mercredi 22 octobre 2008

Quito Gato à la Academia Nacional del Tango [à l’affiche]

Quito Gato est un guitariste argentin, né à Buenos Aires et installé en Espagne, à Madrid. Il est aussi pianiste, clarinettiste, flûtiste (flûte à bec), compositeur, arrangeur, chef d’orchestre... Depuis 1992, il s’intéresse aussi à la musique baroque et travaille les instruments de cette époque. Il a eu l’occasion de parcourir le monde à travers des tournées qui lui ont permis de se frotter à toute sorte de formations musicales.

Vous pouvez écouter ses très belles interprétations de tangos sur sa page de My Space.

Pour mettre à profit son actuel séjour à Buenos Aires, Alejandro Szwarcman et Alejandro Martino, les deux responsables du Taller de Letristas Homero Expósito, l’ont invité à donner un concert de guitare qui s’intègre dans ce séminaire qui forme des écrivains de tango (letra).

Au cours de cette soirée, Quito Gato jouera de la viole à roue, de la guitare baroque et de la guitare classique.

Sous le titre Tango, guitarras y viajes lejanos (Tango, guitares et voyages lointains), le programme du concert est pour le moins alléchant :

Sur (Homero Manzi - Anibal Troilo) - María (Cátulo Castillo - Anibal Troilo) - La Última Curda (Cátulo Castillo - Anibal Troilo) - Fantasía que contrahaze la harpa (Alonso Mudarra) - El Choclo (Ángel Villoldo) - Pavana (Francisco Tárrega) - De Barro (Homero Manzi - Sebastián Piana) - Nada (Horacio Sanguinetti - José Dames) - Cumbees (Santagio de Murzia) - Canarios (Gaspar Sanz) - Zorzal Herido (Pedro Herrera) - Malena (Homero Manzi - Lucio Demare).

La présentation qu’Alejandro Szwarcman envoie à ses correspondants fait la part belle à l’histoire de la guitare, instrument partagé par toute la musique populaire de l’Amérique Latine, depuis qu’elle a abordé ces terres dans les premières années de la découverte du Nouveau Monde et où elle a développé de nombreuses variantes esthétiques en fonction de la diversité des traditions musicales rencontrées : musique hispano-américaine, musiques indiennes, musiques afro-américaines.

En Argentine, la guitare s’est surtout développée comme instrument de musique à partir de l’Indépendance, au tout début du 19ème siècle. Ce développement doit beaucoup au luthier espagnol Antonio de Torres (1817-1892) qui est né et est mort dans la ville andalouse d’Almeria. Les innovations qu’il a apportées à l’instrument ont abouti à la guitare classique telle que nous la connaissons aujourd’hui.

A la naissance du tango, vers 1880, la guitare a joué un grand rôle pour la diffusion du genre. Ce rôle lui fut par la suite ravi par le piano tant pour la composition que pour l’exécution en solo ou en orchestre (1). Elle est restée l’instrument de prédilection des chanteurs solistes : Carlos Gardel, Ignacio Corsini, Agustín Magaldi, Edmundo Rivero et beaucoup de contemporains moins connus mais non moins talentueux. La guitare tanguera a absorbé les influences espagnoles (du flamenco notamment), italiennes et françaises.

Le concert de Quito Gato aura lieu le mardi 4 novembre à 19h30 au siège de la Academia Nacional del Tango (avda de Mayo 833). L’entrée est fixée à 5 $ Arg.

Quito Gato se produit après-demain à Buenos Aires au Museo Isaac Fernández Blanco de la rue Suipacha (n° 1422) à 20h30.

Puis à nouveau le 28 octobre, à Vaca Profana, de la rue Lavalle (au n° 3683) à 21h.

Au cours de ces deux shows, il présentera son disque, Charcos, Tangos y milongas (flaques d’eau, tangos et milongas).

(1) la guitare n’est pas l’un des instruments constitutifs du quatuor típico mais elle est souvent présente comme un plus dans la orquesta típica.

Fin de la dualité des régimes de retraite [actu]

Photo ANSeS (la Présidente, le Premier Ministre, le Secrétaire d'Etat au Travail et le Directeur de l'ANSeS)
le 21 octobre 2008

La Présidente argentine vient d'annoncer qu'elle mettait fin à l'actuel régime de retraite privée des AFJP (Administradoras de Fondos de Jubilaciones y Pensiones). En effet, les investissements en Bourse sur lesquels ces régimes sont fondés ont donné lieu à trop de spéculations dangereuses pour l'épargne des particuliers (sur les 37 000 millions de US$ de dépôt, il n'en reste plus que 33 000 en valeur liquidable, soit 4000 millions de US$ qui ont disparu), dangereuses aussi pour la stabilité financière du pays (les fonds des AFJP sont placés à 70% en bons du trésor et autres titres publics avec quoi les opérateurs de marché s'amusent à faire joujou). Très récemment, après le dernier krach de Wall Street, on suspecte même des boursicotages avec délit d'initié dans la journée de lundi. Environ la moitié des 140 millions de dollars de transactions passées au cours de cette séance à la Bourse de Buenos Aires serait des fonds des AFPJ, jetés sur le marché pour liquider des positions avant l'annonce gouvernementale de mardi.
La justice songe à entamer des poursuites pénales contre les dirigeants actuels de ces organismes et leur a interdit jusqu’à nouvel ordre de procéder à des changements dans leur portefeuille d’actions.

Jusqu'à présent, en Argentine, le système de retraite par répartition n'est ni obligatoire ni généralisé. Les entreprises ne sont donc pas obligées d'y adhérer ni d'y cotiser ni d’en faire bénéficier leurs salariés. Ceux-ci, s’ils ne sont pas couverts par le régime par répartition, n'ont donc pas d'autres choix que de s'affilier à une AFJP. Laquelle commence par conserver par devers elle-même 35 à 40% du montant de la cotisation au titre de sa commission puis place en bourse l’ensemble des fonds récoltés pour verser le moment venu aux ayant-droit une rente de type d’assurance-vie. Dans ce système, les adhérents pouvaient abonder leurs contributions au-delà des montants minimaux pour se constituer une retraite complémentaire. Ce système de retraite par capitalisation (jubilaciones privadas, disent les Argentins) a été mis en place par le gouvernement de Carlos Menem, dans les années 90, alors que soufflait sur la jeune démocratie argentine un vent de néo-libéralisme encouragé par le FMI et dont il semble bien que le résultat ait été l’immense krach bancaire de 2001, qui a complètement ruiné et le pays et les épargnants (el corralito : le gel des avoirs bancaires).

Le Gouvernement vient donc d’envoyer au Congrès un projet de loi consistant à fondre les droits gérés par les AFJP dans un système unique de retraite par répartition qui deviendra obligatoire et généralisé comme Servicio Social Público sous le sigle de SIPA (Sistema Integrado Previsional Argentino). Les fonds collectés par les 10 AFJP existantes (environ 100 000 millions de pesos aujourd'hui) passeront aux mains du Fondo de Garantia de Seguridad Social, au sein de l'ANSeS (Administration Nationale de SEcurité Sociale). L’Etat se fait désormais le garant d’un droit de prévoyance égalitaire et irrévocable.

Le système de retraite par capitalisation aura vécu en janvier prochain, au moins comme mode de prévoyance vieillesse principale.

Selon les nouvelles règles, les adhérents actuels des AFJP verront le nouveau régime par répartition obligatoire reprendre le cumul de leurs années de cotisation et évaluer à l’aune nouvelle le montant de leurs versements afin que leur soit versée à échéance une pension de retraite. Le Gouvernement a pris beaucoup de temps pour mettre au point des méthodes de calcul et des modes de transfert qui tiennent compte aussi des contributions optionnelles suplémentaires, lesquelles devraient rester gérées par des AFPJ redimensionnées et donner lieu au versement par ces institutions d'un revenu de retraite complémentaire. Ce qui n'a pas empêché le président d'une d’entre elles d'appeler dès mardi matin ses adhérents à se porter d'ores et déjà partie civile contre l'Etat.

Dans le futur, une option sera mise en place pour offrir à tous la possibilité d'une épargne-retraite par capitalisation, pour une rente complémentaire, sur une base volontaire et optionnelle. Les salariés intéressés devraient pouvoir cotiser pour une somme supérieure à 11% de leur salaire.

Le Secrétaire d'Etat au Travail a aussi annoncé qu'aucune menace ne pesait sur aucun des 10 500 emplois occupés par les salariés des AFJP, dont un tiers devrait se voir affecté dans un service d'Etat, notamment à la Superintendance des Assurances, l’organisme régulateur du secteur, et peut-être une autre partie absorbée par l'ANSeS. Il n’en reste pas moins que les 10 AFPJ vont devoir se restructurer pour réduire la voilure, licencier des salariés (la notion de plan social n’existe pas en Argentine, chaque licenciement est donc un cas individuel) et fusionner entre elles... On imagine les inquiétudes de ces personnels, dont beaucoup vivent à Buenos Aires ou dans sa ceinture (la capitale vit à 75% des activités financières).

