vendredi 17 juillet 2009

Un film pour le Bicentenaire [Actu]

Statue de San Martín à Buenos Aires

San Martín: el cruce de los Andes (San Martín, la traversée des Andes), tel est le titre du film dont Rodrigo de la Serna, chanteur de tango à ses moments perdus, au sein du groupe El Yotivenco, vient d’achever le tournage pour la télévision et pour l’année prochaine, celle du Bicentenaire.
Il y tient le rôle que tout acteur argentin rêve un jour d’incarner : José de San Martín, el Padre de la Patria, el Libertador, le général en chef des armées insurgées qui combattirent l’empire colonial espagnol en Argentine, au Chili et au Pérou.
Le téléfilm est une coproduction de Canal Encuentro (une chaîne de télévision privée), Canal 7 (la chaîne publique argentine), l’INCAA (l’institut argentin du cinéma), la TVE (la télévision publique espagnole), la Province de San Juan et l’Université de San Martín. Un certain nombre de scènes de batailles historiques ont été tournées en décor naturel dans les montagnes pré-andines de la Province de San Juan pendant trois semaines.

Rodrigo de la Serna a dû s’astreindre pour les besoins du rôle à des heures d’équitation et d’escrime. Il s’est égosillé pendant trois semaines à crier Viva la Patria à toutes les prises. Bref, il est ravi.

Le film, quant à lui, se veut fidèle à la réalité historique des batailles, des événements politiques et de la figure qui fut celle du Général San Martín, même si les auteurs reconnaissent ici et là avoir un peu fait un sort à cette réalité pour des raisons dramaturgiques (il faut bien de temps en temps tordre un peu les choses pour pouvoir raconter une histoire qui tienne la route et tienne en haleine le téléspectateur).

Espérons que les prochains spectacles de Yotivenco se ressentiront de cette plongée dans l’histoire nationale, puisque si je vous parle de Rodrigo de La Serna, c’est aussi bien sûr parce qu’il s’est pris de passion pour le tango il y a quelques temps et qu’il partage depuis lors sa carrière de jeune premier à succès entre plateaux de télé et scènes de différents théâtres et auditoriums un peu partout dans le pays.

Il était, il y a quelques mois au Tango Criollo Club de la Guardia Hereje à La Plata (il lui arrive même de chanter de temps en temps une des chansons d’Alorsa). Il figure en bonne place sur le tout nouveau disque de Acho Estol (voir l’autre article de ce jour sur cet album : Buenosaurios). Bref, c’est une vraie vedette du petit écran, avec un côté gendre idéal pas piqué des hannetons, et maintenant, il va même pouvoir se prendre pour San Martín jusqu’à la fin de l’année prochaine... Cela le changera de Carlos Gardel...

En savoir plus :
lire l’article de Clarín sur ce tournage (édition du 15 juillet 2009).

Retour de la Peña du vendredi soir à Taconeando [à l’affiche]

Ce rendez-vous de tango, où l’on peut chanter, danser, bavarder et se retrouveren toute simplicité au cours d’une soirée organisée par Alicia Pometti, Mabel Simoncini et Graciela Raffa, reprend le 24 juillet prochain au 1er étage de Taconeando, célèbre tanguería de la rue Balcarce dans le quartier de San Telmo.

La soirée débutera avec des cours de tango à partir de 21h30.
Le rendez-vous a été suspendu trois semaines pour cause de prévention de grippe A, comme cela a été le cas de très nombreuses activités sociales dans tout Buenos Aires.

Pour en savoir plus :
lire mon article de présentation de cette soirée hebdomadaire, lorsqu’elle avait été lancée au début de l’année...

jeudi 16 juillet 2009

Hommage à Minguito [Jactance & Pinta]

Une photo extraite de Polemica en el Bar, l'émission phase pour le personnage de Minguito (extrait de Wikipedia)

Minguito, c’était le nom de son personnage le plus célèbre. Lui dans la vraie vie, il s’appelait Juan Carlos Altavista, l’un des plus grands acteurs comiques que l’Argentine ait connu et l’Argentine en a eu plusieurs. Il était né le 4 janvier 1929 à Buenos Aires et il est mort, jeune, le 20 juillet 1989, d’une maladie du coeur. Cela fera 20 ans dans quelques jours.

Luis Alposta a donc saisi cette occasion pour lui rendre un hommage bien mérité sur sa page de Noticia Buena, Mosaïcos Porteños, un ensemble de textes courts qui s’enrichit donc depuis avant-hier d’un nouveau poème de sa main... Le voici, ci-dessous, en version bilingue avec quelques commentaires. Avec l'autorisation de l'auteur écrite en lettres capitales et en gras... C’est la 3ème fois que la loi m’oblige à lui adresser une demande de ce genre, dura lex sed lex, c’est la 3ème fois qu’il me dit oui, en vert, puis en rouge, puis en noir et toujours avec l’extension la plus large, sans réserve, tout compris etc. Donc je présume que l’autorisation de la semaine dernière couvre l’article d’aujourd’hui et je me garde de l’embêter avec une 4ème demande. Sauf à verser dans le comique de répétition, ce qu’à Dieu ne plaise !

Hoy,
cuando la palabra vecino
nos lleva a pensar más en un extraño
que en los cosos de al lao;
hoy, cuando ya no se sacan
sillas a la vereda en tardes de verano,
su recuerdo
nos vuelve a la amistad y al barrio más que nunca.

Aujourd’hui,
Alors que le mot voisin
Nous fait penser plus à un étranger
Qu’aux Machin-chose d’à côté
(1)
Aujourd’hui, alors qu’on ne sort plus
les chaises sur le trottoir dans les soirées d’été
Son souvenir
Nous rend à l’amitié et à notre quartier plus que jamais.

(Traduction Denise Anne Clavilier)

Es que… humor y ternura...
eran en él una expresión de afecto.
Su gracia y su inocencia eran su abrazo;
un apretón de manos con sombrero y pantuflas.

C’est que... humour et douceur
Etaient en lui une expression d’affection.
Son talent et son innocence c’était sa manière à lui de nous serrer dans ses bras
(2)
Une poignée de main en chapeau et en pantoufles (3)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Una sonrisa pícara
-que incluye escarbadientes-
y una vieja bufanda.
Él era un chico grande (4).
Era un modo de hablar rozando el disparate,
ignorando las eses,
confundiéndolo al otro,
jugando con palabras.
¡Y nosotros sus cómplices! (5)
Nos hacía reír… ¡Lo que no es poco!

Un sourire coquin
-les cure-dents compris dedans-
(3)
et une vieille écharpe.
C’était un grand enfant
(4).
C’était une façon de parler à la limite de l’idiotie
En avalant les s,
En embrouillant l’autre
En jouant avec les mots.
Et nous ses complices !
(5)
Il nous faisait rire... Ce qui n’est pas rien !
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Era masa de “rioba”
con la que modelaba su condición humana.
Él era todo eso.
¡Era Minguito!
Juan Carlos Altavista
- ¡Qué hacé tri tri! -
haciéndonos sentir más vivos y más buenos.
Él era ese atorrante que nos enternecía...
y al que extrañamos mucho.
¡Sí señó!
Luis Alposta

C’était de la pâte de tiécar (6)
Celle avec laquelle il modelait sa condition d’homme.
Il était tout cela, lui...
Il était Minguito
(3)
Juan Carlos Altavista
Qui fait tri tri
(7)
Pour nous faire sentir plus intelligents et meilleurs.
Il était cet ours mal léché qui nous attendrissait...
Et celui qui nous manque tant...
Ouais M’sieur !
(7)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

J’espère que ça vous aura donné envie d’aller visiter la page de Luis Alposta, le Mosaicos porteños de cette quinzaine, sur Noticia Buena (vous connaissez le chemin, mais je vous le redonne. Allez ! c’est bien parce que la fête des amis, c’est pour bientôt, le 20 juillet : cliquez donc ici).

Sur cette page (attention : durée de vie limitée ! Vers le 1er août, Marcelo Villegas nous installe un autre billet de Luis au même endroit), vous avez en document sonore rituel un autre texte, dédié aussi à Juan Carlos Altavista, d’un autre auteur, Roberto Peregrino Salcedo, un scénariste qui écrivit nombre de ses sketches, une prière à San Minguito, dite par Luis Alposta lui-même.

A savourer si vous voulez savoir ce que sont ces prières profanes (socialement très engagées) adressées aux grands artistes qui ont marqué la culture argentine (Carlos Gardel, Osvaldo Pugliese, Discépolin, Minguito), si vous voulez vous amuser à détecter les mots en verlan (lleca, rioba et tout le tremblement), si vous voulez découvrir ce que c’est que dire de la poésie (sans pathos mais bien en poème, pas comme s’il fallait ravaler le texte au niveau de la prose de tous les jours) et enfin si l’envie vous démange, depuis le temps que je vous parle de lui, de découvrir le son de la voix de Luis Alposta (8).

