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samedi 7 mai 2016

Victor Hugo Morales a retrouvé toute sa place médiatique [à l'affiche]

Le journaliste Victor Hugo Morales, chassé de Radio Continental après un demi-siècle de bons et loyaux services quelques jours après la prestation de serment de Mauricio Macri, qui en fait un scandale et qui a rejeté la main tendue par Radio Nacional, à laquelle il a cessé de prêter son concours, vient de retrouver une nouvelle activité : il conduira désormais le journal télévisé du soir sur C5N, la chaîne de télévision du groupe Octubre, un groupe médiatique qui possède notamment Radio Malena (tango) et le magazine hebdomadaire plus que séculaire Caras y Caretas (visages et masques), une sorte de Paris-Match qui défendrait, avec le choc des photos, une vision nationale et de gauche de l'Argentine.

C5N est une chaîne qui passe pour kirchneriste (elle est la propriété de Cristóbal López, un homme d'affaires proche des Kirchner et aujourd'hui dans le collimateur de la justice) et dont les journaux télévisés font beaucoup dans le spectaculaire, le fait divers et le sensationnel. Espérons que ce grand journaliste saura faire de ce journal quelque chose d'un peu plus nourrissant. En tout cas, il ne sera pas longtemps resté sur le carreau, puisqu'il avait déjà retrouvé au mois de mars une place de présentateur radiophonique et a trouvé le temps d'écrire un livre qui vient de sortir. En face, sur la télévision de Clarín, il a pour concurrent un journaliste dont je ne supporte pas la moue et la voix arrogantes mais qui est très populaire à droite, Nelson Castro.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Clarín.

Ajout du 9 mai 2016 :
Le journaliste mettrait à la main au feu pour l'innocence de Cristina Kirchner dans les scandales de corruption dans lesquels son nom apparaît actuellement. Lire à ce propos l'article de Clarín, le journal que Victor Hugo Morales ne cesse d'attaquer.

lundi 4 avril 2016

Victor Hugo Morales a retrouvé un micro [à l'affiche]


Le journaliste et animateur radio Victor Hugo Morales, un kirchneriste convaincu qui avait été très brutalement et très spectaculairement éjecté en décembre de l'antenne (privée) de Radio Continental où il officiait depuis vingt ans -mes fidèles lecteurs s'en souviennent sans doute- reprend aujourd'hui le chemin des studios.

Il animera désormais une émission sur les ondes de AM750. Página/12 en profitait hier pour publier une assez longue interview de celui qui apparaît comme une victime de la "censure" macriste (1). Pour Página/12, ce retour en studio de Victor Hugo, comme aiment l'appeler les Argentins, est si important qu'il lui donne la préséance sur le décès du grand saxophoniste de jazz argentin, connu dans le monde entier, Leandro Gato Barbieri, auquel toute la presse rendait hommage hier (il est décédé à New York à l'âge 83 ans).

C'est aussi que Victor Hugo est un authentique grand nom de la radio en Argentine, une voix à laquelle une grande partie du public reste attachée même si la posture de plus en plus intransigeante de la part des kirchneristes aiguisent la division entre les gens et indisposent de plus en plus les modérés du camp Macri.

Pendant les trois mois où il a été éloigné des micros, Victor Hugo Morales a trouvé le temps d'écrire un nouveau livre. C'est écrire en bien peu de temps et tant mieux pour lui s'il a cette capacité à rebondir aussi rapidement après un revers qui semblait si douloureux pour lui en décembre dernier.

Pour aller plus loin :
lire l'interview de Victor Hugo Morales en une des pages culturelles de Página/12 de ce dimanche.

Ajout du 5 avril 2016 :
lire l'article de Página/12 sur ce retour à la radio dans l'édition du lendemain !



(1) Rappelons que Hernán Lombardi, ministre en charge de l'audiovisuel, avait aussitôt affirmé que Victor Hugo Morales conserverait ses émissions sur les ondes du groupe Radio Nacional. Mais c'est Morales qui avait refusé, estimant qu'il faisait ce travail gratuitement et qu'il ne serait pas la caution morale de ce gouvernement, quand le ministre parlait de le rétribuer pour son travail (c'est la situation antérieure qui était anormale. Des sympathisants kirchneristes ont bel et bien conservé leurs programmes sur les ondes de Radio Nacional, dont l'historien revisionista Felipe Pigna.

mardi 12 janvier 2016

Une vedette de la radio limogée presque en direct [Actu]

En gros titre : "C'est la liberté d'expression qui est attaquée"
Dans la manchette du haut,
la fin de la cavale des deux fugitifs qui restaient dans la nature
mais qui ne pouvaient plus bouger. Ils ont été cueillis sans résistance,
là où leur complice l'avait été 48 heures avant.
Ils étaient épuisés, assoiffés, morts de faim...

Cela s'est passé hier matin, vers 8h40 (heure argentine), au prix d'un évident manque de tact (pour ne pas dire plus) de la part de Radio Continental : vingt minutes avant qu'il ne s'installe au micro pour son marathon quotidien qu'il anime chaque matin en direct depuis neuf ans, de 9h à 13h, le journaliste argentino-uruguayen Victor Hugo Morales a vu entrer dans le studio un huissier de justice, accompagné d'un représentant de l'actionnaire, qui a aussitôt demandé au cameraman qui filme l'émission d'arrêter de tourner sous prétexte qu'il s'agissait d'une affaire privée. On entend quelqu'un répliquer qu'il s'agit au contraire d'une chose très publique et on voit alors arriver près du petit bonhomme d'huissier dans ses petits souliers le géant qu'est Victor Hugo Morales, qui comprend déjà ce qui se trame. Horriblement gêné, l'huissier lit alors d'une voix à peine audible l'acte officiel, qui fait office de lettre de licenciement, mettant ainsi fin, sans préavis, au contrat du journaliste, qui travaille depuis 30 ans sur cette antenne.

Victor Hugo Morales, c'est un géant de la radio argentine, une grande vedette médiatique (et je ne parle par seulement de sa taille physique), un homme passionné et très cultivé, capable de parler d'histoire, de musique, de littérature comme de football. C'est lui, l'auteur du commentaire légendaire de ce but mythique que Diego Maradona marqua de la main en 1986 au Mexique (Goooooooooooooooooooooooooolll). L'huissier n'a pas fini de parler que Victor Hugo, comme l'appellent ses nombreux admirateurs, se précipite dans un studio voisin et interrompt l'émission en cours pour annoncer en direct son licenciement. Une tranche de publicité est lancée à l'antenne et couvre alors ses paroles. On le voit attendre au milieu de confrères et collègues éberlués et très affectés puis à la fin de la publicité, il reprend la parole pour donner sa version des faits, pendant 13 minutes. C'est une logorrhée quelque peu répétitive, où l'on perçoit l'émotion de l'homme et sa colère et où les accusations pleuvent contre le Gouvernement en place, contre le groupe Clarín, contre le danger qui menacerait la démocratie et la liberté d'expression.

Le journal de Montevideo titre (à droite)
"Limogeage de Victor Hugo : on soupçonne de possibles pressions de Macri"
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

En Argentine, le scandale est immense. L'émission était l'une des plus écoutées dans la grille de Radio Continental et l'homme, qui est victime de ce mauvais procédé, est une référence de l'antenne.

Sur le plan politique, Morales est proche du kirchnerisme, il est plus sympathisant de la cause que militant au sens propre, et il n'a pas ménagé ses critiques contre Mauricio Macri depuis l'élection de celui-ci. Dans l'opposition, on a donc tôt fait d'attribuer cette expulsion de l'antenne à une pression exercée par le Président Macri sur les dirigeants de la radio (bien entendu, rien n'est prouvé). Au cours de la dernière année, Victor Hugo s'est en aussi pris dans un livre au journal Clarín, dont le groupe était visé par la loi des médias (ley de medios), destinée à interdire la constitution de groupes médiatiques si puissants qu'ils écrasent la liberté et la diversité de l'information.