Elisa Carrio, la leader de l'opposition au niveau national (qu’on classerait dans la droite dure en Europe continentale), parle d'un sac (saqueo) d'Etat réalisé sur l'argent des travailleurs, elle accuse le gouvernement de s'emparer de cette épargne pour remplir les caisses de ses futures campagnes électorales (Elisa Carrio est souvent excessive dans ses attaques en piqué contre Cristina Fernández et ne rate jamais une occasion de rappeler l’existence d’une étrange valise vénézuélienne pleine de dollars que d’aucuns affectent à la récente campagne électorale de la Présidente, qui serait donc un agent de Chavez). D'autres personnalités au discours plus rassis soupçonnent, quant à elles, Cristina de prendre cette mesure pour assurer des rentrées budgétaires à l'Etat qu'elle n'arrive pas à réaliser en taxant les exportations de soja (voir les articles sur le conflit agraire, en cliquant ci-dessus sur le mot-clé Economie). Certains justicialistes, opposés, comme Carlos Menem, à la tendance kichneriste (celle de la Présidente et de son mari) mais néanmoins membres du même parti, le PJ, émettent ouvertement des accusations du même tonneau (1), reprochant au Gouvernement de rendre le pays encore plus incertain et moins attractif sur le plan économique avec cette étatisation du système des retraites. En revanche, l'UCR, vieux parti de gauche très méfiant vis-à-vis de la politique péroniste en général, a indiqué qu'il était favorable à la décision, à condition que l'argent soit géré conformément à sa destination initiale (le paiement de pensions de retraite). Une déclaration dans le même sens a été faite par le Médiateur du 3e âge (el Defensor de la Tercera Edad) : généralisation et obligation du régime par répartition oui, mais à condition que ce soit accompagné d’un contrôle social fort et transparent. Les Argentins sont habitués à la gabegie étatique et savent qu’une corruption rampante continue, 25 ans après le retour à la démocratie, à miner les dépenses publiques. Aussi le Directeur de l’ANSeS s’est-il empressé d’annoncer qu’il modifierait les règles de gestion des fonds de l’institution afin de limiter les prêts à l’Etat, puisque telle est la forme juridique que prennent habituellement ces transferts de fond.

De leur côté, l’UAFPJ (Unión de las Administradoras de Fondos de Jubilaciones y Pensiones) a contre-attaqué dans un communiqué où elle accuse le gouvernement de prendre une décision émotionnelle, sans recul, sur une vision à court terme qui ne comprend rien à rien aux phénomènes boursiers, et où elle défend bec et ongles son système qui serait, selon elle, transparent et rentable... (Il y a sûrement des gens pour qui c’est en effet rentable. Un système où l’organisme collecteur prélève sa dîme à hauteur minimale de 35% des dépôts ne peut pas ne pas être rentable...).

En présentant en fin d’après-midi sa réforme dans les locaux de l’ANSeS, la Présidente s’est défendue de toutes les accusations qui ont plu sur elle comme à Gravelotte toute la sainte journée (2) avec sa coutumière véhémence et son talent oratoire (elle est avocate de profession). Elle a même habilement retourné les arguments de Elisa Carrio, estimant que c’est l’institution du régime par capitalisation qui avait constitué une politique de saqueo (sacage, sac) au détriment des classes populaires (3).

On s'attend donc à un débat houleux au Congrès et à la création de nouvelles lignes de démarcation politique au sein de l’une et l’autre assemblées au moment de voter.

A la City (le quartier boursier et financier de Buenos Aires), les Bons du Trésor et les actions des banques ont fait mardi une vilaine chute à la Corbeille (4) : le marché réagit mal à la perspective de perdre les AFPJ qui sont ses acteurs les plus volumineux... Même à la Bourse de Madrid, la cotisation de l’action Repsol a été suspendue après avoir perdu 10 points d’un coup (la compagnie pétrolière espagnole Repsol chapeaute aujourd’hui la compagnie argentine homologue, YPF).

Página/12, le quotidien de gauche qui ne loupe (5) jamais l'occasion de lancer un bon mot, (6) a fait sa une de mardi sur ce sujet en détournant le sigle AFJP : Al Final, Jugaron y Perdieron (pour finir, elles ont joué et elles ont perdu).

Le site de l’ANSeS offre le texte intégral du projet de loi en format pdf.



(1) du même tonneau (francés popular) : del mismo estilo.
(2) pleuvoir comme à Gravelotte (francés popular, despues de 1918) : llover muy fuerte. Gravelotte es una de las batallas de la 1era Guerra Mundial. Lo que caia en Gravelotte eran bombas y muertos... Se dice también con el mismo significado: pleuvoir comme vache qui pisse, tomber des hallebardes tomber des cordes. Or justement hier, des trombes de grêle d’une rare intensité se sont abattues sur Buenos Aires et sa banlieue...
Toute la sainte journée (francés popular) : todito el día.
(3) El saqueo est le titre d’un film documentaire du cinéaste de gauche Pino Solanas où il démonte et dénonce les pratiques politiques et financières qui ont abouti au krach bancaire de 2001. L’année dernière, Pino Solanas a été élu sénateur pour a circonscription de la capitale, sous l’étiquette PSA (Partido Socialista Auténtico). Il appartient de fait à la majorité présidentielle.
(4) la Corbeille : apodo de la Bolsa en París (por el aspecto del lugar en el edificio del Palais Brogniart donde tenían lugar las operaciones de cotización bursátiles.
(5) louper (francés popular) : perder (una ocasión, el tren...) o fracasar.
(6) bon mot : chiste, juego de palabras...

Conflit social et durable à l’école [actu]

Depuis le mois de septembre, soit à peu près depuis la fête des Instituteurs (Día del Maestro), le 10 (cf. l’article consacré à cette fête dans Barrio de Tango), un conflit social oppose les enseignants et les pouvoirs publics, un conflit qui gâche ce deuxième quadrimestre de l’année scolaire (1). Cela a commencé par une grève des enseignants contre la politique scolaire de Daniel Scioli, le Gouverneur péroniste de la Province de Buenos Aires (et ex-vice président du président Néstor Kirchner). Quand les professeurs ont repris la classe dans la Province, ceux de Buenos Aires se sont mis en grève pour réclamer au Gouvernement de droite libérale de la Ville des augmentations de leur salaire (ils réclament 20%) et du budget de l’éducation. Et depuis quelques jours, la grève est nationale... A Buenos Aires, les cours perdus devraient néanmoins être rattrapés par des cours donnés le samedi, d’ici à la fin de l’année, qui se clôt quelques jours avant Noël.

A Buenos Aires même, le mécontentement des profs (maestros : instituteurs / docentes : enseignants) s’aiguise sur la politique sociale menée par le Gouvernement de Buenos Aires, qui ces dernières semaines a réformé la distribution des bourses aux élèves pauvres (en en compliquant les conditions d’attribution) et modifié les repas des cantines en remplaçant la viande par du trisoja, une peu appétissante mixture de blé (trigo) et de soja que les enfants, surtout les plus petits, refusent de manger. De surcroît, dans les établissements scolaires des quartiers déshérités, les habituelles fournitures scolaires gratuites n’ont pas été distribuées cette année. En Argentine, l’école est obligatoire depuis 1883, et selon le même raisonnement que celui qu’a tenu Jules Ferry à la même époque au début de la IIIe République en France, le pays s’est doté d’une école publique, qui est gratuite et laïque. C’est pourquoi jusqu’en 2007, la Ville de Buenos Aires fournissait aux enfants pauvres du primaire et du secondaire (dont des gamins handicapés) une boîte (caja, kit, juego) de fournitures scolaires (útiles), contenant cahiers, papier, stylos, crayons, gomme, tube de colle, règle, équerre, compas... En 2008 (l’année scolaire et l’année civile se confondent dans l’hémisphère sud), ces kits n’ont pas été distribués. Le Ministère de l’Education s’en est justifié en avançant que, n’en connaissant pas avec certitude les critères de distribution ni les bénéficiaires, il avait préféré s’abstenir. Toutefois, le Ministère, mis en place le 10 décembre alors que l’année scolaire commence aux premiers jours de mars, reconnaît avoir vu une ligne de 280 000 $ Arg affectée à cette opération sur le budget 2008 conçu par le Gouvernement précédent, présidé par le péroniste Jorge Telerman.

C’est le Médiateur portègne (Defensor del Pueblo porteño) qui a soulevé ce lièvre dès mars ou avril (donc à la rentrée des classes) à la suite d’une plainte d’un parent d’élève et il vient de relancer l’affaire, faute de réponse satisfaisante de la part des pouvoirs publics.

