mercredi 23 juillet 2008

Jactance & Pinta [Jactance & pinta]

Jactance, substantivo derivado del verbo "jacter", argot parisino.
Jacter, es hablar. Y especialmente hablar mucho y/o en vano.
Entonces, la jactance es una manera de hablar (acostumbrada en alguien muy afecto al chamuyo) o el contenido de su discurso.

A disfrutar en una canción de Pierre Perret (cantor, autor y compositor francés, oriundo del sur-oueste de Francia), Pépé La Jactance, 1965 (ed. Warner Chapell). Dice la letra (integralmente en argot parisino):

Quand Pépé la jactance
Truand de Gennevilliers
Nous causait de la vieille France
Nous tous on en bavait

Cuando el Viejo La Jactance
Chicho de Gennevilliers (1)
Nos chamuyó de aquella Francia de antes
Lo escuchabamos nosotros asombrados...
(traducción por Denise Anne Clavilier)

Pinta : substantif féminin. En lunfardo, argot de Buenos Aires et de toute son aire culturelle (l’ensemble des deux rives du Río de la Plata), désigne l’élégance, la mise recherchée, celle qui produit de l’effet (pas nécessaire celle qui est de règle dans la bonne société), plutôt celle qui impressionne et qui "en jette".

Dans le tango Corrientes y Esmeralda (musique de Francisco Pracánico, paroles de Celedonio Flores), il est question de la "pinta de Carlos Gardel" (en 1933. Il était alors au sommet de sa gloire !). Sans équivalent exact en argot français. L’argot ne sait pas désigner l’élégance. Il sait désigner la tenue négligée, le débraillé, la tenue trop voyante et ostensiblement vulgaire mais il ne sait ni admirer ni se laisser troubler par l’émotion. Devant tout ce qui inspire de l’admiration ou qui peut nous attendrir, l’argot français raille...
(1) Gennevilliers : ciudad obrera del Conurbano parisino en el nordoeste de la capital gala

Ne pas casser trois pattes à un canard [Jactance & pinta]

Este es un turno típicamente galo de origen campero, un turno antiquisimo...
Literalmente se traduce : no romper las tres patas de un pato.
No se porque nuestros patos habrían de tener una pata más que sus hermanos de afuera... Nunca lo vi.
El significado es : es algo de poco intéres, de poca calidad, algo banal, insustancial.

(Se encuentra en la entrada Aerolineas Argentinas : retour au bercail).

De ley [Jactance & pinta]

De ley : expression idiomatique qui signifie vrai, authentique, profond... D’une qualité conforme à ce que la loi dispose (composition de certains produits définis par la loi, un métal, une appellation contrôlée, etc...).

Porteño : originaire de Buenos Aires (bien que ce soit le gentilé de Buenos Aires, l’adjectif désigne plus sûrement l’origine que la dimension géographique. Quelqu’un qui n’est pas né à Buenos Aires ne pourra jamais se dire vraiment porteño...).

Dans l’article sur l’exposition temporaire au Museo Casa Carlos Gardel, l’expression "porteño de ley" se traduirait donc, en français actuel, "portègne pur sucre", ce qui est moralement et incontestablement juste en ce qui concerne Carlos Gardel, emblème de portègnitude s’il en est, et totalement archi-faux si on en croit son état-civil, historique ou mythique... S’il y a bien une chose sur laquelle tout le monde peut s’accorder sans en venir aux mains dans cette douloureuse question de la nativité du mythe, c’est bien qu’il est né ailleurs qu’à Buenos Aires.

Dire qu’il est né à Toulouse, c’est déjà prendre parti et s'exposer à prendre quelques balles perdues...

Restauration du monument à Osvaldo Pugliese [Troesma]


Pour les cent ans de la naissance d’Osvaldo Pugliese, pianiste, compositeur et chef d’orchestre de légende (1905-1995), la Ville de Buenos Aires avait inauguré, à quelques pas du lieu où il était né, un ensemble sculptural commandé à Paula Franzi, une oeuvre plutôt originale où, au-dessus d’un buste entouré de quatre plaques lui rendant hommage, un orchestre miniature rappelle la mythique Gran Orquesta Típica Osvaldo Pugliese qui créa, entre autres chefs d’oeuvre du Maestro, La Yumba, dont la partition est affichée sur un grand panneau qui complète l’ensemble.

Ce monument se trouve au croisement (esquina) des avenues Corrientes et Scalabrini Ortiz avec la rue Luis María Drago, dans le quartier de Villa Crespo (dans le centre-ouest de la ville).

Au début 2007, un (ou plusieurs vandales) a (ont) volé la figurine représentant le pianiste de l’orchestre... A ce jour, il ou ils n’ont toujours pas été identifiés par la Police. L’acte était, semble-t-il, purement crapuleux, puisqu’il ne s’agissait même pas de suggérer ce qui est devenu un symbole de résistance pour les droits de l’homme. En Argentine, il est de notorité publique que, sous plusieurs régimes anti-constitutionnels et/ou autoritaro-policiers, comme le 20e siècle argentin en a connu beaucoup, Pugliese a subi de nombreuses arrestations arbitraires et connu plusieurs fois, sans procès, l’hospitalité carcérale de divers établissements spécialisés de la Capitale (sans parler des interdictions d’antenne et de scène qui lui furent imposées à de nombreuses reprises)... Son seul crime : avoir pris sa carte du Parti Communiste en 1936 et l’avoir soigneusement conservée par-devers lui, à jour de cotisation jusqu’à sa mort... Or, quand le Troesma, Don Osvaldo, Osvaldito était en prison, la Gran Orquesta Típica jouait tout de même. Sans pianiste. Et, afin que nul n’ait de doute sur le pourquoi du comment d’une absence aussi remarquable, on déposait devant le piano, bien en évidence sur le tabouret, un oeillet rouge. Oeillet rouge qui est devenu un emblème et de Pugliese et de son orchestre (aujourd’hui dissout et dont les musiciens sont partis dans des directions diverses et variées).

