mercredi 21 avril 2021

École : Buenos Aires n’en fait qu’à sa tête [Actu]

"Hors la loi", dénonce le gros titre
Au-dessus, le rapport de la commission bicamérale
En dessous, la fabrication de Sputnik en Argentine


Saisi en urgence par le gouvernement national, un juge fédéral a sommé hier soir le gouvernement local de la Ville de Buenos Aires de fermer les écoles et de passer aux cours à distance conformément au décret présidentiel de jeudi dernier, jusqu’à ce que la Cour suprême tranche le litige qui s’est levé en la matière entre la Ville et l’État fédéral. Ce juge a ainsi infirmé la décision de son confrère portègne qui s’était à tort reconnu compétent, avant d’être démenti par la Cour suprême fédérale qui a revendiqué pour elle-même le droit d’en juger. Ce qui semble logique : un contentieux portant sur une décision fédérale doit être porté devant un tribunal fédéral.

Malgré cette confirmation des dispositions prises par le président, le chef de gouvernement de la Ville autonome de Buenos Aires maintient aujourd’hui encore les écoles ouvertes et invite les parents à y envoyer leurs enfants. Ce faisant, il contrevient à l’ordre constitutionnel qui à l’heure actuelle laisse le dernier mot au juge fédéral qui s’est prononcé hier.

"La Ville confirme que les écoles resteront ouvertes,
malgré une décision de justice" dit le gros titre
En dessous, une famille proteste sur son balcon
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Ce viol de la constitution argentine ne laisse personne indifférent. Il entraîne de nombreuses plaintes devant la justice contre Horacio Rodríguez Larreta, qui se présente chaque jour davantage comme le véritable leader de l’opposition. Celle-ci reconnaît d’ailleurs, par journalistes et éditorialistes interposés, que son attitude est des plus contestables dans un État de droit. Les polémistes eux-mêmes se battent les flancs pour défendre cette posture.

Ce n’est pourtant pas la première fois qu’un chef de gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires se permet de ne pas se plier à une décision de justice. Mauricio Macri l’a fait à plusieurs reprises lorsqu’il occupait cette fonction. Il s’est fait ensuite élire président de la Nation !

"Larreta refuse de reconnaître une décision de justice
et maintient les écoles ouvertes", dit le gros titre
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Dans le même temps où Horacio Rodríguez Larreta refuse d’appliquer une mesure destinée à freiner l’épidémie de covid-19, son ministre de la Santé réclame à son homologue national des respirateurs pour les hôpitaux de la capitale. En effet, une bonne partie de la dotation destinée aux établissements publics a été distribuée à des cliniques privées… Il est difficile par conséquent de considérer que le maintien des cours en présentiels dans les écoles relève de quelque manière que ce soit d’une préoccupation pour le bien commun. Celui-ci semble bien être le cadet des soucis de ce gouvernement municipal qui veut avant tout se placer dans la course électorale pour le scrutin de mi-mandat d’ici six mois.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

sur la polémique concernant les respirateurs :
lire l’article de Página/12 (le quotidien de gauche est le seul à traiter de cette affaire dans son édition du jour).

La Commission parlementaire publie son rapport sur les écoutes Macri [Actu]


La commission bicamérale qui contrôle les organismes de renseignement de la République argentine a enquêté sur les activités que ces derniers ont développées pendant le mandat de Mauricio Macri (10 décembre 2015 - 9 décembre 2019) dont un audit interne, ordonné par la nouvelle majorité, a permis de constater qu’elles ont pu constituer des faits d’espionnage et d’écoutes illégales contre des personnalités et des formations politiques et syndicales dont l’ancien président considérait qu’ils formaient son opposition politique et qu’il a cherché à compromettre judiciairement.

