jeudi 18 décembre 2014

Encore un cadeau pour le Pape : à Marrakech, El Ciclón s'est qualifié pour la finale [Actu]

Une tribune du stade de Marrakech hier soir.
C'est juste un peu too much, comme toujours avec les Argentins !

Hier soir, à Marrakech, le Club Atlético San Lorenzo de Almagro, dont vous savez tous que le Pape François est supporter depuis sa tendre enfance, a vaincu le Auckland City dans la demi-finale du Mondial des Clubs.

Joli cadeau d'anniversaire pour le cuervo (1) blanc dans son exil marmoréen de Rome.

Samedi, le San Lorenzo, surnommé aussi el Ciclón (sans traduction), affrontera le Real Madrid ! Il y a peu, l'équipe avait dû affronter l'équipe de Milan et lui avait concédé la victoire. Les commentaires d'alors, au début novembre, avaient été que l'équipe portègne manquait encore d'envergure pour vaincre une équipe internationale de la taille de ces grands clubs européens. On verra bien si c'est vrai samedi.

Pour en savoir plus :
lire le communiqué du Club ASLA, avec vidéo des deux buts marqués dans la cage australienne
lire l'article de Clarín, en bonne place sur la page d'accueil du site Internet comme sur la une papier

A noter que plusieurs quotidiens uruguayens parlent eux aussi de cette victoire difficilement arrachée contre Auckland, mais je réserve l'éventualité d'élargir le spectre médiatique à dimanche. ¡Hasta la victoria, siempre!


(1) Cuervo (corbeau), l'un des surnoms des adhérents (simples sympathisants comme moi, supporters patentés et à jour de cotisation, joueurs et dirigeants) de ce club, à cause de la soutane de son fondateur, un prêtre salésien de la paroisse San Carlos y María Auxiliadora de Almagro.

Une nouvelle qui touche un continent au cœur [Actu]


Le rapprochement entre les Etats-Unis et Cuba fait la une de presque tous les quotidiens, ce matin, d'un côté et de l'autre du Río de la Plata, avec une petite divergence néanmoins :

  • en Argentine, où tout le monde se félicite de ce retournement diplomatique, les journaux mettent l'accent sur l'intervention décisive du Pape François ;
  • en Uruguay, le rôle du Vatican, sans être passé sous silence, ne fait pas l'objet d'article à part entière, sauf dans El Observador. En revanche, dans La República, c'est le Président Mujica qui a droit à ces honneurs, pour avoir été l'un des intermédiaires entre Barack Obama et Raúl Castro, et comme il se retire définitivement de la politique, le quotidien insiste, avec raison, sur sa fonction de vieux sage du continent.


Il faut avoir vu en Argentine ce que représente l'opposition de Cuba aux Etats-Unis, en dépit de toutes les atteintes aux droits de l'Homme si sensible à une grande partie de la gauche, pour comprendre combien cette nouvelle bouleverse les schémas politiques de tous les bords.
Vu d'Amérique latine, Cuba, c'est la capacité des latinos à résister à l'impérialisme des Etats-Unis, qui a fait tant de mal aux économies et aux cultures de la région (et a tant bénéficié à toutes les oligarchies issues du régime colonial, portugais comme espagnol). Et que ce soit un président noir qui pose ce geste, c'est encore plus lourd de sens que nous ne le ressentons en Europe. On entend peu de commentaires hostiles, même à droite où l'on comprend que le Somos todos Americanos d'Obama hier midi signifie un changement de rapports entre anglo-saxons et latins dans le Nouveau-Monde.



Les vieux Cubains de Floride sont donc très isolés dans leur rage et leurs éructations haineuses.

Et il se trouve que la nouvelle arrive en plein sommet du Mercosur en Argentine, avec les sept chefs d'Etat régionaux rassemblés et parlant d'une même voix.


Pour aller plus loin :

en Argentine
lire l'article de Página/12 sur le rapprochement
lire l'article de Página/12 sur le rôle du Pape, un papier de Washington Uranga très laudateur à l'endroit du Saint Père, du Vatican et de l'Eglise catholique présentée comme la seule religion au monde à jouer un véritable rôle diplomatique pour la paix dans le monde ! Il faut avoir lu ça dans les colonnes de ce journal si violemment opposé au seul phénomène spirituel jusqu'à il n'y a même pas deux ans...
lire l'article de Clarín sur le rapprochement
lire l'article de Clarín sur le rôle du Vatican
lire l'article de La Nación sur le rapprochement
lire l'article de La Nación sur le rôle du Pape. On le doit à Elisabetta Piqué, la correspondante permanente à Rome, qui prend décidément une place de choix dans le paysage journaliste argentin
lire l'article de La Prensa sur le rapprochement
lire l'article de La Prensa sur le Pape, qui se réjouit, d'après le quotidien, de la nouvelle.


