jeudi 17 mars 2016

Lo de Jac retrouve son rythme de croisière [à l'affiche]


Le cycle de soirées musicales organisées par la chanteuse Jacqueline Sigaut chez elle, à Palermo, dans les quartiers nord de Buenos Aires, retrouve son rythme normal de l'année. La prochaine rencontre aura lieu ce samedi 19 mars 2016, à 21h30, dans les conditions habituelles (1).

Cette semaine, Jacqueline Sigaut accueille la chanteuse Karina Beorlegui et le pianiste (et compositeur) Federico Mizrahi.

Bonne soirée à ceux qui auront la chance d'en profiter (2).


(1) La chanteuse demande que les participants s'inscrivent à l'avance par mail. Tout est sur le visuel promotionnel.
(2) Peu de mise à jour aujourd'hui et demain pour cause de Salon Mondial du Tourisme de Paris où je vous accueille toute la journée pour vous parler d'Argentine sur le stand de Human Trip (n° J51).

mercredi 16 mars 2016

Une heure pour la Planète en faveur du daim des Pampas [Actu]

Couverture de la revue de la FVSA
n° 133 (dernier trimestre 2015)
Son symbole : le fourmilier (près du titre)
la photo de une : une biche venado

En Argentine, l'extinction des feux pendant une heure demandée par le WWF dans le monde entier pour sensibiliser les populations aux enjeux du réchauffement climatique aura lieu samedi prochain à 20h30. Sur place, cette année, la Fondation Vie Sauvage Argentine (Vida Silvestre Argentina) qui relaie l'opération du WWF, a décidé de mettre l'accent sur le risque d'extinction du daim des Pampas, somptueux cervidé devenu l'un des emblèmes des plaines du pays : el venado de las Pampas.

Aujourd'hui, on estime la population de cet animal à 2.000 individus répartis essentiellement sur quatre provinces, San Luis, Corrientes, Santa Fe et Province de Buenos Aires, en petites hardes de quelques dizaines d'adultes et de juvéniles. Au moment de l'indépendance, on estimait la population à plusieurs millions d'individus répartis sur un territoire beaucoup plus large mais il a été beaucoup chassé...

Affiche pour samedi 19 mars
Une heure pour la planète

Ce daim est à présent menacé par l'agriculture intensive et l'usage excessif des pesticides très polluants qui accompagnent obligatoirement la culture des semences OGM de Monsanto, surtout du soja et du maïs. Ces mêmes techniques agricoles qui viennent d'être célébrées et encouragées par le Gouvernement fédéral et les autorités corporatives à Expo Agro, le salon de l'agriculture argentin qui n'a vraiment rien à voir avec celui qui se tient à la Porte de Versailles à Paris : ce ne sont pas les producteurs qui s'y font connaître du grand public mais les fabricants de machines agricoles, les semenciers et les producteurs de produits phytosanitaires et vétérinaires qui y tiennent le haut du pavé.

Un deuxième animal a droit cette année aux égards de la communication de Vida Silvestre Argentina : le jaguar (yaguataré), un animal en cours de réintégration dans les régions subtropicales, notamment à Misiones et Corrientes.

Le venado de las Pampas apparaît assez souvent dans les contes de la tradition orale argentine que j'ai présentés dans mon dernier livre, Contes animaliers d'Argentine (juin 2015, Editions du Jasmin).

Pour en savoir plus :
lire l'article de La Nación sur le Venado de las Pampas
lire la fiche de l'animal sur le site Internet institutionel Patrimonio Natural
lire sa fiche sur le site consacré aux Marais Iberá de Corrientes
lire le dossier que Vida Silvestre Argentina a consacré à cette belle cause. Une petite vidéo de daims en liberté dans la réserve de Iberá vous attend sur la page d'accueil.

Sur le site de la fondation, vous pourrez télécharger le dernier numéro de sa revue, Silvestre (60 pages en pdf).

Une appellation d'origine géographique pour la Yerba Mate [Actu]

Elle constitue une importante activité agricole régional qui implique la société, la production, l'industrie et le commerce

La notion de terroir pour les produits issus de l'agriculture se développe peu à peu en Argentine. C'est une manière très nouvelle d'envisager la démarche qualité, toujours dominée par la notion de marque commerciale, qui uniformise les produits et s'oppose à celle de terroir, qui comporte nécessairement des particularités dues au climat, aux techniques traditionnelles, à la composition minérale de la terre et même aux semences, aux différentes variétés végétales et races animales...