Ainsi donc, à Villa Crespo, esquina Corrientes y Scalabrini Ortiz, pendant plus d’un an, il n’y a plus eu de pianiste sur la plateforme de l’orchestre... et pas d’oeillet rouge non plus sur le tabouret, barboté (1) avec celui qui était assis dessus.
En décembre dernier, la Maestra Beba Pugliese, avec ses musiciens, a fait un concert de desagravio (2) à la mémoire de son père sur cette même placette.
Entretemps, Paula Franzi a reçu du Ministère de la Culture de Buenos Aires commande de réaliser une autre figurine du Maestro. Et cette fois-ci, au lieu de résine de polyester comme il y a 3 ans, elle a employé du ciment (à bon entendeur, salut !).

A 17h30 donc peu avant la tombée de la nuit, ce vendredi 25 juillet, jour anniversaire de la mort d’Osvaldo Pugliese il y a 13 ans, le Ministre de la Culture du Gouvernement de la Ville de Buenos Aires, Hernán Lombardi (à ne pas confondre avec un ministre fédéral) présidera une nouvelle cérémonie d’inauguration du monument désormais restauré, en présence de Doña Lydia Elman de Pugliese (3), la veuve du musicien, qui gère aujourd’hui l’abondant patrimoine musical laissé par son mari, en particulier une belle quantité de partitions inédites et jamais jouées, encore moins enregistrées, parce que, dans le répertoire de son orchestre comme dans les sessions d’enregistrement, il laissa toujours plus de place à ses camarades compositeurs qu’à ses propres morceaux.

Sur une scène de 14 m. sur 10 installée rue Luis María Drago (la plus étroite des trois, dont elle coupera la circulation), la Orquesta de Tango de la Ciudad de Buenos Aires interprétera sous la direction du Maestro Raúl Garello, son directeur et fondateur, plusieurs tangos de la main de Pugliese.
Le Centro Cultural Osvaldo Pugliese enverra aussi des danseurs qui se produiront sur scène et inviteront le public à les rejoindre pour danser...

Une forme d’hommage qui ressemblera au grand compositeur, au grand bonhomme que fut Chicharrita, comme d’aucuns l’avait surnommé...

"En su adolescencia de Villa Crespo, a Osvaldo le decían Chichara;
de grande, se consideraba Chicharrita".

Pendant son adolescence à Villa Crespo, Osvaldo, on l'appelait La Cigale.
Devenu grand, il se considérait comme Petite Cigale.
(traduction Denise Anne Clavilier)


Horacio Ferrer, El humilde patriarca, introduction à Osvaldo Pugliese, ouvrage collectif dirigé par Julio Keselman, Centro Cultural Osvaldo Pugliese, 2005 (le livre le plus complet à cette heure sur le pianiste-compositeur).



(1) barboter (verbo), argot parisino. Significa robar, afanar en lunfardo...
(2) desagravio : réparation d’une offense
(3) en espagnol, le y n’est pas commun dans les prénoms. Je reprends ici l’orthographe utilisée par Doña Lydia elle-même. Souvent, vous trouverez son prénom orthographié avec un i.

Quelques disques de l’année (07-08) [Livres ~ DVD ~ CD]

Barajando, Hernán Genovese, Ed. Unión de músicos independientes

Hernán Genovese est un chanteur et compositeur de la jeune génération. C’est le premier disque qu’il enregistre et qui porte son nom. Magnifique voix de basse, un lyrisme et un coffre qui en fera le digne successeur des grands de grands, les Goyeneche, Rivero et Sosa...
Son disque est un subtil mélange de grands classiques comme Sur, Afiches (accompagné par le compositeur lui-même, Atilio Stampone), Nieblas del Riachuelo, Palomita blanca et Arrabal amargo, de morceaux beaucoup moins connus comme Misterio, Barajando, Gota de lluvía o Este bandoneón (des frères Garello, musique de Raúl qui tient le bando, et paroles de Rubén) et deux tangos de sa composition (Habla Gardel et Lanús).
Il partage ce premier album avec 5 autres artistes invités, en plus des deux prestigieux aînés déjà cités (Atilio Stampone et Raúl Garello).

Ce disque est sorti à l’automne 2007 (le printemps là-bas).


Presente, Nora Bilous, Ed. Unión de músicos independientes (2007)

Nora Bilous est une chanteuse et letrista de tango qui écrit sur des musiques de Juan Rivero, qui est aussi l’arrangeur et le chef d’orchestre de l’album. Comme beaucoup de chanteuses d’aujourd’hui, elle chante dans une tessiture grave.

La pochette intérieure s’orne de 3 préambules, signés Raúl Garello, Juanjo Domínguez et Armando Rolón en guise de parrainage pour ce disque qui mélange grands classiques et inédits. Parmi les classiques, Rondando tu esquina, Cristal, Toda mi vida, Baldosa floja, Nostalgias, trois inédits Bilous-Rivero et Lo tengo que pensar de Juanjo Domínguez. Ramiro Gallo a participé à l’aventure gracieusement en accompagnant la chanteuse au violon dans les deux derniers morceaux.
Un seul défaut : il y a une erreur d’intitulé dans la liste des pistes en quatrième de couverture.

Ces deux disques sont à écouter. Ils ne sont pas fait pour le bal...


Dinastia Pugliese, Beba Pugliese, Ed. Fonocal (2007)

La pianiste et compositrice, fille, petite-fille, nièce et mère de musiciens, rassemble toute sa famille dans cet album dont elle assure la direction et les arrangements pour un ensemble de 2 bandonéons, 3 violons, un alto, un contrebasse et un piano. 3 morceaux de son père, Osvaldo Pugliese, 3 d’elle-même (dont une milonga dédiée à son grand-père paternel : Para mi abuelo), deux de son oncle (un tango et une milonga d’Alberto Pugliese, violoniste, chef d’orchestre et compositeur moins connu que son cadet mais néanmoins intéressant) et deux de sa fille, Carla Pugliese, qui a elle-même déjà plusieurs disques à son actif.
Le chanteur Dario Vitale, qui chante souvent avec elle, interprète ici Recién (de Osvaldo Pugliese et Homero Manzi). Et sur accompagnement de Beba Pugliese, Horacio Ferrer récite en deuxième titre leur hommage commun au Maestro, le tango Chicharrita, dont elle donne en bonus une version instrumentale.

