samedi 21 juin 2014

Una vida de Tango lundi au Museo Casa Carlos Gardel [à l'affiche]


Lundi 23 juin 2014, à 18h30, spectacle théâtral et musical au Museo Casa Carlos Gardel en souvenir de la mort du grand artiste, le 24 juin 1835, à Medellín en Colombie, pendant les dernières semaines d'une très longue tournée mondiale de près de deux ans.

Entrée libre et gratuite, dans le patio du musée, située rue Jean Jaurès au numéro 735.

Plat de lentilles géant à La Plata [Coutumes]


Hier, comme la journée était fériée, le chef Alejandro Oliveto a relevé un deuxième défi : celui de mijoter un plat de lentilles à l'argentine pour 6000 personnes au bénéfice de l'école de danse située dans la rue 54 à La Plata. Pour un tel plat, le précédent record avait été réalisé à Barcelone pour trois mille personnes. La semaine dernière, Oliveto avait cuisiné le plus grand riz au poulet du monde (arroz con pollo), cette fois pour l'hôpital des Enfants de la capitale provinciale. Des plats dans l'un et l'autre cas qui tiennent au corps, idéaux pour la saison froide qui vient de commencer, avec une vague d'air glacé en provenance du Pôle sud qui a fait ressortir tous les cache-nez de Buenos Aires à la Patagonie.

Ce roboratif et excellent plat de lentilles est constitué de lentilles (type lentilles blondes), pommes de terre, lard, saucisses de porc nature, saucisses de porc au paprika, poireaux émincés, verdeos (entre oignons frais et poireaux), oignons, poivrons rouges et verts, carottes, le tout est relevé d'ail, de tomates, de paprika, d'origan, d'ají molido (sorte de piment typiquement argentin), assaisonné d'huile, de sel et de poivre et généreusement arrosé de bouillon de légumes.

Je vous laisse aller regarder sur la dépêche de Télam les proportions pantagruéliques appelées à la rescousse par le cuistot. Après, il vous restera à faire une règle de trois afin d'estimer la hauteur des provisions nécessaire pour la table familiale lorsque les frimas seront revenus de ce côté-ci de l'équateur.

Chaque barquette individuelle a été vendue 30 pesos pièce, un prix qui me paraît des plus raisonnables. Autour de le gigantesque chaudron trônant sur Plaza de las Malvinas, s'était installée une rue entière de snacks ambulants et de stands de produits traditionnels locaux.

Relooking pour Belgrano sur la future coupure de 10 pesos [Actu]

Photo Casa Rosada

Hier, à Rosario, la Présidente Cristina de Kirchner a profité de la Fête du Drapeau et de la commémoration de la mort de Manuel Belgrano (1770-1820) pour dévoiler le futur billet de 10 pesos, qui porte la figure de cet important homme politique et chef militaire de la Révolution et de l'Indépendance. Un dessin rénové et plus coloré que l'actuel (un brin tristounet, il faut bien le reconnaître) et sur l'envers, deux autres personnages de la même phase historique : l'égérie montonera Juana Azurduy (1780-1862), une des rares femmes à conduire les soulèvements populaires fédéraux dans le nord-ouest argentin et la future Bolivie, de son vivant colonel de l'Armée argentine, élevée à titre posthume au grade de général, et donc tout premier officier supérieur féminin des forces armées du pays, et le légendaire et emblématique Tambour de Tacuarí, Pedro Ríos (1798-1811), un enfant de la région de Corrientes (comme San Martín) mort au combat alors qu'il s'était engagé, pour la patrie, sous les ordres de Belgrano dans l'Armée du Nord.


Le billet actuellement en circulation
Recto ci-dessus - Verso ci-dessous (on y reconnaît le monument au drapeau de Rosario)



Au début de son discours, avec ce sens de la formule et l'extraordinaire à propos qui lui font très rarement défaut, la Présidente a rendu hommage dans l'improvisation et à sa façon au drapeau. C'est la manchette de gauche de Página/12 qui nous rapporte ce mot, digne qu'on le médite :

Cuando apenas empezaba su discurso en Rosario, ante la multitud que se juntó a escucharla, Cristina Kirchner pidió a los manifestantes de las primeras filas que enrollaran sus banderas para que todos pudieran verla. Muchos la aplaudieron y algunos, disconformes porque el pedido tardaba en cumplirse, reclamaron a viva voz que las bajaran. “No –reaccionó la Presidenta–, que no las bajen, que las enrollen. Nunca hay que bajar las banderas.”
Página/12