La route de la Yerba Mate (RYM)
L'un des processus de séchage des feuilles

C'est ainsi qu'un label d'origine géographique, avec cahier des charges attaché, pourra maintenant garantir la provenance de la yerba mate, l'un des premiers produits de l'identité argentine. Le mate est en effet boisson nationale et l'Argentine est le tout premier producteur ainsi que le premier exportateur de la plante élaborée (séchée, fermentée puis grossièrement hachée) qui sert à produire l'infusion. Deux provinces se partagent la production de cet or vert : Corrientes et Misiones. Et le produit se partage en deux modes d'élaboration : une production industrielle, qui donne une yerba mate standardisée, au goût très fort ou adouci mais plat et sans grand relief dans les deux cas, et une production artisanale, issue de petites coopératives, où l'on travaille à la main et où l'on donne du temps au temps, ce qui dote leurs yerbas d'arômes profonds et riches, longs en bouche et qui tiennent sur la longueur de la dégustation, arrosage après arrosage (1).

La récolte sur la RYM

C'est Radio Nacional et la presse locale qui nous informe de cette nouveauté prometteuse, tant sur le marché intérieur que pour l'exportation (2). Le label a été accordé au cours de la sixième réunion du Commission nationale d'expertise sur les dénominations géographiques des produits agricoles, à la demande conjointe des ministères de l'agriculture des deux Provinces.

Le sud du Brésil et l'ouest du Paraguay produisent également de la yerba mate mais elle n'aurait pas les mêmes caractéristiques gustatives et organoleptiques que celle produite en Argentine, c'est en tout cas ce que les Argentins affirment (3).

Pour en savoir plus :
lire l'article de Radio Nacional et l'écouter sur le site Internet de la station



(1) La technique de l'infusion est très particulière : on remplit aux trois-quarts un récipient individuel, de bois, céramique, verre, fer blanc, corne ou coloquinte, de yerba mate que l'on arrose à moitié d'eau chaude (entre 75 et 85°, pas plus). On laisse gonfler une ou deux minutes. On introduit la pipette, la bombilla, qui permet de filter l'eau et de ne pas avaler les poussières de feuille hachée. On recouvre d'eau chaude et on aspire à travers la bombilla l'équivalent de deux ou trois gorgées avant de remettre de l'eau et ainsi de suite. La yerba industrielle perd son goût au bout d'un demi-litre d'eau. Certaines yerbas artisanales tiennent le litre...
(2) Il existe plusieurs points de vente de yerba mate en Europe. Il y a en particulier une boutique en ligne, installée en Alsace, où vous pourrez trouver un très grand choix de marques : www.yerba-mate.fr.
(3) Je n'ai jamais eu l'occasion de goûter au mate brésilien ou paraguayen. Je ne me permettrais pas de me prononcer sur cette question délicate.

Un Cash spécial Aldo Ferrer à l'heure de la rigueur [Actu]


Alors que l'opposition se désespère devant la disparition d'une grande partie des acquis sociaux développés par les présidents Néstor et Cristina Kirchner, Página/12 a décidé de rendre, dans son supplément économique Cash du 15 mars, un nouvel et solennel hommage à l'économiste souverainiste de gauche Aldo Ferrer, décédé à l'âge de 88 ans la semaine dernière. Il soutenait la politique des Kirchner.

L'un des grands acquis de Cristina, la résistance d'un pays souverain aux intérêts privés qui spéculent sur sa dette, risque de basculer aujourd'hui avec l'ouverture du débat parlementaire sur le règlement, passablement léonin (à en croire Página/12), du solde de la dette : l'Argentine accepte de tout payer d'un coup, capital et intérêts, et même de rembourser aux fonds privés les frais d'avocat qu'ils ont engagés pour attaquer le pays devant la justice locale de New York depuis deux ans. Qui plus est, ce règlement n'interdit même pas à ces créanciers remboursés d'ester de nouveau en justice contre la République argentine si jamais l'envie leur en prenait. Ce dernier point est le plus surprenant : en général, un règlement éteint définitivement les contentieux judiciaires entre les parties.

