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vendredi 18 février 2011

Un hommage à Horacio Ferrer hier avec Las Baldosas que cantan [Actu]

Hier, jeudi 17 février à 15h15, s'est ouverte une série de cérémonies officielles autour de Las Baldosas que cantan (1). Il s'agit de rendre hommage en 100 dalles commémoratives aux mensurations impressionnantes (2 m x 1,20) à différents artistes qui ont chanté Buenos Aires. Hier, le premier hommage était pour le Maestro Horacio Ferrer, qui était présent, avec le dévoilement d'une plaque consacrée à Balada para un loco (2), l'un des chefs-d'oeuvre co-signés avec Astor Piazzolla, dans l'avenue Callao à la hauteur du n° 1224, une section de cette artère dont il est question dans la letra de ce tango refondateur, créé en novembre 1969.

On attendait Mauricio Macri à cette manifestation, ce qui ne manquera pas de faire ricaner bien des artistes, auxquels il rend la vie si difficile depuis qu'il est arrivé à la tête du Gouvernement de la Ville de Buenos Aires, comme je vous en parlais encore hier dans un article concernant le conflit social durable qui secoue le Teatro Colón, l'opéra de la capitale argentine (voir mon article du 17 février 2011 à ce sujet).

Affiche diffusée par Avelino Tamargo
(cliquez sur l'image pour une meilleure résoulution, lisible)

Las Baldosas que cantan verront la pose et le dévoilement de ces dalles en divers endroits de la ville pour rappeler une oeuvre musicale liée au lieu ainsi marqué. La liste des artistes honorés est fort inégale, on y met sur le même plan Horacio Ferrer et Cacho Castaña, qui sera sans doute honoré pour Café la Humedad, esquina Gaona y Boyacá (3).

Las Baldosas que cantan fait partie d'une campagne intitulée Amor a Buenos Aires et destinée à marquer les liens de la ville avec ses artistes, de tango ou de rock. Elle est une initiative d'un groupe d'élus de la Legislatura Portaña et de la Chambre des Députés nationale.

Sur l'annonce diffusée par les services du député Avelino Tamargo, à l'initiative de l'opération, vous pouvez voir à quoi ressemble la première dalle, qui donne l'intégralité de la letra de Balada para un loco. L'oeuvre le méritait bien à coup sûr. Ses co-auteurs aussi. On fêtera très bientôt les 90 ans de la naissance de Astor Piazzolla.

Du coup, pourquoi ne pas écouter ce chef d'oeuvre, grâce à l'encyclopédie argentine et tanguera en ligne Todo Tango, dans les deux versions de référence que sont celle de Amelita Baltar, avec le texte initial, où c'est la femme qui décrit la scène délirante, à la troisième personne, et celle qu'a enregistrée dès l'année suivante Roberto Goyeneche (tant et si bien que l'enregistrement du Polaco est antérieur à celui de la créatrice, le couple Piazzolla-Baltar ayant été comme pris de court par le chanteur et la maison de disques, enthousiasmés). La version masculine, où c'est l'homme qui déroule son propre délire, à la première personne, est celle que j'ai traduite dans Barrio de Tango (le livre). Ce changement de personne grammaticale change du tout au tout la dimension littéraire du poème, qui fit son effet en son temps et continue de surprendre ceux qui le découvre grâce à des traductions partout dans le monde (sur le 40ème anniversaire de Balada para un loco et les célébrations qui l'ont marqué, reportez-vous à mon article du 28 novembre 2009 et au Retour sur images du 11 décembre 2009, rédigé par Solange Bazely, pour Barrio de Tango, le blog).

(1) Las baldosas que cantan : les dalles qui chantent. Les dalles en question sont celles qui couvrent les trottoirs de Buenos Aires et les patios dans les maisons individuelles.
(2) Balada para un loco est présenté, en version bilingue, espagnol-français, dans une traduction qui m'a valu de nombreux encouragements de la part du Maestro Ferrer, dans Barrio de Tango, recueil bilingues de tangos argentins, ed. du Jasmin, mai 2010, p 316.
(3) Café La Humedad a failli faire partie de Barrio de Tango. J'y ai renoncé au dernier moment pour inclure une autre letra, d'un autre auteur, parce que je ne pouvais pas ajouter une nouvelle page à ce volume qui devenait trop gros. Café la Humedad est l'une des très belles chansons que l'on doit à Cacho Castaña, qui n'a pas écrit que des chefs-d'oeuvre, loin de là. C'est pourquoi je tique un peu quand je vois cette manifestation l'honorer à l'égal d'un écrivain aussi constant qu'un Horacio Ferrer, surtout s'ils sont une centaine d'artistes à être ainsi distingués.

samedi 12 décembre 2009

Présentation ce soir du livre de Hernán Sotullo par Luis Alposta [Disques & Livres]

