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dimanche 5 septembre 2021

Premier congrès international de Lunfardo en ligne [Jactance & Pinta]

Le programme du premier jour d'échanges scientifiques
après une journée d'accueil et de teasing sur la Toile
Cliquez pour une meilleure résolution


Tout ce week-end se tient, en ligne avec retransmission en direct sur Facebook, le premier congrès international de Lunfardo, organisé par la Academia Porteña del Lunfardo (Buenos Aires).

Participent outre des Argentins deux Françaises, deux Italiens, deux Polonais et au moins un Espagnol.

Cette première édition de la manifestation, qui a vocation à se renouveler les années qui viennent, rend hommage à José Gobello, l’un des plus actifs membres de l’Académie, disparu nonagénaire il y a déjà quelques années. Il était l’auteur d’un dictionnaire très complet unique en son genre.

Des phénomènes contemporains comme les néologismes nés de la pandémie et des situations inhabituelles qu’elle a fait naître ainsi que les questions d’écriture inclusive (et dans le cas de l’Argentine, ce thème s’étend à l’oralité) sont au programme. L’organisateur, l’auteur Oscar Conde, a aussi tablé sur l’intérêt pour le lunfardo qu’a fait naître chez les traducteurs son emploi assez fréquent et sans aucune affectation dans les digressions du Pape François lorsqu’il s’exprime spontanément dans sa langue maternelle.

Le programme d'aujourd'hui

Aujourd’hui, le 5 septembre, est le Día del Lunfardo en Argentine (la fête du Lunfardo).

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

vendredi 20 novembre 2015

La Academia Porteña del Lunfardo propose son premier festival langagier [Jactance & Pinta]


Il aura fallu que disparaisse son très médiatique (et très contesté) président (1) José Gobello pour que la Academia Porteña del Lunfardo lance son premier festival autour de cette langue populaire qui est sa raison d'être.

La manifestation, intitulée Lunfardazo (2), se tiendra au siège de l'institution, à Constitución (Estados Unidos, 1379), du 27 au 29 novembre 2015, en fin de journée, de 18h à 22h. Au programme, des concerts en appui des conférences, qui porteront sur :
  • l'immigration et le lunfardo le vendredi,
  • les poètes du lunfardo, le samedi
  • et le lunfardo au cinéma, au théâtre, à la radio et à la télévision au temps de la censure (3).
Parmi les intervenants, Oscar Conde, Gabriel Soria (qui est à la fois académicien du Lunfardo et président de la Academia Nacional del Tango), la chanteuse Viviana Scarlassa.

Affiche du concert de la chanteuse Viviana Scarlassa

Entrée libre et gratuite à toutes les manifestations.

La Academia Porteña del Lunfardo dispose d'une page Facebook.

Ajout du 27 novembre 2015 :
lire l'article de Página/12 sur la manifestation.



(1) José Gobello, admirable linguiste, était classé à l'extrême-droite et donc très contesté pour ses bienveillances envers les régimes antidémocratiques qui ont tant de fois sinistré l'Argentine.
(2) En Argentine, le suffixe nominal -zo est appréciatif, une nuance grammatico-lexicale inexistante en français.
(3) En sa qualité de langue populaire, issue des faubourgs (et non pas exclusivement des bas-fonds), le lunfardo a été en butte à bien des brimades depuis son apparition dans la ville de Buenos Aires à l'orée des années 1880. Il a même fait l'objet d'une censure totale entre 1943 et 1949, une censure qui a été levée par Perón, lorsqu'il a été assez assuré de son pouvoir en Argentine et qu'il pouvait se permettre de prendre ses distances avec le magistère catholique.

mardi 28 avril 2015

Adieu à Ben Molar, l'inventeur du Día nacional del Tango [Actu]

Photo tirée du site de Los Andes

Dimanche dernier, alors que les élections primaires battaient leur plein à Buenos Aires, le créateur du Día nacional del Tango, Ben Molar a rendu l'âme à l'âge de 99 ans. Dans les années 50, 60 et 70, il fut l'un des grands animateurs d'un monde du tango qui traversait la plus profonde crise de son histoire, après le renversement du gouvernement Perón et la prise de contrôle de la vie nationale, de l'économie et de la culture par les Etats-Unis après la fin de la guerre de Corée (1955 pour la prise de contrôle de l'Argentine).

Ben Molar fut producteur discographique et animateur radio et télévision. Il défendit la musique populaire nationale, depuis Mercredes Sosa (folklore) jusqu'à Los Abuelos de la Nada (rock), tout en traduisant en espagnol les grands tubes anglo-saxons à la mode à l'époque (les chansons des Beatles, de Paul Anka, d'Elvis Presley, etc.).

Il était lié d'amitié à tous les grands artistes du tango de la Guardia Nueva qui étaient encore en activité, Aníbal Troilo ou Julio De Caro, Juan D'Arienzo et même ce trublion de Astor Piazzolla. C'est lui qui se rendant un soir à l'anniversaire de Julio de Caro, un 11 décembre, eut l'intuition d'en faire une fête pour tout le pays, puisque ce même jour, d'une autre année, avait été aussi celui de la naissance de Carlos Gardel. En une seule manifestation, il unit ainsi en 1979 le père du tango de la Guardia Nueva, qui introduisit la polyphonie dans le tango à l'aube des années 1920, et le père du tango-canción au génie duquel on doit la constitution du fonds de répertoire avec des poètes de la taille de Pascual Contursi, Celedonio Flores, Enrique Santos Discépolo, Enrique Cadícamo ou Homero Manzi, pour ne citer que les plus illustres.

Ben Molar était membre de la Academia Nacional del Tango, de la Academia porteña del Lunfardo et il avait été fait Ciudadano ilustre de la Ville de Buenos Aires.

Malgré l'actualité hautement politique (1), un certain nombre de quotidiens lui rendaient hommage hier, lundi, à travers des articles brefs pour la plupart.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Infobae, quotidien en ligne de Buenos Aires
lire l'article de Los Andes (Mendoza est une province qui accueille à bras ouverts le tango qu'elle fait cohabiter avec la musique locale, la tonada)



(1) La droite du PRO est arrivée en tête des élections primaires à Buenos Aires. Le tiercé gagnant se compose du PRO, du parti radical et du Frente para la Victoria (majorité nationale de Cristina Kirchner). En tout cinq candidatures ou listes pourront concourir lors du triple scrutin de juillet pour élire un nouveau Chef de Gouvernement (à la tête de l'exécutif de la Ville Autonome de Buenos Aires), le renouvellement partiel de la Legislatura et les représentants du peuple dans les communes (un récent rouage de proximité de la gestion municipale). Aux trois partis de gouvernement du tiercé, s'ajoutent deux petites formations de gauche qui n'ont aucune chance d'arriver en tête de quoi que ce soit en juillet. Pour PRO, c'est l'actuel premier ministre portègne qui sera candidat à succéder à Mauricio Macri et pour le FVP, c'est l'actuel PDG de Aerolineas Argentinas, Mariano Recalde. Tout au long du mois d'avril, les primaires ont succédé aux primaires. A Salta, le FVP est arrivé en tête de toutes les propositions. A Santa Fe, le PRO est arrivé en tête. Quant à Mendoza, elle semble vouloir fermer la parenthèse FvP actuelle et revenir à ses amours radicales, comme au temps du gouvernorat de Julio Cobos. On verra en juin ou juillet selon les lieux ce qu'il en sera effectivement dans les résultats finaux.

jeudi 31 octobre 2013

Deuil à la Academia Porteña del Lunfardo [Actu]



José Gobello, le tout-puissant président de la Academia Porteña del Lunfardo, s'en est allé à l'âge vénérable de 94 ans lundi dernier. Grand lexicographe du lunfardo, c'était un essayiste reconnu pour son travail de promotion de cette langue typique de Buenos Aires.

Il était l'un des fondateurs de cette académie privée, avec le poète León Benaros.

Son premier travail, Lunfardía, était sorti en 1953 et avait connu, il y a quatre ans, une réédition-collector pour saluer ses 90 printemps (il était né le 26 septembre 1919).

C'est aussi un témoin de l'âge d'or du tango qui s'en va. Le vice-président de la Academia Porteña del Lunfardo, le poète Luis Alposta, lui rend hommage aujourd'hui dans son blog, Mosaicos Porteños, avec vidéo intégrée comme toujours.

Il va falloir maintenant observer quel chemin prendra l'institution, longtemps entravée par cette omni-présidence et quasi-empêchée de poursuivre son évolution en lien avec notre temps...

mardi 23 avril 2013

La Academia Porteña del Lunfardo fête son cinquantenaire au Cervantes [à l'affiche]


La Academia Porteña del Lunfardo, association privée qui ne dépend que des cotisations de ses membres, fête cette année les cinquante ans de sa fondation à Buenos Aires. Pour célébrer cet anniversaire, l'institution organise une grande soirée musicale au Teatro Nacional Cervantes, Libertad 815, dans le quartier de San Nicolás, le mercredi 24 avril 2013, à 20h30.