Milonga del Centenario, Osvaldo Requena y su orquesta, ed. RGS Music (2008)

Là, ce n’est pas du bal, c’est du foot.
Toute une brochette d’artistes éminents dont Leopoldo Federico et José Angel Trelles (comme chanteur et comme compositeur) fêtent ensemble le centenaire du Club San Lorenzo d’Almagro, celui d’une excellente équipe de foot professionnelle de la ville de Buenos Aires, qui n’en est pas dépourvue. Le poète Héctor Negro, grand amateur de foot devant l’Eternel, est de la partie, qui a écrit Cuando Boedo era Almagro (quand le quartier de Boedo était Almagro), Elegía a la vieja cancha de San Lorenzo (Elégie à ce bon vieux stade du San Lorenzo), tous les deux sur des musiques d’Osvaldo Requena. Le reste du disque est composé de réjouissants pot-pourris de grands standards tangueros et de 3 versions de Boedo (Julio De Caro), d’une d’Almagro (Vicente San Lorenzo) et de créations ad hoc (El Azulgrana, les couleurs du club, bleu et grenat), Alejandro de Almagro (dédié au commentateur sportif Alejandro Apo), De Boedo soy, Milonga del Centenario... et deux versions, une pour ouvrir, une pour fermer de When The Saints Are Marching In (The Saints en question, ce sont les joueurs azulgrana entrant sur le terrain).

Bref, un bon gros gâteau d’anniversaire façon pièce montée pour conclure un vrai asado des familles, de préférence bien arrosé (je parle du vin, pas de la pluie, naturellement).

Tocata para Sexteto, Raúl Garello (et son sextuor), Pichuco Records 2008

Un disque todo Garello, mêlant inédits et reprises.
Côté inédits, Tocata para sexteto ou José (dédié à son petit-fils).
Dans les reprises, les trois morceaux co-signés avec Horacio Ferrer : ¡Viva el tango!, déjà enregistré par Roberto Goyeneche et Gustavo Nocetti, ici interprété par Noelia Moncada (qui chante aussi dans Barajando de Genovese), Homero en flor dédié à Homero Expósito et enregistré avec Horacio Ferrer dans un CD avec version DVD en 2004 (Diálogo de Poeta y Bandoneón, Pichuco Records en CD, Aguila Taura en DVD), La Guita (déjà enregistré par Gustavo Nocetti et repris ici par Jesús Hidalgo) comme Buenos Aires conoce (sur un poème de son frère Rubén) qu’avait créé en son temps Roberto Goyeneche. Six instrumentaux, tous assez longs (pas pour la milonga, donc DJ s’abstenir) et en guise de bonus, deux morceaux enregistrés en 1997 et 2001 avec Hernán Salinas, un chanteur trop tôt disparu (comme Gustavo Nocetti).
A écouter au calme...

Exposition temporaire au Museo Casa Carlos Gardel [à l’affiche]


Demain, 24 juillet, dernier jour d’une exposition exceptionnelle destinée à marquer le 73e anniversaire de la mort de Carlos Gardel, porteño de ley * (et Toulousain d’origine, ça c’est pour le cocorico chauvin attribué généralement aux Français et -j’espère- à tort en ce qui concerne les lecteurs hexagonaux de ce blog !)


Depuis le 24 juin, date anniversaire du décès del Morocho del Abasto (1), le Museo Casa Carlos Gardel, situé calle (rue) Jean Jaurès (si, si !), au n° 735, dans le quartier dit de l’Abasto, expose dans ses murs la collection Ángel Olivieri, l’une des trois plus grandes collections du monde concernant le mythique chanteur-compositeur (dessins, tableaux, documents manuscrits de la main de Carlos Gardel et de ses proches, documents audio ou imprimés historiques, tels que disques, pochettes, livres, articles de journaux, invitations, programmes, affiches, etc.).

Le musée est installé dans la dernière maison de Buenos Aires où vécut Carlos Gardel (avec sa mère), de 1927 à son départ en tournée fin 1933 (c’est sur la fin de cette tournée qu’il trouva la mort dans un accident à Medellín, dans les montagnes de Colombie).

Il s’agit d’une maison particulière, très sobre, toute simple, composée d’un rez-de-chaussée avec patio latéral et d’un étage, dans un quartier alors typiquement ouvrier et aujourd’hui toujours très modeste. Elle date de 1920 et elle est caractéristique de l’architecture privée de cette époque et de cette ville. Dans cette maison, la mère de Gardel, Berthe Gardés, est décédée en juillet 1943. L’homme de confiance de Carlos Gardel et son exécuteur testamentaire, Enrique Delfino, en a alors hérité. Elle est passée ensuite de mains en mains jusqu’à son dernier propriétaire privé, Eduardo Eurnekian, qui en fit donation en 2000 à la Ville de Buenos Aires qui l’a fait restaurer à partir de photos de Carlos Gardel et de sa mère, prises dans cette maison. Elle en a fait un musée, profondément émouvant, ouvert au public depuis le 4 mars 2003. L’entrée est payante (1 $, ce qui reste très abordable), sauf le mercredi, où c’est gratuit. Le musée abrite une exposition permanente d’objets ayant appartenu à Gardel, à sa mère ou à des personnes de son entourage et de sa tradition. Il s’y donne des cours de tango-danse et de tango-chant (ouverts à tous et gratuits) et de temps en temps des concerts (La Biyuya s’est produite le 16 mai dans ce lieu chargé d’histoire, où on sait que Gardel répétait le mercredi dans le patio ouvert à qui voulait entrer, qu’il y a travaillé Silencio, son magnifique tango sur la Grande Guerre, en présence du poète Enrique Cadícamo qui rapporte l’anecdote dans ses Mémoires....). Bref, un lieu à ne pas manquer à Buenos Aires.