En Uruguay
lire l'article de El País, qu'accompagne une vidéo
lire l'article de La República sur le rôle joué par Pepe Mujica
lire l'article de La República sur le caractère visionnaire du président uruguayen, qui termine en beauté son mandat unique. D'après le quotidien, il aurait pris des initiatives pour enclencher le processus (on voit bien qu'il n'est pas question non plus de laisser les voisins attribuer l'exploit à la correspondante estivale de François.)
lire l'article de El Observador sur le rapprochement qui s'illustre d'une photo souriante de Fidel en compagnie du... Che Guevara, le héros du pays voisin, encore que...
lire l'article de El Observador sur le rôle joué par Mujica et la conférence de presse qu'il a lui-même tenue à ce sujet
lire l'article de El Observador sur le rôle joué par le Pape François, presque toujours présenté dans un moment de l'audience générale d'hier, lorsqu'il a accepté l'un ou l'autre des mates que lui proposaient les pèlerins.

De son côté, le Vatican a communiqué de manière succincte :
communiqué en espagnol (traduit de l'italien, texte original, publié dans un deuxième temps)
communiqué en français.
Ajout à 18h : nouveau communiqué en espagnol, plus développé, et avec commentaire audio de Radio Vatican.

Mate, milonga e auguri, Piazza San Pietro, Roma [Actu]

Qué vida, l'un des compléments de La República, à Montevideo
Edition de ce jour
Hier, vers 11h20, à l'issue de l'Audience Générale, environ 2 500 personnes (d'après le Vatican), répondant au mot d'ordre (au reste passablement arrogant) (1) d'une animatrice de la communauté tango de Ravenne, se sont lancées dans une milonga à ciel ouvert, sur Via della Conciliazione. Ils n'avaient pas obtenu l'autorisation de le faire sur la place Saint-Pierre, encombrée de chaises pour l'audience et en pleine préparation de la décoration du sapin géant et de la crèche au pied de l'obélisque central. Sous un soleil brillant et un ciel tout bleu, ce fut une milonga en doudoune, grosse laine et passe-montagne ! Avec une sono tonitruante et un choix musical très banal de musique en boîte des années 40, si j'en crois ce qu'a capté et retransmis le micro du CTV, associée à la caméra fixe qui surmonte toute la place.

Une des photos de la milonga
L'article du Vatican en français renvoie à une page Facebook francophone
présentant un important album photographique

Le prétexte, car c'en était bien un, était de fêter l'anniversaire du Pape François, à qui cela fait visiblement une belle jambe. Lui qui n'apprécie guère ce culte de la personnalité que certains montent autour de lui et qui se garde d'en être dupe a laissé faire sans s'intéresser à la chose. Avec son affabilité habituelle, il a toutefois fait aux danseurs la courtoisie de les saluer deux fois, d'abord à la fin de sa prise de parole de espagnol où il est sorti de son texte pour leur souhaiter "un bon spectacle" (preuve s'il en est besoin qu'il ne s'était guère informé de ce qui se préparait) puis au cours du discours final en italien, où il a souhaité, avec un sourire, que "souffle" sur l'œuvre du Bernin "un peu du vent de la Pampa" (le pampero).

Parmi les manifestations d'affection dont il a fait l'objet à cette occasion, il y a eu qui lui sont allés au cœur de manière visible. Des pèlerins, dont un groupe de séminaristes argentins, à une autre occasion peut-être de simples touristes lui ont offert des mates brûlants, sûrement bienvenus dans la fraîcheur hivernale et il y a aussi eu un gros gâteau d'anniversaire décoré d'une poignée de bougies qu'il a tenu à souffler. Mais sa vraie fête d'anniversaire, pour lui, c'était de recevoir une nouvelle fois très tôt le matin une demi-douzaine d'indigents vivant dans un refuge de la gare Termini, auxquels il a fait donné la place d'honneur sur le parvis de la Basilique à l'heure de l'Audience.

Hier, le Pape a accepté plusieurs mates, dont celui-ci très beau et très dépouillé

Ce matin, les nouvelles, beaucoup plus significatives, en provenance de La Havane et de Washington ont relégué au fin fond des sites Internet des quotidiens rioplatenses les articles que les journalistes argentins avaient consacrés, dès hier, aux festivités romaines.

A noter, que même La República, à Montevideo, y va de son pittoresque pour célébrer le lien entre le Souverain Pontife et la musique du Río de la Plata.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Clarín, qui ajoute ce matin un papier sur la pose d'une plaque commémorative sur la maison natale du Pape à Flores
lire l'article de La Nación qui s'est paresseusement contentée de concaténer des dépêches d'agence, préférant mettre l'accent sur un retour en arrière sur ce mois de décembre 1936 qui avait vu naître le petit Jorge Bergoglio à Buenos Aires
lire l'article de La República (en Uruguay) qui ajoute une interview de la danseuse à l'initiative de la manifestation.
On peut aussi lire les articles publiés par le Vatican, en français et en italien (je n'ai rien vu en espagnol, et c'est souvent le cas).


(1) Depuis la fin de l'été, elle a animé une page Facebook au ton exalté et revendicatif que j'ai trouvé très déplaisant. Imposant son idée de milonga illégale à la manière péremptoire et envahissante des rave parties, à cette différence qu'il s'agissait d'investir un coin de ville (et qu'il n'y probablement pas eu de trafic de stupéfiant). Elle appelait les danseurs à inonder le Vatican de demandes d'accès à l'audience et à passer outre les consignes des autorités publiques, que ce soit du Saint-Siège ou de la ville de Rome, à s'apprêter à danser à tout prix, comme s'il s'agissait de lutter pour conquérir un droit civique dans un pays dictatorial... en Italie ! Etrange façon de rendre hommage à un pape en encombrant le monde, Internet et l'espace public de son petit moi à l'occasion d'une catéchèse et d'une réunion internationale de prière ! Le pire est qu'elle a obtenu ce qu'elle cherchait : des journalistes de l'autre bout du monde se sont intéressés à elle comme si elle avait un message à délivrer alors qu'elle ne profère que les banalités qu'on lit partout hors d'Argentine dans la bouche des danseurs de tango. Tant et si bien que j'ai moi-même hésité à écrire cet article.

mercredi 17 décembre 2014

Fête tango au Newells Old Boys samedi soir [à l'affiche]


Ce samedi 20 décembre 2014, le chanteur Cucuza Castiello (dit aussi QQZA en langage SMS) et la Orquesta Típica Almagro salueront ensemble la fin de l'année au cours d'une grande fête de la musique à partir de 21h, au Club Newells Old Boys, Avalos 2036, dans le quartier très excentré de Villa Ortúzar.

Cucuza sera accompagné par Sebastián Zasali (bandonéon) et Mateo Castiello, son fils, à la guitare.

Le chanteur Osvaldo Peredo sera de la fête lui aussi, avec la Orquesta Típica Almagro.

L'auteur-compositeur interprète Lucio Arce, que mes lecteurs connaissent bien, a été invité en plus.

On dansera le tango (avec Cucuza comme DJ, quel luxe !). Et le groupe La Burrita viendra ajouter la cumbia au bal (c'est très à la mode actuellement dans les dancings de Buenos Aires).

Un buffet est prévu. A prix légers.

Une loi pour protéger le patrimoine architectural de Barracas [Actu]

Bar El Progreso, esquina California y Montes de Oca
Au cours de sa dernière session 2014, au milieu d'un ordre du jour surchargé, la Legislatura de Buenos Aires a voté une loi qui protègent définitivement quarante bâtiments historiques du quartier de Barracas, des maisons de maîtres et des hôtels particuliers à l'origine, que leurs propriétaires abandonnèrent pendant l'été 1871 lorsque une épidémie de fièvre jaune décima la capitale argentine. Tous les gens qui en avaient les moyens fuyaient alors le sud, réputé malsain, pour s'installer dans le nord, essentiellement dans le quartier de La Recoleta, qui ne comptait alors que des demeures de campagnes, où ces belles gens trouvèrent refuge jusqu'au moins l'été suivant.

Dans les quartiers sud, comme Barracas ou San Telmo, une partie des belles maisons furent envahies par le petit peuple qui cherchait un toit ou furent réquisitionnées par les autorités municipales pour les transformer en hôpitaux pour soigner ou plutôt isoler les victimes de la maladie. Ces bâtiments changèrent parfois définitivement de fonction. Souvent les riches propriétaires ne revinrent pas les habiter et se résignèrent à les louer.

Aujourd'hui, l'un de ces bâtiments sert d'agence au Banco de la Nación, l'autre abrite un café ou un centre culturel ou un club de quartier.

C'est donc une protection pour un patrimoine historique et architectural précieux qui vient d'être apportée à ces immeubles. Pourvu que le Gouvernement de la Ville la respecte. Pour une fois !

Pour en savoir plus :
lire l'article de Clarín du 15 décembre 2014.

Un colloque sur la littérature en prison [à l'affiche]


Aujourd'hui, mercredi 17 décembre 2014, de 12h à 21h, à la Biblioteca Nacional, Agüero 2502, dans le quartier de Recoleta, des écrivains, des journalistes, des enseignants, des juristes et des animateurs d'atelier d'écriture qui exercent dans des établissements privatifs de liberté en Argentine se rencontreront dans le cadre du premier colloque sur la littérature comme mode de libération.

Cette rencontre se tiendra dans l'Audiotorio Jorge Luis Borges. Elle est organisée par la faculté de philosophie et de lettres de l'Université de Buenos Aires (concrètement par le programme d'enseignement pénitentiaire), la Biblioteca Nacional et Evaristo Cultural.

Ce colloque se veut un espace de débats pour des personnes engagées dans cet univers délicat. Il proposera conférences, tables rondes, entretiens, concerts et démonstrations diverses.

Pour en savoir plus :
lire le communiqué de la Biblioteca Nacional sur son site Internet
consulter la page Facebook de l'événement.

Le dernier show de China Cruel au Sanata Bar ce vendredi [à l'affiche]


Vendredi 19 décembre 2014, à 23h50, le groupe féminin China Cruel fêtera la fin de l'année au Sanata Bar, Sarmiento 3501, dans le quartier de Almagro, un établissement qui accueille volontiers le tango nuevo, les groupes de musiciens innovants de cette génération-là.

Grande fête après le concert.

Et l'entrée est libre et gratuite. Soyons sérieux : on attend que vous consommiez tout de même quelque chose...

Interview de la Fernández Fierro dans Página/12 [à l'affiche]

Ce soir et demain, la Orquesta Típica Fernández Fierro donne ses deux derniers concerts de l'année au CAFF, sa salle située au cœur du quartier dit de l'Abasto, à Buenos Aires.

Après une année mouvementée pour cette formation, puisque le groupe a perdu son chanteur Walter El Chino Laborde, qui avait été sa voix pendant douze ans, et a intégré une chanteuse, Julieta Laso, Yuri Venturín, le chef, et la chanteuse font le point dans les colonnes de Página/12, dont la formation est l'un des chouchous musicaux.

Sur le plan musical, un tel changement n'a pas été facile à faire. La OTFF avait cultivé jusqu'à présent un registre exclusivement masculin et mis beaucoup de testostérone dans son orchestration, son rythme et ses arrangements. L'arrivée d'une chanteuse a entraîné la révision de toutes les partitions pour acclimater l'orchestre à sa tessiture et intégrer cette dimension féminine inhabituelle.

Un entretien à trois à lire dans le texte dans Página/12.

L'Uruguay exclut lui aussi le risque de monopole médiatique [Actu]

L'Uruguay, toujours présidé par Pepe Mujica, voit en ce moment son parlement voter une loi interdisant le monopole dans le paysage médiatique national, ce que le Président a synthétisé d'une formule choc : "Je ne veux ni de Clarín ni de Globo ici, cela ne doit venir ni d'en bas ni d'en haut. Ces gens-là viennent, ils s'installent et ils finissent par nous avaler tout crus."

Pepe Mujica, dans sa chacra, à la campagne, avec les étriers pendus à la crémone de la fenêtre !

Dans la Basse et Haute Chambres, les discussions sont vives. Comme en Argentine il y a cinq ans, des groupes de pression puissants, sans doute les mêmes, tentent de faire obstacle à cette loi. Tant et si bien qu'hier, le vote est passé au Sénat avec les voix des seuls élus du Frente Amplio, soit 16 voix sur les 26 sénateurs présents. Il s'agit pourtant bien d'assurer la liberté de la presse et d'information, en empêchant des intérêts économiques de faire main basse sur ce domaine, avec les résultats que l'on connaît dans toute l'Amérique latine, où la désinformation est l'activité n° 1 des journaux et des télévisions privées.

L'information agite aussi le paysage journalistique argentin, puisque la loi vise clairement un empire médiatique argentin (Clarín) et un autre brésilien (Globo). Rappelons que le groupe Clarín ne s'est soumis à la nouvelle loi argentine qu'au début de cette année, cinq ans après sa promulgation en Argentine et après avoir usé de tous les expédients judiciaires et juridiques pour s'y soustraire. Aujourd'hui, le groupe n'a toujours pas fini de se mettre en conformité et continue d'exercer un oligopole de fait sur les medias nationaux (presse écrite, radio, télévision, Internet).

Pour en savoir plus :
dans la presse uruguayenne
lire l'article de El País sur le vote au Sénat
lire l'article de El País sur les déclarations de José Mujica
lire l'article de La Red 21 sur le vote au Sénat
lire l'article de La República sur les déclarations de Mujica
lire l'entrefilet de La República sur le vote au Sénat
lire l'article, très approfondi, de El Observador sur la loi (Ley de Medios)
dans la presse argentine
lire l'article de Clarín sur les déclarations de Mujica
lire l'article de Clarín sur le vote de la loi
lire l'article de Página/12 sur toute l'opération en Uruguay.

mardi 16 décembre 2014

Ma prochaine conférence : San Martín, les droits de l'Homme, à Cherbourg [ici]

Le mardi 20 janvier 2015, je participerai au Festival des cultures hispaniques organisé à Cherbourg-Octeville par l'association normande La Mancha (1).

Capture d'écran du site de La Mancha

Je donnerai une causerie suivie d'un débat sur un personnage incontournable de l'histoire et de l'identité argentine : le général José de San Martín (1778-1850).
Je l'envisagerai dans son action politique (et militaire) pour les droits de l'Homme, dont il parlait comme d'un "évangile" (un terme fort dans les années 1810 !), et pour la liberté politique et la souveraineté nationale en Argentine (mais aussi au Chili et au Pérou).
J'évoquerai aussi la récupération de cette figure tutélaire du Padre de la Patria conduite sans relâche de 1930 à 1983 par les putschistes argentins de tous poils qui n'ont eu de cesse d'adultérer son histoire et de tenter d'effacer de la mémoire populaire son œuvre politique émancipatrice, une stratégie de domination qu'ils n'ont pas inventée car ils l'avaient tous bel et bien trouvée dans leur berceau, sur lequel s'était penchée l'idéologie post-coloniale de la République Conservatrice, conçue par des intellectuels de la taille de Domingo Sarmiento ou Bartolomé Mitre, dans les années 1860-1880.

La conférence aura lieu à 20h30, dans la Salle du Conseil de l'Hôtel de Ville de Cherbourg. Une vente-dédicace de mes livres y sera organisée en fin de soirée. L'entrée sera libre et gratuite dans la limite des places disponibles, selon la formule consacrée.



José de San Martín (1778-1850) est l'autre grand héros des guerres d'indépendance de l'Amérique du Sud. Son action est à l'égal de celle de Bolívar.
Né dans l'actuelle Argentine, il a grandi en Espagne où il s'est engagé dans la carrière des armes à l'âge précoce de douze ans. En 1808, il se bat dans les rangs patriotes tout en servant la révolution espagnole jusqu'à ce qu'elle soit écrasée par la France. Il rejoint alors sa terre natale.
Chef à la fois exigeant et fraternel, organisateur hors-pair, grand combattant des Droits de l'Homme, il n'eut de cesse d'avoir assuré la liberté de l'Argentine, du Chili et du Pérou. Ce faisant, il mit fin au servage des Indiens et s'efforça d'affranchir un grand nombre d'esclaves. Anti-raciste, homme de dialogue, il favorisa l'éducation populaire, à travers l'école, les bibliothèques publiques et les arts. Refusant de participer aux guerres civiles qui suivirent l'indépendance, il s'exila à Londres, à Bruxelles et enfin en France, sa "seconde patrie". Il est décédé à Boulogne-sur-Mer.


Les Cherbourgeois, Manchois et Normands qui voudraient me teste avant de venir peuvent trouver sur mon site Internet et sur ce blog (dans la Colonne de droite) de nombreux exemples d'interviews et même, depuis peu, de conférence, à écouter en ligne, les uns en français, les autres en espagnol.

Cette année, le Festival des cultures hispaniques a choisi de se pencher sur l'Argentine. C'est la vingt-cinquième édition de sa Cinemovida. Et si vous allez visiter leur site Internet ou leur espace Facebook, vous pourrez constater que la richesse et la variété de leurs propositions.

* * *

Le lendemain, mercredi 21 janvier, je serai à l'Espace Culturel Leclerc de Tourlaville pour des dédicaces et d'autres propositions autour de l'Argentine :
  • Séance de dédicace à 14h30
  • Cette séance sera accompagnée d'une dégustation de maté : je me prépare à mettre dans ma valise des échantillons d'excellents produits de terroir, qui ne sont pas importés en Europe et qui proviennent de coopératives agricoles locales le long de la Ruta de la Yerba Mate (un circuit éco-touristique à travers les provinces de Corrientes et de Misiones) : Andresito, Playadito et La Obereña (cliquez sur le lien pour accéder au site Internet du producteur qui vous intéresse) (2)
  • Démonstrations de danse à 16h par l'association locale Tangomanie (tango, vals y milonga)
  • Dédicaces vers 18h30 jusqu'à la fermeture de l'Espace (sans doute avec du mate, comme je le fais toujours sur un salon du livre).
Ce passage à Cherbourg sera aussi l'occasion d'enregistrer avec Serge Davy une interview en français, qui passera plus tard dans l'émission en ligne de l'association Tempo Tango (Caen), Ce n'est pas à moi que tu vas faire écouter cela.



La campagne de communication du festival commence à peine, pour une manifestation qui se déroulera du 19 janvier au 3 février. Elle va se déployer progressivement, sur Internet, en affichage dans la ville et ses environs, avec des tracts à disposition un peu partout aussi, sans collision avec les fêtes de fin d'année qui nous obsèdent tous de plus en plus pendant encore deux semaines (vous pouvez d'ores et déjà trouver le programme du festival en pdf sur l'agenda de mon site Internet. Je reviendrai donc un peu plus tard pour modifier cet article et y apporter quelques précisions, après les fêtes, lorsque la directrice de l'Espace Culturel Leclerc aura un peu plus de temps à elle. Pour le moment, pour elle et tout le personnel, c'est le coup de feu de Noël.


(1) J'aime bien les gens qui choisissent un calembour pour se désigner eux-mêmes, surtout si leurs objectifs sont originaux et ambitieux et c'est le cas dans ce port.
Pour mes lecteurs argentins ou sud-américains, Cherbourg-Octeville est l'une des sous-préfecture du département de La Manche, du nom de la mer qui borde cette côte du nord de la France, à quelques kilomètres au sud de Boulogne-sur-Mer (si !).
(2) Vous trouverez à peu près toutes les marques assez puissantes pour s'exporter en Europe sur le site spécialisé de vente en ligne www.yerba-mate.fr, dont vous trouverez le lien permanent dans la rubrique Commerçants du quartier dans la partie basse de la Colonne de droite.

Dernier hommage officiel du Centenario Aníbal Troilo [Disques & Livres]


Ce soir, 16 décembre 2014, à 19h30, au siège de la Academia Nacional del Tango, avenida de Mayo 833, 1er étage, la SADAIC, représentée par les Maestros Atilio Stampone, président, et Raúl Garello, membre du Conseil d'Administration, présentera un album institutionnel d'hommage à Aníbal Troilo, qu'elle édite pour marquer cette année du centenaire de sa naissance, le 11 juillet 1914.

Seront également présents Francisco Torne, petit-fils de Troilo et gestionnaire de ses archives, et Gabriel Soria, premier vice-président de l'ANT.

La manifestation, d'accès libre et gratuit dans la limite des places disponibles, est placée sous le patronage de la Commission Nationale du Centenaire Troilo.

Mauricio Macri change les dates des élections à Buenos Aires [Actu]

La Nación aujourd'hui.
L'information figure en haut, sous le titre, à droite
Nouvelle preuve de la piètre idée que Mauricio Macri se fait de la démocratie : il vient d'annoncer que les élections locales prévues pour l'année prochaine seront avancées d'environ trois mois. Et il fait cette annonce à la veille des vacances d'été, qui commencent dans quelques jours, juste avant Noël, et ne prendront fin qu'au début mars.