Tout ceci prend place dans un contexte de restriction budgétaire draconnienne généralisée dans tout ce qui touche la vie culturelle, notamment dans les Centres Culturels municipaux qui offrent aux enfants et aux adultes des activités gratuites ou très peu onéreuses qui participent à la convivialité de la vie civique et sociale des quartiers.

L’année dernière, la Ville avait distribué 28 500 jeux de fournitures (dont 15 705 à des élèves du secondaire, l’école étant obligatoire jusqu’à 14 ans) et 2 040 à des élèves handicapés.

Pour l’année 2009, l’actuel Gouvernement portègne a promis de doter cette ligne budgétaire de 18 millions de pesos. Désormais tous les enfants bénéficieront de cette aide publique matérielle, quelque soit le niveau économique de leur famille. 12,5 millions de pesos serviront à l’achat des fournitures, le reste de la somme budgetée ira à l’achat des livres scolaires. Il y a 350 000 enfants dans les établissements scolaires publics à Buenos Aires même, qui compte aussi tout un réseau d’écoles primaires et secondaires privées, payantes (plus ou moins chères) et souvent confessionnelles (ce réseau privé n’est évidemment pas concerné par la mesure gouvernementale).

(1) En Argentine, l’année scolaire est organisée en 2 quadrimestres, de mars à juillet et d’août à décembre. Il y a 3 semaines de vacances en juillet. Les dates varient en fonction de leur répartition sur le territoire en un système de zones et peuvent donc mordre sur le mois d’août.

lundi 20 octobre 2008

Demoliendo Tangos en el Vesuvio [à l’affiche]

Photo extraite du site de Demoliendo Tangos

Le duo Federico Mizrahi, piano, arrangements et composition, et Luis Longhi, bandonéon, voix et textes, aussi connu sous leur deux noms que sous leur nom commun et provocateur de Demoliendo Tangos (Démolissant des tangos), se produit les trois derniers vendredis d’octobre (soit les 17, 24 et 31) au célébrissime café El Vesuvio, avenida Corrientes 1187, à 21 h. Ils seront rejoints pour l’occasion par le violoncelliste Jorge Bergero et la violoniste Christine Brebes.

Federico Mizrahi et Luis Longhi sont deux musiciens quarantenaires (l’un né en 1964 à Buenos Aires, l’autre un an après à La Plata), ils ont tous les deux une expérience significative au théâtre, avec des temps forts, celle du Teatro de la Maestranza à Séville pour Mizrahi et une autre auprès de Jorge Lavelli à la Comédie Française pour Longhi...

Demoliendo Tangos a déjà sorti 2 disques, principalement de musique originale (música propia), le premier s’appelle Demoliendo Tangos (2001) et le second Carne Argenta (2004), tous les deux édités par les Productions Sonoras (et toujours disponibles). Parmi les classiques qu’ils interprètent dans ces deux albums, Romance de Barrio (Aníbal Troilo et Homero Manzi), l’instrumental El Marne composé par Eduardo Arolas en hommage aux combattants français de la 1ère bataille de la Marne, Danzarín, un tango très brillant de Julián Plaza et le très poignant morceau qu’Astor Piazzolla composa à la mort de son père, Adíos Nonino (dans Demoliendo Tangos), et Comme il faut, d’Eduardo Arolas et Taconeando de Pedro Maffia. Parmi leurs créations originales, un Saboreando Tintos (en savourant des vins rouges), Blues de las Parcas (Blues des Parques), Aluciné Gardel (j’ai eu une hallucination de Gardel) et un tango dédié aux Iles Malouines que les Argentins revendiquent comme leurs avec un amour profond, nostalgiques pour ces terres grasses mais inhospitalières perdues dans les brumes du fin fond du fond du sud (Malvinas).

Vous pouvez les écouter sur leur site, très touffu et à la présentation délibérément désarçonnante, et télécharger trois extraits de chacun de leur deux disques, dont leur el Marne, qui démarre au piano seul comme démarrerait un grand Chopin...

Tournée internationale de Astillero Tango [ici]

Astillero Tango (Arsenal Tango) est un groupe de tango très original, novateur, qui présente une musique poignante, oppressante, qui témoigne d’une forte conscience politique et d’un rejet profond de ce monde dominé par le goût du lucre, où le cours de bourse tient lieu de boussole morale et où piétiner les pauvres est devenu une habitude comme les autres... Leur musique est belle et elle est dure. Eux la veulent rugueuse. Ils entendent faire partie de l’avant-garde de ce qu’ils appellent el tango de ruptura. Ils ont pris pour emblème une vue du port de la Boca, qu’a peint avec tant de talent et tout en couleurs Benito Quinquela Martín. Ils le reprennent dans un camaïeu anthracite...

Ce sextette, récent (ils se sont fondés en 2005 à Buenos Aires) se compose d’un chanteur, Peyo, d’un violon Osiris Rodríguez, de deux bandonéons Patricio Banfiglio et Marino González Calo, d’un violoncelle Felix Arcángeli et d’un piano, Julián Peralta. Chacun d’eux a appartenu ou appartient toujours à d’autres formations, parmi lesquels il faut citer La Maquina Tanguera (un hommage à Osvaldo Pugliese, l’inventeur de cette expression), Milonga en Orsai (Milonga dans les choux), El Estudio Músical de Tango de Orlando Goñi (un grand pianiste, compositeur, chef d’orchestre qui avant d’avoir son propre ensemble avait été le pianiste de Aníbal Troilo et l’une des grandes admirations d’Astor Piazzolla). Plusieurs d’entre eux sont aussi compositeurs, dont le plus connu est sans doute pour l’heure Julián Peralta.

Ils seront à Montreal le 27 octobre, à la Sala Rossa, 21h, 4602 boulevard du Saint Laurent, prix entre 15 et 20 Can US, puis le lendemain au Tulipe, à 20h, 4530 rue Papineau, entrée de 20 à 25 Can US.

Ils arrivent sur le vieux continent le 1er novembre et se produisent à 23h15 au Womex, Teatro Lope de Vega à Seville (avenida de María Luisa).
Le 2 novembre, ils sont à Londres, au Negracha Club, à 19h30 (4 Wild Court, à Holborn). Prix entre 15 et 20 £.
Le lendemain, ils jouent le matin à 10h au Guildhall School of Music and Drama, Silkstreet à Barbican, à Londres, et retournent le soir à 19h30 au Negracha Club.

Le 4 novembre, les voilà à Copenhague au Danemark, au Global, à 20h, situé Verdenskulturcentret, Nørre Allé 7 (le prix de l’entrée n’est pas communiqué).

Le 5 novembre, ils seront à Zürich à 20h 30, au Weisser Wind, Oberdorfstrasse 20 (le prix va de 40 à 50 FS).
Le 6 novembre, toujours à Zürick, ils se produisent au Club Silbando, à 20h, Förrlibuckstrasse 62 (prix entre 30 et 40 FS).

Le 8 novembre, ils viennent en France, en Rhône Alpes, en Ardèche (il y en a qui ont de la chance). Ils marqueront trois étapes, le 8, le 9 et le 10, sur le Sentier des Lauzes, une vallée culturelle où le département a organisé un parcours et différentes haltes thématiques fondées sur la patrimoine de cette très belle région du sud de la France. Ils joueront à 21h le 8 à Lussas, le 9 à 20h30 au Centre d’Accueil des Vans, le 10 à 20h à l’église de Beaumont. Les prix ne sont pas communiqués pour aucune de ces étapes.

Le 13 novembre, ils seront en Belgique à Anvers, au Zuidersperhuis, à 20h30, Waalse Kai 14 (entrée : 12 €).

Le 14 novembre, ils seront aux Pays-Bas, à 20h15, ils jouent au Palais des Congrés (Congresgabouw) De Doelen, à Rotterdam (les prix varient de 7 à 23 €).
Le 15 novembre, ils seront au Tropenteater (Grande Salle, Grote Zaal), à Amsterdam, à 20h30 (entrée : 23 €).
Le 16 novembre, ils concluent la tournée à Utrecht par une matinée, à 15h, au Wereldculturen Centrum, Pauwstraat 13a (entrée : 12 et 20 €).

Pour écouter leur musique, que m’a fait découvrir à Buenos Aires Walter Alegre, le coordinateur de la Ciudad del Tango (CCC Floreal Gorini), l’un de leurs plus grands fans... branchez-vous sur leur site qui donne accès à leur page My Face, You Tube et Facebook.

En novembre 2006, ils ont sorti un disque, Tango de Astillero, à De Puerto Producciones, déjà épuisé. A la fin de cette année, leur 2ème disque devrait sortir : 13 pistes plus un morceau du disque précédent dont ils ont fait un nouvel enregistrement, cette fois-ci accompagnés par le Maestro Leopoldo Federico.

Nouveau tour de chant de Jacqueline Sigaut avec Néstor Barsuto [à l’affiche]


Chacun d’eux, la chanteuse et l’auteur-compositeur-guitariste et j’en passe, présentera son nouveau disque sous le titre global Por que Quieren (parce qu'ils aiment ça, parce qu'ils le veulent), dans une production signée VS Veronica Stamati.