Parmi les personnalités ainsi surveillées, il y a aussi des gens de droite comme Horacio Rodríguez Larreta (qui a succédé à Mauricio Macri à la tête de la Ville autonome de Buenos Aires) et abondance de braves gens qui n’avaient rien demandé à personne et qui ont été surveillés parce qu’ils appartenaient à l’entourage familial de l’un ou l’autre des 44 sous-mariniers morts en mission à bord du ARA San Juan.

La commission a présenté hier à 10h son rapport de 383 pages téléchargeable en pdf sur son espace Internet.

Rapport accablant pour l’ancien président qui s’est servi des moyens de l’État pour sa carrière politique personnelle. Il est accompagné par deux synthèses, l’une de l’opposition qui exonère Mauricio Macri de toute malversation dans l’exercice de ses fonctions, l’autre de la majorité qui parle d’État mafieux ! Tout cela ressemble comme deux gouttes d’eau aux écoutes de l’Élysée, à la différence près que les deux commanditaires se situent aux antipodes idéologiques l’un de l’autre.

Page n° 1 du sommaire
On devine un soupçon d'humour
dans certains intitulés
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Seuls les quotidiens Página/12 et Clarín rapportent, chacun à sa manière, l’information dans leur édition papier du jour. Il va sans dire que la publication du rapport va alimenter les argumentations électorales pour la campagne de mi-mandat qui est désormais bien entamée.

La commission appelle désormais de ses vœux l’ouverture d’une enquête parlementaire sur les juges qui ont trempé dans ces affaires anticonstitutionnelles.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Production de Sputnik V en Argentine [Actu]

La délégation argentine en Russie :
au milieu, le ministre et l'ambassadeur discutent
avec le patron des laboratoires Richmond


La tournée européenne du ministre de l’Économie argentin, Martín Guzman, vient de s’achever en beauté : à Moscou, il a signé avec les Russes un accord pour produire du vaccin Sputnik V en Argentine.

Ce vaccin à deux doses distinctes sera produit par le laboratoire Richmond, situé en province de Buenos Aires. Son patron faisait partie de la suite du ministre et était présent hier à la rencontre avec les officiels russes. Les informations recueillies par la presse auprès des Russes sont encore très confuses : selon certaines sources, la production (sans doute seulement l’étape finale, le conditionnement) aurait déjà commencé. Selon d’autres, les opérations ne débuteront qu’en juin prochain.

A terme, l’Argentine pourrait compter sur une production complète et satisfaisante d’ici quatorze mois.

L’opération sera financée au moins en partie par le fonds russe officiel et le vaccin fabriqué en Argentine sera écoulé exclusivement sur le marché local. On parle de transfert technologique de la part de l’Institut Gamaleya, de construction d’un nouveau bâtiment destiné à abriter la nouvelle ligne de production et d’une sortie d’un million de doses en juin puis de cinq millions chaque mois à partir d’août.

Surprise ! C'est La Prensa qui en fait le plus
à la une du jour sur le sujet
(en bas, la photo principale)
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La nouvelle a été saluée par un certain nombre de soignants et bien entendu par le gouvernement national qui en fera sans doute un argument en faveur de sa gestion pour les élections de mi-mandat qui se profilent en octobre prochain.

Il se murmure qu’en Argentine le vaccin changera de nom : il deviendra Sputnik Vida. Pourquoi pas ! C’est un joli nom et un beau programme.

© Denise Anne Clavilier
www.barrio-de-tango.blogspot.com

Pour aller plus loin et essayer d’y voir clair :

mardi 20 avril 2021

Nouvelle interview en Argentine sur Manuel Belgrano par Zoom [ABT]


Il y a une dizaine de jours, j’ai été interviewée par Diego Migliorisi depuis Olavarría (province de Buenos Aires) au sujet de Manuel Belgrano (1) et de son héritage politique, idéologique et culturel à travers Zoom. (Que deviendrions-nous sans Zoom ? Dans le monde d’après, nous dresserons des monuments en son honneur).