A peine avait-elle commencé son discours à Rosario, devant la foule qui s'était rassemblée pour l'écouter, que Cristina Kirchner demanda aux participants des premiers rangs de rouler leurs drapeaux pour que tout le monde puisse la voir. Elle fut très applaudie et quelques personnes, mécontentes qu'on tarde à répondre à sa demande, réclamèrent à grands cris qu'on les baisse. Non, répliqua la Présidente, ne les baissez pas, roulez-les. Il ne faut jamais baisser le drapeau.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Elle parla ensuite de la politique à tenir face aux fonds spéculatifs toujours détenteurs d'une belle part de la dette publique argentine et auxquels la Cour suprême des Etats-Unis vient de donner raison dans un procès où l'Argentine réclamait des facilités de paiement.

Les grenadiers à cheval étaient là, bien entendu !

Pour en savoir plus :
lire le communiqué officiel de la Présidence argentine
lire le discours intégral de la mandataire
lire la dépêche de l'agence Télam.

vendredi 20 juin 2014

Premier Día de la Bandera à Rosario pour Teresa Parodi [Coutumes]

L'image symbolique du jour

C'est aujourd'hui le premier Día de la Bandera (fête du Drapeau) dont la célébration est confiée à la toute nouvelle ministre de la Culture Teresa Parodi. Elle a donc organisé une grande fête musicale à Rosario, ville où le général Manuel Belgrano conçut l'actuel drapeau national argentin (à peu près dans son aspect actuel), pour fédérer son armée et lui permettre de se distinguer des armées absolutistes espagnoles : les deux forces en présence arboraient l'une et l'autre jusque-là le même drapeau rouge et or, le drapeau de l'Espagne royaliste. C'était le 27 février 1812 dans la petite ville de Rosario, aujourd'hui la deuxième du pays en taille et en nombre d'habitants.
Ce n'est cependant qu'un an plus tard que l'Assemblée de l'An XIII a définitivement aboli le rouge et or espagnol pour les forces armées du nouvel Etat, qui n'avait pas rompu son allégeance à l'Espagne, dans l'attente qu'elle se dotât d'une constitution au retour sur le trône du roi Fernando VII, dit le Désiré, exilé en France depuis 1808, sur l'ordre de Napoléon, qui s'était ainsi assuré de tous les membres de la Famille royale. Il fallut attendre le retour effectif de ce roi et la répression qu'il ordonna aussitôt contre les libéraux espagnols qui venaient pourtant de risquer leur vie pendant six ans pour lui pour que les couleurs espagnoles fussent descendues du mât du Fort de Buenos Aires et remplacées par l'actuel blanc et ciel, en 1815, lorsque les sinistres nouvelles en provenance de Madrid délièrent de leur Métropole les ex-colonies désormais en rébellion ouverte. Les couleurs nationales argentines sont celles d'une cocarde bleu et ciel que se confectionnèrent les révolutionnaires populaires pour se compter sur la Plaza de la Victoria (actuelle Plaza de Mayo) durant la Semaine de Mai 1810, les 22, 23, 24 et 25 mai, jusqu'à la destitution complète et définitive du vice-roi Cisneros. Le 20 juillet 1816, quelques jours après la déclaration d'indépendance du 9 juillet, le Congrès de Tucumán adopta définitivement les deux couleurs comme drapeau national des Provinces-Unies du Sud.

Belgrano en kit
dans la revue enfantine Billiken du 18 juin 1961
A vos ciseaux et vos bâtons de colle !

La fête actuelle a été instituée en 1938, alors que la paix civile se voyait menacée entre les habitants du pays, à cause de la situation très conflictuelle qui affectait l'Europe dont la majorité d'entre eux étaient originaires : Allemagne d'Hitler, Italie de Mussolini, Espagne en guerre civile, annexion des Sudètes, Anschluss, répression stalinienne en URSS, régime répressif en Pologne, etc.

La fête a été créée pour rappeler aux Argentins leur commune appartenance à un pays nouveau et pour renforcer l'effet pédagogique et unificateur de ces célébrations patriotiques, on choisit de la fixer à la date anniversaire de la mort de Manuel Belgrano, décédé à Buenos Aires, le 20 juin 1820, à l'âge de cinquante ans, épuisé par les maladies tropicales contractées pendant sa campagne du Haut-Pérou en 1813.