Le journaliste se déclare donc victime d'une répression idéologique et il est vrai qu'en plus d'être brutal et vexatoire, son licenciement est très mal justifié : de prétendus manquements aux obligations contractuelles alors qu'il a assuré son émission tous les jours pendant neuf ans et que son contrat n'arrivait à échéance que le 31 décembre 2016 (1). Dans la foulée de l'humiliante lecture du billet de licenciement devant témoins, le journaliste a affirmé que dès le lendemain du second tour de l'élection présidentielle, donc à la fin novembre, la direction de la station lui avait offert sept millions de pesos en guise d'indemnité contre sa démission (une somme astronomique). Il a refusé le marché mais, du coup, il ne peut se dire surpris de la cessation du contrat, mais seulement des formes, exécrables, et du moment choisi, qui est non seulement un manque de respect à Victor Hugo Morales, à ses invités du jour et à l'équipe technique, mais également aux auditeurs fidèles qui attendaient leur rendez-vous quotidien.

La Nación a préféré un petit titre, en bas, au centre
La vedette est pour la capture des deux fugitifs,
et en haut à gauche, la manchette est consacrée à David Bowie
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Ce départ contraint est-il, comme croit le comprendre l'intéressé, une conséquence de l'absorption de Radio Continental par la chaîne de télévision privée Canal 9 ? Est-ce, comme il le claironne, le pendant à la radio de la fin de l'émission ultra-kirchneriste 678 sur TV Pública ? Est-ce, comme il l'affirme, le tocsin pour la liberté d'expression des journalistes en Argentine ? (2) Serait-ce le résultat, comme il le suggère, d'un vaste complot entre Clarín, le gouvernement national, celui de Córdoba et celui de Mendoza, et une partie de la magistrature pour le mettre sur la paille, façon Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais ? (3) Après avoir vu et écouté ce qu'il s'est passé, je n'en mettrais tout de même pas ma main au feu. En effet, il a pu tout de même s'exprimer encore pendant un quart d'heure sur le temps d'antenne d'un autre producteur auquel il n'a pas demandé la permission de prendre la parole. Et ce quart d'heure est mis en ligne, en écoute libre, directement sur le site du journal Clarín, pourtant ouvertement accusé par Victor Hugo d'être derrière tout ça...

Il se trouve que la grossière et brutale décision de Radio Continental tombe en plein milieu d'un fait divers qui a beaucoup occupé les médias pendant plus d'une semaine, une spectaculaire évasion dont je vois mal comment on pourrait l'attribuer au nouveau gouvernement (qui n'était pas en charge de l'administration pénitentiaire dans la Province de Buenos Aires), où je vois mal comment on peut reprocher  à la ministre de la Sécurité une bavure de communication ce week-end comme s'il s'agissait d'un crime scandaleux (4) ni que la capture des trois fugitifs soit présentée comme une victoire contre le trafic de stupéfiants (5). Il tombe aussi en plein milieu de la querelle sur la dissolution par décret de l'AFSCA, la haute autorité créée par la ley de medios, une dissolution que plusieurs référés judiciaires contestent formellement sans que l'Exécutif en ait tenu le moindre compte dans ses dernières décisions (voir mon article du 31 décembre 2016). Or d'après les propos à chaud du journaliste viré, son licenciement pourrait être une diversion à tout cela et correspondre à une volonté de le faire taire pour qu'il ne puisse plus dénoncer ces mascarades... Cela me paraît bien léger !

De nombreuses personnalités marquées à gauche, dont Estela de Carlotto, la pourtant conciliante présidente de Abuelas de Plaza de Mayo, pour qui la coupe semble être sur le point de déborder, et le très peu contestable prix Nobel de la paix Adolfo Pérez Esquivel, ont fait connaître publiquement leur soutien au journaliste viré avec aussi peu de respect humain. Christina Kirchner et son fils, Máximo, aujourd'hui député national pour la Province de Santa Cruz, ont exprimé aussi leur émotion depuis leurs vacances en Patagonie.
L'opposition appelle à une manifestation sur Plaza de Mayo aujourd'hui à 18h. Le scandale est d'autant plus fort qu'on se trouve en plein été, une époque de l'année où il est difficile de mobiliser les gens et que le Congrès ne siège pas non plus, ce qui rend l'opposition institutionnellement muette. Tout cela fait décidément très mauvais genre.

Miguel Rep a signé la dernière page de Página/12
Le dessinateur reprend le slogan de la campagne contre la violence faite aux femmes
Ni una menos (pas une de moins)
La pancarte dit : "Pas un(e) journaliste de moins"

Cet arrêt soudain d'une émission très populaire n'a pas pris de court le journaliste seul mais tout le monde, y compris des quotidiens peu susceptibles d'être anti-macristes, comme La Nación. L'affaire se retrouve même à la une des quotidiens uruguayens, puisque Victor Hugo est né dans la République orientale. La décision est d'autant plus choquante que cette émission matinale était celle qui avait la plus forte audience. On peut même parler d'une véritable institution dans le pays.

Pour aller plus loin :
lire l'article de une de Página/12 qui consacre à l'affaire cinq articles ce matin, dont un sur les soutiens apportés au journaliste et un autre sur les décisions de justice contre la dissolution de l'AFSCA
lire l'article de Clarín, qui donne in extenso les 13 minutes d'explications fournies en direct à l'antenne de Radio Continental par Victor Hugo Morales (difficile dans ce cas de parler de censure anti-démocratique de Clarín que le journaliste dénonce si vertement. De deux choses l'une, ou c'est très habile de la part de Clarín pour ne pas donner raison à son accusateur ou c'est l'analyse de Victor Hugo Morales qui est fausse). Il y eu un temps où la rédaction de ce journal se serait ouvertement félicité de son éviction avec des arguments du type "bien fait pour lui". Rien sur cette affaire à la une de ce matin.
lire l'article de La Nación, qui rapporte les déclarations de Victor Hugo Morales sans les commenter. Le journal ne fait même pas mine de justifier la décision de Radio Continental et publie lui aussi, comme Página/12, un article neutre sur les décisions judiciaires concernant l'AFSCA, sans accuser les juges de partialité contre le Gouvernement (ce que le titre n'hésite pourtant pas à faire dans d'autres cas). C'est aussi ce quotidien qui se fait l'écho d'un moment de panique chez les salariés de la Casa Rosada, empêchés d'entrer dans les locaux hier matin... Plus de peur que de mal : le système de sécurité va changer et l'interdiction n'était qu'un dysfonctionnement dû à ces opérations techniques pendant le week-end. Mais il y a une telle psychose du licenciement des salariés embauchés sous Cristina que certains ont cru qu'ils avaient été renvoyés sans même le savoir...
lire l'article de El País, qui incorpore la vidéo du studio où Victor Hugo comprend qu'il est remercié et se précipite dans le studio voisin (où le cameraman le suit en courant du mieux qu'il peut)
lire l'article de El Observador.

Ajout du 13 janvier 2016 :
Lire l'article de Página/12 sur le succès de la manifestation en faveur de Victor Hugo Morales hier sur Plaza de Mayo.

Ajouts du 16 janvier 2016 :
Lire la longue interview que Hernán Lombardi a accordée il y a quelques jours, une nouvelle fois, à La Nación sur sa politique à l'égard de Radio Nacional, au cours de laquelle il a annoncé que Victor Hugo Morales allait continuer à animer ses émissions sur Radio Clásica, la station consacrée à la musique classique du groupe Radio Nacional.
Cela lui a valu une réplique verte de Morales, qui le traite d'hypocrite. La raison ? Voilà quinze ans qu'il anime ces émissions de Radio Nacional sans toucher un sou... La réplique est à lire,elle aussi, dans La Nación.

