mercredi 23 juin 2010

La mortalité infantile remonte à Buenos Aires [Actu]

Clarín a publié hier soir un article sur un phénomène très alarmant. Deux ans et demi après l’arrivée de Mauricio Macri à la tête du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, voilà que la Direction Portègne des Statistiques délivre un rapport qui montre une poussée de la mortalité infantile qui régressait depuis 5 ans : la moyenne était de 7,3 ‰ (1) en 2008. Il est passé à 8,3 ‰ en 2009.

Mais cette moyenne sur l’ensemble de la ville cache des distorsions géographiques très importantes qui montrent clairement le lien entre pauvreté et mortalité des tout-petits. Les lecteurs fidèles de Barrio de Tango et ceux qui connaissent déjà bien la ville par leurs propres ressources me voient arriver : le taux dans le sud de la ville est largement plus élevé que celui que l'on trouve dans le nord...

Ainsi c’est la comuna 8, le secteur administratif qui regroupe les quartiers de Villa Lugano, Villa Riachuelo et Villa Soldati qui a le plus de mortalité, avec un taux impressionnant de 12,8 ‰, ce qui représente une augmentation de 0,9 ‰ par rapport à 2008. La comuna 9 (Liniers, Mataderos et Parque Avellaneda) est un tout petit mieux lotie avec 11,3‰, ce qui représente tout de même une croissance trois fois plus élevée que l’augmentation moyenne de 2008 à 2009. Faisant un peu mieux encore, la comuna 4, qui regroupe Barracas, La Boca, Pompeya et Parque Patricios, est passée de 9,8 ‰ en 2008 à 10,6 ‰ en 2009.

Au nord, les quartiers riches et patriciens, on trouve les taux les plus bas : la comuna 2 où se trouve le quartier de Recoleta montre un taux presque européen de 5,1 ‰ (ce qui représente tout de même une augmentation de 0,1‰ par rapport à l'année précédente) et la comuna 14, qui est celle de Palermo, a baissé son taux de mortalité infantile : il était de 6,5 en 2008 et de 5,2 en 2009.

Depuis 20 ans, en moyenne annuelle globale, on observait pourtant une baisse régulière de ce taux. En 1990, il était de 16‰. Pendant ces deux décennies, il y eu trois années où le taux remonta : 2002 et 2003, juste après l’effondrement économique général de l’Argentine (décembre 2001), et l’année dernière, qui était la seconde année de la gestion libérale de Mauricio Macri.

Où l’on voit que les cris d’alerte lancés l’année dernière dans les colonnes de Página/12 par différents groupes de militants politiques, sociaux, syndicaux et culturels pour dénoncer l’abandon des hôpitaux, des centres culturels et sociaux, le mauvais entretien des écoles publics dans les quartiers populaires, et la chasse aux sans abris n’étaient pas dénués de fondement...

Pour en savoir plus sur ce sujet : lire l’article de Clarín.
Pour aller plus loin : cliquez sur les mots-clés Economie, niveau vie (niveau de vie ou poder adquisitivo) et GCBA (Gobierno Ciudad de Buenos Aires) dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus. Ce clic vous conduira vers l’ensemble des articles déjà parus sur ce blog et correspond à ces trois thèmes.

(1) En France, en 2008, le taux de mortalité infantile d’après l’INSEE était de 3,8 ‰ et ce taux est stable depuis 2006. Il était de 4,8 ‰ en 1998. Ce taux est plus élevé que celui qui existe en Suède ou en Finlande, qui atteignent 3 ‰.

Les Editions du Jasmin au Salon du Livre de Sartrouville [Disques & Livres]

Les éditions du Jasmin, qui ont édité en mai de cette année mon recueil bilingue intitulé Barrio de Tango (comme le blog), seront présentes au Salon du Livre, qui aura lieu ce dimanche 27 juin de 10h à 18h au Parc du Dispensaire. Entrée libre et gratuite.

Le salon de Sartrouville est consacré à la littérature jeunesse dont le Jasmin est un des très bons acteurs sur le marché français actuel. Ce qui n'empêche pas cette maison de s'ouvrir à d'autres secteurs comme les livres bilingues, les biographies, les cultures du monde...

Le thème du Salon cette année est "Les marionnettes du Monde". Il faut espérer qu'ils n'auront pas oublié l'Argentine, grand pays du théâtre de marionnettes comme vous pouvez le constater à travers deux articles que j'ai récemment publiés au sujet de spectacles donnés à Buenos Aires, l'un cet été, le 8 février, sur 1810 à la Manzana de las Luces et l'autre, le 16 juin 2010, sur le festival de marionnettes qui s'est tenu dans la capitale argentine ces derniers jours.

C'est la 9ème édition de ce salon qui a rassemblé l'année dernière 2000 visiteurs. C'est aussi la seule manifestation de cette catégorie dans le département des Yvelines.

Sur le stand du Jasmin, vous trouverez Barrio de Tango et beaucoup d'autres nouveautés, essentiellement des livres pour enfants (Barrio de Tango sera sans doute l'une des rares exceptions à cette règle). Si vous cliquez sur le mot-clé Jasmin en haut, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, vous pourrez ouvrir d'autres articles sur d'autres salons auxquels a participé cette jeune maison indépendante française et pour l'annonce desquels j'ai quelque peu détaillé les nouveautés en question. Sur place, vous pourrez faire connaissance avec l'éditeur et lui faire partager votre passion du tango. C'est en train de devenir la sienne...

Bon dimanche à tous. Il fera beau et chaud, nous promet Météo France.

Pour en savoir plus sur le livre, cliquez sur les raccourcis rassemblés tout en haut de la Colonne de droite, dans la rubrique Agenda de Barrio de Tango.
Pour en savoir plus sur l'éditeur, connectez-vous à son site (que vous trouverez aussi en lien permanent dans la Colonne de droite, dans la partie inférieure, dans la rubrique Cambalache casi ordenado).
Pour en savoir plus sur le salon, connectez-vous à la page que la Ville de Sartrouville lui consacre sur son site.

mardi 22 juin 2010

Retour sur la présentation de Barrio de Tango à Clermont-Ferrand [ici]

Sous le titre D.A. Clavilier livre les codes, La Montagne, le quotidien local de Clermont-Ferrand et de toute l’Auvergne, consacre un quart de page à la présentation de Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, ed. du Jasmin, que j’ai faite le mercredi 9 juin au Café Lecture Les Augustes en lien avec un concert du trioTaquetepa et la participation de l'association Tango Volcanique (voir mon article du 16 mai 2010 sur cette manifestation).