Comme tous les ans, les célébrations officielles se tiennent au Monument au Drapeau à Rosario, en présence de la Présidente argentine, avec musique militaire, à 14h (heure locale) et ce soir, ce sera le méga-concert avec de nombreux artistes d'envergure nationale, comme Darío Volonté et Lito Vitale, entre autres.

Pour aller plus loin :
lire l'article de El Litoral, le quotidien provincial de Santa Fe
Voir l'article sur le drapeau sur le site de el Instituto Nacional Belgraniano.

Semaine gardélienne à Montevideo et Tacuarembó [à l'affiche]

Pages intérieures du permis de séjour de Carlos Gardel au Venezuela
pendant sa tournée mondiale en avril 1935.
On y lit nettement les informations reprises de son passeport
selon lequel il est né à Tacuarembó le 11 décembre 1887.
Dans un autre article, j'ai expliqué les raisons pour lesquelles il a eu recours à un tel mensonge.

L'Uruguay se prépare à fêter le tango en commémorant la mort de Carlos Gardel, le 24 juin 1935, à Medellín en Colombie.

Toute une semaine de musique, essentiellement à Montevideo et à Tacuarembó, ville supposée de la naissance uruguayenne de l'artiste, qui abrite un musée à sa mémoire, selon une thèse officiellement soutenue par la République Orientale de l'Uruguay. La fête démarre ce soir, 20 juin 2014, à 20h, à Tacuarembó, dans le nord du pays, à la frontière avec le Brésil.

L'un des ouvrages uruguayens sur les origines de Gardel et sur son supposé père.
A noter que jamais la famille uruguayenne ne s'est manifestée officiellement à la mort de l'idole
alors qu'un procès se tenait pour tirer l'affaire au clair,
régler l'héritage et permettre le rapatriement du corps en Argentine

Mardi, on y projettera pour la première fois un documentaire sur le père uruguayen de Gardel (la tradition dominante veut qu'il s'agisse d'un colonel de l'armée nationale, mais d'autres versions lui attribuent d'autres fonctions sociales, dont celle de grand propriétaire terrien).

Cette semaine gardélienne se déroule en même temps que le festival de Tango de Medellín qui se déroule autour du même anniversaire de la même date fatidique sur les lieux de l'accident.

La dernière photo de Gardel, prise quelques minutes avant qu'il monte dans l'avion
qui allait entrer en collision sur la piste avec un autre avion venant en sens inverse.

Pour aller plus loin :
voir l'article de El País, qui détaille le programme en Uruguay.

Témoin à 107 ans pour l'histoire ou la justice ? [Actu]

Don Pedro Balquinta
Un aborigène de 107 ans, Pedro Blaquinta, témoin et survivant des massacres d'Indiens dans l'actuelle Province du Chaco, en 1924 et 1933, vient d'être entendu par un procureur qui répond ainsi à une ONG qui veut que ces massacres soient déclarés contre l'humanité afin de les rendre imprescriptibles. Ce qui n'a pas grand sens, vu que de nos jours les acteurs de ces tueries reposent six pieds sous terre et qu'on ne juge pas les morts.

Il n'en reste pas moins que le témoignage du grand vieillard pourrait être fort utile aux historiens pour comprendre ce qu'il s'est passé contre les peuples originaires, dans cette région du nord-ouest argentin qui a vu beaucoup de massacres ethniques, des questions sur lesquelles toute une droite patriote se tient encore aujourd'hui dans un déni agressif et d'une particulière mauvaise foi. Une mauvaise foi tenace qui explique peut-être l'exigence acharnée de reconnaissance du crime, de la part d'une poignée de descendants des victimes et des associations militantes de gauche.