Il y a quelques jours, le Dr. Diego Migliorisi a mis l’entretien d’une demi-heure en ligne et voilà le résultat (en espagnol, of course !). Il semble qu’il ait un certain succès et je n’en suis pas peu fière.

© Denise Anne Clavilier



(1) Le musée municipal de cette ville possède l’un des deux portraits que le peintre français Casimir Carbonnier (1787-1873) a faits en 1815 à Londres de Manuel Belgrano qui s’y trouvait en qualité de plénipotentiaire de Buenos Aires. Le portrait qui fait la couverture de la biographie est de sa main et il est exposé au musée national du Cabildo à Buenos Aires. Le portrait du musée de Olavarría le présente en pied, assis devant une représentation de la victoire de Salta. Il est le plus emblématique, le plus connu des deux portraits.

Des sous pour la santé et une triple prime pour les soignants [Actu]

La photo de groupe dans le Museo del Bicentenario
En rouge, on reconnaît la ministre de la Santé
Photo Casa Rosada


Hier, le président argentin, Alberto Fernández, a convié au Museo del Bicentenario (1) des représentants des soignants du secteur public et leur a annoncé l’institution d’une prime mensuelle qui leur sera versée pendant un trimestre, à hauteur de 6 500 pesos/mois, sans distinction hiérarchique, pour les remercier de leur labeur depuis plus d’un an. Cette prime sera versée à 740 000 salariés du secteur public. Après avoir consulté plusieurs gouverneurs qui ont accepté la réunion par Zoom, il a également annoncé 10 150 millions d’investissements dans le réseau d’urgence sanitaire fédéral, ce qui devrait aboutir à la création de 1 415 lits d’hôpital dans tout le pays. Avec cette nouvelle injection de fonds, ce sont 262 chantiers qui auront été entrepris depuis le début de la crise sanitaire dans un secteur public, la santé, qui aura été délaissé par le gouvernement antérieur (qui préférait encourager et renforcer le privé dans ce domaine comme dans les autres).

Le président a profité de l’occasion pour décocher quelques flèches contre l’opposition, en particulier contre le chef de gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires qui a obtenu de la justice portègne un référé l’autorisant à maintenir les écoles ouvertes, malgré le décret présidentiel qui impose l’inverse (2).

Par ces annonces publiques, le président, qui participe à la campagne électorale puisqu’il a été élu président du parti justicialiste (les péronistes) il y a quelques semaines, espère aussi étouffer les critiques émanant des soignants qui avaient très mal interprété une phrase de son discours de jeudi soir.

En jaune : "la Cour va se prononcer"
En bas : "une réparation en trois mensualités"
La Prensa est le seul quotidien national à en faire sa une
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A deux endroits distants de son allocution, Alberto Fernández avait en effet commis l’erreur d’utiliser le même verbe (se relâcher, relajarse) pour désigner deux choses différentes : d’une part l’attitude négligente et donc critiquable d’une partie du public qui abandonne peu à peu les gestes barrières et d’autre part la baisse de la tension ressentie (avec soulagement) dans les services hospitaliers quand, cet été, la situation sanitaire a paru s’améliorer (mais c’était temporaire puisque la nouvelle vague épidémique n’a pas tardé à tendre tout le secteur à nouveau peu avant la Semaine sainte). Or depuis la rentrée, en mars, plusieurs soignants sont morts du covid et leurs familles et collègues avaient cru comprendre que le président les rendait responsables de ces tragédies. Ce malentendu a soulevé une grogne que les réseaux sociaux et la presse ont montée en épingle et renforcée, comme d’habitude.

