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jeudi 15 septembre 2022

Alfredo Arias sort son film sur Evita [à l’affiche]

L'affiche rédigée en français
au festival de Biarritz
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Présenté au Festival de cinéma latino-américain de Biarritz et distingué au BAFICI, le festival de cinéma de Buenos Aires plus tôt dans l’année, le long métrage Fanny camina (les déambulations de Fanny) de Alfredo Arias et Ignacio Masllorens sort cette semaine sur grand écran dans la capitale argentine.

Sept séances exceptionnelles au cœur d’un des plus impressionnants théâtres publics de Buenos Aires, le Teatro San Martín, avenida Corrientes 1530, dans la Sala Leopoldo Lugones. Tous les soirs à 18h, d’aujourd’hui jusqu’au 23 septembre 2022, au prix général de 450 $ ARG (avec une réduction réservée aux étudiants et aux retraités, sur justificatif, soit une entrée à 250 $ ARG).

"Fanny Camina - Ville fantôme", dit le gros titre
à la une du supplément culturel quotidien de Página/12
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Ce film se saisit de la figure d’une étoile du cinéma argentin, l’actrice Fanny Navarro qui connut Evita Perón, dont on célèbre les 70 ans de la mort cette année. Fanny Navarro devint une péroniste engagée. Arias la fait se promener dans Buenos Aires, perdue dans le temps, ni sous Perón ni aujourd’hui ou un peu tout cela à la fois, et à travers cette déambulation, les deux cinéastes évoquent la figure mythique qu’est devenue Evita dans l’imaginaire et la mémoire collective des Argentins.

Il s’agit d’une coproduction franco-argentine.

Alfredo Arias a fait appel à ses acteurs préférés, comme toujours !

Página/12 saisit l’occasion et interviewe les auteurs, tout en consacrant deux pages au film.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12 en une de son supplément culturel quotidien
lire l’article annexe de Página/12
lire la présentation du film par le Festival de Biarritz (en français)
lire la fiche du film dans l’encyclopédie en ligne du cinéma argentin, Filmaffinity (en espagnol)
lire la présentation du film sur le portail du Complejo Teatral de la Ciudad de Buenos Aires, auquel appartient le San Martín.

vendredi 10 avril 2015

Deux idoles argentines au San Martín à la sauce Alfredo Arias [à l'affiche]


Alfredo Arias se replonge dans ses années d'enfance lorsqu'il avait neuf ou dix ans et que régnaient deux grandes dames de l'époque péroniste, l'une sur le petit écran (dans une cuisine improbable quoique apparemment tout à fait réaliste) et l'autre sur le grand écran. La première s'appelle Doña Petrona (et accessoirement Doña Petrona C. de Gandulfo), l'autre s'appelle Fanny Navarro et fut l'une des grandes vedettes du cinéma argentin de la haute époque péroniste.

Les deux spectacles sont donnés à partir de cette semaine au Centro Cultural San Martín, Sarmiento 1551.

Prix : 90 $ ARG. Cela vaut vraiment le coup.

Le premier spectacle, Comedia Repostera (comédie du dessert) de et par Alfredo Arias, est une fantaisie sur l'univers gastronomique assez peu réaliste de la diva des fourneaux qui inventa l'émission de cuisine à la radio et à la télévision en Argentine et qui lança la mode des livres de recettes dans le pays (je vous ai déjà parlé d'elle en février dernier à propos d'un essai qui vient de paraître sur la sociologie de cette émission et de ses conséquences dans l'imaginaire télévisuel argentin). Il met en scène l'auteur et sa comédienne fétiche, Alejandra Radano. Le spectacle utilise le livre de Doña Petrona et fait lire par Alejandra Radano ses recettes les plus délirantes et les moins réalisables. Comedia Repostera commence ce soir, vendredi 10 avril à 20h30, et se donnera par la suite les mardis, vendredis et dimanches, à la même heure.

L'autre spectacle a été écrit par Gonzalo Demaría et mis en scène par l'artiste argentino-français. Il évoque la figure dramatique de Fanny Navarro, une actrice née en 1920 et décédée en 1971, amie personnelle de Evita (elles avaient le même âge à quelques mois près) et maîtresse supposée du frère de celle-ci, Juan Duarte, qui mourut assassiné. Reprenant le titre d'un des films les plus célèbres de la carrière de Navarro, Deshonrada (déshonorée), et suivant le fil de l'intrigue de celui-ci, la pièce raconte l'arrestation imaginaire de l'actrice après l'assassinat de son prestigieux et sulfureux amant, qu'elle est soupçonnée d'avoir tué. Fanny Navarro est restée dans la mémoire populaire comme une icône de l'époque péroniste et elle a payé le prix de son engagement politique et personnel en subissant l'exclusion du monde du cinéma et du spectacle après le renversement du général, comme Nelly Omar ou Hugo del Carril. Mais dès la fin de 1952, elle se trouva en fort mauvaise posture : Perón ne l'aimait pas et tant Eva que son frère étaient décédés. Elle se retrouva dès lors sans protection dans une Argentine qui n'était guère tendre...
Deshonrada réunit sur la scène du San Martín Alejandra Radano et Marcos Montes.
La première a eu lieu mercredi et la pièce se donnera les mercredis, jeudi et samedis à 20h30.


Ce n'est pas la première fois que Alfredo Arias s'intéresse à ces deux thèmes liés au monde de son enfance et fort peu exploitables dans la partie francophone et européenne de sa carrière. En remontant sur plusieurs années, on trouve des articles de presse variés sur les différents avatars de ces deux sujets dans l'œuvre ariasienne.

Pour aller plus loin :
lire la présentation par Alfredo Arias sur le site du Centre culturel
lire l'interview de Alfredo Arias dans La Nación du 4 avril
lire l'article de El País (Montevideo) du 30 mars
lire l'article de Página/12 sur une manifestation précédente (édition du 10 juin 2010).

Sur Fanny Navarro :
lire la fiche de l'actrice sur le site Cine Nacional (avec filmographie complète) et sa biographie sur celui de l'Association des acteurs argentins
lire l'article de Página/12 du 9 décembre 2012 sur une autre pièce portant sur cette même figure mythique
lire l'article de La Nación du 15 juillet 2012
lire l'article de La Nación du 13 juin 2004.

samedi 15 septembre 2012

Un nouveau (double) spectacle d'Alfredo Arias à Paris [ici]



Je suis rentrée trop tard de Buenos Aires et avec trop d'inquiétudes et de chagrin sur le cœur pour m'occuper de prendre une place à ces deux spectacles, rassemblés sous le titre de Buenos Arias, que l'auteur et metteur en scène argentin Alfredo Arias propose depuis le 7 septembre 2012 au public parisien, comme deux nouvelles déclinaisons autour de la ville de Buenos Aires, de sa culture, de sa vie [et de ses rêves] artistique[s], avec les deux actrices-chanteuses-danseuses qui avaient tant emballé les Français il y a deux ans, Sandra Guida et Alejandra Radano. A leur côté, il dirige aussi Antonio Interlandi et tient lui-même l'indispensable rôle du quatrième mousquetaire, dans une structure qu'il répète souvent d'un spectacle évocation à un autre.

Le spectacle se donne jusqu'au 30 septembre 2012, au théâtre Le Petit Montparnasse, 31 rue de la Gaité, dans le 14ème arrondissement.
19h15 : Hermanas, une évocation des grands duos de chanteuses-jumelles (vraies ou fausses) de l'histoire du music-hall, 26 € en tarif plein
21h : Cinelandia, un hommage au cinéma argentin, très mal connu en Europe mais qui connut un âge d'or dans les années 40 et retrouve actuellement une belle et grande forme, 32 € en tarif plein
L'ensemble de la soirée est au prix de 46 € (au tarif plein).