Entrée libre et gratuite.

Au programme, une première partie confiée à la Orquesta Nacional de Música Argentina Juan de Dios Filiberto, placée sous la direction des Maestros Atilio Stampone et Oscar De Elía, avec le chanteur Raúl Cardá et en seconde partie la cantate profane Los 7 Pecados Capitales (les sept péchés capitaux), de Luis Alposta (texte) (1) et Pascual Cholo Mamone (musique), une œuvre composée pour deux voix et un accompagnement de bandonéons...

La distribution est brillante :
La cantante sera présentée par Luis Alposta et Marcela Ciruzzi. Au bandonéon, Sebastián Zasali (que vous connaissez passablement) et au chant, Lulú et Roberto Messina (la première vous est connue elle aussi).

Les entrées (gratuites) peuvent être retirées à la Academia Porteña del Lunfardo, Estados Unidos 1379 (dans le quartier de Constitución), ou au théâtre (une heure avant la représentation).

Si vous vous trouvez à Buenos Aires, allez vous régaler... sans vous damner. Attention, le lunfardo a longtemps senti le soufre...


(1) Qui a signé la postface de Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, que j'ai publié en mai 2010 aux Editions du Jasmin.

lundi 5 décembre 2011

Feria del libro lunfardo y tanguero à la Academia Porteña del Lunfardo [à l'affiche]

Hier, dimanche 5 décembre 2011, s'est ouverte comme tous les ans à la même époque la Feria del Libro lunfardo y tanguero qu'organise la Academia Porteña del Lunfardo. Ce n'est pas moins de 40 activités qui sont proposées au public, avec entrée libre et gratuite, au siège de l'institution, Estados Unidos 1379, de 15h à 21h, jusqu'au 30 décembre prochain, avec relâche autour de Noël.

Salon du livre proprement (avec CD et DVD aussi), conférences, expositions de peinture et concerts, avec certains académiciens et d'autres artistes et auteurs invités.

L'entrée est libre et gratuite. Néanmoins tous ceux qui voudront participer aux frais à hauteur de 20$ et plus se verront offrir un livre sur le lunfardo, cadeau des Editions Corregidor, une des maisons ayant pignon sur rue à Buenos Aires en matière de recherche sur la culture populaire argentine.

mardi 4 octobre 2011

Présentation de Tango oculto de Silvana Boggiano à la Academia Porteña del Lunfardo [Disques & Livres]

Hier, à 19h30, à la Academia Porteña del Lunfardo, Estado Unidos 1379, dans le quartier de Constitución, était présenté le travail de recherche sur l'histoire du tango de Silvana Boggiano, Tango oculto, ese abrazo por venir, publié aux Editions Corregidor, il y a quelques mois.

Silvana Boggiano est la femme de l'auteur-compositeur-interprète Juan Vattuone, que les lecteurs de ce blog connaissent désormais fort bien. Elle est une spécialiste de littérature argentine, elle est aussi romancière et dramaturge. Son mari, ses deux belles-filles, la danseuse Julieta Vattuone et la chanteuse de rapp, Anita Vatt, participaient hier à la soirée de présentation.

Le livre était déjà là, au Festival de Tango de Buenos Aires, sur le stand de Corregidor.

Il s'agit d'un long travail de recherche (plusieurs années) sur le caractère contestataire du tango, sur la censure à laquelle il a été très souvent soumis et par laquelle il a trop souvent été contraint et sur les falsifications de l'histoire dont il a été l'objet, d'où ce titre de Tango oculto (tango caché, tango passé sous silence). La même chose est vraie de l'histoire générale de l'Argentine qui reste très manipulée par les puissances de l'argent (l'oligarchie), lesquelles cherchent à légitimer leur pouvoir en faisant dire à l'histoire ce qu'elles veulent qu'elle dise. Tango oculto participe donc au tournant actuel de la recherche en Argentine, une étape que les Argentins appellent revisionismo histórico (1) et qui est en train de dégager la connaissance du passé de l'instrumentalisation idéologique dont son étude était prisonnière jusqu'à il y a encore peu de temps et dont elle reste encore prisonnière dans les programmes scolaires mais peut-être plus pour très longtemps. Cette histoire, libérée de son instrumentalisation excessive (2), indique que l'Argentine est en train d'aborder une nouvelle étape de la constitution de son identité nationale puisqu'elle commence à pouvoir mettre en question les idées toutes faites, les images d'Epinal et les mythes fondateurs qui fédèrent les Argentins autour d'une appartenance commune. Et ce n'est pas un hasard si cela correspond aussi à une période florissante du tango, comme art vivant et comme objet d'études critiques de plus en plus poussées (3).

(1) Attention sur l'interprétation du terme revisionismo. Il s'agit du contraire de ce que nous appellons révisionisme en français d'Europe. En français, le révisionisme, c'est la négation du caractère criminel du régime hitlérien et de ses agissements, en particulier la destruction des juifs d'Europe. Lors que les Argentins mentionnent un revisionismo, ils désignent une opération d'aggiornamiento de la recherche historique, un changement de paramètres dans les grilles de lecture de l'histoire du pays. Il s'agit de se défaire d'une interprétation de la Revolución de Mayo (1810) et de ses suites tout au long du 19ème siècle, imposée par la classe dominante à partir des annéees 1860 et qui règne toujours dans l'enseignement primaire et secondaire. Cette interprétation, particulièrement tendancieuse, a été mise en forme par Bartolomé Mitre (1821-1906) qui, avec Sarmiento, avec Roca, voulait construire une Argentine victorienne, ultra-libérale et conduite entièrement par l'industrie et le commerce international libre-échangiste. Aussi avait-il lu l'histoire de son pays et de son indépendance dans le sens qui l'arrangeait. A deux reprises, dans l'histoire argentine, il y a eu des périodes où cette vision, presque sacrée, difficile à mettre en cause dans l'esprit même des habitants du pays, a commencé à être battue en brèche. Il s'agit des deux présidences radicales de Yrigoyen et de Alvear, entre 1916 et 1930, puis de la présidence de Perón (1946-1955), mais ces deux périodes ont été trop courtes pour que s'engage un véritable renouveau de la recherche historique. Ce qui éclosait a été tué dans l'oeuf par les deux coups d'Etat qui ont mis fin à ces deux expériences politiques qui ont cherché à désengluer l'Argentine de sa dépendance structurelle à l'Angleterre puis aux Etats-Unis. Depuis une bonne dizaine d'années, grâce à plus d'un quart de siècle de démocratie, on voit apparaître un profond mouvement intellectuel et universitaire qui se met à construire une autre histoire, une recherche rigoureuse, qui s'appuie sur les documents historiques, qui n'hésite pas à briser les tabous du mitrisme et qui arrive désormais peu à peu jusqu'au grand public à travers la radio, la télévision, Internet et les livres. Trois grands historiens se détachent du lot, Osvaldo Bayer et Norberto Galasso, octogénaires tous deux, et dans la génération suivante, Felipe Pigna, historien et grand homme de médias, qui tord le cou à toutes les légendes lénifiantes ressassées jusqu'à l'écoeurement par l'école primaire et secondaire.
(2) L'histoire est toujours peu ou prou instrumentalisée et voilée par le regard, politiquement déterminé, de l'historien lui-même. Mais l'historien qui fait vraiment de l'histoire tâche précisément d'être critique sur ses propres a priori et de ne pas les nier. L'histoire mitriste les nie et présente sa version du passé comme une vérité absolue, intangible au lieu comme une construction progressive et appelée à évoluer, ce qui est le propre de l'histoire critique, telle que l'Ecole des Annales en a institutionalisé le modèle dans les années 1930.
(3) Il n'est pas inutile de rappeler que ce vaste mouvement a ses précurseurs intellectuels, en particulier plusieurs penseurs du début et du milieu du 20ème siècle, comme Arturo Jauretche ou Raúl Scalabrini Ortiz. Quant à l'histoire critique du tango, le premier travail publié en la matière l'a été en 1960, par Horacio Ferrer, dont c'était le premier livre édité (El tango, su historia y evolución). On oublie un peu trop souvent ce que la recherche historique sur le tango lui doit. Dont acte !

lundi 13 décembre 2010

Le Salon du Livre Lunfardo est ouvert à la Academia Porteña del Lunfardo [Disques & Livres]

Depuis le 5 décembre et jusqu'au 30 de ce mois, tous les jours de 14 à 21h, se tient la traditionnelle Feria del Libro Lunfardo y Tanguero au siège de la Academia Porteña del Lunfardo, Estados Unidos 1379 (dans le quartier de Constitución).