Capture d'écran prise sur le site de La Montagne

L’article se trouve à la page 21 de l’édition Clermont-Métropole du 15 juin 2010. La Montagne dispose d’un site Internet sur lequel les articles et les numéros peuvent être achetés au format pdf pendant 30 jours après leur parution. Je ne le détaille pas pour ne pas porter préjudice aux intérêts commerciaux de ce quotidien, dont l'existence est si précieuse à la pluralité de la presse de ce beau pays...

Vous pouvez feuilleter le journal, en cliquant sur l’onglet Journal, en remplissant les deux critères à choix déroulant (édition locale et date de parution). Vous avez alors le choix entre une simple consultation en petit format qui vous permettra de lire les titres seuls et un achat par carte bancaire ou en audiotel.

Et comme je n'ai appris moi-même l'info que quelques jours après la parution du journal, vous avez donc encore, si vous le souhaitez, jusqu'au 16 juillet 2010 pour acheter le pdf qui le reproduit.
Le journal au format pdf est à 0,95 € l'unité (il y a moyen de vous abonner pour plusieurs numéros et donc d'obtenir un meilleur prix). Le journal papier est vendu en kiosque à 0,90 € mais pour cela, il faut habiter en Auvergne, et ce n'est pas le cas que d'une petite minorité de mes lecteurs...

Un grand salut à ceux qui sont loin, en Argentine, aux Etats-Unis, au Canada, en Grande-Bretagne, en Belgique, en Suisse pour ne rien dire des nombreuses régions de France assez éloignées du Massif Central...

Accéder aux pages consultation et vente au numéro

Ajout du 17 juillet 2010

Copie de l'article (cliquez sur l'image pour lire le lire)

Le Bicentenaire version Norberto Galasso [Actu]

C'est un historien important de l'Argentine qui faisait hier la une du supplément Cultura & Espectaculos du quotidien Página/12, une qui sert d'illustration à cet article.

Norberto Galasso, 73 ans, nous intéresse particulièrement, nous, les passionnés de tango, parce qu'il a été l'un des biographes de Enrique Santos Discépolo. Mais son oeuvre ne se comprend que si l'on va au-delà de ce seul livre.

Norberto Galasso est un historien qui dénonce sans jamais se lasser l'histoire officielle, l'histoire nationale fondée par Bartolomé Mitre, le fondateur du quotidien La Nación, qui est la voix de la droite cultivée (voir mon article du 4 janvier 2010 sur les 140 ans de sa fondation). Bartolomé Mitre était un journaliste mais avant tout un homme d'action, un homme politique, un libéral qui au début de la seconde moitié du 19ème siècle ne jurait, comme Sarmiento, que par le commerce international et la Grande-Bretagne. Or c'est sous ces deux Présidents qu'a commencé à se construire la pensée historique sur les événements de deux générations avant : les événements de 1810 et de ce qui avait suivi. Et comme toujours lorsqu'un pays est en train de se construire, il est des hommes qui lui redessine l'histoire qui leur convient. On sait cela depuis la Guerre des Gaules de Jules Cesar et même avant...

Norberto Galasso s'intéresse donc à toutes les figures historiques qui racontent l'inverse de l'histoire mitréenne : Arturo Jauretche, Yrigoyen, Perón, Scalabrini Ortiz. Il s'intéresse aux acteurs populaires de la Révolution de Mai 1810 (voyez mon feuilleton du 18 au 25 mai 2010 sur ce qui s'est passé alors ou ce qu'on croit qu'il s'est passé à Buenos Aires, dans la rubrique Petites Chronologies de la partie médiane de la Colonne de droite).

A l'occasion du Bicentenaire, il sort aux Editions Colihue un essai intitulé Verdades y mitos del Bicentenario (Vérités et mythes du Bicentenaire). Pour cela, Página/12 lui consacre une grande interview à lire avec passion...

Verbatim (bilingue)

¿Por qué festejamos los 200 años del nacimiento de la patria, si la Independencia se declaró el 9 de julio de 1816? El historiador imagina a una docente con alumnos inquietos que la taladran con interrogantes. Las complicaciones aumentan cuando los pibes reparan, un tanto perplejos, en que los integrantes de la Junta juraron fidelidad al rey de España, encabezando una revolución cuyo objetivo sería romper con la dominación española. Excepto que sea una profesora muy audaz que se atreva a cuestionar la interpretación oficial, repetirá la “fábula” impuesta por Bartolomé Mitre. Los muchachos de Mayo, consigna este relato sacralizado, cranearon una simulación llamada la “máscara de Fernando VII”, de tal modo que hicieron de cuenta que hacían una revolución contra el rey, pero en su nombre. Así engañaron a Fernando VII, a toda Europa y a su propio pueblo; engaño que duró hasta 1816 cuando, finalmente, se declaró la Independencia.
Página/12

Pour quoi fêtons-nous les 200 ans de la naissance de notre patrie, si l'Indépendance a été déclarée le 9 juillet 1816 ? L'historien imagine une enseignante avec des élèves curieux qui la noient sous les questions. La situation se complique quand les gamins s'avisent, un peu perplexes, quelques les membres de la Junta (1) ont juré fidélité au roi d'Espagne, prenant la tête d'une révolution dont l'objectif aurait été de rompre avec la domination espagnole. Sauf si elle est une professeure pleine d'audace qui ose mettre en question l'interprétation officielle, elle reprendra la fable imposé par Bartolomé Mitre. Les gars de Mai, consigne ce récit sacralisé, inventèrent une simulation appelée La mascarade de Ferdinand VII, de telle sorte qu'ils se rendirent compte qu'ils faisaient une révolution contre le roi mais en son nom. De cette manière, ils trompèrent Ferdinand VII, l'Europe toute entière et leur propre peuple; tromperie qui dura jusqu'en 1816 quand, finalement, l'Indépendance fut déclarée.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