N'ayant pas vu ce spectacle, je n'en ferai pas de compte-rendu comme j'avais pu le faire pour le triptyque donné au Théâtre du Rond-Point (cliquez sur le nom d'Alfredo Arias dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus pour accéder à mes articles sur cette production antérieure), mais j'ai d'ores et déjà eu de très bons échos de la part de personnes en qui j'ai toute confiance. Ce qui n'est pas pour me surprendre... Donc s'il reste encore des places, c'est l'heure de vous décider. De mon côté, je retourne me plonger dans les projets de la rentrée. Le premier d'entre eux vous sera sans doute présenté dans ce blog dès lundi ou mardi au plus tard.

Pour aller plus loin :
voir la bande-annonce vidéo des spectacles

mercredi 20 octobre 2010

Savoir choisir son spectacle à Paris... et attendre si besoin est ![ici]

Actuellement, le spectacle de tango for export (entendez de tango pour gogos d'étrangers) O Tango couvre certains murs du métro parisien, pour deux semaines de représentations au Casino de Paris au début du mois de novembre. J'ai déjà parlé de ce spectacle qui fait sa tournée annuelle en France toujours en automne. Je vous renvoie donc à cet article du 27 octobre 2009 qui vous dit ce que j'en pense.

Pour le reste, c'est cher et pas très authentique. Libre à vous d'y aller bien entendu, à Paris ou partout ailleurs en France où la troupe va certainement se produire, si vous aimez le cliquant et le cliché.

Si ce que vous recherchez, c'est le tango authentique, je vous invite à prendre plutôt votre mal en patience...

Vous allez avoir un très beau tour de chant le samedi 5 février 2011 à 20h au Théâtre des Champs-Elysées, avec des prix s'étageant entre 82, 67 et 42 € : le spectacle est celui que la chanteuse allemande Ute Lemper vient de présenter à Buenos Aires même et dans d'autres villes argentines, Last Tango in Berlin, un répertoire où elle chante du tango en espagnol, notamment du Piazzolla-Ferrer, en le revisitant dans sa tradition du cabaret berlinois de l'époque de la République de Weimar. Vous pouvez d'ores et déjà vous informer sur cette soirée délectable en lisant les larges extraits de l'interview qu'a donnée la chanteuse au quotidien Página/12 et que j'ai traduits dans un article du 5 octobre 2010 dans les colonnes de ce blog.
La réservation est ouverte au théâtre et sur son site.


Vous aurez aussi le retour en avril 2011 de deux volets du triptyque tango qu'Alfredo Arias présentait il y a un an avec les chanteuses-danseuses-comédiennes argentine Alejandra Radano et Sandra Guida au Théâtre du Rond-Point. Les deux spectacles qui reviendront au Rond-Point sont Tatouage (du 12 au 25 avril, à 21h), que la troupe vient de présenter avec succès au Teatro Presidente Alvear à Buenos Aires, et Cabaret Brecht Tango Broadway (du 13 au 23 avril, à 18h30), qui fait admirablement la paire avec le tour de chant d'Ute Lemper. Pour le tango Piazzolla-Ferrer, il faut voir Tatouage plutôt que Cabaret, mais Cabaret, c'est rudement bien aussi. Pour un répertoire toutes époques, tous auteurs, vous pouvez aller voir l'un ou l'autre volets et l'un et l'autre, c'est encore mieux.

Pour vous informer sur ces spectacles, vous pouvez lire l'ensemble d'articles que je leur ai consacrés dans ce blog en cliquant sur ce lien ou en cliquant sur l'un ou l'autre des noms des artistes dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

La place en tarif plein est à 31 € (il y a toute sorte de réductions pour les plus de 60 ans, les moins de 30 ans, les chômeurs et intermittents du spectacle, et les 12-25 ans titulaires de la Carte Imagin'R). Et on peut déjà acheter les places sur le site et sans doute aussi aux caisses du théâtre. Sur le site du théâtre, vous trouverez un diaporama de photos, des extraits audio et vidéo des spectacles.

Alors franchement, ça vaut le coup d'attendre et de garder vos sous, vos oreilles et vos yeux pour des artistes qui vivent le tango de l'intérieur.

Pour réserver le spectacle d'Ute Lemper, cliquez sur le lien.

Pour réserver Tatouage, cliquez sur le lien.
Pour réserver Cabaret Brecht Tango Broadway, cliquez sur le lien.

vendredi 6 août 2010

Nouvelle interview d’Alfredo Arias pour la première de Tatuaje ce soir [à l’affiche]

Ce soir, au Teatro Alvear, c’est la première de la version argentine de Tatouage, l’une des trois pièces qu’Alfredo Arias avait présentées à Paris de novembre 2009 à la mi-janvier 2010 (voir mon article du 27 octobre 2009 à ce propos, déjà à l’occasion d’une interview dans le même quotidien). Même mise en scène, mêmes costumes, même distribution. Et visiblement, l’événement fait du bruit dans Buenos Aires (j’ai hâte de voir ce que ça donne dans cette grande salle à l’italienne et surtout comment le public là-bas réagit, si toutefois il reste des places lorsque je serai sur place…) : Alfredo Arias a été interviewé la semaine dernière par Clarín, son spectacle fait l’objet d’un article sur le Portail de la Ville de Buenos Aires (le Teatro Alvear est un théâtre public dépendant du Ministère de la Culture portègne) et ce matin, il est à la une du cahier culturel de Página/12 (photo ci-contre) avec une assez longue interview où il explique, dans sa langue maternelle, ce qu’il a voulu dire dans la pièce et comment il s’y est pris.

Pour tous ceux qui ont déjà vu la pièce et ont pu lire les textes de présentation du programme, cette interview est bien entendu des plus intéressantes (pour autant que lire de l’espagnol ne vous fasse pas peur). Pour les autres, peut-être convient-il maintenant d’aller d’abord voir la pièce avec toutes les informations que vous pouvez collecter à travers les articles et les autres auxquels je renvoie…

En novembre 2009, CultureBox, le site culturel de France 3, avait mis en ligne un reportage monté à Paris sur le triptyque qui se jouait alors au Théâtre du Rond Point. Vous pouvez toujours le voir en cliquant sur le lien et une fois sur la page de ce reportage, il vous suffira de cliquez sur l’onglet, En savoir +, pour trouver le lien que l’équipe du site a installé vers Barrio de Tango. Vous pouvez donc quitter ce blog et y revenir ensuite pour continuer à lire les infos concernant l’actualité du genre sur les bords du Río de la Plata.

Sur CultureBox, vous pouvez également visiter la page qui rassemble les différents reportages liés à Alfredo Arias et avoir ainsi en plus un aperçu des Oiseaux d’Aristophane qu’il a mis en scène au printemps à la Comédie Française, avec Catherine Hiegel, dont cette comédie de la Grèce Antique, très, très largement adaptée et remise au goût du jour, a été la dernière apparition sur la scène du Français, puisque le Conseil d’Administration l’avait déjà contrainte à se retirer, à la grande surprise de nombreux autres sociétaires…

Pour aller plus loin sur la reprise de Tatouage à Buenos Aires :
Lire l’annonce sur le Portail de la Ville de Buenos Aires
Lire mon article précédent, du 2 août 2010, sur l’interview accordée à Clarín la semaine dernière.
Pour voir tous les articles consacrés au spectacle dans Barrio de Tango (ce blog), cliquez sur le nom d’Alfredo Arias dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus. Pour élargir, cliquez sur le mot-clé Théâtre.

lundi 2 août 2010

Alfredo Arias et toute la troupe à l’Alvear pour une version argentine de Tatouage [à l’affiche]

Alfredo Arias et toute la troupe de Tatouage sont à Buenos Aires pour jouer la pièce avec son titre et son texte argentins (Tatuaje). Le spectacle se donnera plusieurs soirs par semaine pendant trois semaines au Teatro Presidente Alvear, Corrientes 1659.