Toutes les activités sont libres et gratuites. Des hommages sont prévus à plusieurs artistes, dont l'acteur, chanteur et danseur Tito Lusiardo (une grande vedette des années 30 et 40) et le poète Evaristo Carriego (qui n'a pourtant que fort peu employé le lunfardo en tant que tel, qu'il a d'ailleurs peu connu, puisqu'il est décédé en 1912, une trentaine d'années seulement après l'apparition de ce phénomène linguistique propre au Río de la Plata et surtout aux faubourgs de Buenos Aires).

Ventes de livres, CD et DVD. Projections de films. Présentations d'ouvrages divers et variés. Et quelques spectacles dans le salon Nicolás Olivari.

Bonus commercial : pour toute dépense supérieure à 100$ (le même jour), il sera remis un cadeau (un livre ou un CD).

Dimanche prochain à 18h, le 19 décembre, il y aura en particulier un concert où vous pourrez retrouver (si vous vous trouvez à Buenos Aires en ce moment) plusieurs des artistes dont ce blog vous parle souvent : le duo Púa abajo (composé par les guitaristes Leandro Coratella et Angel Colacilli) et l'auteur-compositeur-interprète Lucio Arce...

mardi 5 janvier 2010

Sur De Pungas y gayola de Hernán Sotulo : présentation par Luis Alposta. Article n° 1100 [Disques & Livres]

Pour ce numéro 1100 de Barrio de Tango, voici, comme je l’avais annoncé il y a quelques jours, en décembre, une allocution, très légèrement allégée, prononcée par Luis Alposta, lorsqu’il a présenté le livre de Hernán Sotulo le 12 décembre dernier, à la Foire du Livre lunfardo et tanguero qui s’est tenue tout au long du mois dernier à la Academia Porteña del Lunfardo (voir mon article précédent sur cette présentation).

Pour être tout à fait honnête, je me dois d’ajouter que ce n’est pas par hasard que je publie cet article à cette place-là. Certes, il y avait l’actualité assez intense du mois de décembre dernier. Certes, je n’ai reçu le texte de cette causerie que le jour même où Luis la prononçait, il a dû me l’envoyer juste avant de prendre sa voiture pour traverser tout Buenos Aires et se rendre à l’Académie... Néanmoins, cet article était prêt hier et j’ai choisi de vous le présenter aujourd’hui, en guise de remerciement à Luis Alposta, qui m’a fait l’honneur et l’amitié de postfacer l’anthologie de tango que je vais très prochainement sortir aux Editions du Jasmin. Dans les prochains jours, je vous en dis plus sur le contenu de cet ouvrage, sa date prévisible de parution et les modalités d’achat par souscription qui pourraient vous intéresser...
D’ici là, la parole est au Maestro. Attachez vos ceintures, on décolle !

El tango es, esencialmente, un arte de síntesis [...] una novela existencial musicalizada [...] sin necesitar para eso más de dos o tres minutos.
Y puede ser, también, dentro de la universalidad temática que nos ofrece en sus letras, crónica policial y catálogo de ilícitos, que van desde la prostitución al homicidio, desde la tentativa a la reincidencia y desde el robo a la cárcel, como lo viene a demostrar este libro de Hernán Sotullo, que hoy presentamos.

Le tango est, par essence, un art de la synthèse [...], un roman existentiel mis en musique [...] sans que cela nécessite pour autant plus de deux ou trois minutes.
Et il peut être aussi, à l’intérieur de l’universalité thématique qu’il nous offre dans ses textes, une chronique et un catalogue de faits illicites, qui vont de la prostitution au meutre, de la tentative à la récidive et du vol à la prison, comme arrive à le démontrer ce livre de Hernán Sotulo que nous présentons aujourd’hui
.

Una obra en la que nuestro amigo, recientemente incorporado a la Academia Porteña del Lunfardo, como miembro de ella, en calidad de académico correspondiente en Trenque Lauquen, su ciudad natal, analiza con solvencia y en prosa coloquial, la presencia y tratamiento de los más variados delitos y contravenciones en las letras de tango.

Un ouvrage dans lequel notre ami, récemment admis au sein de la Academia Porteña del Lunfardo, en qualité de correspondant à Trenque Lauquen, sa ville natale, analyse avec pertinence et en prose de tous les jours, la présence et la manière de traiter des crimes et délits les plus variés dans les textes de tango.

Tangos y poemas lunfardos en los que se vincula al amor con el sufrimiento, hasta el extremo de considerarlo un padecimiento natural, casi virtuoso, en el que el dolor es aceptado como prueba inexorable de su intensidad.
El amor asociado con la carencia y el sufrimiento, algo que heredamos de Platón, que identificó el amor con el deseo y el deseo con la ausencia de todo aquello que no tenemos y ambicionamos.

Tangos et poèmes lunfardos dans lesquels l’amour se marie à la souffrance, jusqu’au point ultime de considérer qu’il s’agit d’une souffrance naturelle, presque vertueuse, en quoi la douleur est accepté comme preuve inexorable de son intensité.
L’amour associé à la carence et à la souffrance, quelque chose que nous avons hérité de Platon, qui identifiait l’amou au désir et le désir à l’absence de cela même que nous n’avons pas mais ambitionnons d’obtenir.

Pero las historias que más predicamento han tenido en las letras que aquí se citan y analizan, son las que entienden el amor como una enfermedad, como una forma de locura, que vincula el eros con la pasión y el enamoramiento y que presupone tanto la completa pasividad del amante engañado que sólo atina a preguntar: - ¿Quien sos, que no puedo salvarme,...?, como el impulso irrefrenable de aquel otro que, sin más vueltas, trenzó sus manos en el cogote de aquella perra, o el que se presentó espontáneamente facilitando el trámite policial y el del juez, llevando, en su maleta, las pruebas del doble homicidio que acababa de perpetrar.

Mais les histoires qui ont eu plus de prégnance dans les textes de tango qui sont cités et analysés dans ce livre, sont celles qui entendent l’amour comme une maladie, comme une forme de folie, qui lie l’éros d’une part et la passion et le fait de tomber amoureux de l’autre et qui suppose autant la complète passivité de l’amant trompé qui n’ose que demander : "Qui es-tu, que je ne puisse pas m’en sortir ?" (1) que la pulsion qu’il ne peut refreiner de cet autre qui, sans autre forme de procès, "tressa ses mains au cou de cette garce" (2) ou celui qui se présenta spontanément facilitant ainsi la procédure policière et celle du juge, apportant, dans sa valise, les preuves du double homicide qu’il venait de commettre (3).

La mayoría de los homicidios que nos relata el tango son cometidos por individuos que caen presos en redes de pasiones negativas: temor, odio, furia, ansiedad, celos, resentimientos.
Historias que se cantan. Algo que no debe extrañarnos, dado que, si bien la mayoría de la gente no ha matado a nadie, no son pocos los que suelen leer los obituarios con placer.

La majorité des homicides que nous raconte le tango sont commis par des individus que se retrouvent prisonniers de passions négatives : la peur, la haine, la fureur, l’ambition, la jalousie, le ressentiment. Des histoires qui se chantent. Quelque chose qui ne doit pas nous surprendre, étant donné que, si bien entendu la majorité des gens n’a jamais tué personne, les personnes qui prennent plaisir à lire les chroniques mortuaires ne sont pas peu nombreuses.

Y Hernán Sotullo, hombre vinculado al Derecho, analiza también los tangos que aluden al “oficio más viejo del mundo”, haciendo referencia a los edictos policiales que ya no son y al Código Contravencional. Letras que nos hablan del engaño, la trampa, la vileza y la corrupción. La crueldad y el sometimiento. Tangos como “Milonguita”, “Esclavas blancas”, “Carne de cabaret” y muchísimos más. Y la Migdal. Una historia que, en su momento, produjo un resonante escándalo y puso de relieve los entretelones más aberrantes de la prostitución legalizada.

Et Hernán Sotullo, homme qui a des liens avec le Droit, analyse aussi les tangos qui font allusion au métier le plus vieux du monde, faisant références aux édits de police qui n’existent même plus dans le Code Pénal. Des textes qui nous parlent de l’escroquerie, du guet-apens, de la bassesse et de la corruption. La cruauté et la soumission. Tangos comme Milonguita, Esclaves blanches, Chair à Cabaret et tant d’autres. Et la Migdal (4). Une histoire qui en son temps a provoqué un scandale retentissant et a mis en lumière les coulisses les plus aberrantes de la prostitution légalisée.

Y aquí viene a cuento recordar que, del cruce entre papjerosi (cigarrillo en polaco) y papusa (mujer hermosa en lunfardo), se originó la voz papirusa, con el significado de mujer joven, hermosa y coqueta.
Digamos de paso que la expresión tirar la chancleta encuentra su origen dentro del mismo ámbito. La pupila se asomaba al vestíbulo vestida con batón y sandalias. Por cada cliente que atendía debía descalzarse, tirando la chancleta. La frase en sentido lato, significa rendirse al acto sexual, capitular, entregarse.
Y de aquellas desdichadas, de las que se decía que eran mujeres alegres o de vida alegre, tal vez provenga la palabra grela como una deformación del adjetivo.