Luis dispose aussi depuis quelques jours d’une page en propre parmi Los Creadores dans Todo Tango, à la rubrique des poètes. C’est pas trop tôt ! Jusqu’à présent, on ne pouvait le trouver que dans l’équipe d’animation. Il fallait y penser. Voilà donc une injustice de moins dans ce bas-monde. Merci à Ricardo García-Blaya de l’avoir fait...

(1) Los cosos de al lao (de al lado en bon espagnol, bien articulé) : célèbre et très touchant tango racontant l’histoire d’une famille ouvrière de Buenos Aires qui fait chez elle une fête bruyante jusqu’à pas d’heure, au détriment de la tranquillité du voisinage, parce que la fille de la famille, qui était partie à 16 ans au bras d’un amoureux, est revenue... avec un bébé et qu’ils viennent de faire baptiser le loupiot malgré le scandale. Los cosos (masculin pluriel de cosa, chose), c’est une façon à Buenos Aires de désigner des gens dont on ne veut même pas se donner la peine de se rappeler le nom. En l’occurrence à cause du déshonneur de la fille-mère. A écouter sur Todo Tango dans la version de Eduardo Luc et Omar Merlos, qui dit le refrain avant de le chanter avec simplicité... Il en existe (mais pas sur Todo Tango) une version sublime par... Roberto Goyeneche, bien sûr.
(2) el abrazo... Tous ceux qui dansent le tango savent que l’un des secrets de cette danse réside dans un bon abrazo. Cette façon que les partenaires ont de s’étreindre et qui n’appartient qu’au tango argentin. En fait, el abrazo, en Argentine, ce n’est pas que dans la danse. C’est partout dans la vie. El abrazo est à la culture argentine ce que notre poignée de main est à notre culture européenne et davantage sans doute. A moins de se trouver dans des circonstances hautement protocolaires (et encore ! même à la Casa Rosada, el abrazo est de rigueur... On l’a vu à l’occasion de la prise de fonction de la Présidente, le 10 décembre 2007), la manière habituelle de se saluer est de se serrer dans les bras et de s’embrasser (même si on ne se connaît pas) mais sur une seule joue. Nous, les Français, nous avons un peu de mal à nous adapter à ce baiser unique car nous avons l’embrassade compliquée, répétitive et... variable (deux, trois, jusqu’à 4 baisers peuvent être échangés mais uniquement entre gens qui se connaissent de manière intime).
(3) allusion à l’accoutrement de Juan Carlos Altavista dans son rôle de Minguito Tinguitella, un personnage inventé par un scénariste pour le petit écran, un personnage descendant en droite ligne du sainete porteño (le théâtre populaire des années 1910, 1920, 1930) et qui prit peu à peu une forme d’indépendance grâce au génie de son interprète. Minguito Tinguitella est un chiffonnier d’ascendance italienne. Il était habillé (ou plutôt débraillé) de vêtements étriqués et usés, mal assortis. En fait, dans les dernières années, celles qui restent le plus en mémoire, Altavista avait modifié son costume. En hommage à son père, après la mort de celui-ci, il avait adopté la garde--robe paternelle, coiffé son chapeau et revêtu sa chemise et son veston, il s’était ceint de sa grosse ceinture de cuir et s’était mis autour du cou son écharpe (bufanda). Il avait enfilé ses pantoufles. Pour finir, il s’était coincé un brin de paille à la commissure des lèvres. Il n’hésitait pas non plus à utiliser un cure-dent pour renforcer l’identité gestuelle de son personnage ébouriffé, mal léché, mal élevé (Luis parle à la fin du poème de "ese atorrante", sorte de Monsieur Sans-Gêne, qui n’hésite pas à se servir dans le plat avec les doigts).
Alorsa, l’auteur-compositeur-interprète de La Guardia Hereje (si je ne vous ai pas parlé de lui 100 fois déjà, je n’en ai jamais parlé), fait aussi une allusion à Minguito dans l’une de ses chansons : Clase 70 (millésime 70), où il raconte l’Argentine des années 70 et 80 à travers les yeux de l’enfant puis de l’adolescent qu’il était alors. Une chanson qui a tapé dans l’oreille de la personne chargée de la programmation musicale de La 2 x4 dans la tranche de fin de nuit du samedi, entre 4h et 6h du matin. Je l’ai entendue plusieurs fois... avec 5 heures de décalage horaire.
(4) chico grande : voilà l’un de mes grands bonheurs tout simples à la lecture de ces poètes portègnes que j’aime tant, ces petites perles que j’aime vous partager. L’expression coule de source, elle n’a l’air de rien comme ça. C’est en fait un oxymore carabiné. Chico, c’est l’adjectif petit, avec lequel on peut désigner un enfant. Grande, c’est grand par la taille, par le talent, mais c’est aussi grand au sens d’adulte ("grande personne"), et même vieux au sens où nous disons de quelqu’un qu’il n’est "plus tout jeune". J’ai traduit par "grand enfant", parce qu’il faut bien traduire. Mais c’est aussi autre chose : c’est un petit, un humble, un sans grade qui est grand. Ce n’est pas seulement l’enfant et son insouciance, sa fraîcheur que désigne ce vers. C’est aussi (et oserais-je dire surtout) sa condition sociale. La grandeur du populaire à Buenos Aires. Ce permanent renversement des valeurs qui caractérise si bien le génie du tango... Cette grandeur paradoxale qui passionne le poète et l’expert du lunfardo qu’est Luis Alposta tout autant que le médecin qu’il est aussi.
(5) sus cómplices : le mot ici est beaucoup plus fort qu’en français. A Buenos Aires, par exemple, on ne parle jamais de complices pour désigner des partenaires qui travaillent ensemble à un même projet ou des duettistes, alors qu’on le dira en français (on parlera de "Guy Bedos et son complice, Jean-Loup Dabadie"). Les complices dont il est question ici, c’est donc beaucoup plus proche des complices au sens judiciaire du terme. Il faudrait presque traduire "faisant les 400 coups avec lui", "lui filant un coup de main en douce", "lui prêtant main forte" ou "fermant les yeux sur ses bêtises". Altavista n’était pas un joyeux comique. Il a eu aussi beaucoup de courage politique, osant prononcer le nom de Perón à une époque où ce nom était tout bonnement interdit parce que Perón symbolisait trop l’identité nationale et l’opposition aux Etats-Unis. Il faut garder à l’esprit la nature de cette adhésion à Minguito qui va au-delà d’une divertissante partie de rigolade autour d’un bon sketch bien joué.
(6) tiécar... C’est comme rioba : c’est du verlan. Donc pour vous y retrouver, commencez par inverser les syllabes. Et ça donne... barrio. Un mot que vous connaissez bien sans doute (surtout si vous êtes des fidèles lecteurs de ce blog). El barrio, c’est le quartier. Juan Carlos Altavista aimait beaucoup le verlan. Cela fait partie intégrante du personnage populaire de Minguito. A Buenos Aires, le verlan se présente d’abord et avant tout comme une espèce de pied de nez permanent au beau parler des beaux messieurs et des belles dames du Centro, le trocén, les beaux quartiers, qui parlent l’espagnol d’Espagne, l’anglais et le français (c’est d’un chic !). Et Altavista n’est pas le seul à s’être pris de passion pour cette jonglerie langagière. Luis Alposta apprécie aussi. En particulier ce mot de rioba, que l’on retrouve souvent dans ses vers, dans les contextes les plus variés. En l’occurrence, Luis fait aussi allusion ici à une feuille de chou à laquelle collabora Altavista et qu’il alla jusqu’à intégrer à certains de ses sketchs de Minguito : La Voz del Rioba (la voix du tiécar). C’est même en sa qualité de reporter à La Voz del Rioba qu’il fit mine un jour de 1987, à la télévision, d’interviewer Diego Maradona, qui pour l’occasion avait lui aussi revêtu l’accoutrement de Minguito, très proche des tenues des adultes de son bidonville natal, Villa Fiorito, au sud de Buenos Aires (donc en plus, à l’image, il porte ça avec beaucoup de naturel).
Si vous voulez vous dilater la rate (c’est recommandé pendant les vacances : il faut faire des réserves de bonne humeur pour les temps moins rigolos qui nous attendent à l’automne avec la grippe A), vous pouvez aller jeter un coup d’oeil sur
ce grand moment de télévision où El Diez n’est pas le dernier à rigoler et le rire, surtout celui de Maradona, parfait titi de banlieue, c’est très contagieux...
(7) Que hacé tri tri... Une des phrases immortelles qui fait encore rire les Argentins rien qu’à son énoncé 20 ans plus tard. Un peu comme "l’alcool non ! mais l’eau... feri.. l’eau ferrugineuse, oui..." en Europe francophone.
Si señó : autre expression immédiatement associée à Altavista. En fait une mauvaise prononciation de "si señor" (oui monsieur), dont on se sert pour souligner l’importance de ce qu’on vient de dire, y compris lorsque l’on parle à quelqu’un que l’on tutoie (comme en français, "oui Monsieur", "oui Madame", ou "parfaitement !").
Au milieu du poème (3ème partie de mon découpage artificiel), Luis Alposta rappelle ces défauts de prononciation que l’acteur avait érigé en identité verbale de Minguito, notamment les s finaux avalés.
(8) Nous sommes une poignée de passionnés qui nous efforçons en ce moment de faire venir Luis Alposta (et d’autres, dont Alorsa, Las Minas del Tango reo etc...) l’année prochaine en France. Cela vous dirait, l’une ou l’autre conférences, pour célébrer le Bicentenaire en même temps que les Argentins ? Ceux des lecteurs de Barrio de Tango que ça intéresse ont le droit de se manifester auprès de la signataire de ces lignes.