La première a lieu vendredi 6 août d’après le site du Complexe Théâtral de Buenos Aires (Clarín avance néanmoins la date du jeudi 5 août)

Le spectacle se donnera du mercredi au samedi, à 21h, et le dimanche, à 19h30. Plus tard dans l’année, les artistes reviendront en France où une tournée de cinq mois est prévue, qui doit passer par le Théâtre du Rond-Point à Paris en avril 2011 et à Nice en mai (où les représentations auront lieu à guichets fermés. C’est déjà complet).

Prix des places à Buenos Aires du jeudi au dimanche : 50 $ à l'orchestre, 30 $ au premier balcon et 15 aux autres étages
Le mercredi (jour à prix réduit, dit jour populaire -ça existe encore à Buenos Aires) : orchestre et premier balcon à 25 $ et ailleurs à 10 $.

Photo publiée par le site de Clarín

Alfredo Arias est entouré de la même distribution qu’à l’automne dernier à Paris au Théâtre du Rond-Point : Carlos Casella, Marcos Montes, Sandra Guida et Alejandra Radano.

Ceux qui ont vu le spectacle à Paris et les lecteurs de ce blog qui ont lu mes articles à son sujet en novembre, décembre et janvier, se souviennent que ce spectacle est une évocation fantastique et passablement onirique de deux figures exceptionnelles, celle d’un chanteur espagnol homosexuel et efféminé, chassé d’Espagne par le franquisme, et celle d’Eva Perón, dont les Argentins ont célébré le souvenir, il y a quelques jours, à l’occasion des 58 ans de sa disparition (voir mon article du 27 juillet 2010).

La semaine dernière, le jeudi 29 juillet 2010, Clarín a donc saisi l’occasion pour interviewer l’auteur-metteur en scène et comédien après le succès parisien (mes lecteurs se souviennent sans doute qu’en octobre, Página/12 avait publié lui aussi une interview mais avant les représentations parisiennes… Voir mon article du 27 octobre 2009)

Extraits de l’interview :
Aunque su vida transcurre desde hace décadas en París y es uno de los directores de elite en la escena europea, cada visita a la Argentina lo ubica en una situación singularmente sensible. “Me he relatado como un argentino en idioma francés y es difícil unirse emotivamente a la lengua extranjera”, dice. “Con los años me di cuenta que me he refugiado en otra cultura, la francesa. Por eso en Buenos Aires me conmueve y fragiliza enormemente decir cosas en español. Hace poco fui a un médico por un resfriado y me preguntó ¿De dónde venís? Tenés un acento ... y eso me arruinó el día. Me siento profundamente argentino, a pesar de haber vivido cuarenta años en Francia.”
Clarín

Bien qu’il ait fait sa vie depuis plusieurs décennies à Paris et qu’il soit l’un des metteurs en scène très recherché de la scène européenne, chaque visite en Argentine le place dans une situation singulièrement délicate. "Je me suis identifié comme Argentin de langue française et c’est difficile de s’unir à la langue étrangère sur le plan émotionnel, dit-il. Avec les années, je me suis rendu compte que je m’étais réfugié dans une autre culture, la culture française. A cause de ça, à Buenos Aires, dire des choses en espagnol, ça me touche et me fragilise énormément. Il y a peu, je suis allé chez le médecin pour un rhume et il m’a demandé : «d’où viens-tu ? Tu as un accent...» et ça m’a fichu la journée en l’air. Je me sens profondément argentin, même si j’ai passé quarante ans en France".
(Traduction Denise Anne Clavilier)

De la marca que le dejó Evita, dice Arias: “Yo fui un niño peronista. En mi familia eran radicales y yo milité individualmente por Eva Perón. Tengo su imagen ligada a una expectativa: de chico me imaginaba que ella iba a pasar por mi barrio regalando juguetes en un tren. Fue un personaje fantasma, nunca la vi, pero la aspiración de acercarme y de cultivarla como una especie de esperanza de algo diferente, extraordinario, me hizo mantener esa actitud hacia ella”.
Clarín

De l’empreinte qu'Evita a laissée sur lui, Arias dit : "J’ai été un enfant péroniste (1). Dans ma famille, on était radical (2) et moi, j’ai milité personnellement pour Eva Perón. Son image est chez moi liée à une attente : petit, je m’imaginais qu’elle allait passer en train dans mon quartier en distribuant des jouets. Elle a été un personnage phantasme, je ne l’ai jamais vue mais l’aspiration à m’approcher d’elle et à la soigner comme une espèce d’attente (3) de quelque chose de différent m’a fait maintenir cette attitude envers elle".
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Sur le chanteur Miguel de Molina, qui partage la pièce avec le personnage d’Evita, Alfredo Arias parle des innovations artistiques qu’il apporta à la scène et cette identité sexuelle ambigüe qui provoquait les hommes et en laissait pas les femmes indifférentes. Puis l’interview se prolonge :

¿Piensa que la homosexualidad era también una situación política que molestaba en la época?
No, creo que la poesía y lo extraño del personaje era lo que irritaba. El mismo lo dice: Si hubo otras más locas que yo, ¿por qué me persiguieron a mí? Tampoco era un personaje tan desencajado. La persecución va a buscar la poesía, del mismo modo que mataron a Lorca, también lo persiguieron a él. Lo que se cuenta en la historia de su vida que decidí incluir en este espectáculo es que fue un homosexual quien lo persiguió, un tipo que formaba parte del gobierno español, que hizo de su persecución un objeto de odio. Molina despertaba su deseo y a veces la gente quiere matar antes de exhibir lo que le pasa.
Clarín

Vous pensez que l’homosexualité était aussi une situation politique qui gênait à l’époque ?
Non, je crois que la poésie et le côté étrange du personnage, c'était ça qui causait de l’irritation. Lui-même le dit : "S’il y avait d’autres folles que moi, pourquoi m’ont-ils persécuté, moi ?" D’ailleurs, ce n’était pas non plus un personnage aussi disjoncté que ça. La persécution s’acharne sur la poésie, de la même manière qu’ils ont tué Lorca, ils l’ont persécuté, lui. Ce qui est raconté dans l’histoire de sa vie et que j’ai décidé de mettre dans le spectacle, c’est que c’est un homosexuel qui l’a persécuté, un type qui faisait partie du gouvernement espagnol, qui, en le persécutant, en a fait un objet de haine. Molina suscitait son désir et parfois, les gens préfèrent tuer plutôt que de montrer ce qui leur arrive.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

¿Cómo considera su diálogo con el público argentino?
Es algo sincopado. Porque en Francia tengo una continuidad, saben mi historia, tenemos lugares donde nos esperan. En Niza, por ejemplo, tenemos vendidas las entradas para nuestras funciones en mayo. Aquí es diferente. Yo lo veo así: esta ciudad es un laboratorio de mi memoria, con situaciones infinitas que enfrento. Lo que pase, lo acepto como venga y como sea con el público que esté ahí.
Clarín