Quelques mois avant les élections de mi-mandat qui devraient intervenir en octobre, alors que la campagne de vaccination est si difficile à organiser parce que la production de vaccins est insuffisante au niveau mondial et que l’opposition ne recule devant rien pour discréditer le gouvernement, il était urgent de réparer cette brèche. C’est peut-être fait. L’avenir nous le dira.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :



(1) Il s’agit du musée de la Casa Rosada, installé dans les vestiges de l’ancien fort colonial de Buenos Aires, qui fut le lieu où vivaient les vice-rois avant 1810 puis les différentes autorités politiques révolutionnaires puis post-coloniales jusqu’à sa destruction et son remplacement par le palais actuel. Sous Mauricio Macri, le musée a été débaptisé. Il a retrouvé l’ancien nom de musée de la Casa Rosada, qui correspondait à une petite partie du palais où était présentée une exposition permanente de documents et d’objets liés aux chefs d’État argentins depuis le premier président, Bernardino Rivadavia (1780-1842) jusqu’à l’accession au pouvoir de Néstor Kirchner en 2003. Alberto Fernández lui a redonné son nom, celui qui lui avait été attribué en 2010, l’année de l’inauguration de ces lieux découverts grâce à des fouilles archéologiques et mis en valeur par la suite par une équipe muséographique de grand talent.

(2) Il est assez étonnant qu’un tribunal local de Buenos Aires se soit jugé compétent pour contester la validité d’un décret national, lequel relève de la justice fédérale. Ce qu’a d’ailleurs affirmé la Cour suprême hier en rappelant sa compétence sur le sujet, en acceptant le recours du gouvernement de la capitale et en demandant au gouvernement de présenter ses conclusions sur l’opportunité et le bien-fondé juridique du décret pris la semaine dernière pour réduire la circulation de nuit, restreindre les activités en intérieur et passer à l’école à distance pendant deux semaines à partir d’hier. La Cour a promis de se prononcer d’ici la fin de la semaine.

dimanche 18 avril 2021

Les complotistes manifestent la nuit et la presse attend [Actu]

Panneau : "Ralentissez - Ecole"
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Ils n’étaient qu’une poignée mais ils étaient particulièrement remontés : absence de masque, slogans négationnistes, hurlements. Ils se sont rassemblés à Buenos Aires d’abord devant l’Obélisque avant la tombée de la nuit puis de nuit sur Plaza de Mayo, à Olivos devant le portail de la résidence présidentielle, dans quelques grandes villes comme Mar del Plata (province de Buenos Aires) et Rosario (province de Santa Fe) mais également, à quelques uns seulement, au centre de diverses capitales provinciales. Les manifestations avaient pour origine des mots d’ordre diffusés à travers les réseaux sociaux dans la complosphère, eux-mêmes parfois relayés par des personnalités de droite visiblement désireuses d’en découdre avec la majorité nationale.

Cette fois-ci, les journaux y compris d’opposition n’ont pas fait de zèle pour relayer les théories délirantes des manifestants, dont six ont été brièvement arrêtés au cours de cette nuit un peu agitée.

"La banlieue au niveau 2 du confinement
et on envisage des restrictions supplémentaires", dit le gros titre rouge
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Tandis que Página/12 empile les arguments en faveur d’une fermeture très temporaire des écoles pour casser la courbe du covid, sauver des vies et préserver le système de santé, en faisant un point sur les solutions adoptées par des pays gouvernés à droite et où le confinement n’est pas une plaisanterie (Israël, où tout a été fermé à double-tour malgré le rythme de vaccination le plus rapide du monde, l’Uruguay, où l’on s’apprête à faire voter une loi punissant de deux ans de prison toute rupture du confinement, et même l’Inde, où les contagions explosent après la fête carnavalesque du Holi et la réouverture des écoles), les trois autres quotidiens nationaux se font plus discrets : ils n’ont guère d’arguments à faire valoir contre les mesures annoncées par le gouvernement argentin jeudi soir, ils se contentent pour les plus agressifs de publier des analyses politiques où leurs éditorialistes écharpent les gouvernants en tâchant d’ignorer que l’Argentine et les pays voisins ont affaire à un virus qui n’obéit à aucun ordre et qu’on n’intimide pas en le menaçant du doigt.