mercredi 15 juillet 2009

Hommage à Enrique Cadícamo [Troesma]

Jacquette d'un des disques Melopea consacré à Enrique Cadícamo

Il y a 109 ans aujourd’hui naissait dans la bourgade de General Rodríguez, tout près du grand sanctuaire marial sud-américain de Luján, à l’ouest de la Province de Buenos Aires, le 10ème enfant d’un couple d’Italiens arrivés à Buenos Aires en 1876... Ce bébé, c’était Enrique Domingo Cadícamo qui allait devenir au cours d’une longue vie (il est décédé le 3 décembre 1999) l’un des plus prolifiques poètes du tango et aussi l’un de ses compositeurs, généralement sous le pseudonyme de Rosendo Luna (il cherchait un pseudo qui fleure bon la campagne...).
Allez, on s’en met un petit derrière la cravate ?

Che papusa, oí
los acordes melodiosos que modula el bandoneón;
Che papusa, oí
los latidos angustiosos de tu pobre corazón;
Che papusa, oí
cómo surgen de este tango los pasajes de tu ayer...
Si entre el lujo del ambiente
hoy te arrastra la corriente,
mañana te quiero ver...
(refrain de Che papusa, oí!, écrit en 1927, pour une partition de Gerardo Matos Rodríguez, le compositeur de La Cumparsita).

He mignonne, écoute donc
Les accords mélodieux que module le bandonéon,
He mignonne, écoute donc
Les battements anxieux de ton pauvre coeur;
He mignonne, écoute donc
Comment jaillissent de ce tango les passages de ton hier...
Si au milieu du luxe de ce milieu
(1)
Cela roule bien pour toi,
Demain je t’attends au tournant
...
(traduction Denise Anne Clavilier)

Yo soy del barrio de Tres Esquinas,
viejo baluarte de un arrabal
donde florecen como glicinas
las lindas pibas de delantal.
Donde en la noche tibia y serena
su antiguo aroma vuelca el malvón
y bajo el cielo de luna llena
duermen las chatas del corralón.
El Barrio de Tres Esquinas, sur une musique de Angel D’Agostino

Je suis du quartier des Trois Carrefours
Un vieux pilier du faubourg,
Où fleurissent comme glycines
Les jolies mômes en blouse.
Où dans la nuit douce et serein
Le géranium répand son parfum d’antan
Et sous le ciel de pleine lune

Dorment les charrettes de la remise. (2)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Hoy se vive de prepo
y se duerme apurao.
Y la chiva hasta a Cristo
se la han afeitao...
Hoy se lleva a empeñar
al amigo más fiel,
nadie invita a morfar...
todo el mundo en el riel.
Al mundo le falta un tornillo
que venga un mecánico...
¿Pa' qué, che viejo?
Pa' ver si lo puede arreglar.
(Al mundo le falta un tornillo, écrit en 1933, au coeur de la Grande Dépression, de 1929, sur une musique de José María Aguilar, l'un des guitaristes de Gardel).

Aujourd’hui on vit d’apparence
Et on fait des nuits courtes.
Et la barbe, on l’a rasée
Même au Christ
(3)
Aujourd’hui on dépose chez Ma Tante
L’ami le plus fidèle
Personne n’invite à bouffer...
Tout le monde est dans le pétrin.
Le monde ne tourne pas tourne pas rond
(4)
Faut faire venir le dépanneur...
Et pourquoi ça, vieux ?
Pour voir s’il ne peut pas nous arranger ça.

(Traduction Denise Anne Clavilier)


Lorsqu’après le scandale provoqué par le comportement odieux et les propos négationiste d’un prélat intégriste de la Fraternité Saint Pie V, Benoît XVI ,dans l’avion qui l’emmenait en Afrique, a dénoncé le rôle du préservatif dans les politiques de lutte contre l’épidémie de sida, le dessinateur de presse Daniel Paz, qui déteste le clergé et l’image, en fait une caricature, qu’il se fait lui-même de l’Eglise, s’est souvenu de ce dernier tango pour croquer, le 19 mars, la situation avec beaucoup d’esprit et sans blasphémer (mais il n’est pas toujours aussi mesuré).

En Afrique, le Pape a fait une demande terrible.
Qu’on arrête avec les guerres et avec la faim ?
(5)
Non, il a demandé que les gens ne mettent pas de préservatif. (6)
Il faudrait peut-être en parler à Dieu pour qu’il envoie le dépanneur, non ?
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Un Troesma du tango, qui reste donc très présent aujourd’hui encore dans les références culturelles de tout un chacun en Argentine et singulièrement à Buenos Aires (Página/12, c’est très portègne, même s’il y a une édition spéciale pour la ville de Rosario, un peu plus au nord).
Un grand monsieur, qui ne s’était pas fait que des amis, qui s’est même attiré quelques franches inimitiés (j’en connais qui ne le portent pas dans leur coeur).
Un jeune vieillard aussi qui est resté présent et actif jusqu’à son dernier souffle, et dont des gens comme Héctor Negro, Luis Alposta ou Litto Nebbia ont été très proches et gardent un souvenir brillant et ému.

Il y a en particulier plein de choses à découvrir le concernant sur le site de Melopea, dont des disques d’inédits chantés par Litto lui-même et par Adriana Varela...

Ici, grâce à Todo Tango, la version de Che papusa oí chantée par le chanteur uruguayen Julio Sosa, celle de Gardel, qui lui a enregistré 23 morceaux, chantant Al mundo le falta un tornillo en 1933 et Tres Esquinas, chanté par Angel Vargas accompagné par l'orchestre de Angel D'Agostino, du temps où on les appelait tous les deux "Los dos ángeles del Tango"...
Pour aller plus loin :
lire la page consacrée à Enrique Cadícamo sur Todo Tango
lire mon article d’avant-hier sur Melopea et la caverne d’Ali-Baba qu’est le nouveau site de ce label...
(1) le luxe ambiant, c’est celui du cabaret, dans les années 20 et 30. Et la mignonne en question, c’est une milonguita, un cocotte qui gagne sa vie avec les sous que lui donnent des messieurs riches pour s’amuser avec eux... à toutes sortes de jeux. C’était la Buenos Aires d’alors. Et Cadícamo, éternel célibataire, aimait jouer les cyniques et les blasés. En 1960, il changea son fusil d’épaule, se maria et acheva la transformation de son style de vie lorsqu’il devint papa d’une petite fille, Mónica, en 1963. Cette petite fille qui fut un temps l’une de ses meilleures interprêtes, une voix en or que vous pouvez découvrir dans le documentaire que réalisa Litto Nebbia en 1995, La historia vuelve a repetirse (ed. Melopea, à découvrir sur le tout nouveau site, tout beau tout neuf, de la maison de disques. Lien dans la rubrique Les commerçants del Barrio de Tango, dans la partie inférieure de la Colonne de droite).
(2) las chatas del corralón : un lieu commun des faubourgs de Buenos Aires. Dans le sud de la ville, il y avait (et il y a encore) de très nombreuses tanneries qui disposaient chacune d’une véritable flotte de carrioles attelées pour transporter la marchandise.
(3) On ne respecte même plus rien. On fait commerce de tout.
(4) Textuellement : au monde, il lui manque une vis. Expression toute faite pour dire que plus rien ne marche correctement. On pourrait dire aussi en français : il lui manque une case.
(5) ce que le Pape a en effet demandé mais cela a eu beaucoup moins de succès dans les gazettes et n’a fait l’objet d’articles que dans les quotidiens de stricte obédience catholique, comme La Croix ou La Libre Belgique...
(6) Même ça, ce n’est pas ce que le Pape a dit. Il a dit qu’il ne fallait bâtir sur préservatif les stratégies de prophylaxie
.