“Mitre historiador fabrica una historia que legitima al Mitre líder de la oligarquía porteña –dice Galasso en el libro–. Exalta el supuesto librecambio de Mayo para justificar la libertad de comercio que provoca déficit permanentes en la balanza comercial de su gobierno, entre 1863 y 1868. Relata un Mayo donde no existe protagonismo popular, porque así legitima su represión sobre aquellos que lideran a las masas en las provincias del Noroeste. Ofrece la visión de una Revolución de Mayo porteña y que mira hacia el Atlántico, porque ése es su proyecto antilatinoamericano.” El historiador cuenta que lo más importante de los recientes festejos del Bicentenario es que la gente tenía ganas de salir a la calle. “Fue un fenómeno muy extraño; nunca vi tanta gente junta y es bastante esperanzador que haya habido esta presencia popular sin incidentes y con alegría”, subraya Galasso a Página/12. “El Bicentenario era la oportunidad para dar un gran debate histórico, pero quizá sea muy exigente. Ya es bastante lo que se hizo, y que haya un interés popular”.
Página/12 citant Norberto Galasso

"Mitre historien fabrique une histoire qui légitime Mitre leader de l'oligarchie portègne, dit Galasso dans son livre. Il exalte le supposé libre-échange de Mai pour justifier la liberté de commerce qui provoque du déficit permanents dans la balance commerciale de son gouvernement, entre 1963 et 1968. Il raconte un mois de Mai où il n'y a pas d'acteurs populaires, parce que comme ça il légitime sa répression sur les têtes de file des masses dans les provinces du Nord-Ouest. Il offre la vision d'une Révolution de Mai portègne et qui regarde vers l'Atlantique, parce que c'est son projet anti-latino-américain" (2). L'historien raconte que le plus important dans les récentes fêtes du Bicentenaire c'est que les gens avaient envie de sortir dans la rue. "Cela a été un phénomène très étrange. Je n'ai jamais vu autant de gens ensemble et c'est plutôt porteur d'espoir qu'il y ait eu cette présence populaire sans incidents et dans la joie", souligne Galasso à Página/12. Le Bicentenaire était l'opportunité pour qu'ait lieu un grand débat historique, mais peut-être était-ce beaucoup exiger. Ce qui s'est passé, c'est déjà pas mal et qu'il y ait eu un intérêt populaire".
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Interrogé sur ce qui se passe à l'heure actuelle en Argentine, Norberto Galasso répond :

–Estamos en un momento muy interesante, un momento bisagra, si recordamos el deterioro catastrófico de 2001. En diez años ha cambiado bastante el panorama del país y de Latinoamérica. Más allá de las contradicciones que puedan tener estos procesos y que uno pueda apuntar disidencias o críticas a algunos aspectos –uno quisiera cambios más profundos–, estamos viviendo una época de excepción, donde se está consolidando una especie de revolución inconclusa, que fue la de Mayo y la de San Martín y Bolívar. Hablamos todos los días en los diarios del Unasur, del Banco del Sur, de la reivindicación de los derechos humanos, de las transformaciones económicas tendientes a una economía productiva, de algunos avances como Fútbol para Todos, que me parece muy importante, y la ley de medios. Estamos iniciando un camino que me parece muy auspicioso.
Página/12 citant Norberto Galasso

Nous vivons une époque très intéressante, une époque charnière, si nous voulons bien nous souvenir de la détérioration catastrophique de 2001 (3). En 10 ans, le panorama du pays et de l'Amérique Latine a pas mal changé. Au-delà des contradictions que peuvent exister dans ces processus et même si on peut montrer du doigt des dissonnances ou des critiques sur tel ou tel aspect (on aimerait bien des changements pous profonds), nous sommes en train de vivre une époque exceptionnelle, où est en train de se consolider une espèce de révolution inachevée, qui fut celle de Mai et celle de San Martín et de Bolivar. Nous parlons tous les jours dans les journaux de l'UNASUR, de la Banque du Sud (4), de la revendication des droits de l'homme, des transformations économiques qui vont vers une économie de production, de quelques progrès comme Football pour Tout le Monde (5), qui me paraît très important, ou la loi sur les médias. Nous sommes en train d'entamer un chemin qui me semble sous de bons auspices.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Et comme demain s'ouvre à Paris un colloque universitaire de trois jours sur Juan Bautista Alberdi (lire mon article à ce propos), voici ce que Norberto Galasso dit de ce juriste et de ce diplomate dont le colloque va montrer qu'il est l'un des pères de la pensée argentine :

–En el libro ubica como precursor de las posiciones latinoamericanistas a Juan Bautista Alberdi. Sin embargo, el relato imperante que se enseña en las escuelas gira en torno del lema “gobernar es poblar”, que colocaría a Alberdi bajo la égida mitrista, ¿no?
–Sí, es cierto, pero porque hay un Alberdi “joven” y un Alberdi “viejo”. El Alberdi joven que se exilió en Montevideo estuvo dispuesto a apoyar a los franceses para tratar de sacar a Rosas de la gobernación de la provincia de Buenos Aires, y tuvo una buena relación con Mitre y con Sarmiento. A partir de Caseros comenzaron a producirse las disidencias. Alberdi se definió a favor de Paraguay en la “Guerra de la Triple Infamia”. Ese Alberdi “viejo”, que pasó prácticamente los últimos treinta años de su vida en el exterior, fue el que dijo que la Revolución de Mayo forma parte de la revolución hispanoamericana. Pero ése es el Alberdi que ha quedado sepultado.
Página/12 citant Norberto Galasso

- Dans votre livre, vous situez Juan Bautista Alberdi comme un précurseur des positions latino-américanistes. Pourtant, le récit dominant qui est enseigné dans les écoles toujours autour du slogan "Gouverner, c'est peupler", qui placerait Alberdi sous l'égide mitriste, non ?
- Pour sûr, oui, mais il y a un Alberdi jeune et un Alberdi vieux. L'Alberdi jeune qui s'est exilé à Montevideo (6) était disposé à appuyer les Français pour tenter de chasser Rosas du pouvoir sur la Province de Buenos Aires et il a eu de bonnes relations avec Mitre et avec Sarmiento. A partir de Caseros, ont commencé à se produire les dissensions. Alberdi s'est prononcé en faveur du Paraguay dans la Guerre de la Triple Infâmie (7) . Cet Alberdi vieux, qui passa pratiquement les dernières 30 années de sa vie à l'étranger, c'est celui-là qui a dit que la Révolution de Mai faisait partie de la révolution hispano-américana. Mais celui-là, c'est l'Alberti qui est resté enseveli.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

La suite se lit sur le site de Página/12, avec l'aide éventuelle de Reverso, l'outil de traduction en ligne que vous trouverez en bas de la Colonne de droite, dans la rubrique Cambalache (casi ordenado).