De retour à Buenos Aires après quinze jours sous nos latitudes, à Liège (où elle a chanté de chic dans des écoles de tango et des milongas) et une petite escapade de trois jours à Paris, Jacqueline Sigaut enregistre actuellement son prochain disque (ce sera le 4ème) : Por que quiero (pourquoi j’aime). Néstor Basurto y participe comme artiste invité. Lors d’un déjeuner très chaleureux dont nous garderons longtemps un joli souvenir toutes les deux, elle m’a confié que son séjour parisien va changer sa manière de chanter quelques classiques où le tango parle de Paris. Le prochain disque est donc à surveiller. Il pourrait contenir quelques bijoux comme Anclao en París, Araca París ou autres Noches de Montmartre... Elle ne m’a pas vendu la mèche, j’attends donc comme tout le monde de découvrir...

De son côté, Néstor Basurto va prochainement sortir son premier disque personnel et donnera un avant-goût de son contenu lors de cette soirée qui s’annonce pleine d’humour et avec plein d’artistes invités.

Ce sera au Vesuvio (qui s’intitule lui-même Resto Cultural), à deux jets de pierre de l’Obélisque, sur la Avenida Corrientes, à la hauteur 1187, jeudi 30 octobre à 20h30 (entrée 25 $).

Ils seront aussi au Bar Notable 36 Billares (avenida de Mayo) le 25 octobre, à 17h, pour un tour de chant intitulé A los poetas contemporaneos (Jacqueline est une grande et courageuse interprète des auteurs contemporains, comme Raimundo Rosales, Héctor Negro, Alejandro Szwarcman et Horacio Ferrer et dans le répertoire de ce dernier, elle chante des morceaux peu connus....). Jacqueline sera présente avec Julián Hermida. Alejandro Szwarcman fera partie des poètes présents aux 36 Billares auprès de Néstor Basurto... Entrée 10 $.

Et la veille encore, Néstor Basurto sera au Museo Issac Fernández Blanco à Buenos Aires comme invité d’un show de Quito Gato, à 20h30 (Suipacha 1422). En novembre, Néstor Basurto sera en tournée dans l’intérieur avec le Quinteto de guitares Ventarrón qui vient de se produire au Festival Guitarras del Mundo (San Luis, San Carlos de Mendoza, San Juan et La Jovita dans la province de Córdoba).

Pour écouter ces artistes, vous pouvez vous rendre dans l’immédiat sur leurs sites respectifs : le site de Jacqueline, celui de Néstor Basurto et sa page sur My Space.

Inscriptions aux Prix Hugo del Carril [actu]

Jusqu’à mercredi, 23 octobre, les artistes de tango qui ne vivent pas de leur art peuvent s’inscrirent au concours Hugo del Carril, qui pour la première fois cette année comptera deux catégories pour la danse (tango salón et tango fantasía) et une autre pour les ensembles instrumentaux (de 2 à 4 et 5 musiciens). Ce concours organisé par la Direction Générale de la Musique de la Ville de Buenos Aires offre aux artistes primés des contrats ponctuels d’un an avec la Orquesta de Tango de Ciudad de Buenos Aires.

Ce concours révèle des compositeurs, des auteurs-compositeurs-interprètes, des letristas, des chanteurs et chanteuses, des instrumentistes et désormais des danseurs. Dans les trois premières disciplines, il n’y a pas de limite d’âge. Mais les chanteurs et les danseurs doivent avoir entre 16 et 40 ans pour pouvoir concourir.

Ce concours porte le nom d’un artiste remarquable, qui a laissé le souvenir d’un parfait gentleman et qui fut tout à la fois un chanteur, un acteur, un compositeur, un réalisateur et un citoyen profondément engagé (dans le péroniste), ce qui lui valut de sales périodes à chaque fois qu’un gouvernement soutenu par les Etats-Unis et donc viscéralement anti-péroniste est arrivé aux affaires. Il est le compositeur de la Marcha Peronista qui est toujours jouée dans la plupart des cérémonies du Partido Justicialista (mais qu’ à la grande surprise de tous les observateurs, on n’entendit pas lors de la prise de fonction de l’actuelle Présidente, le 10 décembre dernier). Hugo del Carril a aussi été le José Betinotti du film écrit et dirigé par Homero Manzi, El último payador (en 1948). C’est pour lui qu’Homero Manzi écrivit son texte de Desde el alma (sur la partition légendaire de Rosita Melo). Une belle voix bien timbrée, qu’on peut entendre ici...

El Tango vuelve al Barrio avec un 3ème larron [à l’affiche]

Cucuza et Moscato se joindront ce vendredi 24 octobre la voix d’un autre chanteur, Aureliano Marin. Ce sera à 21h au Bar el Faro, une pizzeria qui fait l’angle entre la avenida La Pampa et la avenida Los Constituyentes dans le quartier de.... (vous savez déjà par coeur) Villa Urquiza (c’était la bonne réponse et je ne vous l’ai même pas soufflée, bravo !).

Aureliano Marin est un chanteur de tango et un double-bassiste originaire de la ville Córdoba, capitale d’une province au nord-ouest de Buenos Aires et, soit dit en passant, ville où a été fondée la première université d'Argentine.... Ce musicien original fait partie d’un tout nouveau groupe de tango jazz, le Auretango Club qui a fait ses débuts au Negracha Club à... Londres le 3 octobre dernier. Le 18 octobre, ils se produisaient à Heidelberg en Allemagne. Le 31 octobre, ils seront au Tsunami Tango dans la avenida Córdoba à Buenos Aires et le 4 décembre au "resto cultural" El Vesuvio...

Vous pouvez écouter la musique de Aureliano Marin sur sa page de My Space.

Entrée 18 $ pour le show a El Faro. Comptez la pizza et le vin rouge en sus... Il faut se nourrir et bien !

dimanche 19 octobre 2008

Feliz Día de la Madre [actu]

Photo extraite de Gardelweb


En Argentine aujourd'hui, c'est la fête des mères. Comme chaque 3ème dimanche d'octobre.
En Uruguay, la même fête est programmée le 2ème dimanche de mai, comme en Suisse et en Belgique. En Espagne, la fête a lieu le 1er dimanche de mai et le dernier dimanche de mai, en France sauf si ce dimanche est aussi celui de la Pentecôte (auquel cas, la fête est reportée au 1er dimanche suivant).

En France, c'est aussi aujourd'hui le dernier jour de la Semaine du Goût. Alors je vais boucler la boucle que j'avais ouverte avec la recette d'un des plats préférés de Gardel. Pour el día de la Madre, j'ai mis en illustration une de ses photos, très célèbre. Elle a été prise dans un hôtel de New York en juin 1934, il pose à côté de la photo de sa mère qu'il avait toujours avec lui dans toutes ses tournées... Elle est commentée sur le site Gardelweb (voir les liens sur la droite, dans la catégorie Troesma).

Et pour la gastronomie, je vous laisse méditer cette phrase très célèbre de ce fils à sa maman, qui ne se maria jamais parce qu'il était marié à la musique :

"El más modesto puchero hecho por sus manos, vale más y es más sabroso que el más caro de los platos de los mejores hoteles del mundo".
Carlos Gardel

Le plus modeste pot-au-feu fait de ses mains vaut plus et est plus savoureux que le plus cher des plats des meilleurs hôtels du monde
Traduction Denise Anne Clavilier

Ne loupez pas la visite de la cuisine au Museo Casa Garlos Gardel à Buenos Aires. C'est à peine si vous n'avez pas l'impression que Doña Berta est là, au milieu de ses casseroles, et qu'il va rentrer pour se mettre à table...

samedi 18 octobre 2008

L'Argentine passe à l'heure d'été [actu]

Cette nuit, les Argentins doivent avancer leur montre d'une heure. Ils passent à l'heure d'été pour économiser un peu d'énergie d'éclairage... Pendant une semaine, de dimanche à samedi prochain, il n'y a plus que 4 heures de décalage entre l'Union Européenne (dans sa presque totalité continentale) et Buenos Aires (et toute l'Argentine car le pays vit sous un seul fuseau horaire).

Dimanche prochain, c'est nous, en Europe, qui changeons d'heure. Nous reculerons nos montres d'une heure (on gagne donc une heure de sommeil) pour nous caler en régime d'hiver. Et dès lors il n'y aura plus que 3 heures de décalage horaire de part et d'autre du Charco (la Flaque d'eau). Cela ne va pas être très commode pour écouter Antonio Carrizo le dimanche sur la 2x4, ça !

Chat Noir et Loyauté [à l'affiche]


Gatonegro y Lealtad, Chat noir et Loyauté, c'est avec cette devise fantaisiste qu'Angel Pulice et Ruth de Vicenzo ont annoncé il y a quelques jours leur concert d'hier au Gato Negro (Chat Noir)... La loyauté dont il est question ici fait référence à la date du concert : un 17 octobre, el Día de la Lealtad pour les péronistes...

