lundi 20 avril 2026

Hommage à Jorge Donn au BAFICI [à l’affiche]

Jorge Donn dans la scène finale
de Les uns et les autres de Claude Lelouch


Indissociable de l’œuvre et de la vie de Maurice Béjart (Marseille, 1927 – Lausanne, 2007), dont il fut à la fois le danseur inspirateur et l’amant (en tout cas, l’un d’entre eux), Jorge Donn était né en Argentine, du côté de Morón dans la banlieue populaire à l’ouest de la capitale, Buenos Aires, en 1947. Il est décédé en 1992, à Lausanne, en Suisse, où il avait suivi le chorégraphe lorsque celui-ci, privé de ses subventions publiques au Théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, suite à un changement de direction générale, s’y installa avec le Ballet du XXe Siècle mué en Béjart Ballet Lausanne.

Formé à la danse classique au Teatro Colón, où il avait rencontré le Ballet du XXe Siècle en tournée en 1963, Jorge Donn (1) a fait toute sa carrière avec Béjart, presque jusqu’à sa mort, et n’a réalisé que quelques courtes excursions dans son pays natal. Il y a fait forte impression notamment en 1981, lors de la sortie en Argentine du film de Claude Lelouch, Les uns et les autres, où il joue le rôle d’un grand danseur soviétique du Bolchoï qui meurt au combat pendant la « Grande Guerre Patriotique » puis de son fils, autre grand danseur, qui choisit la liberté en France, comme le fit Rudolf Noureiev, et participe à la grande soirée finale du film, au pied de la Tour Eiffel, qui rassemble tous les artistes dont le film a suivi les épopées familiales depuis l’accession au pouvoir d’Hitler et où il danse le Boléro de Ravel, dans la version splendide qu’en donna Béjart, et dans une émission de télévision, où il était l’invité du grand chanteur de tango, Robert Goyeneche, dit El Polaco, et dont les Argentins qui l’ont vu se souviennent encore !

Jorge Donn et El Polaco pendant l'émission
(archive de la télévision argentine intégrée au documentaire)

Deux cinéastes ont rassemblé des archives sur et autour de Jorge Donn pour monter un documentaire intitulé Donn, instrumento de Dios (une paraphrase du titre d’un des ballets de Béjart, en hommage au grand danseur des Ballets Russes, Vaslav Nijinski, rôle créé par et pour Donn). On y suit l’artiste dans son métier, l’exercice de son art et sa vie personnelle, dominée par la relation complexe avec son Prométhée qui n’était pas d’une fidélité à toute épreuve à son égard.

Vendredi 17 avril 2026, le documentaire est sorti en Argentine dans le cadre du festival du cinéma de Buenos Aires, le BAFICI, qui se tient depuis une semaine dans la capitale argentine.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación
lire la présentation du film sur le site du festival



(1) Il doit son nom à sa mère dont la légende dit qu’arrivée toute petite en Argentine, elle ne savait prononcer que ce mot lorsqu’on lui demandait son nom, qu’elle ne connaissait pas encore, et qu’on a donc fini par donner à la famille toute entière. Le Don est ce fleuve qui coule de la Russie vers l’Ukraine, en arrosant au passage la ville de Rostov-sur-le-Don (Russie) et en laissant son nom à son bassin principal, le Donbass (Ukraine). Les Donn étaient une famille juive venue d’Ukraine. Jusqu’à leur fuite vers l’Amérique du Sud, ils avaient vécu dans la zone dite « de résidence », où, sous le régime tsariste, tous les juifs de l’empire avaient obligation de résider. Cette zone correspondait à la ceinture occidentale de l’empire russe, une zone frontière qui allait de l’Estonie au nord à l’Ukraine au sud (hors péninsule de Crimée).