Couverture du livre, envoyée par Luis Alposta

Luis Alposta, qui joue les correspondants permanents à Buenos Aires pour Barrio de Tango, tandis que Solange Bazely endosse de temps à autre la tenue d'envoyée spéciale, malgré un agenda particulièrement chargé, le poète Luis Alposta, disais-je, présentera aujourd'hui l'étude que Hernán Sotullo a consacré au thème des voyous (pungas, en lunfardo) et de la prison (gayola, en lunfardo) dans le tango et dans le lunfardo.
Cette présentation a lieu aujourd'hui, 12 décembre 2009, à la Academia Porteña del Lunfardo où se tient la Foire du livre de tango et de lunfardo jusqu'au 30 décembre prochain (lire mon article à ce sujet).

En même temps qu'il m'a envoyé la photo de la couverture, Luis m'a aussi fait parvenir le texte de son allocution. Mais avec le décalage horaire entre nos deux pays et mon travail salarié pendant la semaine (ce blog n'ayant pas plus que mes futurs bouquins vocation à être mes gagne-pain), je n'ai guère le temps de vous traduire dès aujourd'hui cette conférence in extenso. En revanche, à partir du 25 décembre, les Portègnes vont partir en vacances d'été, ils vont se ruer sur les plages de Mar del Plata ou de Bahía Blanca ou aller prendre un bol d'air pur du côté de Córdoba, Mendoza, San Luis ou Bariloche. De toute manière, les artistes de tango vont déserter Buenos Aires et la livrer aux touristes. Donc là, j'aurai, peut-être, le temps de mener cette tâche à bonne fin. Même si une précédente conférence de Luis Alposta m'a offert la matière de mon article n° 900, celle-ci pourrait faire à nouveau un joli sujet pour l'article 1100 qui devrait se présenter en janvier (celui-ci est le n° 1048). Comme dirait l'autre, quand on aime, on ne compte pas.

D'ici là, je vous explique seulement que la couverture fait allusion à un poème lunfardo de Carlos de la Púa (1898-1950), Linea 9, dont le chanteur et compositeur Edmundo Rivero avait fait une milonga en le mettant en musique. Et voyez comme tout se tient : Luis Alposta, grand ami d'Edmundo Rivero, qui a mis en musique plusieurs de ses poèmes, a très bien connu également ce poète majeur que fut Enrique Cadícamo, dont Carlos de la Púa, dit aussi El Malevo Muñoz (dont le vrai nom était Carlos Muñoz del Solar) (1) était un ami personnel très proche. Lui-même, Luis, a beaucoup travaillé sur le rôle de la prison et du milieu dans la genèse du lunfardo. Avec Daniel Melingo, il a reconstitué de nombreux poèmes de Andrés Cepeda (1878-1912), qu'on a appelé le poète de la prison, parce qu'il passait le temps lors de ses incarcérations à écrire des poèmes, très beaux soit dit en passant. Le type, qui passe pour le Villon argentin, quand il ne faisait pas de mauvais coups était un payador (improvisateur de vers et de musique ambulant, à travers villes et campagnes). Avec Daniel Melingo aussi, Luis a travaillé sur une série de tangos qui vont chercher dans le rébétiko grec des sources communes aux deux genres : la délinquance comme réponse sociale à la répression des possédants, l'univers carcéral, les solidarités louches, l'homosexualité d'occasion, la contestation par la violence... (2)

Voici de Linea 9 et traduits par mes soins le quatrain du début et le quatrain de fin :

Era un boncha** boleao, un chacarero,
que se tomó aquel nueve en el Retiro;
nunca vieron esparos y lanceros
un gil al acuarela más a tiro.
Carlos de la Púa
(les mots suivis d'une double astérisque sont en verlan)

C’était un cheman**, une bûche, un vrai jacques ;
Qui se prit ce bon vieux tram 9 au Retiro
; (3)
Jamais pickpockets ni guetteurs ne virent
Crétin des Alpes plus à portée de main
.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Era un bondi de línea requemada,
con guardia batidor, cara de rrope;
si no saltó cabrón por la mancada
fue de chele** nomas, de puro dope**.
Carlos de la Púa

C’était un tram d’une ligne mal fréquentée,
Le contrôleur était une balance à gueule de faux-derche ;
S’il n’a pas sauté, l’air fin, pris la main dans le sac.
Ce fut un coup de bol, c’est tout, la vraie karaba**
.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

La milonga Linea 9, vous pouvez l'entendre chantée par Edmundo Rivero dans le double CD En Lunfardo, Edmundo Rivero, qui est la réédition de deux disques enregistrés respectivement en 1963 et 1967 et sortis tous deux chez Philips (dont le catalogue a été racheté par Universal). Les pochettes originales arboraient des dessins de Juan Carlos Castagnino, un grand peintre dont on peut maintenant visiter l'atelier-domicile dans le quartier de San Telmo (la maison est devenue un musée), et une présentation signée du grand écrivain argentin Ernesto Sábato. La réédition est présentée par Oscar del Priore (et ce n'est pas mal non plus).