L'ONU, organisation dans laquelle travaillait il y a quelques mois encore la nouvelle ministre des Affaires étrangères, Susana Malcorra, a déjà exprimé sa préoccupation : l'organisation internationale avait en effet il y a peu voté, sur proposition de l'Argentine, une résolution qui protège les dettes souveraines des spéculations du marché. Et pour ne rien arranger, Barack Obama, qui arrivera dans une semaine à Buenos Aires pour une visite officielle très polémique, vient de se féliciter publiquement de l'élection de Mauricio Macri tout en rappelant que Cristina avait une politique hostile aux Etats-Unis (ce qui n'est pas faux). Página/12 y consacrait hier un article au titre ironique, qui reprend le titre d'un film de Homero Manzi en hommage à Domingo Faustino Sarmiento (1811-1888) (1), la grande figure de l'idéologie libérale conservatrice que déteste la gauche péroniste : Su mejor alumno (entendez "son meilleur élève" – Macri à l'école d'Obama, c'est-à-dire en fait celle de l'Oncle Sam).


(1) Sarmiento est resté dans la mémoire populaire comme un homme détaché des biens matériels, incorruptible et immense pédagogue. Il développa l'idée d'une école obligatoire, gratuite et laïque qui déboucha sur la loi de 1883, immédiatement après son mandat de président de la Nation.

lundi 14 mars 2016

Grande soirée Cucuza au Niceto Club [à l'affiche]


Le chanteur Cucuza Castiello sera vendredi 18 mars 2016, à 20h, au Niceto Club, à Palermo (Niceto Vega 5510) :
musiciens, dont le désormais célèbre Trío Inestable, composé du bandonéoniste Sebastián Zasali, du guitariste Mateo Castiello (son fils) et de la pianiste Noelia Sinkunas
chanteurs : vous avez repéré les noms de Walter Chino Laborde, de Osvaldo Peredo, du Negro Falótico, de Marina Ríos et de Lucio Arce, dont il y a bien longtemps que je n'ai pas eu l'occasion de vous parler
danseurs : un couple fera des démonstrations et il y aura un cours donné par Luciana del Rocio García.

Prix : 100 $ ARG, en réservant à l'avance, au guichet de la sale, du lundi au vendredi de 12h à 18h (en espèces). Pour payer par d'autres moyens, il faut réserver en ligne grâce aux liens donnés par le site Web de la salle.

Pour en savoir plus :
consulter la nouvelle page Facebook de Cucuza (Uno que disfruta del Tango : quelqu'un qui aime le tango)
consulter la page du spectacle sur le site Internet du Niceto Club.

Cours de danse au Museo Casa Carlos Gardel [à l'affiche]


Le Museo Casa Carlos Gardel, situé dans la rue Jean Jaurés au numéro 735, propose à nouveau cette année des cours gratuits de tango-danse dans le patio couvert. Les cours auront lieu le mardi et le jeudi de 18h30 à 21h et le samedi de 16h à 17h.

Les inscriptions ont lieu cette semaine, mardi et jeudi, aux heures des cours.

samedi 12 mars 2016

Patio Gastronómico sur Avenida de Mayo [à l'affiche]


Pendant que Avenida Corrientes fête les livres et les librairies, quelques centaines de mètres plus au sud, la Avenida de Mayo propose cet après-midi un festival gastronomique où se mêlent de nombreuses traditions culinaires du monde entier.

Ce sera la cinquième édition du Patio Gastronómico de las Comunidades. Quatre-vingt stands s'installent sur l'avenue, du côté de Plaza de Mayo. quarante délégations internationales seront présentes

La fête commence à 16h et s'achèvera vers 21h. Pour déguster sur place ou faire ses courses...

Une vue de la manifestation l'année dernière

Pour en savoir plus :
lire la présentation officielle sur le portail de la Ville Autonome de Buenos Aires.

Reprise de El Farmer au Teatro San Martín [à l'affiche]

Photo publiée par le théâtre sur sa page Facebook

Depuis le milieu de la semaine, le Teatro San Martín, sur Avenida Corrientes, a repris la pièce tirée du roman de Andrés Rivera, sur la vie et l'œuvre politique de Juan Manuel de Rosas (1793-1877), figure majeure du mouvement fédéral, gouverneur despotique de la Province de Buenos Aires qui finit ses jours exilé à Southampton, comme misérable fermier d'un riche propriétaire britannique.

Sur scène, le Rosas au pouvoir, interprété par Rodrigo de la Serna, le jeune premier vedette en Argentine, dialogue avec le Rosas de l'exil anglais, joué par Pompeyo Audivert. La mise en scène est un travail en commun des deux comédiens.

