vendredi 21 décembre 2012

José de San Martín en exil... Les dernières bonnes feuilles [Disques & Livres]



Les exemplaires de San Martín, à rebours des conquistadors sont arrivés aujourd'hui au siège des Editions du Jasmin (www.editions-du-jasmin.com), ce qui met légalement fin à l'opération de souscription et fait entrer en vigueur le prix officiel du livre, qui est désormais de 16 € (1).

Cette biographie devrait être officiellement présentée, avec deux autres ouvrages de la même collection, Signes de Vie, en février 2013, pour ce qui est de Paris intra-muros.

D'ici là, voici deux pages extraites de la dernière partie du livre, consacrée à l'exil du général, à ses vieux jours qu'il passa successivement à Londres, jusqu'à Noël 1824. Il s'installa alors à Bruxelles, où la vie était (déjà) moins chère : en effet, il n'avait prévu d'être absent de Mendoza que pendant un an, le temps pour lui d'installer sa fille dans une bonne école et de s'assurer qu'elle était entre de bonnes mains. En l'absence de son épouse, Remedios de Escalada, décédée le 3 août 1823, il ne pouvait se charger seul de son éducation. Quelque tendre père qu'il fût -et il l'a été-, une fillette avait un besoin absolu d'être éduquée par des femmes car les rôles sociaux attribués aux deux sexes étaient trop distincts l'un de l'autre et rien dans la vie de ce soldat ne l'avait préparé à éduquer une fille ! Au contact de la petite, peut-être sur le Bayonnais, pendant le voyage de Buenos Aires au Havre, à moins que ce ne fût au début du séjour à Londres, mais en tout cas assez vite semble-t-il, il avait pris la mesure du besoin affectif que sa fille de sept ans avait de lui, dans ce pays étranger, si loin des siens. Lui-même, à l'âge de huit ans, il avait connu l'éloignement de sa famille lorsqu'il était parti en pension au Seminario Real de los Nobles de Madrid mais ses parents se trouvaient tout près de lui, à deux semaines de courrier, à Málaga, sur la côte andalouse.
Très tôt, dès la première année d'exil, la gêne matérielle commença donc à se faire sentir pour le général qui ne pouvait guère, eu égard sa notoriété et aux conventions de la société de ces années-là, s'abaisser à donner des leçons d'escrime, de mathématiques ou d'espagnol, comme il l'avait sans doute fait lors de son premier passage à Londres, d'octobre 1811 à janvier 1812. Il n'avait pas emporté avec lui la somme nécessaire à un très long séjour en Europe. Il choisit donc Bruxelles, qui était alors sous la dépendance de la dynastie d'Orange. Et lorsque la révolution de 1830 eût changé la face de l'Europe, en donnant leur indépendance à la Belgique et à la Grèce et en libéralisant le régime politique de la France grâce à une monarchie parlementaire à l'anglaise placée sous l'autorité de Louis-Philippe, il arriva à Paris, dont il rêvait en secret depuis longtemps... La France était pour lui le berceau des principes révolutionnaires pour lesquels il s'était battu, en Espagne puis en Amérique, et pour lesquels il souffrait cet exil, à cause de son refus de se mêler à la guerre civile qui ravageait le continent qu'il avait si puissamment contribué à émanciper.

Après une semaine de retenue au Havre, où la police de la Restauration fût à deux doigts de le jeter en prison, il arriva à Londres où l'attendait James Duff, "Lord Fife", cet aristocrate écossais qui avait travaillé l'opinion publique européenne au profit des indépendantistes sud-américains, comme on l'a vu dans les entrefilets parus dans la presse après la bataille de Chacabuco en 1817 (voir mon article du 16 novembre 2012).


Une fois réglés ses problèmes d'argent, non pas grâce à la fortune de son ami, Alexandro Marie Aguado, comme Bartolomé Mitre et Domingo Sarmiento l'ont suggéré avec subtilité et une bonne dose de malice (2), mais grâce à la présence à Paris des légations d'Argentine, du Chili et du Pérou qui, l'ayant près d'eux en permanence, incitèrent leurs gouvernements respectifs à lui régler ponctuellement les pensions et soldes qui lui avaient été attribuées, au titre des services rendus à la patrie, au cours de son action publique, San Martín acheta une propriété dans le petit village d'Evry-sur-Seine, dont Aguado était le châtelain, à Petit-Bourg. Une propriété, qu'il baptisa lui-même Grand-Bourg, où il aimait passer les beaux jours, au calme, loin du bouillonnement de la capitale... Cette vie retirée et sobre qui édifiait si bien Gabriel Lafond de Lurcy (voir mon article du 4 décembre 2012).


A la fin de la biographie, une table des matières vous permet de retrouver les différents épisodes de cette vie bien remplie et aussi de vous y repérer... Au fait, San Lorenzo, ça s'est passé avant Maipú ou après ? Et Maipú, c'est où ?
Pour aller plus loin :
Pour lire l'ensemble des articles de présentation de mon troisième livre, cliquez sur le mot-clé SnM bio Jasmin, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.
Le mot-clé San Martin vous fera remonter les articles sur la place qu'occupe le personnage dans la culture argentine.

Pour repérer les lieux dédiés à San Martín à Buenos Aires, vous pouvez vous reporter au programme du voyage culturel que j'ai proposé. La mémoire de San Martín y occupe le 4ème jour (mon article du 1er octobre 2012).

Côté radio, j'ai donné en août dernier deux interviews toujours en ligne à propos de mon travail sur ce personnage central pour l'Argentine. Ces entretiens sont disponible sur le site Internet de Radio Nacional :
- interview en français, avec Magdalena Arnoux
- interview en espagnol, avec Leonardo Liberman



(1) Vous pouvez commander San Martín, à rebours des conquistadors, dans n'importe quelle (bonne) librairie de la zone Euro et en Suisse. Il vous suffit d'indiquer le titre du livre et le nom de l'éditeur, ainsi que celui de l'auteur pour lui faciliter la tâche. Un libraire qui connaît son métier en fera son affaire et l'ouvrage lui sera expédié rapidement par le Jasmin. Après les fêtes, l'ouvrage fera l'objet d'une présentation commerciale aux libraires, qu'il ne faut pas que les éditeurs démarchent en ce moment : ils sont en plein coup de feu...
(2) C'est l'une des controverses dont je fais une rapide analyse dans le dossier qui accompagne la biographie, dans un chapitre intitulé Les controverses qui font couler l'encre, à la page 199.