Voilà ! Maintenant, vous avez au moins deux idées originales pour vos cadeaux de Noël ! Un disque et un livre.

Et puis pour faire le lien avec le Retour sur images que je publiai hier (grâce à Solange Bazely) sur le concert qui a marqué, le 2 décembre dernier, à Buenos Aires, les 40 ans de la création de Balada para un loco, voici ce que m'en a dit Luis Alposta le lendemain :

Esta noche [...] estuvimos en los festejos por el 40° Aniversario de "Balada para un loco", que se realizó en el anfiteatro del Parque Centenario.
Actuaron la Orquesta del Tango de Buenos Aires; invitados: Pablo Agri, Amelita Baltar y, por supuesto, Horacio Ferrer.
Bailarines: Paola Parrondo y Víctor Nieva.
El espectáculo duró dos horas y fue realmente algo ¡fantástico! ¡Gran éxito de público! A Horacio se lo veía feliz.
Luis Alposta

Cette nuit [...] (4) nous sommes allés à la fête pour le 40ème anniversaire de Balada par un loco, qui s'est tenu à l'Amphithéâtre du Parc Centenaire.
Se sont produits la Orquesta de Tango de Buenos Aires, avec pour invités, Pablo Agri, Amelita Baltar et, bien sûr, Horacio Ferrer.
Les danseurs étaient Paola Parrondo et Víctor Nieva.
Le spectacle a duré deux heures et ça a été réellement un truc fantastique ! Un public énorme. Horacio, on voyait qu'il était heureux
.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Luis Alposta a déjà envoyé ses voeux pour 2010 : ce sont les mêmes qu'en 2009. Changez juste le millésime. Son portrait ahurissant de Carlos Gardel, en trois ou quatre traits en tout et pour tout... (voir mon article du 31 décembre 2008).

(1) Carlos de la Púa, cela veut dire Carlos de la pointe, de l'aiguille, du dard. C'est-à-dire qu'il pique, qu'il égratigne ou qu'il trucide à l'arme blanche. Le contraire du gentil. Et El Malevo Muñoz comme l'ont surnommé ses amis, cela veut dire Muñoz le Voyou (au deux sens du terme : un homme du peuple mal élevé et un hors la loi). Et de fait, le type n'était vraiment pas sortable, une sorte de Serge Gainsbourg (la dégaine aussi, en plus armoire à glace) qui n'aimait rien tant que provoquer par son comportement et ses propos les bien-pensants et se faire poil à gratter d'une société portègne corsetée dans des a priori de respectabilité et des rêves d'embourgeoisement que lui haïssait de toutes ses forces.
(2) voir l'article que j'ai consacré à une autre conférence de Luis Alposta, sur le lunfardo, prononcée à Rosario en septembre dernier et que je vous ai traduite en octobre.
(3) Retiro : un quartier de Buenos Aires, dont je parle assez souvent dans mes articles. C'est à Retiro que se trouve la Biblioteca Café où aura lieu demain le récital de Lucio Arce. C'est aussi le quartier de la gare sans doute la plus importante de Buenos Aires, donc un noeud de communication avec métro, bus et anciennement lignes de tram.
(4) Luis me citait là les personnes qui l'accompagnaient, sa femme, l'un de leurs enfants et un couple d'amis.

vendredi 11 décembre 2009

40 ans de Balada : un retour sur image et un reportage de Solange Bazely [à l’affiche]

C’est à titre tout à fait exceptionnel que l’article qui suit est publié dans Barrio de Tango.
Pour la première fois, l’article n’est pas de moi.
Il m’a été envoyé très gentiment par Solange Bazely, qui se trouve actuellement à Buenos Aires et vous offre et ces photos et ce compte-rendu, d’un grand événement : la célébration le 2 décembre dernier des 40 ans de la création de Balada para un loco, un tango qui a révolutionné le genre, le 16 novembre 1969, lors du concours de la chanson de Buenos Aires.

Solange Bazely est une fine experte du tango et de sa culture. Elle collabore bénévolement à la revue française Tout Tango, éditée à Montpellier (vous pouvez accéder au site du magazine grâce au lien situé dans la rubrique Eh bien dansez maintenant !, dans la partie inférieure de la Colonne de droite). Elle est l’auteure d’un livre sur le bandonéon, qui reste encore à publier et qui fera à n’en pas douter référence dans ce domaine, non seulement en français mais dans toute la littérature tanguera dans toutes les langues. Ce n’est pas moi qui le dis mais Walter Piazza, qui fut le premier à m’en parler en août 2008 dans son bureau de la Academia Nacional del Tango. L’avis d’un tanguero pareil, ça vous pose un bouquin...