Il convient ici de rappeler que du croisement entre papjerosi (cigarette en polonais) et papusa (jolie femme en lunfardo) vient le mot papirusa, qui signifie femme jeune, belle et coquette. (5)
Disons au passage que l’expression
tirar la chancleta (jeter la galoche) trouve son origine dans le même milieu. La pensionnaire se montrait dans le vestibule vêtue d’une blouse et en sandale. Pour chaque client dont elle s’occupait, elle devait se déchausser, en jetant ses galoches. La phrase, au sens figuré, signifie s’adonner à l’acte sexuel, capituler, se rendre.
Et de ces malheureuses, dont on disait qu’elles étaient des filles de joie (
alegre) ou des filles de vie légère, il se pourrait que provienne le mot grela (fille), comme déformation de l’adjectif alegre. [...]

Y está también El penado 14, que murió haciendo señas, un hecho que, por asociación, me remite al lenguaje de señas que en el mundo del hampa se impone como lengua secreta.
Hablando de este tema, ya que el título del libro alude a la gayola, Edmundo Rivero, que cantó [...] en casi todas las cárceles de Buenos Aires, solía traer a cuento estos ejemplos: pasarse la mano por la solapa quiere decir: ¡Ojo, viene la cana!; pasarse el dedo por la mejilla o rascársela, significa “Cuidado, el tipo que tenés al lado es un batidor”. Pasarse el dorso de la mano por la mejilla de arriba abajo quiere decir “ese tipo es un cara afeitada, un cara lisa, un cafishio o explotador de mujeres”. Una vez, en una cárcel, Rivero le preguntó a un interno por qué estaba allí. Y la respuesta fue la siguiente: “¡Dequerusa, La Prensa!” y dejó de hablar. Lo que ocurrió fue que en ese momento pasaba un guardián, y se dio cuenta de que estaba siendo vigilado. El preso había querido decir: ¡Cuidado, el guardián! Y lo de Prensa, porque lo informa todo.

Et celui-ci aussi : El penado 14 (le condamné n° 14), qui est mort en faisant des signes, un fait qui, par association d’idées, me renvoie au langage des signes que le milieu s’impose comme langue secrète.
Et puis que nous parlons de ça et que le titre du livre fait allusion à la gayola (le trou, la cabane, la tôle), Edmundo Rivero
(6), qui s’est produit [...] dans presque toutes les prisons de Buenos Aires, rapportait souvent ces exemples : se passer la main sur le revers veut dire "Attention, voilà le maton qui s’amène !" se passer le doigt sur la joue ou se gratter la joue : "attention, le type à côté de toi est un cafard !". Se passer le dos de la main sur la joue de haut en bas veut dire : "ce type est un "visage bien rasé", un "visage lisse", un exploiteur de femmes". Une fois, dans une prison, Rivero a demandé à un détenu pourquoi il était là. Et la réponse fut la suivante : "Fais gaffe ! La Presse !" (7) et il arrêta de parler. Ce qui s’était passé, c’est qu’à ce moment-là un gardien était passé et qu’il s’était rendu compte qu’il était en train de surveiller. Le prisonnier avait voulu dire : "attention ! Le gardien !" Et La Prensa, c’était parce qu’il rapportait tout.

Pero… estaba hablando del libro de Sotullo [...]
Es esta una notable recopilación [que] no excluye a la protesta, traduciendo situaciones sociales que mucho tienen que ver con la justicia o el Derecho mismo.
Y el clásico ejemplo de “Dios te salve m’hijo”, en el se enfatiza en la violencia de las prácticas electorales, la crisis económica, el delito relacionado con la miseria, y la represión del movimiento obrero.
Y como contrapartida, el fraude y la estafa, cuya figura emblemática en el tango esta dada por el ruso Stavisky que dejó un tendal en Francia y el registro indeleble de su nombre en la letra de Cambalache. El mismo Alexander Stavisky que, a comienzos de la década del veinte regenteaba en París el cabaret Sans Souci, en el que por las tardes solía actuar la orquesta de Manuel Pizarro.

Mais j’étais en train de parler du livre de Sotulo [...]
C’est une remarquable compilation [qui] n’exclut pas la protestation, traduisant des situations sociales qui ont beaucoup à voir avec la justice ou le Droit lui-même.
El l’exemple classique est celui de
Dios te salve m’hijo (Dieu te sauve, mon petit) qui insiste sur la violence des pratiques électorales, la crise économique, la délinquance liée à la misère et la répression du mouvement ouvrier (8).
Et en contrapartie, la fraude et l’escroquerie, dont la figure emblématique dans le tango est offert par le "ruso Stavisky" (9) qui laissa ses os en France et le souvenir indélébile de son nom dans le texte de Cambalache (10). Ce même Alexandre Stavisky qui, au début des années 20, dirigeait à Paris le cabaret Sans Souci, où le soir venu se produisait régulièrement l’orchestre de Manuel Pizarro. (11)

En este libro desfilan todos. Desde el que anda escabio, se droga o levanta juego, hasta el que mata en duelo porque le insultaron a la madre [...]
Un libro en el que se nos enseña que entre la estafa y el abuso de confianza hay un antes y un después a tener en cuenta, al igual que entre la participación y el encubrimiento.
En síntesis: se trata de una versión tanguera y lunfa, documentada al mango, de las principales figuras del código penal, escrita por Hernán Sotullo, un predestinado a cursar Derecho Romano por ser hijo de Tito Livio y que, por ser nieto, hijo y hermano de escribanos, es alguien que está acostumbrado a dar fe de lo que dice y escribe.
Luis Alposta
Academia Porteña del Lunfardo

Dans ce livre, ils défilent tous. Depuis celui qui ne marche pas droit, qui se drogue ou qui joue gros jeu jusqu’à celui qui tue en duel parce qu’on a insulté sa mère [...]
Un livre où on vous montre qu’entre l’escorquerie et l’abus de confiance, il y a un avant et un après dont il faut tenir compte, comme entre la participation et l’obstruction.
En résumé : il s’agit d’une version tanguera et lunfa, documentée aux petits oignons, des principales figures du code pénal, écrite par Hernán Sotulo, qui était prédestiné à étudier le Droit romain puisqu’il est fils de Tite Live et que, pour être petit-fils, fils et frère de notaires, c’est quelqu’un qui a l’habitude d’attester de ce qu’il dit et de ce qu’il écrit.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