(1) Voir ma série sur la Révolution, dont le raccourci se situe dans la partie médiane de la Colonne de droite, dans la rubrique Petites Chronologies.
(2) C'est l'un des deux grands axes contradictoires qui permettent de comprendre un peu quelque chose à l'histoire de l'Argentine indépendante, entre une aspiration populaire à s'inscrire dans le continent sud-américain avec une identité sud-américaine qui se distinguent de l'Europe et de l'Amérique du Nord et une aspiration patricienne, propre aux tenants des grandes fortunes et du pouvoir économique (qui a longtemps été et demeure par bien des aspects confondu avec le pouvoir politique), vers l'Angleterre et secondairement la France ou l'Italie du nord (l'Italie de Milan plus que de Rome ou de Florence) puis vers les Etats-Unis après la seconde Guerre Mondiale, un projet politique consistant à faire de l'Argentine un pays européen à part entière, sans métissage, sans noirs, sans Indiens et doté d'une élite dominatrice et pleine de morgue. Perón et avant lui Yrigoyen et encore plus tôt Juan Manuel de Rosas sont du côté de l'aspiration populaire. La Generación del 80 et avant elles les gouvernements libéraux de Urquiza, puis Sarmiento et Mitre et au 20ème siècle, les gouvernements anti-constitutionnels des années 30 (Década Infame), de la Revolución Libertadora (installée par les Etats-Unis après le renversement de Perón) et la Dictature militaire des années 1976-1983 appartiennent à l'aspiration patricienne.
(3) La catastrophe de 2001, c'est la faillite complète du pays en décembre 2001 après les 10 ans de présidence de Carlos Menem, un péroniste déviant qui avait mis en place un système économique tout-libéral démentiel, et les quelques mois de son successeur, qui suivit la même politique et dût démissionner après la catastrophe. Depuis, l'un et l'autre cherchent à revenir sur le devant de la scène, malgré les procès pénaux dans lesquels ils sont poursuivis.
(4) UNASUR, organisation multilatérale qui fédèrent tous les pays d'Amérique du Sud et dont l'ancien président argentin, Néstor Kirchner, vient d'être élu président (par les chefs d'Etat réunis). Le Banco del Sur est une insitution financière rassemblant ces mêmes pays pour commencer à organiser l'espace économique continental.
(5) Fútbol para todos est une mesure prise l'année dernière par le Gouvernement argentin pour garantir la retransmission des matchs de foot internationaux gratuitement sur les écrans argentins alors que le marché de la retransmission télévisuelle a adopté des règles qui exclut les pays pauvres des droits de retransmission. L'Etat argentin est intervenu dans ce qui en Argentine était jusqu'à présent un marché géré par des entreprises privées et lucratives. Remarquez quelle importance un histoirien aussi sérieux accorde au football. C'est que là-bas, le foot ce n'est pas qu'un jeu. C'est une allégorie politique. C'est le lieu où les Sud-américains remportent les victoires qu'ils ne peuvent pas remporter (encore) sur la scène géo-économico-stratégique internationale.
(6) Pendant la période de gouvernement de Juan Manuel de Rosas sur la Province de Buenos Aires, entre 1835 et 1852. Les Français et les Anglais ont mis Buenos Aires sous blocus à deux reprises à la fin de cette période pour forcer Rosas à libérer le commerce direct avec les provinces intérieures en laissant la navigation libre sur les deux fleuves que sont l'Uruguay et le Paraná. Rosas a été défait à la bataille de Caseros (ou Morón) et il a dû partir en exil. Il est mort en fermier d'un gros propriétaire anglais en 1870 à Southampton.
(7) En fait la guerre de la Triple Alliance, celle que l'Argentine, le Brésil et l'Uruguay firent au Paraguay entre 1865 et 1870. C'est en rentrant de cette guerre que l'Armée argentine apporta avec elle jusqu'à Buenos Aires les moustiques qui provoquèrent la terrible épidémie de fièvre jaune de l'été 1871, de janvier à mai, qui tua 7,3% de la population de Buenos Aires... C'est aussi à l'issue de cette guerre qu'on vit traîner en ville des soldats démobilisés qui, en se mêlant aux immigrants européens débarqués de fraîche date et aux gauchos de l'exil rural perdus dans la grande ville, donnèrent naissance au compadrito porteño, celui que décrit Homero Manzi dans Milonga del 900...

lundi 21 juin 2010

Ce soir, conférence et dédicace à la librairie Pippa à Paris [ici]

Ce soir, à partir de 17h, c'est la Fête de la Musique à la librairie Pippa, 25 bis rue du Sommerard (M° Cluny La Sorbonne ou Maubert-Mutualité). J'y serai présente à 18h pour une conférence intitulée Du tangó au Tango : des origines à Carlos Gardel, et je resterai pour dédicacer Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, ed. du Jasmin (mai 2010) jusqu'à 22h.

Vous êtes tous les bienvenus.

Pour en savoir plus sur la soirée et la librairie Pippa, consultez mon article du 23 mai 2010. Vous y trouverez une description de cette jolie maison et de son activité éditoriale ainsi qu'un lien vers son site internet.

Comme toujours dans ces circonstances, je ne serai certainement pas en mesure dans la journée de publier d'autres articles aujourd'hui.

dimanche 20 juin 2010

Prochaine et dernière chronique de la saison pour Jean-Louis Mingalon : Tita Merello [ici]

Jean-Louis Mingalon consacrera la dernière chronique tango de la saison dans l'émission de France Musique Etonnez-moi Benoît ce samedi 26 juin vers 11h30. L'émission elle-même commence à 10h30. Comme la dernière fois, l'intervention de Jean-Louis aura lieu en direct. Comme toujours, l'émission sera téléchargeable en mp3 par abonnement au podcast ou écoutable à volonté pendant 30 jours après la diffusion.