Concert de la Fin du Monde par Martín Alvarado [à l'affiche]



Le chanteur Martín Alvarado, qui se produit plus souvent hors d'Argentine qu'à Buenos Aires, proposera un nouveau tour de chant, intitulé Más Allá (Au-Delà), du titre de l'un de ses disques, à Che Flores, une tanguería du sud de Palermo. Il sera accompagné comme à son habitude lorsqu'il se trouve en Argentine, par le quatuor du guitariste Horacio Avilano. Superbe voix, excellent chanteur, excellent guitariste aussi, mais...

Pour ceux qui lisent l'espagnol, je les laisse juger du ton délibérément vantard de l'argumentaire marketing, qui met d'autant plus mal à l'aise que l'humour y est des plus discrets et que cette rhétorique est l'œuvre de l'artiste  lui-même. Certes, on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Il n'empêche. Dans le monde entier, les Argentins ont la désagréable réputation d'être d'insupportables prétentieux. Ce n'est pas cet exemple qui la démentira...

jeudi 20 décembre 2012

Juan José Mosalini et Pablo Agri ce soir au Festival del Tasso [à l'affiche]


Dans le cadre du Festival de Tango del Tasso, ce soir, jeudi 20 décembre 2012, à 21h30, le bandonéoniste argentin installé en France, Juan José Mosalini, et le violoniste Pablo Agri, resté en Argentine, se retrouveront sur scène, pour la première fois depuis huit ans. Ils formeront un quintette avec Cristián Zárate au piano, Daniel Falasca à la contrebasse et Ricardo Lew à la guitare.

Agri et Mosalini se sont rencontrés, professionnellement, en 1998, lorsque peu de temps après la mort de Antonio Agri, violoniste de Piazzolla, Mosalini avait besoin de le remplacer pour une tournée au Japon. Il s'agissait alors de rendre hommage à Astor Piazzolla, comme on va le faire ce soir à Ushuaia (voir mon autre article de ce jour) et comme ce sera partiellement le cas aussi au Centro Cultural Torquato Tasso, Defensa 1575, dans le quartier de San Telmo.

Pour l'occasion, Página/12 se fend d'une longue interview croisée des deux musiciens et elle n'est pas de complaisance...

Hay una filiación violinística muy fuerte entre ambos. Me permito decir que, si bien Antonio fue Antonio y Pablo es Pablo, el padre le dio al hijo no sólo la mamadera de mamar leche, sino la mamadera de mamar música... El la tomó, y la transformó en un lenguaje propio. Lo que más me impacta de Pablo es que toca con el cuerpo, su expresión corporal es increíble: amaga con el cuerpo lo que está anunciando musicalmente. Es muy fuerte eso.
Juan José Mosalini, in Página/12

Il y a une filiation violoneuse très forte entre les deux [Antonio et Pablo]. Si je peux m'exprimer ainsi, si Antonio est bien Antonio et Pablo est bien Pablo, le père n'a pas donné à son fils que le biberon de lait mais aussi le biberon de la musique... Et lui, il l'a bue et il l'a transformée en un langage à lui. Ce qui me frappe le plus chez Pablo, c'est qu'il joue avec son corps, son expression corporelle est incroyable. Il prophétise avec son corps ce qu'il annonce musicalement. C'est très fort, ça.
(Traduction Denise Anne Clavilier)
[...]

–Dada su experiencia docente, ¿resulta complicado formar tangueros que no sean argentinos?
J. J. M.: –Es una pregunta delicada. La verdad es que soy de los que pueden, a la distancia, relativizar. Digo, el documento no garantiza nada, porque el tango se escucha, se vive, se respira y se puede aprender acá, pero hay muchos argentinos que no lo conocen. Siempre hago un paralelismo con el jazz y confirmo que el tango se universalizó. Ojo, viene de acá, pero las fronteras se abren, como pasó con el jazz. Stephane Grappelli, el máximo exponente del violín en ese género, no era estadounidense. Ahora, es cierto que aquí hay una generación de poetas, instrumentistas y compositores que está en ebullición y que tiene mucha información al alcance. Y, claro, hay un perfume local que es único.
Pablo Agri: –Coincido. La mejor manera de aprender a tocar es con músicos que lo hagan bien, y eso no tiene fronteras. Igual, cuando doy clases noto que hay algo que es más fácil acá. Es como hablar un mismo idioma. Nosotros somos totalmente nosotros cuando tocamos tango.
Juan José Mosalini et Pablo Agri, in Página/12

Etant donné votre expérience pédagogique, est-ce qu'il s'avère compliqué de former des tangueros qui ne soient pas argentins ? (1)
JJM : C'est une question délicate (2). A dire vrai, je suis de ceux qui, avec la distance, peuvent relativiser. Moi, je le dis, les papiers ne sont pas une garantie, parce que le tango s'écoute, se vit, se respire et peut s'apprendre ici mais il y a beaucoup d'Argentins qui n'y connaissent rien. Je fais toujours un parallèle avec le jazz et je confirme que le tango s'est universalisé. Attention, hein ?, il vient d'ici, mais les frontières s'ouvrent, comme ça s'est passé avec le jazz. Stéphane Grapelli, le plus grand exécutant du genre au violon, n'était pas Américain [des Etats-Unis]. Maintenant, c'est sûr qu'ici il y a une génération de poètes (3), d'instrumentistes et de compositeurs qui est en ébullition et qui a beaucoup d'information à sa portée. Et bien sûr, il y a un parfum local qui est unique...
PA : Je suis d'accord. La meilleure manière d'apprendre à jouer, c'est de le faire avec des musiciens qui jouent bien et cela n'a pas de frontière. N'empêche (4), quand je donne un cours, je remarque qu'il y a quelque chose qui est plus facile ici. C'est comme de parler la même langue. Nous, nous sommes totalement nous-mêmes lorsque nous jouons du tango.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Y usted por qué no se fue, Agri?
P. A.: –El año que me integré al Quinteto me quedé estudiando y podría haberme quedado uno más, pero no lo soporté... No niego que fantaseé con irme a Europa, pero mis mejores amigos son mis hermanos y ése es un vínculo que no se puede sustituir.
J. J. M.: –Además, están las diferencias generacionales. Nosotros la pasamos muy mal y eso nos obligó a irnos... No había muchas opciones.
Juan José Mosalini et Pablo Agri, in Página/12