Quel regard jetez-vous sur votre dialogue avec le public argentin ?
C’est un truc syncopé. Parce qu’en France, j’ai une continuité, on connaît mon histoire, il y a des lieux où l'on nous attend. A Nice par exemple, toutes les places sont déjà vendues pour nos représentations de mai. Ici, c’est différent. Moi, je vois ça comme ça : cette ville est un laboratoire de ma mémoire, avec des situations infinies que j’affronte. Quoi qu’il arrive, je l’accepte comme ça vient et avec le public qui est ici.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

L’interview se termine sur les projets cinématographiques de l’artiste. Je vous laisse découvrir dans l’article de Clarín de quoi il retourne…

Pour aller plus loin :
Lire l’entrefilet de Clarín sur l’album souvenir d’une admiratrice de Miguel de Molina
Consulter la page du spectacle sur le site du Complejo Teatral de la Ciudad de Buenos Aires
Pour lire les autres articles déjà parus dans Barrio de Tango sur ce spectacle, cliquez sur le nom d’Alfredo Arias dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, ou sur les noms des deux interprètes féminines qui se sont produites récemment à Buenos Aires à l’occasion du Bicentenaire, entre autres…

(1) Voir à ce sujet ce qu’il en dit dans son livre de souvenirs, écrit avec Hervé Pons, L’écriture retrouvée, aux éditions du Rocher, mars 2008. Il a complètement viré sa cutie depuis et tient des propos très anti-péronistes aujourd’hui. Il faut dire qu’il a été sérieusement échaudé, dès son arrivée à Paris, par les persécutions qu’il a subies de la part de gros bras de l’extrême-droite française utilisés par Perón depuis son exil espagnol pour faire interrompre la pièce qu’il venait de monter, une oeuvre de l'Uruaguayen Copi, parlant déjà, de manière peu orthodoxe, du personnage qu'est Evita.
(2) Les radicaux, militants ou proches de l’UCR, sont, comme les péronistes, des nationalistes à forte dimension sociale. Quand, à travers un coup d'Etat éclatant et populaire, Perón a surgi dans l'arène politique au début des années 40, après le déclin qu'avait fait subir à l'UCR la Década Infame (1930-1943), le vieux parti des années 1890 vit en lui un terrible et redoutable concurrent (ce qu'il fut), voire un usurpateur de la place légitime que l'UCR s'était forgée dans l'histoire de l'Argentine et qu'elle n'a jamais récupérée depuis. Aujourd'hui encore, radicaux et peronistes se regardent en chiens de faïence et la toute première tentative de coopération entre ces deux grands partis de gouvernement installés à gauche, sous la forme d'une plateforme électorale formée par Cristina Kirchner et Julio Cobos, n’a pas fait long feu. Elle a lamentablement échoué comme le prouvent les relations détestables que la Présidente et le Vice Président, arrivés au pouvoir en décembre 2007, ont depuis juillet 2008. Aussi quelles que soient par ailleurs les bizarreries des adultes qui entouraient Alfredo Arias dans son enfance, son inscription tout minot (pas vraiment légale) aux jeunesses péronistes ne pouvait que très fortement déplaire à ses parents. Ce pourquoi il dit l'avoir fait.
(3) Alfredo Arias utilise un verbe et un substantif qui recouvrent deux significations différentes en français : espérer et attendre.

mardi 5 janvier 2010

Interview d'Alfredo Arias sur Télérama Radio à l'occasion du succès de son triptyque tango [ici]

Sans doute ne serais-je pas revenue pour ce tryptique qui rencontre un succès phénoménal au Théâtre du Rond-Point sans l’interview d’Alfredo Arias que Télérama Radio vient de mettre en ligne, en libre accès par téléchargement et sous forme de podcast. Une interview conduite par la chroniqueuse musicale Fabienne Pascaud, d’un peu plus de 45 minutes, où le dramaturge et comédien revient sur les quarante ans de son parcours théâtral en France et les quelques années qu’il a vécues en Argentine, sous un régime de plus en plus répressif vis-à-vis des artistes contestataires, ce qui l’a contraint à choisir l’exil en 1968.

Au cours de cet entretien, il s’explique longuement sur ce que représente pour lui Eva Perón et la tendresse qu’il voue à cette femme du peuple, comme lui, et qui a su rester du peuple tout en accédant au plus haut niveau de pouvoir politique de son pays. Eva Perón, sous le nom d’Eva del Sur, est l’un des deux personnages principaux du deuxième volet du triptyque, Tatouage, dont j’ai déjà parlé dans un article précédent.

Il parle aussi de l’Argentine, cet immense chaos d’où la vie jaillit. Il parle de son homosexualité en refusant de tenir des propos de victime (et pourtant, ce serait facile de s'abandonner à ce genre de discours - en plus, c'est plutôt à la mode, là-bas comme ici). Il déclare même avec beaucoup de force que la victimisation, dont certains milieux et groupes de pression se servent comme d’un discours politique, est en fait une imposture, qu’ils se mettent eux mêmes dans ces situations impossibles en refusant de jouer le jeu du reste de la société. Et je trouve que venant d’un Argentin, avec tout ce que l’Argentine véhicule de stéréotypes machistes et homophobes, ces propos donnent à réfléchir...

Dimanche dernier, en début de soirée, je suis allée au Théâtre du Rond Point voir le 3ème volet du triptyque, une oeuvre qui ne se donne que le dimanche, mais à deux reprises à 16h puis à 18h30. Un spectacle qui évoque le cabaret, ses numéros, son répertoire musical, le cabaret des années 30 aux années 70 : Cabaret Brecht Tango Broadway, avec les chanteuses, danseuses et comédiennes Alejandra Radano et Sandra Guida (qui jouent respectivement Conchita/Malena pour la première et Eva del Sur pour la seconde dans Tatouage en semaine) et le pianiste Ezequiel Spucches (un excellent pianiste doublé d’un bon comédien lui aussi).

Le répertoire de la soirée est un mélange de toutes les époques et de toutes les lattitudes. On passe de Buenos Aires à New-York, de Milan à Paris, de Londres à Berlin. Le tout dans un bazar savamment organisé... Côté tango, vous entendrez Nostalgias de Juan Carlos Cobián et Enrique Cadícamo interprété en soliste par Sandra Guida, Taquito Militar de Mariano Mores et Dante Gilardoni interprété par une Alejandra Radano déchaînée, à la diction précipitée (c’est le morceau qui le veut) mais aussi impeccable que grimaçante, et bientôt en un duo des deux chanteuses, Che Tango Che de Astor Piazzolla, avec un texte en français de Jean Claude Carrière qui ne m’a guère emballée (je préfère la poésie compliquée mais infiniment plus belle de Horacio Ferrer, mais enfin ! les goûts et les couleurs, n’est-ce pas ?), El Choclo de Villoldo, en trois versions aux interprétations aussi hilarantes les unes que les autres : le texte en anglais (que chanta Louis Amstrong sous le titre Kiss of Fire), le texte en italien (complètement différent) et enfin, la letra authentique, celle de ce remarquable poète que fut Enrique Santos Discépolo (1901-1951). Le morceau est interprété en duo alterné et c’est à mourir de rire. Enfin un Caminito, celui de Juan de Dios Filiberto, dans une version particulièrement déjantée, dans la letra originale de Gabino Coria Peñalosa et une version en japonais impossible à décrire, aussi caricaturale que le lieu de la Boca qui porte le nom de ce tango... Le final est un bouquet de feu d’artifice composé de trois faux bis (en fait partie intégrante du spectacle) et une apparition finale, très applaudie, d’Alfredo Arias qui vient donner lui-même les explications les plus loufoques à la dernière chanson-chorégraphie, un numéro de jumelles en miroir aussi divertissant que creux et crétin (il faut que les deux artistes aient une belle présence pour réussir ce tour de force) et que Sandra Guida et Alejandra Radano nous redonnent avec les commentaires en direct d’Alfredo Arias, debout sur un côté de la scène à côté d’elles et qui les surveille en débitant négligeament un chapelet de propos d’une platitude que le degré extrêmement poussé de leur absurdité rend parfaitement réjouissante...