Sur ce sujet, lire l'article de Página/12.
Il y a quelques jours, sur un blog droitier consacré au souvenir de San Martín, j'ai lu un article qui contestait sur un ton très agressif la réalité historique des campagnes d'extermination des Indiens, y compris de la plus terrible d'entre elles, la Campagne du Désert, dans les années 1870, sous les ordres du général Julio Argentino Roca, dont pourtant peu d'Argentins nient encore la nature sanguinaire et vénale.

jeudi 19 juin 2014

Une fête tripolaire en Uruguay [Actu]

Une du supplément papier de La República (sans contenu en ligne).
En manchette supérieure, les couleurs de l'Uruguay fédéraliste d'Artigas,
avant l'indépendance, acquise seulement en 1830.
En mode mineur, à en croire au moins la presse, l'Uruguay fête aujourd'hui les deux cent cinquante ans de la naissance de don José Gervasio Artigas (1764-1850), le plus grand héros de l'indépendance du pays. Les célébrations se partagent entre Sauce, ville supposée de sa naissance (malgré la présence de ce qui est présenté comme sa maison, la réalité historique est contestée), Paysandú et Artigas, la commune qui a été baptisée de son nom. On y attend concerts, bals et feux d'artifice. A Sauce même, la fête a commencé à 8h du matin et dure toute la journée !

En haut à gauche, l'humiliante défaite des Espagnols au Mundial
en vedette le joueur-phare de l'équipe uruguayenne, la Celeste (la bleu ciel)
avec un gros titre qui paraphrase le refrain de l'hymne britannique.

Cet après-midi, la Celeste joue contre l'Angleterre son avenir (se juega la vida) dans certaine compétition mondiale qui se tient au Brésil et ce qui se passe aujourd'hui à Madrid ne laisse pas indifférents les habitants de l'Amérique hispanique, surtout au lendemain d'une défaite sportive plus que symbolique pour les pays du Cône Sud (l'Espagne, championne du monde, sortie du Mundial dès le premier tour par le Chili, façon victoire de Maipú en avril 1818). Cette conjonction d'événements m'avait fait soupçonner dès hier que le traitement médiatique serait atténué. Mais à ce point ! Je n'aurais même pas osé l'envisager. D'autant que cet anniversaire est inscrit depuis toujours au programme du Bicentenaire uruguayen (pour la phase 1813-1815).

Supplément gratuit de La República

Aucune une nationale ne fait référence à cet anniversaire, à part une portada conçue par La República sans contenu en ligne, même dans l'édition du jour (il s'agit d'un supplément vendu avec le journal papier).
Dans tous les journaux, les articles sont courts et peuvent même se révéler acrimonieux, comme cet entrefilet de La República qui relève plusieurs erreurs dans les citations de José Artigas choisies pour figurer sur le nouveau mausolée du héros. Il faut dire qu'en effet, ça fait tache !

En gros titre principal : "ça passe ou ça casse".
En haut à gauche, une petite manchette sur la monarchie espagnole
Sous le gros titre, un joueur espagnol en pleurs.
Et tout en bas, quatre vignettes de Mafalda, autre héroïne de l'année.

La República a toutefois habillé aux couleurs du jour son supplément jeunesse, Charoná, et El Observador a consacré une page intérieure complète à l'événement. Pour une figure de cette taille, ce traitement manque singulièrement d'enthousiasme. Espérons que demain les journaux se seront repris car la fête est prévue pour se dérouler tout le week-end à venir, mais peut-être faudra-t-il pour cela que le résultat d'aujourd'hui soit favorable, surtout quand le match se joue au Brésil (1).

Pour finir en chanson :
Vidalita a José Artigas, de et par Alfredo Zitarrosa, le grand chanteur uruguayen
mis en ligne par Puro Sonido.

Pour aller plus loin :
lire l'article de El Observador, qui publie aussi les vingt affiches qui ont gagné le concours de créativité autour de ce deux cent cinquantième anniversaire
visiter le site Internet du Bicentenaire de l'Uruguay.




(1) En écrasant les Uruguayens à Tacuarembó en janvier 1820, c'est le Brésil, alors lui-même en voie d'émancipation, qui a mis fin à la carrière politique et militaire de José Artigas, qui devait encore vivre trente ans dans un triste exil au Paraguay.

Troilo à Buenos Aires et à Mar del Plata demain [à l'affiche]


Deux soirées simultanées du Centenario Aníbal Troilo en ce vendredi 20 juin 2014 au soir : la chanteuse Jacqueline Sigaut et le pianiste Pepo Ogivieki reprennent leur concert conjoint Romance de Barrio en hommage au grand musicien, au Dain Usina Cultural, à Palermo, à 21h, tandis que le théâtre Colón de Mar del Plata (à ne pas confondre avec l'Opéra de la capitale argentine), le chanteur Hernán Pari, accompagné du Quinteto Rayuela, proposera un autre récital, à la même heure.