Et vous-même, pourquoi ne vous en êtes-vous pas allé, Agri ? (5)
PA : L'année où je suis entré dans le Quintette, j'ai continué à faire des études et j'aurais pu faire comme tous les autres (6) mais je ne l'ai pas supporté... Je ne nie pas avoir songé à partir en Europe mais mes meilleurs amis, ce sont mes frères et ça, c'est un lien qui ne peut pas se remplacer.
JJM : Qui plus est, il y a des différences de génération. Pour nous, ça se passait très mal et ça, ça nous a obligés à partir... Il n'y avait pas beaucoup d'options. (7)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :


(1) C'est une grande préoccupation des Argentins, ça, de savoir si le genre peut être ou non adopté et défendu correctement par des gens qui ne vivent pas dans la culture argentine, tant il est vrai qu'il y a beaucoup de musiciens qui prétendent jouer du tango (en général uniquement du Piazzolla) en dehors des frontières et qui sont peu convaincants à leurs oreilles. Mais dans le même temps, les écoles de musique argentines reçoivent tous les ans des élèves de formation musicale déjà solide, venant des quatre coins du monde, qui jouent avec authenticité, et ceci en plus des Japonais, qui ont l'art d'imiter à la perfection les artistes argentins.
(2) L'embarras de Mosalini est d'autant plus grand qu'il vit à Paris, où l'enseignement est une grande part de son activité. Il peut difficilement répondre qu'une telle entreprise est vaine et c'est pourtant ce qu'il avoue à demi-mots... La question du journaliste, Cristián Vitale, est dure et cette absence de complaisance est sans doute volontaire, étant donné la ligne idéologique du quotidien, très engagé dans le développement autonome du pays. Une telle question, passablement brutale, témoigne ici de la relation très ambiguë qu'entretiennent les Argentins restés au pays avec les expatriés, qui ne sont pas restés pour se relever les manches et contribuer à construire le pays, et se contentent d'y revenir, en vacances ou en tournée, sans supporter les difficultés quotidiennes d'un pays dont ils se revendiquent néanmoins à l'étranger (et cette méfiance est réciproque : il faut entendre comment les Argentins qui vivent à l'étranger parlent de leur pays et de ses habitants !). Et, avec l'air de ne pas y toucher, Pablo Agri va en rajouter une bonne couche par derrière... Je tends à penser qu'ils ont raison. Non pas qu'il soit impossible, dans l'absolu et par principe, d'apprendre le tango à l'étranger mais parce que l'enseignement qui est donné en Europe ou aux Etats-Unis, en musique comme en danse, est terriblement décontextualisé lorsqu'il s'agit du tango, alors que le jazz relève d'une situation très différente : en effet, nous vivons, ici, dans l'hémisphère nord, en étroit contact avec au moins une partie de la culture des Etats-Unis, la plus exportable, ou plutôt la plus exportée, et que les grands artistes des Etats-Unis sont largement connus et reconnus et leurs disques amplement distribués dans le monde entier et ce dans les magasins les plus facilement repérables par le public le plus étendu. Les artistes argentins, en revanche, ne sont accessibles qu'à un public d'initiés, grâce à un petit nombre de disquaires passionnés et audacieux et à une capacité personnelle des amateurs de tango ou d'autres musiques argentines d'aller chercher la bonne info au bon endroit, ce qui n'est pas le lot de tout le monde...
(3) Je vous renvoie à mon article d'avant-hier sur le CD-documentaire Un disparo en la noche et la révolte de Julián Peralta devant les rumeurs qui voudraient qu'il n'y ait plus de poète de tango par les temps qui courent...
(4) C'est bien pour cette raison que j'ai émis des réserves sur la démarche de Daniel Yvinec quand il a voulu s'approprier l'œuvre de Piazzolla à la mode jazzy avec le nouveau disque-concert de l'Orchestre National de Jazz (de France). Voir à ce propos mon article du 19 octobre 2012.
(5) Et là, je n'ai vraiment plus aucun doute sur le caractère quelque peu agressif de l'attitude du journaliste ! C'est d'un vache...
(6) Il s'agit de l'année 1998. Or dans les années 90, sous le mandat de Carlos Menem, l'Argentine vivait une fièvre capitaliste passablement folle. L'argent coulait à flot, le peso était artificiellement maintenu à parité avec le dollar américain et le gouvernement soutenait à fond l'expansion du tango et les tournées internationales des musiciens dans l'illusion incroyable d'égaler un jour la domination culturelle des Etats-Unis. La tentation dont parle Pablo Agri ici a donc dû être très forte...
(7) Auto-justification passe-partout chez de nombreux Argentins qui ont choisi de quitter le pays, notamment pour la France, mais qui retournent maintenant en Argentine pour en tirer quelques marrons du feu. Mais c'est faux. Il y en a beaucoup d'Argentins de cette génération qui ne sont pas partis, même au plus terrible des années de plomb, et beaucoup de ceux qui sont partis sont retournés maintenant vivre là-bas. Au point qu'un homme de théâtre comme Alfredo Arias, qui ne joue pas l'argentinité dans son œuvre artistique, s'est expliqué publiquement (et avec beaucoup d'honnêteté me semble-t-il) sur les raisons pour lesquelles il reste en France, comme je l'ai montré dans l'interview qu'il a donnée il y a quelques années à ce même quotidien Página/12 (voir mon article du 27 octobre 2009). Car il s'agit ici d'un thème crucial de l'identité argentine et du patriotisme dans ce pays aujourd'hui : partir ou rester, et si je pars, mes motifs sont-ils légitimes ? Un peu comme ce qui, en France, tourne autour de l'exil fiscal, qui fait couler tant d'encre surtout depuis qu'avec une indécence consommée, un célèbre acteur, qui s'est enrichi au-delà du raisonnable grâce à une production cinématographique nationale d'autant plus dynamique qu'elle est largement soutenue par l'argent public, a déclenché un scandale inouï en choisissant de jeter aux orties son passeport français (ce qui n'est ni sérieux ni réaliste) pour aller s'installer à trois kilomètres de la frontière, dans un charmant village dont, paraît-il, il souhaite respirer l'air frais...
Ce thème de l'exil volontaire ou de son refus patriotique dans l'Argentine actuelle occupe une bonne partie d'un de mes livres, Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, publié chez Tarabuste Editions en janvier 2011. On y trouve en effet plusieurs textes qui tournent autour de la question, comme :
- Ezeiza, de Alorsa,
- Soneto con bronca, de Luis Alposta,
- Ni me entrego ni me voy, Quiero elgir mi vida et Sigo aquí de Héctor Negro,
et Pompeya para Diego era París de Alejandro Szwarcman...
Ce fut aussi un thème central pour le général José de San Martín tout au long du dernier quart de siècle de sa vie : après avoir libéré le sud du continent et y avoir sacrifié sa vie conjugale et un bonne partie de son bonheur personnel et familial, don José a décidé de s'éloigner du pays (qu'il pensait d'ailleurs rejoindre très vite) et il a fini par s'installer en Europe. Mais ce n'était pas pour son confort, loin de là. C'était pour ne pas avoir à se battre ("dégainer mon sabre", selon sa propre expression) contre ses propres compatriotes dans une guerre civile qu'il vomissait de toutes ses entrailles. Voir la biographie San Martín, à rebours des conquistadors, qui sera disponible lundi aux Editions du Jasmin. Une période dont je compte vous parler demain ou samedi, dans le cadre de la présentation que je vous fais depuis le 23 octobre de ce tout prochain livre.