La page consacrée au Museo Casa Carlos Gardel sur le site de la Ville de Buenos Aires :
http://www.museos.buenosaires.gov.ar/gardelhistor.htm


Silencio, l'enregistrement de 1933 fait à Buenos Aires : http://www.todotango.com/spanish/download/player.asp?id=672



* : les mots signalés par un astérisque font l’objet d’une explication dans la rubrique [Jactance & pinta]
(1) El Morocho del Abasto : un des surnoms de Gardel, datant des débuts de sa carrière, vers 1911, quand il chantait dans les cafés du quartier.

mardi 22 juillet 2008

V’la que ça les r’prend ! [A l’affiche]

Samedi 26 juillet, au Velma Café, salle de tango (authentique) très réputée, située à Palermo, dans le nord boisé de Buenos Aires, Tangoloco (Tangofou) présente son second CD, Tangos de Liverpool, sortie sous le label Lucio Alfiz, en 2003.

Tangoloco est un jeune groupe formé par Daniel García, pianiste, arrangeur, compositeur et chef d’orchestre du quintette, Walter Castro, bandonéoniste, Horacio Montesano, guitariste (guitare électrique et sèche), Eduardo Hurtado (dite Mono) à la contrebasse et Cristian Colaizzo à la batterie. Dans Tangos de Liverpool, Daniel García a tanguisé les Beattles... La démarche était périlleuse mais le résultat vaut le coup... Il y en a pourtant qui n’aiment pas et ils ont bien le droit...


La grande tentation des musiciens de tango : cuisiner à leur sauce des musiques à succès, que ce soit les tubes des susdits Scarabées ou ceux de leurs concurrents et néanmoins amis Pierres Qui Roulent, les indémodables des compositeurs classiques européens (avec Mozart, Bach et Beethoven en trio de tête), les grands classiques de la variété états-unienne (jazz-bands, crooners, christmas songs, etc.) et même la musique de film (il existe un générique de Pink Panther qui vaut son pesant de dulce de leche, mais bien que l’ayant entendu souvent sur les ondes de La 2x4, je n’ai pas encore pu identifier l’album...).

Cela marche aussi en sens inverse, et je ne parle pas là des massacres du tango standard réorchestrant les classiques du répertoire portègne, genre La Cumparsita en tango international quand l’accordéon remplace le bandoneón (quelle infâmie !)

Sous le titre Kiss of Fire, il existe en particulier un El Choclo d’Angel Villoldo revu et corrigé par Louis Amstrong, un vrai régal... A écouter aussi : Roberto Fats Fernández, un jazzman argentin qui a repris de grands classiques à la trompette dans une maison de disques dont la politique est à l'inverse de l'électro-tango cultivé par Daniel Garcia (Tangos & Standards, Ed. Melopea, 1995)

Les Mercredis de la Típica Fernandez Fierro [A l’affiche]

Tous les mercredis soirs de juillet et d’août, la Orquesta Típica Fernández Fierro se produit dans sa salle (son "club social", comme on dit là-bas), el Club Atletico Fernández Fierro, à 23h. Le samedi, à minuit. Dans le quartier tanguissime de l'Abasto.

Vous pouvez commencer la soirée quand le Club ouvre ses portes, à 21h30, en venant y prendre un verre ou en dînant sur le pouce.

Deux tarifs : 20 pesos si vous voulez être assis, 15 si vous écoutez le concert debout.

Et comme il manque de chaises, le CAFF vous fait une proposition honnête : toute personne qui fait don d’une chaise capable de supporter une personne de complexion normale "sans provoquer aucun accident" (sic) se verra offrir par le Club Atlético Fernández Fierro 2 entrées gratuites. La chaise peut être de n’importe quelle couleur et de n’importe quel style du moment qu’elle n’est pas en plastique (sans doute parce qu’elle ne serait pas alors assez solide). Si vous ne me croyez pas, allez sur leur site : http://www.fernandezfierro.com/home.php

Cet orchestre qui compte 12 musiciens (ce qui correspond à un bel orchestre de nos jours) est une coopérative, à l’image de l’orchestre de feu Osvaldo Pugliese, dont le style et les idées, tant musicales que sociales et politiques, les inspirent visiblement... Ils ont tenu à rester dans une veine d’authenticité musicale et comportementale et à se démarquer de ce qui se pratique dans un certain tango à touristes, quasiment le seul tango qui puisse disposer à Buenos Aires d’une salle en propre (et c'était déjà le cas à l'époque d'or des années 30 et 40, à ceci près qu'il n'y avait pas de tango de tourisme mais un tango qui s'exportait avec plus ou moins d'authenticité). L’immense majorité des formations de musiciens appréciées aujourd'hui par les Portègnes, les Argentins et les Uruguayens nomadisent en permanence à travers la ville, à l’exception notable de la Orquesta de Tango de la Ciudad de Buenos Aires, formidable formation de près de 40 musiciens, subventionnée par la Ville et avec pour port d’attache le Teatro Alvear, sur l’avenue Corrientes.
La OTFF doit sans doute à sa forme juridique d’avoir pu s’imposer sur le plan immobilier : l’union (et le nombre) fait la force...

Parmi les nouvelles fraîches qu’ils nous donnent sur leur site, l’ouverture récente (le 13 juillet) de leur MAISPEIS (sic). Traduit en français : ils viennent de s’ouvrir une page sur My Space, "à la demande du public" (ils écrivent cela comme ils annonceraient un bis).

Bref, la leur est de la super-bonne musique. A déguster sous format En vivo au CAFF (si vous passez par là-bas où s’ils refont une tournée chez nous), CD (ils en ont fait 4 dont un qui reprend un concert donné en Italie) ou DVD (Tango Antipánico, auto-produit en 2006). Ou encore sur les ondes de Radio Nacional dont ils sont les invités tous les jours de cette semaine de 14h à 16h...
Quelques extraits de l'émission, avec des interviews où ils délirent à gros bouillons avec un humour typiquement portègne et un final d'anthologie à ne pas louper : un Corrientes y Esmeralda déchaîné, chanté par Walter "Chino" Laborde, le cantor du groupe... Superbe !