Voici donc, en caractères bleu profond, l’article et les photos que Solange m’a fait la gentillesse de m’envoyer il y a quelques jours et que j’ai réservé pour marquer dans Barrio de Tango cette fête du tango et ce double anniversaire de naissance, de Carlos Gardel et de Julio De Caro.

Le Maestro Horacio Ferrer (avec sa bouteille d'eau à ses pieds)

Les 40 ans de Balada para un loco, événement organisé par le ministère de la culture de la ville de Buenos Aires qui devait se dérouler le vendredi 27 novembre a été reporté au mercredi 2 décembre pour cause de pluie. L'amphithéâtre Eva Perón du Parque Centenario fraîchement rénové en juin dernier n'était pas complet. Avec 1620 places assises et une scène de 18m x 12m et tout ce qu'il faut au niveau lumière et son. Comme souvent ici, pour un événement gratuit, il faut retirer les places à l'avance.

Cette soirée anniversaire se fait en hommage à cette Balada para un loco qui ne remporta pas le prix d'un Concours organisé au Luna Park il y a 40 ans. Aujourd'hui, personne ne se souvient plus du thème qui remporta le premier prix mais uniquement de cette Balada para un loco, fruit de l'imaginaire et d'une vision nouvelle qui a fait le tour du monde, grâce aux talents réunis de la poésie d'avant-garde d'Horacio Ferrer, avec la musique non moins rebelle d'Astor Piazzolla par la voix d'Amelita Baltar et qui a ouvert tant de chemins en marquant l'histoire du genre.

Les Maestros Néstor Marconi et Raúl Garello

Présentée par l'incontournable Oscar del Priore, cette soirée a été retransmise en direct par la radio la 2x4, unique radio à ne diffuser que du tango. Tout commença par une ouverture de rideau épique puisqu'il fit tomber quelques micros qu'il fallut relever dès le début de la première des quatre saisons de Piazzolla magnifiquement interprétées par l'Orchestre de la ciudad de Buenos Aires, soit 30 musiciens, dirigés d'abord par Raúl Garello puis par Juan Carlos Cuacci qui en ont assuré les arrangements. Leonardo Ferreyra vibre et nous fait vibrer avec ses parties de violon solo qu'il joue sur le bord de sa chaise, presque debout parfois autant que Julio Pane dans des solos de bandonéon pendant lesquels les autres musiciens en profitent pour remettre les pinces à linge qui leur tiennent les partitions, plein air oblige. Les moustiques virevoltent autour de la scène, attirés par la lumière, pendant que les grillons du Parque Centenario servent de bourdon musical (1).

Néstor Marconi

La musique nous emporte, dans sa version élargie à cet orchestre soutenu par la ville depuis 1980, avec Hernan Posseti au piano, aux contrebasses Marisa Hurtado enceinte jusqu'aux dents et Juan Pablo Navarro, croisé si souvent depuis le début de ce séjour. Aux bandonéons : Julio Pane, Federico Pedreiro, Carlos Corrales, Osvaldo Montes et Mariano Cigna.

Et dire qu'aujourd'hui ce serait aussi l'anniversaire d'Osvaldo Pugliese ! Buenos Aires regorge de tango et de nuits où l'on ne dort pas.
Ensuite, le chanteur Marcelo Tomassi fera siennes les paroles d'Horacio Ferrer : El Gordo triste (musique de Piazzolla), puis Viva el Tango (musique et direction de Raúl Garello) puis la Milonga del Trovador (musique de Piazzolla dont la version de Jairo est la plus connue).

Amelita Baltar et Néstor Marconi

Horacio Ferrer apparaît, toujours élégant et calme qui nous régalera littéralement de ses mots choisis dans son dit-chanté si particulier, s'aidant en cela de ses majestueuses mains, si vivantes, qu'elles disent avec lui Chiquilín de Bachín avec son texte introductif des plus émouvants sur ce gamin qui vend ses roses autour des tables du restaurant. Puis Preludio para el año 3001 et son Mi viejo Piazzolla, "mi mágico Astor", en hommage à son ami et complice Piazzolla dont il finit par "tocas con las teclas de mi corazón" (tu joues avec les touches de mon cœur), accompagné par Trepiana au piano sur la musique d'Oblivión et en prélude une musique écrite par Daniel Piazzolla, le fils d'Astor.
Des applaudissements à tout rompre, tant l'émotion et l'affection sont grandes pour cet homme de lettres, également homme de scène. Il poursuit pour notre plus grand plaisir en racontant comment il a écrit le thème suivant, alors que Piazzolla lui laissa une cassette avec une nouvelle musique et qu'il neigeait sur l'Ile Saint-Louis où il vivait : Será que estoy llorando ! Effectivement très émouvant et à pleurer ! Une vague d'applaudissements déferle, c'est ahurissant. Puis il remercie ensuite, avec une grande émotion qui lui serre la gorge, les trois médecins qui lui ont sauvé la vie cette année ainsi que "la femme dont je suis le mari". On voudrait qu'il ne quitte pas la scène.



Un hommage à Antonio Agri, celui qui fut dix ans le complice d'Astor Piazzolla au violon, sera également rendu, grâce à son fils, Pablo Agri, également génie du violon, dans un Oblivión très sensible, magnifique, tout en nuances, en trio avec Gabriel de Lio à la basse électrique et Marisa Hurtado à la contrebasse. Ils joueront ensuite un autre thème de Piazzolla en quintette avec Julio Pane au bandonéon et Hernán Possetti au piano. Avec le vent, tout s'envole et le pianiste vient secourir Pane qui ne peut quasiment plus jouer et un technicien remet à l'envers les partitions de Gabriel... ce qui perturbe le début du thème, pourtant magnifique. Pablo est inspiré, bien planté sur ses jambes, sur lesquels il se balance comme avant lui son père, joueur et trublion.

Oscar del Priore nous informe que Aníbal Arias à la guitare et Osvaldo Montes au bandonéon vont partir à la retraite : ils l'ont bien mérité !

Néstor Marconi et Amelita Baltar

Puis l'Orchestre de Tango de la ciudad de Buenos Aires revient, cette fois-ci dirigé par Nestor Marconi qui a assuré les arrangements, joue Libertango puis un pot-pourri de divers thèmes de Piazzolla. Pour cela, il commence par un brillant solo de bandonéon, puis dirigera laissant la place à un très sensible solo de bandonéon de Raúl Garello qu'il invite.

Horacio Ferrer et Amelita Baltar réunis à nouveau...

La fin approche avec la présence rayonnante d'Amelita Baltar, très professionnelle et émouvante, aux côtés de l'orchestre, toujours dirigé par Nestor Marconi. Elle chantera la Milonga del anunciación issu de l'operita María de Buenos Aires, puis La última grela et Balada para mi muerte dont elle avoue que c'est son thème préféré. Et on comprend pourquoi avec cette force combinée des paroles et de la musique.

Puis le clou final présenté par Diego Rivarola, directeur général de la musique de Buenos Aires pour une version surpuissante de la Balada para un loco, avec un récitatif où le vent se lève et un bis pour lequel Horacio Ferrer revient sur scène. Le public est debout, absolument conquis sous la pleine lune qui illumine tout Buenos Aires.

Solange Bazely
Buenos Aires, 2 décembre 2009

samedi 28 novembre 2009

Buenos Aires a fêté hier les 40 ans de Balada para un loco [à l'affiche]

C'était un concert gratuit donné hier soir, 27 septembre, à 20h, à l'Amphithéâtre Eva Perón au Parc du Centenaire (esquina Leopoldo Marechal et Lillo), à l'initiative du Directeur de la Musique du Ministère de la Culture de la Ville de Buenos Aires.
Y participaient le Maestro Horacio Ferrer, auteur de ce texte qui en décoiffa plus d'un à l'époque (1) et Amelita Baltar, la créatrice de ce tango, devenu en quelques années un classique d'entre les classiques du répertoire. Il y avait aussi le violoniste Pablo Agri, en souvenir de son père, Antonio Agri, qui était alors le violoniste de l'orchestre de Astor Piazzolla.

Cliquez sur l'image pour l'obtenir en meilleure résolution


L'Orchestre de Tango de la Ville de Buenos Aires était présent, avec son chanteur titulaire, Marcelo Tommasi. Le couple de danseurs Victor Nieva et Paola Parrondo ont participé à la fête. Et Oscar del Priore, avec toute son érudition et son sens de la formule, a joué comme à son habitude les Monsieur Loyal de la soirée. C'est toujours lui qui présente les concerts de la Orquesta de Tango de la Ciudad de Buenos Aires.

Vous pouvez aussi vous reporter à mon article du 16 novembre pour ce tango qui a fait date et les circonstances de sa présentation rocambolesque au public en novembre 1969.

Merci à Bibiana Palmieri, de la Direction de la Musique de Buenos Aires, qui m'a aimablement envoyée l'illustration de cet article hier, à temps pour que je puisse le rédiger. Un mal de tête tenace et inopportun est le seul responsable de cette publication avec un bon métro de retard...

Pour en savoir plus :
vous pouvez accéder à l'ensemble des articles que j'ai déjà publiés à tous ces artistes en cliquant sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, ou dans la rubrique Vecinos del Barrio (habitants du quartier), dans la partie haute de la Colonne de droite. Vous trouverez aussi les liens vous conduisant aux sites d'un certain nombre d'artistes dans la partie basse de cette même Colonne.
Ajout du 30 novembre 2009 : Solange B. qui n'a voulu signer son commentaire que de son seul prénom (mais je connais les cinq autres lettres qui forment son nom) et qui se trouve en ce moment sous la pluie portègne, me signale gentiment que ce spectacle a été finalement reporté à mercredi prochain (2 décembre), pour cause de mauvais temps vendredi soir. Voir le commentaire n° 1. Merci à vous, Solange.

(1) et continue pour autant que vous vouliez bien lire le texte attentivement...

lundi 16 novembre 2009

Las tardecitas de Buenos Aires tienen ese ¿qué sé yo? [Troesmas]

Jacquette de disque

C’était il y a 40 ans jour pour jour, au Luna Park en public et en direct à la télévision argentine. Amelita Baltar entre en scène et démarre un invraisemblable récit tandis qu’à côté d’elle, Astor Piazzolla et son orchestre ne bougent pas.

C’était le concours de la chanson de Buenos Aires, l’orchestre restait immobile et la chanteuse causait en racontant une histoire sans queue ni tête.
Las tardecitas de Buenos Aires tienen ese qué sé yo, ¿viste? Salgo de mi casa por Arenales. Lo de siempre, en la calle y en mí... Cuando de repente, de atrás de ese árbol me aparece él...
(Horacio Ferrer)

Le soir, à Buenos Aires, il flotte... comment dire ?... Tu vois ? Je sors de chez moi et je prends la rue Arenales. Comme d'habitude, quoi ! Au milieu dans la rue et de mes pensées. Quand tout d’un coup, de derrière cet arbre, le voilà qui surgit devant moi...
(Traduction Denise Anne Clavilier)

En novembre 1969, Neil Amstrong venait de mettre le pied sur la lune, en direct à la télévision devant le monde entier (enfin, tous ceux qui pouvaient avoir accès à un poste). La suite parle d’un voyageur clandestin embarqué dans un voyage pour Vénus, avec en guise de chapeau la moitié d’un melon sur la tête, une chemise idéale peinte sur la peau et un fanion de taxi libre dans chaque main. Il soulève son demi-melon, offre un fanion à sa belle, rencontrée au hasard de son errance dans les quartiers nord de Buenos Aires, et se met à chanter à tue-tête, avec l’orchestre qui balance enfin toute sa puissance :

Ya sé que estoy piantao, piantao, piantao...
(Horacio Ferrer)

Oui, je sais, je suis à l’ouest, à l’ouest, à l’ouest (1)
(traduction Denise Anne Clavilier)

Puis -le vers est devenu célèbre aujourd’hui, pour ne pas dire qu’il est proverbial- il est question de la lune qui se promène en vélo sur l’avenue Callao (¿no ves que va la luna rodando por Callao?) et toute la suite est à l’avenant. (2)
L’accueil du public fut houleux. La salle se sépara en deux. D’un côté, ceux qui aimaient et qui applaudissaient à tout rompre, de l’autre ceux qui n’avaient pas aimé, mais alors pas aimé du tout, qui avaient même ostensiblement ouvert leur journal aux pieds de Amelita Baltar (la version portègne du jet de tomates sur la scène, ça a l’avantage d’épargner les frais de nettoyage mais c’est aussi vexant) et qui poussèrent des cris de singe pour couvrir les applaudissements. Mais encore y eut-il un accueil ce soir-là ! Quelques jours auparavant, Astor Piazzolla et Amelita Baltar (et Horacio Ferrer avec eux) avaient un peu triché (3) en jouant pour la première fois ce morceau lors d’un concert au Michelangelo, une salle, qui existe toujours, à San Telmo (en face de la Trastienda). Cela avait fait un flop total. Ni un cri, ni un applaudissement. Rien ! Les gens n’avaient même pas eu l’air d’entendre qu’il y avait de la musique. Au point que Astor Piazzolla avait pensé se retirer de la compétition. Et puis Horacio Ferrer était arrivé avec une autre fin, une espèce de cri de guerre de conclusion : ¡Loco él y loca yooooooooooo! (qui sert, mais dans l’autre sens, de titre à son plus récent livre, un recueil d’une centaine de ses poèmes publié en Italie et en italien la semaine dernière, voir cet article dont la deuxième partie s'intéresse à cette sortie en librairie à Sanremo et dans toute l'Italie).

Quelques minutes après la fin mouvementée du morceau, Horacio Ferrer reçoit un coup de fil. C’est Aníbal Troilo qui l’invite à passer chez lui. Il se rend donc chez Pichuco qui l’accueille avec ces mots : "Je vous félicite ! A vous deux [Piazzolla et Ferrer], vous venez d’inventer la deuxième Cumparsita".

Cela tombait bien ! C’était justement ce dont rêvait Astor Piazzolla depuis qu’il était tout petit (4) : composer un morceau si emblématique du tango qu’il le symbolise à lui tout seul et sur toute la planète.
Quelques jours après, Roberto Goyeneche el Polaco intervient en demandant à Horacio Ferrer d’adapter un peu son texte pour lui. Il veut l'inscrire à son répertoire et comme il est sous contrat avec la même maison de disques que Piazzolla, ils vont faire d’une pierre deux coups et le porter pour la première fois au disque tous les deux ensemble (5). Ferrer est surpris (ou feint la surprise heureuse) : "Ah bon ! Parce que toi aussi tu penses que c’est un tango, ça ?" - "Un tango !? lui répond le chanteur. Un peu que c’est un tango. Un tango de chez tango même !"

Ferrer s’est exécuté et vous savez tous ce que ça a donné....
"Las tardecitas de Buenos Aires tienen ese qué sé yo, ¿viste? Salis de tu casa por Arenales. Lo de siempre, en la calle y en vos... Cuando de repente, de atrás de ese árbol, me aparezco yo... Mezcla rara de penúltimo linyera y de primer polizonte en el viaje a Venus: medio melón en la cabeza [...]"

Au palmarès cette année-là, le premier prix a été emporté par Hasta el último tren, un tango bien classique, empreint d’une nostalgie plan plan (ou tchou tchou, comme vous préférez), pas mauvais mais à côté de l’autre ! Assez oublié aujourd’hui au demeurant. Quant à Balada para un loco (vous l’aviez nommé dès la première citation bien sûr), elle a reçu le deuxième prix. Comme quoi, devant sa télé, Pichuco avait eu plus de flair que tout le jury réuni...

L’autre qui a eu lui aussi plus de flair que le jury de cette année-là, c’est le grand public. Ce grand public qui, dès la sortie du disque de Goyeneche courant décembre s’est arraché ce 45 tours, faisant de Balada para un loco le tube de l’été 1970. Au point qu’à Mar del Plata, tout au long de janvier et de février, non pas parce que c’était la ville natale de Piazzolla mais parce que c’est la plus grande station balnéaire de toute l’Argentine et qu'elle fait le plein tout l'été jusque très tard dans le mois de mars, on a vendu, en plus des disques, des milliers de petites figurines représentant le fou de la chanson à l’invraisemblable accoutrement, sorti tout habillé de la tête d’Horacio Ferrer. Balada para un loco est ainsi devenu, grâce à Amelita Baltar et à Roberto Goyeneche, tous les deux en même temps, le tout premier succès populaire d’Astor Piazzolla, un compositeur et un musicien qui était resté jusqu’alors l’apanage d’une frange de tangueros très à l’affût de tout ce qui bougeait et doté d’assez d’audace esthétique pour sentir là où se préparait l’avenir du genre.

En 40 ans, Balada para un loco a connu tous les arrangements possibles et imaginables, des bons, des excellents, des géniaux et des encore plus nuls que nuls. On peut en citer un qui sort particulièrement de l’ordinaire, celui de Osvaldo Pugliese, dès 1970 chez Phonogram (aujourd'hui dans la compilation Osvaldo Pugliese, Bien de Abajo, 40 obras fundamentales, Universal Music) : il s’agit d’une version instrumentale (il fallait oser !).
Une autre version, très émouvante, très instructive aussi, chantée (sic) par Horacio Ferrer lui-même avec Astor Piazzolla au bandonéon (disponible aujourd'hui dans la compilation Piazzolla-Ferrer Songbook, El músico y el poeta, BMG-RCA, photo en illustration).
Et dans les arrangements qui ne sortiront pas en disque (ils ne veulent pas) mais qui valent vraiment d’être écoutés sur scène, celui de Mariel Martínez et Alejandro Picciano, qui se produisent un peu partout en Espagne, du nord au sud et d’est en ouest : une chanteuse mezzo-soprano (comme la créatrice) et une guitare qui tient à elle toute seule la place de tout l’orchestre. Une merveille...

Pour aller plus loin :
Ecouter Balada para un loco dans la version originale, presque celle du 16 novembre 1969 au Luna Park, les cris de singe en moins, avec Amelita Baltar.
Ecouter Balada para un loco dans la version créée par Roberto Polaco Goyeneche en décembre 1969, toujours grâce à Todo Tango.
Ecouter Hasta el último tren, toujours sur Todo Tango et en 1969, pour vous faire votre propre idée.

Aller voir dans la Colonne de droite les raccourcis vers mes articles sur Amelita Baltar (actuellement sur scène pour la reprise d’un grand succès des années 70, Tres Mujeres para el show, à Clásica y Moderna), Horacio Ferrer, Roberto Goyeneche, Astor Piazzolla, Mariel Martínez et Alejandro Picciano (dans les différentes sections de la rubrique Vecinos del Tango).
Et puis attendez la sortie de mon livre, d’ici quelques mois : dedans, je reviens sur ce tango fondateur ou refondateur (l’annonce du bouquin est à la discrétion de l’éditeur, j’attends son feu vert et il n’a pas qu’un livre à la presse en cette veille de Noël).
Enfin, pour ceux qui se demandent d’où je peux bien tirer ma science, toutes ces histoires du Michelangelo, du Luna Park et de Troilo entre sa téloche et son bigophone, mon secret est tout simple : docta cum libro comme on dit en latin (savante avec un livre). Et ce livre s’intitule Los tangos de Piazzolla y Ferrer, sous titre : 1967-1971, Quereme así piantao, Collection Biblioteca La Siringa, Ed. Peña Lillo, Ediciones Continente, 2000, p 63 (l’adresse de la maison d’édition, c’est Pavón 2229, Buenos Aires). Et tout est écrit dedans mais todo en español, of course ! (6)

(1) jeu de mot que j’ai trouvé impossible à traduire de manière vraiment satisfaisante à mon goût : piantar (ou piantarse à la forme pronominale), en lunfardo, c’est se faire la malle, se tirer, se tailler, calter. Mais quand c’est la raison qui se fait la belle, l’homme devient fou (piantado, participe passé de piantar, ici avec l’élision du d, habituelle lorsque la prononciation est trop rapide). Or l’énergumène dont il est question s’est bel et bien échappé. Echappé d’un asile de fous comme on disait alors, une maison de fous qu’on appelait encore Vieytes (De Vieytes nos aplauden: "¡Viva! ¡Viva! / los locos que inventaron el Amor) et qui, alors que c’était déjà un vrai hôpital moderne, conservait à la fin des années 60 sa sinistre réputation de mouroir pour aliénés. Les poètes Pascual Contursi et Dante A. Linyera y sont morts dans une misère psychique épouvantable dans les années 30, sans doute victimes soit de la syphilis soit de l’absinthe, un alcool très addictif qui provoquait de graves dommages neurologiques, soit des deux à la fois. Aujourd’hui, le même établissement, fondé en 1860, est connu sous le nom d’Hospital Borda et c’est un institut psychiatrique de pointe qui délivre essentiellement des soins ambulatoires et qui souffre, comme tout le système hospitalier public de Buenos Aires, d’un manque chronique de moyens financiers. Le poète Alejandro Szwarcman y anime un atelier d’écriture poétique auquel participent patients et bien portants et le travail des stagiaires fait de temps en temps l’objet d’une présentation en public qui rencontre un franc succès... L’hôpital Borda est situé dans le quartier de Barracas, un quartier pauvre du sud de Buenos Aires.
(2) Vous pouvez aussi y voir la lune rouler comme un ballon dans l’avenue. Mais l’image a été suggérée (la légende le veut ainsi en tout cas) par le spectacle d’un cycliste dans cette artère nord-sud, qui croise Arenales dans le quartier de la Recoleta, si cher au coeur d’Horacio Ferrer et de Amelita Baltar. C’est le quartier de leur enfance...
(3) Le concours de la chanson n’acceptait que des morceaux inédits. Il fallait que la soirée du concours soit aussi celle de la création de la chanson. Pour que les membres du jury n’aient pas d’idée préconcue. Mais Piazzolla n’a jamais aimé respecter ce genre de règlement...
(4) Et celui d’Horacio Ferrer aussi, j’en suis sûre !
(5) L'enregistrement avec Amelita Baltar se fera en 1970 alors que celui du Polaco a lieu le 4 décembre 1969 ! Et sur les archives de la télévision, c'est Amelita Baltar. Droite dans ses bottes devant la salle pas totalement acquise... Amelita Baltar est alors une jeune chanteuse encore très peu connue(María de Buenos Aires, dont elle a créé le rôle titre en mai 1968, est passé largement inaperçu du grand public, cet opéra-tango s'est rattrapé depuis) et Goyeneche est déjà une très grosse vedette, qui est passé successivement de l'orchestre de Horacio Salgán à celui de Aníbal Troilo, avant de se lancer dans une carrière de soliste en 1965.
(6) Le 1967-1971 constitue naturellement le volume n° 1 et il y a en deux en tout. Ce sont deux petits libres qui se glissent facilement dans un sac. De ces petits livres et très belle facture mais bon marché que vous vous procurerez facilement dans une bonne librairie à Buenos Aires, chez Zivals par exemple (sur place et en ligne sur leur site, voir la Colonne de droite, partie basse), à Gandhi, à El Ateneo (peut-être il faudra demander à un vendeur) et naturellement à la Academia Nacional del Tango. Là, c’est sûr.