A compter du 1er juillet, France Musique comme toutes les stations de Radio France passera à sa grille d'été et il nous faut espérer que la grille de rentrée, en septembre, maintiendra cette seule petite niche qu'ait le tango sur une radio de service public, qui consacre, par ailleurs, plusieurs émissions hebdomadaires au jazz et rien que ces 20 minutes mensuelles au tango argentin, qui est pourtant un univers musical et culturel tout aussi riche, même s'il ne prend pas racine aux Etats-Unis mais dans un pays qui a donné, mine de rien, 10 mythes au monde au cours des 100 dernières années : Carlos Gardel et Astor Piazzolla, Jorge Luis Borges, Perón, Evita et El Che, Manuel Fangio, Carlos Monzón (même s'il a tué sa femme) et Diego Maradona, dont on sait de son vivant qu'il est et qu'il sera un mythe... et bien sûr le tango argentin lui-même...

Dont l'une des plus grandes représentantes est donc Tita Merello (à prononcer à l'italienne), chanteuse, letrista, compositrice et actrice de cinéma, née hors mariage le 11 octobre 1904 et morte une veille de Noël, celle de 2002 (ci-dessus, son visage suggéré sur la devanture d'un marchand de couleurs de Rivadavia, tout à coté du mythique Café de los Angelitos, dans le quartier de Balvanera, en août 2007)...

Son enfance est emblématique du faubourg du 20ème siècle à Buenos Aires. Il y a de quoi faire un vrai mélo pour faire pleurer dans les chaumières. Et puis imaginez aussi cette immense chanteuse chantant faux dans sa jeunesse. Et si ! Comme quoi, rien n'est jamais perdu... Elle nous a laissé de très nombreux témoignages de son talent, au disque avec sa voix grave, gouailleuse, presque éraillée de fille effrontée du faubourg : écoutez-la chanter Arrabalera, de Cátulo Castillo et Sebastián Piana dans les années 50, une chanson écrite pour l'un de ses films (ici grâce à Todo Tango comme toujours) ou dans ce El Choclo dans le splendide texte de Enrique Santos Discépolo (que j'ai traduit dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, aux Editions du Jasmin, mai 2010) et sous la direction de Francisco Canaro, sans doute l'une des plus belles interprétations de ce grand tango d'entre les tangos (encore grâce à Todo Tango). Et au cinéma où elle joua avec les plus grands, notamment avec Pepe Arias (le créateur sur scène du tango Victoria, de Discépolo -toujours), par exemple dans un classique du cinéma des annéees 50 en Argentine, Mercado del Abasto, de Lucas Demare (le frère du compositeur du tango Malena, autre tango phare traduit dans mon anthologie déjà citée), où elle joue une marchande des Halles (el Abasto), un film qui est pour Buenos Aires le pendant du Marius de Pagnol pour Marseille. Elle y joue et elle y chante. L'histoire est un peu larmoyante comme beaucoup de films argentins de ces années-là mais elle est profondément ancrée dans l'identité portègne et dans la vie de ce quartier, qui ressemble encore par bien des traits à ce qu'il était il y a près de 60 ans. Le DVD (avec sous-titres en anglais et en portugais) est disponible sur la boutique en ligne de Zivals, Tangostore, dont vous trouverez le lien dans la rubrique Les Commerçants del Barrio de Tango, dans la partie inférieure de la Colonne de droite.

Tita Merello, surnommée Tita de Buenos Aires par le chanteur de variété Cacho Castaña qui adore se rendre populaire par ce genre de clins d'oeil, était par excellence la voix pour le tango de sainete porteño : il faut l'écouter dans ces oeuvres qui naquirent dans des pièces de ce théâtre populaire qui racontait en une heure et pour un peso la vie quotidienne du prolétariat de Buenos Aires, ces tangos qui forment le répertoire de Las Minas del Tango Reo (voir mes articles sur ce spectacle de Lucrecia Merico et Valeria Shapira). Ce sont des titres comme Niño Bien ou Garufa, du groupe montevidéen La Troupe de los Atenienses, dans les années 20 et 30, Se dice de mí ou Papa, lleváme pa'l Centro (Papa, emmène-moi dans les beaux quartiers). Une grande partie de son répertoire est donc tiré de sa carrière de comédienne et d'actrice comme vous pourrez le constater si vous avez la curiosité d'aller consulter sa fiche sur le site Cine Nacional, qui recense tout ce qui touche au cinéma argentin (le site est très riche et très précis).
Ci-contre l'affiche du film La historia del Tango (captée sur Cine Nacional)

Dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins déjà cité plus haut, j'ai traduit l'un de ses tangos : Decíme Dios ¿dónde estás? (dis-moi, mon Dieu, où es-tu ?), une grande protestation contre l'injustice du monde... Ce tango, sobre et terrible, est comme un poignard levé vers le ciel...

Bref, Jean-Louis Mingalon aura l'embarras du choix pour trouver les trois morceaux qu'il nous fait traditionnellement écouter chaque mois. Alors tout le monde à sa souris ! Il faut faire savoir à Benoît Duteurtre que cette chronique, les amateurs de tango francophones y tiennent...

Pour aller plus loin :
rendez-vous sur la page de l'émission sur le site de France Musique (Radio France), où vous pouvez écouter et télécharger le numéro de chaque semaine
cliquez sur les initiales JLM parmi les mots-clés du blog Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, pour accéder à tous les articles parus sur la chronique tango de Jean-Louis Mingalon dans ce blog
et sur Tita Merello elle-même :
lisez l'une des toutes dernières interviews qu'elle donna, sinon la dernière, dans cet article du journal Los Andes le 28 novembre 2001
consultez la page sur Tita Merello sur le site argentin Cine Nacional
consultez la page sur Tita Merello sur le site argentin Todo Tango
et enfin allez visiter le site que des admirateurs ont consacré à cette grande artiste (même si ce site n'est pas tenu à jour et que, de ce fait, certains liens ne fonctionnent plus, notamment pour voir et écouter la comédienne-chanteuse).

Feliz día del Padre [Coutumes]

La fête des pères se tient le même jour en France et en Argentine : c'est aujourd'hui, 20 juin 2010.
De part et d'autres de l'Atlantique, mêmes opérations de marketing des mêmes types de magasin pour suggérer le cadeau idéal...

Alors une bonne fête à tous les pères qui lisent ce blog là-bas et ici.

En Suisse, la fête a eu lieu le 9 juin. En Belgique, c'était la semaine dernière. Décalage...