Aerolineas Argentinas : retour au bercail [actu]

Tango : manière de vivre les pieds fermement plantés dans la terre et la tête s’élançant vers le ciel. Tous les bons profs de tango vous répéteront cela sans se lasser...
Ci-contre : dessin publié par Página/12
Le collaborateur à Cristina : "Ça y est ! On a envoyé le projet de nationalisation d’Aerolineas au Parlement... Il ne manque plus qu’une chose ! - Quoi donc ? - Que Cobos ne vote pas contre !"
(traduction Denise Anne Clavilier)
Le 21 juillet dans l’après-midi, la Présidente argentine, Cristina Fernández de Kirchner, a solennellement annoncé le retour de la compagnie d’aviation Aerolineas Argentinas dans le giron de l’Etat, après 18 ans d’une privatisation assez malheureuse.
Aerolineas Argentinas, c’est tout un symbole et toute une histoire. Je me souviens de la surprise mêlée de fierté de mes amis de Buenos Aires en comprenant que j’avais voyagé sur Aerolineas... Me sachant française, ils étaient persuadés que j’avais pris une compagnie européenne, jugée, a priori et de toute façon, plus confortable...

Aerolineas Argentinas fut la première compagnie criolla (sud-américaine) à effectuer des vols transatlantiques entre le sous-continent austral et l’Europe. Sa création est une des grandes réalisations de la présidence de Perón (1946-1955), un symbole de sa politique de décolonisation politico-économique. Elle a été créée en 1949 pour donner au pays une autonomie en matière de transport, ce domaine ayant toujours été développé par des investisseurs étrangers, britanniques d’abord, américains ensuite, depuis les premières lignes de tramways à Buenos Aires et le début du chemin de fer pour relier entre elles les différentes régions de cet immense pays.
C’est dans les années 90 que le Président Carlos Menen, pourtant péroniste, avait cédé ce joyau de la Couronne à Iberia qui s’en est ensuite défait au profit du groupe espagnol Marsans grâce à des montages financiers de haute voltige. Depuis, la situation est allée en se dégradant d’année en année : climat social et conditions de travail détériorés, provoquant grève sur grève, flotte réduite (la plupart des avions sont loués, seule une toute partie d’entre eux sont des actifs de la compagnie), matériel de formation du personnel volant non renouvelé (le maintien des compétences est sous-traité), dessertes réduites et pour finir, service à bord et en escale donnant lieu à de multiples plaintes des clients qui finissent par fuir vers d’autres transporteurs...
Les Argentins craignaient de voir s’évanouir leur ancienne compagnie nationale : quelqu’OPA inamicale (ou suscitée par Marsans) pour racheter le peu d’actifs restant à l’inventaire, le personnel licencié et l’emblème bleu aux deux A définitivement absents de tous les tarmacs nationaux et internationaux.

Après avoir protesté que l’Etat n’avait pas vocation à gérer cette entreprise, car elle tient à la confiance des investisseurs capables d’entreprendre dans le pays ("je ne veux pas être le gendarme des entreprises", a-t-elle déclaré le 10 décembre lors de sa prestation de serment devant le Congrés), la Présidente a donc fini par décider la renationalisation de la Compagnie, après des négociations entre le ministre de la Planification, Julio de Vido, et les représentants de Marsans, qui ont accepté de vendre à l’Etat 94,41% du capital d’Aerolineas et 97% d’Austral (l’autre compagnie du Groupe), l’Argentine ayant conservé 5% d’Aerolineas jusqu’à ce jour.

S’ouvre à présent une période de deux mois qui sera fort complexe.
Sur le plan financier d’abord, car il s’agit de valoriser les actions de chaque entité pour en déterminer le prix. Or depuis la privatisation elle-même, tout le capital du groupe a été géré par de la cavalerie financière et des jeux d’écriture comptables en compensant du capital effectif par du passif d’exploitation. Sans compter que le Groupe a omis depuis quelques années de payer les impôts sur les sociétés (pas de quoi casser trois pattes à un canard, là-bas) et qu’il est donc redevable d’un arriéré d’un peu plus de 120 millions de pesos à la Province de Buenos Aires (sur le sol de laquelle se situe l’aéroport d’Ezeiza, où sa flotte est immatriculée)... [1 € = 4,85 pesos environ].
Sur le plan politique ensuite puisque pour entrer en vigueur, un tel accord nécessite la ratification des deux chambres. Une fois exprimée la légitime satisfaction des Argentins de voir leur compagnie redevenir leur propriété et même, mieux, de la voir reprise aux Espagnols (les symboles sont les symboles !), les analystes politiques ironisent sur le futur déroulé du vote... Et si, comme il l’a fait la semaine dernière sur la question agricole (cf. Coup de théâtre au Sénat), le Vice-Président et Président du Sénat, Julio Cobos, votait non encore une fois ?

Dans son discours, très solennel, tenu dans le Salon Blanc de la Casa Rosada, siège officiel du Gouvernement fédéral, la Présidente a regretté d’avoir dû prendre cette décision et affirmé qu’elle aurait préféré que les dirigeants de la société aient rencontré plus de succès dans leur gestion. Et elle a aussi insisté auprès des représentants des salariés de la Compagnie sur le fait qu’il s’agissait là d’une "entreprise de service, dont l’objectif devait être de récupérer les clients qui s'en sont allés, grâce à des avions qui partent et arrivent à l’heure. Sans que le voyageur se voit importuné par des conflits où il n’a que faire puisqu’il paye en achetant un billet. Cela, ce n’est ni la Présidente ni les Députés qui peuvent le faire. Il est capital d’avoir une compagnie aérienne de pavillon national et un service de transport aérien de qualité et efficace".
Elle a ajouté : "Nous avons coutume de ne pas prendre nos affaires en main. Mais il faut que nous prenions l’habitude de savoir quelle est notre responsabilité. Ce n’est pas difficile, je crois que nous pouvons le faire. Mais nous avons besoin d’effort et de discipline".