La grande date du 11 juillet s'approche à grande vitesse et les spectacles se multiplient...

Des normes Mercosur pour la yerba mate [Actu]

Photo La Red 21
Le Gouvernement uruguayen vient d'émettre le décret qui oblige le marché intérieur de la yerba mate de se mettre en conformité avec les normes sanitaires éditées par le Mercosur : il faut faire baisser la quantité de résidus dangereux pour la santé dans les paquets de cette plante à infusion, dont l'Uruguay est un consommateur effréné et donc un gros importateur (en provenance de l'Argentine et du Paraguay).

Le décret donne six mois aux importateurs pour se mettre en place les analyses et les contrôles conformes à ces nouvelles normes avant mise sur le marché du produit, qu'il arrive sur le sol national conditionné ou en vrac. C'est essentiellement la teneur en métaux lourds qui est visée par la nouvelle réglementation, et vu la consommation des Uruguayens, mieux vaut en effet intervenir pour la santé publique à long terme.

En mai, 200 tonnes de la marque argentine Canarias (je n'y ai jamais goûté) avaient dû être retirées du marché parce que la yerba présentait un taux trop élevé de plomb et de cadmium. Rien que ça !

Dans 180 jours, la profession devra présenter aux autorités un rapport sur les mesures prises et leur efficacité.

Les marques argentines peu regardantes sur la qualité n'ont qu'à bien se tenir.

Pour en savoir plus :

mercredi 18 juin 2014

José Artigas honoré au Vatican [ici]

Roberto Passarella

Sous le titre Quella musica che non chiede permesso (cette musique qui ne demande pas la permission) (1), hier soir, dans son édition datée d'aujourd'hui, L'Osservatore Romano a relaté le concert donné le 6 juin dernier, sous les auspices de l'ambassade uruguayenne auprès du Saint-Siège : la première mondiale d'une œuvre liturgique en hommage au "Chef des Orientaux", José Gervasio Artigas, dont on fêtera demain, le 19 juin, les 250 ans de la naissance à Montevideo, alors que le Río de la Plata n'était même pas encore un vice-royaume à part entière.

José Gervasio Artigas (1764-1850) est le héros national par excellence de l'Uruguay. Très tôt, dès l'année 1811, au cours de laquelle un dernier vice-roi non officiel choisit de s'établir à Montevideo, Artigas rejoignit les rangs révolutionnaires dont il connaissait un bon nombre des meneurs, pour avoir combattu auprès de Juan Martín de Pueyrredón dès 1806, lorsqu'il contribua à repousser les deux tentatives d'invasion britannique (en 1806 et 1807).
En 1813, Artigas met beaucoup d'espoir dans l'Assemblée de l'An XIII qui se réunit à Buenos Aires pour donner une constitution aux Provinces-Unies qui restent encore, de jure tout au moins, fidèles à l'Espagne patriote, celle qui se bat encore et toujours contre l'envahisseur napoléonien. Mais en 1814, lorsque la volonté de domination de Buenos Aires sur l'ensemble du bassin du Río de la Plata devient manifeste, Artigas prend la tête des autonomistes uruguayens (orientales), ce que l'histoire retiendra en faisant de lui la figure de proue de la lutte pour l'indépendance de ce petit pays, coincé entre les deux géants sud-américains que sont l'Argentine et le Brésil.

José Artigas n'a pu toutefois accéder à la notoriété continentale à l'instar d'un San Martín ou d'un Bolívar, à cause d'une malheureuse conjonction d'événements politiques et militaires. Son action sur le sol natal s'est achevée sur une terrible défaite, à Tacuarembó (2), en janvier 1820, contre le Brésil, un pays qui avait toujours disputé au Roi d'Espagne la possession de ce triangle de terre qu'on appelait alors la Banda Oriental (la Bande Orientale, comme on parle aujourd'hui de Bande de Gaza). Artigas tenta alors de se réfugier dans la Province d'Entre-Ríos, tenue à cette époque par des fédéralistes avec lesquels il ne parvint pas à s'entendre. Il dut donc se tourner vers Gaspar de Francia, le dictateur du Paraguay indépendant, qui lui accorda l'hospitalité à condition qu'il renonce à toute activité politique. Artigas a donc passé au Paraguay les trente dernières années de sa vie. Bien après sa mort, ses cendres ont été rapatriées à Montevideo où son mausolée est honoré à l'égal de celui de San Martín à Buenos Aires.