De cette façon, il court-circuite l'agenda de son opposition et espère assurer à son actuelle (et relative) majorité un succès plus facile.

Nouvelle indication forte, soit dit en passant, que la majorité nationale, le Frente para la Victoria, mené pour le moment par la présidente Cristina Kirchner, a le vent en poupe. Les sondages l'affirment. La décision outrecuidante du chef de Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires nous indique que le PRO fait confiance à ces sondages et se sait en mauvaise posture électorale pour les prochaines échéances.

La Prensa, elle, met l'info à gauche et en très gros

Selon ce nouvel agenda, les Portègnes pourraient avoir à se rendre jusqu'à six fois aux urnes au cours de la même année 2015, ce qui risque fort d'aboutir à une abstention massive, surtout aux seconds tours, par exaspération (on n'est pas en Suisse !) et ce n'est pas le caractère obligatoire du vote qui peut y remédier : en Argentine, l'abstention n'est pas sanctionnée pénalement, contrairement à ce qu'il se passe en Belgique, pour prendre cet exemple-là. Les PASO, ces primaires dont la fonction est d'écarter du scrutin effectif les candidatures non représentatives et non pas de départager plusieurs candidats au sein d'un même parti, auront lieu, pour les élections locales à Buenos Aires, le 25 avril, le premier tour des élections législatives et exécutives se tiendra le 5 juillet et le second, s'il en est besoin, le 19 (probablement pendant les vacances scolaires d'hiver, comme la dernière fois, où Macri était passé grâce à une forte abstention due à l'absence des électeurs partis en vacances).
Par ailleurs, les PASO nationales sont prévues sur tout le territoire, y compris bien entendu la capitale, le 9 août. Le premier tour des élections à proprement parler (législatives et présidentielles) se tiendra le 25 octobre et le second tour, s'il est nécessaire, le 22 novembre.

Et pour faire moderne, Mauricio Macri a annoncé que tous les scrutins portègnes se feront en mode électronique, ce qui pourrait bien intimider, voire tenir éloignés des bureaux de vote les personnes âgées et tous les habitants, quelque soit leur âge, peu familiers de l'ordinateur.

C'est Página/12 qui fait la une la plus agressive et comme toujours avec humour

A la fin mars, les listes seront closes pour les PASO de Buenos Aires. Autrement dit, les partis doivent mettre les bouchées doubles pour arriver à temps. Beaucoup d'hommes et de femmes politiques éligibles sont obligés de renoncer à leurs vacances. L'été va être saignant.

Pour aller plus loin :
lire l'article de La Nación, qui mentionne explicitement le calcul électoraliste de Macri

lundi 15 décembre 2014

Un méga-pot de départ pour saluer Zaffaroni [Actu]


Le juge à la Cour suprême Raúl Zaffaroni, grand pénaliste reconnu à l'échelle internationale, vulgarisateur talentueux de sa matière et député conventionnel à l'Assemblée constituante de 1994 qui a modifié la charte fondamentale argentine, a annoncé, il y a plus d'un mois, son irrévocable démission à la fin de l'année civile. Ce brillant militant des droits de l'homme et de la démocratie estime en effet que les emplois publics à vie relèvent de la monarchie et non de la république, or il est foncièrement républicain, et qu'à 75 ans bientôt révolus, il est temps pour lui de laisser la place à un confrère plus jeune.

Ses admirateurs ne se comptent plus, en Argentine et à l'extérieur du pays, et ce n'est que justice, sans calembour douteux. Ces admirateurs, parmi lesquels on compte bien entendu une grande partie des soutiens de l'actuelle majorité, n'entendent pas le laisser s'en aller comme ça, sans tambours ni trompettes. La Universidad Nacional San Martín, dite UNSAM, située dans la ville homonyme de la proche banlieue ouest de Buenos Aires, très engagée dans les enjeux de la liberté politique et de la démocratie à l'image de sa figure tutélaire, organise ce soir, à 18h, une grande fête, avec une pléiade d'artistes très engagés dans la lutte pour les droits de l'Homme (1) et le ban et l'arrière-ban des ONG de droits de l'Homme, comme Madres de Plaza de Mayo et Abuelas de Plaza de Mayo.

De son côté, le site du Ministère de la Justice Infojus Noticias, aux mains de Julio Alak, ancien maire de La Plata, a ouvert un espace dédié à l'événement, qui abrite un bel hommage audiovisuel qui évite la plupart des pièges de la récupération politique : plein de photos de l'intéressé à tous les âges, souvent très souriant, fraternel, cordial, un chapitre consacré à sa monumentale bibliothèque et même un petit jeu en ligne.

Une belle photo publiée par Infojus Noticias
Le juge en train de boire le mate dans son bureau de la Cour Suprême

L'UNSAM rassemble tout cela sous le slogan, un chouia provocateur, "Zaffaroni juez de la Patria", un décalque du titre accordé après sa mort au général San Martín, el Padre de la Patria (1778-1850). C'est drôle et significatif en même temps, car les deux hommes partagent plusieurs traits de caractère et de personnalité. Ils sont tous les deux dotés d'un bon sens de l'humour, savent fédérer les gens et les mobiliser, ils ont une culture générale monumentale, aiment passionnément leur pays, consacrent leur force à la lutte pour la liberté politique et savent se retirer des affaires publiques sans s'accrocher à leur pouvoir...