Juan Manuel de Rosas est l'un des héros des revisionistas, ces historiens, ou plutôt ces historiographes, qui suivent une idéologie de gauche et nationaliste, essentiellement péronistes aujourd'hui, dont je vous parle assez souvent. C'est aussi un personnage capital dans l'histoire de Buenos Aires, où il reste un point de repère aimé malgré le caractère sanglant de son règne entre 1835 et 1852.

Le spectacle, qui dure 90 minutes, a connu un indéniable succès pendant la saison 2015.

Il est donné du mercredi au samedi, à 20h, et le dimanche à 19h.

Prix des places : 140 $ ARG
sauf le mercredi, jour populaire. La place est alors à 70 $. Le théâtre dépend du ministère de la Culture de la Ville Autonome de Buenos Aires.

Le spectacle est donné dans le Complexe Culturel San Martín, entrée par la rue Sarmiento (n° 1551).

Pour aller plus loin :
lire l'article de Barrio de Tango du 9 août 2015
lire la présentation du spectacle sur le site du théâtre
se connecter à la page Facebook du San Martín.

Journée de soutien à ECuNHi [à l'affiche]


ECuNHi, le centre culturel de l'association Madres de Plaza de Mayo, sur le campus de l'ex-ESMA, organise une après-midi militante aujourd'hui, samedi 12 mars 2016, contre le Gouvernement en place, qui lui a coupé quelques vivres, en éliminant un bon nombre de contrats de travail dont le montage ne lui semblait pas très catholique.


Depuis, le centre est en difficulté et rouspète en criant très fort, tandis que la présidente de l'association continue à se déclarer en guerre contre le Président, dûment élu, un président qu'elle ne cesse de flétrir et qu'elle estime illégitime, parce qu'il est de droite et elle de gauche (1).


De 16h à 20h30, le centre propose donc différentes activités pour son public habituel : enfants et personnes du troisième âge.

Participation libre. Maintien des activités même par temps pluvieux.

Página/12 a fait de la manifestation à ECuNHi la une de ses pages culturelles
Au centre de la photo, plus grande que ses compagnes de lutte
Hebe de Bonafini, la présidente de Madres de Plaza de Mayo, en guerre ouverte avec Macri
(C'est moi qui ai disposé l'image en format paysage)

Dans le même temps, le gouvernement argentin affirme qu'il négocie actuellement avec les Etats-Unis, en préparation de la visite de Barack Obama, du 23 au 25 mars, l'ouverture des archives secrètes concernant la dictature en Argentine, une réclamation de longue date des organisations argentines des droits de l'homme. Claudio Avruj, le secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme, dont les bureaux sont situés sur le site de l'ex-ESMA, espère une visite du président des Etats-Unis dans ces lieux que les militaires putschistes avaient transformés en prison et centre de torture clandestin. Une visite que Estela de Carlotto, la présidente de Abuelas de Plaza de Mayo, a rejetée par avance, avec des arguments très contestables (que j'ai analysés il y a une semaine). Et pourtant, c'est bien Claudio Avruj qui a raison : on ne peut pas en même temps exiger que les activités des centres culturels soient entièrement (ou presque) subventionnées par l'Etat fédéral et interdire à ce même Etat d'y convier les inviter de sa diplomatie. Et cela ne veut pas dire que l'équipe gouvernementale se prend pour la propriétaire du pays. Elle est juste comptable de l'emploi des infrastructures et des finances publiques et le Président a été élu pour cela.

Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12 sur la demi-journée militante à ECuNHi
lire l'article de La Nación sur les projets de visite de Barack Obama à l'ex-ESMA
lire l'interview de Claudio Avruj dans La Nación : il s'y exprime notamment sur les procès contre les criminels de la dictature qui suivront leur cours. Voir également l'interview de Conversaciones, les vidéos accessibles sur le site Internet du quotidien.
En revanche, l'éditorial de Carlos Pagni dans La Nación est très contestable : il y affirme que les Etats-Unis n'y sont pour rien dans la dictature militaire qui a frappée l'Argentine entre 1976 et 1983 alors que l'implication de la CIA dans le coup d'Etat ne fait plus aucun doute pour personne, pas même pour les citoyens des Etats-Unis raisonnablement informés.

Ajout du 13 mars 2016 :
lire l'article de Página/12 sur le succès de la manifestation


(1) C'est une chose qui me frappait chez certains des militants kirchneristes depuis le mandat de Néstor Kichner. En les écoutant parler, je me disais qu'il ne ferait pas bon leur confier le pays parce qu'ils seraient les premiers à y faire régner une autre dictature, menant une politique opposée à celles des généraux mais guère plus tolérante ni plus pacifique...

Autorité de la chose jugée [Actu]

Le juge fédéral Daniel Rafecas a enfin répondu au procureur Gerardo Pollicita qui, dès la prestation de serment de Mauricio Macri, le 10 décembre dernier, lui avait fait parvenir de nouvelles réquisitions contre Cristina Kirchner (1), espérant que le juge allait trouver de nouveaux motifs pour poursuivre l'ex-présidente pour crime de haute trahison dans le cadre des négociations avec l'Iran, négociations qui n'ont jamais abouti à rien et qui, on le dit maintenant, auraient été ouvertes sur les instances pressantes de Hugo Chávez, très désireux de mettre en difficulté les Etats-Unis, qui n'en étaient pas encore à officialiser leur tentative de rapprochement avec l'Iran ni leurs négociations bilatérales sur le nucléaire persan.

Daniel Rafecas avait déjà repoussé ces réquisitions l'année dernière (2) en motivant son refus sur le caractère fantaisiste du raisonnement suivi par Alberto Nisman, qui venait de mourir dans des circonstances que les juges tendaient alors à considérer comme un suicide (avant que le décor change du tout au tout il y a quelques semaines) (3). Ce non lieu, prononcé alors pour inexistence de la commission de crime, avait été confirmé en appel puis devant la Cour de Cassation, dont le procureur s'était désisté du pourvoi présenté par le procureur de l'instance précédente.

Il y a deux jours, Daniel Rafecas a donc confirmé son non lieu de février 2015 en invoquant à nouveau la non commission du crime soi-disant à poursuivre et en ajoutant le principe de l'autorité de la chose jugée, un principe-clé en démocratie : il est impossible de revenir sur une cause qui a épuisé tous les recours prévus par la procédure (à moins dans certaines législations de fournir de nouvelles preuves, ce qui d'ailleurs n'était même pas le cas dans ce dossier). L'affaire est donc définitivement close et les accusations sans preuve portées par Alberto Nisman ne sont pas recevables.

A peu près en même temps, toujours dans les à-côtés de l'affaire Nisman et de la mort violente de ce magistrat, le directeur de la police fédérale a dû démissionner : il avait été nommé à ce poste par Cristina Kirchner et s'est retrouvé en mauvaise posture il y a quelques jours, lorsque la juge d'instruction a décidé de se déclarer incompétente et de passer le dossier à la justice fédérale. Elle a en effet justifié sa décision par le fait que les toutes premières investigations n'auraient pas été accomplies dans les règles de l'art. Or la présence du chef de la police fédérale sur le lieu du crime avant l'arrivée de la procureure Viviana Fein aurait contribué à polluer la scène qu'il n'a pas pris la peine de geler afin de garantir, comme on l'aurait attendu de lui, les conditions de réalisation des investigations criminelles à venir.
Dès le lendemain, il a été remplacé par l'un des sous-directeurs déjà en fonction.

Pour en savoir plus :
sur le non lieu confirmé par Rafecas
lire l'article de La Nación
sur la démision du chef de la police fédérale



(1) Cette démarche, pour le moins contestable dans un Etat de droit, sentait l'esprit vindicatif et manifestait un acharnement à revenir à la charge par haine plus que par sens de la justice.
(2) Lire mon article du 27 février 2015 à ce propos. En cliquant sur le mot-clé Affaire Nisman, vous pouvez faire remonter en première page tous les articles que j'ai publiés dans ce blog sur ce scandale à ramifications multiples.
(3) Lire mon article du 3 mars 2016 à ce sujet.

Nouvelle édition de la Noche de las Librerías ce soir [à l'affiche]


Conférences, tables-rondes, dédicaces, spectacles et présentation d'ouvrages récents, jeux et autres activités à l'intention des petits, tel est le programme de cette nouvelle nuit des librairies qui se tient ce soir, principalement le long de Avenida Corrientes, piétonnisée pour une nuit sur près d'un kilomètre entre les rues Junín et Libertad, ainsi que dans divers quartiers, San Telmo, Almagro, Barracas, Caballito, Balvanera, Recoleta, Palermo et Nuñez.


Cette nuit, de 18h à minuit, les librairies gardent leurs portes ouvertes et les Portègnes se promènent, en profitant de cette belle nuit de la fin de l'été.

