 15 avril 2015, accompagné par le guitariste Moscato Luna et avec parmi ses invités le chanteur Cucuza Castiello, et Hernán Genovese qui présentera des tangos d'auteur, accompagné par Aníbal Corniglio et son quintette, les 16 et 23 avril 2015.

Les missions romaines de Daniel Sturla [Actu]

Monseigneur Daniel Sturla, archevêque de Montevideo récemment créé cardinal, vient de se voir affecter deux missions dans le gouvernement de l'Eglise universelle : par décision du Pape, il intègre en effet la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique d'une part et d'autre part le Conseil pontifical pour la promotion des nouvelles évangélisations. Lui qui s'inquiétait de ce qui allait lui tomber dessus avec les honneurs de la pourpre, le voilà servi ! En qualité de salésien et au regard du travail pastoral qu'il affectionne, ce sont des missions qui semblent faites sur mesure pour lui (surtout en cette année où les pères salésiens et toute l'Eglise fêtent le bicentenaire de la naissance du fondateur, saint Jean Bosco, à Turin).

Photo extraite du site du Bicentenaire de don Bosco

La fonction de cardinal est en effet de conseiller le Souverain Pontife, mission dont les prélats s'acquittent à travers ces conseils pontificaux et ces différentes congrégations (appelées ainsi parce que les cardinaux se réunissent périodiquement en congrès à Rome, chacun en provenance du lieu où il exerce son ministère presbytéral ou, plus souvent, épiscopal) qui émettent des avis, des analyses, mènent des enquêtes et des réflexions collégiales à l'intention du Pape mais qui font la plupart du temps l'objet de publication par les instances du Vatican.

Sturla saluant le Pape François pendant le synode sur la Famille l'année dernière


L'information a été donnée par L'Osservatore Romano lundi soir (dans son édition datée des 13 et 14 avril 2015) alors qu'on apprenait à Montevideo le décès de Galeano.

Pour aller plus loin :
voir l'article sur Daniel Sturla sur le site hispanophone du bicentenaire de la naissance de saint Jean Bosco (Bicentenario Don Bosco 2015).

Pour les journaux uruguayens, la disparition de l'écrivain a évincé hier cette information. Néanmoins quelques articles percent sur le prélat et son agenda...
Lire l'article de El País sur ces nouvelles responsabilités pour l'Eglise universelle.
Lire l'article de La República sur ses déclarations à l'occasion du deuxième anniversaire du pontificat (fêté en grande pompe avec un mois de retard, pour cause de carême puis de Semaine Sainte puis de Semaine de Pâques)
Lire l'article de El País sur ces mêmes déclarations, où le cardinal s'est félicité que ce pape ait la faculté de ramener les chrétiens à la pratique religieuse.
Lire l'article de La República sur le pèlerinage dimanche prochain au sanctuaire de Notre-Dame de Verdún, un pèlerinage cher aux Uruguayens et pour lequel l'archevêque de Montevideo a annoncé sa présence.

Hommage à Juan Carlos Cáceres à Paris [ici]

Cliquez sur l'image pour lire le texte au complet

Les amis musiciens de Juan Carlos Cáceres, décédé dimanche 5 avril, se réuniront demain, jeudi 16 avril 2015, à 20h, à l'Espace Tango Negro pour lui dire au revoir en musique et ils invitent tous ceux qui l'ont aimé et qui ont aimé sa musique et sa peinture à les rejoindre pour l'occasion...

La salle du 71 rue de Rochechouart, Paris 9, est petite. Il convient donc de réserver. Et puis cela permettra aussi d'organiser le buffet amical et traditionnel du lieu...

Pour réserver, reportez-vous à l'affiche ci-dessus.