Pour le reste, qui fait partie du spectacle aussi ô combien !, lumières, costumes et décor, l’économie de moyens est à l’ordre du jour comme pour les deux autres volets. Le décor reprend les panneaux noirs des deux autrs spectacles. Le chef des lumières se fait oublier. Et les comédiennes disposent de 3 jeux de tenues, intégralement noire, un costume pantalon qui évoque la mode garçonne des années 30, un fourreau-cape qui rappelle les vamps des années 40 et 50 et un costume très dénudé qui renvoit à la mode des pompom girls qui règnait dans les années yéyé.

Il serait cruel de ma part de vous dire que ce spectacle est à découvrir absolument car il est plus que probable qu’il n’y a plus une seule place à vendre sur les 5 représentations supplémentaires des prolongations de janvier. Mais je peux tout de même vous inviter à vous consoler, si vous n’avez pas vu le spectacle, en vous plongeant dans l’interview de Télérama (vous pouvez la télécharger et l’écouter grâce à votre lecteur MP3 préféré) et en allant visionner le reportage que France 3 avait consacré à l’ensemble des ces spectacles en novembre et que la chaîne de télévision publique a mis à disposition du public sur son site Culturebox (voir mon article à ce sujet).

Vous pouvez aussi retrouver une bonne partie de l’interview dans l’autobiographie et livre d’entretien qu’Alfredo Arias a fait paraître l’année dernière aux Editions du Rocher : L’écriture retrouvée. L’interview reprend plusieurs éléments du livre. Les deux sont donc complémentaires.

Pour l’interview de Télérama radio :
Visitez la page écrite avec lien vers le document audio
Allez directement au document audio
Lire mon article sur le reportage de France 3 (avec lien vers le document vidéo sur le site)
Pour en savoir plus sur l’ensemble de ce spectacle, vous pouvez lire tous les articles que je lui ai déjà consacré en cliquant sur le nom d’Alfredo Arias dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, en haut de l’article, sous le titre.

mardi 8 décembre 2009

A Paris, prolongation des trois spectacles d’Alfredo Arias [ici]

Affiche officielle intiale extraite du site du Théâtre du Rond-Point

Le Théâtre du Rond Point, près des Champs Elysées, à Paris, prolonge jusqu’au 16 janvier 2010 les représentations du triptyque d’Alfredo Arias, Trois Tangos et Tatouage, en semaine, du mardi au samedi, respectivement à 18h30 et 21h (au prix normal de 28 € par spectacle, hors frais de réservation par Internet et hors déduction accordée aux chômeurs et intermittents du spectacle et à certaines catégories d’âge, plus de 60 ans, moins de 30 ans, carte Imagin’r etc.) et Cabaret Brecht Tango Broadway (au même prix), qui se jouait, jusqu’à présent à guichet fermé, le dimanche à 18h30 et pour lequel la prolongation ouvre deux nouvelles dates, pour lesquelles il y avait encore des places à réserver aujourd’hui, 8 décembre 2009, à midi (heure de Paris) sur le site du théâtre.

Attention : ces spectacles rencontrent un très grand succès (parfaitement mérité au demeurant), les places partent donc comme des petits pains !

Sur ce spectacle en trois volets (qui se tiennent et dont il faut, autant que cela vous est possible, voir l’ensemble), vous pouvez vous reporter à mes précédents articles, le premier autour d’une interview qu’Alfredo Arias a accordée fin octobre au quotidien argentin Página/12 (article du 27 octobre 2009), le second qui n’est autre que mon compte-rendu personnel, en toute subjectivité bien sûr, de Trois Tangos et Tatouage que je suis allée voir le 12 novembre (article du 14 novembre) et enfin l’article du 30 novembre que j’ai consacré au reportage, avec extraits du spectacle et interview des acteurs et du metteur en scène, que France 3 a récemment mis en ligne sur son site Culturebox, où l’équipe web m’a fait l’honneur d’ajouter un lien vers Barrio de Tango (cliquez sur la mention En savoir + sur la page consacrée à ce reportage passé aux journaux télévisés du soir fin novembre).

L’ensemble de ces articles est accessible en cliquant sur le nom du metteur en scène dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, et jusqu’au 16 janvier prochain au moins, en cliquant sur l’image fixe, placée dans la Colonne de droite, dans la rubrique Par chez nous, qui s’est enrichi du prochain concert de La Chicana à Paris, le 13 février prochain.

Résultat des courses : à Paris (et pas seulement à Paris, c’est vrai dans toute la France et dans toute l’Europe et ailleurs aussi), les spectacles de qualité (à prix raisonnable) peuvent être et sont aussi, souvent, très souvent, des succès commerciaux, même s’ils ne couvrent pas l’ensemble des murs de la ville avec leurs affiches (parce qu’ils sont souvent des théâtres publics, avec un budget contraint).
Dès lors qu’il y a si souvent ces succès formidables, pourquoi faut-il que les producteurs qui ont en main les leviers de la culture, au théâtre, au cinéma, dans le monde de l’édition, à la télévision préfèrent ouvrir leurs portes à tant de platitudes et d’âneries et rejettent des tas de projets originaux et courageux, sous le prétexte à dormir debout que leurs auteurs surestiment le public ?
C’est à se taper la tête contre les murs !
(1)

(1) sur l’abrutissement des masses par le nivellement culturel par le bas, vous pouvez écouter cette émission dense et passionnée L’empire de la télé-réalité (ce que les hispanophones appellent la tele basura, la télé poubelle), de Hélène Renard avec le philosophe Damien Le Guay, sur Canal Académie (voir aussi la rubrique Cambalache casi ordenado, en bas de la Colonne de droite).

lundi 30 novembre 2009

Un honneur pour Barrio de Tango sur Culturebox de France 3 [ici]

Une fois n'est pas coutume : d'ordinaire, dans une occasion aussi solennelle qu'aujourd'hui, l'élection d'un nouveau chef d'Etat au rives du Río de la Plata, je ne publie qu'un seul article. Mais ce soir, je suis coincée : demain, je ne pourrai rien publier. Donc je fais une exception à ma propre règle.

Copie d'écran du site de Culture Box France 3


C'est avec quelque incrédulité que je viens de recevoir sur ma messagerie un mail provenant d'une personne travaillant sur le site des reportages culturels de France 3, l'une des 5 chaînes de la télévision publique française (ça fait rêver, les Argentins, ça, que nous ayons 5 chaînes de télévision publique !). Ce mail m'annonçait l'installation toute récente d'un lien vers Barrio de Tango sur le reportage que le journal de France 3 vient de consacrer au triptyque d'Alfredo Arias au Théâtre du Rond-Point, un spectacle en trois volets dont j'ai déjà parlé à deux reprises, une fois à l'occasion d'une interview que le dramaturge et comédien a donnée à Página/12 lors d'un récent séjour à Buenos Aires puis à l'occasion du prix Konex 2009 qui lui a été attribuée à Buenos Aires en ce mois de novembre.