Si Página/12 s'en est réjoui dans ses pages hier, Clarín a aussitôt contre-attaqué avec, dans les termes, une violence et un emportement qui montrent à quel point ce journal reste éloigné des exigences de la démocratie, du respect de la pluralité des opinions dans une société libre, des enjeux de la justice dans un Etat de droit, que Zaffaroni n'a pas cessé de servir durant sa longue carrière. De son côté, un autre quotidien de l'opposition, La Prensa, rend compte de la fête à travers un entrefilet neutre, dont le ton n'est pas loin d'être bienveillant.

Plusieurs professeurs de droit prendront la parole au cours de l'acte académique et la manifestation sera ouverte au grand public.

Je suis heureuse aujourd'hui de participer à travers ce blog à l'hommage rendu à un grand bonhomme de la Démocratie.
Le clin d'œil de Miguel Rep, ce matin, à la une de Página/12

"Zaffaroni Président. Ou Premier ministre. Ou Roi de Justiceland. Ou Président du Monde. Ou Pape.
Clameur auto-réalisatrice (mais après, il ne démissionne pas, hein ?)"
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour en savoir plus :
consulter les pages Zaffaroni, pleines d'humour, dans Infojus Noticias.


(1) Les folkloriste Liliana Herrero et Peteco Carabajal, ainsi que le musicien Ignacio Montoya Carlotto, petit-fils de Estela de Carlotto qui a retrouvé sa famille de naissance en août dernier.

Jorge Castro Rubel se confie à Página/12 après son identification [Actu]


Le petit-fils 116, Jorge Castro Rubel, qui a retrouvé son identité il y a une dizaine de jours, est un sociologue qui étudie le mouvement syndical et travaille au CONICET, le centre de recherche scientifique argentin. En tant que citoyen, il est engagé de longue date dans la militance démocratique.

Comme l'a fait avant lui le musicien Ignacio Montoya Carlotto, petit-fils n° 114, il n'aura pas mis longtemps à affronter la presse et il a donné vendredi une première interview à Página/12 pour témoigner de son soulagement de connaître la vérité sur sa naissance et son histoire. Ce week-end, l'Argentine fêtait la Démocratie, dont le jour international est fixé au 10 décembre.

Comme Ignacio, il a appris récemment qu'il était adopté grâce à un adulte témoin de son apparition au sein d'une famille qui n'avait pas d'enfant, en l'occurrence l'une de ses tantes, qui le lui a révélé en août dernier. Il a tout de suite pensé à une naissance clandestine, même si sa tante n'était pas informée des modalités de cette adoption.
Comme Ignacio, il doit probablement sa survie à la volonté de vivre et de le voir vivre que lui aura transmis sa mère pendant sa grossesse et après sa naissance, avec un poids de seulement deux kilos dû à une prématurité.
Comme Ignacio, il aura été élevé avec amour par un couple en mal d'enfant et de bonne foi, qui, dans le climat politique épouvantable qui régnait alors, s'est contenté de ne pas se poser de questions dangereuses et qui par la suite a regardé d'un bon œil les ONG de droits de l'Homme que sont Madres et Abuelas.

–¿Ella sospechaba que podías ser hijo de desaparecidos?
–No. Ella no sabía más que eso. Por la edad que tengo, era una posibilidad. Pero los chicos que atravesaron mi situación son estadísticamente pocos. Inmediatamente le dije: “Yo nací en el ’77, ¿soy hijo de personas desaparecidas?”. “No lo sé”, me dijo.
–Fue bastante automática tu suposición.
–Fue bastante automática porque sé bien lo que fue la dictadura cívico-militar, el plan sistemático de robo de bebés. Era una posibilidad que evaluaba desde el conocimiento de lo que había pasado en la Argentina. Fui a hablar con mis padres. Hubo algunos chisporroteos y una dificultad muy grande de ellos de abrirse y contarme que no eran mis padres biológicos. Después de unos días de tensión, me confirmaron que no era hijo biológico de ellos, que para ellos no significaba quererme menos y que no conocían mi origen. Me contaron lo que ellos sabían: que un día, cuando mi papá estaba de guardia en la Casa Cuna –es médico–, llegaron dos personas y dejaron un bebé en muy malas condiciones.
–¿Eran dos hombres de civil?
–Eran dos hombres entre veinte y treinta años vestidos de civil. El me atiende –es pediatra endocrinólogo– y se da cuenta de que yo era muy chiquitito, muy prematuro. Ellos no tenían hijos, y ahí decide llevarme con él y con mamá. Y es todo lo que ellos me transmitieron que saben.
Página/12

- Elle [ta tante] suspectait que tu pouvais être l'enfant de disparus ?
- Non, elle ne savait rien que ça [qu'il avait été adopté]. A l'âge que j'ai [37 ans], c'était une possibilité. Mais les petits qui ont connu la même situation que moi sont peu nombreux du point de vue statistique. Je lui ai dit tout de suite : je suis né en 1977, est-ce que je suis l'enfant de personnes disparues ? Je ne sais pas, m'a-t-elle dit.
- Ta supposition a été plutôt automatique.
- Elle a été plutôt automatique parce que je sais bien ce qu'a été la dictature civico-militaire, el plan systématique de vol des bébés (1). C'était une possibilité que j'envisageai à partir de ma connaissance de ce qui s'était passé en Argentine. Je suis allé parler à mes parents. Cela a fait quelques étincelles, ils avaient beaucoup de mal à s'en ouvrir à moi et à me dire qu'ils n'étaient pas mes parents biologiques. Après quelques jours de tension, ils m'ont confirmé que je n'étais pas leur fils biologique, que pour eux cela ne signifiait pas qu'ils m'aimaient moins et qu'ils ne savaient pas d'où je venais. Ils m'ont dit ce qu'ils savaient : qu'un jour où mon père (2) était de garde à la Casa Cuna - il est médecin -, deux personnes sont arrivées et ont abandonné un bébé qui allait très très mal.
- C'était deux civils ?
- C'était deux hommes entre vingt et trente ans habillés en civil. Il s'est occupé de moi, il est pédiatre endocrinologue, et il s'est rendu compte que j'étais très petit, très prématuré. Eux n'avaient pas d'enfant et alors il a décidé de m'emmener avec lui et avec ma mère. Et c'est tout ce qu'ils m'ont dit savoir.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Après une période où il a eu besoin de faire un travail psychologique pour comprendre ce qu'il devait faire et pourquoi il devait le faire, pour la famille inconnue qui le cherchait peut-être depuis 37 ans ou pour lui-même ou les deux à la fois, il s'est présenté chez Abuelas le 11 novembre et a reçu les résultats de l'analyse génétique le 4 décembre, soit un mois d'angoisse forte.

–¿Cómo te informaron los resultados?
–Me llamó Claudia Carlotto (la titular de la Comisión Nacional por el Derecho a la Identidad, Conadi) y me citó. Le dije que si no me decía, no iba a llegar vivo y que si me estaba llamando ella era porque había dado positivo. Me dijo que vaya en ese momento y le pregunté en qué grupo familiar había dado, e inmediatamente fui a la compu y vi quiénes habían sido mis viejos. En todo este proceso yo miraba mucho la página de Abuelas, buscaba los parecidos, me había detenido en ellos, pero no eran por quienes daba más fichas. Claudia me contó quiénes eras mis viejos y nos fuimos para el centro con mi mujer. Le dije que manejara ella porque íbamos a tener un accidente. En la Conadi me recibieron muy bien. La verdad es que en todo el proceso encontré calidez, contención y respeto. El mensaje para los que tienen miedo es que no lo tengan. Claudia me mostró las fotos de mis padres.
Jorge Castro Rubel, in Página/12

- Comment t'a-t-on informé du résultat ?
- C'est Claudia Carlotto (la responsable de la Commission Nationale pour le Droit à l'Identité) qui m'a appelé et elle m'a donné rendez-vous. Je lui ai dit que si elle me disait rien, je n'arriverais pas vivant et que si c'était elle qui m'appelait, c'est que les tests avaient donné un résultat positif. Elle me dit que c'était dans ces eaux-là et je lui ai demandé quel groupe familial avait été identifié et je suis allé tout de suite à mon ordinateur et j'ai vu qui avaient été mes parents (3) et on est allé dans le centre avec ma femme. A dire le vrai, pendant toute la procédure, j'ai rencontré de la chaleur, du soutien et du respect. Le message pour ceux qui ont peur est qu'ils ont tort : qu'ils n'aient pas peur. Claudia m'a montré les photos de mes parents.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Et l'interview se prolonge, une des plus longues accordées par un enfant identifié à ce journal, qui en compte un bon nombre.

Le lendemain, le samedi 13 décembre, Jorge Castro Ruben a posé une plaque commémorative à Villa Crespo, sur le trottoir devant l'immeuble où ses parents biologiques vivaient juste avant leur arrestation. L'une des ces nombreuses plaques qui jalonnent les trottoirs de Buenos Aires pour marquer les derniers endroits où on a vu, vivants, l'un ou l'autre des 30 000 disparus de la Dictature, sur le sort desquels Sergio Massa veut désormais qu'on arrête d'enquêter et de se souvenir, comme je le raconte dans un autre article de ce blog, à la date d'aujourd'hui.

Pour en savoir plus :
lire l'interview de Jorge Castro Ruben dans Página/12
lire l'article de Página/12 sur la pose de la plaque commémorative.

Pendant ce temps-là, Ignacio Montaya Carlotto s'est produit sur Plaza de Mayo, samedi, au cours du méga-concert en plein air, donné samedi à l'occasion du Día de la Verdad, la Memoria y la Justicia. Página/12 l'a relaté dans ses pages.



(1) L'expression "Vol systématique de vol de bébés" a été entérinée par une décision de justice, un méga-procès où le cas de ce nourrisson, dont on ne savait encore rien, a été évoqué.
(2) En Argentine, on emploie très facilement en public les termes intimes de papa et maman pour parler de ses parents là où en Europe francophone, on parle de père et mère.
(3) Il emploie là un expression populaire très typiquement portègne, et qui n'a que très peu à voir avec notre mon vieux ou ma vieille de l'argot parisien, assez peu affectueux.