Je vous laisse admirer la très belle photo qu'ils ont diffusée aux abonnés de leur newsletter.
(Cliquez dessus pour la voir dans sa taille réelle).

vendredi 17 octobre 2008

Alejandro a deux casquettes : Semaine du goût - 4

Alejandro Picciano n’est pas seulement le guitariste de talent que je vous ai décrit il y a quelques jours, c’est aussi un cuisinier carabiné (1) qui m’a confié, pour cette Semaine du goût en France, sa recette de Pastel de papas (à la mode de Cuyo, une ville de l’intérieur de l’Argentine) (2).

Il me communique les précisions suivantes :

1) Il s’agit d’une recette de sa grand-mère (donc c’est forcément bon)
2) Les proportions sont indiquées au pif (un poco a ojo) et pour "4 tipos con hambre o 6 humanos con cierta decencia" (3).

Commencer par réaliser une farce pour empenada criolla
(et moi, de mon côté, je fais d’une pierre deux coups : je vous livre l’un des secrets de la fascination discepolienne pour les empenandas, cf. l’article de mercredi dernier. Pour le retrouver, cliquer sur les mots-clé Semaine du Goût ou Gastronomie).

600 grammes de viande de boeuf hachée à la main, de préférence au grand couteau (4) (ce sera plus goûteux que du bifteck haché de boucherie, dont le peu de tenue à la cuisson fera perdre du corps à cette recette)
2 très gros oignons (ou 3 pas trop grands, ou 4 petits etc. Je ne fais que traduire)
1 poivron rouge
3 gousses d’ail
1 poignée de raisins secs.
Cumin, paprika (de préférence du pimentón dulce ou de la ñoria écrasée que vous trouverez dans une épicerie fine ou un bazar spécialisé en produits méditerranéens. Note de la traductrice), sel, origan et 1 feuille de laurier.

Laisser tremper l’oignon dans de l’eau bien chaude
Hacher très fin l’oignon (sorti de l’eau), l’ail et le poivron.
Faire revenir dans une casserole avec un bon fond d’huile d’olive (n’utiliser pas une poêle, elle vous ferait perdre des sucs à cause de la grande surface d’évaporation, note conjointe d’Alejandro et Denise Anne)
Quand l’odeur vous met l’eau à la bouche (cuando empieza a dar hambre el olorcito), ajouter la viande avec le cumin et le paprika (selon votre goût).
Eteindre le feu avant que la viande se mette à cuire et jeter les raisins secs (sinon la viande arriverait sur la table trop cuite et très sèche. Note de la traductrice).

Faire une purée de pommes de terre et de patates douces (pure en Argentin)

Vous avez besoin de 3 grosses pommes de terre à purée, 2 patates douces (blanches ou roses), un peu de lait froid, un peu de beurre, de la noix de muscade et du sel.

Cuire les pommes de terre et les patates épluchées à l’eau puis les passer au presse-purée et accommoder avec le lait et le beurre (n’employez pas le mixer, il donnerait à la préparation une texture collante et caoutchouteuse, peu agréable en bouche -note de la traductrice).
Assaisonner avec sel et muscade.

Préparer une pâte à empanada :

300 grammes de farine,
1 cuillère à soupe d’huile d’olive,
1 cuillère à moka de sel,
1 morceau de beurre ou de margarine,
1 verre d’eau bien chaude (mais pas bouillante).

Pétrissez la farine en y ajoutant progressivement tous les ingrédients jusqu’à obtenir une boule de pâte bien ferme qui ne colle plus aux mains (ou alors mettez des gants en caoutchouc ! je traduis). Puis étendez la pâte au rouleau à pâtisserie le plus finement possible (jusqu’à tomber raide mort, conseille Alejandro).

Faites préchauffer votre four (bien caliente : comptez 180-200°)

Dans un plat allant au four ou directement sur une plaque à pâtisserie préalablement graissé(e), disposez votre pâte à empanada dûment étalée,
sur la pâte crue déposez la farce de viande en allant du centre vers les bords (pour que le jus ne se répande pas dans toute la maison, dixit Alejandro),
laissez à découvert un bandeau de pâte tout autour, couvrez la garniture de viande avec el pure (c’est du masculin en Argentine) et saupoudrez-le de sucre et de cannelle pour le faire gratiner,
rabattez les bandeaux de pâte par-dessus el pure en laissant néanmoins un bon cercle de pure apparent (il faut laisser la vapeur s’échapper pendant le passage au four -note de la traductrice), badigeonnez au jaune d’oeuf et enfournez.

Sacar antes de que la masa tome un color negro sospechoso o escuchen la sirene de los bomberos

Sortir du four avant que la pâte ait pris une couleur noire suspecte ou qu’on entende la sirène des pompiers...

Recette d’Alejandro Picciano (guitariste de tango de Caballito installé à Madrid).
Gracias, Alejandro!
Traduction Denise Anne Clavilier

A servir chaud et à manger sans faim.
Vous pouvez aussi présenter ce plat en format individuel ou en papillotes.
Comme Alejandro tient sa guitare avec la même dextérité qu’il manie ses casseroles, ce garçon n’est pas un manche ! Après avoir goûté et apprécié sa cuisine, précipitez-vous donc sur les concerts de sa tournée avec la chanteuse Mariel Martínez (Berlin, Paris, Salamanca, Vigo, Madrid) ou sur leur disque, De mi barrio (Melopea discos). C’est tout chaud, ça vient de sortir.

(1) Il a donc deux casquettes. Giro idiomático : literalmente se traduce "tener dos gorras". Es decir manejar dos papeles distintos sin vinculación lógica entre si, el de jefe de estación y el de presidente del fútbol club, cada uno con su gorra simbólica.
(2) ce qu’on pourrait traduire par Tourte de pommes de terre quand on la cuit dans une pâte (comme ici) ou hachis Parmentier, quand on le cuit directement dans le plat (comme j’ai pu le déguster l’année dernière chez Walter Alegre, de la Ciudad del Tango, CCC Floreal Gorini, fameux cuisinier lui aussi).
(3) Kit de traduction : Hambre : faim. Tipos : remplacez le i par un y et vous aurez le mot français. Cierta : ici, à traduire par "certaine" sans se poser de question. Decencia : j’aurai celle de ne pas vous faire l’injure de vous donner une traduction...
(4) comme pour préparer un filet américain. Je cause aux Belges, les Français ne connaissent pas le Filet Américain... Il y a plein de trucs d’ailleurs que les Français ne connaissent pas de la cuisine belge, qui vaut pourtant l’aller-retour en TGV !!!!!

A pura pasión y sentimiento : Lucrecia Merico [à l’affiche]

A pura pasión y sentimiento, c'est ainsi que la chanteuse Lucrecia Merico décrit son style et son engagement dans son art. On pourrait traduire ça comme : tout en passion et en sensibilité...

Voilà l'agenda de novembre de la chanteuse :

Tous les jeudis de novembre, elle chantera à 21h30 au Bar Notable Los 36 Billares, de la Avenida de Mayo, dans le quartier de Monserrat. Entrée 30 $.

Ce nouveau tour de chant s’intitule Tango Malevo (tango voyou - voyou et malevo ayant pratiquement la même polysémie et les mêmes acceptions, coïncidence rare entre les deux langues). Dans ce tour de chant, Lucrecia est accompagnée par Marcela Pedretti au piano et Natalia Pedraza au bandonéon. Un trio féminin donc. Sur la piste, viendront danser Lucas et Yanina, il y aura donc au moins un homme...

Le 1er novembre à 22h, au Bar el Faro, esquina Constituyentes y La Pampa, dans le quartier de Villa Urquiza, dans le cadre du cycle initié et animé par Cucuza et Moscato, El Tango vuelve al Barrio (ETvaB), et pour une soirée exceptionnelle, elle reprendra avec eux deux et Anibal Cornillo le show qu’ils ont présenté le 4 octobre à El Espacio Cultural Nuestros Hijos (ECuNHi) de l’association Madres de Plaza de Mayo. Entrée : 18 $.. Le trio de guitares et chanteur Quiero Veinticuarto se joindra à la fête.
Ce show a été créé en 2006 avec, à ce moment-là, les guitaristes Hernán Reinaudo et Gabriel Genlote.

Et le samedi 15 novembre, dans le cadre de la Nuit des Musées (Noche de los Museos), Lucrecia Merico chantera en première partie de soirée au Museo Casa Carlos Gardel, Jean Jaurès 735, à deux pas de l’Abasto, à 22h. Entrée libre et gratuite. Elle sera pour l’occasion accompagnée du guitariste Daniel Pérez avec qui elle a déjà chanté à plusieurs reprises.