Piazzolla, en "invité d'honneur" du festival Jazz al Fin à Ushuaia [à l'affiche]



A Ushuaia, ce soir, jeudi 20 décembre 2012, à partir de 20h, ouverture de la quatrième édition du festival Jazz al Fin (1), dans la salle Niní Marshall, de la Maison de la Culture municipale de la capitale de la Province de Terre-de-Feu.

Et en cette année 2012, où l'on commémore les vingt ans de la disparition de Astor Piazzolla, décédé le 4 juillet 1992, ce festival lui rendra hommage grâce à plusieurs artistes et formations qui présenteront leurs propres versions, jazzifiées, de ses œuvres.

Parmi les artistes au programme, Daniel Pipi Piazzolla aura une place de choix, puisqu'il clôturera la manifestation samedi 22 décembre, où sa formation, Escalandrum (2), partagera la soirée avec le guitariste Néstor Alonso. Daniel Pipi Piazzolla a sorti l'année dernière un album entièrement consacré à son grand-père, Piazzolla Plays Piazzolla, ce dont j'avais rendu compte en son temps (voir mon article du 22 mai 2011).

Les autres musiciens sont tous des jazzmen argentins, dont un s'est installé hors du pays.

A côté des concerts, le Festival Jazz al Fin, rebaptisé cette année Liberjazz (3) en hommage au Maestro, propose des cours, des master classes et des rencontres variées.

Pour l'occasion, le quotidien national Página/12 a publié ce matin un article auquel il mêle quelques propos de Daniel Piazzolla. Et bien sûr, on trouve de plus amples informations sur la manifestation, son programme et ses invités sur le quotidien d'Ushuaia, El Diario del Fin del Mundo, ça ne s'invente pas, un titre pareil...

A la rentrée de cette année, ici, en France, l'Orchestre National de Jazz avait lancé sa propre interprétation de l'œuvre de Piazzolla, l'accompagnant d'une rhétorique marketing qui m'avait assez peu convaincue, mais cela ne m'a pas empêché d'en rendre compte dans mon article du 19 octobre 2012.


Pour aller plus loin :
lire l'article du Diario del Fin del Mundo, le 17 décembre 2012
lire l'article d'aujourd'hui du même journal, sur l'ouverture du festival.
Connectez-vous à la page Facebook du festival (le site internet n'est pas à jour et s'arrête à la 3ème édition).


(1) Ce qui se traduit "Jazz enfin" ou "Jazz au bout du monde".
(2) Du nom du requin que Astor Piazzolla, petit-fils d'un pêcheur napolitain et natif du port de Mar del Plata, aimait pêcher pendant ses loisirs. Séances de pêche auxquelles il aimait emmener Danielito...
(3) Une allusion à Libertango. Une partition instrumentale à l'origine, dont Guy Marchand a fait une chanson en y mettant ses propres paroles, en français. Mais il existe une version à texte, par Horacio Ferrer, qui a écrit cette letra en 1990... A écouter sous le lien, dans un enregistrement de 1984, par le Quinteto Astor Piazzolla sur le site argentin Todo Tango.

mardi 18 décembre 2012

Un Disparo en la noche : CD-documentaire sur le tango d'aujourd'hui [Disques & Livres]


Un coup de feu dans la nuit, tel est le titre, traduit en français, de ce nouveau CD, avec documentaire filmé, que le pianiste et compositeur Julián Peralta, fondateur et directeur musical du groupe Astillero Tango, a présenté les 24 et 25 novembre 2012 (1) à Buenos Aires : un ensemble de douze morceaux nouveaux, écrits par des poètes et paroliers (letristas) de la jeune génération, pour faire mentir les rumeurs selon lesquelles le tango-canción n'existerait plus dans l'actuelle relève artistique du genre...

L'enregistrement de ce disque a été filmé puis monté par le réalisateur Alejandro Diez, sous forme d'un documentaire qui veut rendre compte de ce complexe travail d'interprétation et des chanteurs contemporains qui peinent encore à se faire connaître (sauf Omar Mollo, un transfuge du rock très chevelu et très en vue sur la scène argentine actuelle). Les cinq heures et demi de travail en studio ont été résumées dans un long-métrage de 70 minutes.

Dans ce disque, une équipe de chanteurs qui appartiennent tous à la même mouvance revendicative de l'authenticité socio-culturelle du genre : Aureliano Marín, Juan Subirá, Cucuza Castiello, Alejandro Guyot, le murguero Ariel Prat, Juan Pablo Villarreal, Black Rodríguez Méndez...