(1) Citation de Secreto de Enrique Santos Discépolo. Ecouter Secreto chanté ici par Carlos Gardel.
(2) Citation de Dicen que dicen, letra de Alberto Ballestero et musique de Enrique Delfino.
(3) allusion à A la luz del candíl où le gaucho Alberto Arenas qui a tué sa compagne et l’amant de celle-ci, apporte au commissariat où il se constitue prisonnier et avoue son crime, le coeur du type et les cheveux de la fille !!! Ecouter A la luz del candíl chanté par Carlos Gardel.
(4) La Migdal était une fausse association cultuelle juive qui animait une fausse synagogue où un faux rabbin célébrait de faux mariages, le tout pour couvrir une vraie traite des blanches, dont étaient victimes de jeunes juives qu’un réseau de proxénètes faisait venir de Pologne en Argentine sous prétexte de les marier avec de jeunes juifs immigrés, avec l’aide de marieurs et marieuses véreux, en s’appuyant sur l’obligation religieuse du mariage pour les juifs pratiquants. Le réseau est tombé, grâce au courage d’une prostituée, Raquel Lieberman, qui a dénoncé les faits à la police. Plusieurs musiciens, tous juifs, ont dédié des tangos à Raquel Lieberman pour la remercier de son action de sauvetage de tant et tant de ses correligionnaires.
(5) les yiddishophones vous diront eux que le mot papirusa vient du yiddish papirojsn (lui-même certainement apparenté au mot polonais déjà cité, ne serait-ce que par la promiscuité qui existait alors entre chrétiens et juifs dans la Pologne de la fin du 19ème et du début 20ème siècle).
(6) Edmundo Rivero, célèbre chanteur, guitariste et compositeur de tango, dont Luis Alposta fut très ami et qui se dépensa beaucoup en défense du lunfardo et de l’authentique tango populaire. Edmundo Rivero est le fondateur de El viejo almacén, celui d’avant, qui n’avait pas grand chose à voir avec le cena-show très touristique qui occupe le même lieu sous le même nom commercial aujourd’hui.
(7) Ici, Luis Alposta cite le titre d’un quotidien qui existe toujours : La Prensa. Un journal qui est plusieurs fois mentionné dans les tangos et qui est traditionnellement le porte-parole de la classe possédante argentine. Ce pourquoi il est pris à parti par les auteurs de tango, bien sûr. Mais on peut aussi entendre la prensa avec une minuscule, c’est-à-dire l’ensemble de la presse en général. Auquel cas il faudrait traduire en français Les canards, comme dans le Tango interminable des Perceurs de Coffres-Forts, de Boris Vian et Jimmy Walter, immortalisé par les Frères Jacques....
(8) Luis décrit ici ce qui se passait sous la Década Infame, une série de gouvernements anti-constitutionnels qui se mit en place pour 13 longues années après le coup d’Etat du 6 septembre 1930 qui renversa le président Hipólito Yrigoyen. Du 6 septembre 1930 au 4 juin 1943, on vit tout ce que des dictatures diverses et variées peuvent inventer pour faire taire le peuple, couvre-feu et arrestations arbitraires, bourrage des urnes et violences sur les électeurs aux alentours des bureaux de vote pour qu’ils comprennent bien comment voter...
(9) ruso a deux sens à Buenos Aires et dans le deuxième sens, il est strictement intraduisible (surtout ici) en français : ruso peut vouloir dire russe (si vous parlez de Vladimir Poutine ou des choeurs du Bolchoï), sinon ça veut dire juif. Mais le terme ruso (dans le sens de juif, comme c’est le cas ici) ne présente aucun caractère raciste ni anti-sémite ni méprisant et dans le contexte présent, il est impossible, en français, de parler du "Juif Stavisky" sans induire ipso facto une ignoble et immonde coloration raciste totalement absente de la pensée et du coeur de Luis Alposta, surtout si le lecteur se souvient combien le scandale qui porte le nom de cet escroc alimenta l’anti-sémitisme virulent de l’extrême-droite française jusque la découverte des camps de concentration nazis à la Libération. L’Argentine et la France (la Belgique et la Suisse sont à peu près à la même enseigne qu’elle sur ce point) n’ont pas la même histoire. Les mêmes mots ne résonnent donc pas de la même manière. A Buenos Aires, appeller ruso un juif, c’est très amical et très cordial, c’est même très affectueux, surtout sous la forme du diminutif rusito. Comme à chaque fois qu’on appelle quelqu’un par un terme lié à son origine : tano (italien), francesito (français), alemán, turco avec son diminutif turquito (arabe en général et plus couramment syrien ou libanais), polaco (polonais), gallego ou vasco (espagnol), pour ne pas citer negro (qu’il ne faut jamais traduire par nègre et pas toujours par noir), même si le mot prend bien sûr racine dans la présence des noirs sur le sol argentin du fait de l’esclavage sous l’Empire colonial.
(10) célèbre tango de Enrique Santos Discépolo. Ecouter Cambalache chanté ici par
Adriana Varela
(11) Bandonéoniste et compositeur de tango qui passa la majeure partie de sa vie en France, après y avoir été envoyé par un impresario véreux, Alejandro (Alexandre) Lombart, un Marseillais établi à Buenos Aires et qui y dirigeait l’autre grand réseau de traite des blanches qui concurrençait la Migdal, un réseau qui amenait des Françaises en Argentine pour alimenter en chair fraîche divers bordels portègnes et approvisionner en milongueras appétissantes et exotiques le cabaret El Tabaris, sur la rue Corrientes, l’établissement le plus sélect (et le plus cher) du genre dans toute la ville et que dirigeait Lombart lui-même à qui cet établissement chic servait de couverture légale. Manuel Pizzaro avait débarqué à Marseille, en 1923, pour jouer, pour un cachet de misère, dans le cabaret du petit frère Lombart, le Tabaris de Marseille. Il parvint à quitter la cité phocéenne au bout d’un an et monta alors à Paris, où il joua donc au Sans Souci et au Garrón (dont j’ai déjà parlé ailleurs, à l’occasion d’un billet de Luis sur Noticia Buena, dans le cadre de Mosaicos Porteños). Manuel Pizarro (1895-1982) s’est éteint, en France, à Nice, où il vivait retiré depuis plusieurs années. Luis Alposta l’a connu lors d’un de ses séjours à Buenos Aires dans les années 70.

jeudi 24 décembre 2009

Et un petit Luis Alposta des familles pour fêter Noël ! [Troesmas]

Cela faisait longtemps que je n’avais pas renvoyé les lecteurs de ce blog au site de Marcelo Villegas et pourtant il en a eu, des trucs chouettes, pendant tout ce temps...

Depuis avant-hier, vous pouvez voir sur la page de Mosaicos Porteños que tient le poète Luis Alposta sur ce site un petit hommage à la Academia Porteña del Lunfardo, avec une photo légendée des membres de cette institution très particulière prise en pleine rue et presque au grand complet le 8 décembre 1973, un jour d’été où il ne pleuvait pas sur Buenos Aires (aujourd’hui, en revanche, il tombe des hallebardes).
En prime, vous pourrez écouter Edmundo Rivero vous chanter Poema numero cero (Poème n° 0), un poème de Luis que le chanteur avait mis en musique et qu’il interprète en s’accompagnant lui-même à la guitare comme il aimait le faire souvent :
Puedo escribir les versos mas lunfas esta noche...

Cette nuit, je peux écrire les vers les plus lunfardos...

Pour écouter ce morceau, voir la photos et mettre enfin des visages sur plusieurs noms, cliquez sur le lien.
A ne pas séparer de la conférence de Luis Alposta sur le lunfardo et dont j'ai traduit de larges extraits dans mon article n° 900, publié le 20 octobre 2009 : Au sujet du lunfardo.
Attention : comme toujours, cette page est fréquemment renouvelée. D’ici 15 jours, il est probable que le même clic vous conduira sur un autre contenu, mais toujours signé Luis Alposta.

samedi 12 décembre 2009

Présentation du nouveau recueil de poème de Héctor Negro [Disques & Livres]

Ce sera mardi 15 à 18h30 à la Academia Porteña del Lunfardo, Estados Unidos 1379, dans le cadre de la Foire aux Livres de tango et de lunfardo, que sera présenté le tout nouveau livre du poète Héctor Negro : Cantaré hasta el fin (je chanterai jusqu'à la fin).
L'introduction sera confiée à Marcelo Oliveri, l'éditeur, dont j'ai déjà eu l'occasion de vous parler à l'occasion de la réédition de Lunfardía, pour les 90 ans de son auteur, le président de la Academia, José Gobello, fin connaisseur du tango et letrista à ses heures perdues.

La présentation elle-même sera faite par le poète Alejandro Szwarcman, que vous connaissez aussi pour plusieurs articles qui lui ont été consacrés dans Barrio de Tango.
Héctor Negro sera présent lors de cette conférence et il lira lui-même quelques uns des poèmes du recueil. Le chanteur Carlos Varela en interprétera de son côté plusieurs tangos.

A ne pas louper.

Présentation ce soir du livre de Hernán Sotullo par Luis Alposta [Disques & Livres]

Couverture du livre, envoyée par Luis Alposta

Luis Alposta, qui joue les correspondants permanents à Buenos Aires pour Barrio de Tango, tandis que Solange Bazely endosse de temps à autre la tenue d'envoyée spéciale, malgré un agenda particulièrement chargé, le poète Luis Alposta, disais-je, présentera aujourd'hui l'étude que Hernán Sotullo a consacré au thème des voyous (pungas, en lunfardo) et de la prison (gayola, en lunfardo) dans le tango et dans le lunfardo.
Cette présentation a lieu aujourd'hui, 12 décembre 2009, à la Academia Porteña del Lunfardo où se tient la Foire du livre de tango et de lunfardo jusqu'au 30 décembre prochain (lire mon article à ce sujet).

En même temps qu'il m'a envoyé la photo de la couverture, Luis m'a aussi fait parvenir le texte de son allocution. Mais avec le décalage horaire entre nos deux pays et mon travail salarié pendant la semaine (ce blog n'ayant pas plus que mes futurs bouquins vocation à être mes gagne-pain), je n'ai guère le temps de vous traduire dès aujourd'hui cette conférence in extenso. En revanche, à partir du 25 décembre, les Portègnes vont partir en vacances d'été, ils vont se ruer sur les plages de Mar del Plata ou de Bahía Blanca ou aller prendre un bol d'air pur du côté de Córdoba, Mendoza, San Luis ou Bariloche. De toute manière, les artistes de tango vont déserter Buenos Aires et la livrer aux touristes. Donc là, j'aurai, peut-être, le temps de mener cette tâche à bonne fin. Même si une précédente conférence de Luis Alposta m'a offert la matière de mon article n° 900, celle-ci pourrait faire à nouveau un joli sujet pour l'article 1100 qui devrait se présenter en janvier (celui-ci est le n° 1048). Comme dirait l'autre, quand on aime, on ne compte pas.