Alors je suis allée regarder sur le site de Culturebox.france3. J'ai dû chercher un peu (c'est dans la section danse) mais c'était vrai. Je me suis pincée une fois, ça m'a fait mal. Je me suis frottée les yeux , j'étais toujours réveillée, donc je me suis mise à écrire cet article, non sans avoir pris la peine au préalable de remercier l'équipe de France 3 qui me fait cet honneur.
De votre côté, il ne vous reste plus qu'une seule chose à faire : vite, vite, vite, allez regardez ce reportage en vidéo qualité professionnelle (ça change des images bidouillée au téléphone mobile et postées vite fait bien fait sur Youtube) : vous verrez quelques extraits du spectacle (trop courts bien sûr, surtout quand on aime). Plus précisément et plus sérieusement, l'ouverture du reportage reprend quelques secondes d'un des trois intermèdes dansés de Trois tangos (en première partie de la soirée au Rond-Point, pendant la semaine) et puis on enchaîne avec quelques passages de Tatouage avec les deux personnages centraux, Miguel Maravillas et Eva del Sur. Vous entendrez aussi une courte interview d'Alfredo Arias et d'un des comédiens, filmés pendant le maquillage dans les loges.

Ce reportage, que vous avez peut-être déjà vu comme moi au journal de France 3 il y a quelques jours, vous donnera une petite idée de ce que sont ces spectacles et, je l'espère, l'envie d'aller les voir au théâtre. Le 14 novembre, je terminai mon deuxième article, déjà cité plus haut, en disant qu'après Trois Tangos, j'avais quitté la salle avec l'impression de n'emporter aucune émotion particulière, alors que c'était tout l'inverse avec Tatouage, à l'issue duquel j'avais quitté le Rond-Point emplie d'une émotion qui ne s'effaçait pas. Eh bien, hier matin, je me suis fait cette réflexion que trois semaines plus tard, les images, les impressions, les sensations reçues pendant la représentation de Trois tangos me reviennent à présent autant que celles emportées de Tatouage. Comme quoi, il ne faut pas jamais se fier aux impressions immédiates.
Alors je répète ce que je disais à la mi-novembre : allez voir ces deux spectacles tant qu'il est encore temps si vous vous trouvez à Paris, et si possible l'un derrière l'autre le même jour.

Pour le troisième volet du triptyque, qui ne se joue que le dimanche, les réservations sont terminées, tout est vendu. Malheureusement pour nous.

Bon visionnage.

Pour voir le reportage sur culturebox.france3, cliquez sur le lien.
Pour lire mon article Alfredo Arias à El Cubo et au Théâtre du Rond-Point (avec lien à l'interview de Página/12), cliquez sur le lien.
Pour lire mon article Alfredo Arias primé par la Fondation Konex à Buenos Aires, cliquez sur le lien.
Pour réserver votre place au Théâtre du Rond-Point, allez sur le site du théâtre.
Dans la Colonne de droite, retrouvez aussi mes articles sur le théâtre et sur la télévision, grâce aux raccourcis idoines, dans la rubrique Tangoscope, en partie haute de la Colonne.
Pour aller sur Culturebox de France 3 en général, cliquez sur le lien.

samedi 14 novembre 2009

Alfredo Arias primé par la fondation Konex à Buenos Aires [Actu]

Mercredi 11 novembre, la fondation Konex à Buenos Aires a remis ses prix 2009. Ce qui aura retenu l'attention des journaux, c'est surtout le prix attribué au chef d'orchestre argentino-israëlien-espagnol (et même symboliquement palestinien) Daniel Barenboïm, qui vient de diriger à Berlin le concert du 20ème anniversaire de la chute du Mur. Il a en effet reçu le premier prix, el Konex de Brillante (le Konex de diamant).

Dans la liste des personnalités culturelles récompensées cette année, figure le metteur en scène et dramaturge argentin Alfredo Arias, qui vit et travaille à Paris et joue actuellement au Théâtre du Rond-Point dans Tatouage, que je suis allée voir jeudi soir. Un spectacle très émouvant où le tango est omniprésent, qui ponctue et colore les grandes articulations d'une pièce qui raconte la vie (moitié réelle moitié fantasmée) d'un chanteur espagnol homosexuel, Miguel de Molina, qui put se réfugier en Argentine sous le gouvernement de Perón après la victoire des franquistes dans la Péninsule. Il s'agit d'un dialogue imaginaire entre le chanteur, joué simultanément par trois acteurs fardés comme des papillons dont Arias lui-même, et Eva Perón, surnommée, pour les besoins de la pièce, Eva del Sur.
Si vous pouvez aller voir ce spectacle, ne le manquez pas. C'est à 21h, du mardi au samedi, au Théâtre du Rond-Point à Paris, jusqu'au 31 décembre (se reporter à mon article sur ce tryptique présentée dans la Salle Jean Tardieu).
Une mise en scène dépouillée, avec des décors austères et des costumes abracadabrants. Les acteurs-chanteurs-danseurs jouent avec un micro discrètement scotché sur la joue (ou le front en ce qui concerne Eva), sur une bande musicale orchestrale enregistrée à Buenos Aires (on ne peut plus maintenant produire des spectacles de théâtre avec de la musique vivante, quelle tristesse !). Sept tangos partagent l'espace musical avec quelques tubes de variété et de comédie musicale américaine, dont Diamonds are Girl's Best Friends, placée dans la bouche d'une Eva del Sur adoratice des bijoux et des robes Dior. Ces sept tangos ne sont pas n'importe lesquels. Ils ont été choisis avec soin pour leur identité propre et tous les souvenirs dont l'histoire du tango à Buenos Aries les a chargés. Il s'agit de Malena, de Homero Manzi et Lucio Demare en 1941, Cuando tú no estás, de Gardel et Lepera, avec la collaboration de Marcel Lattes et Mario Bastistella, en 1933, Así se baila el tango, de Elías Randal et Marvil, immortalisé par le chanteur Alberto Castillo, en 1942, Arrabalera, de Sebastián Piana et Cátulo Castillo, en 1950, chanté et avec quelle fortune ! par l'actrice et chanteuse Tita Merello, Balada para mi muerte, de Astor Piazzolla et Horacio Ferrer, en 1968, Pasional, de Jorge Caldara et Mario Soto, en 1951 et Preludio para el año 3001, de Astor Piazzolla et Horacio Ferrer en 1970, l'année où Arias est arrivé en France. De tout le spectacle, je n'ai calé que sur l'extrait de Malena, mis (de manière déconcertante pour moi) dans la bouche d'un personnage absurde, présenté comme une femme de la haute société argentine ("la bourgeoisie bovine" comme l'appelle Alfredo Arias, avec un mépris non dissimulé), une femme riche, à la fois coincée et nymphomane. C'est le seul moment du spectacle où je n'ai pas pu accrocher : pour moi, Malena ne va pas dans la bouche d'une patricienne, surtout aussi ridicule que celle-là. Malena, celle du tango, c'est une fille du petit peuple, c'est écrit noir sur blanc par Manzi, et c'est une chanteuse de cabaret, qui s'alcoolise même de temps à autre pour noyer ses misères de fille perdue.