Pour remercier le Pape François de ses prises de position en faveur des pauvres et des exploités du monde entier, pour lesquels Artigas est un héros tutélaire dans le sud du continent sud-américain, l'ambassadeur uruguayen a donc organisé une première exécution mondiale de Messa Qoélet (de son titre italien), en français Messe Quohélet, inspirée du Livre de l'Ecclesiaste, attribué au roi Salomon, dans l'Ancien Testament.

L'œuvre, qui dure une heure et dix minutes, est écrite pour bandonéon, chœur et ensemble philharmonique par un compositeur et bandonéoniste italo-uruguayen, né à Ancône, d'un père uruguayen et d'une mère italienne. Roberto Passarella est le fils de Héctor Ulises Passarella, l'un des plus fameux bandonéonistes uruguayen, lui-même compositeur de tango. Roberto s'est formé en Italie, tout à la fois à la musique et aux humanités. Il a en particulier un titre universitaire de philosophie.

L'article en italien sur la version papier de L'Osservatore Romano, daté du 18 juin 2014
cliquez sur l'image pour une résolution écran confortablement lisible.

Le concert s'est tenu dans les locaux de la Chancellerie du Vatican, en l'absence du Souverain Pontife à qui plusieurs musiciens classiques ont dédiés leurs pièces ou leur exécution dans les palais pontificaux sans qu'il n'y assiste jamais, se consacrant à d'autres tâches plus importantes pour l'Eglise ou l'Etat du Vatican. Peut-être à cause de cette absence ou parce que le musicien est un peu plus italien qu'uruguayen, peu de journaux de la République orientale ont fait état de cette création romaine mais il est vrai que ce jour-là, le monde entier avait les yeux fixés sur les côtes normandes, les rencontres, fussent-elles furtives, entre Poutine et Obama d'une part, entre Poutine et Porochenko d'autre part.

El País en a toutefois parlé en son temps.
Et L'Osservatore Romano aussi, mais hier seulement et non au lendemain du concert.
Il en existe un bref résumé en italien sur le site Internet du quotidien du Vatican.

Attendons demain et après-demain pour voir ce qui se passe du côté de Montevideo, Colonia, Tacuarembó, etc. Il n'est pas impossible, encore plus en Argentine qu'en Uruguay, que la prestation de serment du roi d'Espagne fasse une méchante concurrence aux célébrations autour de don José de Artigas. Sans parler du Mundial !



(1) Traduction italienne d'une expression typiquement rioplatense "sin pedir permiso". Ce dit de celui qui s'impose sans manière, dans une sorte de mauvaise éducation étudiée, dans le but de s'emparer de droits légitimes que de plus puissants dénient, que ce soit sur le plan diplomatiaque les puissances mondiales qui maintiennent dans une humiliante sujétion les pays moins développés, ou sur le plan social, à l'intérieur des frontières, les classes possédantes qui exploitent ou écrasent (ou les deux à la fois) le peuple. C'est percevoir cet état d'esprit qui permet de comprendre le succès et la popularité de ce fameux but de la main (la mano de Dios) marqué par Maradona, au cours d'un autre Mundial, au Mexique cette année-là.
(2) Cette ville où précisément une grande partie des Uruaguayens veulent que soit né Carlos Gardel, entre autres pour donner à ce lieu un destin plus glorieux que cette défaite historique.

Cucuza ce soir à Caras y Caretas [à l'affiche]


Le chanteur bien connu de mes lecteurs et de plus en plus des tangueros portègnes, pour lesquels il est en train de devenir un phare du genre, Hernán Cucuza Castiello, se présentera ce soir, mercredi 18 juin 2014, à 19h, au Centro Cultural Caras y Caretas, à Balvanera (Sarmiento 2037, au rez-de-chaussée), avec pour l'accompagner comme c'est désormais l'habitude : son fils Mateo à la guitare, Sebastián Zásali au badonéon et Noelia Sinkunas au piano.

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles.