Quelques extraits de l'interview donnée par Julián Peralta, à Página/12 et publiée ce matin :

La idea surgió de una nota periodística en la que alguien dijo que no había más autores de tango. Eso es cualquiera... acá tenemos, de entrada, doce autores, doce músicos y doce cantores, y es la punta del iceberg, porque hay muchos más” [...] “Se trata de mostrar todo lo nuevo que está pasando con las canciones del género, porque en la cosa instrumental hay muchos grupos que lo están sosteniendo bien, pero la canción tiene una dificultad mayor. Llegado el momento en que hay un material importante de canciones de un tango muy under, de tugurio y de barrio, se me ocurrió que era importante darle visibilidad.
Julián Peralta, interviewé par Cristián Vitale

L'idée a surgi d'un article de journaliste dans lequel quelqu'un disait qu'il n'y avait plus d'auteurs de tango. C'est n'importe quoi, ça... Là, nous avons, d'entrée, douze auteurs, douze musiciens et douze chanteurs, et c'est la pointe de l'iceberg, parce qu'il y en a beaucoup plus [...] Il s'agit de montrer toute la nouveauté qu'il y a dans les chansons du genre, parce que pour ce qui est de la chose instrumentale, il y a beaucoup de groupes qui le soutiennent bien en ce moment, mais la chanson présente une difficulté plus grande. C'est l'époque où il y a beaucoup de matière dans la chanson, dans un tango très underground, de taudis et de quartier. Il m'est apparu important de lui donner de la visibilité.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Le disque s'ouvre sur un récit désormais classique de notre ami Alorsa, fondateur du groupe dissous La Guardia Hereje, dont le monde du tango nuevo ne se remet pas du décès soudain en août 2009 (voir mon article à ce sujet) : Vuelve el Tango (le retour du Tango), une très belle parabole à la fois poétique et pleine d'humour sur la renaissance du tango à partir du retour de la démocratie dans les années 1990, que j'ai moi-même traduite et présentée dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine culturel du tango, paru en janvier 2011 chez Tarabuste Editions (2). Le texte est simplement dit par un récitant, Martín Otaño, sans partition aucune... Peralta s'en explique dans son interview :

La verdad es que no puedo arreglar nada de Alorsa y pretender que quede bien. Su obra es maravillosa, pero relajada, y yo escribo cosas más obsesivas, trabadas. La conclusión fue: tiene que ir el recitado pelado, porque si le pongo algo arruino al Gordo, le rompo el humor.
Julián Peralta, interviewé par Cristián Vitale

A vrai dire, je ne peux faire aucun arrangement de Alorsa et dire ensuite que ça sonne bien. Son œuvre est merveilleuse, mais relax, et moi j'écris des choses très obsessionnelles, complexes. J'en ai conclu qu'il fallait que le récitatif y aille franco, à poil, parce que si j'y mets de la musique, je massacre le Gordo (3), je lui casse son humour.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :
lire l'article de Tinta Roja, une nouvelle revue du tango nuevo (qui ne s'intéresse pas à l'expression dansée du tango).
Le site Internet de Tinta Roja intègre aujourd'hui la rubrique des Institutions, en espérant qu'elle tiendra bien le coup économique... Elle n'a pas sa place dans la rubrique Eh bien, dansez maintenant !, où vous trouverez les revues spécialisées El Tangauta ou La Milonga Argentina à côté des revues francophones.


(1) Le 24 novembre est l'anniversaire de naissance de Alorsa.
(2) Cette anthologie bilingue de cent neuf textes, de dix auteurs, sur 140 pages, constitue le numéro spécial 2010 de la revue Triages.
(3) El Gordo (le gros), c'était un surnom de Alorsa (ce qui était déjà en soi un surnom et un nom de scène, sa famille continue à ne parler que de Jorge et nous avons pris l'habitude d'utiliser ce prénom de baptême pour parler de lui avec ses parents). Rien à voir avec le fait qu'il était enveloppé, comme aurait dit Obélix. Il aurait été maigre comme un clou que ça aurait bien pu ne rien changer. El Gordo, c'est un terme d'affection. C'est aussi l'un des surnoms que l'on donna de son vivant à Aníbal Troilo...

San Martín, à rebours des conquistadors, déjà dans Tout Tango [Disques & Livres]


Les abonnés de la revue trimestrielle française Tout Tango reçoivent en ce moment même le numéro qui couvre les mois de janvier à mars 2013.

A la page 20, une demi-page est consacrée à San Martín, à rebours des conquistadors, cette biographie du grand héros sud-américain que je publie dans la collection Signes de Vie (voir sa page Facebook) en cette fin d'année 2012 (www.editions-du-jasmin.com).

Dans la rubrique Eh bien, dansez maintenant !, dans la partie basse de la Colonne de droite, vous pouvez accéder au site Internet de Tout Tango, Tangorama, qui diffuse aussi tous les quinze jours une newsletter dématérialisée à laquelle vous pouvez vous abonner. Tout Tango est l'un des supports de communication favoris des professeurs de tango-danse en zone francophone...

Pour lire tous les articles que j'ai consacrés à ce troisième de mes livres, vous pouvez cliquer sur le lien.
Pour accéder aux deux interviews que j'ai données à ce sujet à Buenos Aires en août dernier, sur Radio Nacional, cliquez sur les liens ci-dessous :
- en français avec Magdalena Arnoux
- en espagnol avec Leonardo Liberman

Pour lire les articles de présentation de Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, cliquez sur le lien précédent.
Pour lire les articles de présentation de Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, cliquez sur cet autre lien.

Ariel Ardit et son orchestre au Festival de Tango du Torquato Tasso [à l'affiche]


Le chanteur Ariel Ardit se produira ce samedi 22 décembre 2012 à 21h avec son Orquesta Típica dirigée par le compositeur et pianiste Andrés Linetsky (1) sur la scène du Centro Cultural Torquato Tasso, Defensa 1575, dans le quartier de San Telmo, dans le cadre du festival que cette tanguería organise en décembre pour la huitième année consécutive.

Les entrées sont à 120 $. Mais jusqu'à vendredi, le public peut réserver avec une réduction, au prix de 100 $ (peso argentin).

Au cours de ce récital, Ariel Ardit présentera en avant-première ce qui sera son prochain travail discographique, à côté de son répertoire déjà connu.


(1) Andrés Linetsky et Ariel Ardit sont tous les deux des transfuges de El Arranque.

lundi 17 décembre 2012

En attendant San Martín comme le Père Noël, les bonnes feuilles continuent [Disques & Livres]

La capitulation de Bailén, évoquée plus de cinquante ans plus tard, en 1864.
Autre tableau parfaitement apocryphe.
Exposé aujourd'hui au Museo del Prado, à Madrid.

José de San Martín (1778-1850) est entré dans l'armée royale espagnole à l'âge de onze ans et demi, comme cadet, c'est-à-dire élève-officier, après une scolarité exceptionnelle de jeune prodige, qui fait croire à certains historiens argentins (1) qu'il était autodidacte. Oh, que non !