L'actrice qui joue Malena, celle de la pièce, Alejandra Radano, joue aussi, dans le même spectacle, Conchita, une artiste de flamenco, caricaturale à souhait et qui chante comme une casserole. Et elle est extraordinaire, dans la danse, dans le chant, dans le jeu et dans le comique. Sa scène inaugurale, dans le rôle de Conchita, est époustoufflante. C'est la même interprète qui chante, plus loin dans la pièce, un extrait de Pasional, un des rares tangos qui parle d'un amour torride mais vivant (1)... Alfredo Arias a par ailleurs encadré la lente et horrible agonie d'Eva entre Balada para mi muerte (Moriré en Buenos Aires, será de madrugada / Je mourrai à Buenos Aires, ce sera à la lueur du jour...) et Preludio para el año 3001 (Renaceré en Buenos Aires en otra tarde de Junio, / con estas ganas tremendas de querer y de vivir. Je renaîtrai à Buenos Aires une autre après-midi de juin / avec cette terrible envie d'aimer et de vivre). Je n'avais jamais entendu, dans ces deux tangos, somptueux l'un et l'autre, cette force dramatique à la fois musicale et poétique, le premier tragique et lugubre, le second illuminé et baroque. L'actrice qui chante et joue le rôle de Eva del Sur s'appelle Sandra Guida et elle est à découvrir absolument. Elle arrache à la salle le rire lorsqu'elle se lance dans Diamonds are Girls Best Friends et serre la gorge de tout le monde, lorsque écroulée au sol, elle lance "Moriré en Buenos Aires" avec une voix spectrale.

L'histoire de Miguel de Molina, rebaptisé pour l'occasion Miguelito Maravillas (Miguelito Merveilles), qui constitue l'axe dramatique du spectacle, justifie en soi les 80 minutes de la soirée (sans entracte) et les 28 euros de la place. C'est l'histoire du heurt permanent (et ici paroxistique) entre l'insoumission et la marginalité de l'artiste (symbolisée par son homosexualité dans deux sociétés très machistes) et la violence d'un pouvoir politique qui prétend faire règner l'ordre.

Le premier spectacle, Trois tangos, programmé à 18h30, m'a plu sans me toucher profondément. J'y ai vu un exercice de style d'une grande virtuosité littéraire et théâtrale sur les stéréotypes du tango, tel qu'on les trouve et les retrouve dans le répertoire, et du crime passionnel, tel que le cinéma les a exploités, depuis le cinéma muet jusqu'à aujourd'hui. Le tout est abordé à travers le prisme de l'imagination débridée d'un dramaturge fantasque, marqué par le surréalisme dans lequel il a baigné toute son enfance entre des tantes qui passaient leur temps à anticiper les obsèques de leur mère, une mère psychopathe d'une invraisemblable cruauté envers lui et un père aux abonnés absents, qui passait son temps à jouer aux cartes (et sans doute pas qu'aux cartes) dans les bouges et les clandés du quartier. Tout cela est élaboré et décanté en trois tableaux tirés au cordeau, très économes de moyens (2), sur une musique originale de tango contemporain (3) et monté en millefeuille linguistique, avec une couche de danse (très beaux tangos chorégraphiés par Jorge Rodríguez et dansés par lui et María Filali), une couche d'espagnol, une couche de danse, une couche d'italien, une couche de danse, une couche de français, chanté et parlé avec l'accent argentin des trois acteurs, Carlos Casella, Marco Montes (4) et Alejandra Rabano. Pour couronner le tout, après chaque tango, en français mais avec un accent anglosaxon, le compagnon d'Alfredo Arias, Larry Hager, raconte l'histoire à venir (ça évite les sous-titres). La cerise verbale sur le millefeuille. C'est excellent, drôle, interprété avec un plaisir évident sur scène mais quand j'ai quitté la salle, je n'ai pas emporté d'émotion particulière en moi. Après Tatouage, si !


Pour réserver vos places tant qu'il est encore temps, consulter le site du Théâtre du Rond-Point (Paris).


Ajout du 30 novembre : vous pouvez voir des extraits du spectacle et une interview d'Alfredo Arias en français dans ce reportage de France 3 (en cliquant sur le lien).

(1) Généralement dans le tango, les amours les plus ferventes n'existent plus que dans le souvenir du personnage qui parle à la première personne.
(2) Tout est concentré dans la mise en scène et les éclairages, les costumes et le décor étant réduits au strict minimum. Le contraire de la poudre aux yeux.
(3) composée par Axel Krygier et enregistrée à Buenos Aires par La Orquesta Hypnofón.
(4) qui jouent tous deux avec Alfredo Arias le rôle de Miguelito Maravillas, dans Tatouage, en deuxième partie de soirée, si vous décidez, et je me permets de vous le recommander, de voir les deux spectacles l'un derrière l'autre.

mardi 27 octobre 2009

Alfredo Arias à El Cubo et au Théâtre du Rond-Point [ici]

Masques théâtraux sur un trottoir du quartier de l'Abasto. Ils désignent l'entrée d'un théâtre ou de ce qui fut un théâtre. Il y en a plein sur les trottoirs de ce quartier, de part et d'autre de Corrientes.

Ce triptyque théâtral, inspiré par la culture de Buenos Aires, est aux antipodes du spectacle de O Tango dont je parle dans un autre article de ce jour : il s’agit d’une oeuvre en trois volets ou de trois oeuvres partageant un même cycle de représentations au Théâtre du Rond Point, signé(e)s par l’un des plus grands artistes du théâtre contemporain, le dramaturge, comédien, écrivain et metteur en scène argentin, bonaerense pour être plus précise (1), Alfredo Arias, installé en France depuis les années 1970, après qu’il a quitté un pays ravagé par l’instabilité politique, la censure et la répression.

Alfredo Arias est un artiste qui a des choses à dire et qui les dit le plus souvent sous la forme de pièces de théâtre du répertoire classique ou plus encore d’oeuvres originales (de su autoría, comme on dit à Buenos Aires), fantastiques, oniriques, iconoclastes, excentriques (lui dit "sophistiquées") où il mêle la musique, la danse, la poésie et les ressources de la mise en scène, des lumières, des décors, dans une écriture dramatique qui lui appartient en propre. Comme son ami, Jérôme Savary, argentin comme lui et comme lui né au début des années 40, mais lui à Buenos Aires. A Paris, Alfredo Arias a travaillé plus d'une fois au Théâtre du Rond-Point, qu’avaient créé Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, dans une ancienne patinoire près des Champs Elysées, et que dirige depuis novembre 2001 le dramaturge et metteur en scène Jean-Michel Ribes, l’un de ses complices de créativité, après d’autres de la même taille (un Marcel Maréchal par exemple à la fin des années 1990).

Alfredo Arias présente donc à partir du 10 novembre et jusqu’au 31 décembre trois pièces dont il a puisé la matière dans ses souvenirs personnels, ceux du Buenos Aires de son enfance et ceux de la place de la Contrescarpe, où il a retrouvé, lors de son arrivée à Paris, au tout début des années 70, ses compatriotes Copi, Jorge Lavelli et Jérôme Savary et dans de grands mythes de la culture et de l’histoire argentine (Evita, le cinéma...), culture à laquelle il appartient jusqu’à l’os, une culture argentine sublimée par l’alambic de l’exil en France, des voyages à travers le monde et du déchirement de l’éloignement physique, une culture argentine où le tango, au sens large du terme, tient une place primordiale, fondatrice mais sans esbroufe, une place naturelle, légitime, qu’il n’a donc besoin ni de justifier ni d’exploiter ni même d’affirmer ou de revendiquer. Si ce sont des spectacles où sont présents la danse et la musique, le tango et d’autres genres populaires (opéra pop, musique de cinéma, comédie musicale nord-américaine...), il ne s’agit pas pour autant de spectacles de tango (au sens étroit ou strict du terme) mais d’authentiques pièces de théâtre d’un artiste citoyen du monde qui va jusqu’au bout de son identité et l’Argentine et sa culture populaire et faubourienne en est la pierre de fondation.