Puis ils fileront tous les deux vers Monserrat où on les attendra au Musée argentin de la Marionnette (Museo Argentino del Títere) situé dans la rue Piedras (au numéro 905), à minuit, pour un tour de chant avec entrée libre et gratuite. Une grande marionnettiste, Doña Sarah Bianchi (née en 1922) sera présente en qualité d’artiste invitée.

Issue d’une famille de musiciens, petite-nièce d’un compositeur de tango qui eut son succès avec Guapo sin grupo, Seguí mi consejo et Te olvidas de todo, Salvador Merico dont Gardel enregistra plusieurs tangos, née (un 25 avril) dans le quartier de Nuñez au nord-ouest de Buenos Aires, Lucrecia Merico est comme beaucoup d’artistes à la fois chanteuse et professeur. Depuis juillet de cette année, elle anime notamment un atelier mensuel sur le répertoire et ses différentes écoles d’interprétation qui vont du style canaille typiquement faubourien au lyrisme et au romantisme sentimental des dernières années de Gardel ou de Hugo del Carril, tout un éventail de sensibilités et d’esthétiques que peu d’artistes maîtrisent dans son intégralité (Taller El tango y sus expresiones en ECuNHi).

Elle a commencé sa carrière de chanteuse en 1998 en prenant part au premier Festival international de Tango de Buenos Aires. En 2001, elle a participé au récital d’inauguration de la programmation des Bares Notables et a été choisie pour se produire dans ce cycle organisé par la Ville de Buenos Aires au cours de la saison 2003. Sa carrière semble avoir décollé en 2005 : elle se produit dans un show de tangos lunfardos monté par le poète Luis Alposta au Gran Café Tortoni, est l’une des artistes d’un hommage à Gardel pour les 70 ans de son décès (70 voces cantan a Carlos Gardel) au Teatro Maipo (le 24 juin), elle participe aux hommages rendus aux personnalités historiques que furent les poètes-compositeurs Cátulo Castillo et Enrique Cadícamo, aux côtés de Guillermo Galvé, Jorge Guillermo, Alfredo Piro et Nelly Vázquez (entre autres) au Salón Dorado de la Legislatura Porteña (l’Assemblée législative monocamérale de la Ville Autonome de Buenos Aires) et le 28 septembre elle est distinguée par cette même Legislatura pour ses nombreuses contributions à la diffusion de l’art populaire (les prix et les titres remis par l’institution ont beaucoup de prestige aux yeux des Portègnes et il est vrai qu’ils sont presque toujours tout à fait mérités).

Lucrecia Merico s’attache à servir les tangos des années 20, 30 et 40 et à faire vivre cette tradition musicale, allant du répertoire humoristique (parfois grinçant comme dans Al mundo le falta un tornillo, le monde, il a un truc qui ne tourne pas, écrit par Enrique Cadícamo au début de la crise de 29) aux tourments d’amour des poèmes d’Homero Expósito (Yuyo verde, Herbe folle, celle qui pousse entre les pavés des rues du cimetière, qu’il écrivit sur la tombe d’une femme bien aimée).

Vous pouvez écouter ces deux chefs d’oeuvre si différents l’un de l’autre sur la page de Lucrecia sur Lycos (onglet Multimédia) ainsi qu'une version a capella de Muñeca Brava dans le texte original lunfardo de Enrique Cadícamo (ce qui n'est pas fréquent).

Il y a pour le moment un petit problème technique sur la page : il n'est pas possible de télécharger Qué querés con este loro et Yuyo verde. Cela devrait être réparer dans... pas trop longtemps...

La Fête de la Loyauté [actu]

Aujourd’hui, le Parti Justicialiste (péronisme) fête son Día de la Lealtad, une célébration interne propre à cette formation politique fondée par Juan Domingo Perón au milieu des années 40, lorsque lui-même, alors Secrétaire d’Etat au Travail, se présenta à l’élection présidentielle, qu’il remporta haut la main dans un scrutin démocratique, sans violence ni fraude (cela faisait 16 ans que l’Argentine n’avait pas connu cela).

Aujourd’hui, le PJ est dirigé par l’ancien Président de la République, Néstor Kirchner, époux de la Présidente actuelle, Cristina Fernández de Kirchner, et il est en proie à des déchirements terribles et des luttes de courants internes, entre de vieux courants péronistes favorables à un parti monolithique (comme sous le Général, mort en 1974) et d’autres courants ouverts à diverses alliances. Dans le même temps, un ancien président du PJ, Carlos Menem, le président bling-bling des années 1990 qui vendit toutes les gloires nationales à l’encan, dont la compagnie d’aviation Aerolineas Argentinas cédées pour des queues de cerise à Iberia et la compagnie pétrolière YPF vendue à Shell pour pas grand-chose, est appelé à comparaître en justice pour une affaire de trafic d’armes où il tient le rôle d'accusé principal. L’intéressé pour le moment a pu retarder l’échéance en s'abritant derrière un certificats médicaux et des tas d’autres bonnes raisons grâce auxquelles il a courageusement pu déserter depuis quelques semaines le devant de la scène. Les journalistes ont aujourd’hui l’oeil et l’oreille rivés aux différentes cérémonies que présideront les membres du Bureau du PJ ainsi que la Présidente d’un bout à l’autre du pays pour essayer de savoir qui pense quoi et qui prépare quelle stratégie interne...

Le PJ a des liens institutionnels historiques avec le syndicat CGT, les administrateurs du syndicat ayant aussi des responsabilités au sein du PJ, comme c'était aussi le cas il n'y a pas si longtemps en France entre le PCF et la GCT. Cette collusion historique durable suscite l'opposition d'organisations plus récentes comme la CTA, qui radicalise ses positions face à une CGT plus disposée à composer avec le pouvoir en place dès lors qu'il est apparenté au PJ, comme c'est le cas aujourd'hui.

La Présidente actuelle a été élue dans le cadre d’un ticket présidence-vice présidence justicialiste-radical placée à la tête d’une coalition électorale appelée Frente Para la Victoria, qui a semé aussi la zizanie dans les rangs de l’UCR (Unión Cívica Radical). L’UCR voit en effet d’un très mauvais oeil l’un des siens, le vice président Julios Cobos, s’allier à un parti que l’UCR a toujours honni et qui lui a pris bon nombre de ses militants dans les années 40, à commencer par un certain Homero Nicolás Mancione Prestera, plus connu sous le nom de Homero Manzi, grand poète qui avait toujours milité à l’UCR jusqu’à l’irruption de Perón et de son programme social dans la vie politique nationale en 1943, grand poète et grand militant qui fut exclu sans ménagement de l’UCR, sans même avoir été entendu par les instances de son parti. La blessure de cette rupture était si profonde du côté UCR que le 3 mai 1951, lorsque Homero Manzi mourut en pleine gloire artistique à l’âge d’à peine plus de 43 ans, les élus radicaux furent les seuls à ne pas se joindre aux manifestations de deuil et d’hommage que le Congrès rendit au Maître. Et ça continue aujourd’hui...

Mais au fait, pourquoi le 17 octobre ?