Anna Saeki invitée d'honneur de Nosotras y el Tango le 24 juillet [à l'affiche]

La chanteuse japonaise de tango argentin Anna Saeki sera l'invitée d''honneur de Nosotras y el Tango le 24 juillet prochain à 21h au Chalmers, Niceto Vega 5248 (à Palermo). Entrée 15 $.

Nosotras y el Tango est un spectacle régulier d'artistes exclusivement féminines qui célèbrent ensemble le genre, à leur façon, entre femmes mais pour un public mixte. Jusqu'à présent, l'abondance d'informations m'avait fait le mettre de côté. Il faut donc un événement exceptionnel comme celui de la présence d'Anna Saeki, qui arrive à Buenos Aires après avoir fait le festival de La Falda, pour que je prenne le temps de vous en toucher deux mots.

Anna Saeki, les lecteurs de Barrio de Tango la connaissent déjà. Elle est passée à Paris en avril dernier pour deux concerts qui ont rempli la grande salle de la Maison de la culture du Japon à Paris au pied de la Tour Eiffel. Je ne peux donc que renvoyer les lecteurs arrivés depuis sur ce blog et qui s'étonnent de voir vanter les mérites d'une Japonaise (qu'est-ce que le Japon peut bien venir faire dans un quartier de tango ? Oh mais, beaucoup de choses et très bien !) je ne peux donc, disais-je, que renvoyer mes plus récents lecteurs à l'ensemble des articles que Barrio de Tango a déjà consacrés à cette artiste tout à fait remarquable, par la voix, par la présence en scène, par l'intelligence du choix de son répertoire et par l'accord parfait qu'elle a avec l'oeuvre du tandem Astor Piazzolla-Horacio Ferrer dont elle est aujourd'hui une interprète en tout point extraordinaire (cliquez sur son nom dans la rubrique Vecinos del Barrio, dans la Colonne de droite, dans la section Los gringos).

Quelques mots sur les chanteuses de Nosotras y el tango (nous, les femmes, et le tango) :
Naty Cortez est une chanteuse de Castelar, dans la Province de Buenos Aires, qui fait quotidiennement les beaux soirs d'un restaurant du quartier de Palermo, Cangas del Narcea, Berruti 4643, à 22h30. Vous pouvez l'écouter sur sa page MySpace.
Patricia Serra est portègne, elle est du quartier de Belgrano. Sur sa page Myspace, elle a mis un enregistrement d'elle dans l'air vedette de María de Buenos Aires (Piazzolla-Ferrer), qu'elle exécute dans un style revue, façon cena-show, tout à fait étranger au caractère mystico-symbolique de l'oeuvre.
Selva Montenegro illustre sa page Myspace d'une photo d'elle chantant en mars au Sommet mondial du Tango à San Carlos de Bariloche (pour lire mes articles sur la manifestation, reportez-vous à la rubrique Grands rendez-vous du Tango dans la Colonne de droite, partie haute). En écoute, plusieurs classiques.
Irene Sanders habite elle aussi Buenos Aires, elle est de Villa Urquiza. Une voix très grave et un timbre particulier que vous pouvez écouter dans des morceaux peu connus, sur sa page MySpace.
Alejandra Palermo, de la ville de Vicente López, dans le Gran Buenos Aires, avec une voix grave elle aussi, a fait un choix inverse : rien que des classiques sur sa page... Son style s'inspire de celui de la grande Susana Rinaldi (lire les articles sur Susana Rinaldi : La Tana dispose d'un raccourci, dans la rubrique Vecinos del Barrio, dans la Colonne de droite).
Quant à Claudia Cartié, elle coiffe deux casquettes, puisqu'elle à la fois manager de l'ensemble et l'une des voix du spectacle. Elle a choisi de placer sur sa page Myspace deux succès du chanteur de variété qui s'est parfois installé dans le tango, Cacho Castaña, avec son célèbre Garganta con arena (un hommage à Roberto Goyeneche) et son non moins célèbre Que tango hay que cantar, écrit par Cacho Castaña mais composé par Rubén Juárez (que Patricia Serra a aussi placé sur sa propre page. Comme ça, si vous voulez, vous pouvez les comparer)...
La poète Marta Pizzo est aussi de la partie. Elle a, quant à elle, choisi de s'exprimer sur un blog : puertopalabras, que j'ai déjà cité ailleurs dans Barrio de Tango.

Une nouvelle biographie de Astor Piazzolla [disques & livres]

Couverture de Radar du 12 juillet

Il s’agit d’un livre qui vient de paraître aux éditions Edhesa, Piazzolla: el mal entendido (qu’on peut traduire de deux manières différentes, le malentendu ou l’incompris). Il a été écrit par Diego Fischerman, un chroniqueur culturel de Página/12 et de la radio publique de Buenos Aires consacrée au tango, la 2 x 4, et Abel Gilbert. Leur collaboration sur le sujet a duré cinq ans. Leur but était de comprendre comment Astor Piazzolla a pu devenir ce qu’il représente dans l’histoire de la musique argentine et mondiale, ce que le journaliste de Página/12 qui écrit la critique du livre dans le supplément culturel Radar, Juan Pablo Bertazza, définit comme un "équivalent musical de Borges". Et ils ont aussi exploré des aspects jusqu’à présent tenus dans l’ombre, comme les positions politiques contradictoires du compositeur, les polémiques qu’il a su déclencher et où d’aucuns voient des tactiques de marketing plus que des prises de position nécessaires, ses relations avec les autres musiciens de tango et avec les autres genres un peu partout dans le monde, et la querelle sur la nature même de la musique de Piazzolla et son appartenance ou non au tango...
Tout ce que semble avoir contenu en germe la prédiction que Carlos Gardel, sur le plateau du tournage de El día que me quieras, à New York début 1935, lui aurait dite : "Vas a ser algo grande, pibe, te lo digo yo. Pero el tango, lo tocás como un gallego" (tu seras quelqu’un, le môme, c’est moi qui te le dis. Mais le tango, tu joues ça comme un Espagnol) (1).

La biographie signée par Diego Fischerman et Abel Gilbert est une biographie qui dérange et qui gratte là où ça fait mal. C’est ce qu’on appelle dans le monde anglo-saxon comme en Argentine une biographie non autorisée (unauthorized, non autorizada), au sens où elle n’a pas reçu l’aval des ayant-droits de l’artiste ni celui de ses autres proches, les amis, les partenaires de création (comme Horacio Ferrer ou Amelita Baltar), les inteprètes (comme Fernando Suárez Paz ou José Ángel Trelles...).

Sur le marché, il n’existe finalement que très peu de biographies de Piazzolla. Même la grande collection encyclopédique La historia del Tango chez Corregidor, qui a consacré un volume entier à Gardel, un autre à Pugliese et un autre à Troilo, n’a jamais parlé d’Astor Piazzolla.... Il existe principalement deux biographies sérieuses sur lui : celle qu’a écrite sa fille, Diana Piazzolla, et qui s’intitule sobrement Astor, écrit du vivant de l’artiste mais publié après sa mort (il en existe une version en français aux éditions Atlantida) et dont le récit biographique à proprement parler s’arrête à peu près au moment du divorce entre Piazzolla et sa première femme, la mère de Diana et Daniel, ses deux enfants (2), l’original est paru chez Corregidor et celle qu’a écrite un journaliste, grand connaisseur de l’oeuvre de Piazzolla et ami personnel du compositeur, Natalio Gorín, sortie en espagnol (Astor Piazzolla, Memorias) puis en anglais (aux éditions Amadeus Press sous le titre Piazzolla, a Memoir), à partir d’une série d’entretiens qu’ils avaient eue en 1990, donc deux ans environ avant la mort du Maestro. Depuis, Natalio Gorín lui aussi s’en est allé, tout en nous laissant et son bouquin, qui a été réédité il y a quelques années à Buenos Aires, et le site Web, considéré comme le site officiel sur Piazzolla, dont vous trouverez le lien dans la Colonne de droite, dans la partie inférieure, dans la rubrique Los Troesmas.
Dans les deux cas, il s’agit de biographies écrites par des proches et des gens qui ont personnellement connu et aimé le musicien.
A côté de ces deux biographies, le récent album de photographies inédites du journaliste, photographe et mélomane, Carlos Carrizo, Imagenes de Piazzolla, dont je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises (pour accéder à l'article, vous pouvez explorer les articles consacrés à Piazzolla, ou ceux regroupés sous la rubrique Disques & Livres ou en tapant le titre dans le moteur de recherche interne, situé en haut à gauche de votre écran).

Ici, il s’agit d’un ouvrage d’auteurs non impliqués émotionnellement, dont on peut donc espérer une certaine objectivité, encore que lorsqu’il s’agit de Piazzolla, l’objectivité est de toute manière une vue de l’esprit. L’homme et l’artiste, par leur démesure, ne peuvent pas laisser aux commentateurs cette distance. Et qu’importe d’ailleurs ! Quelqu’aient été les malentendus autour de lui, et il est fatal qu’il y en ait eu, l’important, c’est que sa musique nous touche et nous émeut et qu’elle le fera encore très longtemps...