Ces trois spectacles musicaux s’intitulent Trois Tangos (qui nous font passer d’un faubourg de Buenos Aires des années 30 à un paquebot italien des années 50 pour déboucher 20 ans plus tard, sur la Place de la Contrescarpe, dans le Paris de la Rive Gauche), Tatouage (qui revisite le personnage historique de Miguel de Molina, un chanteur espagnol homosexuel qui dût fuir l’Espagne franquiste et trouva refuge en Argentine, grâce à l’intelligence humaine et artistique de Eva Perón) et Cabaret Brecht Tango Broadway (un hommage au music-hall et au cabaret, à Marlène et à Brecht, à une tradition qui fut aussi l’occasion d’un grand brassage social, à Buenos Aires, à Paris, à Berlin ou à New York). Alfredo Arias sera lui-même sur les planches pour Tatouage et Trois Tangos.

Ces deux derniers se jouent du mardi au samedi (sauf le 11 novembre), à 18h30 pour Trois Tangos (15h30, le 31 décembre) et à 21h pour Tatouage (18h30, le 31 décembre). Il est donc possible au spectateur d’enchaîner les deux spectacles, d’autant que le Théâtre du Rond Point propose un restaurant et une librairie où vous pourrez vous poser entre les deux.
La troisième pièce ne se jouera que le dimanche à 18h30, soit 7 représentations du 15 novembre au 27 décembre, et c'est déjà plein.

Les prix sont raisonnables : 28 € la place, dans la Salle Jean Tardieu (176 places). Vous aurez 2 € de frais si vous retenez vos places par Internet et elles vous attendront une demi-heure avant le lever du rideau à la caisse du théâtre (à moins que vous ne choisissiez de les imprimer vous-même chez vous). Différentes réductions sont accordées aux plus de 60 ans (26 €), aux moins de 30 ans (16 €), aux chômeurs et intermittents du spectacle (18 €) et aux titulaires de la carte Imagin’R (un abonnement de transport en commun réservé aux collégiens et lycéens de région parisienne, qui ne payeront, quant à eux, que 12 €). Les réservations sont ouvertes entre 14 et 2 jours avant la représentation. Si vous réservez par Internet, munissez-vous de votre carte de paiement pour aller retirer vos places (on vous la demandera pour ne pas délivrer vos billets à quelqu’un d’autre que vous).

Les deux premières pièces ont été présentées hier, en avant-première, à El Cubo, un espace théâtral de Buenos Aires, dans la rue Zelaya, en plein quartier de l’Abasto, à quelques mètres du Museo Casa Carlos Gardel dont je vous parle parfois dans ce blog. Les Portègnes les auront vues sans les jeux de lumière ni les costumes prévus pour la création à Paris. Ils n’ont eu droit qu’au jeu de scène et à l’interprétation musicale, ce qui, aux dires de leur auteur, est essentiel dans ces pièces.
Cabaret Brecht Tango Broadway avait déjà été présenté, en avant-première aussi, à Villa Ocampo, la maison où vécut l’écrivaine et éditrice Victoria Ocampo (1890-1979) à San Isidro, dans la banlieue nord et chic de Buenos Aires et où l’UNESCO a installé un prestigieux centre de rencontres culturelles.


A cette occasion, Página/12 a interviewé l’Argentin du bout du monde dans son édition d’hier. L’article, de Hilda Cabrera, s’intitule Le souvenir ne doit pas être paralysant. Alfredo Arias y livre quelques formules bien frappées dont il a le secret :
La Argentina es el laboratorio de mi memoria. No vengo con ambición de conquistar o hacerme ver. Hay algo mucho más íntimo y valioso en estos viajes: trabajar sobre aquellas cosas que me formaron. Ese es mi patrimonio oculto.
Página/12

L’Argentine est le laboratoire de ma mémoire. Je ne [re]viens pas avec une ambition de conquête ou pour me faire voir. Il y a quelque chose de beaucoup plus intime et précieux dans ces voyages : travailler sur ces choses-là qui m’ont formé. Tout ça, c’est un patrimoine caché.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Los artistas populares me inspiran, pero para hacer algo sofisticado, como el Cabaret... que construimos alrededor de las interpretaciones de Sandra y Alejandra. Me asombra que aquí una misma persona pueda hacer cosas tan diferentes. Alejandra hizo Canciones degeneradas, Chicago, canta tangos... Esto es una particularidad de los artistas argentinos.
Página/12

Les artistes populaires m’inspirent, mais pour faire quelque chose de sophistiqué, comme le Cabaret... que nous construisons autour des interprétations de Sandra [Guida] et Alejandra [Radano] (2). Cela m’émerveille qu’ici une personne puisse faire des choses si différentes. Alejandra a fait Canciones degeneradas, Chicago [de Bob Fosse], elle chante du tango. Ça, c’est une particularité des artistes argentins.
(Traduction Denise Anne Clavilier)


Uno no puede disfrazar sus raíces, aunque hayan sido dolorosas y accidentadas. Cuando me fui de la Argentina tuve que reconstruir mi interior. No es simple. He tenido la suerte de que se me haya escuchado y protegido en Francia. Eso me autoriza a llevar a los franceses lo más recóndito de mi persona.
Página/12

On ne peut pas travestir ses racines, même si elles ont été douloureuses et accidentées. Quand j’ai quitté l’Argentine, il a fallu que je me reconstruise à l’intérieur. Ce n’est pas simple. J’ai eu la chance qu’on m’ait écouté et protégé en France. Cela m’autorise à apporter aux Français ce qui est le plus enfoui de ma personne.
(Traduction Denise Anne Clavilier)


Alfredo Arias a publié de nombreux livres en français (ouf !!!!), à commencer par ses pièces de théâtre, pour la plupart au catalogue d’Acte Sud, et tout récemment, un livre d’entretiens, avec Hervé Pons (L’écriture retrouvée, éd. du Rocher, 2008).

Pour aller plus loin :
Lire l’interview complète sur le site de Página/12.
Visiter le site (en français) de Alfredo Arias (pas vraiment exhaustif puisque les futures créations au Rond Point n’apparaissent pas).
Pour le spectacle lui-même : tout est sur le site du Théâtre du Rond Point.
Vous pourrez y réserver vos places, écouter des extraits musicaux des trois spectacles, visionner un mini-film et télécharger le dossier de presse sous format pdf, plus explicite et plus détaillé que les présentations succinctes que vous trouverez dans le programme de la saison 2009-2010.
(Ajout du 15 novembre) Vous pouvez aussi lire mon article du 14 novembre sur le spectacle, tel que je l'ai vu le 12 novembre 2009.
Ajout du 30 novembre 2009 : pour voir quelques extraits de ce spectacle tel qu'il est représenté à Paris en ce moment, visionnez ce reportage du journal de France 3 reprenant des passages filmés sur scène et une interview du maître dans les coulisses du Théâtre du Rond-Point.

(1) Il est né à Lanús, dans la banlieue sud de Buenos Aires, en 1944.
(2) les deux chanteuses argentines du spectacle.