Le père n'est pas le personnage le plus présent dans le tango. La mère a un bien meilleure place. Pourtant, un tango de 1956 parle justement du père, du père savetier : Mi viejo el remendón que vous pouvez écouter chanter par son auteur, Alberto Mastra, dans un enregistrement uruguayen grâce à Todo Tango.

Il existe d'autres grands et beaux hommages au père : c'est Nonino, que Astor Piazzolla composa en hommage à son père à Paris, en 1955, lorsqu'il décida de renouer avec le tango, sous l'influence bienfaitrice de Nadia Boulanger, prestigieux professeur de composition qui fut aussi celui de George Gershwin, puis Adiós Nonino lorsque ce père mourut, c'est Padre que Acho Manzi écrivit deux ans après la mort de son père, Homero Manzi (traduit dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, sorti aux éditions du Jasmin en mai 2010) et c'est aussi Último paseo (dernière promenade) où Horacio Ferrer raconte un dialogue d'outre-tombe avec son père, trop tôt disparu (et que j'ai présenté dans le cahier d'hommage à ce poète que j'ai publié il y a deux ans, en juin 2008, dans le numéro 20 de la revue Triages, aujourd'hui encore au Marché de la Poésie de Paris, au stand des Editions Tarabuste, jusqu'à la clôture de la manifestation ce soir).

samedi 19 juin 2010

La Academia Nacional del Tango souffle ses 20 bougies avec le Plenario exceptionnel de lundi [à l'affiche]

La Academia Nacional del Tango a été fondée le 28 juin 1990, c'est l'une des rares occurrences dont les Argentins ont lieu de se réjouir lorsqu'ils repassent en souvenir les deux mandats présidentiels de Carlos Menem. Le lundi 21 juin 2010, cette institution célébrera donc cet anniversaire dans ses locaux de la Avenida de Mayo, dont je vous ai si souvent parlé ici.

Ce sera un Plenario. Donc début à 19h30 comme d'habitude. Entrée libre et gratuite comme toujours. Un tango rituel, une conférence et un espace artistique pour finir avec, en passant, (et ça n'arrive pas tous les lundis de Plenario) la remise de deux diplômes (je vous explique ce dont il s'agit dans deux minutes...)

Là où l'on sortira de l'ordinaire, c'est avec le tango rituel. Il s'agira de Fábula para Gardel (1), musique de Astor Piazzolla et texte (en vers libres) de Horacio Ferrer... récité de vive voix par... Horacio Ferrer himself et en personne... Alors là, si vous êtes à Buenos Aires, n'hésitez pas un quart de seconde : vous annulez tout ce que vous aviez déjà prévu et vous y allez. De toute manière, ce ne sera pas l'heure du match (vous n'imaginiez tout de même pas qu'un Plenario pouvait se tenir en même temps qu'une rencontre quelconque de coupe du monde !)

Après le tango rituel, il y aura donc cette double remise de diplômes. En fait, en Argentine, un diplôme c'est un très beau papier, qu'il faut encadrer dans son bureau, et qui dit quelque chose comme : Telle institution à Monsieur ou Madame X pour le travail qu'il (elle) a accompli à telle occasion. Le tant.

Et en l'occurrence, les deux diplômes sont des documents émanant de la Legislatura Porteña qui ont été votés à l'initiative du député Raúl Puy et qui disent :

La Legislatura de la Ciudad de Buenos Aires,
a la Academia Nacional del Tango
en el 20º aniversario de su fundación.
28 de junio de 2010

Vous avez déjà compris : La Chambre législative de la Ville de Buenos Aires à la Academia Nacional del Tango (je ne traduis pas) pour le 20ème anniversaire de sa fondation. 28 juin 2010.

La Legislatura de la Ciudad de Buenos Aires,
a Horacio Ferrer,
creador y primer presidente
de la Academia Nacional del Tango
en el 20º aniversario de su fundación
–28 de junio de 2010–

C'est la même chose. On a juste ajouté (mais vous le saviez déjà si vous êtes un lecteur régulier de Barrio de Tango, ce blog), que Horacio Ferrer est le créateur (le fondateur) et le premier président de l'institution.
Et ça fait 20 ans que ça dure et ce n'est pas nous qui nous en plaindrons.

Après cette émouvante cérémonie (je mets ma main au feu qu'elle sera émouvante, vu la difficulté que ça a été, de la fonder, cette Académie nationale !), Horacio Ferrer prendra la parole en qualité de conférencier de la soirée et il parlera des Voix et des styles prégardéliens jusqu'en 1917 (2). Vous allez apprendre plein de choses sur José Betinotti, sur Gabino Ezeiza, sur Angel Villoldo, sur Alfredo Gobbi père, sur Pascual Contursi et d'autres chanteurs et chanteuses dont les enregistrements grésillent à n'en plus finir. En fait, lorsque l'on dit que le tango-canción commence en 1916 avec Mi noche triste, c'est une facilité de langage. Il y a eu des tangos à texte un peu avant. En fait, ce qui permet de date de 1916 la naissance du tango canción, c'est l'adoption par Carlos Gardel de ce tango qu'est Mi noche triste (musique de Samuel Castriota et paroles de Pascual Contursi) parce que c'est à partir de ce moment-là que Gardel se lance dans le tango et va provoquer la création de ce qui est maintenant devenu le répertoire, en allant chercher, parfois manu militari, des poètes de grande qualité comme Contursi lui-même, Celedonio Flores, Enrique Cadícamo, Homero Manzi et autres Enrique Santos Discépolo qui sont les pères du tango, comme on parle des Pères de l'Eglise...

L'espace artistique est confiée à Hilda Herrera qui enseigne à la Academia Nacional del Tango et qui interprétera au piano des oeuvres du répertoire de Gardel, qui a donné son nom au siège de la Academia Nacional del Tango : Palacio Carlos Gardel.