"Une décision-clé de justice décidera si les écoles
restent ouvertes ou ferment à Buenos Aires", dit le gros titre
En dessous, quelques uns des agités qui ont manifesté
hier en fin de journée à l'Obélisque
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La Nación va jusqu’à se faire l’écho des assurances que la rédaction a reçues des cercles gouvernementaux selon lesquels le président fera rouvrir les écoles dès que l’occupation des lits d’hôpital baissera. Ce qui dépend un peu de la capacité des citoyens à se plier aux mesures de semi-confinement contenues dans le décret présidentiel.

"Après les joutes, l'opposition refuse de se mettre d'accord
sur aucun projet avec la majorité", dit le gros titre
Bizarrement, La Nación est le seul journal à reproduire
en une une image de la cérémonie de Windsor
On aurait imaginé que Clarín...
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Ces questions dépendent maintenant d’un arrêt de la Cour suprême, ce que le président déplore : ce sont des questions politiques qui ne devraient pas être judiciarisées mais qui devraient pouvoir être réglées par la bonne volonté de tous en vue de l’intérêt général. Pour l’instant, il semble que les enjeux électoraux et partisans passent devant les enjeux sanitaires et concrets pour une bonne partie de la droite. On ignore quand la Cour se prononcera alors que les écoles doivent fermer demain pour 15 jours.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

samedi 17 avril 2021

La hache de guerre est bel et bien déterrée [Actu]

"Des yeux qui ne voient pas" titre Página/12
qui craint l'effondrement du système hospitalier à brève échéance


Deux conférences de presse à l’issue du rendez-vous de Olivos entre le président et le chef de gouvernement de la Ville autonome de Buenos Aires pour acter l’incompatibilité de leurs positions respectives concernant les mesures à prendre pour entraver la seconde vague de covid-19 qui fait de nombreux morts et menace la continuité des services hospitaliers à Buenos Aires et dans sa banlieue.

"Fernández très dur avec Larreta - la bagarre pour l'école
se poursuit devant la Justice", dit le gros titre
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Horacio Rodríguez Larreta maintient son recours à la Cour suprême, qui va devoir l’examiner : il demande de pouvoir ne pas appliquer le décret du président Alberto Fernández qui impose de réduire encore les interactions sociales et notamment de fermer les écoles et les établissements d’enseignement pour les deux dernières semaines du mois.

Mauricio Macri s’en mêle et invite maintenant les maires de la province de Buenos Aires à ne pas appliquer le décret présidentiel. Un ancien président, qui a usé et abusé de la même procédure des décrets d’urgence (on parlerait d’ordonnances en France), dénie à son successeur le droit d’y recourir dans une crise sans précédent ! Cette prise de position lui vaut d’être poursuivi par un procureur pour incitation au délit.

"Le procureur de l'Etat a arrêté que la Cour [suprême]
devait agir dans le conflit pour l'école"
En dessous, le chiffre de 29.172 correspond
au nombre de nouveaux cas en 24h
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C’est la campagne électorale qui fait rage et un certain nombre d’Argentins vont le payer de leur vie. Le calumet de la paix est d’autant moins à portée de vue qu’ il y a de nombreux signes que le calendrier électoral va être retardé à cause de la seconde vague et de la lenteur du plan de vaccination, les doses arrivant au compte-gouttes.

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :

« L’affaire des carnets » est classée [Actu]

Montage des huit carnets
effectué par La Nación
il y a plusieurs mois
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Cette affaire est l’une des plus bizarres qui aient été montées contre Cristina Kichner, sa famille et ses proches politiques : des photocopies de carnets à spirales, à l’origine très embrouillée, donc plutôt suspecte du point de vue du droit, sont apparues en août 2018, en pleine campagne de « lawfare » contre l’ancienne majorité (de retour au pouvoir depuis décembre 2019).