Ajout du 17 janvier 2016 :
La Nación nous raconte que Victor Hugo Morales vient de donner sa version des faits au micro de la 11.10, la radio généraliste publique de la Ville autonome de Buenos Aires (donc sous tutelle d'un gouvernement macriste), et qu'avec un sens non dissimulé de la provocation, il a lancé un défi à Hernán Lombardi : il annonce son retrait de Radio Nacional, sur l'antenne Clásica de laquelle il animait depuis plusieurs années une émission à titre gracieux (il ne veut pas être la caution de Lombardi et d'un pluralisme dont il nie l'existence effective), et promet d'accepter toute proposition d'émission quotidienne en prime-time sur TV Pública dès lors qu'il pourra l'animer avec les journalistes de 678, le talk-show hyper-kirchneriste qui n'existe plus depuis la fin de l'année dernière et qui donne des boutons à tous ceux qui ont voté pour l'alliance Cambiemos menée par Mauricio Macri (entre autres, parce qu'ils en avaient ras-le-bol de cette émission).


(1) Lui aurait-on donné des consignes sur le contenu politique de son émission ou demandé de modérer son ton, délibérément polémique, et aurait-il refusé de se plier à un tel changement ? Il ne me paraît pas douteux qu'il ne soit pas homme à accepter de recevoir des consignes sur le contenu de son émission. Aurait-il reçu des injonctions paradoxales comme le pratique souvent un patron qui veut se séparer d'un salarié et cherche à le pousser à la faute ? Il n'est pas interdit d'y penser lorsqu'on écoute la manière dont il explose.
(2) Personnellement, lorsque je lis la presse, je n'ai pas l'impression qu'il y ait une censure. Je vois des articles qui critiquent le pouvoir en place et pas seulement dans Página/12 (qui ne critiquait jamais l'ancienne majorité). En revanche, ce qui a changé, c'est que dans La Nación, la critique de l'opposition est moins virulente qu'elle n'était quand cette opposition était la majorité. J'ai l'impression de retrouver dans un journal comme celui-là quelque chose qui ressemble davantage qu'auparavant à un quotidien de vieille démocratie, comme il en existe chez nous. Comme si les journalistes retrouvaient ou trouvaient un certain équilibre.
(3) Dans une affaire de droits de retransmission d'un match de foot qui remonte à Mathusalem, le journaliste a été poursuivi par le groupe Clarín d'une manière très exagérée et le groupe médiatique a obtenu sa condamnation à une indemnisation démesurée, qu'il ne sera sans doute jamais en capacité de payer. Un peu comme la Société Générale contre Jérôme Kerviel. Est-ce pour cette raison que le journaliste n'a pas voulu quitter son poste lorsque la radio lui proposait un pont d'or, parce qu'il a besoin de continuer à gagner sa vie pour faire face à ces échéances disproportionnées ? Dans ce cas on pourrait comprendre ce que ses déclarations ont de confus après la lecture par le petit huissier qui regarde le bout de ses chaussures puis son interminable diatribe au micro du collègue...
(4) L'un des trois fugitifs a été repris ce week-end et on a cru pendant quelques heures que la capture concernait les trois détenus en cavale. Il semble qu'il y ait eu un raté dans la transmission d'information entre les forces de police sur le terrain et le ministère de la Sécurité dont elles dépendent. Mais ce n'est pas non plus le mensonge du siècle !
(5) C'en est une. Toute petite. Mais qu'on le veuille ou non, remettre la main sur des évadés est une victoire de l'Etat de droit même s'il vaudrait mieux que les évasions n'aient pas lieu. Pourtant il y aura toujours des évasions, partout où il y aura des prisons. Le 0 défaut n'existe pas plus que le 0 risque. Et reprocher à un gouvernement de se féliciter de voir reconduits en prison des malfaiteurs évadés, c'est de la mauvaise foi.

mardi 2 juin 2015

Victoria Morán présente son nouveau disque à ECuNHi [à l'affiche]

La couverture du disque est un clin d'œil à la légende de Eva Perón
qui prit un jour le train depuis son bourg natal jusqu'à Buenos Aires
où elle trouva son destin de starlette puis de première dame.

Ce soir, mardi 2 juin 2015, à 20h30, la chanteuse Victoria Morán présentera son nouveau disque Por el camino (Sur la route) composé d'un savant mélange de tangos classiques (1) et plus récents et de morceaux relevant d'autres genres musicaux. Elle est compositrice de quatre des pièces enregistrées.

Dans le disque, on retrouve plusieurs grandes personnalités comme la chanteuse Lidia Borda et le journaliste Victor Hugo Morales (toutes très marquées politiquement comme proches du kirchnerisme, tout comme le centre culturel lui-même). Pablo Fraguera et Ramón Maschio l'accompagnent au piano et à la guitare.

Ce sera à ECuNHi, le centre culturel de Madres de Plaza de Mayo à Palermo (ex-ESMA), Avenida del Libertador 8465.

Pour cette soirée, Victoria Morán sera entourée par Pablo Fraguera (piano) et Osvaldo Burucuá (guitare).

L'entrée est libre et gratuite.

Vendredi, elle présentera à nouveau ce disque à Clásica y Moderna, Callao 892, dans le sud de Recoleta. Elle sera accompagnée des mêmes musiciens. En revanche, la soirée est payante (droit au spectacle + repas du restaurant, à la carte).

Pour en savoir plus :
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(1) Comme Manoblanca et Cuando tu no estás.

lundi 6 juin 2011

Hebe de Bonafini assume la révocation de son chargé d'affaires [Actu]

Opération Mano Pulite au sein de l'ONG Madres de Plaza de Mayo (Mères de la Place de Mai). Après une semaine de gros titres désobligeants dans les journaux, la Présidente, Hebe de Bonafini s'explique et présente sa version des faits au journaliste Víctor Hugo Morales sur Canal 9. Elle parle de faire le ménage (limpiar) à un journaliste dont le professionnalisme est légendaire en Argentine.

Elle a expliqué qu'elle avait décidé de révoquer Sergio Schoklender parce qu'il insistait trop pour transformer ce qui est une fondation pour la construction de logements sociaux (ce qui sous-entend un but non lucratif) en une société commerciale, ce dont l'ONG ne voulait à aucun prix. Elle estime aussi qu'il y a dans sa gestion à la tête de cette fondation des soupçons d'abus d'argent public, ces subsides de l'Etat que la fondation recevait pour ses programmes immobiliers. Elle veut que la gestion de l'ONG et de toutes les organisations qui dépendent d'elle soit irréprochable et elle a donc décidé de se séparer en tout de 17 personnes, qui étaient contaminadas, "atteintes par la contagion" ou "polluées" (sans doute par les visions quelque peu mégalomanes de Schoklender). Parmi ces personnes, figure le frère de l'administrateur de la fondation, qui a lui aussi passé, sous la Dictature et après le retour de la démocratie, plusieurs années en prison pour un crime de sang que les deux frères ont un temps reconnu avant de se rétracter.

Hebe de Bonafini a aussi insisté sur son analyse politique de la situation. A travers Madres, ce serait bien d'après elle la Présidente de la République qui serait visée en ce temps de campagne électorale dont les sondages la disent déjà vainqueur alors même qu'elle n'a pas encore annoncé sa candidature à un deuxième mandat.

Il n'en reste pas moins que la concomitance de l'enquête judiciaire qui a soulevé les soupçons de corruption à la tête de la fondation et la révocation de Sergio Schoklender prête le flanc à toutes les interprétations, y compris les plus ignobles.

Malgré cette déception humaine, puisque c'était elle qui avait décidé de faire confiance à un ancien détenu qu'elle avait connu en 1983, sous la Dictature finissante, lorsqu'elle visitait les prisonniers politiques en détention (il faut croire qu'elle suivait alors la théorie développée par la défense en 1981, voir mon article de samedi dernier à ce sujet), elle a annoncé qu'elle resterait elle-même, avec une foi intacte en l'être humain, qu'elle continuerait à faire confiance aux gens pour travailler au bien de tous dans le pays.

Peu après, le premier ministre, Aníbal Fernández, a pris la parole pour soutenir l'honneur de l'association et de sa présidente et assurer l'opinion publique de sa confiance dans la rectitude morale de ces militantes, qui sont des modèles pour bien des militants de la cause des droits de l'homme, non seulement en Argentine mais dans toute l'Amérique Latine et même aux yeux de Barack Obama, qui leur a rendu hommage il y a un an environ.