(1) C'est une merveille de conte qu'un père raconte à son fils au sujet de Carlos Gardel. Impossible de ne pas sentir que c'est son père que Horacio Ferrer a fait parler, son père qui était un excellent professeur d'histoire qui a laissé des souvenirs vifs tant chez ses élèves que chez son fils. Et puis il y a un autre point qui mérite d'être souligné dans ce texte à la poésie exceptionnelle : Horacio Ferrer parvient à ne prendre aucun parti sur la querelle du lieu de naissance de Carlos Gardel, une querelle qui divise profondément ses deux pays, l'Uruguay où il est né et l'Argentine dont sa mère était originaire et où il vit depuis la fin des années 60. Au dessus de son bureau, à la Academia Nacional del Tango, il y a un gigantesque portrait de Carlos Gardel d'un côté et un autre, tout aussi, immense, de Aníbal. Les souvenirs de Astor Piazzolla sont sur un autre mur.
(2) Mutatis mutandis et toute révérence gardée envers le Maestro, votre servante causera d'à peu près la même chose à Paris mais en français : du tangó au tango, des origines à Gardel, pour la fête de la musique, le même jour, lundi 21 juin 2010, à peu près à la même heure (sauf décalage horaire), à 18h (là, en revanche, ça s'approchera de l'heure du match Suisse-Chili. Donc pour les Suisses et les Chiliens qui vivent à Paris....), et ce sera aussi entrée libre et gratuite. Avec un espace artistique puisqu'un orchestre d'enfants et d'adolescents devraient venir nous jouer du tango. Pourtant, je n'ai pas copié. C'était décidé bien avant avec la patronne de la librairie Pippa, 25bis rue du Sommerard, dans le Quartier Latin, qui est à Paris aux yeux des Portègnes ce que la Avenida de Mayo est à Buenos Aires...

Cucuza, Sebastián Zasali et Moscato à la Peña del Colorado mercredi [à l'affiche]

Affiche diffusée par Cucuza

Le chanteur Cucuza (Hernán Castiello), le bandonéoniste et pianiste Sebastián Zasali et le guitariste Moscato (Maximiliano Luna) se produiront ce mercredi 23 juin à 21h30 à la Peña del Colorado, une salle du quartier de Palermo, au nord de Buenos Aires, située rue Guëmes au numéro 365.

Entrée : 25 $ (il faut que je révise la valeur de change du peso argentin et du peso uruguayen dans la partie médiane de la Colonne de droite. Quand on voit la chute de l'euro ces dernières semaines !!!!)

Je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises de ces artistes, en particulier de Cucuza et Moscato dont le rythme des activités s'est beaucoup accéléré depuis un an. Vous pouvez vous en convaincre en lisant les autres articles les concernant. Comment faire pour ça ? Il suffit de cliquer sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus (sous le titre de cette entrée) ou dans la rubrique Vecinos del Barrio, dans la partie haute de la Colonne de droite. Tous les articles sortiront, en commençant par le plus récent.

Vous disposez également d'un lien vers leurs pages Myspace respectives, dans la rubrique Grillons, zorzales et autres cigales, située dans la partie basse de la Colonne de droite, réservée aux liens vers les sites externes.

Sur l'affiche je vous laisse déguster le jeu de mots du titre : tango y piano, piano (dans un cas l'instrument de musique, dans l'autre cas l'annotation interprétative en italien qui veut dire doucement).
Le tango, contrairement à ce que l'on croit souvent, cela sert aussi à rigoler...

Angel, Ruth et les autres : retour au Musetta Café ce soir à 20h [à l'affiche]

L'auteur-compositeur interprète et guitariste Angel Pulice, sa partenaire la chanteuse et accordéoniste Ruth de Vicenzo et les membres de leur sextette, Carolina Cajal (la contrebassiste qui joue aussi avec China Cruel), Pablo Covasevic et Emiliano Faryna (guitare) et Nacho Peralta (guitare basse) se retrouvent ce soir, samedi 19 juin 2010, à 20h, au Musetta Café où ils jouent régulièrement depuis quelques mois. Cela se situe à Billinghurst 894 (presque à l'angle avec l'avenue Tucumán).

Rien n'est dit du prix. Le spectacle sera sans doute encore une fois au chapeau (a la gorra).

Le groupe et son animateur ont eu récemment les honneurs du supplément culturel du quotidien national Página/12. Cliquez sur le nom de Angel Pulice pour accéder à l'ensemble des articles que Barrio de Tango (ce blog) lui a déjà consacrés. Les mots-clés à cliquer se trouvent dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus. Sinon, vous disposez de nombreux autres raccourcis tout au long de la partie haute de la Colonne de droite.

Le règne de la publicité enfin menacé près de l’Obélisque [Actu]

C'est une jolie victoire contre la pollution visuelle que vient de remporter une poignée de députés de la Legislatura Porteña avec cette décision prise par un juge de la Ville Autonome de faire éteindre un gigantesque panneau publicitaire pour un soda (gaseosa) installé le long de la Avenida 9 de Julio, à la hauteur de l'Obélisque, autrement dit au carrefour de deux grosses avenues à l'intense trafic automobile : Corrientes et 9 de Julio.

En ce moment, on est en hiver à Buenos Aires. La nuit tombe très tôt. La nuit à peine tombée, c'est donc l'heure de pointe sur ces deux avenues. Le juge a par conséquent donné raison aux députés et estimé que cette publicité était très dangereuse pour les conducteurs dont elle pouvait capter le regard.

Il a donc ordonné que le panneau soit éteint et justifié sa décision à partir des dispositions de la loi qui régit la publicité (à voir celle qui s'étale partout à Buenos Aires, on pourrait douter qu'une telle loi existe mais enfin, puisqu'un juge le dit...) et en constatant qu'aucune étude préalable n'a été effectuée par l'annonceur sur l'impact sur la sécurité routière.

Jusqu'à ce jour, lorsque j'ai pris des photos du coin, j'ai toujours tenté d'éviter de faire trop entrer dans le champ l'armée de panneaux et d'affiches qui encombre l'horizon, aux quatre points cardinaux. Mais je pense qu'en août, j'en prendrai, histoire de vous montrer les dégâts de la pollution visuelle qui se développe dans ce coin si emblématique de la ville. Si j'en crois la photo qui orne l'article de Página/12, il semblerait bien que les lumières de Coca faisait face à la devanture agressive de Mac Donald. Ils ont fait un pack pour amocher les villes du monde entier, ces deux-là... Vive le Cola Auvergnat (pas mauvais du tout) qui a sponsorisé en avril un concert du trio franco-argentin Taquetepa à Ceyrat en plein massif central ! (voir mon article du 24 avril 2010 sur ce concert).