Radar ouvrait donc dimanche ses colonnes aux deux co-auteurs et vous pouvez lire une très longue interview d'eux (plusieurs pages A4) qui permet sans doute de se faire une idée du livre et d’avoir envie de l’acheter ou non. Pour ma part, j’ai relevé dans cette interview une inexactitude, un malentendu sur le malentendu ou plutôt un malentendu qui me paraît créé de toutes pièces : non, Piazzolla n’exagerait pas l’importance musicale de Nadia Boulanger, la professeure de composition (et non pas la tipa, la bonne femme) qui à Paris lui permit de se réconcilier avec le tango. Si, Nadia Boulanger était bien, à cette époque (1955), et demeure aujourd’hui encore une très grande dame de l’histoire de la musique, qui a formé de très nombreux et très grands compositeurs, interprètes et chefs d’orchestre du 20ème siècle, même si le fait qu’elle ait été une femme a sans doute sa part dans l’ombre dans lequel son souvenir est maintenu. Ce n’est donc pas Piazzolla qui joue avec ce nom pour prendre des poses, comme le suggére Diego Fischerman... La mention qu'il faisait de cette dame relevait de la reconnaissance normale d’un élève pour un maître. En revanche, cela, il est possible que ce soit en effet assez exceptionnel chez quelqu’un qui affectait d'être très peu impressionnable et qui se faisait fort de n'admirer que très peu de monde, comme l’était, pour ce qu’en disent ceux qui l’ont bien connu, le Maestro Astor Pantaleón Piazzolla (Mar del Plata, 11 mars 1921 - Buenos Aires, 4 juillet 1992).

Pour aller plus loin : lire l’article de Radar, édition de Página/12 du 12 juillet 2009.
Ajout du 3 août : lire la critique du livre publiée le 3 août par Página/12
Les autres articles de Barrio de Tango concernant Piazzolla et l’infuence qu’il continue d’avoir plus de 15 ans après sa disparition sont rassemblés sous son nom, soit parmi les mots-clés du bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, soit parmi les raccourcis de la rubrique Vecinos del Barrio, section Toujours là, dans la partie haute de la Colonne de droite.

(1) Piazzolla, qui avait alors 14 ans, avait été retenu pour un tout petit rôle parce que Gardel avait senti chez ce jeune bandonéoniste des dons exceptionnels. Mais lui dire qu’il jouait comme un Espagnol n’était pas vraiment un compliment dans sa bouche. D’autres versions disent como un gringo ou como un yanki. Como un gringo, c’est comme un étranger. Como un yanki, c’est comme un nord-américain. Ce n’est un compliment dans aucune des trois versions.
(2) le reste n’est pas à proprement parler occulté mais ce n’est pas Diana Piazzolla qui le raconte. Elle a disposé en fin de volume des textes de plusieurs intimes, amis et interprètes de son père, Horacio Ferrer, Roberto Goyeneche, Hugo Baralis, Horacio Avilano, Leopoldo Federico, Osvaldo Pugliese et même le grand écrivain argentin, Ernesto Sábato etc... qui parlent de lui ou de ce qu’ils ont vécu avec lui (et donc des deux autres femmes de sa vie, Amelita Baltar avec laquelle il vécut 6 années jusqu’en 1974, et sa dernière épouse Laura Escalada, aujourd’hui à la tête de la Fundación Astor Piazzolla) et des correspondances datant de diverses périodes à travers lesquelles se laissent deviner la vie et la personnalité de son père après ce premier divorce.

Réouverture des théâtres privés demain dans toute l'Argentine [Actu]

La AAET (Asociación Argentina de Empresarios Teatrales), qui fédère la majorité des salles de spectacle privées, a annoncé lundi qu’en accord avec les autorités sanitaires elle comptait réouvrir ses salles, le 16 juillet à partir de 15h (heure de la réouverture des guichets). L’annonce en sera faite officiellement au théâtre Maipo, à Buenos Aires, demain à 13h (pour en savoir plus, lire l’article de Página/12 du 13 juillet).

La programmation devrait donc reprendre comme prévu antérieurement, sous réserve que les autorités sanitaires maintiennent le feu vert.

En ce qui concerne le Complexe théâtral de Buenos Aires, qui dépend du Ministère de la Culture de la Ville, une de ses salles a déjà annoncé sa réouverture. Il s’agit du Teatro San Martín, sur Corrientes, qui devrait réouvrir samedi prochain. En revanche, le Teatro Cervantes, qui dépend du Secrétariat d’Etat à la Culture au niveau national, ne réouvrira ses portes que le 3 août, avec la reprise générale, notamment celle des écoles, après la trêve hivernale. On estime en effet qu’en août, avec l’allongement de la durée du jour et l’augmentation progressive des températures, le plus gros du flux épidémique sera passé et que les activités pourront reprendre normalement.

Dans l’ensemble, la situation s’apaise peu à peu. On voit baisser le nombre de consultations dans les hôpitaux, en revanche les Argentins recourent davantage aux centres de soins spécialisés qui ont été ouverts un peu partout dans le pays. La maladie continue à infecter de nouveaux patients et aussi hélas à provoquer des décès chez des personnes au tableau clinique particulier. L’Argentine est de ce point de vue l’un des pays les plus sinistrés, puisqu’elle a maintenant dépassé le nombre de décès enregistrés au Mexique où le virus semble être apparu en avril dernier (donc au printemps, alors qu’on est en plein hiver dans l’hémisphère sud) mais les statistiques argentines restent inférieures à celles des Etats-Unis, le pays où la mortalité de la grippe A est la plus forte (et pourtant on est en plein été, dans l’hémisphère nord et dans un des pays les plus développés de la planète).

On observe aussi un grand désordre dans l’information diffusée et des contradictions béantes entre les campagnes officielles qui déconseillent systématiquement toute automédication et les publicités tous azimuts de l’industrie pharmaceutique qui vantent à tout va le pouvoir de ses super-produits contre la maladie. Il faut donc aux gens une capacité de discernement et donc un savoir qui est loin d’être la norme majoritaire dans le pays et ce matraquage de messages contradictoires entre eux augmente le risque de mauvaises pratiques chez les plus fragiles socialement. Les pouvoirs publics n’ont pas été en mesure ou n’ont pas pensé à intervenir pour réglementer l’univers de la publicité. Il est vrai que l’Argentine vit sous un régime très libéral en la matière, à la manière des Etats-Unis qui le lui ont imposé dans les années 60, 70 et 80 (1).

Désormais, les tests de virologie AH1N1 ne sont plus pratiqués que sur les malades qui présentent des risques particuliers. Les autres patients sont traités en fonction de leurs symptômes, que ceux-ci soient ceux de la grippe saisonnière ou ceux de la grippe A, et ceux-là guérissent vite comme on le voit aussi en Europe. En revanche, on ne peut pas savoir avec exactitude lequel des deux virus les gens, en bonne santé par ailleurs, ont pu contracter.

Les Provinces et la Ville de Buenos Aires qui ont été placées en état d’urgence sanitaire la semaine dernière y demeurent car l’état d’urgence permet d’organiser le système de santé public en fonction des priorités de l’heure, en l’occurrence en retardant tous les actes médicaux et chirurgicaux non urgents pour mettre le maximum des ressources et des infrastructures disponibles au service des malades infectieux ou en réglementant les activités collectives, notamment celles concernant les enfants.

Visuel diffusé par le CCC

Ce soir, face au Teatro San Martín, le Centro Cultural de la Cooperación, qui ne dépend que de lui-même, reprend son cycle Tango de Miércoles, avec le spectacle de Juan Vattuone, qui avait été annulé il y a une semaine. On prend les mêmes et on recommence, avec un décalage d’une semaine (lire mon article de la semaine dernière).

(1) Il n’est pour s’en convaincre que d’observer à Buenos Aires l’incroyable fouillis de panneaux publicitaires de toutes tailles jusque dans les lieux les plus symboliques de la ville : à tous les carrefours des avenues est-ouest avec l’avenida 9 de Julio, notamment autour de l’Obélisque et au croisement avec Avenida de Mayo, et jusque sur Plaza del Congreso, Plaza de Mayo étant quant à elle relativement épargnée.

mardi 14 juillet 2009

14 juillet et 120 ans de la Dame de Fer [Coutumes]

Bandeau du 14 juillet de Canal Académie,
la première radio académique francophone
installée dans les liens de Cambalache (casi ordenado)
dans la Colonne de droite, hier...