Clarín raconte dans un article que lors de ses visites à Schoklender écrouée, elle se serait prise d'affection pour le jeune homme, qu'elle aurait aimé comme son fils. Hebe de Bonafidi a eu trois enfants. Ses deux fils et sa belle-fille font partie des 30 000 disparus adultes de la Dictature. Voilà un an que ses relations avec le chargé de mission se dégradaient, d'abord à cause de cette insistance qu'il manifestait de modifier le statut de la structure, ensuite parce que peu à peu elle avait vu des choses qui ne lui plaisaient pas, selon l'expression qu'elle a employée hier. Sergio Schoklender avait démissionné en décembre mais l'information de son éloignement n'a été rendue publique qu'après que l'enquête judiciaire ait elle-même été rendue publique.

Les journaux de ce matin reviennent tous sur ces éclaircissements, avec les mêmes présupposés idéologiques, très favorables dans Página/12, plutôt défavorables dans La Nación et Clarín.

Plus aller plus loin :
lire l'article de La Nación sur l'étouffement des affaires d'argent sale chez Madres et à la Confederación General de los Trabajadores (CGT), dont le Secrétaire Général, le routier Moyano, un fort en gueule très kirchneriste à la gestion des plus douteuses depuis longtemps. L'article est hostile au Gouvernement.
Sur le site internet de La Nación, vous pouvez visionner les 9 minutes de l'interview télévisée.

mardi 22 février 2011

Les trente ans de radio de Víctor Hugo Morales [Actu]

C'est un journaliste de très grand talent que saluent aujourd'hui les pages culturelles de Página/12, un journaliste politique averti, qui recueillit l'un des derniers grands coups médiatiques de Néstor Kirchner, un commentateur sportif exalté et un animateur d'émissions culturelles, dont une s'intitula El Polaco es Gardel (comprendre : "Roberto Goyeneche est la perfection faite homme", ou "Roberto Goyeneche et Gardel, c'est tout un").

Il y a trente ans, des producteurs argentins s'en allèrent tirer de prison le jeune homme qui y croupissait pour une bagarre un soir de match (de football, bien sûr). Presque en même temps, Maradona donnait ses premiers shoots sous les couleurs du Boca Juniors. Et c'est le commentaire du plus célèbre but de Maradona qui a fait entrer Víctor Hugo Morales dans la légende radiophonique argentine et hispano-américaine, le fameux "Diegol ! Diegol ! [...] Gracias Dios por estas lágrimas". C'était en 1986, Diego Maradona venait de marquer le deuxième but de l'Argentine contre l'Angleterre au Mexique, au Stade Aztèque. Le premier, vous le saviez déjà, je ne vous apprends rien, qu'il venait de marquer, il l'a appalé La Mano de Dios. Celui-ci fut El Gol del Siglo (le but du siècle). C'est dans ces quelques secondes d'envolée lyrique de Victor Hugo Morales désignant Maradona comme un Barrilete Cósmico (cerf-volant cosmique), une métaphore que le poète Alorsa reprit dans sa chanson Para verte gambetear, hommage à Diego Maradona (1).

Hasta la llegada de Víctor Hugo, los grandes del relato futbolístico nacional (Fioravanti, Muñoz, Veiga) se limitaban a mencionar al jugador que llevaba la pelota, su posición en la cancha, los probables receptores y poco más. Explotaban recién a la hora del grito del gol. Pero antes de que la pelota golpeara las redes, contaban lo justo y lo necesario. En cambio, Víctor Hugo metió todos los ingredientes futboleros en la cancha y en el aire de la radio. Y de esa mezcla apasionada y apasionante surgió un relato que muy pronto atrapó al oyente argentino y que sigue atrapándolo, tres décadas más tarde. Cuando el fútbol, la vida y la radio son otros, no necesariamente mejores.
Daniel Guiñazú, in Página/12

Jusqu'à l'arrivée de Víctor Hugo, les grands du commentaire footballistique national (Fioravanti, Muñoz, Veiga) se limitaient à mentionner le joueur qui avait la balle, sa position sur le terrain, les destinataires probables et pas grand chose de plus. Ils n'explosaient qu'au moment où éclatait le cri du but. Mais avant que la balle frappe les filets, ils racontaient le strict nécessaire. Tout au contraire, Víctor Hugo a fourré tous les ingrédients footeux sur le terrain et sur les ondes de radio. Et de ce cocktail passionné et passionant a surgi un commentaire qui a très vite capté l'auditeur argentin et qui le capte toujours, trois décennies plus tard. Quand le football, la vie et la radio sont différents, pas nécessairement meilleurs.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Et si au lieu de souffler trente bougies, on se repassait ce fameux commentaire de 1986, en VO, grâce à You Tube (et avec des sous-titres en espagnol, ça aide à comprendre)... Voir aussi mon article du 19 novembre 2008 sur ce texte historique (en version bilingue).

Voir aussi le site de Víctor Hugo Morales, que j'ai placé en lien permanent dans la Colonne de droite, dans la rubrique Actu, dans la partie inférieure.

(1) traduit dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, ed. du Jasmin, mai 2010, p 158. Vous pouvez l'écouter dans la liste d'écoute consacrée à Barrio de Tango, qui compte désormais 98 morceaux, sur ma page Myspace (cliquez sur l'onglet Playlists pour y accéder).

vendredi 24 décembre 2010

L'Argentine, le plus beau pays du monde, un Web documentaire d'Arte Reportage [ici]

Le site Internet d'Arte vous propose, en version argentine avec des sous-titres en français, un excellent Web documentaire sur l'Argentine, sa culture, sa population, son histoire, ses enjeux politiques passés et présents, réalisé en cette année où le pays fête le bicentenaire de son indépendance.

Capture d'écran du site d'Arte TV

Vous y découvrirez, entre autres, un reportage de 4 mn 31 sur la Orquesta Típica Fernández Fierro, un reportage de 3 mn sur Victor Hugo Morales, journaliste, conteur et commentateur sportif uruguayen d'un immense talent (1) qui vous expliquera un peu la dimension politique et culturelle du football (c'est lui qui a dit le commentaire le plus lyrique et le plus célèbre sur la Main de Dieu lors de la Coupe du Monde du Mexique en 1986), vous pourrez vivre dans les tribunes un petit quelque chose de la folie d'un match de foot, avec des supporters du Club Independiente, une des grandes équipes de Buenos Aires, sur un stade d'Avellaneda (dans la banlieue sud, populaire).

Un chapitre entier, de 10 minutes, repasse les grands traits de la situation politique et économique actuelle, telle que l'ont façonnée la Dictature militaire (dont le premier président vient d'être à nouveau condamné à la prison à perpétuité, voir mon article d'hier sur le sujet) et le gouvernement de Carlos Menem, tous les deux mis dans le même panier. Vous y entendrez un historien très clair et Estela de Carlotto, la très dynamique présidente de Abuelas de Plaza de Mayo dont je vous parle souvent dans la rubrique Justice et Droits de l'homme de ce blog (voir le raccourci dans la rubrique Quelques rubriques thématiques, dans la partie supérieure de la Colonne de droite).

Un beau diagramme, très bien fait, vous donne l'essentiel des repères chronologiques indispensables à la bonne compréhension de l'histoire argentine (voir également sur ce sujet mon article Vademecum historique, dans la rubrique Petites chronologies, dans la partie médiane de la Colonne de droite).

Le documentaire de David Gormezano revendique une certaine partialité, qui n'est pas mauvaise en soi puisqu'elle est clairement annoncée. Il me semble, pour mon humble part, qu'on ne peut pas s'exempter d'une part de subjectivité ni d'une prise de position lorsqu'on parle de l'Argentine. L'impartialité et l'objectivité sont une vue de l'esprit, elles font le lit d'un plus ou moins gros mensonge ou d'un reportage insipide et superficiel qui traiterait ce pays comme un pays exotique de pacotille. Et c'est malheureusement souvent le cas des reportages télévisuels en Europe. Raison de plus pour nous précipiter sur ce documentaire engagé, passionné et passionnant, au concept nouveau rudement bien pensé...