Impossible de cumuler les deux concerts quasi-simultanés dont j'ai choisi de vous parler pour cette soirée très riche, comme d'ordinaire, dans la capitale argentine. Les deux concerts ne sont pas très éloignés l'un de l'autre mais, commençant à une heure d'intervalle, ils vont se chevaucher. Et encore, je ne vous ai pas parlé du Centro Cultural de la Cooperación, dont le mercredi est le jour consacré au tango.

Caracol et le quarteto Julio Coviello pour Pichuco à la radio [à l'affiche]


Le chanteur Caracol et le quatuor dirigé par le bandonéoniste et compositeur Julio Coviello partageront ce soir, mercredi 18 juin 2014, à 20h, la scène du grand auditorium de Radio Nacional, Maipú 555, à Monserrat, pour rendre hommage à Aníbal Troilo en cette année de son centenaire.

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles.
Attention : cette salle est plus petite que les Européens s'y attendent, habitués qu'ils sont aux grands auditoriums dont sont dotées nos respectives sociétés radiophoniques publiques (et même les grands antennes privées).

Il est possible que l'on puisse voir tout ou partie de ce concert sur le site de la radio, mais celui-ci est en pleine reconfiguration et bugue dans tous les sens. Alors à la grâce de Dieu !

Pour suivre le Mundial en version argentine, branchez-vous Rep [Actu]

Pour mes lecteurs suisses et footeux !
Le match du groupe E déjà gagné par la Nati...

Je ne saurais trop vous conseiller de suivre l'actualité du Mundial sur le blog du dessinateur argentin Miguel Rep. Une vignette (ou plusieurs) tous les jours pour dire en une seule image l'essentiel du match de la veille, avec le regard affûté du véritable hincha (1) super-partial, à fond derrière l'Argentine et rien qu'elle !

Certes il faut un peu d'espagnol pour goûter tout le sel de chaque légende mais si le niveau vous manque encore, faites donc la collection (il est possible de télécharger chaque image) et travaillez votre espagnol pendant les vacances. Vous réviserez en septembre en vous repassant ainsi les meilleurs moments de la compétition.

Visitez le blog de Miguel Rep et régalez-vous !


(1) Hincha : supporter.

Troisième participation à Tangopostale [ici]


Le 1er juillet 2014, à 18h30, à l'Institut Cervantès de Toulouse, 31 rue des Chalets, le festival Tangopostale vous propose d'assister à la première en France de Pichuco, le documentaire du centenaire réalisé par Martín Turnes et produit par Puente Film (Argentine).

Le long-métrage, de 74 minutes, rassemble les souvenirs et interviews de nombreux artistes vivants qui ont très bien connu Aníbal Troilo, dont nous fêterons le 11 juillet le centenaire de la naissance. Le film sera projeté en version originale sous-titrée en français, grâce à l'intervention généreuse de l'Institut Cervantès qui a soutenu ce lourd travail pour la maison de production argentine.

La projection sera suivie d'un débat que j'animerai en qualité de correspondance officielle en France du Centenario Troilo et d'académicienne correspondante de la Academia Nacional del Tango de la República Argentina.

Bande-annonce du film (sous-titrée alors en anglais)

L'activité est libre et gratuite dans la limite des places disponibles.

Pour en savoir plus sur la proposition diversifiée et très riche de ce beau festival de tango en France, un des plus authentiques et proches de ce qu'est le genre en Argentine, visitez son site Internet.
Pour accéder directement à la page concernant la projection, cliquez ici.
Pour accéder à tous les articles relatifs au Centenaire dans Barrio de Tango, cliquez sur le mot-clé Cent Troilo dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessous.

mardi 17 juin 2014

Marcapiel ce soir à Monserrat [à l'affiche]

Ce soir, 17 juin 2014, à 21h, le compositeur et guitariste Alan Haksten et son groupe Marcapiel présente leur disque au BeBop Club, Moreno 364, au cœur du quartier historique de Monserrat, à quelques pas de Plaza de Mayo, dans l'une de ces caves qui traditionnellement abrite la vie musicale de Buenos Aires.



Le droit au spectacle va de 30 à 80 $, selon l'emplacement dans la salle. Possibilité de retenir sa table sur le site Web avec un plan de salle très clair, qui permet de visualiser ce que l'on achète.

Pour le dîner, la carte proposé est des plus simples : assiettes de charcuterie ou de fromage et en dessert, des glaces ou des crêpes au dulce de leche. Que demande le peuple ?

Pour en savoir plus :