Parce que le 17 octobre 1945 est une grande date pour le péronisme et une date-clé pour l'histoire de l'Argentine au 20ème siècle, le début d'une époque-charnière dans le siècle, qui va du 17 octobre 1945 au 20 septembre 1955, celle où Perón, main de fer et sourire d'ange, a gouverné l'Argentine.
Pour comprendre ce qui s'est passé le 17 octobre 1945, il faut remonter à 1916, l'année où a été porté à la Casa Rosada le premier Président de gauche, le co-fondateur de l'UCR, Hipólito Yrigoyen. Yrigoyen a mené une politique délibéremment nationaliste, affirmé l'indépendance de l'Argentine sur le plan international et évincé de bien des domaines économiques la grande puissance commerciale qu'était l'Angleterre, laquelle avait pris dans le pays la place économique laissée vacante par l'Espagne depuis la guerre d'Indépendance. Son successeur, un radical comme lui, Marcelo T. de Alvear, se montra un peu plus conciliant, moins tranché, moins autocratique aussi dans l'exercice du pouvoir. Aussi quand Yrigoyen fut réélu en 1928, l'Angleterre n'a pas apprécié. Et c'est appuyé par la puissance économique anglaise qu'un groupe d'officiers a renversé le Président Yrigoyen le 6 septembre 1930.
S'en est suivie une période dictatoriale, avec couvre-feu et censure des journaux. Homero Manzi, encore étudiant, se fit arrêter en octobre, dans une imprimerie clandestine où il faisait éditer une feuille de chou universitaire favorable au rétablissement de l'ordre constitutionnel et au retour au pouvoir du Président. Il fut deux mois au secret, dans une prison dans la cour de laquelle il entendait les prisonniers anarchistes se faire fusiller sans procès...
La période anti-constitutionnelle, riche en révolutions de palais et en élections truquées, annulées et retruquées, dura 13 ans (pendant lesquels Homero Manzi fit de la résistance armée avant de fonder un mouvement politiqu, la FORJA, avec un programme reprenant les grandes lignes yrigoyennistes). Le 4 juin 1943, un groupe d'officiers, le GOU (Groupement des Officiers Unis), s'empara du pouvoir pour empêcher l'entrée en guerre de l'Argentine sous la pression non plus tant de l'Angleterre que des Etats-Unis. Perón participa au coup d'Etat et comme il avait les dents longues, ses compagnons lui laissèrent un os à ronger : le Secrétariat d'Etat au Travail, espérant qu'il allait s'embourber dans les questions sociales. Que nenni ! Il fit une politique sociale efficace qui le rendit immensément populaire et lui valut le soutien inconditionnel et indéfectible d'un grand syndicat, la CGT. Une fois la paix revenue, les dissensions dans le GOU purent se faire jour et le 9 octobre 1945, une faction accula Perón à la démission et le relégua le jour même dans l'Ile Martín García au large de Buenos Aires.
Le 17 octobre, une marée humaine envahit la Plaza de Mayo. 150 000 personnes acclament Perón et exige son retour. A 23h30, la fenêtre du balcon d'honneur de la Casa Rosada s'ouvre et Perón réapparaît. Libre. Rétabli dans ses responsabilités ministérielles. Avec son sourire radieux, qui rappelle celui de Carlos Gardel, il salue la foule. De facto, il vient de gagner la prochaine élection présidentielle. Le 24 février 1946, il est élu avec 56% des voix. Son opposition, dont fait partie l'UCR mais pas la FORJA, est KO debout et ne s'en remettra jamais vraiment. Elu démocratiquement, sans fraude, sans violence (c'est la première fois depuis 1930), il va gouverner d'une manière autocratique, appuyé sur un appareil policier très efficace et une censure politique de fait, en pleine guerre froide, sans violer la Constitution (il y aura toujours une opposition au Congrès) et doter l'économie argentine d'une part d'autonomie face à la nouvelle puissance post-coloniale que sont les Etats-Unis. Les Etats-Unis qui finiront par le déloger de la Casa Rosada, le 20 septembre 1955, au terme du deuxième coup d'Etat monté par la CIA et une bonne partie de la Marine argentine (Perón est un officier de l'Armée de Terre, un chasseur andin). Un coup d'Etat sanglant qui s'y prend à deux fois, en juin et en septembre. La loyauté dont il s'agit aujourd'hui est celle du peuple argentin à un Ministre social...

jeudi 16 octobre 2008

Une Ode à la Pizza : Semaine du Goût -3 [Jactance & Pinta]

J’ai bien dit Jactance et Pinta et non pas Jactance et Pintance. Faut pas tout mélanger.

Voici, pour continuer de fêter la Semaine du Goût dans la joie et la bonne humeur, malgré la Bourse qui se prend pour le Titanic et le Merval qui boit la tasse comme tous les autres, une communication très sérieuse (je vous en laisse juges) adressée le 12 septembre dernier par le Maestro Luis Alposta à la Academia Porteña del Lunfardo. Le texte est long malgré les quelques coupures claires que j'ai pratiquées ici ou là, donc je vais alterner texte original et traduction...

Dicen, los que entre pizza y pizza se han dedicado a historiarla, que todas las civilizaciones la han conocido. Que bajo distintas formas y gustos ya cumplió tres mil años y que su antepasado remoto, la chozna de la chozna de su chozna, fue una simple hogaza [...]

Ceux qui entre deux pizzas se sont consacrés à en faire l’histoire disent que toutes les civilisations l’ont connue. Que sous des formes et des goûts variés, elle a dépassé les 3000 ans et que son ancêtre éloigné, l’arrière-arrière-arrière-arrière-arrrière grand-mère était une simple fougasse [...]

Siglos después, también los griegos, pero esta vez los asentados en el sur de Italia y especialmente en Sicilia, serían los que en tiempos de la proto-pizza darían un paso al frente aderezando el pan antes de hornearlo.
Más tarde, los romanos, adaptando y adoptando recetas y métodos de preparación de etruscos y griegos, inventaron para siempre lo que sería la redondez de la pizza y pasaron al panis focacius, que cocinaban las mujeres en hornos comunales. Una masa cocida similar al pan, condimentada con hierbas y semillas o, simplemente, con lo que se tenía a mano.
Una hogaza redonda que los antiguos –dicen- comenzaron utilizando como mantelito individual o como plato en el que apoyaban todo lo que comían y que terminaron comiendo.
Catón el Viejo, el que vivía obsesionado con la destrucción de Cartago, hace algo más de dos mil años, hablaba en uno de sus escritos de «una masa redonda aderezada con aceite de oliva, hierbas y miel, horneada sobre piedras». Se estaba refiriendo a una “dulce pizza” sin saberlo.
En el transcurso de los siguientes siglos, mediante las conquistas de Roma y las consecuentes adopciones de las costumbres romanas en las regiones colonizadas, este alimento se difundió en toda Italia llegando hasta las Galias.
Fueron surgiendo así diversas variantes regionales. Variantes que, aún hoy, ignorando al tomate, se siguen preparando con los mismos ingredientes de antaño. Y vaya como ejemplo la pizza que se hace en Apulia, la “focaccia pugliese”, cuya versión porteña, de existir, exigiría que se la amasase al compás de “La Yumba” [...]

Des siècles plus tard, les Grecs eux aussi, mais cette fois-ci (1) ceux qui s’étaient établis dans le sud de l’Italie et tout spécialement en Sicile, seraient ceux qui aux temps de la proto-pizza ont fait un pas en avant en agrémentant le pain avant de l’enfourner.
Plus tard, les Romains, adaptant et adoptant des recettes et des méthodes de préparation des Etrusques et des Grecs, inventèrent pour toujours ce qui allait devenir la rondeur de la pizza et passèrent au panis focacius que cuisaient les femmes dans des fours communaux. Un appareil cuit similaire au pain assaisonné d’herbes et de graines ou simplement avec ce qu’on avait sous la main.
Une fougasse ronde que les Anciens, dit-on, commencèrent à utiliser comme set de table ou comme assiette que lequel on plaçait tout ce qu’on mangeait et qu’on terminait par manger aussi.
Caton l’Ancien, lui qui vivait dans l’obsession de détruire Carthage, il y a quelque chose comme 2000 ans, parlait dans l’un de ses écrits d’"une pâte à pain ronde agrémentée d’huile d’olive, d’herbe et de miel, cuite au four sur des pierres". Il se référait à une pizza sucrée sans le savoir.
Dans le cours des siècles suivant, par le biais des conquêtes de Rome et de l’adoption qui s’en est suivi des coutumes romaines dans les régions colonisées, cet aliment s’est répandu dans toute l’Italie au point d’arriver jusque dans les Gaules.
C’est ainsi que surgirent diverses variantes régionales. Des variantes qui, encore aujourd’hui, par ignorance de la tomate, continuent d’être préparées avec les mêmes ingrédients que jadis. Prenez comme exemple la pizza qui se fait dans les Pouilles (Apulia), la focaccia pugliese (la fougace des Pouilles), dont la version portègne, pour exister, exigerait d’être pétrie au rythme de
La Yumba (2).

Quinientos años después, fue con la llegada de los longobardos a Italia que hizo su aparición la mozzarella, elaborada con leche de búfala.
Y han tenido que pasar muchos más, descubrimiento de América mediante, para que hiciese su aparición el tomate. [...]

500 ans plus tard, ce fut avec l’arrivée des Lombards (3) en Italie que la mozzarella (4), élaborée avec du lait de bufflonne, fit son apparition.
Et il a fallu qu’il en passe beaucoup plus, avec la découverte de l’Amérique au milieu, pour que fasse son apparition la tomate.
[...]

A partir de entonces, muchos creyeron ver en esta preparación una simbólica representación de la ciudad de Nápoles. El borde negro, como quemado por los ríos de lava del Vesubio, las blancas islas de mozzarella como si fuesen barrios y el rojo del tomate como un canto a la vida. [...]

A partir de ce moment-là, beaucoup ont cru voir dans cette préparation une représentation symbolique de la ville de Naples : le bord nord, comme brûlé par les fleuves de lave du Vésuve, les îles blanches de mozzarelle comme si c’était des quartiers et le rouge de la tomate comme un chant à la vie. [...]

Si bien la Antigua Pizzería Port’Alba, en Nápoles, fundada en 1738, es considerada como la primera pizzería del mundo, la historia nos cuenta que fue un único hombre el que creó la pizza tal y como la conocemos actualmente. Se llamaba Raffaele Esposito, propietario de la Pizzería “Pietro... e basta cosi” (literalmente "Pedro... y esto es todo"), fundada en 1780. Él fue quien preparó, en 1889, una pizza especial para agasajar al Rey Umberto Primo y la Reina Margarita. Cuentan que a la reina, especialmente exigente con la comida, no le gustaban los sabores fuertes. Así que Esposito, como tributo a los reyes en su visita y para dar un toque patriótico a la pizza, la elaboró con los colores de la bandera italiana: rojo, verde y blanco, esto es, salsa de tomate, albahaca y queso de búfala, la auténtica mozzarella. A la reina Margarita le gustó tanto este plato, que bautizaron la creación con su nombre. Y así nació la pizza Margarita.
Y ahora, en tren de actualizarle el título a esta historia, propongo éste: “La pizza: de Esposito a Soletik”. Y ya veremos por qué.