Une fois la cérémonie terminée, plus complice, elle a pris à part les représentants des différents syndicats du groupe aérien et leur a glissé : "Si nous ne faisons pas bien les choses, on finira par donner raison aux Espagnols". Espérons qu’elle sera entendue, mais pour le moment, les pilotes de ligne maintiennent leur mouvement de grogne sociale, ce qui occasionne toujours des retards alors que l’Argentine est en pleines vacances d’hiver (qui sont réparties sur plusieurs zones comme en France, pour élargir la saison pour le tourisme intérieur).
Ces arguments égrainés par la Présidente, avec cette belle insistance et cet optimisme volontariste et revendiqué, éclairent pour moi ce qu’a d’hyper-réalisme le défaitisme, l’indifférence lasse de tant d’espoirs déçus, ce terrible héritage de ces fils d’immigrants qui crurent en arrivant trouver un pays de cocagne et ne connurent en fait qu’une vie de misère, pire souvent que celle qu’ils avaient laissée en Europe, ce fatalisme découragé et inguérissable qui transpire dans les vers de tant de grands classiques du tango, les Enrique Santos Discépolo, Enrique Cadícamo, Cátulo Castillo, Pascual Contursi mais aussi son fils, José María, et Tita Merello, et tant, tant d’autres...

Sources : Clarín (http://www.clarin.com/) et Página/12 (http://www.pagina12.com.ar/diario/principal/index.html)

En tierras extrañas luché con la suerte,
derecho y sin vueltas no supe mentir,
y al verme agobiado, más pobre que nunca,
volví a mi querencia buscando morir.



En des terres étrangères, j’ai lutté contre le destin,
Intègre et sans détour, je n’ai pas su mentir
Et me voyant accablé, pauvre comme jamais,
Je suis revenu au bercail, pour chercher la mort....
(traduction : Denise Anne Clavilier)

Ces mots sont ceux qu'Enrique Gaudino met dans la bouche d'un pauvre bougre, de retour supposé sur sa terre natale (le quartier symbolise ici quelque coin reculé d'Europe, sans doute en Italie), après la vaine quête d’une chimérique toison d’or, dans San José de Flores, musique d’Armando Acquarone. A écouter dans l’enregistrement magistral qu’en fit Osvaldo Pugliese en 1953, avec pour chanteur Alberto Morán.

lundi 21 juillet 2008

Troesma [Jactance & pinta]

Troesma.
Oh, c’est tout simple, mais encore faut-il le savoir ! Maestro... en verlan (al vesre). Autrement dit, un maître.

A Buenos Aires, le respect réel, effectif, pour les grands artistes n’empêche pas cette forme d’effronterie, de transgression, de malséance soigneusement cultivée qui est partie intégrante de la culture lunfarda.

Le lunfardo, l’argot de Buenos Aires, use et abuse du vesre. Gardel parlait couramment ainsi, avec plusieurs de ses amis, dans des conversations à bâtons rompus...

Traduisez : golle a la saca de mi drema... (vous voyez ? Fastoche, non ?)

León Benarós interviewé dans le supplément dominical de Página/12 [Troesma]


Hier, dimanche 20 juillet, dans son supplément culturel Radar Libros (la Une ci-contre), le quotidien Página/12 a publié une interview d’un grand monsieur de la culture argentine, auquel le tango doit beaucoup mais qui reste peu connu du grand public (y compris là-bas) et pourtant !
Le journaliste Juan Pablo Bertazza le souligne en ouvrant son article : "Le fait que son oeuvre surprenante et hétérogène ne soit pas plus connue que ça semble confirmer que ce qui fait la grandeur de la littérature argentine, ce n’est pas tant les grandes et hautes figures que toute une série de personnalités qui ont une tête de plus que les autres mais qui restent à moitié cachées dans les seconds rangs".

León Benarós (né le 6 février 1915, dans la province de San Luis, au centre du pays) est un poète, un écrivain, un critique d’art, un historien et même un artiste peintre (un artista plástico, comme on dit à Buenos Aires).

Bref, un Troesma entre les troesmas...

Verbatim :

"J’ai constaté que la plupart des pays développés avaient eu un répertoire de chansons populaires très riche tandis qu’ici, il y avait des choses de notre histoire qui n’avaient encore jamais été chantées et je voulais remplir ce vide avec des personnages populaires. Avoir habité dans plusieurs régions du pays m’a aidé : je suis né à Villa Mercedes (San Luis), mais tout petit, je suis allé à Lomas de Zamorra, ensuite j’ai vécu dans la Province de La Pampa et à Mendoza où j’avais une maison avec plus de 10 pièces et où on faisait de grandes soirées guitare très courues. Le four tournait à plein régime, parce que les jeudis, il y avait des gens qui venaient chercher un sac de pain. On avait nos pauvres, nous aussi. C’est pour ça que le four marchait tout le temps..."

Pour lui, le poète, c’est "el gran rescatador" (le grand sauveteur) "parce qu’il recueille les choses qui pour la majorité des gens passent inaperçues, il est la voix de celui qui ne parle pas et de celui qui n’a jamais pu parler, de celui qui a perdu sa voix ou qui n’en a jamais eu".

"Avec Piana, en plus d’avoir enregistré en 1980 le disque Cara de negro (1), nous avons travaillé ensemble sur le film Derecho Viejo, dont il a fait la bande son, au tout début des années 50. Moi, j’avais écrit une milonga sans musique, en hommage à Eduardo Arolas (2), un type qui avait tellement d’intuition qu’il inspirait de l’admiration même à Astor Piazzolla, qui n’admirait pas grand-monde [...]. Il y avait là quelqu’un de très ami avec Manzi (3) [...], je la lui fais écouter et il me dit : "ça, c’est pour Piana" et c’est comme ça qu’il en a fait la musique et qu’on l’entend au début du film Derecho Viejo". (4)

"Un jour, Ben Molar m’appelle pour que je participe à ce qui allait être son disque 14 con el tango. (5) Entre D’Arienzo et Marianito (6), moi, j’ai choisi Marianito pour me faire la musique. Donc on se retrouve avec Mores et je lui dis : "Pouce, si tu veux bien... Parce que s’il faut que je mette des paroles sur un de tes arrangements ampoulés, je ne garantis pas le résultat...". Alors on a décidé de faire quelque chose dans le genre campagne, un peu comme Adiós Pampa mía et c’est comme ça qu’est né Oro y gris."