Cliquez sur les images pour lire les textes

L'opération, qui en est à sa neuvième édition, est aussi une formidable opération commerciale pour le secteur du livre, à quelques semaines de l'ouverture de la Feria del Libro de Buenos Aires et tout le monde en profite : les librairies participantes, les bars et les restaurants situés sur le parcours.

Pour en savoir plus :
lire l'annonce officielle faite par le Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires

vendredi 11 mars 2016

Alfredo Zitarrosa aurait eu quatre-vingts ans hier [à l'affiche]


Hier, le 10 mars 2016, Alfredo Zitarrosa, un très grand de la chanson à texte uruguayen, aurait eu quatre-vingts. Son pays natal avait décidé de lui rendre un méga-hommage au Stade Centenario à Montevideo. Le mauvais temps qui régnait hier sur l'Uruguay a retardé d'un jour l'événement qui se tiendra donc ce soir.

On attend plus de 50 artistes de différents pays hispanophones, pour faire vivre en grand ce très beau répertoire d'un créateur qu'on peut rapprocher en France avec un Georges Brassens. Et puis quelle voix !

Alfredo Zitarrosa a droit à un encadré sur la gauche
En vedette, un fait divers (un meurtre raciste)
et la prison préventive réclamée contre Lula au Brésil
pour fait de corruption
Pour lire les textes, cliquez sur l'image

La presse déborde d'hommages en tout genre, cahiers spéciaux et dossiers en ligne, avec photos, vidéos et audios du disparu trop tôt. Celui proposé sur son site par El Observador est particulièrement émouvant... Précipitez-vous pour découvrir cette voix chaude et grave, si vous ne la connaissez pas encore.

Pour aller plus loin :
dans la presse uruguayenne
écouter l'hommage du guitariste Ciro Pérez, qui travailla avec Zitarrosa et s'est depuis une vingtaine d'années installé en Corse : il interprète la chanson la plus célèbre du maestro, El violín de Becho
dans la presse argentine
lire l'article de La Nación

Ajout du 14 mars 2016 :
lire l'article de Página/12 sur la tenue de l'hommage vendredi soir.
Le quotidien argentin en a même fait la une de ses pages culturelles de ce début de semaine.

La une des pages culturelles de Página/12 du 14 mars 2016
C'est moi qui ai disposé l'image en format paysage

jeudi 10 mars 2016

Demain, le Museo José Hernández fête le Bicentenaire [à l'affiche]


Demain, vendredi 11 mars 2016, le Museo de Arte Popular José Hernández proposera une exposition autour de la déclaration d'indépendance du 9 juillet 1816 : il a réuni seize artistes pour rendre hommage à cet acte fondateur de l'Argentine.

Le vernissage se tiendra de 18h30 à 20h30.

L'entrée sera gratuite (sous condition d'acquitter le prix de visite du musée lui-même, 10 $ ARG sauf le mercredi) et l'exposition ne fermera ses portes que le 5 juin (une bonne durée pour une exposition temporaire à Buenos Aires).

Nous entrons dans une année importante puisque ce sera la seule des six années du Bicentenaire qu'une majorité macriste pourra marquer de son empreinte.

Pour en savoir plus :
connectez-vous à la page Facebook du musée.

Changements symboliques à la Casa Rosada [Actu]

La Casa Rosada, de nuit, en août 2011
avec un éclairage spécial bicentenaire

Le Gouvernement argentin a fait savoir que le Président Macri entendait transformer en profondeur la décoration de la Casa Rosada : d'une part, il va moderniser l'ameublement, faire une place au design actuel, façon Pompidou en France au tournant des années 60 et 70, et transformer ce lourd palais fastueux, chargé d'histoire, en un lieu de travail fonctionnel (1), d'autre part, il va remettre les symboles à leur place légitime en "désidéologisant" les arrangements très partisans, à la limite du sectaire, effectués par Cristina Kirchner.

C'est ainsi que les bustes des héros péronistes et revisionistas (2) ainsi que celui de l'ancien président Néstor Kirchner vont faire place nette dans le grand vestibule d'honneur où Cristina leur avait attribué une place privilégiée. Désormais, les héros non argentins, les anciens, comme Simón Bolívar, et les contemporains, comme Hugo Chávez, vont disparaître ainsi que les héros non institutionnels comme Evita Duarte de Perón, dont Cristina a usé et abusé autant qu'il lui a été possible (c'est la grande héroïne du féminisme péroniste, tout de même !). Place aux Argentins et uniquement à eux. Adieu le rêve de la Patria Grande, si chère à la gauche sud-américaine : tout le continent uni dans une même fédération... Les bustes des présidents seront bientôt rassemblés dans une galerie où ils seront présentés dans l'ordre historique de leur mandat et sans distinction de personne. Bien entendu, le geste significatif sera ce qu'il fera des présidents de facto, ceux qui ont emménagé à la Casa Rosada après avoir réussi un coup d'Etat.

Le musée national du Bicentenaire, installé à l'arrière du palais présidentiel, avec vue sur Plaza Colón, va lui aussi être entièrement repensé afin d'y équilibrer le discours historique : Rosas et Perón seront descendus de leur piédestal revisionista et Sarmiento, bien maltraité par le discours kirchneriste, sera réhabilité (3) (voir à ce sujet le Vademecum historique dans les Petites Chronologies de la Colonne de Droite). Le travail devrait être confié à des muséologues et des historiens dignes de ce nom (en tout cas, c'est ce qu'on nous annonce). Il faudra voir pour en avoir le cœur net.

Copie d'écran de Gobierno Abierto

Par ailleurs, le Gouvernement vient de mettre en place deux nouveaux portails Web, Gobierno Abierto et Datos, dont l'objectif est d'injecter de la transparence dans l'information publique : de nombreuses données y seront accessibles pour en terminer avec la politique d'opacité que Macri critique chez ses deux prédécesseurs. L'Argentine est en effet classée au 57ème rang pour l'accessibilité des données publiques tandis que le petit voisin qu'est l'Uruguay arrive, lui, à la 7ème place. L'Argentine a donc des progrès à faire : le ministre de la Modernisation et celle des Affaires étrangères se sont donc réunis il y a quelques jours pour présenter à la presse le nouveau site Internet. Plusieurs municipalités de la province de Buenos Aires, comme Bahía Bianca, Junín et Rivadavia (4), ont déjà accepté de participer au portail Datos en déposant leurs données officielles. Y participent aussi les provinces de Misiones et de San Luis, qui sont dans l'opposition nationale (majorité provinciale kirchneriste) (5).

Dernière révolution symbolique qui clôt ces 100 jours d'ouverture du nouveau gouvernement : le ministère de la Sécurité réfléchit à la mise en place d'un système de protection qui permette de retirer le jeu de hautes barrières métalliques derrière lequel la Casa Rosada se retranche depuis des années. Cela rendrait enfin à la Plaza de Mayo cette belle perspective dégagée qu'elle mérite, non pas qu'elle soit également belle sur ces quatre côtés mais l'équilibre qui existe entre le Cabildo à l'ouest, la Casa Rosada à l'est et la cathédrale au nord, avec au centre le pyramidion de Mai et la statue équestre de Belgrano, mérite une mise en valeur patrimoniale que la laideur de ces barrières grises à grillage serré gâche irrémédiablement... J'attends donc le mois d'août avec impatience pour découvrir tous ces changements !

Pour aller plus loin :
lire l'article de Clarín sur la "dékirchnerisation" de la Casa Rosada
lire l'article de La Nación sur les deux portails Web de la transparence gouvernementale
lire l'article de La Nación sur le projet de libérer Plaza de Mayo de ses hideuses protections
Consulter le portail Datos.org.ar et le portail Gobierno Abierto.