A voir sur le site d'Arte-TV (je vous donne ici la version francophone, mais vous pouvez cliquer sur les onglets des autres langues de la chaîne, l'allemand et l'espagnol, en haut à droite).

(1) Le groupe de presse Clarín en prend pour son grade au passage, sur sa confiscation des droits de retransmission des matchs de foot. Je publie cet article au moment où la polémique autour de ce groupe monopolistique vient encore de rebondir avec la énième astuce procédurière des enfants Noble Herrera pour éviter de se soumettre aux tests ADN qui devraient pouvoir mettre en évidence leurs liens avec telle ou telle famille de disparus en recherche de leurs petits-enfants. Sur cette affaire, voir mes articles consacrés au combat de l'ONG Abuelas de Plaza de Mayo (les grands-mères de la Place de Mai).

lundi 9 février 2009

Humour rosarino et église maradonienne [Jactance & Pinta]

Le 11 février, donc après-demain mercredi, à Marseille, les Blancs et Ciel (Albicelestes) affrontent en match amical les Bleus, dans le cadre de la préparation aux éliminatoires de la Coupe du Monde de Football de 2010. Les Albicelestes, c’est la sélection nationale argentine, entraînée depuis le mois d'octobre dernier par Diego Maradona, et ça leur réussit plutôt bien ! Les Bleus, c’est la sélection nationale française, entraînée par Raymond Domenech (et les supporters français sont passablement critiques). Le match aura lieu au stade Vélodrome de Marseille, donc en France. Retransmission en direct sur TF1 pour la France, que je ne conseille pas à nos amis argentins : à trois jours du match, le site de TF1 annonce aujourd'hui un match France-Uruguay en direct du stade de France. Les commentaires éructants et au français hideux de Jean-Michel Larqué et consorts, ce n'est pas du Victor Hugo Morales. (Le journaliste et conteur uruguayen est d'ailleurs arrivé dans la cité phocéenne pour commenter le match en direct pour les Argentins, selon ce que m'annonce Carlos Carrizo, auteur d'un très beau livre de photos inédites sur Astor Piazzolla. Que je vous laisse chercher dans la rubrique Disques & Livres, dans le haut de la colonne de droite ?).


Et il se trouve qu'après-demain, si les Français jouent à domicile (ce qui devrait être un avantage), les Argentins auront Dieu lui-même assis sur le banc de touche...

Pour vous donner une idée de la taille du bonhomme qui a débarqué ce matin à Marseille à la tête de la délégation bicolore, voici, dans le texte original et en traduction française, l'essentiel du bréviaire de l’Eglise Maradonienne, née un jour d'anniversaire de Maradona en 1998 sur l'idée farfelue de deux supporters qui ont organisé des ressemblements patriotiques en honneur de Diego au pied du Monumento a la Bandera de leur ville, un impressionant monument au drapeaux de la cité fluviale de Rosario (un port au sud du Paraná, avant que la rivière se sépare en plusieurs bras, tout au nord de Buenos Aires, dans la Province de Santa Fe).

Cette Eglise a beau être une blague king-size, elle sert à dire quelques vérités sociales et politiques qui pour être énoncées sur un mode loufoque n’en sont pas moins bien senties...

L'Eglise Maradonienne s'intègre à une tradition d'humour politique très riche : la parodie carnavalesque des références catholiques. Dans cette tradition, à laquelle Horacio Ferrer sacrifie volontiers et avec maestria dans l'univers du tango (María de Buenos Aires avec Astor Piazzolla, Oratorio Carlos Gardel, avec Horacio Salgán, Yo payador avec Osvaldo Pugliese, et autres oeuvres, longues ou brèves), on s'empare des textes sacrés, on en conserve le rythme, la mélodie et les sonorités, que des années de récitation quotidienne ou dominicales ont enracinés dans toutes les oreilles (même celles de la petite minorité non-catholique, seulement 8% de la population argentine), et on s'en sert pour dire tout autre chose.

L'Eglise maradonienne professe sa foi en proclamant Diego (amen) et célèbre baptêmes (tout le monde, homme et femme, prend Diego en second prénom), professions de foi sur un autel où est exposé un ballon comme un Saint Sacrement, mariages (les deux époux doivent marquer un but de la main dans une cage sans gardien), Noël (l'anniversaire de Diego le 30 octobre) et Pâques depuis 2002 (le 22 juin, anniversaire du but que Maradona marqua de la main, "la mano de Dios", contre l'Angleterre, lors de la Coupe du Monde du Mexique en 1886, quatre ans après la défaite argentine aux Malouines).

Voici les 10 commandements de l'Eglise maradonienne.

Los 10 mandamientos (1)
1. La pelota no se mancha, como dijo D10S en su homenaje.
2. Amar al fútbol por sobre todas las cosas.
3. Declarar tu amor incondicional por Diego y el buen fútbol.
4. Defender la camiseta Argentina, respetando a la gente.
5. Difundir los milagros de Diego en todo el universo.
6. Honrar los templos donde predicó y sus mantos sagrados.
7. No proclamar a Diego en nombre de un único club.
8. Predicar los principios de la Iglesia Maradoniana.
9. Llevar Diego como segundo nombre y ponérselo a tu hijo.
10. No ser cabeza de termo y que no se te escape la tortuga.

1. Le ballon ne se salit pas, comme l’a dit D10S le jour où il lui fut rendu hommage (2)
2. Aimer le football par dessus toute chose.
3. Déclarer ton amour sans condition à Diego et au bon football.
4. Défendre le maillot argentin, en respectant les gens.
5. Faire connaître les miracles de Diego dans tout l’univers.
6. Honorer les temples où il a prêché et ses vêtements consacrés.
7. Ne pas proclamer Diego au nom d’un seul et unique club
(3)
8. Prêcher les principes de l’Eglise Maradonienne.
9. Porter en second prénom celui de Diego et le donner à ton enfant.
10. Ne pas perdre le nord et ne pas laisser échapper le gâteau...
(Traduction Denise Anne Clavilier)

A ces commandements s’ajoutent une tripotée de prières.
Or, contrairement à ce qui se produit en Europe, ces parodies d'authentiques et vénérables prières catholiques ne cherchent jamais à énoncer le contraire de ce que disent les textes originaux et ne sont jamais tournées contre l'image de Dieu, ni contre la foi des fidèles, ni contre l’Eglise. Ces pastiches ne cherchent à ridiculiser personne dans le domaine de la religion (ce n'est pas le cas pour les pontes de la FIFA, qui, eux, s'en prennent plein la figure). Bref, il ne s’agit pas de blasphème comme c'est le cas en Europe (et singulièrement en France, où ce genre d’exercice passe pour une preuve de liberté d’esprit, au détriment des croyants que l’on compte alors pour rien tout en se posant soi-même en champion de la tolérance).

D10s te Salve. Le Salve (4)

Dios te salve pelota.
Llena eres de magia,
el Diego es contigo.
Bendita tú eres entre todas las demás
y bendito es el Diego que no te deja manchar.
Santa redonda, madre del gol
ruega por nosotros los jugadores
ahora y en la hora de nuestro encuentro...
Diego.

Je vous salue, ballon (5)
plein de grâce
le Diego est avec vous
Vous êtes béni entre tous les autres
et béni est le Diego qui ne te laisse pas salir
(2)
Saint ballon rond, père du but (6)
Priez pour nous pauvres joueurs
maintenant et à l'heure de notre rencontre...
(7)
Diego
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Le Notre Père

Padre Nuestro (y es nuestro de verdad) (8)
Diego nuestro que estas en la tierra,
santificada sea tu zurda,
Venga a nosotros tu magia,
háganse tus goles recordar,
así en la tierra como en el cielo.
Danos hoy una alegría en este día,
y perdona aquellos periodistas
así como nosotros perdonamos
a la mafia napolitana.
No nos dejes manchar la pelota
y líbranos de Havelange..
Diego.

Notre Père (et pour le coup, c'est bien le nôtre)
Notre Diego qui est sur la terre
que ta jambe gauche soit sanctifiée
que ta magie vienne
que tes buts se gravent dans les mémoires
sur la terre comme au ciel
Donne-nous aujourd'hui une joie en ce jour
et pardonne tous ces journalistes
(9)
comme nous-mêmes nous pardonnons
à la mafia napolitaine
(10)
Ne nous soumets pas au déshonneur du ballon
mais délivre-nous d'Havelange...
(11)
Diego
(Traduction Denise Anne Clavilier)

L'Eglise Maradonienne dispose bien sûr d'un site (les images qui illustrent cet article en sont extraites). Cliquez sur ce lien pour y accéder.
La Fédération de Football argentine a aussi son site : la AFA.
Et si vous ne l'avez déjà fait en lisant les précédents articles où j'ai déjà parlé de lui, vous pouvez découvrir le journaliste uruguayen Victor Hugo Morales sur son site (colonne de droite, partie basse, rubrique Actu).

(1) Les jeux de mots commencent là. Comment ? A vous de voir en allant un tout petit peu plus loin...
(2) D10S : écrit en capitales comme ça, vous avez reconnu le mot Dios, Dieu. 10, c’était le numéro du maillot de Maradona dans l’équipe nationale. C’est aussi l’un de ses surnoms : El Diez. On dit aussi Diego ou El Diego, el Pibe de Oro (le môme en or), etc... "La pelota no se mancha" : au cours d’un hommage qui lui fut rendu au stade de La Boca, au moment où il quittait la carrière active de joueur sur le terrain, Maradona fit un discours très émouvant. Il y reconnut notamment avoir commis plusieurs fautes au cours de sa carrière (différents scandales auquel il avait été mêlé, notamment la naissance d’un enfant illégitime à Naples et son addiction à la cocaïne) mais conclut-il, la pelota no se mancha (le ballon ne se salit pas, ce qui est à la fois une constatation et une profession de foi envers la noblesse du foot qu'aucune contingence humaine ne peut atteindre). Cette phrase est restée dans toutes les mémoires argentines et au-delà. Elle a profondément ému tous ceux qui l’ont entendue et, de nombreuses années plus tard, elle reste effectivement très touchante (elle figure d’ailleurs dans le film que Kustorica a consacré à Diego et qui fut présenté au Festival de Cannes 2008). Maradona entendait alors aussi se laver des soupçons de dopage que la FIFA avait fait peser sur lui en 1994 en l’expulsant de la Coupe du Monde de Football aux Etats-Unis. Maradona a toujours clamé son innocence dans cette affaire et la plupart des Argentins le croient. Ils voient dans cette mesure la énième tentative des Etats-Unis (par FIFA interposée) pour humilier l’Argentine en salissant un joueur qui ne fait pas mystère de son admiration pour Fidel Castro et fédèrent ainsi de très nombreux latino-américains bien au-delà de la seule Argentine.
(3) Diego Maradona a joué dans plusieurs clubs, les plus importants étant Paternal (le club de ses tout débuts à Buenos Aires), Boca Juniors (celui du quartier de La Boca, son club préféré), le Barça (un club de Barcelone assez aristocratique et très riche, où il a été très malheureux), le SSC Napoli, le club de Naples, une ville pauvre rongée par la maffia, dont l'équipe ressemble beaucoup à Boca Juniors et que Maradona a emmené à des sommets internationaux, avant de retourner, fortune faite et gloire mondiale acquise, à La Boca, "heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage..." Diego Maradona est immensément fier de ce parcours et les Argentins derrière lui.
(4) Je vais faire ici non pas une traduction littérale du texte argentin mais m'appuyer sur la version liturgique française actuelle... Pour ceux qui ne connaissent pas le texte original en espagnol : Dios te salve María, llena eres de gracia, el Señor está contigo, bendita eres entre todas las mujeres y bendito el fruto de tu vientre, Jesús. Santa María, Madre de Dios, ruega por nosotros pecadores, ahora y en la hora de nuestra muerte. Amen. En français, la traduction liturgique s'exprime un peu différemment : Je vous salue, Marie, pleine de grâce. Le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
Même dans le rythme et les sonorités, les différences entre les deux versions sont infimes.
(5) Manque de bol ! Pelota est du féminin en espagnol et c'est un trisyllabique comme María. Or notre ballon est du masculin (la balle, c'est pour le tennis ou le ping-pong !).
(6) El gol : c'est à la fois le but et le gardien de but (que nous appelons le goal en bon franglish). Et évidemment avec ce changement de genre, la traduction française perd le sel du texte original !
(7) Enième jeu de mot du bréviaire. El encuentro, c'est la rencontre sportive mais c'est aussi une métaphore et un euphémisme qui désigne la mort (la rencontre avec Dieu).
(8) Voici le texte liturgique hispanophone : Padre nuestro que estas en el cielo, santificado sea tu nombre, venga a nosotros tu reino, hagase tu voluntad así en la tierra como en el cielo. El pan nuestro de cada día danosle hoy y perdonános nuestras ofensas así como nosotros perdonamos a los que nos ofenden. Y no nos dejes caer en la tentación mas libranos del mal.
En français : Notre Père qui es au ciel, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour et pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous soumets pas à la tentation mais délivre-nous du mal.
(9) les journalistes qui ont nourri des canards à scandale avec la relation de Maradona avec la cocaïne, ceux qui ont fait de l'argent avec son adultère à Naples, ceux qui l'ont poursuivi de leurs objectifs pendant ses cures de sevrage à Cuba et en Argentine, etc.
(10) Allusion aux ennuis que la mafia a causés à Maradona à Naples (notamment l'addiction à la cocaïne et cette histoire d'adultère d'une vulgarité sans fond).
(11) pour les passionnés de tango qui ne connaissent rien au foot, João Havelange, né en 1916 au Brésil mais élevé en Belgique, fut de 1974 à 1998 président de la FIFA (la fédération internationale du foot professionnel) et il siège depuis 1963 au Comité Olympique International. C'est lui qui présidait la FIFA pendant la carrière de joueur de Maradona, lui qui a donc avalisé son exclusion du Mundial de 1994. Les amateurs de foot argentins l'accusent d'être vendu au business et affidé aux intérêts des grandes puissances politico-économiques (chaînes de télé, multinationales assurant le sponsoring des matchs de foot, Grande-Bretagne tatchérienne et Etats-Unis, tous confondus). En plus, il est né au Brésil, qui est l'ennemi héréditaire sur les terrains de foot (et pas seulement sur le terrain).

mercredi 19 novembre 2008

Page sportive [jactance & pinta]

"Page sportive, comme annoncent toujours les journalistes de radio et de télévision, un peu trop souvent (à mon goût) à l’ouverture de leur flash d’info ou de leur journal... Comme si le football gouvernait le monde. Quoique ! comme disait Raymond Devos (1).

En effet, ce soir, la sélection d’Uruguay va jouer un match amical contre la sélection française, au Stade de France, dans la ville tout à la fois royale et populaire de Saint-Denis (no muy lejos de la cancha, se encuentra la Basílica Saint Denis, necrópolis gótica de los reyes de Francia) ce stade mythique où les Bleus furent un jour, il y a déjà 10 ans, champions du monde contre un voisin de ceux de ce soir, un voisin nordiste et lusitanophone. Cette rencontre amicale fait partie de la préparation des deux équipes aux épreuves éliminatoires de la Coupe du Monde.

Souhaitons la bienvenue aux joueurs et à la hinchada oriental (2). Espérons que le Stade de France saura les accueillir avec l’hospitalité qu’ils méritent, qu’on n’entendra aucun sifflet sur aucun des deux hymnes nationaux (odieuse habitude qui s’est répandue depuis peu, et espérons-le pour peu de temps, dans les stades de ce pays) et que tout le monde sera content de sa soirée (couvrez-vous bien, les sudistes : il fait froid à Paris !).

Si vous souhaitez en savoir plus (en castellano) sur les redoutables adversaires des Bleus (ils ont déjà 4 étoiles ! deux fois plus que l’Argentine, pour un pays nettement plus petit ! C’est même eux qui ont été les premiers champions du monde, en 1930, à domicile, contre... l’Argentine), allez visiter le site de l’AUF (Asociación Uruguaya de Fútbol) qui dispose bien sûr d’une page spéciale sur le match de ce soir (18h pour les Uruguayens, 21h pour les Français) et d’une page générale consacrée à l’équipe nationale.

Y si los uruguayos se interesan por los azules (sólo una estrellita), la dirección del sitio de la FFF (Fédération de Football Française) está acá.

Pendant ce temps-là, l’équipe argentine (los blancocelestes), pour la première fois sous la direction technique de Diego Maradona, nommé il y a trois petites semaines à la surprise générale, dispute un match amical avec l’Ecosse, à Glasgow (bon courage, les gars, parce que gla gla gla !) (3).
Les infos sur cette grande première sont bien sûr sur le site de la AFA (Asociación de Fútbol Argentina). Le match est à 21h pour les Français, les Belges et les Suisses, 18h pour les Argentins. Pour les Ecossais, ce sera à 20h. Une de moins que sur le continent. Alors bien sûr, si là-dessus, j’ajoute qu’à midi aujourd’hui même, à Glasgow, selon le site de la SFA (Scottish Football Association), il restait encore des places à vendre pour ce match historique, vous allez tous croire comme un seul homme que je prête foi à la réputation d’avarice des Ecossais. Eh bien, non ! c’est juste que les Ecossais ne causent pas le Diez dans le texte (4) et qu’ils ont peut-être une dent contre lui (5). Les deux Directeurs Techniques de ce soir, l’Ecossais et l’Argentin, se sont en effet déjà affrontés. Pas sur le banc de touche. Sur un terrain. A Mexico. C’était lors de la Coupe du monde de 1986, il y a 22 ans, pendant ce match dont les Argentins ne se lasseront jamais et où le plus célèbre volante au monde (volante : joueur rapide capable de couvrir tout le terrain et de tenir plusieurs postes de jeu, en défense, en attaque, sur les flancs, pendant un même match) avait traversé d’une traite tout le terrain en dribblant pour, au terme de cette course d’anthologie, marquer un but de la main (pas la sienne, celle de Dieu), qui vengea momentanément mais somptueusement l’Argentine de la victoire militaire (et politique) de la Grande-Bretagne de Margaret Thatcher aux Malouines.

Sur ce, à Paris comme à Glasgow, selon la formule consacrée et avec une petite pensée pour l’ami Cucuza qui doit être devant un poste à l'heure qu'il est (je suis prête à le parier et il ne sera pas le seul ; je pense à Alorsa, à Alejandro Szwarcman, à Javier González, au Maestro Héctor Negro, aux enfants des uns et des autres...), que le meilleur gagne ! Et puisque je suis très, très, très, très chauvine (vous l’aviez deviné à la lecture des autres articles de ce blog), je ne traduis pas...

(1) Raymond Devos (1922-2006), poeta y artista cómico, malabarista del verbo (un jongleur du verbe), de nacionalidad belga. Se puede leer y saborear unos de sus textos en su sitio (haciendo clic en el enlace citations). "Quoique, quoique" ("no obstante", "al mismo tiempo" como concesión) es el estribillo de un sketch surrealista y absurdo, como a él le gustaron más, Mon chien, c’est quelqu’un (mi perro es una persona o mi perro es cabrero), donde poco a poco, a lo largo del texto y al cabo de varios desplazamientos semánticos y desvíos de giros populares, termina con intercambiar completamente los roles de amo y perro.
(2) La hinchada : le groupe de supporters (hincha). Vient d’un verbe, hinchar, qui se traduit "gonfler" et qui s’applique à la baudruche qu’on remplit d’air, à la brioche qui lève dans le four, au cours d’eau en crue... Sans doute parce que les supporters gonflent leurs poumons pour crier très fort.
Le dernier film d’Enrique Santos Discépolo, tourné en 1951, celle de sa mort, s’intitule El hincha et raconte les aventures d’un supporter si entiché de son équipe de foot qu’il en perd le sens commun. L’équipe, professionnelle, est celle de son club de quartier en pleine Bérésina (derrota terrible, por la derrota napoleónica en Rusia) financière et donc sportive et le brave garçon fait des pieds et des mains (hacer todo lo posible con mucho esfuerzo) pour sauver el equipo au besoin contre les joueurs eux-mêmes, désabusés par plusieurs mois sans salaire et passablement retirés des voitures (alejados de la cancha - en el caso). Le pauvre fou rend complètement chèvre tout son entourage. Enrique Santos Discépolo déploie une dernière fois devant la caméra, celle d’un honnête cinéaste sans génie particulier, ses dons de comédien quasi-burlesque, avec un jeu de jambes, de bras et de voix dévastateur. L’acteur, réalisateur, compositeur et poète est décédé d’une crise cardiaque le 23 décembre 1951, moins d’un an après la sortie de ce film, le 13 avril 1951. El Hincha est disponible en format VHS et DVD, ed. Cine del Mundo qui tient boutique sur Corrientes (mais casette et DVD sont difficiles à se procurer par correspondance, même sur Internet, je dois bien le reconnaître et c’est dommage). Sur le cinéma argentin, et en particulier ce film, renseignez-vous -en VO- sur le site de Cinenacional.
Oriental : des Uruguayens, on dit toujours qu’ils sont "orientales" quel que soit l’endroit du globe où ils se trouvent, tout simplement parce que leur pays (capitale : Montevideo) est situé à l’est du río Uruguay. Evidemment, dit comme ça chez nous, en Europe, ça fait un peu cancre en géo !
(3) gla gla gla : onomatopea francofona para el frio (imitación del castañeteado de dientes).
(4) El Diez, l’un des surnoms de Diego Maradona en Argentine. Je vous ai déjà souvent renvoyés à la page My Space de La Guardia Hereje pour écouter le très bel hommage que Alorsa et ses musiciens rendent à Diego dans cette chanson, Para verte gambetear (Pour te voir dribbler). Mais quand on aime, on ne compte pas, donc c’est reparti pour un clic... Mais je ne vous avais encore jamais parlé du poème que Horacio Ferrer (si, si, Horacio Ferrer himself et en personne) a dédié au héros du terrain... Or il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Con las manos se hace el arte
la pasión y la oración;
suerte que nos diste el fútbol
hecho con los pies, Señor.
[...]
En lunfardo diez es diego
y es de diez el que es mejor,
diez, sensualidad, maestría
maradónica explosión

(extrait de Horacio Ferrer, Versos del Duende, ed. Corregidor, BsAs, 2003, p 92)

C'est avec les mains que se fait l'art
la passion et la prière ;
Une chance que tu nous aies donné le football
fait avec les pieds, Seigneur.
[...]
En lunfardo, 10 se dit Diego
et celui qui est le meilleur il est en 10,
10, sensualité, maestria,
explosion maradonique.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Et Horacio Ferrer n’est pas le seul. Alejandro Szwarcman, Héctor Negro, entre autres, ont aussi leur tango ou leur poème sur el Diez. Vous pouvez lire à ce sujet l'anthologie d'Héctor Negro, El lenguaje y la poesía del fútbol, ed Corregidor, Buenos Aires 2005 et d'écouter Pompeya para Diego era París, d'Alejandro Szwarcman et Javier González, chanté par Patricia Barone, dans Gestación (CD autoproduit), Buenos Aires, 2004.

En outre, Maradona a aussi inspiré à trois honorables citoyens de Rosario la création d’une parodie d’église (cachant sous une couche d’humour très inventif une expression politique symbolique forte, anti-colonialiste et altermondialiste, dont il faut savoir décrypter le langage organisé selon un code typiquement rioplatense), la Iglesia de la Mano de Dios, de son nom officiel (qui parodie les noms de sectes protestantes nord-américaines), plus communément connue néanmoins comme Iglesia Maradoniana, avec tout un rituel complet pour l’initiation du fidèle (il faut marquer un but de la main dans une cage dépourvue de gardien pour être admis au baptême au sein de l’Eglise, dont tous les fidèles, hommes et femmes, porte en deuxième prénom celui de Diego), l’office liturgique avec autel et communion, le mariage (les deux époux prononcent leurs voeux au-dessus d’un ballon et marquent chacun un but dans la cage, toujours vide), des Tables de la Loi avec 10 commandements et pas un de moins (rien à voir avec celui de Moïse à part le chiffre), un grinçant détournement du Notre Père (désopilant et pas du tout blasphématoire, contrairement à ce qui se passerait chez nous), un calendrier de fêtes récurrentes, allant de la Nativité aux mystères glorieux... Sous ce lien, le site de ces hinchas auxquels Maradona lui-même, non sans l’humour arrabalero qui le caractérise, a accordé sa bénédiction politique.

Si un jour le film d'Emir Kusturica, Maradona, sort en format DVD, précipitez-vous dessus, surtout si vous n’avez pas pu le voir sur les écrans quand il est sorti, juste après le Festival de Cannes 2008. Vous comprendrez tout sur l’Eglise Maradonienne. A condition de bien vouloir comprendre ce qu’il y a à comprendre, ce qui n’a pas toujours été le cas des critiques de cinéma professionnels, de ce côté-ci de l’Atlantique.

Et enfin, pour en terminer avec ce chapitre qui semble si fort s’éloigner du match de Saint Denis de ce soir mais qui n’en est pas autant dissocié que cela, je vous propose de vous régaler avec le commentaire historique (dans le texte et avec traduction) que fit Victor Hugo Morales, commentateur sportif de haut vol, éditorialiste politique percutant, animateur d’émissions télé et radio vraiment culturelles et conteur hors pair, oriental de surcroît (maintenant que vous savez ce que veut dire cet adjectif là-bas), très présent depuis des décennies sur les ondes argentines, quand Maradona envoya l’Argentine en demi-finale du Mundial... Véritable poète dans son genre, comme vous allez pouvoir en juger, ce payador du foot dispose d’un site personnel à consulter ici (avant ou après la lecture de ce qui suit).

Ahí la tiene Maradona, lo marcan dos, pisa la pelota Maradona. Arranca por la derecha el genio del fútbol mundial. Puede tocar para Burruchaga... Siempre Maradona. ¡Genio, genio, genio! Ta, ta, ta, ta, ta ... ¡Gooooooool gooooooool! ¡Quiero llorar! ¡Dios santo, viva el fútbol, golaaaazo! ¡Diegoooool! ¡Maradona! Es para llorar, perdónenme, Maradona en recorrida memorable, en la jugada de todos los tiempos, barrilete cósmico, ¿de qué planeta viniste para dejar en el camino a tanto inglés, para que el país sea un puño apretado gritando por Argentina? Argentina 2 - Inglaterra 0. ¡Diegol, Diegol!, Diego Armando Maradona. Gracias, Dios. Por el fútbol, por Maradona, por estas lágrimas, por este Argentina 2 - Inglaterra 0.
Victor Hugo Morales, en la Ciudad de Mexico, el 22 de junio de 1986.

Ça y est, c’est Maradona qui l’a, deux joueurs l’entourent, Maradona a le ballon sous le pied. Le génie du football mondial s’arrache vers la droite. Il peut toucher la balle pour Burruchaga. Toujours Maradona. Un génie ! Un génie ! Un génie ! Ah la la la la laaaaaaaa ! Buuuuuuut ! Buuuuuuut ! J’ai envie de pleurer !!!! Seigneur Dieu ! Vive le football ! Un but d’enfer ! Diegooooooal ! Maradona !!!!! C’est à pleurer, pardonnez-moi, Maradona dans une chevauchée mémorable, dans le match des siècles des siècles, cerf-volant cosmique... De quelle planète es-tu venu pour si bien laisser en chemin l’Anglais, pour que le pays soit un poing serré et levé acclamant l’Argentine. Argentine, 2, Angleterre, 0. Diegoal, Diegoal ! Diego Armando Maradona. Merci mon Dieu. Pour le football, pour Maradona, pour ces larmes, pour ce match Argentine 2 - Angleterre 0.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Vous pouvez aussi l’écouter sur You Tube. 10 secondes éternelles. En contrepoint, vous avez aussi le commentaire du même moment de la même rencontre sur la BBC. Le poids des mots, le choc des cultures !
(5) avoir une dent contre quelqu’un : sentir rencor en contra de alguien (como un perro que tendría ganas de morder)

mercredi 1 octobre 2008

Hermenegildo Sábat et Victor Hugo Morales à l’honneur [actu]

Photo Clarin. La remise du diplôme d'Académicien à Hermenegildo Sabat.

Tous deux viennent en effet d’être admis à la Academia Nacional de Periodismo (l’Académie du Journalisme). L’un est un dessinateur de presse (c’est le dessinateur de Clarín) et j’ai eu déjà l’occasion de vous parler de lui, notamment au sujet du Día de Boedo et de la peinture callejera à Buenos Aires. L’autre est un journaliste sportif, grand commentateur de foot devant l’Eternel, un conteur et un animateur d’émissions radiophoniques hautement culturelles. Et tous deux, bien que vivant depuis longtemps en Argentine, sont de nationalité uruguayenne...

Le Vice-Président de la République, Julián Cobos, avait envoyé un message de félicitation qui fut lu par José Ignacio López lors de la cérémonie de réception solennelle à laquelle l’Ambassadeur uruguayen assistait.

Ce fut le rédacteur en chef de Clarín, Ricardo Kirschbaum, qui fit ce que sous la Coupole du Quai Conti l’on eût appelé l’éloge de Hermenegildo Sábat ("un brillant journaliste qui, va y comprendre quelque chose !, se méfie des mots. Qui affirme qu’avec eux commence la confusion et [...] c’est pour cela qu’il a choisi cet autre mode d’exercice de notre profession qu’est la caricature") et Héctor Horacio D’Amico celui de Victor Hugo Morales (1), en rappelant dans son discours, outre la passion que celui-ci voue à l’opéra, le commentaire, resté dans le coeur de tous les Argentins, de certain match de Coupe du Monde de football au Mexique où Diego Maradona marqua un but d’anthologie contre l’Angleterre : "una jugada y un relato que van de la mano, siempre" (un jeu et un commentaire qui marchent main dans la main, toujours) (2). J’imagine le public plié en deux (ça n’a pas dû faire un pli !).

Hermenegildo Sábat est l’auteur des somptueuses caricatures qui ornent le fronton de la Esquina Homero Manzi à Boedo et qui s’alignent dans le couloir de métro qui relie les stations Avenida de Mayo et Lima à Monserrat. Quant à Victor Hugo Morales, il a pendant plusieurs années animé une émission de radio qui rendait hommage à Roberto Goyeneche et qu’il avait baptisée : El Polaco es Gardel (3).





(1) Victor Hugo, c’est bien le nom de l’auteur des Misérables et ici ce sont ses deux prénoms, selon la tradition tant en Argentine qu’en Uruguay où tout le monde a deux prénoms.
(2) au cours de ce match en 1986, peu de temps après l’épouvantable guerre des Malouines perdue par les Argentins, Maradona a donné la victoire à l’Argentine, en 1986, en marquant sciemment et fort intelligemment un but de la main. Cette main dont il affirma ensuite qu’elle était la mano de Dios (la main de Dieu, ce qu’il faut entendre comme le jugement, le pouvoir de Dieu. La mano, ce peut être la force de la personne, le puissance que cette personne exerce).
(3) El Polaco, surnom de Roberto Goyeneche.