"J’ai beaucoup de reconnaissance pour différents milieux culturels [qui m’ont accordé des distinctions]... mais la vérité, c’est que je n’ai jamais bougé le petit doigt pour ma propre publicité. Il y a des gens qui veulent être partout, qui recherchent les premiers rangs. Moi, ça ne m’intéresse pas. Et même, ça m’embête."

Et quand il se lève à la fin de l’entretien et prend sa canne, il lance au journaliste : "Ce n’est pas que j’en ai besoin, c’est pour ressembler à Borges".


_ * _ * _ * _ * _ * _


León Benarós est co-directeur de collection chez Corregidor (Historia del Tango) et l’un des rédacteurs du site encyclopédique http://www.todotango.com/ (dirigé par Ricardo García Blaya).
La plus récente des distinctions qu’il a reçues est sa nomination par le Gouvernement argentin comme Personnalité Emérite de la Culture.
Benarós est sociétaire de nombreuses institutions artistiques, dont la Sadaic (Sociedad Argentina De Autores y Compositores) et l’Association Internationale des critiques d’art (à Paris).

Il est co-fondateur de l’Academia Porteña del Lunfardo (institution dépendant de la Ville de Buenos Aires et qui s’est donné pour objectif la défense et la promotion du lunfardo, l’argot du Río de La Plata).

Bibliographie et discographie succinctes :

Antiguas ciudades de América, 1943, éd. Emecé
Romancero Criollo, 1978, éd. Corregidor
Leyendas argentinas, 1981, éd. Atlántida
Antología poética, 1997, éd. Fondo Nacional de las Artes

Cara de negro, 1980, musique de Sebastián Piana
La Independencia, musique de Adolfo Abalos, Waldo Belloso et Carlos Di Fulvio. Album composé de :
La Patria no se hizo sola (la Patrie ne s’est pas faite toute seule)
Adiós, General Belgrano (Adieu Général Belgrano - un héros de la guerre d’indépendance)
Quemandose de su fuego (Se brûler au feu)
Cuatro barquitos (Quatre petits bateaux)
Soldado desconocido (Soldat inconnu)
La Martin Güemes (La Martin Güemes - du nom d’un héros de l’indépendance du nord argentin, surnommée la Guerra Gaucha)
Cielito de granaderos (Ciel de grenadiers)
Le hablo de un 9 de Julio (Je vous parle d’un 9 juillet - le jour de l’Indépendance)
Niña de Tucumán (Fillette de Tucumán - une ville du tiers nord argentin qui joua un rôle-clé pendant la guerre d’indépendance, notamment auprès de Belgrano)

A surveiller :
la biographie de León Benarós que prépare le poète et historien Horacio Salas (né en 1938), directeur de la Biblioteca Nacional de 2003 à 2004, ancien Secrétaire d’Etat à la Culture du Gouvernement de la Ville de Buenos Aires, membre de l’Academia de Historia Argentina, de l’Academia Nacional del Tango et de l’Academia Porteña del Lunfardo.
Son livre sur le tango (El Tango, ed. Emecé, Buenos Aires, 2004) est disponible en français sous le titre Le tango, ed. Babel, Paris, 2004

Liens : http://www.pagina12.com.ar/diario/suplementos/libros/index.html (supplément Radar Libros du 20.07.08)

(1) un disque de candombes, rythme afro-rioplatense qui appartient à la grande famille du tango
(2) c’est l’époque où le gouvernement Perón s’employait à faire rapatrier les cendres du musicien mort et enterré à Paris en 1924
(3) Homero Manzi, 1907-1951
(4) Il s’agit de la milonga Recordando a Arolas
(5) disque d’anthologie, où l’éditeur de musique Ben Molar, autre grand nonagénaire du tango actuel, avait réuni autour du tango la crème des poètes (dont Sabato et Borges) et la crème des compositeurs de tango du moment (dont Julio De Caro, Juan D'Arienzo, Aníbal Troilo, Sebastián Piana, Astor Piazzolla...). Ce disque historique est sorti le 17 novembre 1966
(6) Mariano Mores, pianiste et compositeur, né en 1922


_ * _ * _ * _ * _ * _


Oro y gris
Letra de León Benarós, música de Mariano Mores

(Le poète travaille ici une thématique classique du tango : les pépites d’or mélangée à la boue, la grandeur de l’homme et l’humilité, la déréliction de la condition du peuple. C’est si bien ainsi qu’il l’entend que dans son article, Juan Pablo Bertazza traduit spontanément ce titre comme Oro y barro, or et boue).

Caía en oro y gris el día azul
del hondo abril
en que llegaste.
Tal vez lo eterno fue de nuestro amor
el llanto aquél
que derramaste.
¡Divina criatura musical...!
¡Asombro fiel
de tu mirada angelical!
Y tu melena, como un cálido trigal,
iba encendiendo sin querer
a mi sereno atardecer,
que iluminaste.

¡Qué breve fue la flor
de tu ansiedad y tu temor,
en nuestro amor!
¡Pequeña mía,
sentimental,
ardiente rosa
de mi rosal:
estoy poblado de tu ausencia,
y este dolor me hace feliz.
La calle es niebla y cerrazón,
y, mientras digo mi canción,
lloviendo está en mi corazón,
en oro y gris...

Tombait en or et en gris le jour splendide
De ce profond avril
Où tu es arrivée.
Peut-être ce que notre amour eut d’éternel
Fut-il ce long sanglot
Que tu as répandu.
Divine enfant musicale !
Emerveillement fidèle
De ton regard d’ange !
Et ta chevelure, comme un champ de blé tout chaud,
Allait mettant le feu sans le vouloir
A mon crépuscule serein
Que tu as illuminé.

Combien rapide fut la fleur
De ton angoisse et de ta peur
Dans notre amour !
Petite qui fus mienne,
Sentimentale,
Rose brûlante
De mon rosier :
Je suis peuplé de ton absence
Et cette douleur me rend heureux.
La rue est brume et ciel menaçant,
Et, tandis que je dis ma chanson,
Voilà qu’il pleut dans mon coeur,
En or et en gris...
(traduction Denise Anne Clavilier)

Dema et La Petitera [A l'affiche]



A Buenos Aires.