Mais si la Antigua Pizzeria Port’Alba à Naples, fondée en 1738, est considérée comme la première pizzeria du monde, l’histoire nous dit qu’il y eut un seul homme pour créer la pizza telle que nous la connaissons actuellement. Il s’appelait Raffaele Esposito, il était le propriétaire de la Pizzeria Pietro ... e basta cosi (littéralement Pierre et ça suffit comme ça), fondée en 1780. C’est lui qui prépara en 1889 une pizza spéciale pour recevoir avec tous les honneurs le Roi Humberto 1er et la Reine Margarita. On raconte que la reine, particulièrement difficile en matière de nourriture, n’aimait pas les saveurs fortes. Alors Esposito, en guise d’hommage au Roi et la Reine pour leur visite et pour donner une touche patriotique à la pizza, l’élabora aux couleurs du drapeau italien : du rouge, du vert et du blanc, c’est-à-dire de la sauce tomate, du basilic et du fromage de bufflonne, l'authentique mozzarella . Ce plat plut tellement à la reine Margarita qu’on baptisa la création de son nom. Ainsi est né la pizza Margarita.
Et maintenant, afin d’actualiser le titre de cette histoire, je vous propose :
La pizza : de Esposito à Soletik. Et on va voir pourquoi.

Ya entre nosotros, inmigración mediante, hablando de la pizza- nostra, recordemos que la leyenda nos cuenta que la fainá es un invento porteño. Que el xeneise Agustín Banchero inventó la fugazza con queso. Que Calé y Medrano la incluyeron en sus dibujos sin necesitar dar explicaciones; que el pasado 12 de mayo se inauguró en la ciudad de Córdoba el primer museo del mundo dedicado a la pizza; y que esta tarde nos hemos reunido aquí, en la Academia Porteña del Lunfardo, para darle la bienvenida a una Oda que le acaban de dedicar.
Esta vez no se trata de sonetos escritos con ese de Soletik, como ya este poeta nos tiene acostumbrados; sino de una Oda escrita con O mayúcula, una O tan redonda como la pizza a la que le canta y tan de admiración, como la que se nos dibuja en la boca al escucharla.
[...]

Maintenant parmi nous, grâce à l’immigration, quand on parle de pizza nostra, souvenons-nous que la légende dit que la fainá est une invention portègne (5). Que l’étranger Agustín Banchero (6) a inventé la fugazza au fromage. Que Calé et Medrano (7) l’ont incluse dans leur dessins sans qu’on ait besoin d’expliquer pourquoi, que le 12 mai dernier a été inauguré dans la ville de Córdoba (8) le premier musée au monde consacré à la pizza et que ce soir, nous sommes réunis ici, à la Academia Porteña del Lunfardo, pour souhaiter la bienvenue à une Ode qu’on vient tout juste de lui dédier.
Cette fois, il ne s'agit pas de sonnets écrits avec cet accent de Soletik (9), comme ce poète nous y a habitués mais d'une Ode écrite avec un O majuscule, un O aussi rond que la pizza qu'il chante et aussi admirable que celui qui se dessine sur nos lèvres lorsqu'on l'écoute.
[...]

En esta Oda, Antonio Soletic le canta a la pizza en forma simple y directa, en la que el discurso poético, ya desde el primer verso, fluye con naturalidad. Con esa misma naturalidad con la que nos llevamos una porción de pizza a la boca.
Es éste un libro de alabanza a las bondades de la pizza. Con tapa y contratapa ilustradas por Beatriz Anselmi. Pinturas en las que en “un reloj de aceitunas”, la aguja del obelisco da las doce.

La oda es siempre un canto, y este tejido elemental de palabras es como un coro que entona una epifanía. La epifanía de nuestro encuentro con el milagro siempre renovado de lo cotidiano.

En síntesis:
Poesía sencilla y vital.
Algo que celebramos.

Dans cette Ode, Antonio Soletic chante la pizza d'une manière simple et directe, en quoi le discours poétique, et ce dès le premier vers, coule naturellement. Aussi naturellement que nous portons un morceau de pizza à la bouche.
Voilà un livre de louanges aux vertus de la pizza. Avec une couverture et une quatrième de couv illustrés par Beatriz Anselmi. Des peintures où sur un cadran d'olives, l'aiguille de l'Obélisque marque midi (10).

L'ode est toujours un chant et ce tissu élémentaire de mots est comme un choeur qui entonne une hymne d'Epiphanie. L'Epiphanie de notre rencontre avec le miracle toujours renouvelé du quotidien.

En résumé :
de la poésie simple et fondamentale.
Quelque chose qui s'arrose !

Luis Alposta, Academia Porteña del Lunfardo, 12 septembre 2008
Traduction Denise Anne Clavilier

Pour la pâte à pain, il faut de la farine, de l'eau, de la levure de boulangerie, du sel (mais après la première levée, sinon ça tue la levure), un coin chaud pour faire lever et un bon pétrissage. Bon courage et bon appétit...

(1) Luis Alposta avait déjà parlé des Grecs dans la partie que j’ai sautée...
(2) Ne me dites pas que vous ne l’aviez pas vue venir, celle-là... Je ne vous crois pas ! La Yumba, tango de Osvaldo Pugliese (1905-1995)
(3) Luis Alposta m’a raconté, le jour des ñoquis (ça ne s’invente pas), une théorie selon laquelle la mozzarella serait originaire de l'Orient persan ou indien... Le cheminement semble complexe mais ce ne serait pas la première grande invention alimentaire à avoir parcouru un trajet invraisemblable. En français, on appelle mousseline un tissu très fin de soie qui était tissé originellement dans la ville irakienne de Mossoul (sur la route de la soie de Marco Polo, qui rapporta en Italie une invention chinoise, les pâtes). Toujours est-il que le peu qu’on sache de la tribu barbare appelée en français Lombards (et en espagnol longobardos) et qui envahit l’Italie vers 581 parlait une langue germanique. Que les Lombards, définitivement italiens, beaucoup plus tard se firent connaître dans toute l’Europe comme banquiers (donc un peu prêteurs sur gage aussi -il faut bien des garanties) et que l’adjectif lombard en est donc devenu à signifier, en de nombreuses langues dont le français, voleur, voyou, escroc et c’est sans doute ce sens-là qui a abouti à Buenos Aires au substantif lunfardo, qui désigne ce qui fut d’abord un jargon parlé clandestinement par les vauriens de la ville désireux de ne pas être compris de la police... Je vous ai résumé là l’un de mes échanges avec Luis il y a 1 mois et demi...
(4) La muzzarella (sic) est la version porteña du fameux fromage au lait de bufflonne et elle est faite au lait de vache. Pasteurisé la plupart du temps ! A Buenos Aires, muzzarella (généralement on dit muzzarella grande, parce qu’on a très faim et qu’on est une grosse bande de copains), c’est quasiment un synomyme de pizza. C’est une pizza couverte de fromage de l’épaisseur d’un doigt... Un bon doigt !
(5) Je te m’en fiche, oui !.. La fainá, sorte de grosse farinette à base de farine de pois-chiche, c’est la socca niçoise ! Sont gonflés, ces Portègnes ! En Argentine, on sert ce solide en-cas avec la pizza... et c'est délicieux.
(6) fondateur d’une célèbre chaîne de pizzeria fondée dans le quartier populaire de La Boca et qui se vante tout à la fois d’avoir inventé la Fugazza con Queso (la fougace au fromage) et d’avoir eu pour habitué Benito Quinquela Martín. Ils sont sur Internet.
(7) Calé (Alejandro del Prado) et Medrano sont des dessinateurs de presse, de bd, des caricaturistes, des affichistes...
(8) la ville en Argentine, pas en Espagne.
(9) Antonio Soletik est un poète qui écrit beaucoup en lunfardo et participe à des tas d'activités organisées par la Academia Porteña del Lunfardo.
(10) las doce : c'est à la fois midi et minuit. J'ai choisi midi parce qu'on ne peut pas garder l'ambiguïté en français et que midi évoque plus la nourriture chez nous que minuit. Mais à Buenos Aires, il n'y a pas d'heure pour les braves et minuit est une très bonne heure pour s'avaler une pizza dans un bon nombre d'établissements spécialisés de la ville... L'Obélisque ici est le monument symbole de Buenos Aires qui se dresse à l'intersection des avenues Corrientes et 9 de Julio.