Sa famille était très modeste, malheureusement pour nous. Les San Martín appartenaient à la toute petite noblesse sans fortune et sans titre qu'on désigne dans l'Espagne d'Ancien Régime sous le vocable de hidalguía (la qualité des hidalgos). Elle se trouvait fort éloignée des lieux du pouvoir institutionnel, contrairement à ce qui s'est passé pour Mozart, dont la précocité nous est amplement connue parce que sa famille, par profession, se trouvait attachée aux plus grands princes d'Europe.
En revanche, aucun témoignage écrit ne nous est parvenu sur le parcours du jeune San Martín, qui a dû pourtant fort étonner son entourage. Il nous faut reconstituer son évolution en confrontant les dates dont ses états de service officiels font état avec les études réalisées aujourd'hui sur les institutions qu'il a fréquentées au cours de sa formation par des historiens, généralement espagnols et qui ont le mérite de ne pas s'intéresser à lui, alors que les historiens argentins ne considèrent ces institutions que parce qu'elles lui sont liées, ce qui fausse souvent leur regard. On découvre ainsi que l'école militaire de Madrid (qui ne portait pas encore ce qualificatif) dans laquelle il est entré à huit ans accueillait ses élèves alors que ceux-ci avaient dix-sept ans en moyenne à la même époque (dernier tiers du 18ème siècle). On constate ainsi que le jeune garçon, puîné de sa propre fratrie, a vécu perpétuellement avec des gens beaucoup plus âgés que lui jusque vers ses vingt ans... On sait que don José, comme l'appellent les Argentins, est sorti de ce Séminaire Royal des Nobles de Madrid à moins de douze ans. On sait enfin que, malgré l'absence de recommandation mondaine dans l'entourage familial, il a été promu officier, quatre ans plus tard, à l'âge exceptionnellement jeune (2) de quinze ans et demi, alors qu'il se battait sur le front au cours d'un épisode des guerres révolutionnaires, lorsque l'Espagne s'opposait encore à la toute jeune République Française...

C'est cet épisode particulier que je vous propose cette semaine au titre des bonnes feuilles dont la parution sur ce blog précède la sortie, sous le sapin de Noël, de San Martín, à rebours des conquistadors. Pour obtenir cette biographie avant sa parution, au prix promotionnel de 14 €, soit 12,5% de réduction sur le prix de vente en librairie, vous pouvez l'acheter par souscription puisque l'opération est toujours en cours aux Editions du Jasmin. Par la suite, vous pourrez bien entendu vous procurer le livre, entre les deux réveillons ou après les fêtes, chez votre libraire habituel, en le lui commandant.
Si vous lui indiquez le titre et la maison d'édition d'un ouvrage paru en Europe et en français, n'importe quel libraire connaissant son métier saura vous le procurez. Et si vous lui donnez le nom de l'auteur, c'est encore plus facile.


Le temps passe et nous voici déjà en 1798.
A Toulon où la flotte du futur Premier consul s'apprête à rejoindre les pyramides, histoire d'en déloger la perfide Albion... San Martín est premier lieutenant d'infanterie et il sert à bord de la Santa Dorotea, une frégate de la marine espagnole. C'est l'une des toutes dernières missions de ce bâtiment qui tombera aux mains des Anglais en Méditerranée, au mois de juillet. Pour l'heure, notre lieutenant de vingt ans va faire, peut-être par accident, la découverte intellectuelle et politique de sa vie : les principes des Droits de l'homme dont l'Espagne de Carlos IV est encore bien éloignée et une rencontre dont les Argentins sont très fiers...



En 1808, prélude à la fin de sa suprématie en Europe, Napoléon a commis l'erreur d'envahir l'Espagne. Les Espagnols viennent tout juste de déclencher leur propre révolution libérale pour mettre fin à leur propre Ancien Régime qui part en vrille depuis l'arrivée sur le trône d'un roi incapable et veule, Carlos IV. Les Espagnols ont alors fait taire leurs dissensions politiques et ont opposé à l'envahisseur une vaillante résistance armée, administrant même à l'Empire français sa première défaite, leur victoire de Bailén. Quelques mois plus tard, les colonies d'Amérique ont suivi la métropole dans son rejet de l'Ancien Régime mais à Caracas, à Buenos Aires ou à Santiago du Chili, on n'a pas besoin de lutter pour l'indépendance de la Péninsule (voir mon Vade Mecum historique sur l'histoire argentine dans la rubrique Petites Chronologies de la partie médiane de la Colonne de droite).
En 1811, l'Espagne patriotique cède peu à peu sous la force de l'occupation française. Tel le général De Gaulle en juin 1940, San Martín doit faire un choix crucifiant entre une Espagne où la situation militaire et politique est perdue pour de longues années et un empire colonial  lointain et en voie de rupture radicale avec la métropole, où il pourra continuer sa lutte pour ce qu'il appellera bientôt "l'Evangile des Droits de l'homme"... Pressé par les événements et ses convictions, il fait son choix dans des conditions pour le moins difficiles...



Pour aller plus loin - avec vos yeux :
Téléchargez et imprimez le bon de souscription, en vous connectant à mon article du 23 octobre 2012
Visitez le site Internet des Editions du Jasmin, pour découvrir cette maison et la collection de biographies d'artistes et d'hommes politiques, "à lire comme un roman" selon le slogan de l'éditeur
Connectez-vous à la page Facebook de la collection Signes de Vie, dans laquelle San Martín, à rebours des conquistadors paraît prochainement
Accédez à l'ensemble des articles que j'ai déjà consacrés à ce troisième ouvrage (le deuxième publié au Jasmin, après Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, mai 2010 et toujours disponible).
Dans ces articles, je vous présente un certain nombre de témoignages des contemporains du général José de San Martín qui nous donnent le regard qu'on portait sur son action, sur le Vieux Continent et dans le Nouveau Monde, pendant la période révolutionnaire dont il fut, avec Simón Bolívar (3), le plus grand acteur, entre 1810 et 1822, en Amérique du Sud.

Pour aller plus loin -avec vos oreilles :
- Mon interview en français, donnée à Madgalena Arnoux, en août dernier, à Buenos Aires, sur les ondes de RAE (Radiodifusión Argentina al Exterior, la chaîne internationale en sept langues de Radio Nacional)
- Mon interview en espagnol, donnée à Leonardo Liberman, toujours en août et toujours sur les ondes de RAE.