Bonne fête la France...
C'est aujourd'hui la fête nationale et le pays, sans bien le savoir d'ailleurs, célèbre l'anniversaire de la Fête de la Fédération, sur le Champs de Mars, le 14 juillet 1790, quand la Révolution Française était encore une fête souriante et un avenir radieux, un an après les horreurs perpétrées par un groupe d'insurgés pris de folie sanguinaire qui avait pris d'assaut la prison fortifiée de la Bastille dans les faubourgs de Paris, pour s'emparer des armes qui y étaient entreposées.

100 ans plus tard, l'Exposition Universelle de Paris voyait une étrange tour de fer s'élancer depuis le Champs de Mars vers vers le ciel de la capitale, un ouvrage d'art qui allait devenir l'emblème touristique de la France le plus connu dans le monde entier... cette tour que les Parisiens ont baptisée la Dame de Fer.





Cette année, Paris fête les 120 ans du monument et ce soir, dans une nuit d'été qui risque d'être un peu ennuagée, un grand feu d'artifice, tiré depuis la structure métallique elle-même, célèbrera à la fois la Fête nationale et cet anniversaire.

(en illustration, le logo officiel de la société d'exploitation de la Tour Eiffel)

A voir en direct sur le site de la Ville de Paris à 22h45 (heure de Paris) et sur le site 14juillet2009 qui publiera en direct les images officielles et celles des spectateurs qui se connecteront au site...
Capture d'écran du site 14juillet2009 ce matin

Esta noche, se transmiten los fuegos artificiales patrios en la Torre Eiffel en vivo en la Web de la Ciudad de París a las 22:45 hora de París (5 horas menos en Buenos Aires y Montevideo). El sitio de la Ciudad se encuentra bajo el enlace. También se podrá ver en vivo el evento en el sitio 14 juillet 2009 donde se mezclarán las imagenes oficiales de las cameras de Paris.fr y las videos de los espectadores que se habrán conectado en el sitio...

Tonight you can watch Tour Eiffel 120th anniversary and 14th of July Fireworks on live broadcasting on official Paris Website (for the profesional broadcast only) or on 14juillet2009 special website which will broacast official pictures mixed with amateur videos from the general public conected to this site from 10:45 PM (CET or Paris time).

Et un tango pour la France grâce à Todo Tango : Francesita, chanté par Carlos Gardel (sans entrer dans aucune querelle) (1)

(1) La querelle en question est exposée dans l'article auquel conduit ce lien...

lundi 13 juillet 2009

Le site "flamante" de Melopea Discos [disques & livres]

Flamante en Argentine, ça veut dire tout neuf, flambant neuf, tout récent, tout nouveau... Et pour les 20 ans de sa fondation, fêtée en novembre dernier, Melopea Discos vient en effet de relooker complètement son site Web.


Melopea Discos est l'un des labels discographiques indépendants argentins (il en existe d'autres, Pichuco Records par exemple, mais ils ne sont pas très nombreux). Melopea porte le nom d'une des chansons de son fondateur, l'auteur-compositeur-interprète Litto Nebbia, à qui l'on doit le premier rock à texte d'expression hispanique. C'était en 1967 et cette chanson s'appelle La Balsa. C'est aujourd'hui encore un morceau qui s'écoute en permanence sur les radios musicales d'Amérique du Sud. J'ai déjà eu l'occasion de vous en parler plusieurs fois, en vous présentant, ici, un nouveau disque de Litto, là, sa prochaine tournée en France (en septembre 2009).

Le nouveau site de Melopea présente de nouvelles fonctionnalités bien commodes pour qui s'intéresse à distance à la bonne discographie argentine, comme cela peut être le cas de nombreux lecteurs de Barrio de Tango : vous avez désormais la possibilité d'écouter un extrait (escuchar track). Et vous avez des pages en français (ouf ! ça fait du bien de se retrouver dans son univers linguistique quand on se trouve aux antipodes !) : à travers l'onglet Discografica et l'onglet Litto Nebbia, vous accédez à toute l'histoire du label et de son fondateur en version trilingue. Les textes sont en version originale et traduits en anglais et en français, en toute amitié, par un ami nord-américain de Litto pour la partie anglophone et la signataire de ces lignes pour la francophone. Ceci dit, profitez donc du filet de la traduction pour aller lire les textes originaux (ils valent le coup) et vous familiariser sans danger avec cette langue succulente qui fait tellement partie de la culture que défend, que promeut et que construit Litto Nebbia à travers tout ce qu'il fait.

Le nouveau site vous permet aussi de suivre le programme de concerts de Litto lui-même (et il donne beaucoup de spectacles, tout le temps et partout).

Il est difficile de résumer un site comme celui-là, Melopea étant l'un des labels les plus abondants et les plus variés qui soient en Argentine.

La discographie du seul Litto Nebbia est en soi un roman-fleuve où à peu près tous les genres sont présents : jazz, blues, tango, folklore et rock (un rock à texte, donc plus proche de Yesterday ou de Michelle que de Around the clock). Vous trouverez notamment le nouveau disque d'improvisations au piano, enregistrées l'été dernier en Espagne, alors qu'à côté du travail en studio sur l'album récemment sorti Soñando Barcos (lire l'article sur ce disque édité en Espagne), Litto avait ses deux heures à tuer tous les jours et les a passées au piano du studio de Pescador de Estrellas comme il le racontait lui-même dans une interview d'avril à Página/12 (lire mon article sur cette interview).

Côté tango, outre les disques de Litto Nebbia lui-même, dont un Nebbia canta Cadícamo et un Tango y nocturno (Litto Nebbia Quartet) dont vous me direz des nouvelles, vous avez des disques exceptionnels comme celui qui reprend le dernier concert en public donné au defunt Club del Vino à Palermo par Horacio Salgán et Ubaldo de Lío, dont je vous ai récemment parlé (lire l'article de Barrio de Tango), les derniers enregistrements effectués par Roberto Goyeneche (ainsi qu'un CD de son fils, lui aussi chanteur), des disques de, avec et sur le poète Enrique Cadícamo (1900-1999) dont on fêtera après-demain le 109ème anniversaire de la naissance, des disques de Raúl Garello et Horacio Ferrer, ensemble ou séparément (un nouveau disque d'eux deux ensemble devrait sortir prochainement), des albums d'artistes aussi remarquables que le violoniste Antonio Agri, le chanteur Tito Reyes, la chanteuse Adriana Varela, le pianiste et compositeur Virgilio Expósito, l'auteur-compositeur-interprète José Angel Trelles et tant d'autres.
Bref, allez y faire un tour et vous rendre compte par vous-même...

Quant à ceux de mes lecteurs qui s'intéressent à toute la musique populaire de cette région et pas seulement au tango, vous allez aussi découvrir des artistes de jazz, de rock et de folklore que l'on ne connaît pas du tout chez nous et c'est bien dommage. Ce site est aussi une mine pour la musique uruguayenne et même pour une autre musique, de notre continent celle-là, le flamenco. Litto Nebbia n'est pas raciste.

Dans Barrio de Tango, vous pouvez lire plusieurs articles sur Litto Nebbia et sur sa maison de disques. Il vous suffit pour les lire de cliquer sur les noms disposés à cet effet parmi les mots-clés du bloc Pour chercher, para buscar, to search, en haut, sous le titre.
Litto a aussi son raccourci dans la rubrique Vecinos del Barrio dans la Colonne de droite et Melopea est présentée dans les liens externes de la partie inférieure de la Colonne de droite, dans la rubrique Les commerçants del Barrio de Tango.

Et si la photo qui illustre cet article vous dit déjà quelque chose, c'est normal : vous avez déjà entre-aperçu ce Studio du Nouveau Monde, comme a été baptisé le studio de Melopea. Dans un article que j'ai consacré au récent séjour de Mariel Martínez et Alejandro Picciano, qui y ont enregistré en mai dernier leur deuxième disque commun (lire l'article).

Marcela Bublik au micro de ADN Tango jeudi prochain [radio]

Photo diffusée par l'artiste

L'auteure-compositrice-interprète et chanteuse Marcela Bublik sera l'invitée jeudi prochain de Claudio Tagini dans son émission ADN Tango, sur la radio par Internet Radio Sentidos.
Le principe est simple : l'émission passe en direct sur le site de Radio Sentidos puis reste accessible pendant une semaine, sous forme d'un streaming non téléchargeable. Il s'agit d'une émission-interview où l'animateur, un passionné, lui-même auteur de quelques tangos, fils, frère et père de tangueros, converse à bâtons rompus, avec son invité en s'interrompant deux ou trois fois pour passant un extrait d'un disque de l'invité ou choisi par celui-ci.