D'ici là, je vous explique seulement que la couverture fait allusion à un poème lunfardo de Carlos de la Púa (1898-1950), Linea 9, dont le chanteur et compositeur Edmundo Rivero avait fait une milonga en le mettant en musique. Et voyez comme tout se tient : Luis Alposta, grand ami d'Edmundo Rivero, qui a mis en musique plusieurs de ses poèmes, a très bien connu également ce poète majeur que fut Enrique Cadícamo, dont Carlos de la Púa, dit aussi El Malevo Muñoz (dont le vrai nom était Carlos Muñoz del Solar) (1) était un ami personnel très proche. Lui-même, Luis, a beaucoup travaillé sur le rôle de la prison et du milieu dans la genèse du lunfardo. Avec Daniel Melingo, il a reconstitué de nombreux poèmes de Andrés Cepeda (1878-1912), qu'on a appelé le poète de la prison, parce qu'il passait le temps lors de ses incarcérations à écrire des poèmes, très beaux soit dit en passant. Le type, qui passe pour le Villon argentin, quand il ne faisait pas de mauvais coups était un payador (improvisateur de vers et de musique ambulant, à travers villes et campagnes). Avec Daniel Melingo aussi, Luis a travaillé sur une série de tangos qui vont chercher dans le rébétiko grec des sources communes aux deux genres : la délinquance comme réponse sociale à la répression des possédants, l'univers carcéral, les solidarités louches, l'homosexualité d'occasion, la contestation par la violence... (2)

Voici de Linea 9 et traduits par mes soins le quatrain du début et le quatrain de fin :

Era un boncha** boleao, un chacarero,
que se tomó aquel nueve en el Retiro;
nunca vieron esparos y lanceros
un gil al acuarela más a tiro.
Carlos de la Púa
(les mots suivis d'une double astérisque sont en verlan)

C’était un cheman**, une bûche, un vrai jacques ;
Qui se prit ce bon vieux tram 9 au Retiro
; (3)
Jamais pickpockets ni guetteurs ne virent
Crétin des Alpes plus à portée de main
.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Era un bondi de línea requemada,
con guardia batidor, cara de rrope;
si no saltó cabrón por la mancada
fue de chele** nomas, de puro dope**.
Carlos de la Púa

C’était un tram d’une ligne mal fréquentée,
Le contrôleur était une balance à gueule de faux-derche ;
S’il n’a pas sauté, l’air fin, pris la main dans le sac.
Ce fut un coup de bol, c’est tout, la vraie karaba**
.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

La milonga Linea 9, vous pouvez l'entendre chantée par Edmundo Rivero dans le double CD En Lunfardo, Edmundo Rivero, qui est la réédition de deux disques enregistrés respectivement en 1963 et 1967 et sortis tous deux chez Philips (dont le catalogue a été racheté par Universal). Les pochettes originales arboraient des dessins de Juan Carlos Castagnino, un grand peintre dont on peut maintenant visiter l'atelier-domicile dans le quartier de San Telmo (la maison est devenue un musée), et une présentation signée du grand écrivain argentin Ernesto Sábato. La réédition est présentée par Oscar del Priore (et ce n'est pas mal non plus).

Voilà ! Maintenant, vous avez au moins deux idées originales pour vos cadeaux de Noël ! Un disque et un livre.

Et puis pour faire le lien avec le Retour sur images que je publiai hier (grâce à Solange Bazely) sur le concert qui a marqué, le 2 décembre dernier, à Buenos Aires, les 40 ans de la création de Balada para un loco, voici ce que m'en a dit Luis Alposta le lendemain :

Esta noche [...] estuvimos en los festejos por el 40° Aniversario de "Balada para un loco", que se realizó en el anfiteatro del Parque Centenario.
Actuaron la Orquesta del Tango de Buenos Aires; invitados: Pablo Agri, Amelita Baltar y, por supuesto, Horacio Ferrer.
Bailarines: Paola Parrondo y Víctor Nieva.
El espectáculo duró dos horas y fue realmente algo ¡fantástico! ¡Gran éxito de público! A Horacio se lo veía feliz.
Luis Alposta

Cette nuit [...] (4) nous sommes allés à la fête pour le 40ème anniversaire de Balada par un loco, qui s'est tenu à l'Amphithéâtre du Parc Centenaire.
Se sont produits la Orquesta de Tango de Buenos Aires, avec pour invités, Pablo Agri, Amelita Baltar et, bien sûr, Horacio Ferrer.
Les danseurs étaient Paola Parrondo et Víctor Nieva.
Le spectacle a duré deux heures et ça a été réellement un truc fantastique ! Un public énorme. Horacio, on voyait qu'il était heureux
.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Luis Alposta a déjà envoyé ses voeux pour 2010 : ce sont les mêmes qu'en 2009. Changez juste le millésime. Son portrait ahurissant de Carlos Gardel, en trois ou quatre traits en tout et pour tout... (voir mon article du 31 décembre 2008).

(1) Carlos de la Púa, cela veut dire Carlos de la pointe, de l'aiguille, du dard. C'est-à-dire qu'il pique, qu'il égratigne ou qu'il trucide à l'arme blanche. Le contraire du gentil. Et El Malevo Muñoz comme l'ont surnommé ses amis, cela veut dire Muñoz le Voyou (au deux sens du terme : un homme du peuple mal élevé et un hors la loi). Et de fait, le type n'était vraiment pas sortable, une sorte de Serge Gainsbourg (la dégaine aussi, en plus armoire à glace) qui n'aimait rien tant que provoquer par son comportement et ses propos les bien-pensants et se faire poil à gratter d'une société portègne corsetée dans des a priori de respectabilité et des rêves d'embourgeoisement que lui haïssait de toutes ses forces.
(2) voir l'article que j'ai consacré à une autre conférence de Luis Alposta, sur le lunfardo, prononcée à Rosario en septembre dernier et que je vous ai traduite en octobre.
(3) Retiro : un quartier de Buenos Aires, dont je parle assez souvent dans mes articles. C'est à Retiro que se trouve la Biblioteca Café où aura lieu demain le récital de Lucio Arce. C'est aussi le quartier de la gare sans doute la plus importante de Buenos Aires, donc un noeud de communication avec métro, bus et anciennement lignes de tram.
(4) Luis me citait là les personnes qui l'accompagnaient, sa femme, l'un de leurs enfants et un couple d'amis.

vendredi 4 décembre 2009

6ème Salon du Livre Lunfardo à la Academia Porteña del Lunfardo [Disques & Livres]

Du dimanche 6 (après-demain) et jusqu’au 30 décembre inclus, la Academia Porteña del Lunfardo, Estados Unidos 1379, sera le siège du 6ème Salon du livre lunfardo et tanguero (Feria del libro lunfardo y tanguero), tous les jours de 14h à 22h avec spectacles, présentations de livres, conférences, hommages et ventes. Vous pouvez donc aller y faire un tour et vous renseigner sur place sur le programme exact.
La Academia Porteña del Lunfardo n’est pas au top du top pour ce qui est de l’organisation de sa communication, ce qui est bien dommage parce que cela rend très peu visibles à l’extérieur les travaux des honorables membres de cette institution présidée par José Gobello, essayiste réputé et auteur de nombreux dictionnaires parmi les meilleurs en la matière.
Vous pouvez visiter le site Internet de l’Académie dont j’ai installé le lien dans la rubrique Les institutions, en partie inférieure de la Colonne de droite, mais ne soyez pas trop surpris : le site n’est pas tenu à jour. Tout ça pour vous dire qu’au bout du bout du compte, vous n’avez pas guère le choix : c’est pedibus jambus (1). Ou coup de bigophone (2) pour vous rancarder (3) avant.

(1) pedibus jambus : seudo latin. Significa "caminando", "de a pie".
(2) bigophone : francés popular para "telefono" (en francés téléphone)
(3) se rancarder : argot parisino para "informarse" (en francés s’informer).

vendredi 17 juillet 2009

Réédition de Lunfardia pour les 90 ans de son auteur [Disques et Livres]

Le grand spécialiste du lunfardo, José Gobello, actuel Président de la Academia Porteña del Lunfardo, va fêter ses 90 printemps le 26 septembre prochain.
A cette occasion, l’éditeur Marcelo Olivieri, lui-même membre de la Academia Porteña del Lunfardo, réédite le livre que Gobello fit paraître en 1954, le premier livre systématique sur le phénomène linguistique qu’est le lunfardo : Lunfardía.

En l’occurrence, il s’agira d’une édition limitée, avec des prologues de Horacio Ferrer et de Oscar Conde, et dont les 90 exemplaires seront signés et numérotés par l’auteur.
Il est possible de réserver son exemplaire auprès de l’éditeur, au prix de 65 $ l’unité, ce qui en fait un objet de luxe au regard des prix locaux.

Pour réserver auprès de l’éditeur, cliquez ici.

Pour en savoir plus sur José Gobello, cliquez sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, sous le titre de l’article. Barrio de Tango compte déjà quelques articles sur lui.
Pour en savoir plus sur ce qu’est le lunfardo, cliquez sur le mot-clé lunfardo dans le bloc Pour chercher et sur le raccourci Jactance & Pinta dans la rubrique Les grandes avenues, de la Colonne de droite de ce blog (en partie supérieure de la Colonne).

mardi 23 décembre 2008

Feria del libro lunfardo y tanguero [à l'affiche]

Du 7 au 30 décembre, la Academia Porteña del Lunfardo (Estados Unidos 1379) organise de 14h à 22h tous les jours (avec relâche le 24 et le 25) sa 5ème édition de la Feria del Libro Lunfardo y Tanguero, un Salon du livre lunfardo consacré au tango. Présentations de différents livres, de nouveaux disques, conférences, projections cinématographiques, concerts...
Bref, un vrai festival !