(1) Norberto Galasso, en particulier. Galasso est un des chefs de file médiatiques du courant dit révisionniste dont je vous ai déjà parlé plusieurs ici dans ce blog, un groupe d'historiens qui font une lecture essentiellement péroniste (mais non pas sotte) du passé argentin et dépoussièrent l'histoire officielle. Ce dont elle a fort besoin. Mais l'histoire souffre encore et toujours sous cette lecture très idéologique...
(2) Exceptionnellement jeune pour un garçon de son origine sociale. Les fils de Grands d'Espagne pouvaient obtenir du roi ce type de promotion à cet âge-là du seul fait de leur rang, ce qui les faisait très mal voir du reste du corps des officiers, qui n'était pas dupe de leur ineptie. L'Espagne payera cher cette préférence royale du privilège social sur les compétences et l'expérience militaires pendant l'hiver 1808, quand les chefs des places fortes du nord du pays révéleront leur incapacité à résister aux troupes envoyées par Napoléon et capituleront sans combattre...
(3) C'est aujourd'hui l'anniversaire de la mort de Bolívar au Venezuela, en 1830....

Le beau bilan de la Noche de Librerías [Disques & Livres]


Sur cette photo de l'agence Télam, on reconnaît parfaitement Corrientes avec ses enseignes lumineuses géantes et la silhouette de l'Obélisque...

D'après Página/12, quotidien argentin branché culture à la puissance 10, la Noche de Librerías qui s'est déployée dans la nuit de samedi à dimanche dernier sur une bonne partie de Avenida Corrientes et plusieurs rues des quartiers de Belgrano, Palermo, Recoleta et San Telmo, a été une vraie réussite, puisque les libraires auraient vu leur chiffre d'affaire tripler à cette occasion.

Il est vrai aussi que les librairies sont très nombreuses dans Avenida Corrientes, connue pour être la rue qui ne dort jamais, parce que les commerces y étaient, jusqu'à il y a peu, ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre...

Dans Avenida Corrientes, qui est l'axe principal et historique de cette Nuit aux Librairies, dans cette portion de l'artère qui va de l'intersection avec Callao à celle avec Talcahuno, une partie de la rue où l'on compte une à deux librairies par cuadra (voir Trousse lexicale d'urgence, en partie médiane de la Colonne de droite), les bars et les restaurants ont joué le jeu, accueillant dans leurs murs des concerts, des conférences, des tables-rondes...

La manifestation, censée s'ouvrir à 17 heures et se terminer à minuit, s'est prolongée jusqu'à 4 heures du matin, un horaire normal à Buenos Aires, ville nocturne s'il en est, encore plus l'été et par beau temps...

Le quotidien, comme l'agence de presse nationale Télam, évalue à 55 000 personnes le public qui a profité de la manifestation. Dans une ville de 3 millions d'habitants dont une petite partie seulement va jusqu'aux études supérieures, c'est un très bon résultat. 150 artistes de scène se sont produits tout au long de la nuit : comédiens, chanteurs, instrumentistes, danseurs... Et un certain nombre de spectacles donnés au cours de la nuit célébraient déjà les traditions et la musique de Noël.

Malgré l'absence de publicité pour l'événement sur les pages culturelles du Portail officiel de la Ville, le Ministre portègne de la Culture, Hernán Lombardi, s'est félicité du succès de la manifestation... Menos mal, comme on dit là-bas (1).

Pour aller plus loin :



(1) Ce qu'on peut traduire comme "ça pourrait être pire", "c'est déjà ça", ou "c'est toujours ça de pris !".

samedi 15 décembre 2012

El Pibe Carlitos – Hombre y mito : une exposition à la Casa de Cultura [à l'affiche]


Depuis le 11 décembre, jour de la Fête Nationale del Tango (Día Nacional del Tango), dont je vous ai donné mardi quelques exemples de célébration dans ce blog, à la Casa de Cultura, siège du Ministère de la Culture de la Ville Autonome de Buenos Aires, située presque à l'angle entre Avenida de Mayo et Plaza de Mayo, se tient une exposition sur l'enfance de Carlos Gardel, le milieu social fort défavorisé dans lequel il a grandi et l'éventuelle influence que ce milieu a eu sur son destin d'artiste et son œuvre, sous le titre : El Pibe Carlitos – Hombre y mito (Le Môme Carlitos – l'homme et le mythe) (1).

Pour ce faire, l'exposition s'appuie sur des photos, des partitions et différents documents, dont je suppose qu'une bonne partie appartient au fonds du Museo Casa Carlos Gardel...

Dans la présentation pour le moins succincte faite par le Ministère de la Culture du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, qui est à l'initiative de l'événement, il est dit : "Bien qu'il ait surgi de ce milieu hostile, Carlos Gardel parvient à s'illustrer par son art, se construisant ainsi de lui-même en tournant le dos à cette étape de sa vie."

Une présentation bien ambiguë (à moins qu'elle ne soit tout simplement une provocation), au vu de la politique sociale particulièrement élitaire et conforme à la grande tradition ultra-libérale et clivante de l'oligarchie argentine que mène ce gouvernement local depuis cinq ans !

L'exposition se tient jusqu'au 30 avril 2013.

Entrée libre et gratuite.


(1) El Pibe Carlitos est le surnom de Carlos Gardel que la police lui connaissait lorsqu'elle surveillait ses activités, suspectant des agissements délictueux chez ce jeune adolescent immigré. Récemment, voir mon article du 12 novembre 2012 à ce sujet, le quotidien Página/12 a fait l'événement en révélant la découverte d'un document prouvant que la police des années 1900 nourrissait bien ce type de soupçon sur le futur artiste phare de l'Argentine.

La Noche de Librerías cette nuit à Buenos Aires : la fête s'élargit [à l'affiche]



Pour la sixième année consécutive, ce soir se tiendra dans la capitale argentine la Nuit aux Librairies (la nuit des librairies se dirait plutôt : noche de las librerías). Environ 70 activités gratuites sont proposées dans tout l'est de Buenos Aires jusqu'au milieu de cette chaude nuit d'été...