Marcela Bublik a récemment intégré les pages du site encyclopédique consacré au tango, Todo Tango, une nouvelle consacration pour une artiste qui a reçu plusieurs récompenses et compte déjà plusieurs disques où elle interprète des morceaux de sa composition (de su autoria, comme on dit en Argentine) et des classiques.
Avant jeudi, vous pouvez déjà la découvrir en français à travers les articles que je lui ai déjà consacrés ou dans lesquels elle apparaît (en cliquant sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, sous le titre de l'article, ou dans la rubrique Vecinos del Barrio de la Colonne de droite), vous pouvez aussi aller l'écouter soit sur son site, soit sur sa page Myspace.
Ensuite jeudi, à partir de 19h (si vous pouvez veiller jusqu'à cette heure-là : en Europe, ça nous fait minuit tout rond, en ce moment même) soit un peu plus tard, à partir de vendredi matin, vous pourrez aller la découvrir telle qu'en elle-même dans l'émission : aller dans la partie basse de la Colonne de droite, dans la rubrique Ecouter. Le lien avec la page de ADN Tango y est accessible directement. Pour le lien avec Radio Sentidos, voir la rubrique Cambalache (casi ordenado).

Raúl Luzzi invite Vanina Tagini à la Esquina Homero Manzi [à l'affiche]


Visuel diffusé par le service de presse de l'artiste

Le guitariste et compositeur Raúl Luzzi présentera à nouveau deux de ses disques, Tiempo Virtual et Un sueño de Horizonte, à la Esquina Homero Manzi, vendredi prochain, 17 juillet, et le vendredi d'après, 24 juillet, à 23h45. Entrée : 25 $.
Il sera accompagné de Nicolás Guerchberg au piano, de Daniel Naka à la basse, de Eleonara Ferreyra, au bandonéon. Et il a aussi invité la chanteuse Vanina Tagini.
Pour ceux qui débarquent tout juste sur ce blog sur l'actualité du tango d'aujourd'hui et de ses nombreux artistes, la Esquina Homero Manzi est un café le jour, un restaurant le soir, qui fait cena-show (1) la nuit (vers 21h30 et jusqu'à 23h30 environ). Après le spectacle du cena-show, le café, qui est l'un des Bares Notables (2) de la ville de Buenos Aires, ouvre ses portes à des spectacles 100% portègnes (3), réservés aux vrais aficionados et sans concession au tango for export qu'on sert aux touristes...

Pour aller plus loin et découvrir ses artistes si vous ne les connaissez pas encore :
cliquer sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, pour lire les articles qui parlent d'eux dans Barrio de Tango (en français)
connectez-vous à leurs sites ou pages Myspace sous les liens suivants :
site de Raúl Luzzi, page Myspace de Raúl Luzzi, page Myspace de Vanina Tagini
Et si vous souhaitez visiter le site de la Esquina Homero Manzi, lancez-vous (le lien vous y conduit).
(1) cena-show : le nom que les Argentins donnent au dîner-spectacle qui coûte les yeux de la tête et fait partie des attractions touristiques que les tour-operators inscrivent au programme de tout voyage organisé. Le cena-show est à la réalité de Buenos Aires ce que les revues du Lido ou du Crazy Horse sont à la réalité parisienne, c'est-à-dire une vitrine déconnectée de la vraie vie des vrais habitants de la vraie ville.
(2) Bar notable : on pourrait traduit par Bar classé en France. Il s'agit d'établissements qui ont une certaine ancienneté et ont joué et jouent encore aujourd'hui un rôle important dans la vie culturelle, artistique, intellectuelle de la Ville de Buenos Aires. La Esquina Homero Manzi est l'un d'entre eux. Gato Negro, Gran Café Tortoni, 36 Billares, Clásica y Moderna en sont d'autres que j'ai assez souvent l'occasion de mentionner dans la rubrique A l'affiche, qui vous présente les spectacles et concerts programmés à Buenos Aires (et ailleurs). Dans la rubrique Quelques quartiers, villes et lieux, en Colonne de droite, vous disposez d'un raccourci qui vous conduira à l'ensemble des articles de ce blog qui concernent leur programmation.
(3) porteño, porteña : gentilé de Buenos Aires. En parlant des personnes, se dit uniquement des gens nés à Buenos Aires. Donc cela ne veut pas dire exactement "qui habite à Buenos Aires", c'est un peu plus subtil. La ville de naissance est très importante pour les Argentins, elle marque à jamais l'identité de chacun...

Néstor Basurto et Lucio Arce à El Empujón del Diablo [à l'affiche]

Vendredi prochain, 17 juillet, les auteurs-compositeurs-interprètes Néstor Basurto et Lucio Arce partageront la scène de El Empujón del Diablo, Carranza 1969, à 21h30. L'entrée est fixée à 20 $.

Barrio de Tango a déjà consacré de nombreux articles à l'un et à l'autre. Pour y accéder, cliquer sur le nom qui vous intéresse dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, ou dans la rubrique Vecinos del Barrio (habitants du quartier) dans la Colonne de droite (partie supérieure, où sont regroupés tous les raccourcis qui vous permettent de naviguer dans les presque 800 articles que compte déjà ce blog).

Vous pouvez aussi voir l'ensemble des articles consacrés à ce qui se passe dans le quartier Palermo, celui où est installé El Empujón del Diablo, en cliquant sur ce nom dans le bloc Pour chercher. Quelques quartiers emblématiques ont leur raccourcis dans la rubrique Quelques quartiers, villes et lieux selon un choix que j'ai fait d'une manière résolument subjective (Buenos Aires à elle toute seule compte 48 quartiers qui, tous, ont leurs salles, leurs fêtes, leur vie culturelle...).

Néstor Basurto et Lucio Arce disposent chacun et d'un site et d'une page Myspace où il vous est facile d'aller écouter leur musique :
la page de Néstor Basurto
la page de Lucio Arce (accompagné de ses musiciens, los del Zaguán, qui seront de la soirée à El Empujón del Diablo, une expression toute faite qui correspond à notre coup de pied du diable, celui qui ruine tous les projets).

Canal Académie dans la rubrique Cambalache (casi ordenado)

En cette veille de 14 juillet, un petit cadeau francophone à mes amis argentins amoureux de notre langue et de notre culture...

Capture d'écran du site Canal Academie

Canal Académie est la première radio académique francophone.
Elle ne fonctionne que sur Internet d’où vous pouvez écouter en ligne ou télécharger sous format MP3, gratuitement, des émissions très variées, à contenu culturel d’un niveau très élevé, le tout en français et la plupart du temps par des académiciens distingués. Canal Académie est en effet la voix de l’Institut de France qui regroupe les différentes Académies de la République Française. En illustration de cet article, une capture de l'écran du site aujourd'hui (ça change tout le temps en fonction des programmes).

Dans la sous-rubrique des Festivals, dont j'aimerais bien trouver le temps de faire une rubrique en soi, j'ai également ajouté deux liens : le festival Musiques et Jardins à Paris et la page consacrée aux festivals de musique qui ont lieu à Paris sur le portail de la capitale française.

Dans la rubrique Commerçants del Barrio de Tango (commerçants du quartier), j'ai ajouté un lien avec Aerolineas Argentinas, dont je reconnais que ce n'est pas vraiment un commerçant de quartier mais enfin, c'est tout de même la compagnie aérienne la plus intéressante pour aller en Argentine (et en Uruguay) étant donné que, compagnie nationale argentine, elle est au premier chef intéressée au développement du tourisme international vers le Río de la Plata et les autres régions du pays...
Je profite de ces ajouts dans la partie inférieure de la Colonne de droite pour enrichir une nouvelle fois, dans la partie supérieure, la rubrique Vecinos del Barrio, en y intégrant des raccourcis vers les articles sur Luis Filipelli, Tony Gallo, Caracol, Cardenal Domínguez, Horacio Avilano, Hugo Rivas et Julio Pane.
Dans la rubrique Les grands rendez-vous enfin, j'ajoute le Día Nacional del Bandoneón (même si cette année, la fête a été réduite à la portion congrüe) et le Festival de La Falda, qui est a lieu en ce moment même.

samedi 11 juillet 2009

Día Nacional del Bandoneón [Coutumes]

Esquina Troilo y Corrientes à Buenos Aires

Ce mural n'a rien d'un chef-d'oeuvre au sens académique du terme. Mais quand vous marchez sur Corrientes et que vous tombez dessus, je vous mets au défi de ne pas sentir une immense émotion vous envahir devant l'expression d'admiration et de tendresse qu'il contient... Sur le côté, sur fond orange, un texte d'hommage en très mauvais état, malheureusement. Sur le côté, sur le mur gris, sous le nom de la rue (qui est la rue Troilo), une plaque fileteada signée du Maestro Luis Zorz...