Pour découvrir les attendus de ce jugement plein d'espérance, lire l'article du 17 juin sur le site de Página/12.

Le cinquantenaire du Teatro San Martin [à l'affiche]

Le Teatro San Martín, qui est installé dans la Avenida Corrientes, au numéro 1530, et qui abrite tout un complexe culturel de plusieurs salles ainsi que les studios de radio de La 2 x 4 et la 11.10, les deux radios publiques de Buenos Aires, s'apprête à célébrer son cinquantenaire par un ensemble de manifestations, dont une exposition photographique, à partir de mardi 22 juin 2010 et ce pendant une semaine.

Au programme, il est prévu de rendre hommage à plusieurs maîtres du théâtre tous pays confondus : des extraits de Stéfano de Armando Discépolo, le frère aîné du poète et compositeur de tango Enrique Discépolo lui-même acteur et dramaturge de formation, Les trois soeurs de Tchekov, Un ennemi du peuple de Henrik Ibsen et Galileo Galilei de Berthold Brecht. Ballet, marionnettes et concerts de chanteurs et de musiciens sont aussi prévus. Certaines soirées sont réservées à la presse et au personnel, d'autres sont pour le public. On attend en particulier les artistes complètes que sont Sandra Guida et Alejandra Radano (1), danseuses, chanteuses et comédiennes que le public parisien a pu applaudir l'hiver dernier dans le triptyque d'Alfredo Arias au Théâtre du Rond-Point (voir mes articles sur ces trois spectacles, dont deux seront repris en avril prochain, sur la même scène proche des Champs-Elysées). Leur spectacle sera accompagné par Diego Vila. On attend aussi les bandonéonistes et compositeurs Rodolfo Mederos et Walter Ríos.

Et puis prochainement, le théâtre fermera sans doute pour des grands travaux de rénovation, qui seront confiés à l'équipe qui vient d'achever, si laborieusement, ceux qui ont remis à neuf (avec trois ans de retard à la livraison) le Teatro Colón, qui est l'Opéra de Buenos Aires, réouvert le 24 mai dernier, pour fêter les 200 ans du pays.

Pour en savoir plus sur la série de manifestations :
lire l'article de jeudi dernier sur le site de Página/12.

(1) Alejandra Radano est actuellement à l'affiche de Clásica y Moderna. Voir mon article du 2 juin 2010 à ce sujet.

25 regards/200 minutes ou le Bicentenaire célébré en courts-métrages [à l’affiche]

Jeudi soir, le 17 juin 2010, a commencé à Buenos Aires une manifestation cinématographique consacrée à la célébration du bicentenaire de l'indépendance du pays.

L'idée a été de donner à 25 réalisateurs et réalisatrices argentins (pour symboliser le 25 mai 1810) toute liberté pour raconter leur vision des 200 ans d'histoire de l'Argentine sous la forme d'un film de 8 minutes. Ce qui mis bout à bout nous donnera 200 minutes de pellicule filmé.

Les 25 courts-métrages seront projetés dans une centaire de salles de tout le pays et par le réseau des Espaces de l'INCAA (l'institut national des arts audiovisuels en Argentine) et un peu plus tard, ils passeront aussi sur les deux chaînes publiques de télévision, Canal 7, la chaîne généraliste, et Encuentro, la chaîne culturelle et éducative.

Vous en saurez plus grâce à l'article (la fête continue) que César Ranzani a consacré jeudi à la une du supplément culturel de Página/12 à ce cycle national, qui répond à une initiative du Secrétariat d'Etat à la Culture, dont le titulaire est un ancien directeur de l'INCAA.

Les Albicelestes soutiennent la candidature de Abuelas au Prix Nobel [Actu]

La présidente de Abuelas de Plaza de Mayo, Estela de Carlotto, était à la fin de la semaine dernière en Afrique du Sud, dans le cadre de sa tournée pour soutenir la candidature de l'association au prix nobel de la Paix, présenté par le Sénateur Daniel Filmus, ancien ministre de l'Education nationale en Argentine (Partido Justicialista). Elle devait rencontrer Nelson Mandela qui a décommandé l'entrevue, après le décès accidentel d'une arrière petite-fille la veille de l'ouverture de la Coupe du Monde de Football.

En revanche, la militante des droits de l'homme a été reçue par la sélection argentine qui l'a invitée à assister à une séance d'entraînement suivie d'une conférence de presse, où Diego Maradona, Directeur Technique ô combien médiatique, a appuyé le combat de Abuelas (retrouver les enfants volés en bas âge à leur famille biologique par la Dictature militaire) : "nous les Argentins, nous avons le droit de savoir".

Pour en savoir plus sur cette rencontre inattendue pour nous, mais naturelle pour les Argentins, aller lire l'article de jeudi dernier sur le site du quotidien Página/12, le quotidien qui relaye le plus fréquemment les actions des associations de droits de l'homme dans le pays.

Pour mieux aborder les articles de la presse argentine ou uruguayenne, vous disposez dans ce blog d'un lien vers un outil de traduction en ligne assez fiable (même si la traduction automatique n'aura jamais la finesse et la beauté d'une traduction humaine) : Reverso. Le lien se trouve dans la rubrique Cambalache (casi ordenado) en bas de la Colonne de droite, au milieu des liens vers différents dictionnaires de langue et de traduction.

vendredi 18 juin 2010

Ce soir, conférence à l'Ecole Normale Supérieure de Paris [ici]

Ce soir, invitée par les étudiants de l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm pour leur parler du tango argentin et élargir encore un peu leur culture générale déjà vaste, il est plus que probable que je n'aurai pas l'occasion de publier d'autres articles.

Prochains billets au cours du week-end.

Hier, des soucis hors tango ne m'ont pas laisser le temps de publier plusieurs articles que je m'efforcerai donc de mettre en ligne demain. Pour les amateurs de foot français (les Suisses, eux, ont récupéré le moral, en battant l'équipe espagnole), allez donc vous consoler avec les gros titres des journaux argentins ce matin : ils sont ravis, les Albicelestes ont gagné et viva Maradona otra vez...

Prochaine intervention publique de ma part : ce sera à la fête de la Musique, le 21 juin, avec une conférence et une dédicace à la librairie Pippa, 25 bis rue du Sommerard (M° Cluny La Sorbonne), à 18h jusqu'à 22h.