Prochain concert du chanteur-compositeur Dema, avec ses guitaristes, groupe plus connu comme La Petitera.
Ce sera le samedi 26 juillet à 21h30, au Centre Culturel Caras y Caretas (du nom d'une célèbre et historique revue culturelle).
Des artistes volontiers provocateurs, mais tout est dans le texte et la musique. Pour le reste, une grande sobriété de moyens : un chanteur, deux guitares, un éclairage sans chichi, des tenues de ville sans formalité.... C'est tout un style... (celui de leur affiche pour ce concert par exemple : une image de 2001, désormais emblématique pour les Argentins, des concerts de casseroles dans les rues pour protester contre la politique désastreuse qui venait d'aboutir à un monstrueux krach bancaire général).


Vous pouvez les trouver sur You Tube...


J'espère avoir l'occasion de les voir bientôt en chair, en os et en guitares, sur scène, mais ce ne sera sans doute pas sous nos lattitudes, en tout cas pas de sitôt...

Daniel Melingo en tournée en Europe [ici]

Le chanteur et compositeur Daniel Melingo est actuellement en tournée à travers l'Europe.
Il se produit à Paris du 21 au 24 juillet, le 25 à Berlin, le 30 à Brugges. Retour en France le 31 (à Angers), le 6 août, il chantera à Sète et le lendemain, à Nantes... Ensuite retour à Buenos Aires, pour chanter pendant le Festival de Tango de la Ville (15 au 24 août).
Et la tournée reprendra en octobre.

Daniel Melingo est un chanteur à part, qui traîne derrière lui une réputation de fou à lier. Il est aussi un mime hors pair, un guitariste, un clarinettiste, un compositeur, un arrangeur... N'en jetez plus ! Son style et sa voix en font un artiste de tango traditionnel et aussi peu classique que possible, si tant est qu'il y ait jamais eu des artistes de tango classiques. Un style d'interprétation à rebrousse-poil, le timbre de voix d'un papier de verre et une scie à musique derrière sa voix...
On dit de Daniel Melingo qu'il est plus reconnu en Europe que dans son pays, où sa manière de chanter, trop hétérodoxe, ne plaît pas à tout le monde. Mais être plus apprécié en Europe que sur les rives du Río de La Plata n'est pas toujours signe d'un manque d'authenticité.

La même mésaventure a frappé un musicien on ne peut plus authentique : un certain Astor Piazzolla, dans les années 50 à 70. Au point qu'il était venu vivre en Italie !

Dans les bacs de nos disquaires, ses albums ne sont pas très difficiles à trouver. Sa Santa Milonga (ed. Mañana, distribué en Europe par Naïve) semble bien marcher.

Parmi les compositions de Daniel Melingo, beaucoup de tangos écrits par le poète Enrique Cadícamo (1900-1995), dont l'ancrage dans la tradition tanguera ne peut faire de doute : il est de ceux qui l'ont fondée... Dans son disque UFA! (ed. Pelo Music, 2003), il chante plusieurs de ces tangos comme Llovizna, Mano cruel, Música Beat, La luna de arrabal et d'autres. Dans le même album, qui compte 23 pistes, des inédits sur des poèmes d'un autre grand, Luis Alposta, un poète de la génération de 1930 dont le style littéraire décoiffe lui aussi pas mal...

Depuis sa naissance, le tango est un genre qu'on veut enfermer, domestiquer, polir, enjoliver, récupérer et qui brise toutes ces prisons pour repartir, libre de tout lien et par là même fidèle à ses sources...

dimanche 20 juillet 2008

Bonne fête de l'Amitié

En Argentine comme en Uruguay, aujourd'hui, 20 juillet, c'est donc la Fête de l'Amitié, el Día del Amigo. A Buenos Aires, pour ce dimanche, la météo prévoit de la pluie, sous des formes diverses et variées... Pas terrible pour l'asado dans le patio...

Je profite de cette journée, qui est la deuxième de Barrio de Tango, pour l'inaugurer en souhaitant, malgré la pluie, une très bonne et belle fête à tous les amis que j'ai là-bas et que je me réjouis de retrouver prochainement. A Paris, il fait grand soleil et la température est des plus agréables bien que frisquette pour la saison. Je leur en envoie un peu de soleil...

Et aux amis belges aussi, qui fêteront demain, 21 juillet, la Fête Nationale... Goeie, gelukkige Nationaale Feestdag!

Aprovecho la ocasión para felicitarlos a todos mis amigos queridos en Buenos Aires y La Plata... ¡Un feliz Día del Amigo a todos!

samedi 19 juillet 2008

Derecho viejo [Jactance & pinta]

"Derecho viejo" est une expression typique de là-bas, qui veut dire "sans y aller par quatre chemins", "d’emblée", "sans ambage". Littéralement : tout droit, à l'ancienne (nos aïeux faisaient toujours mieux que nous, c'est bien connu).
C’est aussi le titre d’un tango d’Eduardo Arolas, grand compositeur de la Guardia Vieja, qui mourut (à Paris d’ailleurs), où il avait su faire apprécier ses talents de bandonéoniste... C’était en 1924.

De temps en temps, je vous donnerai ainsi, dans cette rubrique [Jactance & pinta], une expression, un mot de ce langage typique de la ville de Buenos Aires. Ce langage qu’on retrouve toujours dans le tango et qui fait que c’est si difficile pour nous d’entraver que couic à ce que le gars, y chante ! (imaginez un peu si un Argentin comprend les 10 derniers mots de cette phrase...)

Et si les Argentins le souhaitent, ils pourront trouver dans la même rubrique l'explication de quelques unes de nos expressions idiomatiques et de nos inventions argotiques, telles que nous les apprécions dans la bouche de Lino Ventura (Monsieur Fernand) ou de Francis Blanche (Maître Folace), sous la plume de Michel Audiard dans Les Tontons Flingueurs ou Les Barbouzes...