La Academia porteña del Lunfardo est une association de droit privée, qui vit principalement des cotisations de ses membres. Elle propose au grand public tout un programme de conférences. Elle est un centre de recherche sur le langage populaire de Buenos Aires (le lunfardo, d'origine argotique, apparu avec le début de la grande migratoire, dans les années 1880). La Academia dispose d'une bibliothèque couvrant tout le domaine du lunfardo et du tango, d'environ 400 volumes, et quelque 4500 partitions (pas mal quand même pour un art, le tango, qui compte tout juste un peu plus d'un siècle d'existence !)

Entrée libre et gratuite pour la quasi-totalité des activités (comme si souvent à Buenos Aires).
Présentation de Eramos tan hippies (nous étions si hippies), un livre que Marcelo Olivieri consacre à l'histoire du rock argentin. Marcelo Olivieri est l'un des fondateurs de la Academia (en 1962), c'est aussi un éditeur spécialisé dans le domaine des idiosyncrasies portègnes. Au début de cette année, il a co-signé (et publié) avec le Président de la Academia, José Gobello, un nouveau dictionnaire du parler de Buenos Aires (Nuevo diccionario del habla porteño). La conférence fut suivie d'un hommage à Edmundo Rivero, grand chanteur, grand compositeur, fondateur de la tanguería Viejo Almacén (esq. Balcarce y Independencia), grand défenseur du lunfardo s'il en fut. C'était le mercredi 10 (avec une participation de 20$ pour le public).

Une intervention du poète Luis Alposta, le 12 décembre.

La participation exceptionnelle du chanteur Héctor de Rosas à la célébration de l'anniversaire de fondation de l'Academia le 21 décembre. Héctor de Rosas n'est autre que le créateur du rôle du Cantor de María de Buenos Aires d'Astor Piazzolla et Horacio Ferrer en 1968...

La projection du film El Café de los Maestros ce soir à 19h30.

Un concert de tangos en lunfardo par Muni Rivero, le fils d'Edmundo Rivero, au lendemain de Noël...

jeudi 16 octobre 2008

Une Ode à la Pizza : Semaine du Goût -3 [Jactance & Pinta]

J’ai bien dit Jactance et Pinta et non pas Jactance et Pintance. Faut pas tout mélanger.

Voici, pour continuer de fêter la Semaine du Goût dans la joie et la bonne humeur, malgré la Bourse qui se prend pour le Titanic et le Merval qui boit la tasse comme tous les autres, une communication très sérieuse (je vous en laisse juges) adressée le 12 septembre dernier par le Maestro Luis Alposta à la Academia Porteña del Lunfardo. Le texte est long malgré les quelques coupures claires que j'ai pratiquées ici ou là, donc je vais alterner texte original et traduction...

Dicen, los que entre pizza y pizza se han dedicado a historiarla, que todas las civilizaciones la han conocido. Que bajo distintas formas y gustos ya cumplió tres mil años y que su antepasado remoto, la chozna de la chozna de su chozna, fue una simple hogaza [...]

Ceux qui entre deux pizzas se sont consacrés à en faire l’histoire disent que toutes les civilisations l’ont connue. Que sous des formes et des goûts variés, elle a dépassé les 3000 ans et que son ancêtre éloigné, l’arrière-arrière-arrière-arrière-arrrière grand-mère était une simple fougasse [...]

Siglos después, también los griegos, pero esta vez los asentados en el sur de Italia y especialmente en Sicilia, serían los que en tiempos de la proto-pizza darían un paso al frente aderezando el pan antes de hornearlo.
Más tarde, los romanos, adaptando y adoptando recetas y métodos de preparación de etruscos y griegos, inventaron para siempre lo que sería la redondez de la pizza y pasaron al panis focacius, que cocinaban las mujeres en hornos comunales. Una masa cocida similar al pan, condimentada con hierbas y semillas o, simplemente, con lo que se tenía a mano.
Una hogaza redonda que los antiguos –dicen- comenzaron utilizando como mantelito individual o como plato en el que apoyaban todo lo que comían y que terminaron comiendo.
Catón el Viejo, el que vivía obsesionado con la destrucción de Cartago, hace algo más de dos mil años, hablaba en uno de sus escritos de «una masa redonda aderezada con aceite de oliva, hierbas y miel, horneada sobre piedras». Se estaba refiriendo a una “dulce pizza” sin saberlo.
En el transcurso de los siguientes siglos, mediante las conquistas de Roma y las consecuentes adopciones de las costumbres romanas en las regiones colonizadas, este alimento se difundió en toda Italia llegando hasta las Galias.
Fueron surgiendo así diversas variantes regionales. Variantes que, aún hoy, ignorando al tomate, se siguen preparando con los mismos ingredientes de antaño. Y vaya como ejemplo la pizza que se hace en Apulia, la “focaccia pugliese”, cuya versión porteña, de existir, exigiría que se la amasase al compás de “La Yumba” [...]

Des siècles plus tard, les Grecs eux aussi, mais cette fois-ci (1) ceux qui s’étaient établis dans le sud de l’Italie et tout spécialement en Sicile, seraient ceux qui aux temps de la proto-pizza ont fait un pas en avant en agrémentant le pain avant de l’enfourner.
Plus tard, les Romains, adaptant et adoptant des recettes et des méthodes de préparation des Etrusques et des Grecs, inventèrent pour toujours ce qui allait devenir la rondeur de la pizza et passèrent au panis focacius que cuisaient les femmes dans des fours communaux. Un appareil cuit similaire au pain assaisonné d’herbes et de graines ou simplement avec ce qu’on avait sous la main.
Une fougasse ronde que les Anciens, dit-on, commencèrent à utiliser comme set de table ou comme assiette que lequel on plaçait tout ce qu’on mangeait et qu’on terminait par manger aussi.
Caton l’Ancien, lui qui vivait dans l’obsession de détruire Carthage, il y a quelque chose comme 2000 ans, parlait dans l’un de ses écrits d’"une pâte à pain ronde agrémentée d’huile d’olive, d’herbe et de miel, cuite au four sur des pierres". Il se référait à une pizza sucrée sans le savoir.
Dans le cours des siècles suivant, par le biais des conquêtes de Rome et de l’adoption qui s’en est suivi des coutumes romaines dans les régions colonisées, cet aliment s’est répandu dans toute l’Italie au point d’arriver jusque dans les Gaules.
C’est ainsi que surgirent diverses variantes régionales. Des variantes qui, encore aujourd’hui, par ignorance de la tomate, continuent d’être préparées avec les mêmes ingrédients que jadis. Prenez comme exemple la pizza qui se fait dans les Pouilles (Apulia), la focaccia pugliese (la fougace des Pouilles), dont la version portègne, pour exister, exigerait d’être pétrie au rythme de
La Yumba (2).

Quinientos años después, fue con la llegada de los longobardos a Italia que hizo su aparición la mozzarella, elaborada con leche de búfala.
Y han tenido que pasar muchos más, descubrimiento de América mediante, para que hiciese su aparición el tomate. [...]

500 ans plus tard, ce fut avec l’arrivée des Lombards (3) en Italie que la mozzarella (4), élaborée avec du lait de bufflonne, fit son apparition.
Et il a fallu qu’il en passe beaucoup plus, avec la découverte de l’Amérique au milieu, pour que fasse son apparition la tomate.
[...]

A partir de entonces, muchos creyeron ver en esta preparación una simbólica representación de la ciudad de Nápoles. El borde negro, como quemado por los ríos de lava del Vesubio, las blancas islas de mozzarella como si fuesen barrios y el rojo del tomate como un canto a la vida. [...]

A partir de ce moment-là, beaucoup ont cru voir dans cette préparation une représentation symbolique de la ville de Naples : le bord nord, comme brûlé par les fleuves de lave du Vésuve, les îles blanches de mozzarelle comme si c’était des quartiers et le rouge de la tomate comme un chant à la vie. [...]