Depuis 2006, par une loi votée par le Sénat de la nation argentine, le 11 juillet est consacré fête nationale du Bandonéon. Parce que le 11 juillet 1914 est né dans le quartier de l'Abasto celui que le poète Julián Centeya a qualifié de Bandoneón Mayor de Buenos Aires, Aníbal Carmelo Troilo, dit Pichuco.
Aujourd'hui, beaucoup des manifestations qui étaient prévues pur cette occasion ont été annulées parce que la grippe A a fait fuir les spectateurs et que théâtres et salles de concert ont préféré fermer leurs portes pour une à trois semaines selon les établissements. D'habitude, il y a une floraison de concerts, de manifestations gratuites, de conférences, un peu partout et pas seulement à Buenos Aires mais dans tout le pays... C'est aujourd'hui le premier Día Nacional del Bandoneón pour Barrio de Tango, qui fêtera son premier anniversaire dans 8 jours, et au lieu du gros gâteau que j'espérais pouvoir vous offrir aujourd'hui, ce blog fait dans le régime minceur...
C'est comme ça (la vida es así, comme dit un célèbre tango de Juan D'Arienzo), ce sera mieux l'année prochaine, quand tout le monde aura fait le plein d'anticorps grâce à cette année ou grâce au vaccin, dont sans doute nous aurons, nous, les nordistes, la chance de bénéficier alors que le virus a pris de court l'industrie pharmaceutique pour l'hémisphère sud.
Le concert prévu aujourd'hui au Trastienda Club à San Telmo est maintenu (lire mon article d'il y a quelques jours sur ce spectacle). A Leopoldo Federico, Walter Ríos, Julio Pane et Juan José Mosalini qui étaient déjà annoncés depuis plusieurs semaines, se joindra aussi ce soir Néstor Marconi.
La 2x4, sur laquelle passent en boucle des messages de prévention pour la gripe humana AH1N1 (1), présente une programmation spéciale toute la journée mais tout particulièrement de 15h à 17h (heure de Buenos Aires), où la station passera essentiellement des enregistrements de grands bandonéonistes de l'histoire du tango, et Dieu sait s'il y en a eu...

Ce soir, à 21h (toujours heure locale), le Gran Concierto du samedi sera celui que Pichuco donna au Teatro Colón en 1972. C'est un peu tard pour les Européens (heure de Paris) ! Mais si vous aimez veiller ou si vous êtes insomniaque, vous auriez tort de vous priver.
Pour en profiter, dans la Colonne de droite, dans la rubrique Ecouter, en partie basse, celle consacrée aux liens externes, vous trouverez le site de la 2 x 4, la radio publique de Buenos Aires consacrée 100% au tango et au bon. Ouvrez le site et cliquez sur le cartouche En vivo. Le site vous basculera alors sur un streaming à écouter sur Windows Media Player. Pour calculer l'heure où il faut vous connecter, vous avez le décalage horaire actuel entre Paris (Bruxelles, Lausanne, Madrid...) et Buenos Aires, en partie médiane de la Colonne de droite, dans la rubrique Buenos Aires : infos pratiques.

Je vous fais travailler en vous renvoyant à cette rubrique au lieu de vous donner simplement le décalage parce que Buenos Aires est régie par une heure d'hiver et une heure d'été comme l'Europe et comme je sais d'expérience que cet article pourra être lu dans plusieurs mois...
Comme on est au jour du Bandonéon, voici, grâce à Todo Tango, comme d'habitude, Che Bandoneón, composé par Pichuco et écrit par son grand ami, son presque frère, Homero Manzi, un des plus grands poètes parmi les pères du genre.
Et comme c'est bien le bandonéon qu'on célèbre aujourd'hui, voici A Pedro Maffia, toujours de Aníbal Troilo, dans une interprétation de 1953, par le Cuarteto Troilo-Grela, avec le bandonéon du premier et la guitare du second.
Pedro Maffia était un des tout premiers bandonéonistes du tango, il vient juste après Eduardo Arolas sur lequel il prend le pas par sa technique beaucoup plus brillante. Il était un des musiciens préférés du père de Astor Piazzolla, celui qu'il lui montrait toujours en exemple, à New York, quand le gamin, lui, rêvait de jouer de la musique yankie à l'harmonica. Mais c'est le père qui l'a emporté tout de même, beaucoup plus tard, très loin de New York et de Buenos Aires et de Mar del Plata, un jour de 1955, à Paris, dans le secret d'une conversation entre le professeur de composition classique Nadia Boulanger et son élève, Astor Piazzolla, venu dans la capitale française avec une bourse pour étudier la composition pour... quatuor à cordes ! C'est Nadia Boulanger qui renvoya au tango un Piazzolla enfin réconcilié avec cette musique qu'il avait cru quitter pour toujours en 1949... Merci à elle.

Et comme c'est la fête et la première pour Barrio de Tango, ce tango-là, du tandem Troilo-Manzi : Barrio de Tango.
Enfin, bien sûr, comment ne pas faire une place à Astor Piazzolla, qui fut l'un des bandonéonistes de l'orchestre de Troilo, l'un de ses meilleurs arrangeurs et un ami très proche... On peut écouter Triunfal, ce tout premier tango qu'il avait composé du temps où il jouait dans l'orchestre de Pichuco et qu'il joua au piano à Nadia Boulanger, ce qui lui valu cette réponse lumineuse (en anglais) : "Mais pauvre malheureux, vous ne voyez donc pas que c'est ça, Astor Piazzolla !". Ici par l'ensemble de Fernando Suárez Paz, le dernier violoniste de Piazzolla, aujourd'hui l'un des meilleurs gardiens de son répertoire et de son style interprétatif.

Et puisque les fêtes c'est aussi fait pour être vécu entre amis, pour Carlos Carrizo, journaliste, photographe et grand connaisseur de l'oeuvre et de la carrière de Astor Piazzolla (voir mon article sur son livre sur le grand compositeur) : Fracanapa ! Carlos adore ce morceau...

Et celui qui manquera à la réunion du Trastienda Club ce soir, un autre grand bandonéoniste et grand arrangeur de l'orchestre de Pichuco, entre 1963 et 1975 : Raúl Garello... Ici interprétant Soñar por la ciudad (rêver à travers la ville), de sa propre composition, sur un poème de son frère aîné, Rubén Garello (malheureusement décédé il y a quelques années)...

Cet article est dédié à Francisco, Juan Carlos et Edith Torné...

(1) Ils sont plutôt bien faits, d'ailleurs, ces messages. Mais il y a en dessous un machisme qui s'ignore et pourtant il se voit comme le nez au milieu de la figure. Vous remarquerez que dans tous les messages (et il y en a un bon paquet), c'est une femme qui pose les questions, qui sont les questions que tout le monde se pose, et c'est toujours un homme qui répond. Le savoir pourrait-il résider ailleurs que du côté de la barbe ? Quant à l'ignorance, elle est femme, c'est bien connu ! En espagnol aussi, el saber y la ignorancia...

vendredi 10 juillet 2009

Fractura Expuesta change de jour [radio]



L’émission hebdomadaire passe désormais le jeudi, toujours à 22h, toujours en direct sur la Voz de las Madres et toujours podcastable sur le site. Bref, pour les auditeurs par Internet, il n’y a pas de quoi fouetter un chat.

En illustration, l’image avec laquelle Germán Marcos et Maximiliano Senkiw ont annoncé la nouvelle, le 9 juillet, date de la fête nationale...
Le texte dit : "Argentin, Argentine, n’en doute pas. Pendant le jour férié, Fractura Expuesta ne prend pas de repos". Et en dessous, dans le bandeau : "le tango est toujours viril et argentin, en direct et sans grippe... Nom d’un petit bonhomme !"
(Traduction Denise Anne Clavilier)
Ceux d’entre vous qui se rendront sur le site (dans la rubrique Ecouter, dans la Colonne de droite) seront surpris d'y découvrir une drôle d’image pieuse. Mais si ! Il se trouve qu’il existe à une forme de culte, avec image pieuse et prière assortie, concernant ce saint de la musique (plus que de la foi, car de son vivant, le Maestro était tout à fait athée) et la prière en question n’est pas du tout une parodie ni une façon de tourner la religion chrétienne en dérision comme ce serait le cas en Europe. Non, c’est une prière qui dit des choses profondes et sans aucun désaccord avec ce que pourrait dire sinon une prière catholique authentique du moins une réflexion croyante catholique. Ce n’est pas un affrontement, c’est un parallèle... avec sur l’image proposée par nos deux titis portègnes une bonne dose de critique esthétique sur le goût saint sulpicien.
Pour en savoir plus sur Fractura Expuesta : cliquer sur le titre de l’émission dans les mots-clés du bloc Pour chercher, para buscar, to search et vous accéderez à l’ensemble des articles que je lui ai déjà consacrés.
Le mot-clé radio, dans le bloc Pour chercher ou dans la rubrique Tangoscope en Colonne de droite, rassemble plus largement les articles concernant ce qui se passe à la radio, que ce soit par les ondes, par streaming Internet ou par podcast.