Le siège principal de la manifestation sera comme toujours (à tout seigneur, tout honneur) Avenida Corrientes, qui sera rendue piétonnière depuis la rue Junín jusqu'à la rue Talcahuano, et cette année en plus, la nuit concerne aussi certaines zones des quartiers de Belgrano, Palermo et Recoleta (au nord) et San Telmo (au sud), des quartiers riches en librairies et en très bonnes libraires, ainsi que les bouquinistes installés dans les sous-sols (cuevas) de Avenida de Mayo (un must pour les bibliophiles à Buenos Aires : certaines cuevas sont de vraies cavernes d'Ali-Baba où s'amoncellent des vieux livres, dans des éditions qui remontent parfois au 17ème siècle !, tandis que d'autres sont des solderies où vous trouverez, à très bon prix, toute sorte d'ouvrages d'occasion, dont certains sont particulièrement intéressants, car ils sont épuisés depuis longtemps).

Sur les parcours concernés, les librairies seront ouvertes jusqu'à pas d'heure (ou peu s'en faut : la fête commence à 17h et devrait se terminer à minuit). Dédicaces, conférences, ateliers d'écriture, jams sessions, spectacles, lectures publiques, rencontres diverses et variées avec les auteurs sont au programme. Le Gouvernement de Ville de Buenos Aires a même invité pour l'occasion une chanteuse mexicaine très connue sur tout le continent pour un show gratuit en plein air ! Et le ciel est avec les bibliophages car on annonce chaleur et beau temps toute la journée (29° au thermomètre et sans doute nettement plus en température ressentie). Pas une goutte de pluie en prévision...

Au Centro Cultural Ricardo Rojas, qui dépend de l'Université de Buenos Aires et se trouve avenida Corrientes 2038, auront lieu toute sorte d'activités en rapport avec la culture durable, envisagée jusque dans ses aspects écologiques...

Les maisons d'édition indépendantes participent aussi à la fête. Elles sont assez nombreuses en Argentine, même si leur production est faible (en quantité) et souvent auto-distribuée...

Il y aura même une promenade à vélo, qui partira de la Bibliothèque Nationale (Plaza del Lector, esquina Las Heras y Austria, dans Recoleta) et descendra doucement jusqu'à la esquina Corrientes y Montevideo, pour s'achever au Café La Paz, un grand lieu de rendez-vous des intellectuels portègnes depuis sa fondation. C'est là que l'écrivain Juan Carlos Kreimer présentera son ouvrage, intitulé Bici zen, le cyclisme urbain comme chemin (Bici zen. El ciclismo urbano como camino)... Sur ce thème du vélo dans Buenos Aires, je vous renvoie à l'article que j'avais consacré à La Bicicleta Blanca, ce tango-polka du duo Piazzolla-Ferrer qui ose représenter Dieu ou le Christ pédalant sec dans les rues de Buenos Aires en offrant au monde le salut et la rédemption...

Sur l'Agenda Culturel du portail officiel de la Ville de Buenos Aires, on cherche hélas en vain des informations sur cette manifestation. La seule chose que l'on parvienne à apprendre, c'est qu'il y a ce concert gratuit de Julieta Venegas, donc ce qui, de tout le programme, est le plus déconnecté du thème de la journée... La Noche de Librerías a en effet été lancée par le précédent gouvernement portègne, celui de Telerman, un gouvernement péroniste. On ne sait pas quel miracle elle survit encore car la plupart des autres initiatives suscitées par le même courant politique ont déjà disparu du paysage de Buenos Aires, mis à part le Festival de Tango. A en croire ce silence officiel, il semblerait donc urgent, tant que celle-ci est maintenue, de la vider de son sens et de lui faire aussi peu de publicité que possible... C'est lamentable.

Pour aller plus loin :

vendredi 14 décembre 2012

Musique, jeux de mots et verlan : la totale ! [à l'affiche]


Tango, vous connaissez déjà.
Gomía, vous connaissez déjà moins. C'est le verlan de amigo (ami).

Tangomías est donc le nom donné à un tour de chant qui réunira le mercredi 19 décembre 2012 à 21h les chanteurs Alfredo Piro, Cucuza Castiello et El Negro Falótico (dans l'ordre inverse sur la photo, prise au Bar el Faro, à Villa Urquiza) au Centro Cultural Torquato Tasso, qui lance la semaine prochaine son traditionnel Festival de Tango.

Defense 1575, dans le quartier de San Telmo
Entrée : 50 $ (comptez les consommations en plus, sur une carte de cuisine simple, pas trop chère, encore que les prix augmentent certainement en haute saison, comme partout ailleurs...)

Tous les vendredi jusqu'à la fin de l'année, Dolores Solá à Clásica y Moderna [à l'affiche]


La chanteuse Dolores Solá donnera son tour de chant fondé sur le répertoire des années 1920 et 1930 tous les vendredis qui nous séparent de la fin de l'année à Clásica y Moderna, le café-bibliothèque de l'avenue Callao (n° 892), à 21h.

Il s'agit d'un récital a la criolla, où la chanteuse n'est accompagnée que par un trio de guitaristes, en l'occurrence Federico Marquestó, Francisco Huici et Juan Spolidoro...

Une autre facette de l'artiste qui s'est fait connaître initialement comme chanteuse du groupe La Chicana.

China Cruel au Café 36 Billares [à l'affiche]


Le quintette féminin China Cruel, la seule formation tanguera féminine à développer un répertoire entièrement original, se produira le jeudi 20 décembre 2012, à 21h, au Café 36 Billares, avenida de Mayo 1265.

Entée : 40$
Pensez aussi aux consommations obligatoires, l'établissement est un café-restaurant et c'est l'heure de dîner...

Pour suivre les activités de ces artistes en français, cliquez sur leur nom parmi les mots-clés du bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

jeudi 13 décembre 2012

Milongas réveillonnantes à La Viruta [à l'affiche]



La Viruta, traditionnelle milonga du quartier de Palermo, propose deux soirées les 24 et 31 décembre 2012 pour les fêtes de fin d'année. Deux dîners suivis d'un bal...

Les cent premières personnes qui réserveront avant le 20 décembre bénéficieront d'un prix des plus intéressants pour pareille fête !

La Viruta, Armenia 1366, www.lavirutatango.com

Pour les milongas de la Saint-Sylvestre proposées ici, en Europe francophone, voyez les revues spécialisées dont vous trouverez les liens dans la rubrique Eh bien, dansez maintenant !, dans la Colonne de droite.