Un chauffeur de taxi les auraient tenus au jour le jour alors qu’il conduisait des personnalités du gouvernement de Cristina Kirchner tandis qu’elles se rendaient avec une régularité de métronome à des adresses spécifiques à Buenos Aires pour y recevoir des valises remplies de dessous de table pour 160 millions de pesos. C’est déjà bizarre que ces gens haut placés dans l’appareil d’État aient eu besoin de recourir toujours à un chauffeur de taxi, toujours le même qui plus est, mais ça l’est encore plus qu’ils lui aient fait autant de confidences sur les opérations illégales qu’ils étaient en train d’effectuer, au point qu’il ait pu les décrire dans ses carnets qu’il aurait d’ailleurs fait brûler (quand, comment, pourquoi, mystère).

A croire qu’il s’agissait tous d’imbéciles finis et dans ce cas, il est assez curieux qu’aussi peu de preuves de leurs malversations aient pu être découvertes et produites en justice.

Le juge chargé de l’instruction de cette affaire vient de classer le dossier en invoquant l’impossibilité d’établir quelque délit que ce soit dans cet étrange fourbi.

Normalement, c’est la fin de l’histoire. On devrait passer à autre chose. On est en campagne électorale.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

vendredi 16 avril 2021

L’inflation continue à grimper [Actu]

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Martín Gúzman, le ministre de l’Économie actuellement en tournée diplomatique en Europe pour trouver des soutiens devant le FMI, l’avait annoncé à l’avance : les chiffres de l’inflation mensuelle, mesurée par les prix à la consommation, avaient fait un bond en mars. Il avait raison. L’institut de statistiques, INDEC, l’a annoncé hier : elle est montée jusqu’à 4,8 % en moyenne. Ce qui donne une inflation de 42,6 % sur douze mois (d’avril à mars) et demeure donc inférieur de plus de 10 points à l’inflation héritée par l’actuel gouvernement qui a pris ses fonctions quelques mois à peine avant que n’éclate la pandémie.

Variations dans le temps et par catégories de produits
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Ainsi donc, malgré des mesures de régulation du marché et d’encadrement de prix pour certains produits de consommation courante, l’économie échappe aux efforts du gouvernement après un an d’une double crise, sanitaire et économique (cette dernière étant le fruit de la politique néolibérale de l’ex-majorité qui a explosé tous les records d’endettement que le pays avait jamais connus au cours de son histoire).

Ce taux de 4,8 % recouvre de sérieuses variations selon les catégories de produits constituant le panier-témoin. Ainsi les articles et services liés à l’éducation ont atteint en mars, le mois de la rentrée, le taux d’augmentation inouï de 28,5 %, ce qui les place largement devant l’habillement qui atteint le taux déjà considérable de 10,8. Pour une fois, l’alimentation hors alcool se situe dans la moyenne : 4,6 %.

Variations régionales
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Si l’on considère maintenant les variations régionales, c’est une fois encore Buenos Aires et sa banlieue qui emportent le pompon avec une moyenne de 5,2 % tandis que le nord-ouest réussit l’exploit de se maintenir à 3,3 % (c’est aussi la région où l’on trouve les provinces les moins développées, y compris sur le plan touristique, et où les peuples amérindiens sont restés plus nombreux qu’ailleurs : Chaco, Santiago del Estero, Catamarca).

L’information est traitée à la une de tous les journaux de ce matin.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire le rapport complet de l’INDEC (téléchargeable en pdf)

A Buenos Aires, le quartier de Belgrano perd une deuxième multi-salle de cinéma [Actu]


Les annonces du président avant-hier ont dû lui porter le coup de grâce : le cinéma Arte Multiplex situé sur Avenida Cabildo dans le quartier de Belgrano vient d’annoncer sa fermeture définitive. Impossible pour ses propriétaires de continuer à exploiter cet établissement après plus d’un an de restrictions diverses et variées à cause de l’épidémie.