(1) Mauricio Macri semble passablement insensible à la dimension patrimoniale et historique en général. La manière très cavalière dont il a photographié son chien assis dans le fauteuil présidentiel, une image qu'il a aussitôt diffusée sur Twitter, avait déjà alerté sur cette absence de sensibilité. Il est possible que le dépoussiérage qu'il prétend faire relève de ce manque de considération pour l'épaisseur du temps que matérialise le patrimoine de la Casa Rosada, une épaisseur du temps qui n'avait jamais quitté la conscience de Pompidou.
(2) Revisionismo : cette théorie et cette pratique académiques consistent en une interprétation de l'histoire qui combat la vision forgée à la fin du XIXème siècle par des génies intellectuels conservateurs, voire réactionnaires, que furent Sarmiento et Mitre. C'est leur vision qui a imprégné les manuels d'histoire de l'école publique obligatoire jusqu'à aujourd'hui, malgré les efforts de Cristina Kirchner pour dépoussiérer tout cela. Le revisionismo se veut une déconstruction de ce qui est devenu un prêt-à-penser à tel point intégré par les Argentins qu'ils sont très désarmés pour le contester. En particulier avec sa réintégration du rôle du peuple et des réactions collectives, contre une histoire événementielle, constituée tout entière de batailles et de grands hommes, cette démarche est donc très probablement une étape indispensable pour relancer une démarche critique sans laquelle il n'est pas de réflexion historique qui vaille mais le revisionismo a pour défaut majeur son caractère idéologique, que par ailleurs il revendique (il a donc le mérite de ne tromper personne sur la marchandise !). Du fait de ce parti pris idéologique, tout assumé qu'il soit, la lecture que ses tenants font de l'histoire est aussi critiquable que celle qu'ils prétendent déconstruire. Il y a dans ce courant des historiens intéressants à lire et raisonnablement solides (Norberto Galasso, par exemple) et d'autres, tantôt farfelus tantôt superficiels, tout à fait dénués d'intérêt (c'est le cas d'un Pacho O'Donnell par exemple, le fondateur malheureux du désormais dissous Institut National de Revisionismo historique Manuel Dorrego – voir mon article du 5 janvier 2016).
(3) Il se trouve que Sarmiento, grand génie, écrivain, ingénieur, agronome, pédagogue et homme d'Etat qui a puissamment contribué à développer l'Argentine dans à peu près tous les domaines, est aussi un personnage rugueux, fort peu sympathique, très représentatif des a priori de son époque, raciste et peu scrupuleux dans le combat politique et idéologique. Sur ces points, il n'est pas sans nous rappeler Jules Ferry : comme lui, il a imposé l'école obligatoire dans son pays (1883). En revanche, sur le plan financier, c'était un homme d'une honnêteté inattaquable, dans une époque où la corruption était monnaie courante. Avec Mitre, c'est la bête noire de la gauche souverainiste en Argentine. Il n'est donc pas très bien traité dans le très beau Museo Nacional del Bicentenario, voulu par Cristina Kirchner et ouvert en 2010.
(4) Des villes baptisées Rivadavia ou Junín, il y en a dans à peu près toutes les provinces, c'est comme San Martín, Belgrano ou Sarmiento... Il faut donc ne jamais oublier d'indiquer la province quand on les cite.
(5) Les Gouverneurs FpV (Frente para la Victoria) se répartissent désormais en deux catégories : ceux qui restent droits dans leurs bottes partisanes et ceux qui acceptent le dialogue et la coopération avec le gouvernement national. De la même manière, le groupe FpV s'est scindé en deux à la Chambre des Députés nationale : le nouveau groupe entend jouer le rôle d'une opposition constructive. L'autre compte bien rester campée dans une opposition obstructive mais n'y parviendra pas systématiquement, eu égard à la défaillance du petit noyau des dissidents qui ont définitivement pris leurs distances avec Cristina, sans qu'on sache s'ils en sont soulagés ou s'ils quittent un navire qu'ils sentent en danger de sombrer...

Une exposition à Buenos Aires sur les femmes Wichis de Salta [à l'affiche]

Photo de l'inauguration publiée sur Facebook

Le Museo de Arte Popular José Hernández, qui fait partie des musées publics municipaux, propose jusqu'au 30 avril prochain une exposition photographique sur les femmes de la petite communauté wichie qui vit à Embarcación, bourgade située dans le nord de la province de Salta.


Ce sont deux artistes argentines qui ont pris la peine de lier des relations avec ces femmes pour tenter de comprendre leur relation à la montagne où elles vivent et avec les tissus, très colorés, qui sont si fortement liés à leur mode de vie. Silvia Gago et Antonela Tossici ont réalisé le premier travail photographique sur ces femmes depuis une première expédition, d'une photographe européenne, Grete Stern, qui en 1964 s'était surtout intéressée aux conditions de vie plus que misérables de cette population et pas beaucoup à leur culture. Pour montrer l'évolution du regard, quelques clichés de Grete Stern sont exposés face à ceux des deux Argentines.

L'exposition a été inaugurée le 25 février. Elle est accessible du mercredi au vendredi de 13h à 19h et les samedis, dimanches et jours fériés, de 10h à 20h, contre un ticket d'entrée qui se maintient à 10 $ ARG (gratuité le mercredi).

Pour en savoir plus :
lire la présentation par le musée lui-même
se connecter à la page Facebook du musée.