Si bien la Antigua Pizzería Port’Alba, en Nápoles, fundada en 1738, es considerada como la primera pizzería del mundo, la historia nos cuenta que fue un único hombre el que creó la pizza tal y como la conocemos actualmente. Se llamaba Raffaele Esposito, propietario de la Pizzería “Pietro... e basta cosi” (literalmente "Pedro... y esto es todo"), fundada en 1780. Él fue quien preparó, en 1889, una pizza especial para agasajar al Rey Umberto Primo y la Reina Margarita. Cuentan que a la reina, especialmente exigente con la comida, no le gustaban los sabores fuertes. Así que Esposito, como tributo a los reyes en su visita y para dar un toque patriótico a la pizza, la elaboró con los colores de la bandera italiana: rojo, verde y blanco, esto es, salsa de tomate, albahaca y queso de búfala, la auténtica mozzarella. A la reina Margarita le gustó tanto este plato, que bautizaron la creación con su nombre. Y así nació la pizza Margarita.
Y ahora, en tren de actualizarle el título a esta historia, propongo éste: “La pizza: de Esposito a Soletik”. Y ya veremos por qué.

Mais si la Antigua Pizzeria Port’Alba à Naples, fondée en 1738, est considérée comme la première pizzeria du monde, l’histoire nous dit qu’il y eut un seul homme pour créer la pizza telle que nous la connaissons actuellement. Il s’appelait Raffaele Esposito, il était le propriétaire de la Pizzeria Pietro ... e basta cosi (littéralement Pierre et ça suffit comme ça), fondée en 1780. C’est lui qui prépara en 1889 une pizza spéciale pour recevoir avec tous les honneurs le Roi Humberto 1er et la Reine Margarita. On raconte que la reine, particulièrement difficile en matière de nourriture, n’aimait pas les saveurs fortes. Alors Esposito, en guise d’hommage au Roi et la Reine pour leur visite et pour donner une touche patriotique à la pizza, l’élabora aux couleurs du drapeau italien : du rouge, du vert et du blanc, c’est-à-dire de la sauce tomate, du basilic et du fromage de bufflonne, l'authentique mozzarella . Ce plat plut tellement à la reine Margarita qu’on baptisa la création de son nom. Ainsi est né la pizza Margarita.
Et maintenant, afin d’actualiser le titre de cette histoire, je vous propose :
La pizza : de Esposito à Soletik. Et on va voir pourquoi.

Ya entre nosotros, inmigración mediante, hablando de la pizza- nostra, recordemos que la leyenda nos cuenta que la fainá es un invento porteño. Que el xeneise Agustín Banchero inventó la fugazza con queso. Que Calé y Medrano la incluyeron en sus dibujos sin necesitar dar explicaciones; que el pasado 12 de mayo se inauguró en la ciudad de Córdoba el primer museo del mundo dedicado a la pizza; y que esta tarde nos hemos reunido aquí, en la Academia Porteña del Lunfardo, para darle la bienvenida a una Oda que le acaban de dedicar.
Esta vez no se trata de sonetos escritos con ese de Soletik, como ya este poeta nos tiene acostumbrados; sino de una Oda escrita con O mayúcula, una O tan redonda como la pizza a la que le canta y tan de admiración, como la que se nos dibuja en la boca al escucharla.
[...]

Maintenant parmi nous, grâce à l’immigration, quand on parle de pizza nostra, souvenons-nous que la légende dit que la fainá est une invention portègne (5). Que l’étranger Agustín Banchero (6) a inventé la fugazza au fromage. Que Calé et Medrano (7) l’ont incluse dans leur dessins sans qu’on ait besoin d’expliquer pourquoi, que le 12 mai dernier a été inauguré dans la ville de Córdoba (8) le premier musée au monde consacré à la pizza et que ce soir, nous sommes réunis ici, à la Academia Porteña del Lunfardo, pour souhaiter la bienvenue à une Ode qu’on vient tout juste de lui dédier.
Cette fois, il ne s'agit pas de sonnets écrits avec cet accent de Soletik (9), comme ce poète nous y a habitués mais d'une Ode écrite avec un O majuscule, un O aussi rond que la pizza qu'il chante et aussi admirable que celui qui se dessine sur nos lèvres lorsqu'on l'écoute.
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En esta Oda, Antonio Soletic le canta a la pizza en forma simple y directa, en la que el discurso poético, ya desde el primer verso, fluye con naturalidad. Con esa misma naturalidad con la que nos llevamos una porción de pizza a la boca.
Es éste un libro de alabanza a las bondades de la pizza. Con tapa y contratapa ilustradas por Beatriz Anselmi. Pinturas en las que en “un reloj de aceitunas”, la aguja del obelisco da las doce.

La oda es siempre un canto, y este tejido elemental de palabras es como un coro que entona una epifanía. La epifanía de nuestro encuentro con el milagro siempre renovado de lo cotidiano.

En síntesis:
Poesía sencilla y vital.
Algo que celebramos.

Dans cette Ode, Antonio Soletic chante la pizza d'une manière simple et directe, en quoi le discours poétique, et ce dès le premier vers, coule naturellement. Aussi naturellement que nous portons un morceau de pizza à la bouche.
Voilà un livre de louanges aux vertus de la pizza. Avec une couverture et une quatrième de couv illustrés par Beatriz Anselmi. Des peintures où sur un cadran d'olives, l'aiguille de l'Obélisque marque midi (10).

L'ode est toujours un chant et ce tissu élémentaire de mots est comme un choeur qui entonne une hymne d'Epiphanie. L'Epiphanie de notre rencontre avec le miracle toujours renouvelé du quotidien.

En résumé :
de la poésie simple et fondamentale.
Quelque chose qui s'arrose !

Luis Alposta, Academia Porteña del Lunfardo, 12 septembre 2008
Traduction Denise Anne Clavilier

Pour la pâte à pain, il faut de la farine, de l'eau, de la levure de boulangerie, du sel (mais après la première levée, sinon ça tue la levure), un coin chaud pour faire lever et un bon pétrissage. Bon courage et bon appétit...

(1) Luis Alposta avait déjà parlé des Grecs dans la partie que j’ai sautée...
(2) Ne me dites pas que vous ne l’aviez pas vue venir, celle-là... Je ne vous crois pas ! La Yumba, tango de Osvaldo Pugliese (1905-1995)
(3) Luis Alposta m’a raconté, le jour des ñoquis (ça ne s’invente pas), une théorie selon laquelle la mozzarella serait originaire de l'Orient persan ou indien... Le cheminement semble complexe mais ce ne serait pas la première grande invention alimentaire à avoir parcouru un trajet invraisemblable. En français, on appelle mousseline un tissu très fin de soie qui était tissé originellement dans la ville irakienne de Mossoul (sur la route de la soie de Marco Polo, qui rapporta en Italie une invention chinoise, les pâtes). Toujours est-il que le peu qu’on sache de la tribu barbare appelée en français Lombards (et en espagnol longobardos) et qui envahit l’Italie vers 581 parlait une langue germanique. Que les Lombards, définitivement italiens, beaucoup plus tard se firent connaître dans toute l’Europe comme banquiers (donc un peu prêteurs sur gage aussi -il faut bien des garanties) et que l’adjectif lombard en est donc devenu à signifier, en de nombreuses langues dont le français, voleur, voyou, escroc et c’est sans doute ce sens-là qui a abouti à Buenos Aires au substantif lunfardo, qui désigne ce qui fut d’abord un jargon parlé clandestinement par les vauriens de la ville désireux de ne pas être compris de la police... Je vous ai résumé là l’un de mes échanges avec Luis il y a 1 mois et demi...
(4) La muzzarella (sic) est la version porteña du fameux fromage au lait de bufflonne et elle est faite au lait de vache. Pasteurisé la plupart du temps ! A Buenos Aires, muzzarella (généralement on dit muzzarella grande, parce qu’on a très faim et qu’on est une grosse bande de copains), c’est quasiment un synomyme de pizza. C’est une pizza couverte de fromage de l’épaisseur d’un doigt... Un bon doigt !
(5) Je te m’en fiche, oui !.. La fainá, sorte de grosse farinette à base de farine de pois-chiche, c’est la socca niçoise ! Sont gonflés, ces Portègnes ! En Argentine, on sert ce solide en-cas avec la pizza... et c'est délicieux.
(6) fondateur d’une célèbre chaîne de pizzeria fondée dans le quartier populaire de La Boca et qui se vante tout à la fois d’avoir inventé la Fugazza con Queso (la fougace au fromage) et d’avoir eu pour habitué Benito Quinquela Martín. Ils sont sur Internet.
(7) Calé (Alejandro del Prado) et Medrano sont des dessinateurs de presse, de bd, des caricaturistes, des affichistes...
(8) la ville en Argentine, pas en Espagne.
(9) Antonio Soletik est un poète qui écrit beaucoup en lunfardo et participe à des tas d'activités organisées par la Academia Porteña del Lunfardo.
(10) las doce : c'est à la fois midi et minuit. J'ai choisi midi parce qu'on ne peut pas garder l'ambiguïté en français et que midi évoque plus la nourriture chez nous que minuit. Mais à Buenos Aires, il n'y a pas d'heure pour les braves et minuit est une très bonne heure pour s'avaler une pizza dans un bon nombre d'établissements spécialisés de la ville... L'Obélisque ici est le monument symbole de Buenos Aires qui se dresse à l'intersection des avenues Corrientes et 9 de Julio.