Le cinéma Arte Multiplex, c’était 5 salles différentes et un total de 700 places. A cause de la crise sanitaire, c’était aussi un beau paquet de dettes. Les exploitants espéraient que les restrictions de cet automne seraient levées ou assouplies d’ici quelques jours et ils se sont donc efforcés de garder la tête hors de l’eau pour attendre cette reprise en douceur mais mercredi soir, c’est tout l’inverse que le président a annoncé : les lieux de spectacle doivent fermer pour au moins deux semaines à Buenos Aires et dans sa région. L’exploitant, qui avait repris ce complexe en 2013, jette l’éponge.

En quelques jours, ce quartier, dont les habitants ont un pouvoir d’achat tout à fait confortable, perd donc deux complexes cinématographiques.

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :
lire l’article de Página/12
lire l’article de La Nación

En campagne électorale, l’opposition sortirait-elle les griffes ? [Actu]

Aucun besoin de traduction pour ce gros titre
Un œil averti reconnaît l'image :
une carte de Buenos Aires et de sa banlieue
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Hier, après les annonces du gouvernement national qui ferme les écoles et tous les établissements d’enseignement pour deux semaines, à Buenos Aires et dans sa banlieue où la courbe de contagion prend une très vilaine tournure et où le plus dangereux des variants brésiliens (baptisé chez nous amazonien et là-bas de Manaus) a été identifié, Horacio Rodríguez Larreta, l’une des figures dominantes de l’opposition de droite (il gouverne la ville autonome de Buenos Aires), a laissé éclater ses désaccords. Il poursuit le gouvernement national en référé devant la justice pour obtenir le droit de laisser les écoles ouvertes. On peut légitimement douter de la sincérité de cette prise de position au regard de la date des élections de mi-mandat qui s’approchent (elles devraient se tenir en octobre) et en considérant l’abandon dans lequel cette droite libérale a toujours laissé l’éducation publique partout où elle est au pouvoir en Argentine.

"Au milieu du malaise à cause de la fermeture des écoles,
réunion entre Fernández et Larreta", dit le gros titre
En bas, la fillette exhibe une phrase de San Martín sur un drapeau
(L'éducation est la plus puissante arme pour changer le monde)
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Ne voulant pas lui laisser le champ libre, le président Alberto Fernández a décidé de recevoir aujourd’hui, dans la matinée, son turbulent opposant qui avait su montrer depuis un an des capacités de conciliation au bénéfice de l’intérêt général mais qui est actuellement coincé par les durs de son parti, parmi lesquels l’ancien président Mauricio Macri se démène d’une manière assez pathétique.

"Les vives critiques de Larreta contre la fermeture des écoles
ont fait passer en force un rendez-vous avec Fernández", dit le gros titre
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De son côté, Axel Kicillof, le gouverneur de la province de Buenos Aires, à laquelle appartient la banlieue de la capitale fédérale, est monté à l’assaut en soutien du président : hier, lors d’une conférence de presse, il a dénoncé la posture électoraliste de son homologue portègne alors que la ville de Buenos Aires apparaît comme l’épicentre de la contagion au covid-19.

"Larreta va en justice mais il aura rendez-vous aujourd'hui
avec Alberto", dit le gros titre
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La querelle fait la une de tous les quotidiens et les deux quotidiens de droite, La Nación (droite libérale) et La Prensa (droite catholique), ont un peu de mal à justifier la posture de Larreta en sachant qu’il est reçu par le chef d’État. Les opposants de droite ont organisé des manifestations devant la résidence présidentielle avec des enfants à qui on a fait porter des pancartes réclamant l’ouverture des écoles. Il est clair que les enfants ont été instrumentalisés, même s’il est très probable qu’ils n’envisagent pas de gaîté de cœur d’être à nouveau coupés de leurs copains et de leurs enseignants. Quant à Clarín, le tabloïd populaire, il préfère exploiter les clichés de cette foule à la nuit tombée...

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :